DANS LES MALADIES DE LA HANCHE
Les béquilles seules ont servi jusqu'à présent à rendre la marcbe possible dans les maladies de la hanche. Leur insuffisance et les désagréments qu'elles entraînent font désirer des moyens moins incommodes et d'un aspect moins disgracieux.
S'il ne s'agissait, pour faciliter la marche, que de prévenir les ébranlements que celle-ci entraîne dans les parties malades , on pourrait se contenter de bandages amidonnés , ou mieux de ceintures de peau qui embrasseraient la cuisse et le bassin , et seraient à la hanche ce que les chaussettes et les genouillères sont au pied et au genou.
Mais le problème essentiel à résoudre n'est pas celui de prévenir des secousses , c'est d'empêcher l'effet que produit le poids du corps sur la hanche. Non seulement, sous l'influence des pressions qu'il entraine, les surfaces malades sont douloureusement pressées les unes contre les autres , mais elles tendent à chevaucher. Ainsi , tantôt les efforts de la marche sont suivis d'une ascension du grand trochanter, qui remonte de 1 ou 2 centimètres, et reprend sa place dans la station assise ou couchée ; tantôt le chevauchement devient permanent, et constitue une luxation spontanée. L'obliquité que présente l'acetabulum par rapport à la cuisse, lorsque celle-ci est dans l'adduction et que son rebord supérieur est érodé, facilite ce chevauchement.
Pour prévenir des pressions dangereuses sans recourir à des béquilles , on peut songer d'abord à des ceintures qui soutiennent le grand trochanter, et l'empêchent de remonter pendant la station et la marche. On a déjà fait plusieurs essais
MOYENS DE FACILITER LA STATION ET LA MARCHE. /l33
dans ce peine. Ainsi Dupnytren soutenait legrand trochanier, dans les luxations congénitales iln fémur, par une ceinturé placée autour ilu bassin, et lorsque le traitement de ces mêmes luxations était terminé, liumbert (de Mforley) faisait porter un corset qui entourait le tronc et se prolongeait jusqu'à la partie supérieure de la cuisse.
Ce système peut-il rendre la hanche capable de supporter les pressions que la station verticale entraîne? Je crois pouvoir répondre par la négative. Je l'ai essayé avec toutes les modifications qui pouvaient le rendre moins imparfait, telles que croissant placé au-dessus du trochanier, sous-cuisse, et béquilles cachées pour empêcher le déplacement de la ceinture : jamais il n'a facilité la marche , jamais il n'a donné au fémur un point d'appui solide.
J'ai pensé être plus heureux en appliquant à la hanche des tuteurs semblables à ceux que j'ai décrits pour le genou, qui s'étendent à tout le membre inférieur, et qui prennent leur point- d'appui sur L'ischion. $ mais la direction en dedans que présentaient tous les membres auxquels on les a appliqués les a rendus inutiles, et il est à présumer qu'ils ne seront guère plus avantageux lorsque la cuisse sera dans la rectitude, car la roideur qu'ils imposent à la hanche les rend beaucoup plus incommodes qu'aux genoux.
J'ai lieu d'espérer plus de succès à l'avenir; car, dans un cas récent où j'avais rompu une ankylose du fémur pour faire cesser une flexion voisine de l'angle droit, j'ai enfin réussi à faciliter la marche au moyen d'un appareil qui s'étend depuis le pied jusqu'aux aisselles. Le tuteur du membre abdominal , représenté page 345, est réuni au niveau de la hanche avec le tuteur de la colonne vertébrale, que l'on trouvera décrit et figuré à l'article Gibbosité vertébrale. Pour que la pression exercée sur la chaussure se transmette aux aisselles, on a borné à 15 degrés à peu près le mouvement des ginglyn.es placés au niveau du genou et de la hanche. En avant de cette dernière articulation est placé un ressort qui tend à produire une extension constante, et qui agit pour le redressement, comme le fait l'appareil de Dyvernois, dans le traitement du pied équin. Je suis convaincu qu'en perfectionnant ce genre
Z|3Ù TI'.AliKMI.NT GÙNKliAI..
de tuteur, qui n'est borné ni au tronc ni au membre malade, niais qui agit simultanément sur 1 un et sur l'autre, on pourra obtenir d'excellents résultais.
Art. IV. — Moyens de rétablir la mobilité de la hanche.
Il est inutile de démontrer l'importance de rétablir la mobilité de la bancbe. Chacun comprend sans peine à quel point le jeu des surfaces articulaires est nécessaire djns cette jointure à la progression, et que sans lui on ne peut rendre aux surfaces articulaires la forme et le poli qu'elles perdent constamment dans les coxalgies graves.
Les moyens spéciaux propres [à remplir ces indications sont les mouvements communiqués ou les mouvements spontanés répétés un grand nombre de fois.
Quel que soit le mode suivant lequel on communique les mouvements à la cuisse, il faut avoir soin de fixer le bassin avec solidité : sans cette précaution, les impulsions données au fémur se transmettent à la colonne vertébrale et ne se passent point dans la hanche.
Ainsi, lorsqu'on se sert des mains, des aides doivent saisir et fixer les os des iles pendant que l'opérateur fléchît le genou et imprime à la cuisse tous ses mouvements normaux.
La difficulté de réunir le nombre d'aides nécessaires pour répéter ces manœuvres plusieurs fois par jour, pendant un temps assez long, et l'impossibilité de faire concorder les impulsions qu'ils communiquent avec les contractions musculaires i\u malade, ma conduit à faire construire des appareils de mouvement qui permissent à ce dernier d'agir seul et sans fatigue; il en est de deux ordres : les uns, d'inclinaison en divers sens ; les autres, de rotation.
§ I. Appareils d'inclinaison de la cuisse en divers sens.
Pour imprimer à la cuisse des mouvements d inclinaison en divers sens, il suffit d'en saisir la partie inférieure avec un collier ou un mouchoir duquel partent des cordes réfléchies sur des poulies que l'on place en hauî, à droite et à gauche du
MOYENS DE lil.TAIil.il! LA MOIïl I.II'K DE LA HANCHE. 43Ô
malade; Rien 'le plus Facile cpie de trouver les. élcïirenls nécessaires à la construction de cet appareil. Je ehoisia Je préférence l'entrée d'une alcôve pour fixer les poulies supérieures et latérales. Le malade se pince sur le bord de son lit, ufin (pie la cuisse soit libre dans tous ies sens, et il lui imprime des mouvements de flexion, comme l'indique l;i figure 36.
Si l'on veut ensuite faire exécuter les mouvements de laiérnlité, il faut préalablement suspendre la cuisse, et la porter en dedans ou en dehors au moyen de cordes réfléchies sur des poidies latérales (fi.fj. 3 7).
Ces tractions produisent un mouvemenl de rotation en même temps qu'elles inclinent la cuisse en dedans ou en dehors.
Cependant, si l'on se borne à cette consiructi ,n simple', les
436 TRAlTEMEiST tfÉNÉHAL.
mouvements se passent dans la colonne Vertébrale bien plus que dans la hanche; le bassin n'étant pas fixé, suit tons les mouvements de la cuisse. Pour obtenir cette fixité du bassin on peut employer des dispositions très variées
Fte. 3-.
A l'exemple de M. Pravaz (1), on peut serrer le bassin entre deux montants latéraux réunis en avant, ou entourer celte partie du tronc d'une ceinture solide nue l'on fixe ensuiie par des courroies à une gouttière.
Je signalerai surtout le procédé de M. Desgranges; il est simple, et il réussit autant que le permet la disposition des
(i) Traité </hs luxations conqèntialet»
MOYIiNS DE RÉTABLIB LA MOBILITÉ DE L.\ HANCHE. 4S7
parties à fixer. Comme le représente la figure 37, il coi)' siste à attacher autour du bassin des mouchoirs ou des cordes passant sur les vêtements, et que Ton fixé à des anneaux attachés à la planche sur laquelle le malade est couché.
J'ai beaucoup mieux réussi dans ces derniers temps, en entourant le tronc d'un corset semblable à celui qui sera dé' crit sons le nom de corset tuteur, à l'article Gibbos/té vertébrale. Ce corset est fixé à une planche solide, et par la prise qu'il a simultanément sur les épaules, la colonne vertébrale et le bassin, il prévient beaucoup mieux les mouvements de ce dernier que les bandages qui se bornent à agir sur lui.
§ 2. Appareils de rotation de la cuisse.
Il suffit de jeter un coup d'œil sur la figure 38 pour se faire
Fia. 38.
une idée juste de cet appareil et de la manière dont il agit. On remarquera que, le malade étant assis, le poids du tronc suffit
438 Tii.\rn;.Mi;M' gékéhal.
pour Fixer le bassin et dispenser du mécanisme particulier (|tii est nécessaire pour obtenir cette fixité dans la direction horizontale. La lige autour de laquelle le fémur exécute son mouvement de rotation part, comme pn le voit, de l'union des deux tiers supérieurs avec le tiers inférieur de la jambe. Ainsi disposée, elle me paraît représenter véritablement Taxe fictif autour duquel le membre inférieur, légèrement fléchi, exécute ses mouvements de rotation en dedans ou en dehors. Les premiers appareils que j'avais fait construire et dont j'ai publié! le dessin en 1849 (1) avaient leur axe placé dans le prolonge ment de la cuisse. Ils ne s'harmonisaient pas aussi bien que celui que j'emploie actuellement avec les mouvements naturels du membre.
Mouvements spontanés. — Les mouvements spontanés peuvent être utiles si le bassin est fixé et que le malade soit en position horizontale. Leur utilité a été depuis longtemps comprise par M. Pravaz, qui, pour les rendre faciles et en permettre la longue et fréquente reproduction, a construit un char (pie le malade couché met en mouvement au moyen d'une pédale sur laquelle il agit par des alternatives de flexion et d'extension. Ce char est moins facile à réaliser (pie mes appareils de mouvement ; il ne permet pas une aussi grande variété dans les directions imprimées à la cuisse; mais son usage est agréable j il prépare parfaitement à la marche dans la station verticale, et il est utile dès qu'on peut se leprocurer.
A l'aide de mes appareils de mouvement, j'ai réussi à rétablir la mobilité de la hanche, chez un certain nombre de malades: mais la proportion des insuccès a été bien plus considé- ..twie (pi au genou, et surtout qu'au coude. Je crois cire dans t: vrai en l'estimant à peu près aux quatre cinquièmes, tandis qu'au coude cette proportion a été celle des succès par rapport aux lus ou la méthode a été inutile.
D'où vient cette infériorité des appareils de mouvement appliqués à la hanche? ICI le ne dépend pas dune moindre persévérance dans leur emploi; car là, comme pour les autres jointures, des malades en ont fait l'application deux ou trois
M Gine'le mâlicalc de Paris, 1849.
ENTOlt&g IH, I.A HANCHE. /l 3 9
fois par jour, pendant une durée croissante dune demi-heure à une heure, et en ont continué l'usage pendant plusieurs mois. Longtemps je l';ii atttihiu'e aux vices (pie présentait la disposition des appareils; mais elle a persisté, quoique affaiblie, lorsque j'ai eu fixé moins imparfaitement le bassin, et donné à l'appareil de rotation un axe en rapport avec celui autour duquel le membre exécute son mouvement de révolution partielle. Je pense aujourd'hui que la rareté des succès que j'ai obtenus dépend de ce que j'ai presque toujours agi sur des membres [jlacés dans l'adduction ou dans l'abduction. Evidemment la hanche ne peut reprendre sa mobilité qu'autant que les os qui la composent sont dans la rectitude, ou y ont été artificiellement ramenés. Aujourd'hui que l on connaît beaucoup mieux les moyens d'obtenir cette bonne direction, on jieut espérer plus de succès dans le rétablissement de la mobilité affaiblie ou perdue.