LUXATIONS CONGÉNITALES DU FÉMUR
On voit, par cette énumération , que M. Humbert a parfaitement compris la série d'actes progressifs par lesquels il faut passer depuis le moment où l'extension est continuée dans le but de maintenir la réduction, jusqu'à celui où le malade peut marcher sans appui. Un temps très long, une année au moins, est nécessaire pour parcourir toute l'échelle de ces gradations.
Indépendamment des cinq malades (deux avaient une double luxation) dont l'histoire est rapportée par M. Humbert dans son ouvrage; il en a traité un grand nombre dans son établissement orthopédique de Morley. Les observations de l'auteur, ainsi que ses malades eux-mêmes, ont été examinés par un grand nombre de médecins, et la réalité des réductions a été contestée par quelques-uns d'entre eux. M. Jolfre, de Grenoble, s'est occupé l'un des premiers de ce sujet, et M. Pravaz (1) a soumis tous les laits cités à une critique sévère. Sur les cinq malades dont l'histoire a été publiée par M. Humbert, il n'en est que quatre chez lesquels il admette une véritable luxation , et il doute que chez ceux-ci la réduction ait été opérée. Il se fonde surtout sur l'absence de toute douleur, de toute trace d'inflammation après les réductions que décrit M. Humbert.
En tenant compte des observations qu'il a faites sur d'autres malades que ceux dont les observations ont été publiées, il arrive à cette conclusion, que M. Humbert n'opère point des réductions véritables de la tète du fémur, mais qu'il la reporte dans l'échancrurc ischiatique. Suivant lui, c'est dans le rebord supérieur de cette échancruie que la tête de l'os trouve le point d'appui qui l'empêche de remonter après l'opération.
Quoiqu'il en soit de celte opinion, sur laquelle je reviendrai plus loin, il est certain que M. Humbert a rendu à des malades la longueur normale des membres luxés avec assez de solidité pour que le raccourcissement ne se reproduisit pas, et pour que la marche s'effectuât sans claudication, ou avec une claudication beaucoup moindre.
Dès l'année 1835, M. Pravaz, suivant la voie ouverte par M. Humbert (de Morley), s'est occupé des luxations congéni
(i) Traité des luxations congénitales du fév*itr, Lyon, 18^7, in-4-
TKAITKMEIST SPECIAL.
taies avec un zèle qui ne s'est jamais ralenti et. un succès très remarquable. Il a perfectionné les appareils tle traitement , surtout en y apportant plus tle simplicité, et en y joignant un appareil dont il a été question page 438, et qui est destiné, longtemps après la réduction, à faciliter le mouvement de la cuisse dans la position horizontale. Il a étudié avec un soin minutieux les précautions à prendre dans chacune des périodes du traitement et les phénomènes qui les accompagnent. Soumettante des juges éclairés les malades confiés à ses soins, avant et après le traitement, il a fait passer dans tous les esprits impartiaux la conviction de la réalité de certaines réductions de luxations congénitales; et, en 1847, il a publié l'ensemble de ses recherches dans un ouvrage étendu qui a été justement couronné par l'Institut.
Le traitement préparatoire à la réduction qu'emploie M. Pravaz diffère de celui de M. Humbert (de Morley), non seulement parle temps beaucoup plus long qu'il y consacre, mais par L'usage du bain d'air comprimé et l'association de la gymnastique des bras pendant que l'extension est opérée : heureuse combinaison qui permet aux malades de subir le long assujettissement qu'exigent les tractions préparatoires sans que la santé générale en soit altérée. La réduction s'opère de la manière suivante :
« Lorsque les indices d'un rapprochement préalable suffisant entre les éléments réciproques de l'articulation font espérer la réussite plus ou moins immédiate des tentatives de réduction , on y procède de la manière suivante (fig. 43) :
YiQ. 43.
« Un pivot vertical ayant été ajusté à l'appareil de sustentation, du côté du membre luxé, un peu au-dessous et en