I1AIN-S ET DOUCHES DE VAI'I.I 11. M
il se trouve dans une vapeurchaude et abondante qui provoque
la transpiration.
Quand la sueur a paru suffisante, on essuie le malade, on le change de linge et on le place dans un autre lit, celui dans lequel il a transpiré étant imprégné de vapeurs et devant être desséché.
Lorsque Ton fait usage des briques, on en prend quatre au moins; on les fait rougir dans un foyer ardent, puis on les entoure de mauvais linges plies en huit et trempés dans de l'eau. Ces briques entourées de linges humides sont placées autour du malade, à une distance convenable de son corps, et Ion doit les renouveler au besoin, lorsque la vapeur cesse de se produire. Après le bain, on doit prendre les mêmes précautions que lorsqu'on s'est servi de la chaux.
Cette méthode m'a été montrée par M. llérolle, médecin des eaux de ]}ourbon-Lancy.
J'ai employé ces divers procédés ; ils atteignent le but qu'on se propose, mais d'une manière bien moins parfaite (Tue les appareils que nous avons décrits. La difficulté d'en rggler la température, l'absence de mouvement dans la vapeur, de frictions pendant qu'elle agit sur la peau, et l'isolement où restent la tête et les voies respiratoires, sont les causes principales de cette infériorité.
C. Bains russes. — Les bains russes sont une combinaison des bains de vapeur et des douches froides en pluie. Le malade quiles prend est placé dans unechambre où l'on fait arriver delà vapeur d'eau, dont on élève graduellement la températurejusqu'à 40 ou Zio degrés centigr. Il est couché sur un lit de camp en planches, la tête un peu plus haute que les pieds; une éponge trempée d'eau froide souvent renouvelée est tenue sur son front , afin de prévenir toute congestion cérébrale. Pendant que le corps est plongé dans la vapeur, un garçon de bain le frappe à petits coups sur toute sa surface , avec un petit balai de bouleau, et fait ensuite avec la main des frictions énergiques , spécialement sur les parties douloureuses. Lorsque la peau est très excitée par l'action combinée de la vapeur, des frictions et du battage, on fait tomber sur la tête et ruisseler sur le reste du corps une douche froide en ai-
rosoir. Le malade, après avoir reçu cette douche pendant une ou deux minutes, s'essuie et se couche dans un lit où on l'emmaillotte dans une couverture de laine; là il transpire abondamment pendant une heure ou deux.
Les bains russes sont beaucoup plus répandus aujourd'hui que les bains de vapeur; ils déterminent assurément une transpiration aussi abondante que ces derniers, ils ont de plus l'avantage d'augmenter la puissance de résister au froid et de donner un sentiment général de forces. Ces derniers avantages les ont fait adopter par quelques personnes comme moyens hygiéniques.
Les bains russes se rapprochent des bains hydrothérapiques, en ce qu'après les moyens qui échauffent la peau et la font transpirer, les malades sont soumis à l'action de l'eau froide; ils en diffèrent cependant sous plusieurs rapports. Dans le bain russe, la chaleur est communiquée, et une vapeur chaude pénètre dans les poumons; dans l'enveloppement qui précède les bains hydrothérapiques, la chaleur est simplement conservée par les couvertures, et un air froid pénètre dans les voies respiratoires même quand la sueur est abondante. Ces différences font que les premiers exposent plus que les seconds aux congestions cérébrales.
U. Douches de vapeur. — Les douches formées par un jet de vapeur sortant d'un vase d'eau en ébullition peuvent être simples et composées. Pour obtenir ces dernières on fait passer la vapeur à travers des vases contenant des substances volatiles; celles que l'on emploie d'ordinaire sont les plantes aromatiques, telles que le thym, la sauge, le romarin, etc., etc.
Au moyen des douches de vapeur, ou peut produire deux effets bien distincts : une action éinolliente , lorsque leur température est de 30 à 35 degrés, qu'elles sont dirigées lentement sur la partie malade, et qu'elles forment autour d'elle une espèce de bain chaud. Elles sont excitantes, au contraire, lorsque leur température est plus élevée que celle du corps, qu'elles sont chargées de principes aromatiques, et qu'elles frappent avec plus ou moins de force sur un point donné de la peau. Dans le premier cas, elles relâchent l'enveloppe cutanée et produisent une douce transpiration ; dans le second, elles
TRAITEMENT PAR l'eAU FROIDE. M
déterminent une routeur plus ou inoins vive à la peau, et une congestion sanguine qui s'étend jusqu'aux parties profondes; l'excitation locale qu'elles produisent peut même se communiquer à toute l'économie. Par suite de ces derniers effets, les douches de vapeur stimulantes peuvent activer la résolution des engorgements froids , et nuire en donnant une marche trop aiguë à des tumeurs encore irritées ou disposées à la suppuration.
Art. III. — Traitement par l'eau froide.
L'eau, à une basse température, peut modifier profondément les fonctions de la peau, la chaleur animale, et, en général, tous les actes de l'économie. A toutes les époques, on en a fait usage dans les maladies articulaires.
Chacun connaît les effets des bains deauj-roide, courts, accompagnés et suivis d'exercice. On sait qu'après cette impression momentanée du froid et la sensation pénible qu'elle produit, la peu devient rouge , la chaleur se développe, et 1 on éprouve un sentiment général de force et de bien-être.
Pour que ces résultats soient obtenus, le malade doit se plonger hardiment dans l'eau, y faire pénétrer la tête aussi bien que toutes les autres parties du corps, s'y agiter, en sortir avant que le tremblement des muscles se manifeste, et faire un exercice énergique immédiatement après le bain; la durée de celui-ci doit être proportionnée aux forces des malades et à la rapidité plus ou moins grande avec laquelle se fait la déperdition de leur calorique. Il en est qui, au bout d'une ou deux minutes, ont de la peine à se réchauffer, tandis que d'autres peuvent rester impunément dans l'eau un temps beaucoup plus long. En général, il faut essayer la puissance de réaction, et n'augmenter la durée du bain qu'après s'être assuré que dans les essais antérieurs la chaleur s'est rapidement et complètement rétablie.
Pour produire une modification profonde et durable, les bains froids doivent être répétés un grand nombre de fois. Les changements qu'ils déterminent sont d'autant plus puissants que l'eauestplus froide; et sans doute, c'est pourcetteraisonque
hh TRAITEMENT GÉNÉRAL.
Jes bains del'Arvc, torrent rapide qui descend des glaciers du Mont-Blanc, ont une action si puissante (1).
L 'expérience de tous les temps a consacré l'utilité des bains de rivière. Indépendamment des effets qui résultent de l'impression soudaine et momentanée de l'eau froide, ces bains offrent l'avantage inappréciable de la natation , dans laquelle tout le système musculaire, mis en jeu, est développé d'une manière énergique et uniforme, sans perte de sueur , sans refroidissement, et avec la certitude d'une réaction efficace. De plus, les mouvements à exécuter ne nécessitent pas en général d'efforts violents, et peuvent être réalisés par les personnes peu vigoureuses ; et si des efforts puissants deviennent utiles, ils sont toujours contenus par la résistance de l'eau clans des limites qui les rendent inoffensifs pour le nageur. Sous ce rapport, la natation l'emporte sur la gymnastique ordinaire qui excite de fortes transpirations , expose à des refroidissements ou à des accidents trauniatiqucs non moins graves.
Cependant, de toutes les méthodesd'administrer l'eau froide, celle qui produit les résultats les plus puissants, est incontestablement la méthode hydrothèrapique. Elle a pour caractères la multiplicité et la variété des modes suivant lesquels l'eau froide est employée; et l'art de combiner les moyens de reproduire promptement la chaleur avec ceux qui l'enlèvent momentanément appartient en propre à cette méthode.
1° C'est dans un établissement spécial d hydrothérapie qu'il faut se placer, si l'on veut retirer de cette méthode puissante tous les effets qu'elle peut produire.
Ces établissements sont situés à la campagne, et de préférence dans des montagnes où les eaux de source sont très fraîches et très pures. Les malades peuvent y associer un exercice actif et la respiration d'un air salubre avec toutes les médications dont l'ensemble constitue la méthode.
Parmi ces médications, il en est quelques-unes que l'on peut reproduire à domicile, telles que les sudations dans la couverture de laine, les frictions avec le drap mouillé, etc.; mais il en est que l'on ne peut trouver que dans les établisse-
(i) Gazette médicale, j844i P« » 8 i „
TRAITEMENT PAR l'ëAU FROIDE. /l 5
raents : tels sont les bains de piscine, où la natation peut être associée à l'impression de l'eau froide ; les douches avec toutes leurs variétés de force, de direction et de volume ; les bains de siège disposés de manière à permettre un renouvellement continuel d'eau. La description détaillée de tous ces procédés mériterait des développements étendus pour lesquels je renvoie aux traités spéciaux d'hydrothérapie, et je me bornerai à quelques remarques générales sur la méthode et sur les précautions à prendre dans son emploi.
Si l'hydrothérapie a quelque chose de spécifique^ est par la puissance avec laquelle elle augmente la production de la chaleur, et active les fonctions cutanées. Ceux qui ont été soumis à son influence cessent de craindre le froid et d'en être défavorablement affectés. L'immunité qu'elle leur donne sous ce rapport est due à la puissance avec laquelle lacalorificationest augmentée. Ce résultat ne doit point étonner , car tous les éléments qui peuvent concourir à la calorification sont associés dans l'hydrothérapie avec un art que l'on ne retrouve point ailleurs. On y remarque : 1° la conservation de la chaleur naturelle dans les longs enveloppements delà couverture de laine; 2n l'excitation directe par l'impression du froid dans le bain consécutif à l'enveloppement; 3° les moyens propres à favoriser ensuite la réaction, savoir : la friction énergique sur la peau, une marche active et rapide pendant un temps assez long, et dans la marche l'accroissement simultané du mouvement musculaire, de la respiration et de la circulation. Ajoutez une alimentation substantielle, favorisée par l'accroissement de l'appétit et des forces digestives,i'éloignement des affaires et des préoccupations habituelles, la répétition fréquente des mêmes exercices , et vous verrez que tous les éléments nécessaires à la calorification y sont savamment combinés.
L'impression du froid est toujours passagère et disposée de manière à être suivie de réaction. Dès lors, sa durée et son intensité sont proportionnées aux forces du malade; très faible au début, elle est augmentée à mesure que la calorification fait des progrès.
L'harmonie entre la soustraction du calorique et la puis-
Ud TRAITEMENT GÉNÉRAL.
sauce du malade à Je reproduire est toujours observée. Si ce rapport harmonique n'existe point, si l'on enlève plus de calorique que le malade n'en peut refaire, celui-ci se refroidit, et le moyen que Ion emploie, loin d'être avantageux, peut être une cause d'aggravation de la maladie.
2° Il est impossible de faire un traitement hydrothévapiqiie complet à domicile, non seulement parce que l'on manque de piscine et de douches, mais parce qu'il est difficile, même à la campagne et en abandonnant ses affaires, d'imprimer au traitement une énergie suffisante, si l'on n'a pas l'exemple de personnes qui suivent sans danger une méthode qui inspire, en générai, autant de répugnance que d'appréhension.
Cependant, même à domicile, il est possible d'imiter assez bien ces traitements pour qu'ils rendent encore de grands services, pourvu toutefois qu'ils soient bien dirigés et que les malades aient le courage et la persévérance nécessaires. Les pratiques que l'on peut ainsi employer chez soi , sont les suivantes :
1° Sudation dans la couverture de laine, suivie de l'impression de l'eau Jroide. — Le malade, complètement nu, ou seulement recouvert de sa chemise, est enveloppé dans une couverture de laine épaisse et moelleuse, les jambes étendues et les bras appliqués le long du corps. C'est un véritable maillot qui l'embrasse et l'enferme hermétiquement. Les jambes et les cuisses sont entourées séparément, et l'on relève sur les pieds l'extrémité inférieure de la couverture. Cet enveloppement doit aller jusqu'au cou, qu'il entoure exactement, sans le serrer; la tète reste nue, complètement libre et légèrement soulevée. Une seconde couverture est placée comme la première, avec cette différence quelle n'enveloppe plus isolément les jambes.
Le malade, ainsi couvert, reste immobile; l'expérience ayant cependant constaté que des mouvements légers favorisent l'apparition de la sueur, il peut se mouvoir légèrement dans son enveloppe et exercer des frictions avec ses mains le long du tronc et des jambes.
Il est rare que la sueur mette moins d'une heure à se mon<trer; souvent il faut beaucoup plus de temps, surtout en hiver;
TRAITEMENT l'Ai! L EAU FBOIDE. Ut
dans cette saison, il est Fréquemment nécessaire d'augmenter le nombre des couvertures et même d'y ajouter un édredon. Dès que la sueur commence à paraître, il faut ouvrir la Fenêtre afin que le malade respire un air frais et pur, et lui donnera boire, de quart d'heure en quart d'heure, un demiverre d'eau froide. La sueur augmente alors rapidement, et il n'est pas rare de la voir percer le lit. Le malade peut suer pendant une ou deux heures et plus.
Dès que le temps prescrit pour la durée de la sueur est écoulé, le malade se débarrasse rapidement de la couverture, et il est immédiatement soumis au contact de l'eau froide.
Pendant les premiers temps, on se contente des frictions générales avec le drap mouillé; plus tard on passe aux bains dans une baignoire.
2° Les frictions avec le drap mouillé se pratiquent de la manière suivante :
On imbibe d'eau froide un drap de grosse toile et on le tord ensuite légèrement, de manière à égoutter l'excès d'eau dont il est imprégné. La personne qui assiste le malade jette par derrière sur la tête et le dos de celui-ci le drap déployé de manière à couvrir instantanément tout le corps. Elle le frictionne alors par derrière eu frottant par-dessus le drap avec ses deux mains, le malade frictionne de la même manière les parties antérieures. On continue ainsi jusqu'à ce que la réaction s'établisse, c'est-à-dire qu'un sentiment de chaleur agréable remplace la sensation de froid que produit d'abord l'application du drap mouillé. En général , la réaction s'établit au bout de deux ou trois minutes. Le malade est alors essuyé et frictionné avec un drap secou deux gantelets de flanelle ; puis, il s'habille et se livre à l'exercice de la marche pendant quelques instants pour produire et entretenir la réaction.
On peut remplacer les frictions avec le drap mouillé par des lotions générales avec une éponge trempée dans de l'eau froide. Pour les pratiquer, le malade se place debout dans un baquet de bois peu profond et suffisamment large pourrecueillir l'eau qui tombe au moment de la lotion. Il saisit alors une grosse éponge imprégnée d'eau froide et la promène vivement sur la figure, sur la poitrine et sur toutes les parties du corps qu'il
ZlS TJIÀITEMENT GENERAL.
peut atteindre. Pour que la lotion soit bien complète, il est nécessaire qu'un aide passe l'éponge sur la partie postérieure du tronc. Immédiatement après, le malade est essuyé et frictionné avec des linges secs, il s'habille à la hâte, et il fait de l'exercice pendant un quart d'heure ou une demi-heure, de manière à provoquer la réaction.
La lotion générale avec 1 éponge est employée ordinairement comme moyen hygiénique et sans être précédée de la sudation.
Lorsqu'on s'est assuré que les malades reprennent bien leur chaleur après l'emploi du drap mouillé ou des lotions froides, on peut leur faire prendre le bain froid dans une baignoire.
L'immersion doit être très rapide, de manière que toute la surface du corps soit soumise dans le même instant à l'impression de 1 eau froide. Ce bain ne doit guère durer plus d'une ou deux minutes; le malade s'y remue vivement, s'y frictionne et y plonge la tête à plusieurs reprises. Au sortir de l'eau, on l'essuie exactement et on le frictionne avec un drap sec. Puis, une fois habillé, il fait de l'exercice comme après la friction avec le drap mouillé ou la lotion générale avec l'éponge. Si son état ne lui permet pas de marcher, on le remet au lit et on le couvre bien pour favoriser la réaction.
Ces exercices sont répétés tous les jours, et ils doivent être continués pendant plusieurs mois pour produire une modification puissante.
Sous leur influence les malades résistent mieux aux températures basses; ils n'ont plus besoin de se couvrir chaudement, parce que chez eux la production de la chaleur s'est singulièrement accrue, comme le démontre la peau qui est habituellement plus chaude, plus colorée, plus injectée de sang, en même temps qu'elle est devenue douce et halitueuse, par suite d'une perspiration cutanée plus active.
Des faits nombreux ont démontré que les bains froids précédés de sueur n'entraînent aucun des accidents désignés sous le nom de chaud et froid.
La sueur qui se développe dans la couverture de laine ne doit pas être assimilée à la sueur produite par l'exercice; le froid par l'eau est différent au froid par l'air , et lorsque l'eau
TRAITEMENT PAR LEAU FROIDE. Zi 9
froide agit momentanément sur la peau, loin de produire une répercussion du sang, elle détermine une réaction active à l'extérieur.
Les effets que nous venons de décrire ne sont pas les mêmes chez tous les individus. Il sont prononcés surtout chez les personnes robustes qui jouissent d'une grande force de réaction ; ils sont beaucoup moins évidents chez ceux qui ont une constitution faible et délicate. Enfin, ce qu'il importe principalement de savoir, c'est qu'il ne faut jamais administrer la méthode hydrosudopathique aux malades qui ont les organes thoraciques impressionnables, qui toussent habituellement, et à plus forte raison à ceux qui ont des tubercules dans les poumons; car, dans ces circonstances, les bains froids, non seulement ne produisent aucune réaction de chaleur à la peau, mais augmentent l'impressionnabilité aux abaissements de température, et peuvent aggraver la maladie de poitrine.
3° Applications réchauffantes. — Ces applications se pratiquent de la manière suivante :
On imbibe d'eau froide une compresse que l'on tord ensuite de manière qu'elle ne conserve qu'un léger degré d'humidité; on la plie en deux ou trois doubles au plus, et on l'applique sur les parties que l'on veut réchauffer; on enveloppe cette compresse humide d'un linge sec ou d'un tissu de caout« chouc, et l'on assujettit le tout avec une bande. L'expérience a montré que l'effet de ces applications était de produire une excitation assez vive de la peau. Dans les établissements hydrothérapiques , la plupart des malades portent autour du corps une ceinture humide, disposée comme il vient d'être dit, et qu'on mouille trois ou quatre fois par jour.
Au bout de quelque temps, les parties de la peau sur lesquelles cette ceinture est appliquée, deviennent le siège de plaques érythémateuses et même d'éruptions pustuleuses.
Les compresses réchauffantes sont d'un usage fréquent pour rappeler la chaleur aux extrémités inférieures; elles peuvent êlre employées aussi dans un but de dérivation, et dans quelques cas comme moyen résolutif.
Il y aune différence complète entre les effets de ces applications et ceux que produisent les compresses rafraîchissantes
d'un usage si fréquent en médecine. Celles-ci sont imbibées d'eau froide, et on les renouvelle avant quelles ne soient échauffées , afin de prévenir l'afflux du sang et d'opérer une soustraction constante de calorique.
U° Enveloppement dans le drap mouillé. — Les applications de l'eau froide, faites suivant les procédés que nous venons de décrire, excitent la peau et conviennent surtout dans les maladies chroniques où l'on veut donner plus d'activité aux fonctions de cet organe.
Dans les maladies aiguës et fébriles, il peut y avoir, au contraire, indication de soustraire simplement la chaleur et de calmer la circulation générale. Dans ces cas, on pratique l'enveloppement dans le drap mouillé. Voici, suivant M. Scoutetten (1), comment on doit procéder :
« On place sur un lit ordinaire deux ou trois couvertures de laine, qui ne montent que jusqu'à la hauteur de l'oreiller? elles sont recouvertes d'un drap de lit préalablement mouillé, et tordu énergiquement par les mains de deux hommes. Ce drap ne descend que jusqu'aux pieds, l'excédant est reporté vers la tête. Cette précaution est prise pour ne pas accumuler trop d'humidité vers les pieds, qui habituellement se réchauffent plus difficilement que les autres parties.
» Pour isoler la tête du drap mouillé, on place sous elle un oreiller ou simplement un autre drap sec plié en plusieurs doubles.
» Le malade, complètement nu, est posé sur le drap mouillé; on lui enveloppe séparément les jambes et les cuisses, et le drap est croisé sur la poitrine, en portant les angles vers le dos. Les couvertures de laine sont repliées ensuite et de Ja même manière que dans l'enveloppement sec. L'impression du froid passe rapidement; elle dure rarement au delà de huit à dix minutes. La chaleur transforme bientôt le drap en une larpe fomentation, qui assouplit la peau et la prépare favorablement à laisser échapper la sueur. Il n'est pas rare de voir celle-ci percer le lit et couler sur le plancher. Lorsque le malade commence à suer, la face se colore, les yeux s'injectent
(l) De Veau sous le rapport hygiénique et médical, Paris, 1 843, p. 243,
TRAITEMENT PAU l'eATJ FROIDE* 51
légèrement, la circulation s'accélère, et souvent le pouls bat cent pulsations à la minute. C'est une espèce de fièvre artificielle déterminée par l'élévation de température.
» L'enveloppement humide est souvent employé dans le traitement des maladies aiguës. C'est un excellent moyen pour enlever la chaleur fébrile et rendre rapidement le calme à tout l'organisme; mais alors il faut bien se garder de provoquer la sueur; loin de là, il est indispensable de renouveler le drap dès qu'il sèche; on le change quelquefois de demi-heure en demi-heure, même plus souvent, si la fièvre est violente et l'agitation excessive. »
5° Hydrothérapie par l'emploi alternatif de l'eau froide et de l'eau chaude, suivant la méthode de M. Gillebert [de Lyon). — Il est des malades tellement faibles qu'on n'ose les soumettre exclusivement à l'emploi de leau froide; ou craint que la réaction ne se fasse point chez eux, et sans cette réaction le froid devient nuisible.
M. Gillebert (deLyon), praticien d'un mérite éminent, a imaginé pour ces cas l'emploi alternatif de l'eau chaude et de l'eau froide, suivant les procédés que je vais décrire.
1° Chaque ma tin, le malade étant au lit et les matelas soigneusement garnis, le membre inférieur droit est mis à découvert ; ce membre est lavé avec une éponge trempée dans de l'eau aussi chaude que possible, et pendant trois minutes. Après ce temps, un lavage d'une minute est fait avec de l'eau froide, et l'on termine en frottant tout le membre énergiquement avec un drap rude et sec.
La même opération est faite immédiatement après, sur le membre du côté opposé.
L'ensemble de ces exercices est répété matin et soir.
xVu bout de quelques jours, on réunit la friction sur les deux membres supérieurs aux frictions sur les deux membres inférieurs ; et quelque temps plus tard, on frictionne toute la colonne vertébrale du cou au sacrum.
2° La réaction se faisant d'une manière suffisante sous l'influence de ces frictions locales et szœcessivcs, on passe à des frictions générales et sinml/anées.Le malade étant placé debout, les pieds dans un large baquet, deux personnes lui lavent tout
le corps avec des éponges trempées à diverses reprises clans de l'eau très chaude; elles font cette lotion pendant trois minutes, par exemple; une lotion froide d'une minute succède à la lotion chaude, et l'on revient encore une fois à l'alternative du chaud et du froid; un drap sec jeté sur tout le corps du malade sert à exécuter d'énergiques frictions.
Peu à peu on diminue le temps consacré aux lotions chaudes, pour s'en tenir aux lotions froides. La marche, si elle est possible, doit avoir lieu après ces exercices.
3° Lorsque la réaction se fait bien, on passe à une troisième série d'opérations. Le malade est plongé dans un bain de 27 à 28 degrés Réaumur; il y reste pendant cinq à six minutes; et lorsqu'il est bien réchauffé, on l'enlève rapidement de son bain chaud, pour le plonger dans un bain froid. Au début, celui-ci est de 16 à 17 degrés, et l'on diminue progressivement cette température jusqu'à 11 ou 12 degrés: on peut, au besoin, replonger le malade dans le bain chaud; mais il est préférable de le laisser sous l'impression du bain froid, et de le frotter immédiatement après.
h° Lorsque, par toutes ces gradations successives, la réaction est devenue facile, on peut passer aux procédés ordinaires de l'hydrothérapie.
Art. IV. — Bains d'air chaud.
Les bains d'air chaud sont dune origine très ancienne. Les Romains en faisaient usage concurremment avec les bains de vapeur. Leur emploi était singulièrement favorisé chez eux par les émanations qui se dégagent des terrains volcaniques sur lesquels avaient été fondées plusieurs villes importantes. Ainsi, sur les bords du golfe de Naples, et particulièrement dans les environs de Pouzzoles (1), des grottes naturelles ou creusées dans le tuf volcanique se remplissent d'un air chaud sans trace apparente de vapeur; il suffit d'y rester quelques instants pour que la peau se couvre d'une sueur abondante.
(i) Carrière, Le climat de VTtalie sous le rapport hygiénique et médical, Paris, 18^9. p. 3^5.
BAINS UAIII CIIAl'i). 53
Les étuves sèches sont aussi employées, dit-on. depuis uuo époque très éloignée par les peuples du Nord.
Cependant, si l'on parcourt les établissements que renferment les grandes villes et dans lesquels la méthode fumigatoire est mise en pratique, on n'y trouvera que très rarement des étuves à air chaud.
Cette proscription presque générale ne peut dépendre des difficultés de l'exécution; car on peut obtenir 1 air chaud par les procédés les plus divers. Parmi ces procédés, il en est plusieurs qui sont commodes et faciles à réaliser; tels sont : l'échaufiement autour d'un foyer, comme clans le calorifère (procédé de M. Rapou); l'emploi de fers rougis à blanc, que l'on place au-dessous du malade enveloppé de couvertures ; celui du courant d'air qui se dégage d'une lampe à huile ou d'une lampe à alcool (procédés de MM. J. Guyot et Duval); enfin, la carapace à double paroi que l'on remplit d'eau bouillante (procédé de M. Andrieux,de Brioude).
Le motif de l'abandon presque général des bains d'air chaud et sec est, sans aucun doute, l'accablement et les maux de tête qui en sont la suite. Je les ai employés suivant le procédé de M. Andrieux, qui me paraît préférable à tous les autres, puisque l'air en contact avec une paroi simplement chauffée par l'eau ne peut s'altérer comme il le fait par la combustion de l'huile ou de l'alcool; et cependant, j'ai toujours observé les symptômes que je viens d'indiquer; plusieurs malades perdaient, en outre, l'appétit et le sommeil; après le bain d'air chaud, ils restaient brûlants, agités et dans un véritable état fébrile.
M. Gillebert, directeur de l'établissement hydrothérapique de Serin à Lyon, a observé des effets semblables chez les malades pour lesquels il avait substitué la sudation par la lampe à l'alcool à la sudation dans la couverture de laine. Il a vu que les malades gardaient la pesanteur et le mal de tête, lors même que l'excès du calorique avait été soustrait après la sudation par le bain froid dans la piscine, et par les autres pratiques du traitement hydrothérapique.
Des faits analogues ont été observés dans un, autre établis-
Ott TRAITEMENT GENERAL.
sèment, et je m'étonne qu'ils n'aient pas suffi pour faire abandonner la sudation par l'alcool.
Les faits que je cite, pour combattre l'emploi des bains d'air chaud et sec, sont conformes à ceux qui sont connus de tout le monde sur l'influence des calorifères et des poêles. Chacun sait que la chaleur obtenue par ces procédés est moins favorable que celle qui se dégage du foyer d'une cheminée , et que, si l'on couche dans les chambres chauffées à leur aide, on éprouve de la céphalalgie et de la pesanteur de tête. Les ménagères savent si bien que la sécheresse de l'air est la cause de ces malaises, qu'elles placent sur les poêles un vase rempli d'eau, afin que la vapeur qui s'en dégage remplace l'humidité que la combustion enlève à l'air.
Parmi les causes qui peuvent rendre nuisible l'emploi des bains d'air chaud et sec, il en est qui tiennent à l'imperfection des procédés mis en usage, et en particulier à l'altération de l'air ainsi qu'à l'élévation trop considérable de la température. Dans le procédé du calorifère, l'air est privé de son humidité ; dans celui des fers rougis à blanc, une partie de l'oxygène est absorbée; et, lorsqu'on se sert de lampesà huile ou à alcool, il se dégage de l'acide carbonique, du carbure d'hydrogène, et plusieurs autres produits de la décomposition des matières enflammées. Évidemment, ces altérations de l'air peuvent concourir à la production des effets nuisibles; ils ne sont évités que dans le chauffage à l'eau ou à la vapeur suivant le procédé de M. Andrieux.
L'élévation de la température que l'on ne règle point avec précision et qui dépasse beaucoup celle du corps, est une cause non moins puissante de fatigue ; car, ainsi que l'ont démontré les expériences de M. Magendie, les animaux supportent très difficilement une température élevée, et ils ne tardent pas à succomber si celle-ci est prolongée et dépasse certaines limites : or, cet échauffement trop considérable, et qu'on n'a pas soin de régler, s'observe dans tous les procédés que nous avons énumérés plus haut: La négligence est d'autant plus facile, que létuve sèche ne reçoit pas avec le malade, comme celle des bains de vapeur, une personne qui puisse observer facilement le thermomètre.