‹ Traité de thérapeutique des maladies articulaires (volume 2)Chapitre 49 sur 151 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

L'affection générale qui fait le sujet de ce chapitre a pour caractère essentiel la tendance à des sécrétions d'urate de soude dans diverses parties de l'économie, et en particulier dans les articulations et les reins; elle est complètement distincte du rhumatisme, même de celui que l'on désigne sous le nom de rhumatisme goutteux. Dans ce dernier, il y a bien, comme dans la goutte, gonflement des jointures; mais ce gonflement n'est pas dû au même ordre de lésion.

La goutte peut s'observer, à l'état aigu, sous forme d'accès, et à l'état chronique. Son traitement doit être étudié dans ces deux conditions , et dans l'un et l'autre cas, il faut rechercher les modificateurs de la constitution encore plus que ceux des jointures elles-mêmes; car l'affection constitutionnelle domine par son importance toutes les lésions locales.

Art. ïeï. — Accès de goutte aiguë.

Lorsque l'accès de goutte a peu d'intensité, qu'il n'est pas accompagné de fièvre, et que l'inflammation et la douleur locale ne sont pas vives, aucun traitement énergique ne doit être employé. Tous les auteurs sont d'avis qu'il faut se contenter alors de la diète, du repos, et même négliger de faire des applications quelconques sur les parties affectées. L'accès suit son cours régulier, et disparaît au bout de quelques jours.

Mais si les articulations sont le siège d'une fluxion douloureuse, accompagnée de gonflement inflammatoire, la méthode expectante peut-elle suffire ?

Quelques auteurs répondent à cette question par l'affirmative. Considérant les attaques de goutte comme une sorte de maladie critique , nécessaire, disent-ils, pour corriger la crase vicieuse du sang, ils conseillent d'éviter tout ce qui pourrait en entraver la marche naturelle et régulière; cette opinion n'a jamais pu prévaloir dans la pratique» Dans le cas que nous

examinons, les souffrances des malades sont trop vives pour qu'ils ne réclament pas énergiquement l'emploi de moyens propres à les soulager. Une saine théorie conduit aussi à rejeter cette doctrine de l'expectation inactive. Quand on sait que chaque attaque nouvelle de goutte laisse les articulations plus altérées qu'elles ne Tétaient auparavant, qu'il reste à sa suite des épanchements plus considérables, des ulcérations de cartilages plus étendues; quand on sait que cette aggravation des lésions locales est proportionnée à 1 intensité de l'attaque, on comprend le nécessité de modérer celle-ci autant que possible. Sans doute, aucune méthode ne permet de la faire avorter, et si cette méthode existait, probablement il ne faudrait point y avoir recours , mais on peut modérer 1 inflammation, ramener une attaque forte au degré des attaques faibles. Ce but peut être atteint, et l'on doit s'appliquer à y parvenir.

§ 1 . Traitement général.

Le traitement qui se présente naturellement à l'esprit est celui du rhumatisme articulaire aigu. C est en eifet celui qui est habituellement conseillé dans l'accès de goutte, et lorsqu'on parcourt les nombreux remèiles préconisés contre cet état morbide, on trouve tous ceux dont il a été question dans le chap. VIII, page 115 et suiv.; je me contente de les rappeler ici pour éviter des répétitions inutiles. Cependant ce serait une grande erreur de calquer le traitement de la goutte sur celui du rhumatisme.

Les émissions sanguines, assez souvent indiquées chez les rhumatisants , quand ils sont jeunes et d'une forte constitution, sont bien plus rarement applicables aux goutteux. Ceux-ci sont arrivés, en général, à un âge plus ou moins avancé; ils ont une santé altérée par des souffrances antérieures, par l'inaction et la bonne chère, et la nature de la goutte semble admettre les saignées encore moins que celle du rhumatisme.

Des réflexions analogues s'appliquent aux sudorifiques. Si un dérangement dans les fonctions cutanées est la cause habituelle du rhumatisme, cet ordre de trouble fonctionnel ne

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