CHAPITRE II ASILES SPÉCIAUX
Article I''^ — Asiles pour les aliénés criminels, dnncjereux
et vicieux.
S'il y a une question de haute importance médicale et sociale, c'est celle de l'internement des aliénés criminels.
Un homme s'attaque à autrui, le tue ou le blesse; des doutes s'élèvent sur l'intégrité de ses facultés : les médecins aliénistes l'examinent et le reconnaissent irresponsable.
Qu'en va-t-on faire ?
Tout n'est pas fini quand le délinquant ou le criminel a bénéficié d'une ordonnance de non-lieu ou d'un acquittement, en raison de son état mental. Cet aliéné, qui échappe ainsi à la responsabilité de ses actes, va-t-il pouvoir se remettre, au gré de sa folie, en conflit avec les lois? Si oui, il est certain que sa présence dans la société est un danger permanent. C'est ce dont ne se sont pas assez préoccupés les législateurs de 1838.
Il y a donc, là, une lacune que les médecins légistes cherchent à combler. Mais, avant de voir où en est cette question, en France, il n'est pas inutile de connaître ce qui s'est fait à l'étranger à ce sujet et d'examiner les lois se rapportant à l'aliéné criminel.
En Allemagne^ les criminels, acquittés pour irresponsabilité,
sont soumis au même régime que les aliénés ordinaires et soio-nés dans les mêmes conditions. Cela veut dire qu'il n'existe pas, non plus, chez nos voisins, une législation particulière pour les criminels irresponsables.
En Belgique, où l'on s'est spécialement occupé du sort des aliénés, iln'existepas encorede loi spéciale. Mais, dès 1859, un projet de loi a été élaboré et soumis à l'Académie royale de médecine. Dans son rapport, cette société savante admet la nécessité d'un asile pour les aliénés criminels et pour les aliénés dangereux.
Le Jeune, ministre d'État, a présenté un projet très étudié, dont le but est la création, aux frais de l'État, d'asiles affectés exclusivement aux criminels irresponsables.
En Russie, l'aliéné criminel, acquitté par les tribunaux, est confié à sa famille ou à d'autres personnes consentant à se charger de cette surveillance; ou bien, il est placé dans un asile.
En Suisse, dans le canton du Tessin, l'aliéné criminel est soumis à un régime spécial; il est interné par l'autorité judiciaire dont l'autorité administrative exécute l'ordre.
L'internement est ordonné sur l'avis d'experts désignés par le juge.
En Angleterre, les aliénés criminels sont également envoyés dans des asiles spéciaux, sur l'ordre du secrétaire d'État. Ce ministre a le pouvoir d'ordonner le transfert du malade d'un asile dans un autre.
En France, on s'est depuis longtemps occupé de cette importante question. Elle a été bien exposée par Barbier, premier président honoraire de la Cour de cassation, qui explique ainsi ce qu'est un aliéné dangereux et ce qu'il faut en faire (1) :
(1) Paul Garnicr, La folie à Paris, 1890 : préface par le pi'ésident Barbier.
108 TIlÉRAPIvUTIQUK GÉNÉRALE.
« Quand la science a reconnu, a proclamé l'irresponsalMlilé de l'agent, le magistrat s'incline; la loi ne peut punir là où il n'y a pas de coupable.
« Mais à défaut d'un coupable, il y a un être essentiellement dangereux. Or, qu'arrive-t-il le plus souvent? Le prévenu d'un crime, par exemple d'un attentat contre les personnes, vient d'être renvoyé de la prévention ou acquitté de l'accusation, à raison de son inconscience légale. On le séquestre, on le place dans un asile. Là, sous l'influence d'un traitement rationnel, son état s'améliore, le malade semble guéri. Mais c'estun malade d'une nature particulière. N'importe, le devoir du médecin, en présence des dispositions de la loi, c'est de lui ouvrir les portes de l'asile.
« Voilà donc rendu à la société un être qui a été un fou criminel. Or, j'ose dire que la récidive est à présumer. De tristes et monstrueux exemples ne l'ont que trop démontré.
« Un meurtrier instinctif redevenu libre ! est-ce qu'il n'y a pas là de quoi épouvanter toutes les consciences? Il est irresponsable, avez- vous dit ; mais n'allez-vous pas assumer une large responsabilité dans les nouveaux crimes que vous lui donnez la facilité de commettre?
« La raison crie bien haut : au-dessus du respect de la liberté d'un être reconnu dangereux, il y a le principe de la sécurité sociale; V asile de sûreté s'impose. Pour ces individus (( louvoyant sur les frontières du crime et de la folie », si leur place n'est pas dans la prison, elle l'est encore moins dans l'asile proprement dit. Là ne doivent pas être traitées les infirmités morales nocives, pour emprunter dans son euphémisme le langage de la science.
« Un établissement spécial doit être réservé aux aliénés criminels. Un quartier de prison, spécialement affecté î\ ces fous dangereux, n'est pas une création suffisante. Une séquestration particulière pour cette catégorie d'aliénés dangereux, un régime spécial sont nécessaires.
« Celui qui a été l'instrument d'un attentat à la vie humaine, ne peut pas être facilement rendu à la liberté. Il ne doit l'être, après de très longues et très sérieuses épreuves, que par une décision de la justice, éclairée parles rapports ad hoc d'une commission médicale. »
On discutala question des aliénés criminels pour la première fois en 1872, à la Société de législation comparée, puis, en 1877, à la Société de médecine légale, et surtout au Congrès de médecine mentale de 1878. Billod demande la création de deux asiles d'aliénés criminels.
Lunier était d'avis qu'il faut créer des asiles spéciaux pour les aliénés criminels, sortes d'établissements qui auraient place entre les asiles ordinaires et les prisons. Mais le plus remarquable de tous les discours lors de ce Congrès fut celui de Barbier, alors président de la Cour de cassation. La justice, dit-il, ne doit juger que les coupables; la question des aliénés criminels ne regarde que les aliénistcs, et il propose la formation d'une commission mixte, composée de médecins pour ce qui concerne la science, du préfet pour l'administration et du procureur pour l'autorité judiciaire. Cette proposition fut agréée par le Congrès. Mais elle concernait surtout la sortie des aliénés. La commission doit examiner, au besoin avec d'autres aliéiiistes, si tel malade réclamé peut sortir, sans crainte d'une rechute.
A ce même Congrès, on émit le vœu relatif à la création de quartiers ou d'asiles spéciaux pour les aliénés dits criminels.
En 1880, à la Société médico-psychologique, Daily (1) ouvre le débat sur la question des aliénés criminels, par une conlmunication sur les responsabilités. En 1881, la discussion continue avec Motet, Falret, Christian, Delasiauve, etc.
Au Congrès de médecine mentale, à Anvers, 1885, Semai, de Mons, présente un rapport très intéressant dont les con-
(1) Daily, La re.iponsahililé morale el la responsahililé sociale (Ann, méd.-psych., 1881).
110 THÉRAPEUTIQUE GfiNKRALE.
clusions sont adoptées à Tunanimité ; il demande la formation d'une commission mixte pour l'examen des prévenus.
En 1889, au Congrès de Paris, la question est à Tordre du jour, par suite des communications de Motet et Vétault (1) et de Paul Garnier (2).
Motet a demandé, à plusieurs reprises, dans de nombreuses sociétés médicales de France ou de l'étranger (3), la création d'établissements spéciaux pour les aliénés criminels. En parlant de l'asile de Gaillon, en 1891 [4), il réclamait un asile pour les aliénés dangereux, quelque chose de plus que la sûreté de Bicêtre.
Au Congrès pénitentiaire de 1895 (5) les conclusions suivantes furent votées, sur sa proposition :
« I. — Dans tous les cas où un individu, poursuivi pour crime ou délit, aura été relaxé comme irresponsable de l'acte imputé, il sera interné dans un établissement d'aliénés, par mesure administrative.
« L'irresponsabilité de l'inculpé, à raison de son état de démence, sera constatée dans l'ordonnance de non-lieu. Celle du prévenu, renvoyé pour la même cause, des fins d'une poursuite correctionnelle, ou bénéficiant d'un arrêt de non-lieu, sera coiistatée dans le jugement ou dans l'arrêt.
« Celle de l'accusé traduit devant la cour d'assises et qui aura été acquitté pour cause de démence, sera constatée par le jury, en réponse à une question qui lui sera posée par le président des assises, suivant les termes de l'article 64 du Code pénal, soit d'office, soit sur le réquisitoire du ministère public, ou sur la demande expresse de la défense.
« La décision judiciaire intervenue dans l'un des cas ci-
li) Motet et VctauU, De la responsabililé des alcoolisés {Congrès iiilernational de médecine mentale, is89j.
(2) Paul Garnier, Congrès de médecine mentale, Paris, 1889.
(3) Motet, Actes du Congrès pénitentiaire international de Saint- Pétersbourg de 1890, Berne 1892, t. II, p. 267.
(4) Motet, Ann. méd.-psych., 1894, t. XX, p. -459.
(5) Motet, Congrès pénitentiaire international de iS95 de Paris Rapport de la 3" section, p. 215).
dessus prévus, sera transmise par le ministère public, à Paris, au préfet de police, aux préfets dans les départements, avec une notice individuelle dont la forme sera déterminée par un règlement d'administration publique.
« Il — Si la sortie est demandée, le malade doit être examiné, comme le demandait déjà Barbier, par un aliéniste, le préfet et le procureur général. Si la commission juge que l'individu n'est pas suspect de rechute, sa sortie sera ordonnée. Dans le cas contraire, il sera sursis de droit à sa sortie. »
Au même Congrès, devant la deuxième section, Magnan prenait la parole sur rinternemenl des aliénés criminels.
Ballet (1) émettait, de son côté, les propositions suivantes :
« 1° La législation actuelle est insuffisante à protéger la société contre les délinquants criminels^ déclarés irresponsables pour cause de maladie mentale. Il y a lieu de la modifier.
« 2° Les délinquants ou criminels pathologiques se divisent en plusieurs groupes; l'internement doit être pour les uns définitif, pour les autres, temporaire ou intermittent.
« 3° Il est à désirer que la magistrature ait à intervenir d'office, pour ordonner la séquestration des aliénés criminels reconnus, après enquête médicale, irresponsables et dangereux.
« C'est à elle aussi que doit incomber la mission d'autoriser la sortie définitive ou provisoire de l'asile, quand l'enquête médicale l'aura reconnue opportune.
« 4" Il n'y a pas lieu de créer des asiles spéciaux pour les aliénés dits criminels.
« 5° Mais il serait nécessaire d'avoir un ou des établissements intermédiaires à la prison et à l'asile pour y interner, par jugement, les fous moraux et certains autres délinquants criminels, dont la responsabilité, en justice, est considérée comme atténuée. »
(1) Ballet, Des mesures lé(/islalives contre les dilinqnanls dits irresponsables » {Ann. méd.-psych., 1895).
'l'^'2 TIlÉnAPEUTIQUI' GKNKHALi:.
CelLe qucslion des asiles criminels revient souvent à la Société médico-psychologique. C'est ainsi que nous trouvons une note de Colin (1) en 1894, et une discussion sur la mise en liberté des aliénés dits criminels, en 1895 (1), entre Falret, Christian, Roussel et Charpentier,
AuC ongres de médecine mentale de 1896 ("2), l'un de nous, rapporteur sur la question de l'internement des aliénés, concluait ainsi :
« En résumé, pour assurer, d'une part, le traitement et la surveillance des aliénés et garantir, d'autre part, la sécurité des personnes, en un mot, pour remplir à la fois les devoirs que l'humanité et le souci de la défense sociale nous imposent, il y aurait lieu de reconnaître dans notre organisation hospitalière spéciale :
« l"U Asile clinique ou asile de traitement proprement dit, peu différent de l'hôpital ordinaire, avec application de « l'open-door » pour les deux tiers environ de sa population.
« 2° U Asile de sûrelé, destiné aux irresponsables foncièrement dangereux^ séquestrés en vertu d'un jugement, dont l'effet se poursuivrait autant de temps que leur état serait de nature, par légitime présomption d'une rechute, à mettre en péril la sécurité publique.
« 3° h' Asile prison^ réservé aux criminels devenus aliénés en cours de peine (type Gaillon) (3). »
En 1897, Motet et Paul Garnier insistent, encore une fois, devant la Société- générale des prisons, dans une réponse à Constant, sur la nécessité des asiles spéciaux.
Au Congrès de médecinelégale de Bruxelles, en 1897, Brouardel et Motet font valoir des arguments en faveur de la ci'éation d'asiles spéciaux.
(1) Colin, Motet, Gliarpentiei', Sur le fonctionnement de l'asile des ûliénés criminels de Gaillon {Société méd.-psych., séance du 30 juillet isoS). — Société niêd.-psych., séances du 21 juin et du 30 décembre
(2) Paul Garnicr; Conçjrès de médecine mentale Nancy, 189G.
(3) Paul Gai-niel", Internement des aliénés, Paris, 1898.
Enfin en 1897, au Congrès de médecine mentale de Toulouse, Vig'ouroux et Colin l'ont une communication sur la question des aliénés criminels.
Depuis près de trente ans, on s'est donc constamment, préoccupé de cette grave question ; depuis trente ans, on^ réclame des asiles spéciaux et une juridiction particulièreconcernant l'internement et la sortie des aliénés criminels. Cependant, les asiles, si fréquemment réclamés, ne sont pasencore construits ; et, dans l'état actuel des choses, la sociétén'est pas suffisamment défendue contre cette classe decriminels qui, pouvant être mis en liberté suivant le bon-, plaisir d'un médecin ou d'un magistrat, rentrent dans la vieordinaire sans plus de garanties.
L'aliéné dangereux se calme à l'asile au bout de peu de jours. La vie s'écoule désormais sans incidents, sans accèsconvulsifs ou délirants. Quel parti prendre? L'état actuel nenécessite plus l'internement; le malade a commis un crimedans un instant de délire, mais ce délire a disparu. Reparaîtra-t-il? On l'ignore. Faut-il, en prévision d'un retour possible, retenir le criminel à l'asile?
Les avis sont partagés.
Pour les uns, V inlernenieni définitif est nécessaire; pourles autres, cette mesure inflexible ne peut s'appliquer, sansbase certaine, à tous les aliénés criminels.
On comprend quelles doivent être les perplexités de l'aliéniste, à qui seul incombe la responsabilité d'une décision,, d'où peut résulter un nouveau crime.
Les critiques passionnées dirigées contre la loi dm 30 juin 1838 ont eu, à peu près, pour unique objet, la. prétendue insuffisance des garanties qu'elle exige pour l'entrée des malades dans les asiles. Il eût fallu plutôt lui reprocher cette insuffisance de garanties en ce qui concerne la sorlipdes sujets, guéris ou paraissant l'être, mais pouvant devenirdangereux, dans l'avenir, pour la société.
Paul Garnier et Cololian. 8
L'expérience journalière a démontré la lacune. Il y a donc lieu de reviser la loi de 1838, non pour la bouleverser, mais pour la compléler.
Nous aimons à croire que les vœux émis depuis 1872 par tant d'assemblées seront réalisés prochainement et qu'on n'aura plus besoin d'argumenter sur la matière. La question est actuellement devant le Sénat; si la solution peut encore se faire attendre quelque peu, elle ne saurait pourtant être douteuse.
En ce qui concerne les criminels devenus aliénés, citons le vote du Congrès pénitentiaire de Paris, 1895 (1) : « Dans le calcul de la durée de la peine pour les condamnés, atteints d'aliénation mentale, doit être compté le temps pendant lequel l'aliéné est enfermé à l'asile spécial ou ordinaire. »
L'organisation des asiles pour criminels. — Comment doit être organisé l'asile destiné aux aliénés criminels? Quelle catégorie de malades doit-on y interner et y soigner? Ce sont là les points intéressants de la question.
La sûreté de Bicêtre avec ses sinistres cellules, l'asile de Gaillon avec ses quartiers d'agités, les asiles en général, et celui d'Évreux en particulier, ne peuvent nous servir de modèles.
Ici, il est nécessaire de distinguer entre les condamnés frappés d'aliénation mentale, en cours de peine, — individus qui, pour diverses raisons, doivent former une classe à part, — et les délinquants ou criminels jugés irresponsables. Aux premiers, un asile du type Gaillon, mais amélioré, peut convenir : c'est Vasile prison. Pour les seconds, il faut réserver Vasile de sûreté, d'un type moins sévère et qui doit offrir des garanties contre les évasions.
L'aliéné criminel sera dans l'asile de sûreté ce qu'est l'aliéné dans l'asile clinique : un malade. Le régime ne devra ressembler en rien à celui des prisons.
(1) Congrès pénileniiaire international de iS95, 2« section, p. 541.
Une salle de surveillance avec chambi^es d'isolement et une infirmerie constitueront la partie centrale, se rapprochant ainsi de l'asile clinique. Les arrivants, les aliénés én . plein délire, les agités y seront soignés, sous une surveillance très sévère. La proportion ■ des infirmiers de Gaillon èst de 3 pour 10 ou 12 malades ; ils sont doublés d'auxiliaires, qui sont, malheureusement, des condamnés en cours de peine. La proportion de 3 pour 10 nous parait suffisante.
A côté de la partie centrale, formée par la salle de surveillance, seront disposées les autres parties de l'asile : la salk -de lecture, le réfectoire, le dortoir...
Les ateliers doivent être confortablement aménagés. Les •malades travailleront, s'ils en sont capables. Le travail, ici, est un traitement. Dans l'oisiveté et l'inaction, le sujet perd toute préoccupation morale de s'affranchir; au contraire, il recherche des moyens de fuite, de vengeance. Le travail ennoblit même l'aliéné vicieux. Il faut donc donner à chacun, d'après ses capacités, une occupation manuelle ou intellectuelle. Mais, afin de provoquer quelque émulation, quelque stimulant, le travail devra être rémunéré : à Gaillon, le salaire de la journée est de 1 fr. 25. C'estun encouragement salutaire.
Choix des malades. — Quant à savoir quels sont exactement les malades qu'on doit recevoir dans l'asile de sûreté, c'est, là, le point vraiment délicat.
Dans le rapport de Motet (1) sur l'asile de Broadmoor [criminal lunatic asylum)^ nous trouvons des citations intéressantes, concernant les aliénés qu'on doit interner dans les asiles spéciaux.
Le D'"Bucknill établit les catégories suivantes :
« 1° Les convicts, qui deviennent aliénés pendant qu'ils subissent leur peine dans les prisons du gouvernement;
« 2» Les aliénés criminels, dont les tendances dangereuses
(1) Motet, Broadmoor {Ann. méd.-psijch., 1881, juillet-décembre, p. 411). • •
OU le caractère pervers rendent le contact préjudiciable pour les autres aliénés.
« 3° Les aliénés dangereux, mais qui n'ont pas été envoyés en prison et, de là, à l'asile, sous un ordre, pour avoir commis un crime quelconque, quoique leur vie ait été habituellement criminelle. Les aliénés ayant commis des actes pendant 1 eur détention. »
Le tableau général suivant (de Broadmoor) donne le chiffre des crimes commis par 412 des aliénés présents au 31 décembre 1879 ; 71 (54 hommes, 17 femmes) avaient été transférés des prisons oîi ils subissaient leur peine ; les autres appartenaient à la classe des aliénés reconnus tels, soit avant, soit pendant l'instruction, ou acquittés comme aliénés après jugement, ou condamnés et bénéficiant d'un sursis pour cause d'aliénation mentale.
Meurtre 213
Tentatives de meurtre; blessures graves 108
Homicide involontaire 5
Dissimulation de part 2
Rapt 1
Voies de fait 7
Voies de fait avec intention
d'enlèvement 6
Gi'imes contre nature 7
Crimes de lèse-majesté; attaques séditieuses 3
Vol avec effraction, la nuit,
dans une maison habitée. . . 10
Vol de moutons 2
Vol de chevaux 6
Vol d'objets de peu de valeur 1
Incendie et destruction criminelle par le feu 27
Dommages causés avec préméditation 2
Crimes comportant la peine
de mort 4
Autres délits 2
Envoi de lettres contenant
des menaces 2
Tentatives de suicide 3
Outrages à la morale publique
par la voie de la pi'esse. . 1
De cette étude, il résulte que depuis vingt ans, déjà, on se préoccupe, à l'étranger, non seulement du genre des malades, mais surtout de la nature des délits commis d'où l'on puisse tirer l'indication de l'internement dans l'asile spécial.
Et pourtant, ce n'est pas seulement d'après l'acte qu'il faut se prononcer et interner dans l'asile de criminels. Supposons un paralytique général au début de son affection, arrêté pour vol ou tentative d'assassinat : si l'on juge d'après l'acte, c'est
un malade désigné pour l'asile de sûreté ; mais, cliniquement, le paralytique est inconscient du délit qu'il a commis et qu'il a oublié quelques heures après. Sa place est évidemment dans un asile ordinaire.
Les mesures que Ton doit prendre contre les aliénés découleront donc, non pas du délit, mais de la nocuité que révèle l'état mental du sujet (1).
Voici un exemple entre tant d'autres : un persécuté-persécuteur nourrissait une haine implacable contre son beau-père, ce n'était pas un criminel car il ne s'était jamais rendu coupable du moindre attentat. On l'envoie à la suite d'extravagances à Ville-Évrard, d'où il s'enfuit et se cache dans Paris. Quinze jours après, il va se poster à la porte du bui^eau de son beau-père, et, à sa sortie, tire sur lui et le blesse.
Voilà donc un aliéné non criminel, qui, soigné dans un asile ordinaire, trouve le moyen de fuir pour mettre à exécution son projet homicide. De par son délire seul, il était à classer parmi les aliénés dangereux.
Le paralytique de tout à l'heure a été dangereux, fortuitement; actuellement, c'est un dément inoffensif. Le persécutépersécuteur, qui n'a pas été offensif avant son internement, est un être dangereux, contre lequel il faut se précautionner.
L'asile de criminels ne doit donc pas s'ouvrir seulement aux aliénés coupables d'un délit plus ou moins grave, mais encore aux fous reconnus dangereux par la nature de leur délire.
Le type de Valiéné dangereux incurable est le délirant chronique, dont l'affection se systématise et évolue très lentement. Du jour où le délirant désigne son prétendu persécuteur, sa place devrait être dans un asile de sûreté.
Les perséculés-persécu leurs, dont nous avons donné un exemple vécu, sont également incurables; ils commettent souvent des attentats homicides.
Les dégénérés obsédés el impulsifs peuvent être consi-
(1) Paul Garnier, Soc. gén. des Prisons, 1897.
1 1 8 TinCRAPEUTIQUE GÉNKnALE.
dérés, le plus souvent, comme incurables. Toutefois, on peut mettre un terme à leur séquestration, quand la période d'exacerbation est passée et qu'ils sont améliorés par le traitement.
Les débiles^ à perversions instinctives, dont quelques excès d'alcool éveillent l'agressivité constitutionnelle, sont des êtres toujours nuisibles. On doit les conserver dans l'asile de sûreté au delà de la durée d'un délire éphémère.
Ainsi donc l'asile spécial pour criminels dangereux et vicieux est d'une nécessité évidente pour la société.
Article II. — Asiles d'alcooliques.
Pendant qu'on discute dans les sociétés médicales, que de partout le cri d'alarme s'élève contre l'alcool, là-bas, près de l'asile de Ville-Evrard, on pose la dernière pierre à l'asile d'alcooliques. D'ici peu de temps il sera inauguré.
Quel est l'avenir de cet asile? Quel en sera le résultat, au point de vue social ? Nous l'ignorons. Echouera-t-il, comme tant d'autres choses humaines, et retombera-t-il à la simple banalité d'un asile à portes hermétiquement closes? L'avenir en décidera. L'asile de Villejuif fut construit pour les déments ; on y rencontre aujourd'hui toutes sortes d'aliénés, des idiots, des épileptiques. Le même sort est-il réservé à l'asile d'alcooliques de Ville-Évrard? Il faut espérer que non.
Cet asile sera unique en son genre; nous voulons croire qu'on saura lui conserver son caractère, et qu'il sera la grande école de l'anti-alcoolisme, d'Où sortiront des apôtres aguerris pour prêcher la tempérance.
Tandis qu'en Amérique on possède, depuis longtemps, des asiles spéciaux pour les alcooliques, en France, on ne s'occupe de leur sort que depuis peu.
. Pourtant Bergeron, dès 1871 (1), trouvait qu'il était néces-
(t) Bergeron, Rapport sur l'alcoolisme (Acad. de médecinp, 5 décembre 1871). .
ASILES SP]i;CIAUX. 119
saire, pour lutter contre l'alcoolisme, de créer des asiles analogues à ceux des États de l'Union.
Jules Falret,en 1872, demandaitàla Société médico-psychologique, s'il n'y avait pas lieu « dans l'intérêt des malades, comme dans celui des finances départementales, de créer des hôpitaux spéciaux ou des sections spéciales pour y recevoir des individus atteints de délire alcoolique aigu, et, s'il élait possible, d'instituer en France des asiles spéciaux pour la séquestration des ivrognes d'habitude (1) ».
En 1877, au Sénat, Testelin proposa un crédit de 200 000 francs, pour étudier l'organisation administrative et médicale des asiles et hôpitaux d'Améi^ique et d'Angleterre, destinés à la guérison des ivrognes.
Berthelot (2), en 1882, constatait que les sujets conscients de leurs penchants, et qui demandent la réclusion^ ne peuvent entrer dans une maison spéciale; ils sont « condamnés à boire, jusqu'à ce qu'ils aient présenté les signes positifs d'une lésion mentale qui leur donne droit à la séquestration ». Il réclamait « une maison de buveurs habituels, destinée à l'internement volontaire ».
En 1889, au Congrès international de médecine mentale de Paris, la question fut discutée. Dès ce moment, la création de l'asile d'alcooliques est partout réclamée.
Motet et Vétault (3) demandent « qu'il soit pourvu, par la création d'un ou de plusieurs établissements, à l'internement des ivrognes d'habitude, des alcoolisés ayant commis des crimes ou des délits, et ayant bénéficié d'une ordonnance de non-lieu, en raison de leur état mental..., que ces établisserrients, ayant le caractère de maisons de traitement, et non de
(1) Falret, Sur la séquestration des alcooliques (Soc. méd.-psych., 29 janvier 1872). — Les aliénés et les asiles d'aliénés, Paris, 1890.
(2) Berthelot, Les maisons de santé pour les buveurs habituels en Angleterre et en Amérique {Soc. de méd. et d'hyçj. prof., 25 janvier 1882 et Ann. d'hijcj., 1882, tome VII, p. 2'12). ' . ,
(3) Motet et Vétault, Rapport sur la responsabilité des alcoolisés
maisons de répression, soient organisés avec une discipline sévère, que le travail y soit imposé ».
En 1892, Magnan, dans son rapport annuel, recommande, non seulement, qu'on crée un asile d'alcooliques, mais aussi une maison de traitement pour les ivrognes. Dans ces maisons seraient soignés les internés volontaires et les individus adonnés inotoirement à l'ivrognerie, dont les parents ou les amis réclaaïieraient le placement ; ainsi que les individus, condamnés plusieurs fois pour délits d'ivresse, incapables de s'amender ipar leur propre volonté, et qu'un traitement prolongé pourrait, au contraire, débarrasser de leurs habitudes d'intempérance. iL'asile d'alcooliques qui grouperait les alcoolisés, disséminés aujourd'hui dans tous les services, aurait l'immense avantage •de pouvoir soumettre ces malades à un traitement rationnel et ■efficace basé sur l'abstention des boissons spiritueuses.
En 1892, Magnan et Legrain furent chargés, parle Conseil •supérieur de l'Assistance publique, du soin de rédiger un rapport sur la question. Après une discussion sur ce rapport (1895), le Conseil émet le vœu « que l'Administration encourage la création d'établissements spéciaux pour les aliénés alcooliques et l'organisation de quartiers spéciaux dans les asiles ».
Le projet fut adopté et suivi d'exécution ; l'asile d'alcooliques, avons-nous dit, sera bientôt inauguré.
Quel sera le mode d'organisation? Comment doit-on con- •cevoir le fonctionnement d'un asile de ce genre ?
On ne peut prendre comme modèles les quelques asiles de l'éti-anger.
Les établissements suisses et allemands (1) sont dus à l'iniliative privée. Le nombre des hospitalisés est restreint et on ji'y admet pas les alcooliques délirants.
Les asiles anglais (2) sont libres; les malades peuvent y
(1) P. Sérieux, L'assistance des alcooliqties en Suisse et en Allemagne {Bull, de la Société de mèd. ment, de BeUjique, mars 1895).
(2) P. Sérieux, Les élablissenients pour le traitement des buveurs
University of Leeds.
entrer et en sortir au gré de leur volonté. En Amérique, ils diffèrent en ce sens qu'ils admettent les ivrognes.
L'asile d'alcooliques de la Seine s'écartera des autres établissements analogues par les points que nous allons étudier. Il différera des asiles de Suisse et d'Allemagne, parce qu'il sera public, départemental; des asiles anglais, par la restriction apportée aux sorties, qui ne seront pas volontaires. Il ne ressemblera pas à ceux d'Amérique, car les simples ivrognes n'y seront pas reçus; pour ceux-ci, il faut un établissement différent. Enfin, l'asile de la Seine dépassera tous les autres en importance par le chiffre élevé de malades qui pourront y être admis ; ce chiffre sera de 500.
Dans les établissements suisses et allemands, on n'est point partisan des grandes agglomérations ; le nombre des pensionnaires est systématiquement limité à 30 ou 40. La cure du buveur nécessite, en effet, outre l'abstinence et le travail, un traitement psychique pour lequel les grands asiles ne sont pas favorables.
Ceci est le point noir. Le traitement individuel ne sera pas possible à l'asile d'alcooliques de Ville-Évrard, pas plus qu'il ne l'est dans les différents établissements de la Seine, toujours encombrés. Au moins l'Administration aura-t-elle la précaution d'augmenter le nombre des médecins, afin d'équilibrer les exigences du traitement avec le chiffre de la population ?
Quelle sera l'organisation intérieure de l'asile ? Nous pensons qu'un hôpital inauguré auxpremiersjours du xx^ siècle, ne peut être qu'un établissement parfait, et nous aimons à croire qu'il ne laissera aucune prise à la critique.
Un asile d'alcooliques, comme celui de Ville-Évrard, où 500 malades pourront être soignés et abrités, doit être divisé en trois parties bien distinctes ; il répondra sans doute à la description que nous avons donnée de l'asile-hôpital
en Angleterre et aux Étals-Unis (Bail, de la Société de méd. ment, de Belgique, juin 1895). — Les asiles de buveurs {Ann. d'hyg., 1896, S» série, tome XXXV, p. 308).
agricole ; construit sur de vastes terrains, entouré de jardins, il ne devra guère être qu'une colonie, avec ses trois divisions ; un hôpital central pour l'alitement, un petit asile de surveillance et des salles pour les colons.
Les alcooliques entrants passeront par la salle d"alitement. Ils y seront examinés et étudiés par le médecin, surveillés par le personnel.
La salle d'alitement est indispensable dans le nouvel asile; son usage ne sera pas seulement approprié aux délirants alcooliques simples, mais aux sujets atteints d'une affection intercuri^ente.
Le pavillon de surveillance se trouvera dans une autre partie de la colonie, pas trop éloigné de la salle d'alitement et du logement des médecins chefs et assistants.
La troisième division comportera les dortoirs, les salles à manger, les salles de lecture, etc., pour les colons en traitement. Les ateliers seront dans cette partie du bâtiment.
Les malades. — Quel genre d'alcooliques seront traités à l'asile spécial? Car, on ne peut prétendre que tout individu alcoolisé doit être reçu dans un hôpital d'alcooliques. Avant de désigner les individus pour lesquels l'indication est formelle, éliminons ceux dont la place est dans un établissement ordinaire.
Dans ce groupe il faut ranger, d'abord, les aliénés maniaques, paralytiques ou autres, qui, au début de leur maladie, se livrent à la boisson et nous arrivent avec un appoint éthylique. Après examen et connaissance prise des commémoratifs, on distingue facilement ces malades des alcooliques vrais, et le diagnostic suffit à indiquer leur envoi dans un établissement ordinaire.
L'asile d'alcooliques éliminera les pervers alcooliques vétérans, ces tristes sujets qui viennent périodiquement échouer à l'asile, pour retourner au cabaret au bout de quelques semaines d'hygiène et d'abstinence. Pour eux, l'asile fait partie
de leur existence, et ils y reviendraient d'autant plus volontiers qu'on ne les considérerait plus, à l'avenir, comme des aliénés vulg-aires. En outre, à cause de l'influence pei-nicieuse qu'ils sont capables d'exercer sur les autres, ces pervers invétérés doivent d'emblée être éliminés et isolés des alcooliques. Sur eux, ni les conseils, ni l'hygiène, ni l'ensemble de la mise en scène et du traitement n'ont de prise. Débarrassés momentanément de leur intoxication, guéris des troubles qui en ont été la conséquence, ils sortiront en promettant tout, en prodiguant les serments solennels, mais déjà décidés à ne rien tenir. On doit interner ces récidivistes incorrigibles et si souvent dangereux à Vasile de sûreté, ainsi que l'un de nous l'a déjà demandé (1).
Les dipsomanes ne peuvent être considérés comme des alcooliques. Ce sont des dégénérés à syndromes impulsifs qui ont, en dehors de l'accès, horreur de l'alcool. Dans une maison de santé ordinaire, ils seront mieux à leur place.
L'asile d'alcooliques doit être surtout réservé aux débutants. Pour ceux-ci, l'internement est nécessaire, et la guérison définitive est assez probable.
Parmi les malades à admettre on peut donc choisir : les individus atteints pour la première ou deuxième fois de délire alcoolique aigu ou subaigu; lés alcooliques chroniques avec ou sans délire, mais paraissant décidés à guérir; les convulsifs d'origine alcoolique.
Pour certains auteurs, les divers intoxiqués, les morphiniqves, les cocaïniques relèvent de l'asile d'alcooliques. Nous no sommes pas de cet avis. Si le morphinique a le désir de se guérir, la maison de santé, dont nous avons parlé, s'offre à lui. Mais si sa volonté n'est pas assez forte pour résister, et si des troubles mentaux apparaissent, c'est l'asile-hôpital qui lui convient.
Régime de l'asile d'alcooliques. — On doit prohiber dans un tel établissement toute boisson contenant de l'alcool;
. {i) Vnul Ga.rmer, Inlernemenl des aliénés, ièOS.
il ne faut pas admettre le prétexte que la suppression brusque entraînerait le delirium tremens.
Tous, médecins, malades, familles, doivent savoir qu'aucune boisson alcoolique ne pénétrera à l'asile. Et même l'abstention sera recommandée au personnel. La réussite et la bonne renommée de l'asile de Ville-Evrard sont à ce prix. Si Ton veut que le malade s'habitue à l'eau, il ne faut pas que ses yeux tombent sur un infirmier qui boit du vin ; il ne faut pas qu'il songe à se dire : « L'alcool est bon pour eux, mauvais pour moi, bon pour tous, sauf pour moi. »
L'abstinence du personnel sera la meilleure leçon pratique pour les malades et leurs parents. En constatant qu'un sujet sain et travailleur peut vivre sans goûter au vin, ils seront bien près d'être convaincus, et bien mieux que par les meilleures démonstrations statistiques.
Rouby (1) propose plusieurs mesures pour assurer la prohibition de l'alcool : il n'y aura qu'une seule entrée et un seul concierge ; les fournisseurs feront leurs livraisons dans une vaste salle de dépôt, sans avoir besoin de traverser tout l'asile, et sans pouvoir, ainsi, entrer en contact avec les malades. Une clause spéciale spécifiera que les fournisseurs seront frappés d'exclusion, au cas où. leurs employés introduiraient une boisson alcoolique quelconque.
Article LIL — Asile pour les épilepliques et les hystériques.
Par la nature des crises, l'épilepsie est une maladie nerveuse qu'on peut traiter dans un hospice ordinaire ; mais, par les accès délirants paroxystiques, elle devient une folie, et c'est à l'asile qu'il faut alors soigner le malade.
Voilà déjà deux points qui se contredisent; l'un proclamant l'épileptique un malade nerveux, l'autre un aliéné. Ce n'est pas tout. Supposons que l'épileptique, à l'hôpital, présente des
fl) Rouby, Hôpital d'alcoolisés {Ann. méd.-psych., septembre lS9i).
troubles psychiques; il faut l'interner à l'asile. Là, les crises diminuent, les troubles psychiques disparaissent. Que faire? Garder le sujet à l'asile ou le renvoyer à l'hôpilal ?
En supposant que l'épileplique, par la nature de l'éréthisme psycho-moteur des centres, soit considéré comme un aliéné, il cessera de l'être au bout de peu de jours, quoique demeurant épileptique. Il redeviendra un homme sain d'esprit, ayant des crises, des convulsions espacées et menacé toujours de nouveaux troubles psychiques.
La loi de 1838 ne permet pas qu'on garde dans les asiles les aliénés guéris. L'épileptique, qui n'offre plus de troubles mentaux, ne peut plus être considéré comme aliéné; il doit donc être renvoyé.
Qu'adviendra-t-il de ce malheureux que les ateliers ne conservent pas, que les patrons congédient, que les hôpitaux refusent et que les asiles ne peuvent garder? Nous songeons au sort des idiots, au sort des enfants imbéciles; n'est-ce pas aussi un devoir de chercher à améliorer celui des épileptiques?
L'épileptique n'est absolument ni un aliéné, ni un simple nerveux; il faut donc créer quelque chose d'intermédiaire entre l'asile et l'hôpital pour le soigner, l'assister.
Il n'existe pas d'asile spécialement affecté à ces malades, ni dans le département de la Seine ni en province. Les épileptiques de la Seine sont envoyés dans deux ou trois services : les hommes à Bicêtre et à Ville-Evrard, les femmes à Villejuif, où des quartiers leur sont réservés. Et, là, les inconvénients sont ceux que nous avons signalés. Les malades ont leur section pour dormir, manger, c'est vrai; mais, dans les ateliers, dans les services généraux, ils restent en contact avec des aliénés. En outre, on les renvoie dès que les troubles cérébraux paroxystiques ont cessé.
Il faut donc créer des asiles-colonies pour les épileptiques. Il faut le faire, non seulement dans un but d'humanité, mais pour préciser la frontière de cette psycho-névrose et poursuivre scientifiquement sa guérison.
Ainsi, le prog^rôs même de la science actuelle réclame le traitement des épileptiques dans une colonie spéciale; les malades y seront traites et pourront, par leur travail, pourvoir à leur nourriture. En Weslphalie, à Bielefeld, la colonie des épileptiques est établie sur ces principes et a donné des résultats déjà satisfaisants.
C'est Peterson, parmi les auteurs modernes, qui nous paraît avoir le plus insisté sur la nécessité de créer, non pas des asiles, mais des colonies d'épileptiques. Il serait opportun, selon lui (1), de recueillir et d'assister tous les épileptiques qui sont à la charge de leur famille. Il faut fonder des villages ou des communautés où l'on pourrait les occuper suivant leurs aptitudes, en même temps qu'ils y trouveraient toute l'assistance, tous les soins moraux et médicaux dont ils auraient besoin.
Peterson, après une visite à la grande colonie d'épileptiques de Bielefeld, en Allemagne, eut l'idée d'établir aux États-Unis une colonie du même genre. Grâce à ses elforts, il put obtenir un décret de l'Etat de New- York, et l'asile de Graig-Golony fut fondé (2).
La description de cette colonie est instructive et montre ce que doit être un asile d'épileptiques.
Graig-Golony. — Graig-Golony, ainsi nommée en mémoire de feu Oscar Graig, de Rochester, ancien président du Gonseil supérieur de l'assistance publique, est située dans la vallée de Genesee. Elle occupe une surface d'environ 1900 arpents. La terre y est extrêmement fertile et comprend une grande variété de champs, de bois, de prés et de vallons. La ferme, les jardins, les vergers sont florissants et produisent un revenu de 60000 à 75000 francs.
La loi, autorisant la fondation de la colonie, a statué qu'elle
(1) Peterson, De l'assistance des épileplîques (American Journ. of Insanily, janvier 1894).
(2) Peterson, Noie sur la colonie de Graig [Annales méd.-psych., 1896, IV, p. 51).
serait disposée comme un village. Pour se conformer à celte exigence, le conseil d'administration confia à un architecte de talent la mission d'établir les plans d'un villag-e industriel et agricole, d'après les règles les plus récentes du progrès. Craig-Colony n'a nulle part l'aspect d'un asile; elle a plutôt celui, d'une petite ville de province.
A mesuré que les malades y arrivent, on leur donne une occupation appropriée à leurs aptitudes. Les uns sont chargés de l'exploitation des fermes, de la culture des jardins et des vergers ; les autres sont occupés à élever de nouvelles habitations. Il y a, parmi eux, des tailleurs, des cordonniers, des imprimeurs, des relieurs, des maçons, des forgerons, des charpentiers, des peintres, etc. En un mot, tous les genres de métiers qui constituent la vie d'un vrai village, se ti'ouverit réunis dans la colonie, avec cette seule différence que les citoyens de cette communauté sont des épileptiques.
Les ressources de la propriété sont telles que les habitants de ce village, unique en son genre, peuvent y trouver tous les approvisionnements qui leur sont nécessaires.
De la sorte, les nombreux malades se suffisent sans recourir à la charité publique.
Choix des malades. — Tous les épileptiques sujets à des crises fréquentes et à des troubles psychiques, à la suite des accès, seraient envoyés à la colonie type, dont nous souhaitons la fondation en France.
Mais, il y a différentes épilepsies. Il y a Vêpilepsie essentielle, Vépilepsiesymplomaiique^Vépilepsie partielle. L'asile spécial sera pour les malades atteints d'épilepsie essentielle. Nous écartons les éthyliques chroniques, sujets à des crises convulsives, par intervalles, qui sont destinés aux asiles spéciaux d'alcooliques. Nous excluons, de même, les autres formes d'épilepsie toxique.
Dans la paralysie générale, la crise épileptique, ou plutôt épileptiforme, se montre souvent, mais le sujet
128 THÉRAPEUTIQUE GÉNÉBALE.
devra être traité à l'asile-hôpital pour la maladie primitive.
Enfin, l'épilepsie partielle qui débute par un membre pour se terminer par des convulsions généralisées, sera soignée à l'hôpital.
Après avoir établi ces distinctions, il faut revenir à la forme essentielle qui doit nous occuper surtout.
Une élimination s'impose encore ici. Parmi les épileptiques, il se trouve des sujets vicieux, insociables, qu'on ne peut garder dans une colonie du genre de celle dont nous parlons. Ce sont des esprits frondeurs, batailleurs, indisciplinés. Si on les accepte, il faut les isoler dans un quartier à part.
Il existe, aussi, parmi les épileptiques des êtres dangereux, et en assez grand nombre. Ce sont ceux qui, après les crises, sont sujets à l'excitation, aux impulsions : ils sont capables de délits graves . On pourrait les soigner dans la colonie, mais en les isolant à chaque accès et en les soumettant à une surveillance assidue. S'il s'agissait d'un épileptique criminel, arrêté pour avoir commis un délit pendant son accès, par égard pour les autres malades qui seraient froissés de se trouver avec lui, il serait préférable de l'envoyer à l'asile spécial pour aliénés criminels.
L'asile serait donc réduit à l'admission des seuls épileptiques, ayant des crises rares ou fréquentes, avec ou sans troubles psychiques. Ce serait plutôt une colonie qu'un asile, « une ville », comme le dit Peterson, où chacun travaillerait pour gagner sa vie, où il y aurait, pour chacun, un traitement et un régime pour tous.
L'open-door. — Si l'on n'hésite pas à appliquer l'opendoor dans les asiles ordinaires, à plus forte raison doit-on l'exiger dans une colonie d'épileptiques. La liberté, sous le contrôle de la discipline, est une condition de réussite.
Le travail. — L'épileptique travaillera selon ses aptitudes, ses capacités. Les champs de culture, s'ils sont étendus, suffiront à la nourriture des malades, l'excédent sera endu pour la rétribution de leur travail.
Le travail est non seulement un avantage économique pour une telle colonie, il est surtout un mode de traitement.
Les ateliers doivent être vastes et nombreux.
Un point sur lequel Peterson ajustement insisté, c'est l'éducation. Il ne s'agit pas ici d'instruire la jeunesse seulement, mais aussi les adultes par des leçons pratiques sur leur métier, qu'ils doivent" chercher à perfectionner. Il faut donner à ceux qui semblent en avoir le goût et les aptitudes des leçons de peinture, de chant, de musique instrumentale, tâcher de former un orchestre, etc. Tous ces détails forment un ensemble moral qui influe favorablement sur la guérison.
Les hystériques. — A côté des épileptiques, il y a les hystériques à crises graves.
Pour cette classe de malades, l'hôpital ne suffît pas et l'asile ne convient guère. C'est sans doute à la colonie d'épileptiques que serait leur place ; c'est là qu'ils pourront recevoir les soins dus à leur état.
Nous sommes amenés, ainsi, à parler des hystériques femmes, dont le nombre est assez important dans les asiles et les hôpitaux, quoiqu'elles ne devraient point y être hospitalisées. L'asile d'alcooliques sera ouvert aux deux sexes, pourquoi la colonie d'avenir pour épileptiques ne s'ouvrirait-elle pas aux comitiaux des deux sexes et aux hystériques convulsifs?
On aura fait un grand pas en avant quand, après l'ouverture de l'asile d'alcooliques, le Conseil général s'occupera de voter les fonds nécessaires pour la construction d'une colonie mixte d'épileptiques et d'hystériques. Ce n'est pas là une utopie et il y a lieu d'espérer que le jour est proche oîi l'on songera sérieusement à cette fondation.
Article IV. — Asiles pour les enfants idiots et dégénérés.
Les enfants aueu^Zes et sourds- muets sont l'objet de toute l'attention de la société qui leur a ouvert, il y a longtemps, Paul Garnibr et Cololian. 9
divers établissements publics ou privés ; c'était un devoir. Depuis un siècle, on s'occupe des enfants assistés, et, en ces derniers temps, des enfants moralement abandonnés. Les enfants tuberculeux, rachitiques, scrofuleux, sont soignés dans des maisons spéciales; c'est encore fort bien. Seuls, les enfants idiots et dégénérés manquent de soins, autant en France qu'à l'étranger.
Pourtant, on fit, autrefois dans notre pays, quelques essais d'hospitalisation; ces essais remontent au xvii* siècle.
C'est à la Salpêtrière qu'on plaça d'abord les enfants idiotes, puis, à Bicètre les petits idiots.
La Salpêtrière fut inaugurée le 14 mai 1656, avec 628 femmes de tout âge. Il y avait, d'après Boucher (1), « 192 enfants depuis deux ans à six ans ».
En 1840, dit Davenne, « le ministre de l'Intérieur ayant décidé que la loi de 1838 était applicable aux idiots et imbéciles, les enfants ne pouvaient plus résider dans un autre établissement qu'un asile d'aliénés. En conséquence, le Conseil général des hospices fit transférer ceux qui se trouvaient dans d'autres établissements à l'asile de Bicêtre (2) ».
En 1873, le Conseil général de la Seine décida de transformer en colonie de jeunes idiots, les bâtiments de la ferme de l'asile de Vaucluse. « Sans nous faire trop d'illusions, dit le rapport, sur les résultats qui pourront être obtenus dans l'état intellectuel de ces enfants, il n'est pas douteux, pour nous, qu'ils seront là beaucoup mieux que dans l'enceinte d'un asile d'aliénés, qu'à Bicêtre, notamment; que leur développement physique y gagnera certainement et que celui-ci, réagissant sur le moral, pourra déterminer quelques améliorations aussi de ce côté (3). »
Il serait superflu de fournir des renseignements sur tous les
(1) Boucher, Salpêtrière, son histoire de 1656 à 1790, Paris, 1883.
(2) Davenne, Rapport sur les aliénés, p. 62.
(3) Constant, Lunier et Dumcsnil, Rapport général sur le service des aliénés en IS74, Paris, 1878.
•asiles de province, où des quartiers sont réservés aux enfants [voir à ce sujet l'intéressant rapport de Bourneville (1)] ; nous ne nous occuperons que des services spéciaux des asiles de la Seine.
11 n'est pas inutile de rappeler, d'abord, comment on est ^trrivé progressivement au traitement et à l'éducation des ■enfants arriérés. Le côté historique a ici son intérêt.
Historique du traitement. — A la fin de l'an VII, des ■chasseurs, au nombre de trois, aperçurent, dans les bois de la Caure (Aveyron), un enfant de onze à douze ans, environ, qui, «ffrayé de leur présence, grimpait sur un ai'bre.
Le petit sauvage de l'AveijroJi, comme on le désignait, fut ■amené à Paris et examiné par Pinel et Itard. Pinel le déclara atteint d'idiolisme incurable. Itard, nourri d'idées philosophiques et pédagogiques, se chargea de l'éducation de cet •enfant. « Cette erreur de diagnostic d'Itard, dit Bourneville, nous a valu les deux beaux rapports dans lesquels il expose les nombreux procédés qu'il a employés pour perfectionner le malheureux enfant idiot qui lui avait été confié. Ces rapports, à peu près inconnus des médecins, tout à fait ignorés ■de ceux qui s'occupent de l'enseignement, sont pleins d'aperçus originaux (2). Ils constituent, pour employer les expressions de Delasiauvé, « un premier chapitre important de l'Éducation des idiots. »
C'est Ferrus qui, le premier, organisa, à Bicêtre, une école, où, tous les jours, on conduisait les enfants et les adolescents paraissant capables d'apprendre quelque chose. En 1831, J.-P. Falret entreprit le même traitement, à la Salpêtrière.
(1) Bourneville, Assistance, traitemenl et éducation des enfants idiots et dégénérés [Rapport fait au Congrès national d'assistance publique, Session de Lyon, ISOi, Paris, 1895).
(2) Itard, De iédiicalion d'un homme sauvage ou des premiers développements physiques et moraux du jeune sauvage de VAveyron, Paris, 1801. — Rapport sur les nouveaux développements et létal actuel du jeune sauvage de VAveyron, Paris, 1807. — Les Rapports et Mémoires d'Itard ont été réimprimés en 1895 par le Progrès médical.
Vers 1834, F. Voisin institua pour les enfants idiots un Etablissement orlhophrènique qui ne dura que quelques années.
Un élève d'Itard et d'Esquirol, Séguin (1), fut, en vérité, le précurseur du traitement médico-pédagogique de l'idiotie.
A la suite de plusieurs publications (2), le préfet, par un arrêté, autorisa Séguin à continuer les essais pédagogiques que ce dernier avait commencés à l'hospice des incurables. En outre, le préfet chargeait les médecins de Bicétre de suivre les progrès de cette méthode. Un an après, en 1842, Séguin était installé à Bicêtre. C'est en 1846 qu'il fit paraître son célèbre livre (3), qui fort peu connu en France, est classique à l'étranger; « il est encore aujourd'hui, le manuel modèle, pour ceux qui s'intéressent à l'éducation des idiots ». « Son remarquable système d'instruction et d'éducation des idiots, continue Walter Fernald (4), consiste dans l'exacte adaptation des principes de physiologie, par des moyens et des instruments physiologiques, au développement des fonctions dynamiques, perceptibles, réflexes et spontanées de l'enfance. Cette éducation physiologique des cerveaux défectueux, résultant de l'éducation systématique des sens spéciaux, des fonctions et du système musculaire, était considérée comme une théorie visionnaire, mais elle a été vérifiée et confirmée par les expériences modernes et par les recherches de psychologie physiologique. »
« L'école de Seguin, ajoute encore Fernald, fut visitée par des savants et des philanthropes de presque toutes les parties du monde civilisé, et sa méthode, portant l'épreuve de l'expérience, fut adoptée ; d'autres écoles, basées sur
(1) Esquirol et Séguin, Résumé de ce que nous avons fait pendant quatorze mois, Paris, 1838.
(2) Sé^^uin, Conseils h M. 0...,sur l'éducation de son enfant idiot, 1838. — Théorie et pratique de Véducalion des idiots, 1841.
(3) Seguin, Traitement moral, hygiène et éducation des idiots et des autres enfants, 1846.
(4) Walter E. Fernald, The history of the Ireatmcni of Ihe Feeble Minded, Boston, J893.
cette méthode, furent bientôt établies clans diverses contrées. )>
En Allemagne, c'est en 1842 qu'une école fut fondée pour les idiots par Saeyert.
En Angleterre, sur l'initiative de miss White, de Bath, des asiles-écoles furent ouverts en 1846.
En Amérique (États-Unis), des écoles semblables furent organisées sous les auspices de Séguin , qui s'y rendit vers 1848.
Mais l'idée-mère vint de France, et c'est aussi en France que la première école s'éleva pour l'instruction des idiots.
Assistance des enfants idiots dans le département de la Seine. — I. Colonie de Vaucluse (garçons). — Nous avons dit à quel moment fut établie la colonie de Vaucluse, annexée à l'asile de Vaucluse (Seine-et-Oise). . A l'origine, le nombre des lits était de 116. En 1892 (12 décembre), le Conseil général, sur le rapport du D'" Dubois, décida qu'il y avait lieu de porter ce chiffre à 250, et il vota les crédits nécessaires.
Le service médical est assuré par un médecin et un interne à demeure.
L'enseignement est confié à deux instituteurs et à un surveillant.
Il y a quatre groupés d'enfants, d'après le degré de l'intelligence, les aptitudes et les connaissances.
La 4" division comprend l'enseignement par les yeux, les leçons de choses : musée scolaire du D' Saffray, couleurs, cadran horaire, etc.
Graduellement, l'enfant, arrive à la V division, où il apprend la lecture, la géographie, l'arithmétique, etc.
H. Quartier de l'asile de Villejuif {Cûles). — Les quartiers d'enfants de la Salpêtrière et le service de l'admission de l'asile Sainte-Anne étant encombrés, on a créé un quartier
pour les petites idiotes, à Tasile de Villejuif (1888). Le nombre des enfants varie de 75 à 100. Le médecin de la division des femmes et son interne assurent le service médicaL
Pour l'enseignement, on a adopté les mêmes divisions qu'à Vaucluse, La l""" division est presque l'équivalent de l'école primaire. La couture est également enseignée.
III. Section d'enfants de l'hospice de la Salpêtrière(Cûles). — On retrouve ici les mêmes divisions pour l'enseignement.
Mme Pigeon, institutrice de la Salpêtrièi-e, a fourni àBourneville les renseignements suivants :
« La classe comprend les enfants de douze à seize ans^ épileptiques, paralysées, hystériques.
« Dans la .2" c/a^se sont des paralytiques, des épileptiques et quelques idiotes. Leur âge varie entre huit et quinze ans,
« Dans la 3" classe, la composition est la même, mais les idiotes dominent. Enfants de tout âge,
« Dans la 4'^, appelée Vasile, il n'y a guère que des idiotes; plusieurs même sont gâteuses. Quelques-unes sont paralysées, et ne peuvent se tenir sur leurs jambes.
« Un ouvroir est annexé aux classes. Tous les enfants, dont l'intelligence le permet, y vont alternativement, à des heures déterminées,
« Trois fois par semaine, gymnastique, le matin, à huit heures et demie, pendant l'hiver. Le samedi, tous les enfants valides restent à aider les infirmières dans le service. »
Un point très intéressant est la discipline. Nous avons vu des choses si tristes ailleurs, que nous étions désireux de savoir comment on punit à la Salpêtrière,
« Les enfants sont en général bien disciplinées. Nous n'avons pour ainsi dire pas de punitions. Les deux plus fortes sont les réprimandes dans mon cabinet (c'est toujours Mme Pigeon qui parle), et la privation de récompenses. Les récompenses consistent, le plus souvent, en bonbons, tablettes de chocolat, gâteaux secs, etc. »