VIII. — Sulfonal
Le sulfonal a été découvert par Baumann (1) (de Fribourg). Il se présente sous la forme de grosses paillettes cristallines, incolores, inodores, douées d'une très légère amertume. , D'après Scholvien (2), une partie de sulfonal demande pour se dissoudre 15 parties d'eau bouillante, 500 parties d'eau à 15°, I33d'étherà 15°, 2 d'alcool bouillant, 65 d'alcool à 15°. Il fond à 125°, 5, etce point de fusion peut servira reconnaître la pureté du sulfonal.
Le sulfonal, quia été étudié par Rabbas et Kast, et présenté d'abord comme un parfait hypnotique, est aujourd'hui classé plutôt au rang des médicaments dangereux. On l'employait fréquemment chez les aliénés. Les premiers effets comparés à ceux du chloral paraissaient satisfaisants, mais on ne tarda pas à s'apercevoir qu'on les avait exagéi^és.
Étant peu soluble, ce médicament est d'absorption fort lente et très irrégulière. Pour la faciliter, Kast (3) conseille de réduire le sulfonal en poudre fine et de le donner dans une tasse de boisson très chaude. Avec toutes ces précautions, l'absorption est encore peu rapide. Ainsi, Kast a observé que 5 grammes de sulfonal mettent deux heures pour se dissoudre dans 100 grammes de suc gastrique, à la température du sang. Voilà pourquoi il n'agit que deux, trois et même quatre heures après l'ingestion.
Quant à l'élimination, elle est peu connue. Lambling (4),
(1) Baumann, Berichle, XVIII, 47,883; XÎX, 2,803.
(2) Scholvien, Pharm. Zeilschr. 1888, mai, 30, p. 320.
(3) Kast, Berliner klin. Wochenschrift, 16 avril 1888.
(4) Lambling, Médecine moderne, 1890, p. 268.
182 LES AGENTS TIIKRAPEUTIQUES.
n'a pas trouvé de traces de sulfonal chez' un chien, après l'administration de 30 centigrammes par kilogramme d'animal. A dose très élevée, on en découvre dans les urines. La lenteur de l'élimination contribue à la continuation des eiïets de ce médicament durant trois jours.
Emploi thérapeutique. — D'après Rabbaa et Kast, le sulfonal est un hypnotique remarquable. A la dose de 2 grammes, chez un chien de 10 kilogrammes, il produit, au bout d'une demi-heure, de l'incoordination des mouvements, puis de l'ivresse, de l'inertie et, enfin, un sommeil profond et calme. Au réveil, l'animal titube encore.
Après avoir essayé le sulfonal chez les animaux, Rabbas et Kast l'ont expérimenté chez des hommes sains, puis chez des malades. Il faut employer des doses élevées, 2 à 3 grammes, pour obtenir un effet narcotique chez les névropathes souffrant d'insomnie, chez les cérébraux ou chez les gens sains ; le sommeil vient au bout d'une demi-heure à trois heures.
A dose toxique, le sulfonal produit des convulsions, des contractions, de la stupeur, et finit par entraîner le coma et la mort (Kast, Mairet).
D'après les expériences de Kast, le sulfonal ne trouble ni les fonctions digestives, ni les fonctions respiratoires. La circulation, la nutrition, la température ne subissent aucune modification (Cramer, Krils, Mairet).
Lavergeron (1) n'est pas du même avis que Rabbas et Kast, et ses expériences sont loin d'être aussi encourageantes. Pendant plusieurs heures, il n'a observé aucun effet hypnotique, et les effets toxiques ont duré plusieurs jours. Salvetat (2) l'expérimenta à la dose de 1 à 2 grammes sur lui-même et sur ses amis; jamais il ne put obtenir d'effet hypnotique.
Il faut donc une dose considérable de sulfonal pour amener le sommeil qui est suivi d'un réveil lourd, accompagné de
(1) Lavergeron, Brilish med. Journal, 26 mai 1888. ^2) Salvetat, Thèse de Montpellier, 1888-1889.
nausées. Les doses élevées ne sont pas nécessaires pour produire du malaise et de la lassitude au réveil. Moutard-Martin (1) a signalé des cas où 1 gramme de sulfonal produisait les mêmes effets.
Avec le sulfonal, d'après l'opinion générale, on n'a pas à redouter l'accoutumance.
Les accidents dus au sulfonal sont nombreux. G. Sée en a rapporté plusieurs cas ; Giannelli a, de son côté, observé des troubles ; Herting (2) a eu trois cas d'intoxication chez des malades atteints de paranoïa chronique.
Le D"^ Wyss (3) a signalé un cas d'empoisonnement.
Indications. — Néanmoins, le sulfonal a été jorescrit dans Vinsomnie d'origine nerveuse (C. Paul, G. Sée), dans la neurasthénie, V hystérie. On l'adonné dans les insomnies toxiques., V alcoolisme., le caféisme, le morphinisme.
Mairet a employé le sulfonal dans l'aliénation mentale. Il réussit dans les insomnies liées aux lésions fonctionnelles et, même, aux lésions organiques du système nerveux, dans Vagilation avec insomnie, quand les autres hypnotiques ont échoué. Mairet, pour éviter raccumulation, ordonne, le premier jour, d'après la vigueur et l'agitation du sujet, de 2 à 6 grammes de sulfonal, puis, diminue la dose les jours suivants. Schedtler donne le sulfonal à doses réfractées de 50 centigrammes à 3 grammes aux niélancoliques anxieux et aux agités. Il a observé des cas d'intolérance. Cette susceptibilité individuelle est variable ; ici, l'intolérance apparaît à la première administration ; là, elle ne se manifeste qu'au bout de quelque temps, tandis que, dans d'autres cas, on n'observe rien.
QEstreicher, Rosin, Cramer, Otto, Garnier, Mabon ont isolément erpployé le sulfonal chez les aliénés.
(1) Moutard-Martin, Soc. de Ihérapeidique, 1889. ■ (2) Herting, AlUj. Zeilschr. fur Psych., t. LI, fasc. 1, 189i.
(3) Wyss, Un empoisonnement par le sulfonal (Correspondenz-Blalt fiir Schweizer Aerzle, 15 mai 1895, p. 303).
. Modes d'administration et doses, — Le sulfonal est doncparfois efficace, souvent incertain et quelquefois dangereux. On peut l'essayer quand les autres hypnotiques n'ont pas agi et qu'on ne peut administrer de chloral. Il faut alors donner des doses assez élevées, de 2 à 3 et même 4 grammes. On peut prescrire le sulfonal en cachets. Il ne faut pas omettre de faire prendre une tasse de boisson chaude pour faciliter l'absorption.
Comme son action est fort lente, on l'ordonne le soir, vers cinq, six heures, pour en obtenir l'effet vers neuf ou dix. îl faut s'inquiéter d'avoir du sulfonal absolument pur.