LES ALIMENTS
Lailler (1) fait justement remarquer qu'on doit surtout •donner des hydrates de carbone (fécules). Mais il n'en faut pas ■conclure que les malades n'ont point besoin de principes albuminoïdes et que ces substances provoquent, comme on le croyait, de l'agitation, des accès de fureur....
C'est au médecin d'approprier les diverses substances alimentaires à l'état physique du sujet; mais, c'est au cuisinier ■de savoir les accommoder; son rôle dans l'alimentation des aliénés a bien son importance. « Un bon cuisinier, dit Clouston (2), est un aide pour tous, un plaisir pour beaucoup, mais une nécessité pour les malades. »
Le lait est l'aliment type, l'aliment parfait. Il joue un si grand rôle dans la thérapeutique et dans l'alimentation des malades, qu'un médecin du xvi° siècle, Castei Laudensis (3), ie considérait déjà comme un élixir vital.
Il contient, en effet, à l'exception des matières gélatinigènes, tous les principes alimentaires primordiaux : l'albumine, la caséine, le beurre, la lactose, l'eau et les sels.
Dès qu'il a pénétré dans l'estomac, le lait se modifie sous l'influence du suc gastrique. La caséine subit l'action de la pepsine, devient pepto-caséine et est absorbée; la lactose ■devient acide lactique. Cette transformation digestive est très importante, comme l'a fait remarquer Charles Richet. Le lait régularise l'acidité du suc gastrique ; il crée l'acidité stomacale, quand elle fait défaut ; il diminue la sécrétion acide des ;glandes à pepsine, quand elle est accélérée.
Le lait contenant 900 grammes d'eau par litre, et surtout de la lactose, peut être considéré ajuste titre comme diurétique.
Il a, en outre, une propriété dont on parle peu; c'est le plus aseptique des aliments. Certes, avant d'avoir bouilli, il peut
(1) Lailler, Ann. méd.-psych., 1899, I.
(2) Clouston, Clin. Lect. on menl. Dis., 2e édit., 1887.
(3) Joannis Castei Laudensis, De Uclis seriqiie nalura et in rnedicina usu, 1595. In Kovalewsky, TraileinenL el hycjiùne des maladies men~ iales el nerveuses.
contenir des microbes pathogènes; mais, une fois celte précaution prise, il constitue un excellent aseptique de l'estomac et des intestins.
Le médecin, connaissant toutes les qualités du lait, doit savoir en tirer parti.
Dans certains cas, on est obligé d'avoir recours à la cure de lait exclusive.
. La cure de lait n'est pas une innovation moderne, elle a été pratiquée par Hippocrate et un grand nombre de médecins grecs et romains.
En P'rance, elle fut préconisée par Chrestien(l), qui la mit au rang des traitements scientifiques. Serre d'Allais (2), Guinier (3), Pecholier (4), publièrent des travaux sur le régime du lait.
Aujourd'hui, la cure de lait est universellement adoptée.
En thérapeutique mentale, on emploie rarement le régime lacté absolu, si ce n'est à l'occasion des maladies intercurrentes (néphrites, etc.) avec ou sans fièvre.
Mais le lait, pi^is avec les aliments, le régime mixte, donne des résultats fort satisfaisants. Ainsi, aux mélancoliques stupides, nous en prescrivons de 1 litre 1/2 à 2 litres par jour, avec des œufs et de la viande crue.
Dans la manie, la mélancolie simple ou anxieuse, il est également précieux. Les malades se nourrissent mal, les uns trop distraits pour prendre le temps de manger, les autres en proie aux idées délirantes.
Dans l'épilepsie, au moment des crises, le lait est un excellent médicament qui facilite l'élimination des toxines, cause probable (5) des attaques.
Dans l'hystérie, le lait est également appréciable. Nous
(1) Chrestien, Arch. gén. de méd., 1831, t. XXXII.
(2) Serre d'Allais, Bull, de Ihérap., 1853, t. XLV.
(3) Guinier, Bull, de thérap., 1857, t. LVI. {i) PechoUcr, Montp. méd., 1860, t. XVI.
(5) Cololian, La toxicité du sang dans l'épilepsie {Arch. de neurologie, 1899).