‹ Traité de thérapeutique des maladies mentales et nerveusesChapitre 12 sur 86 · III. — Quand faut-il isoler l'aliéné · texte numérisé non relu

III. — Quand faut-il isoler l'aliéné

Généralement, les malades arrivent à l'asile tardivement, parfois six mois et plus après l'éclosion des premiers troubles psychiques. La famille espère toujours que ces troubles s'atténueront, disparaîtront, « que cela ne sera rien ». Le temps s'écoule, le délire s'installe, les conceptions deviennent de plus en plus systématiques, et le malade arrive enfin à l'asile; mais la chronicité est déjà à redouter. C'est la faute des parents, mais c'est aussi, bien souvent, celle du médecin traitant qui ignore l'évolution des psychoses, temporise et médicamente, en conseillant la patience.

Lasserre (1) a recueilli des chiffres démonstratifs sur les avantages de l'isolement précoce et les inconvénients de l'isolement tardif.

La démonstration porte sur un chiffre respectable de 1771 aliénés : sur ce nombre, 759 ont été admis à l'asile de Blois, de 1854 à 1863; 557 à l'asile de Bordeaux, et 455 à l'asile de Niort (1866 à 1870).

Asile de Blois (1854 à 1863).

Durée (le la maladie avant l'entrée. Entrées. Incuiables. Curables. Guéris.

Moins de 3 mois. 226 13 213 164

De 3 mois à 1 an. 106 35 71 50

De 1 an et au-dessus. 210 175 35 24

Les deux tiers des malades isolés à l'asile de Blois, dans les trois premiers mois de leur affection, ont guéri,

(1) Lasserrc, Élude sur l'isolement considéré comme moyende trailement dans la folie. Thèse de Paris, 1872.

Asile de Bordeaux (1866 à 1R70).

Durée de la maladie avant l'entrée. Enin-es. Incurables. Curables. Giiiris.

Moins de 3 mois. 33 139 107

De 3 mois à 1 an. ii-i 78 3(3 27

De 1 an et au-dessus. 192 183 9 4

Asile de Niort (18G6 à 1870).

Durée de la maladie avant l'entrée. Eiilrtîes. Incurables. Curables. Guéris.

Moins de 3 mois. 110 9 loi 86

De 3 mois à 1 an. 101 59 42 31

De 1 an et au-dessus. 148 128 20 8

IV. — Où faut-il pratiquer l'isolement? L'aliéné sera-t-il convenablement isolé dans sa famille ou à la campagne? La maison de santé ou l'asile public seront-ils préférables?

A domicile, au sein même de la famille, l'isolement n'est jamais complet et le malade ne profite pas de la séquestration.

Si quelques-uns, mais bien rares, tirent avantage des soins donnés à domicile, la grande majorité des aliénés est absolument rebelle à toute tentative de traitement dans la famille.

D'ailleurs, l'isolement dans l'habitation commune n'est pas logique. L'aliéné se sait chez lui, et il faut d'abord, insiste Esquirol, changer le milieu habituel du malade.

On a essayé de Visolement dans une maison de campagne. C'est peu pratique et coûteux. Il faut des gardiens expérimentés qui exercent une surveillance assidue. Il faut aussi que la maison s'y prête ; une salle de bains est indispensable. Et malgré tout le confort qu'on peut apporter dans une telle installation, en dépit des soins les plus minutieux, le résultat ne sera que médiocre, et aboutira souvent, tôt ou lard, à l'isolement dans l'asile.

Dans la maison de campagne, l'esprit de discipline ne peut exister, les règles hygiéniques ne sauraient être observées rigoureusement et le malade, ne se voyant entouré que de

Page 1