‹ Traité de thérapeutique des maladies articulaires (volume 2)Chapitre 54 sur 151 · GOUTTE CHRONIQUE. 2/4Ô · texte numérisé non relu

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dans la calorification ce trouble profond qui donne une grande importance aux méthodes thérapeutiques qui peuvent la régulariser.

Les fonctions de la peau sont bien altérées; mais ce n'est point la suppression de la sueur qui a été la cause primitive des accidents.

Enfin les congestions à la tête, que produisent les vapeurs , et, en général, tous les moyens qui communiquent une vive chaleur, sont plus à craindre chez les goutteux que chez les rhumatisants.

Toutes ces considérations démontrent que le traitement fonctionnel du rhumatisme chronique n'est pas applicable de tout point à la goutte. Cependant si l'on fait des modifications en rapport avec le tempérament des goutteux, si l'on choisit les pratiques qui activent les fonctions cutanées sans exposer à des congestions sanguines, on peut en obtenir des améliorations notables. On peut surtout attendre de bons résultats de l'emploi de l'eau froide, sur laquelle je vais ajouter à ce que j'en ai déjà dit, page 162 et suiv., quelques développements spéciaux.

J'emprunte à Bardiez (1) le passage suivant :

« L'application de l'eau froide et des bains froids peut être d'une utilité plus commune, sans comparaison, que ne seraient les bains chauds pour la préservation des retours des attaques de goutte.

» Ainsi, Stoll conseille de faire, tous les matins, des frictions sur le corps, qui ne soit pas chaud ou en moiteur, avec une éponge imbibée d'eau froide; après quoi le malade, bien essuyé et bien couvert, doit faire de l'exercice.

» Grant dit que le marcher à gué dans une eau claire , comme pour la pèche, est le plus avantageux de tous les exercices, et le seul spécifique qu'il connaisse pour prévenir le retour des accès de goutte et pour rétablir les goutteux.

» Williams conseille, pour la cure radicale de la goutte, les bains froids , pris chaque jour par immersion , la tète la première, où l'on ne reste qu'une demi-minute ou un quart de

(i) Traité des maladies goutteuses, t. I, p. 196.

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minute après avoir plongé; il veut que, lorsque le malade sort de ce bain, il soit bien frotté avec des linges chauds et rudes, et qu'il fasse de l'exercice ensuite. »

A propos du conseil donné par Grant de inarcber à gué dans une eau claire, Bartbez écrit en note : Ceci me rappelle ce que dit Strabon du fleuve Gydnus, que l'eau en est froide et le courant rapide, et, par cette raison, il est utile de s'y mouiller, tant aux bestiaux qui ont les ligaments des articulations épaissis, qu'aux hommes qui sont attaqués de podagre. » Pline a cité aussi une lettre de Tassius de Parme à Marc- Antoine, qui atteste aussi l'utilité des eaux du Cydnus pendant la goutte. En terminant, Bartbez ajoute . « En général, on ne peut contester l'utilité que les bains froids (dont chacun est pris pendant peu de temps, et est suivi d'un exercice modéré) ont pour exciter les forces de la constitution chez plusieurs hommes sujets à la goutte , pourvu que ces bains soient employés dans des circonstances favorables, et combinés avec un régime fortifiant approprié. »

Les simples frictions avec le drap mouillé, répétées chaque jour, peuvent être d'une grande utilité. J'ai pu en apprécier les effets favorables chez un ancien militaire, âgé de soixante-sept ans. Ce malade était sujet à la goutte depuis trente-quatre ans. Les accès se reproduisaient chez lui plusieurs fois par an, et, depuis quelques années, des intervalles de trois ou quatre semaines seulement les séparaient. Son dernier accès avait duré six mois, pendant lesquels il n'était pas sorti du lit, et il souffrait encore de cette longue et douloureuse épreuve lorsque je commençai son traitement, dans le moisd'avril 18/45. Dès les premiers jours , une amélioration sensible se manifesta dans sa santé; il reprit de la gaieté, de l'appétit et des forces, et, pendant deux ans, cette amélioration ne se démentit point. A part quelques douleurs qui ne le retinrent jamais au lit, et qui se dissipèrent après un ou deux jours, il n'eut qu'un seul accès de goutte; celui-ci se manifesta au huitième mois du traitement, et dura seulement quinze jours ; il fut l'effet d'un refroidissement par imprudence.

Au milieu de cette amélioration si remarquable sous le rapport de l'état général , les pieds, depuis longtemps gonflés et

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enroidis, reprirent en partie leur souplesse; mais une marche de demi-heure fut la limite extrême à laquelle M. R. put atteindre.

On ne saurait trop insister, dans le traitement de la goutte, sur l'emploi des moyens qui, sans produire aucune excitation générale, activent les fonctions de la peau, y portent le sang, et en diminuent l'impie .sionnabilité au froid; faction momentanée de l'eau froide, réunie à des frictions énergiques, est merveilleusement propre à atteindre ce but. En l'employant avec toutes les précautions usitées dans les établissements hydrothérapiques, ou en mettant, comme M. R., une persévérance inébranlable dans son emploi , on peut en obtenir les résultats les plus avantageux.

3° Alcalis, et en particulier eaux de Vichy. — Le traitement par les alcalis, déjà conseillé par Roerhaave et par Clarke, n'a été vraiment étudié, et n'a produit des effets incontestables, (pie depuis qu'il a été employé aux eaux minérales de Vichy. Les observations qui ont été recueillies à cette source, et qui sont devenues extrêmement nombreuses depuis que M. C. Petit (1) en a conseillé l'emploi, permettent d apprécier la méthode à suivre clans ce genre de traitement, et les résultats qu'on doit en espérer. Les travaux de M. Petit, ceux de M. Prunelle, médecin-inspecteur de Vichy, de MM. Rilliet et Durand-Fardel, nous serviront de guides dans ce travail.

Mode d'administration. — Le traitement auquel les goutteux sont soumis à Vichy est uniforme; leur régime est, en général, sévère. Ils s'abstiennent d'excitants, de vin pur, de café, de viandes noires. Le matin, de bonne heure, ils prennent, de quart d'heure en quart d'heure, un grand verre de table d'eau de Vichy, ordinairement de celle des Gélestins; puis ils se promènent pendant quelques instants. A dix heures, ou dans l'après-midi, ils prennent, pendant une heure, un bain d'eau minérale pure ou coupée avec un tiers d'eau commune à 27

(i) Voyez Rapport et discussions h l'Académie de médecine (Bulletin de l'Académie de médecine, Paris, 1 84", t. IV, p. 6o et suiv.). — Du mode d'action des caax minérales de Vichy ei de leurs applications thérapeutiques, Paris, i85o, iu-8.

ou 28 degrés. A deux heures, ils recommencent à prendre de l'eau en boisson. La dose prescrite est de huit, douze et vingt verres. Quelques malades outrepassent de beaucoup ces doses.

Les effets immédiats de ce traitement sont d'abord une augmentation dans la quantité des urines, qui deviennent plus claires, dont l'acidité diminue, et qui peuvent devenir momentanément alcalines. La plupart des malades éprouvent de l'amélioration dans leurs fonctions digestives, leur appétit est plus vif, leur digestion se fait plus régulièrement. On n'observe chez eux ni les étourdissements, ni les douleurs de tête qu'on pourrait craindre si l'on jugeait des effets de l'acide carbonique en boisson par ceux qu'il produit en vapeur. En un mot, on n'observe chez eux aucun accident immédiat ni consécutif.

Effets curatifs. — Suivant M. Petit, un certain nombre de goutteux guérissent entièrement, et ne voient plus reparaître pendant une longue série d'années les accès de leur maladie ; mais la plupart éprouvent seulement une diminution notable dans tous les symptômes morbides; les gonflements articulaires diminuent, les mouvements deviennent plus libres, les accès sont moins nombreux, plus courts et moins douloureux. Ce n'est que dans des cas assez rares qu'il n'y a aucune amélioration , et jamais il ne survient d'accident.

Pour que ces résultats favorables soient obtenus et se maintiennent, il faut non seulement que les malades suivent un régime sévère, mais qu'ils continuent chez eux l'usage habituel de l'eau de Vichy, et qu'ils y reviennent chaque année un nombre de fois plus ou moins considérable, suivant l'ancienneté et la gravité de leur maladie.

M. Rilliet, qui a profité de son séjour à Vichy pour s'enquérir de l'effet du traitement auprès d'un grand nombre de ooutteux, a recueilli des renseignements qui confirment ceux de M. Petit. « Dans nos interrogations, dit-il, nous avons été frappé de l'uniformité des réponses des malades. Presque tous ont affirmé que depuis qu'ils prenaient les eaux, les accès de --outte avaient beaucoup diminué de fréquence, de durée et d'intensité. Chez quelques uns ils avaient été suspendus

complètement pendant un ou deux ans, rarement plus; chez d'autres, les accès, qui étaient à peu près périodiques, avaient eu de la tendance à reparaître à l'époque ordinaire, mais ils avaient été a peine sensibles. Nous avons cru voir aussi, d'après l'ensemble des renseignements fournis par les malades, que c'était principalement après la première saison que la diminution la plus marquée dans le nombre des accès avait lieu, tandis que c'était sur leur intensité que les saisons subséquentes semblaient surtout agir. »

M. Durand-Fardel,qui a publié un mémoire remarquablc(l), dans lequel il s'est inspiré en partie des idées de M. Prunelle, combat M. Petit sur un grand nombre de questions théoriques ; mais en fait, il confirme ses observations sur l'innocuité des eaux de Vichy dans la goutte chronique, et sur l'amélioration habituelle que les malades en éprouvent.

En 1845, dans un voyage que je fis à Vichy, j'ai eu l'honneur d'y voir M. Estor, qui y passait une seconde saison pour s'y faire traiter de la goutte. Ce savant professeur de Montpellier, tout en conservant des doutes sur la possibilité de détruire par les alcalis l'affection générale goutteuse, considérait les eaux de Vichy comme très efficaces pour faire cesser le gonflement, la douleur et la roideur des jointures, et pour rendre les accès moins longs et plus rares. La plupart des malades qu'il avait observés, étaient dans un état meilleur, aucun n'avait éprouvé d'accident; la guérison avait été très rare. A ces témoignages j'ajouterai ceux de M. Gaillardet, chirurgien-major, qui achevait, en 1845, une seconde saison des eaux de Vichy pour la goutte dont il était affecté, et ceux d'un grand nombre de gens du monde qui connaissaient des goutteux dont l'état s'était sensiblement amélioré aux eaux de Vichy, de telle sorte que la science possède aujourd'hui un grand nombre de preuves en faveur de ces eaux, appliquées au traitement de la goutte.

Quels sont les cas dans lesquels les goutteux doivent s'abstenir des eaux de Vichy? Suivant M. Prunelle, il y aurait dan-

(i) Des eaux de Vichy, considérées sous les rapports clinique et thérapeutique, spécialement dans les maladies des organes de la digestion et dans le traitement de la goutte, Paris, i85r.

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<>erà en faire usage pendant le cours d'un accès aigu, lorsque les malades sont disposés aux congestions cérébrales, et que la goutte a de la tendance à se porter sur les organes internes. Ces sapes conseils du médecin inspecteur des eaux de Vichy , nous paraissent devoir être suivis. Mais de quelques restrictions dans lemploi dune méthode, il y a une grande distance à l'abandon de cette méthode eile-méme.

Mode d'action. — Gomment agissent les eaux de Vichy dans le traitement de la goutte? Cette question vivement débattue , divise encore la plupart des auteurs qui se sont occupés de la résoudre. M. Petit l'a envisagée surtout au point de vue chimique, etii a pensé que celait en Faisant passer l'acide urique insoluble à l'étal d'urate de soude dissous qu'agissaient les eaux de Vichy. Suivant lui, sous l'influence de ces eaux, prises en boissons et en bains, l'alcalinité des sueurs et des urines, qui sont naturellement acides, ne permet pas de douter que le sang ne devienne plus alcalin que dans l'état normal.

Dès lors, les concrétions d urate calcaire peuvent être dissoutes, résorbées, et, une fois entrées dans le torrent de la circulation , elles doivent être éliminées par les reins , dont l'activité est singulièrement accrue par l'effet du traitement. Si M. Petit borne la l'interprétation des effets des eaux de Vichy, sans aucun doute le point de vue auquel il envisage ia question est trop borné; mais je ne vois aucun motif pour rejeter, comme élément de la question, l'action dissolvante chimique que les eaux de Vichy peuvent exercer.

C est avec beaucoup de raison que M. iliiliet a fait jouer un praud rôle à l'amélioration que les eaux de Vichy apportent dans 1 état des fonctions digestives. Les rapports intimes qui lient ces fonctions avec ia producuon et l'entretien de la poutte, donnent une grande importance, dans cette maladie, à toutes les méthodes qui permettent de les améliorer *

Mais fauteur qui me parait avoir le mieux embrassé tous les éléments de la question est M. Durand-Fardel.

Après avoir établi, par une savante discussion, la nécessité, dans le traitement de la goutte, d améliorer tout à la fois les fonctions digestives, les sécrétions cutanées et urinaires , il établit que les eaux de Vichy agissent sur toutes ces fonctions

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à la ibis, et que les traitements que Ton fait à leur aide constituent une méthode naturelle physiologique bien plus que médicamenteuse.

Traitement alcalin à domicile. — Si l'on considère qu'il est impossible de prendre chez soi des quantités de boissons alcalines semblables à celles dont on tait usage à Vichy, sans fatiguer les voies digestives, on comprendra sans peine que Ion ne puisse imiter complètement la méthode que nous venons de faire connaître. Toutefois, si l'on voulait la reproduire, il faudrait l'employer tout à la fois en bains et en boissons.

Les bains alcalins habituellement employés contiennent de 100 à 200 grammes de carbonate de soude. Cette dose est inférieure à celle qui résulte de l'analyse des eaux de Vichv , par Longchamp. En ellet, cette analyse indique en moyenne 5 grammes de carbonate de soude par litre d'eau, et 1 gramme de sels accessoires, tels que chlorure de sodium, sulfate de soude, etc. D'où il suit que, pour un bain de 300 litres, il faudrait 1500 grammes de carbonate de soude et 300 grammes d'autres sels pour imiter l'eau de Vichy. Probablement l'absence d'acide carbonique, qui dans l'eau naturelle affaiblit l'action des carbonates alcalins , est cause de la faible proportion à laquelle on s'est arrêté dans la pratique. Mais si la crainte de produire un effet irritant oblige de s'en contenter, on voit que, sous le rapport des bains comme sous le rapport de la quantité des boissons , on ne peut faire chez soi un traitement alcalin qui dispense d'aller aux eaux mêmes.

L'insuffisance des imitations que je viens d'examiner fait comprendre que l'on ne saurait compter sur le savon, conseillé par Boei haave et par Clarke. Le premier le conseillait à la dose de 4 grammes par jour en trois fois, et il en faisait continuer 1 usage pendant très longtemps, même pendant une année. Clarke le donnait à une dooe plus élevée, 15 à 30 grammes par jour pendant un mois.

Peut-être est il permis d'attendre des résultats favorables des lotions alcalines sur toute la surface du corps, telles que les a conseillées M. Turck. Cet auteur, conduit par des vues théoriques qu'il n'est pas de notre sujet d'examiner, essaya d'abord des solutions de potasse et de soude marquant 10 de-

grés à l'aréomètre de Baume; mais la peau s'irrita promptement sous l'influence de ce remède, elle se couvrit d'une multitude de petits boutons rouges, et devint le siège de démangeaisons et de cuissons douloureuses.

En mélangeant aux dissolutions alcalines des décoctions mucilagineuses, du savon ou de l'huile , en les remplaçant par des bicarbonates alcalins, il ne put réussir. Si la solution gardait une alcalinité suffisante, elle continuait à irriter la peau , et si son alcalinité était très affaiblie , elle était sans action sur la maladie. Il pensa, pour éviter ces inconvénients, à saturer la potasse ou la soude par l'alumine, qui joue le rôle d'acide dans sa combinaison avec les alcalis, mais qui se dégage aisément de celte combinaison.

Pour préparer l'aluminate de potasse, M. Turck prend, d'une part, de la potasse à l'alcool; de l'autre, de l'alumine précipitée par l'ammoniaque d'une solution d'alun, et convenablement lavée et desséchée; il fait dissoudre l'alumine dans la potasse, de manière à obtenir une saturation complète. L'aluminate de potasse est dissous dans l'eau, et l'on prépare ainsi des lessives alcalines qui marquent de 2 à 12 degrés à l'aréomètre de Baume; on commence par l'emploi des plus faibles, et l'on passe graduellement à l'emploi des plus fortes. L'auteur y ajoute de la gomme arabique, de la térébenthine, de l'alcool.

Les malades doivent se laver le corps deux ou trois fois dans la journée avec cette solution alcaline froide. Voici, suivant l'auteur, les effets immédiats qu'elle produit. Quand on fait, sur toute la surface de la peau, des lotions avec une dissolution alcaline , après le refroidissement léger résultant du contact d'un liquide évaporable , on éprouve une chaleur générale qui indique que l'activité du derme est augmentée. Si les lotions sont réitérées et secondées par l'action de moyens convenables, le corps, au bout de quelque temps, se couvre d'une sueur manifestement plus acide que la sueur ordinaire; elle rougit davantage le papier de tournesol ; les urines deviennent aussi plus acides que d'habitude ; les reins sont influences d'une manière directe par la peau , en partageant avec elle la portion d'activité qu'elle a acquise.

Les résultats qu'on peut obtenir des lotions alcalines clans la goutte chronique sont imparfaitement connus. M. Turk insiste beaucoup sur leur efficacité, sans entrer dans aucun détail sur les faits qui l'ont conduit à l'admettre; la seule observation particulière qu'il cite est celle qu'il a recueillie sur lui-même, dans laquelle on voit que l'usage des lotions alcalines a rendu les accès de goutte beaucoup plus rares et beaucoup moins intenses. Il est à regretter que l'auteur, beaucoup plus préoccupé de faire prévaloir certaines théories électro-chimiques que de s'appuyer sur des observations recueillies au lit des malades, ait trop peu insisté sur les preuves auxquelles les cliniciens attachent le plus d'importance.

§ 2. Traitement local.

Je suis convaincu que les articulations affectées de goutte passée à l'état chronique exigent, suivant les cas, les mêmes méthodes de redressement, et surtout le même emploi des mouvements artificiels que les arthrites chroniques de causes internes. A l'appui de cette opinion, je ne puis citer toutefois qu'un seul fait. Nous avons vu plus haut que, chez un ancien militaire, les frictions avec le drap mouillé avaient prévenu pendant deux ans les accès de goutte aiguë. Cependant cette amélioration si remarquable n'eut pas pour résultat de faire disparaître la roideur des articulations qui avaient été tant de fois et pendant si longtemps le siège d'inflammations goutteuses. Les pieds ne furent plus atteints de souffrances aiguës revenant par accès; mais ils restèrent gonflés et enroidis. La douleur qu'y réveillait la marche permettait au plus une progression de 300 à 600 mètres; le malade ne pouvait parcourir cette distance qu'en se reposant de temps à autre, et en faisant de pénibles efforts pendant une demi-heure.

En présence de cette impuissance du traitement général à faire disparaître les effets produits par des accès antérieurs, je pensai qu'il serait utile d'employer des appareils de mouvement pour rendre aux pieds une partie de leur souplesse. Ce mode de traitement fut commencé le 15 août 1868, et appliqué à chaque pied deux ou trois lois par jour, pendant vingt-

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cinq à trente minutes chaque fois. Les résultats furent sensibles au bout de trois ou quatre jours; la roideur et le gonflement diminuèrent graduellement, et la marche devint moins fatigante, surtout après chaque séance de mouvement artificiel. Trois semaines après le début du traitement, le malade put faire près de trois kilomètres à pied , sans intervalle de repos, ce qui lui était impossible depuis quatre ans. Il est à remarquer, toutefois, que cette amélioration ne put être dépassée.

Si les concrétions goutteuses réclament des remèdes locaux, ce sont les alcalis qui doivent être préférés. L'expérience paraît, du reste, avoir confirmé leur supériorité sur les autres moyens; car ils tiennent une large place parmi les topiques recommandés dans la goutte.

« MM. Fournier et Laugier, dit Barthez, ont proposé, pour résoudre les tufs, divers topiques dont la base est le sel de tartre dissous dans un véhicule approprié. On peut préférer des fomentations avec la dissolution du carbonate de soude, qui a été aussi trouvée efficace pour opérer cette résolution, et qui est plus doux que le carbonate de potasse. »

« On a recommandé aussi, pour la même fin, l'application de la poudre dYcailles d'huîtres calcinées (que Galien dit dessécher singulièrement les tumeurs goutteuses) ; le savon combiné avec le beurre de cacao mis en pâte, qu'on peut adapter aux gants et aux bas (Liger); un cataplasme de savon cuit, auquel on ajoute du camphre (Quarin) ; 1 application du fromage devenu acre et fétide (Galien et Paulmier, qui regarde ce remède comme spécifique pour résoudre ces tufs). »

Je ferai observer, en terminant, que les écailles d'huîtres produisent de la chaux lorsqu'elles sont calcinées, et que le fromage en putréfaction contient de l'ammoniaque.

Je me borne à mentionner ces médications spéciales. S'il en est d'autres qui soient indiquées par les douleurs ou par tout autre motif, on tâchera d'y satisfaire par les méthodes dont il a été question dans les chapitres précédents, et en particulier à l'article consacré à l'arthrite chronique.

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