CHAPITRE DEUXIEME
Le traitement de ces contusions se rapproche beaucoup de celui des entorses, et il est à peu près le même, soit qu'il s'agisse de prévenir l'inflammation, soit qu'on ait à la combattre, une fois quelle est développée. Quelques remarques spéciales sont cependant nécessaires.
Il y a dans les contusions un broiement des tissus, et, par suite, un engourdissement, résultat de la lacération des nerfs, plus considérables que dans les entorses. De là l'indication des toniques dans les premiers moments. On satisfait à cette indication par l'emploi des vulnéraires, substances excitantes, en général dissoutes dans l'alcool. Les plus connues sont l'alcool vulnéraire et la teinture d'arnica, que l'on emploie purs
ou mélangés à de l'eau et dont on imbibe des compresses que l'on change de temps à autre.
La térébenthine est du nombre de ces excitants, et il n'est pas rare qu'on la laisse en contact pendant plusieurs semaines de suite avec les parties contuses , surtout lorsque celles-ci occupent le tronc.
L'eau froide en bains locaux, en applications et en irrigations, est moins usitée dans les contusions que dans les entorses. On sait en effet que ces applications ne conviennent qu'aux extrémités des membres, telles que les mains et les pieds. Elles sont dangereuses au tronc et dans les parties qui s'en rapprochent, telles que les hanches et les épaules. Or, comme les contusions sont fréquentes dans ces jointures rapprochées du centre, il résulte souvent de ce siège une contreindication qui, jointe à celle de l'hiver, de la période menstruelle et des débilités constitutionnelles, rend l'emploi du froid très limité. L'inflammation consécutive est, du reste, moins à craindre à la suite des contusions qu'après les entorses, et les indications essentielles sont : d'obtenir la résorption des épanchements sanguins et de calmer les douleurs.
Pour obtenir la résolution, les solutions de vinaigre, de sel marin, de sel ammoniac, de nitrate de potasse, sont indiquées par l'expérience et par les raisons théoriques que j'exposerai à l'article Hydarthrose. Ces légers stimulants ne sont pas moins utiles pour combattre la débililé locale qui s'oppose à la résolulion.
Parmi les résolutifs excitants, l'un de ceux qui méritent la préférence est le mélange suivant :
Eau 5oo grammes.
Sel marin ou nitrate de potasse. . 5o grammes. Alcool vulnéraire 5o grammes.
Si le siège de la contusion ne permet pas d'employer des liquides, on peut recouru- ou à des cataplasmes, ou à des emplâtres contenant également des sels, des acides ou des huiles essentielles. Tels sont les emplâtres de térébenthine ou des emplâtres de gomme ammoniaque dissoute dans du vinaigre.
Léveillé et Champion ont conseillé de pétrir les contusions
et d'en exprimer les liquides contenus. Cette pratique, que peuvent admettre tous ceux qui pensent que le sang épanché ne s'organise pas et doit être résorbé, est peut-être applicable aux épanchernents dans les jointures: l'expérience ne me permet point de dire quelle en est sa valeur.
Je terminerai ce passage sur les résolutifs et les excitants par quelques mots sur les substances astringentes.
lies substances astringentes, telles que les préparations diverses de noix de galle, de noix de cyprès, de sangdragon, ne sont pas employées aujourd'hui. Elles ont été cependant très conseillées, et souvent mises en pratique par les anciens : elles forment la base de leur thérapeutique dans les entorses et les meurtrissures. Ainsi, Ambroise Paré (1) conseille dans les contusions sans plaie des onctions avec un mélange de poudre de noix de cyprès, de noix de galle , d'alun , de sangdragon et de bol d'Arménie dans des blancs doeufs et de l'huile de myrrhe.
Il ajoute que , si l'on craint la gangrène , il faut recourir à des fomentations dans lesquelles on a fait bouillir de la serpentaire et du sceau-de-Salomon.
Enfin, pour les petites meurtrissures, il recommande, entre autres choses, une fricassée d'absinthe dans du vin , de l'huile de camomille, du son, du girofle et de l'eau-de-vie, le tout placé entre deux linges et appliqué chaud.
Si à la suite des contusions on a à combatre de vives douleurs ou des phénomènes inflammatoires, les moyens à mettre en usage sont ceux que nous avons déjà décrits page 86, tels que les appareils d'immobilisation, etc.