‹ Traité de thérapeutique des maladies articulaires (volume 2)Chapitre 50 sur 151 · ACCÈS DK GOUTTE AIGUË · texte numérisé non relu

ACCÈS DK GOUTTE AIGUË

joue qu'un rôle accessoire dans la goutte. Sans cloute, l'inertie de la peau favorise le développement de cette affection ; sans doute, des refroidissements peuvent déterminer un accès aigu; mais ces causes n'ont jamais qu'une importance secondaire, et dès lors les sudorifiques sont moins utiles cjue dans le rhumatisme, spécialement dans la période initiale qui précède les douleurs aiguës.

Quant aux narcotiques, ils sont indiqués dans l'une et l'autre affection. Aussi , lorsqu'on examine les formules nombreuses vantées dans la goutte aiguë, l'on y trouve fréquemment l'opium, la morphine, et surtout l'aconit. Telles sont, en particulier, la poudre de Dower , les gouttes noires. Ces moyens doivent être prescrits lorsque les douleurs sont très intenses.

Si dans le rhumatisme aigu l'indication des purgatifs n'est qu'accessoire , il n'en est plus de même dans la goutte aiguë. Soit que celle-ci reconnaisse habituellement pour cause un écart de régime, soit que des évacuations soient indiquées par la nature habituelle de l'alimentation des malades , il est certain que les purgatifs sont le moyen le plus direct et le moins incertain de combattre les douleurs qui accompagnent les accès.

Le choix à taire n'est pas indifférent. Ceux qui peuvent être administrés en pilules sont préférables aux autres. Les plus usités aujourd'hui sont ceux qui portent le nom de pilules de Lartigue. Leur composition est encore secrète; cependant un goutteux qui en a fait très fréquemment usage m'a assuré qu'il avait obtenu des effets complètement identiques des pilules suivantes, qu'on lui avait indiquées comme en étant une exacte reproduction :

Extrait de coloquinte composé. . 20 grammes. Extrait tle semence de colchique. 1 gramme. Extrait alcoolique de digitale. . . 1 gramme.

Faites des pilules de 15 centigrammes.

Quoi qu'il en soit de cette composition, les pilules de Lartigue doivent être administrées, suivant l'auteur, de six heures en six heures , jusqu'à ce qu'une purgation abondante en soit

le résultat. Après deux ou trois prises, elles produisent habituellement une suspension presque complète des douleurs, et il suffît souvent d'en faire usage pendant un ou deux jours pour que des malades auparavant très souffrants puissent se lever et marcher. Cette efficacité des pilules de Lartigue pour suspendre les accès de goutte aiguë a été constatée par plusieurs médecins de Bordeaux, et entre autres par MM. Pereyra et Casenave, et par MM. Miquel , Amédée Latour, Fuster. Les observations de ces auteurs m'ont été confirmées par plusieurs goutteux que j'ai interrogés, et entre autres par M. le professeur Estor et M. le docteur Gaiilardet. Je dois faire observer, toutefois, que, suivant M. Estor, les accès de goutte, après avoir cessé sous l'influence des pilules de Lartigue avec autant de sûreté que de promptitude, reviennent plus fréquents et plus intenses, comme si une crise n'avait pu s'accomplir, et que les matériaux qui devaient être éliminés manifestassent plus tard leur existence en se portant sur les articulations ou sur d'autres organes.

Nous avons vu que ieau froide , surtout appliquée de ma* nière à produire une réfrigération, devait être proscrite du traitement du rhumatisme aigu. La crainte d'arrêter les transpirations est la cause de cette proscription justement motivée.

Le même jugement ne peut être porté sur l'emploi des boissons froides dans la goutte aiguë.

« La boisson de leau froide, dit Barthez (1), est d'une efficacité reconnue pour calmer les douleurs violentes d'une attaque de goutte, aussi bien que pour tempérer la soif et l'ardeur, qui sont quelquefois insupportables.

» Rondelet me paraît être le premier qui ait regardé la boisson d'eau froide comme spécifiquement utile dans la goutte. Vanderheyde dit qu'il n'est point de remède plus puissant pour prévenir l'accès de goutte, et pour le guérir lorsqu'il a déjà commencé. Quoique cet éloge soit exagéré, Yogel a recommandé ce remède avec juste raison, et j'en ai vu souvent les meilleurs effets

» Cependant l'eau froide ne doit pas être employée lorsque

(1) Traité des maladies goutteuses, Montpellier, 1829,

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