‹ Traité de thérapeutique des maladies articulaires (volume 2)Chapitre 29 sur 151 · ENTORSE APRÈS LE DÉVELOPPEMENT DE L INFLAMMATION · texte numérisé non relu

ENTORSE APRÈS LE DÉVELOPPEMENT DE L INFLAMMATION

procure si peu de soulagement aux malades ; leurs souffrances et le gonflement des jointures se prolongent si obstinément, que l'on se demande si d'autres méthodes ne doivent pas être préférées. La plus essentielle, celle qui peut remplacer toutes les autres, qui est applicable à toutes les jointures, et dont la négligence peut paralyser les efforts les mieux dirigés, est l'immobilité dans une bonne position. Comme la compression est alors douloureuse, les gouttières suivant les modèles que j'ai proposés, et que Ion trouvera décrits aux articles Pied, Genou, Hanche, etc., procurent des résultats supérieurs à ceux que Ton peut attendre des autres moyens d'immobilisation.

Peut-on recourir encore aux réfrigérants? J'ai lieu de croire ceux-ci avantageux , du moins lorsqu'il n'existe aucune disposition rhumatismale. Le sentiment de chaleur brûlante qu'éprouve le malade lui fait désirer le froid , et si celui-ci est employé dans des conditions et avec des précautions convenables, il peut diminuer beaucoup les douleurs et le gonflement. Parmi ces précautions, je signalerai : 1° le soin de maintenir tout le reste du corps dans une température élevée, et sans doute c'est la facilité avec laquelle cette indication est remplie en été , qui fait qu'à cette époque l'emploi du froid n'exaspère jamais les accidents, et les amende, au contraire, d'une manière évidente; 2" l'attention de ne pas prolonger trop longtemps les bains de pieds ou les irrigations d'eau froide. Une heure ou deux d'applications chaque jour sont suffisantes.

Si le froid est contre-indiqué, soit parce qu'il exagère les douleurs, soit pour d'autres motifs, les applications auxquelles on a recours doivent être tièdes et dune température uniforme. Mais ce n'est pas dans la classe des émoi lients proprement dits qu'ils me paraissent devoir être recherchés. De l'eau salée ou vinaigrée, tiède, est surtout convenable, et peut-être doiton employer, comme Ambroise Paré le conseille dans certaines meurtrissures, du vinaigre dans lequel on a fait bouillir de la camomille ou des roses de Provins. C'est aussi dans ces cas que les huiles, les graisses et les savons adoucissants peuvent trouver leur emploi. On doit choisir celles de ces substances qui n'ont aucune propriété irritante, les appliquer tiedes et les

laisser avec les parties malades dans un contact prolongé. Les raisons de ces divers préceptes seront exposées dans le chapitre où, traitant de l'arthrite aiguë, je reviendrai sur toutes les questions que je me borne à soulever ici.

Art. III. — Lésions chroniques consécutives aux entorses.

Le traitement des lésions chroniques qui peuvent succéder aux entorses varie suivant la nature de chacune d'elles. Nous ne pouvons en exposer ici toutes les variétés. Ainsi, nous n'avons pas à nous occuper du traitement spécial des fongosités et des abcès qui peuvent survenir à la suite de mouvements forcés, chez les scrofuleux ou sur des sujets atteints de diathèse purulente. Nous circonscrirons la question aux cas qui s'observent chez les malades bien constitués, et qui se réduisent à des douleurs avec difficulté dans les mouvements , sans lésion apparente, ou accompagnées d'inflammation chro* nique.

Les moyens que conseillent, pour ces cas, tous les auteurs classiques, sont l'immobilité, les frictions stimulantes, comme celles de baume de Fioraventi , de baume nerval, de baume opodeldoch,et les bains excitants dans des solutions alcalines, telles que la décoction de cendres, le sang de bœuf, l'infusion de plantes aromatiques.

Sans doute, il est des cas où ces divers excitants ont amélioré l'état des malades et contribué à leur guérison; mais il en est beaucoup d'autres où ils ont aggravé tous les accidents. Ils conviennent chez les malades d'un tempérament lymphatique, lorsque les articulations ne sont le siège d'aucun élancement inflammatoire et d'aucune douleur; ils sont nuisibles quand il existe des symptômes tranchés d'inflammation chronique, et que les malades sont sanguins et vigoureux. Dans aucun cas ils ne constituent une méthode vraiment efficace, et ce n'est pas sur eux qu'il faut compter.

L'immobilité n'est pas moins nuisible dans l'immense majorité des cas. Aussi, loin d'assujettir au repos les jointures depuis longtemps malades à la suite d'entorses, il faut leur imprimer chaque jour les mouvements qui appartiennent à

LÉSIONS CHRONIQUES CONSÉCUTIVES AUX ENTORSES. 80 l'état normal, et même exercer sur elles les tractions qui seraient utiles pour l'aire disparaître des déplacements insensibles. J. limiter s'exprime ainsi à propos de ces mouvements : « Dans beaucoup de cas , les entorses restent douloureuses, après que les symptômes primitifs se sont dissipés. On fait souvent disparaître cette douleur en donnant du mouvement à la partie ; il semble que quelque chose se replace par ce mouvement (1). »

A ces exercices, on doit joindre un massage très longtemps prolongé et répété plusieurs fois au besoin.

M. Brulet (de Dijon) a publié dans le journal de médecine de cette ville plusieurs observations d'entorses traitées par le massage, et dans lesquelles cette méthode a été suivie d une amélioration et même d'une guérison très prompte.

Pour la mettre en pratique, on embrasse l'articulation malade avec les deux mains, et l'on cherche les lieux les plus douloureux et la direction que suit la douleur. Lorsquon s'est assuré de ces deux faits, on commence par frotter doucement avec les pouces sur le trajet des parties les plus sensibles, tantôt dans le sens vertical, tantôt en décrivant des lignes divergentes. Bientôt la friction est rendue plus énergique ; elle accroît toujours, au moins momentanément, la douleur et la produit quelquefois avec une grande intensité. La conduite à tenir alors varie selon la nature du sujet, son courage, les accidents que cause ce surcroît de douleur, et les effets locaux qui en résultent. On prolonge, on suspend ou l'on modère simplement les frictions, selon le caractère de tous ces phénomènes.

La durée totale de cette opération est en général d'un quart d'heure à une demi-heure; elle varie toutefois suivant l'état des malades.

Généralement, on persévère jusqu'à la cessation entière de toute douleur : c'est le cas le plus commun. Quelquefois on revient pendant deux ou trois jours à cette opération ; chez un très petit nombre de sujets, on est forcé d'insister pendant cinq ou six jours.

(i) OEuvres complètes, t. I, Paris, i843, Leçons sur les principes de la chirurgie, art. Ektorse, p. 5y5.

M. Brulet pense que !e massage émousse en quelque sorte la sensibilité; ce qui, dit-il, est d'autant plus probable que l'opérateur ne s'arrête que lorsque les pressions, d'abord très pénibles à supporter, cessent de provoquer des souffrances. Peut-être aussi ces pressions longtemps exercées favorisentelles la résolution des liquides infiltrés. Quoi qu'il en soit, la méthode que nous venons d'exposer est précieuse, surtout dans les entorses du pied et du poignet. Lorsque j'en ai fait usage, j'ai toujours vu un certain soulagement en être la conséquence, et si je n'ai obtenu que des résultats bien inférieurs à ceux que fait connaître le Journal de médecine de Dijon, peut-être faut-il l'attribuera ce que je n'ai pas appliqué la méthode pendant le temps et avec la persévérance nécessaires.

Depuis l'invention des appareils de mouvements, on peut, résoudre, dans le traitement, des entorses chroniques, des difficultés jusque-là insurmontables.

L'inaptitude du membre à l'exercice de ses fonctions formant le symptôme dominant, l'usage de certains exercices est parfaitement indiqué. Que l'on ne croie pas d'ailleurs trouver une contre-indication à ces mouvements artificiels dans la douleur qu ils déterminent au moment des premières tentatives. Les faits prouvent qu'il n'y a pas de meilleur moyen pour émousser la sensibilité normale des articulations. Les jointures, sous ce rapport, sont semblables aux yeux qui, privés longtemps de la lumière et douloureux à son contact, ne peuvent la supporter qu'après y avoir été graduellement habitués. Des faits nombreux qui seront cités aux articles Pied, Poignet , etc., mettront ces vérités dans tout leur jour.

L'eau froide peut encore trouver d'utiles applications dans les suites éloignées des entorses. Si L'articulation est le siège d'une chaleur habituelle, les bains froids, prolongés, et pris de préférence dans le courant d'une rivière, peuvent être d'une grande utilité.

Mais si le membre est amaigri, qu'il soit le siège d'un sentiment de froid, que le malade ait besoin de l'envelopper plus chaudement que les autres parties du corps, les excitants sont surtout indiqués. C'est dans ces cas que l'on fait usage des

frictions prolongées avec l'alcool camphré, le baume de Fioraventi et les baumes nerval ou opodcldoch. On peut aussi employer les liquides sous forme de compresses réchauffantes. (Voyez paye /i9.)Quels que soient les avantages de ces divers excitants, ils sont de beaucoup inférieurs aux douches de vapeur ou aux douches d'eau chaude, surtout à celles que Ton trouve dans les grands établissements d'eaux minérales. Les douches froides peuvent être également très utiles. En les associant à lemploi des appareils de mouvements, )'ai réussi un grand nombre de fois à rendre la marche facile, lorsqu'elle ne pouvait s'exécuter qu'avec une peine extrême depuis un grand nombre de mois et même depuis plus d'une année.

Il importe de ne pas confondre les cas qui réclament les calmants et ceux auxquels les excitants sont nécessaires. C'est îaute de faire cette distinction, que l'on voit des entorses chroniques dans lesquelles le pied ou la main sont restés chauds, s'aggraver par des frictions excitantes dont l'emploi doit être borné aux cas qui viennent d'être spécifiés. (Voyez, pour complément de ce travail et surtout pour les observations, les articles : Entorses du genou, de la hanche, du pied, du poignet.)

Page 1