IX. — Jusquiame. — Hyosciamine et Lyoscine
Jusquiame. — Lajusquiame noire{hyosciamus niger) croit en France, sur les bords des chemins. La jusquiame blanche [hyosciamus alhus) est une plante de l'Europe méridionale.
La jusquiame contient trois alcaloïdes : l'un cristallisé,. V hyosciamine; l'autre, amorphe, la sikéranine, le troisième sirupeux, Vhyoscine.
Le premier et le dernier sont employés en médecine ; la sikéranine est peu étudiée, et n'est pour ainsi dire pas usitée.
Hyosciamine et hyoscine. — a. — ]J hyosciamine , d'après Ladenburg (1), est un alcaloïde isomère de l'atropine,, et possède les mêmes propriétés physiologiques. Comme l'atropine, c'est un déprimant du système nerveux. Cependant, lorsqu'on élève la dose, la période de dépression est précédée d'une période à' excitation^ avec céphalalgie, délire, hallucinations, troubles visuels; puis, la somnolence arrive pour aboutir au coma.
Ainsi, l'hyosciamine n'est, pas plus que l'atropine, un hypnotique, dans le vrai sens du mot. Il faut des doses très élevées pour obtenir un effet comateux. Néanmoins, l'hyoscia-
(1) Ladenburg, Ann. der Chemie und Pharm., t. CGVI, p. 299, 1881/
UrMiVLRSITY OF LEEDS.
mine a été employée comme hypnotique et sédatif [DoLto (1)] surtout dans les maladies mentales [Mendel (2), Savage (3), Richter (4)]. Pour certains, c'est un bon sédatif, mais qui n'empêche ni ne retarde l'accès. Il modifie les tendances et les impulsions morbides (Dotto).
b. — Après l'hyosciamine, on s'est adressé à Vhyoscine^ isolée en 1881 par Ladenburg.
L'hyoscine est un corps sirupeux. Ce sont ses sels (bromhydrate, iodhydrate, picrate, chlorhydrate) qui ont été employés. Le chlorhydrate est presque uniquement administré aujourd'hui.
Le chlorhydrate dliyoscine est un sel blanc, cristallisé d'un goût amer, soluble dans l'eau, l'alcool, l'éther.
C'est en Allemagne qu'on l'a étudié et employé, en premier lieu, de 1881 à 1883.
Puis, les médecins des Etats-Unis (1885) s'en sont occupés.
En France, Gley et Rondeau, Mairet et Combemale ont fait les premières communications à la Société de biologie, en 1887. En 1889, Magnan et Lwoff faisaient des recherches cHniques à l'asile Sainte-Anne, Puis, Ramadier, Lucas et Sérieux, Lemoine et Malfilâtre expérimentaient, de leur côté, le nouveau médicament.
Son action physiologique a été étudiée sur l'homme sain, sur les malades et sur les animaux. Magnan la définit ainsi : « Quand on injecte à un malade en proie à une vive excitation maniaque, un milligramme ou un milligramme et demi de chlorhydrate d'hyoscine, on ne remarque d'abord aucun changement dans ses allures ; mais, au bout de cinq et dix. minutes, rarement davantage, l'agitalion s'apaise, les mouve-
(1) Dotto, Vazione fisiologica e therapeulica délia j'osciamina, il Pisani, 1895, fasc. 1.
(2) Mendel, De l'emploi thérapeutique de l'hyosciamine dans les psychoses (Allff. Zeilsch. fiir Psych., 1S19).
(3; Savage, L'hyosciamine et son emploi {The mental Science, 3° trimestre 1879).
(4) Richter, Des effets de l'hyosciamine {Neurologisches Centralhlatt, juillet 1882).
lo" LES AGENTS TIIÉBAPEUTIQUES.
ments perdent leur brusquerie el leur rapidité ; ils sont moins étendus. Par intervalles de quelques secondes, le malade reste tranquille, s'arrête s'il est debout, ne gesticule plus. La démarche devient titubante, chancelante, les mouvements mal coordonnés,
« La faiblesse musculaire et l'incoordination motrice, obligent bientôt le malade à s'étendre, et au bout de quinze à vingt minutes, il ne peut plus se lever. Il essaie encore de se redresser, mais ses jambes alourdies ne le soutenant plus, il se traîne, accroupi sur le sol. En même temps, la loquacité diminue, la volubilité s'amende, il y a des intervalles de silence ; la voix devient de plus en plus faible, quelquefois, elle est cassée, tremblante, et au bout de vingt-cinq minutes elle est éteinte ; le malade ne parle plus ou dit, de temps à autre, quelques mots qu'on a de la peine à saisir.
« Un état de lassitude générale accompagne ces phénomènes. Si le malade est assis, la tête retombe sur la poitrine, les paupières se ferment malgré lui, et, finalement, il s'endort. Le sommeil ne paraît pas profond ; si l'on touche le malade, il ouvre les yeux, mais se rendort aussitôt. Ce sommeil dure de cinq à dix heures. Au réveil, le malade reste calme, parfois une demi-heure, et quand l'action du médicament est épuisée, l'agitation et la loquacité reviennent aussi intenses qu'avant l'injection. On observe, habituellement, de la fréquence du pouls, de la tachycardie, de la sécheresse du gosier, de la soif et une mydriase qui persiste parfois trois jours. »
Le pouvoir mydriatique de l'hyoscine est supérieur à celui de l'atropine, de la duboisine, et il est plus rapide.
L'hyoscine est aussi un antisecrétoire, et elle a donné de bons résultats contre les sueurs profuses, dans le délire alcoolique, ou chez les phtisiques.
Indications. — L'hyoscine est indiquée dans plusieurs maladies, mais c'est un médicament iVexceplion, qu'on ne doit employer que dans les cas extrêmes. Nous n'en parlons ici
qu^au point de vue de la médecine mentale et nerveuse, en laissant de côté son emploi dans la pratique ophtalmologique.
L'hyoscine a été préconisée dans les affections respiratoires (asthme et coqueluche) (Edlefsen et Hling, Kobert), comme antinévralgique (Oulmont, Vergez-Honta, Barling, Edlefsen et Illing, Kobert, Lemoine). Elle a donné d'excellents résultats dans la paralysie agitante (Huet, Erb, Kry, Otto-Klinke, .Pont, de Renzi, Cheynet). On l'a employée dans la chorée (Bruce, Witherill, Salgo), dans Vaihétose, la sclérose en plaque, la myélite par compression, la crampe des écrivains elles tics convulsifs. Mais son emploi le plus général est comme agent sédatif et hypnotique contre l'excitation psycho-motrice. Magnan définit l'hyoscine <( le spécifique du syndrome agitation ».
Elle a été prescrite contre Y insomnie simple, chronique (Witherill), l'insomnie des vieillards (Pittcairne), et celle des neurasthéniques (Moutard-Martin).
On est assuré, par son emploi, de calmer les cas d'agitation extrême, passagèrement il est vrai, et d'obtenir quelques heures de sommeil. C'est un puissant sédatif, auquel on peut recourir lorsqu'on est appelé à transporter un furieux d'un endroit éloigné dans un asile.
C'est un palliatif et non un curatif.
On l'administre, généralement, par le tissu cellulaire souscutané. On peut aussi se servir de la voie stomacale, ou bien l'administrer par le rectum sous forme de lavement.
La dose habituelle est de i /£ milligramme à 3 milligrammes.
La solution pour injection hypodermique est ainsi composée :
Chlorhydrate d'hyoscine 5 centigrammes.
Eau distillée de laurier-cerise 5 grammes.
Eau distillée bouillie 20 —
Une demi-seringue de Pravaz de cette solution renferme un milligramme d'hyoscine.