‹ Traité de thérapeutique des maladies articulaires (volume 2)Chapitre 53 sur 151 · GOUTTE CHRONIQUE. 2 U · texte numérisé non relu

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elle est à l'air libre, comme clans la douche en arrosoir ou clans le bain de pied. Son application ne peut être prolongée que lorsque, l'entourant de tissus secs, on facilite l'élévation de température qu'elle acquiert au contact du corps.

C'est cette pratique, réunie aux enveloppements dans le drap mouillé, qui est suivie lorsque l'on traite la goutte aiguë suivant les procédés hydrothérapiques.

Art. II, — Goutte chronique.

La goutte chronique, comme l'accès de goutte aiguë, exige constamment un traitement général, quelquefois un traitement local.

§ 1. Traitement général.

Le traitement de la goutte chronique consiste essentiellement à soustraire le malade à l'action des causes productrices de cette affection. Ainsi il doit s'abstenir de repas copieux , d'aliments épicés , se priver de liqueurs, de vin pur, de café, et, en général , de tous les excitants.

S'il est admis par tous les médecins que les goutteux doivent s'abstenir de substances excitantes, le genre d'aliments dont ils doivent faire usage n'est pas aussi rigoureusement déterminé. Suivant les uns, leur alimentation doit être exclusivement végétale; suivant les autres, la nourriture animale ou la nourriture mixte doivent être préférées. L'analyse des causes sous l'influence desquelles se produit spécialement la goutte avec sécrétion d'urate de soude, et les connaissances que nous possédons sur l'origine de cette matière azotée, me conduisent à penser avec plusieurs auteurs, M. Magendie entre autres, cpie l'alimentation végétale est spécialement indiquée; il est probable que les auteurs qui ont blâmé ce genre de nourriture, et qui disent en avoir observé de fâcheux effets, ont confondu sous le nom de goutte toutes les maladies des articulations avec nodosités; or, comme clans ce nombre se trouvent beaucoup d'hydarthroses , de tumeurs fibreuses, fibro-cartilagineuses, à la production desquelles une alimentation trop exclusivement animale est complètement étrangère, il n'est

pas étonnant que la privation de ce genre d'alimentation ne soit pas indispensable. Mais dans la goutte proprement dite, celle qui nous occupe, et qui se développe habituellement sous l'influence d'une nourriture trop substantielle nu trop exclusivement animale, la cessati n de ce mode d'alimentation est incontestablement indiquée; il ne peut y avoir d'exception que pour les cas où les végétaux ne pourraient être supportés, et ceux où l'affaiblissement de la santé générale réclamerait impérieusement l'usage des toniques.

Les goutteux doivent éviter la vie sédentaire; tous les auteurs sont d'accord sur ce point ; mais souvent le mouvement est contraire à leurs goûts, à leurs habitudes, et l'état des articulations ne le permet pas toujours. Aussil 'exercice doitil être combiné avec l'emploi des moyens qui diminuent les douleurs et facilitent le jeu des articulations. Il en est de même du régime végétal; il importe de le rendre supportable en relevant les forces de l'économie et en rendant plus actives les fonctions de l'estomac.

Quant aux vêtements, la plupart des auteurs veulent qu'ils soient chauds et souvent renouvelés. M. Turck insiste pour que les malades portent des chaussures larges et conduisant mal le calorique; il regarde les vêtements de flanelle comme indispensables. Je ne puis que m associer à l'opinion de ces auteurs dans le cas où ces malades ne font pas des lotions froides ou ne prennent pas des bains froids ; mais s'ils suivent l'une ou l'autre de ces pratiques, une fois rendus insensibles aux transitions de température, ils doivent porter des vêtements légers, et qui permettent à l'air d'être en contact avec la peau.

Les agents hygiéniques , choisis surtout d'après cette idée qu'il faut placer les malades dans des conditions opposées à celles au milieu desquelles la goutte s'est produite, sont de la plus haute importance; ils sont toutefois impuissants à guérir, et toujours on doit leur associer des moyens thérapeutiques. D'après quels principes ces moyens doivent-ils être administrés?

Incontestablement on doit avoir pour but d'exciter, autant que possible, les sécrétions cutanées et urinaires. Quand on

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réfléchit que, dans la goutte chronique, toutes ces sécrétions paraissent moins acides nue dans l'état normal, quelles sont insuffisantes pour l'élimination des matières qui, normalement, devraient être rejetées, on conçoit la nécessité de les rendre plus actives; cette nécessité est mise hors de doute par cette observation que, dans l'accès de goutte aiguë, toutes ces sécrétions, quelque temps ralenties, prennent une activité extrême, comme pour réparer en quelques jours l'inertie trop longtemps prolongée de la peau et des reins.

1° Remèdes pharmaceutiques. — Ce serait une longue énumération que celle de tous les remèdes qui ont été vantés contre la goutte. Elle serait malheureusement aussi inutile que fastidieuse, tant les drogues diverses employées contre cette maladie sont d'une utilité douteuse, et tant sont graves les accidents qu'elles peuvent entraîner lorsqu'on en abuse, comme on l'a fait si souvent des purgatifs et des éméto-purgatifs.

Je me contenterai de dire que, parmi ces remèdes, les uns lui sont communs avec le rhumatisme chronique, les autres lui sont, en quelque sorte, spéciaux.

Les premiers ont été indiqués page 171 et suivantes. Je n'ai à revenir ni sur leur mode d'administration, ni sur !e jugement, sévère que j'en ai porté.

Les remèdes plus spécialement indiqués dans la goutte chronique sont les amers et les substances qui, telles que les alcalis et le phosphate d'ammoniaque, paraissent spécialement propres à dissoudre les concrétions goutteuses , formées d'urate de soude.

Les amers sont indiqués par la débilité que les fonctions digestives ont, en général, chez les goutteux ; et s'ils sont loin de guérir la goutte même, il est incontestable qu'ils remplissent une indication utile, surtout lorsque la constitution est débilitée, et qu'il existe cet état auquel on a donné le nom de cachexie goutteuse.

On peut employer le quina, le Colombo, le quassia amaja.

On a surtout vanté la pondre du duc de Portland , dont voici la composition ;

"if Petite centaurée.

Germandrée. . .

Gentiane > an parties égales.

Aristoloche ronde. . I Ivette. ...... .y

Mêlez. Dose : deux grammes tous les matins.

Pour que cette poudre agisse, suivant ceux qui ont vanté son efficacité, il faut en continuer l'usage pendant très longtemps. Seulement, lorsque l'amélioration devient très évidente, on peut en diminuer la dose.

M. le docteur Buckler (1), se fondant sur ce que l'acide urique prédomine dans le rhumatisme et dans la goutte, et sur ce que des concrétions d'urate de soude et de chaux se forment dans les tissus blancs, a traité ces deux maladies par le phosphate d'ammoniaque , qui , avec les urates, produit de Furète d'ammoniaque et du phosphate de soude facilement soluble. Il assure que par ce moyen les malades sont soulagés et guéris en peu de jours , et qu'un phénomène qui se produit très promptement est la limpidité de l'urine succédant aux urines briquetées. Attendons, malgré la théorie, des faits nombreux et détaillés avant de nous prononcer sur la valeur de ce traitement. Le phosphate d'ammoniaque est donné à la dose de 50 à 60 centigrammes, trois fois par jour.

M. le docteur Edwards a employé , comme M. Buckler, le phosphate d'ammoniaque contre la goutte, et il est arrivé au même résultat.

2° Méthode fonctionnelle par t intermédiaire de la peau. — On peut appliquer à la goutte chronique toutes les méthodes dont il a été question dans le chapitre où nous avons examiné les moyens d'activer la calorification et la transpiration des rhumatisants. Il faut le remarquer toutefois, l'effet de ces méthodes est plus limité dans la goutte que dans le rhumatisme. Les goutteux n'éprouvent pas, dans les parties souffrantes, la sensation de froid qui est si commune dans le rhumatisme chronique; la mauvaise saison ne produit pas sur eux une •nfluence aussi défavorable ; en un mot ils n'ont point

(i) Union médicale, 1847-

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