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III. — Trîonal

C'est en 1890 que Bauman et Kast (1) découvrirent le Irional ou diéthylsulfone-méthyléthylméthane {C'^W) (CH^) : C : (SO'C^H^)". Ils l'expérimentèrent d'abord sur des animaux. Horwath (2), puis, en 1892 Raimondi et Mariottini (3), continuèrent les mêmes expériences, sur des animaux.

Barth et Rumpel (4), de Hambourj?, en firent l'essai sur quelques sujets ; puis, Schultze (5) à Bonn, Horwath à Budapest, Schœfer à léna, Ramondi à Rome, le donnèrent à doses thérapeutiques. Citons, également, ceux qui se sont occupés en France de ce médicament: S. Garnier, à Dijon, Périer, Dug-uet, Hirtz, Gaillard, etc.

Le trional est un disulfone voisin du sulfonal. Il se présente sous forme de cristaux en lamelles minces et brillantes, de saveur amère. Il fond à 76°. Il est très peu soluble dans Teau chaude. Cette solution aqueuse, refroidie, abandonne le trional sous la forme d'un corps huileux. Le trional est soluble dans l'alcool et dans l'éther. Il n'a pas d'odeur.

Action physiologique. — L'ahsoj-plion du trional est rapide, mais on ne sait pas par où il s'élimine. Il est probablement détruit dans le corps (Morro), car on n'en découvi^e nulle trace dans l'urine, ni dans les excrétions.

Voies digeslives. — Le trional ne paraît produire aucun effet appréciable sur la muqueuse stomacale.

Circiilalion. — Suivant Collatz, le trional ne modifie ni le

(1) Bauman et Kast, Zeilschrift ftir Physiol. Chemie, 1890, t. XIV, p. 52.

(2) Horwath, Magyar Orvosi Archive, 1892.

(3) Raimondi et Mariottini, Annali di chimica e farmacol., décembre

(4) Barth et Rumpel, Zeitschr. d. Allq. Osiers an. ver., XXVIII 1890, p. 607. i . ,

(5) Schultze, Therapeiilische Monalschefte, octobre 1891.

sang, ni la circulation. Tous les auteurs ne sont pas d'accord sur ce point. Ainsi, Koppers (1) a noté que le pouls baisse de cinq à dix pulsations par minute, surtout chez les cardiaques. Horwath (2) a observé, sur des animaux, dans certains cas, une accélération, puis un ralentissement du pouls, avec abaissement de température, sans que la vie soit en danger.

Respiration. — Nous reconnaissons avec tous les auteurs français et étrangers que le trional n'a aucun effet sur la respiration.

Système nerveux. — Suivant Egasse, le trional provoque, à petites doses, chez la grenouille, une augmentation des réflexes et, plus tard, la narcose. Chez le lapin, l'excitabilité des réflexes de la moelle est aussi augmentée. Mais, chez presque tous les sujets, le trional a un effet hypnotique.

Gainer et Pelanda pensent qu'il produit le sommeil grâce à son action ischémiante surl'écorce cérébrale.

Action hypnotique. — C'est cette action hypnotique qui a fait employer le trional en thérapeutique. Elle se produit dix minutes après l'absorption, selon Horwath; quinze minutes, selon Koppers; vingt minutes, selon Stieglitz. Boudeau a vu venir le sommeil brusquement. Khmelievski (3), qui n'a observé aucun effet nocif, avec des doses élevées, dit que de 1 ;i 2 grammes, le trional amène le sommeil, chez l'homme sain, au bout d'une demi-heure, mais que ce sommeil n'apparaît, quelquefois, chez les agités qu'après deux, trois et quatre heures.

Ainsi, le trional produit l'effet hypnotique après dix minutes ou une heure, suivant l'état mental du sujet, sa disposition à s'endormir, etc.

(1) Koppers, Sur Vaction du trional {Internai, klin. Rundschau, 1893, no» 29 et 30).

(2) Horwath, Macfyar Orvosi Ai-ch., 1892.

(3) Khmelievski, Quelques observations sur Vaction hypnotique du trional, du chloralose et du somnol [Medizinsk ohozrenie, 1895, p. 71, 88).

La durée du sommeil est également subordonnée aux di verses conditions individuelles. Généralement, elle est de six à huit heures (Morro) ou neuf heures (Collatz),

Pour certains auteurs, comme Khmelievski, les sensations produites par le trional, avant et après le sommeil, sont les mêmes que celles provoquées par le sulfonal avant le sommeil : lourdeur de tête, ébriété sans excitation, incertitude de la marche; puis, au réveil, somnolence, indolence, incapacité pour tout travail intellectuel. Mais, ce sont là des troubles exceptionnels qui disparaissent rapidement. Chez les aliénés auxqi>els nous avons administré ce médicament, il ne nous a pas été facile de constater ces inconvénients.

11 y a, aussi, la question de V accumulation. Les uns pensent que le trional serait un bon hypnotique, s'il ne s'accumulait pas dans l'organisme. 11 ne doit pas être employé longtemps sans intervalles, dit Khmelievski. En effet, ce n'est pas un médicament indifférent; il s'accumule dans l'organisme, bien qu'il s'élimine plus rapidement que le sulfonal.

Suivant Manquât et Duguet, le trional ne provoque pas V accoutumance.

Intoxication. — Le trional, selon Raimondi, est plus toxique que le sulfonal. Dans un cas rapporté par Collatz, un homme ayant absorbé 8 grammes de trional, en une fois, quinze minutes après, eut une attaque épilepti forme, accompagnée de nausées,

Dans le cas de Bôttinger (1), la dose est de 4 grammes ; les symptômes furent moins graves, mais on a remarqué de l'hypothermie.

Les expériences d'Egasse (2), de Raimondi et Mariottini (3)

(1) Bôttinger, Berlin. hlin.Woch., 1892, n» 42.

(2) Egasse, Trional et iéironal (Bull, crénér. de Ihérap., 1894, t. CXXVII. p. 274).

(3) Raimondi et Mariottini, Annuli di chimica e farmacol., décenibre 1892.

sur les animaux ont donné les effets suivants : la dose mortelle, chez le lapin, est de 70 centigrammes à 1 gramme par kilo- :gramme, inférieure donc à celle du sulfonal, qui est de 1 gr. 10 à 1 gr. 25. Chez le chien, la dose mortelle est de 90 centi- ;grammes'par kilogramme.

Intoxication chronique. — Si l'intoxication aiguë est rare, -due au hasard ou à un but criminel, au contraire, l'intoxicaition thérapeutique est fréquente. Car, en dépit de l'assertion de certains auteurs, il se produit une certaine accumulation ■dans l'organisme, qui amène des accidents graves et même anortels. Lorsqu'on prescrit le trional, il faut s'assurer des sécrétions du patient, et surtout de l'état des intestins ; on a ■remarqué que les accidents d'intoxication sont plus fréquents •chez les personnes constipées.

Les phénomènes le plus souvent observés sont : la constipation, l'oligurie, l'hématoporphyrinurie, l'anorexie, des trou- .bles nerveux (céphalalgie, vertiges, prostration).

Indications. — On peut donner le trional dans tous les cas d'insomnie, surtout dans les insomnies nerveuses. Dans les insomnies douloureuses, il faut l'associer à l'opium pour obtenir lun effet.

Pour Rykhlinski, il est utile notamment dans les maladies tfonctionnelles du système nerveux.

Le trional agit mieux dans V insomnie accompagnée d'excitation^ chez les aliénés atteints de démence secondaire, de paralysie générale, de psychoses chroniques. Il ne doit pas être employé comme calmant chez les maniaques. Il n'est pas •utile aux aliénés ayant un état dépressif mélancolique, hypocondriaque et neurasthénique et non plus dans le delirium tre- .mert5(Khmelievski). Tel n'est pas l'avis de Grocq (1), qui trouve

(1) Crocq, Sur la valeur hypnotique du trional (Journal de neurologie et d'hypnologie de Bruxelles, 20 décembre 1895).

que le trional est un hynoptique de grande valeur pour les neurasthéniques.

D'après notre expérience, le trional agit surtout sur les insomnies non douloureuses^ chez les morphiniques, les paralytiques généraux, et dans les cas d'excitation cérébrale très légère, sans état maniaque.

Quant à l'action du trional dans l'alcoolisme, elle est douteuse et peut être dangereuse. Il convient de laisser les alcooliques éliminer les agents toxiques ; il faut se garder d'en augmenter la quantité.

Doses et modes d'administration. — La dose habituelle est de 1 gramme, parfois de 1 gr. 50.

Moncorvo (I ) en prescrit aux nourrissons atteints de méningite (de 10 à 20 jusqu'à 50 centigrammes d'après l'âge).

On peut l'administrer en cachets, ou en solution, en l'accompagnant d'une tasse de lait chaud ou d'infusion de tilleul. Le plus simple est de prescrire le cachet, si le malade consent à le prendre.

Le trional peut s'administrer par la voie rectale [Galliard (2)] , en lavement dans du lait, ou en suppositoires.

Vogt (3) recommande de cesser l'emploi du trional au bout de cinq à six jours.

Selon le professeur Pouchet (4), les accidents ou l'absence de résultats consécutifs à l'administration du trional sont dus à son insolubilité dans les véhicules ordinaires. Le ti^ional est, au contraire, soluble dans l'huile d'amandes douces, dans la proportion de 1 pour 20, Si l'on fait ensuite une émulsion, la solution persiste et le liquide peut être filtré sans qu'il reste de trional dans le filtre.

(1) Moncorvo, Acad. de médecine, 3 septembre 1895.

(2) Galliard, Médecine moderne, 1895, p. 317.

(3) Vogt, Société de thérapeutique, 10 oclobre 189-4.

(4) Pouchet, Société de thérapeutique, 22 novembre 1899.

On peut, par exemple, formuler :

1'*''P"al; 1 {jranime.

Huile d'amandes douces. 20 grammes.

Sucre g

Gomme adragante )

Gomme arabique \ centigr.

Eau de fleurs d'oranger 10 grammes.

Eau de laurier-cerise 2

A prendre dans un demi-verre d'eau ou de lait.

Pour lavemenl, Pouchet propose cette formule :

Trional 0,50 à 1 gramme.

Huile 10 à 20 grammes.

Jaune d'œuf n" 1.

Eau 250 grammes.

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