X. — Dnboisînc
La duboisine est retirée de l'extrait aqueux des feuilles de Duhoisia myoporoïdes (Solanées), arbuste d'Australie. Elle cristallise en fines aiguilles, solubles dans l'eau.
Le premier symptôme de l'alcaloïde sur l'organisme est la mydriase, survenant presque aussitôt après l'injection. La mydriase et la paralysie de l'accommodation se développent plus rapidement, mais durent beaucoup moins qu'avec l'atropine (Norris, de Wecker). Dix à trente minutes après l'administration de la duboisine apparaissent les autres symptômes de l'action de l'alcaloïde sur le système nerveux ; l'agitation motrice se calme. Le malade est tranquille, sa parole est traînante, les mots qu'il prononce sont incompréhensibles. La marche est lente et le sommeil arrive. Il dure de deux à sept heures, d'après le sujet et le degré de l'agitation.
On observe, quelquefois, chez les individus sains d'esprit, des étourdissements et un état d'ébriélé précédant le sommeil.
Pour noter ces effets, il n'est même pas indispensable de dépasser les doses thérapeutiques; car, avec les doses plus élevées, on produit des phénomènes d'intoxication : sécheresse de la gorge, dilatation des pupilles, fréquence du pouls (130 à 150), de la respiration (35-40), congestion de la face, des vertiges et de la suffocation.
La duboisine est-elle un médicament sûr ? Ses partisans sont aussi nombreux que ses détracteurs.
Mendel, MaxLewald la proclament un bon hypnotique, en se basant sur des observations personnelles. Tambroni et Capelleti ( 1 ), s'appuyan t, également, sur des expériences, déclarent : 1° que le sulfate neutre de duboisine est un hypnotique
(1) Tambroni et Capelleti, Il sulfalo neulro di duboisina {Il Manicomio moderno, anno IX, n» 3).
faible, incertain, bien inférieur au chloral, à la jusquiame, au sulfonal ; 2° que comme sédalif, son action est extrêmement faible et passagèi-e ; 3° que les troubles mentaux ne subissent pas de modification ; 4° que la duboisine, même à petites doses, produit des troubles de la respiration, du pouls et des voies digeslives.
Nous partageons, en partie, l'avis des auteurs italiens. La duboisine ne peut rivaliser avec le chloral, et ne saurait êt^e mise au même rang que le sulfonal et le trional. On peut l'employer au même titre que l'hyoscine, c'est-à-dire dans les cas d'extrême urgence.
La duboisine pouvant donner lieu à des phénomènes d'accumulation, il est prudent, d'après tous les auteurs, de ne pas prescrire ce médicament au delà de quelques jours (huit jours au plus).
La dose ne doit pas dépasser un milligramme par jour, en injection sous-cutanée ou en potion. Le premier procédé est plus pratique et donne un effet plus prompt.
Les indications sont celles de l'hyoscine. Dujardin-Beaumetz l'a employée contre les phénomènes nerveux de la maladie de Basedow.
On a ordonné la duboisine contre les tremblements de la paralysie agitante et de la paralysie générale, mais les tremblements réapparaissent aussitôt après la cessation du médicament.
La duboisine a surtout été préconisée contre le syndrome agitation. Mais, nous, le répétons, c'est un médicament qui ne doit être employé que d'une façon exceptionnelle.
Il nous reste à citer quelques-uns de ces nombreux médicaments signalés comme hypnotiques depuis quelques années. Les uns ne sont ni efficaces ni avantageux en aucune façon, les autres n'ont pas été suffisamment étudiés dans leur appli-
cation chez les aliénés. Et ceux qu'on a préconisés chez les nerveux n'ont pas donné d'assez bons résultais pour être préférés au chloral.
JJurélhane a été recommandé comme hypnotique à la dose de 2 grammes. Mais les expérimentateurs avouent qu'il provoque des vomissements.
Uhypnal est un mélange d'antipyrine et de chloral. Il agit par ces deux produits, comme hypnotique (par le chloralj, comme analgésique et antipyrétique (par l'antipyrine). La dose thérapeutique est de 2 à 3 grammes, en cachets ou en potion.
Vhypnone (acétophénone) introduit dans la thérapeutique par Dujardin-Beaumetz et Bardet (1), a été étudié par Grasset, Laborde, Mairet et Combemale. Ce n'est ni un anesthésique, ni un analgésique, de sorte qu'il ne peut agir dans les insomnies douloureuses.
On l'a essayé dans le délire alcoolique et dans les insomnies nerveuses de nature psychique. Mais ce n'est pas un hypnotique sur lequel on puisse compter. Dujardin-Beaumetz a observé qu'en augmentant la dose l'action hypnotique ne se produit pas. On le prescrit en gouttes (10 à 15 gouttes) dans une potion, en une seule fois.
Signalons également le mélhylal, liquide incolore, limpide, d'une odeur rappelant celle du chloroforme, employé en France par Mairet et Combemale (2). La dose est de 1 à 4 grammes dans une potion.
Article IL — Toniques.
On a souvent besoin d'un bon tonique. Tout médecin doit évidemment savoir quand et comment il faut presci-ire un
(1) Dujardin-BeaumetzetBardet, Acad. desseiences, 9 novembre 1883.
(2) . Mairet et Combemale, Progrès médical, 1887, p. 3.
cordial, un fortifiant. Pourtant, il est certains médicaments couramment employés qui appellent quelques observations.
On n'a pas toujours coutume de classer les toniques comme le font les cliniciens. Pour certains thérapeutes, l'arsenic, le phosphore sont des modérateurs de la désassimilation ; l'alcool, le café^ sont des modérateurs intellectuels et surtout des aliments d'épargne ; le fer est un modificateur de la circulation. Une telle classification ne peut exister en clinique. En s'adressant au fer ou au phosphore, le praticien cherche à tonifier son malade. L'arsenic, le quinquina ne sont pas de même nature au point de vue physiologique ; mais, pour les praticiens ce sont des toniques. Voilà pourquoi, sous la rubrique de ioniques^ nous entendons parler de médicaments qui, dans les livres classiques de thérapeutique, sont dispersés en plusieurs chapitres différents.
Deux cas bien distincts se présentent quand il s'agit de prescrire un tonique : 1° c'est un malade dont l'état cachectique réclame un tonique immédiat ; 2° c'est un sujet affaibli qui a besoin de l'usage prolongé d'un fortifiant; les prescriptions sont bien différentes dans les deux cas.
a. — Voici un sujet venant d'avoir une attaque apoplectique. Il est dans un état précaire. Son pouls est faible, défaillant; les battements du cœur sont éloignés et sourds. C'est un stimulant immédiat qu'il faut prescrire et la thérapeutique nous en offre un nombre assez important pour ne pas être dans l'embarras.
h'acélale d'ammoniaque acliveldi cii^culation, excite la calorification et le système nerveux. On peut le prescrire à des doseâ très élevées, jusqu'à 30 grammes, mais on se contente généralement de 3, 4, 5 grammes. L'acétate d'ammoniaque étant liquide est facile à prescrire en potions. On, l'ordonne
LES AGENTS TIu'iRAPEUTIQUES.
généralement dans un sirop d'écorces d'oranges amères, avec un autre stimulant, la cannelle, par exemple :
Acétate d'ammoniaque 3 grammes.
Teinture de cannelle 5 à 10 grammes.
• Sirop d'écorces d'oranges amères.... 50 grammes.
Eau de tilleul Q. s. pour 200 c. c.
La caféine a l'avantage d'agir vite et d'être diurétique. Son action sur le cœur est connue : la caféine est indiquée quand il y a hypotension vasculaire ; elle est contre-indiquée quand il y a hypertension artérielle [Huchard (1)].
On prescrit la caféine dans une potion, en ayant soin d'y ajouter un peu de salicylate de soude ou de benzoate de soude, avec lesquels la caféine forme des sels doubles solubles.
La dose, pour vingt-quatre heures, varie entre 25 centigrammes et 1 gramme. On peut faire une potion dont chaque cuillei'ée à soupe représente à peu près 25 centigrammes de principe actif. On la donne toutes les trois ou quatre heures, en faisant cesser dans la soirée, parce que l'action de la caféine sur le système nerveux étant prépondérante, il pourrait en résulter de l'insomnie.
Quand le malade n'avale pas, ou quand on veut agir vite, on doit administrer la caféine sous forme d'injection hypodermique.
Caféine 4 grammes.
Salicylate de soude 3 gr. 10
Eau distillée bouillie 6 grammes.
(Tanret.)
Chaque centimètre cube renferme 40 centigrammes de caféine.
Caféine 4 grammes.
Salicylate de soude 3 gr. 10
Eau distillée bouillie Q. s. pour 10 c. c.
(Huchard.)
(1) Huchard, Maladies du cœur, 1889, et Consultalions médicales, Paris, 1901.
Le camphre a élé employé comme stimulant. C'est Huchard qui l'a préconisé, d'abord, dans la tuberculose pulmonaire; il associait le camphre à l'antipyrine et faisait dissoudre dans l'huile.
Aujourd'hui, l'huile camphrée est fréquemment employée en injections hypodermiques.
Camphre 10 grammes.
Huile d'olive pure stérilisée Q. s. pour 10 c. c.
Injecter de une à deux seringues par jour.
Uéther sulfurique^ depuis Znelger (1871), qui en a fait l'emploi en injections sous la peau dans la fièvre typhoïde adynamique, est souvent ordonné comme excito-stimulant, suivant Dupuy (1), qui a vulgarisé l'usage des injections hypodermiques d'éther. L'effet dépend de la dose injectée ; il ne faut pas dépasser 4 à 5 grammes, en une ou deux fois, si l'on ne veut pas aiTiver à l'ivi^esse.
Enfin, on emploie, depuis quelques années, le sérum artificiel qu'on injecte, non plus comme autrefois dans les veines, mais sous la peau; l'absorption se fait aussi bien, et il n'y a pas à redouter d'accidents. Quant à la composition du sérum, il existe aujourd'hui plusieurs formules; nous renvoyons, à ce sujet, aux pages qui traitent de la dépression.
h. — Supposons le malade hors de danger immédiat, mais inspirant, quand même, quelques inquiétudes; que faut- il prescrire? S'il digère bien, on se bornera à faire un choix sévère des aliments. On pourra pourtant y joindre une préparation arsenicale.
L'arsenic est un médicament efficace qui exige une grande
(1) Dupuy, Progrès médical, 1873, p. 286, et 1881, p. 985.
Paul Garnier et Colouan. 13
surveillance. A pelite dose, il excite l'appétit, active la digestion ; il s'accumule à la long-ue. 11 favorise l'embonpoint.
On doit commencer par des doses minimes, et augmenter progressivement; parvenu à la dose maxima, on diminuera lentement jusqu'à la cessation complète. Le malade se reposera alors, dix à quinze jours, et recommencera ensuite une nouvelle série.
La liqueur de Fowler est une mauvaise préparation d'arsenic.
Nous nous adressons généralement à l'arséniate de soude en solution (10 à 15 centigrammes pour 300 grammes d'eau). On commence par une cuillerée à soupe, puis deux, et l'on ne dépasse pas cette dose. Dès l'apparition des symptômes d'intolérance, on cesse la médication.
Dans ces derniers temps, le cacodylate de soude est venu prendre la place de l'arsenic. C'est un sel organique bien moins toxique que les autres préparations arsenicales, de sorte qu'on peut le prescrire à des doses plus élevées. La meilleure voie pour l'administrer est la voie sous-cutanée, à la dose de 1 à 3 centigrammes.
Le fer a rendu de grands services aux anémiques. Une des préparations les plus recommandables est le protoxalale de fer, en cachets de 10 centigrammes. La constipation est moins fréquente qu'avec les autres sels de fer.
Le quinquina, surtout l'extrait mou, est souvent employé» soit en potion, soit en bols ou même en pilules. Le sulfate de quinine est ordonné à petites doses, de 5 à 10 centigrammes, deux ou trois fois par jour, comme fébrifuge.
Depuis quelques années, on fait beaucoup de bruit autour de la coca et de la kola. Ce sont, en effet, de bons toniques, mais inférieurs, selon nous, au quinquina. Ce sont surtout des médicaments à la mode ; les malades s'en trouvent assez bien ; on peut donc continuer à les prescrire, mais il ne faudrait pas s'étonner si la vogue allait bientôt à d'autres substances.
Un autre groupe de médicaments, dont le succès a été
grand, esl conslitué par les glycéro-phosphates qui, d'après noire propre expérience, n'onl pourtant pas donné tout ce qu'on en attendait.
Article 1". — Hydrothérapie.
L'hydrothérapie rend les jdIus importants services dans letraitement des maladies mentales et nerveuses. Elle est uni des grands moyens physiques dont le médecin neuropathologiste dispose, et elle trouve son application dans l'hygiènethérapeutique, comme dans le traitement proprement dit.
Tous les auteurs ne sont pas d'accord sur la définition du: mot hydrothérapie.
« On entend par hydrothérapie^ dit Beni-Barde (1), la médication par l'eau, employée sous toutes les formes, et à destempératures variables. » Certains hydrothérapeutes, E. Duval (2), Max Durand-Fardel (3), limitent le sens du iTiot à la médication par Veau froide. D'après ces derniers, on aurait tort de confondre les applications de l'eau froide avec cellesde l'eau chaude.
Historique. — Dès les premières apparences d'une civilisation, les peuples ont eu recours à l'hydrothérapie. Nous avons vu, au chapitre d'historique général, que les médecinsde l'antiquité appliquaient souvent le traitement par l'eau aux
(1) Bcni-Bardc, Manuel mddicnl d'hydrothérapie, 1881, p. 1.
(2) E. Duval, La pratique de l'hydrothérapie, Paris, 1891.
(3) Max Durand-Fardel, Bull. gén. de Ihérap., 1891, t. CXX, p. 14*
196 LES AGENTS THERAPEUTIQUES.
maladies mentales. Au Moyen âge, les auteurs n'en font pas mention. A l'époque de la Renaissance, seulement, on remet en faveur l'application de l'eau. Pourtant, jusqu'au xvi" siècle, on se basait encore sur l'empirisme. A la (in du xvii" siècle, l'hydrothérapie est classée à côté des autres moyens thérapeutiques. En France, Pomme cherche à la vulgariser. En Angleterre, Floyer, Wright et surtout Gurrie, tentent de lui rendre son importance. Un simple paysan de la Silésie autrichienne, Priessnitz, au début du siècle, lui donne une vogue nouvelle.
Avec Fleury (1), le traitement par l'eau est entré dans une voie scientifique. Il convient de citer ceux qui, par leurs travaux, ont contribué à la vulgarisation de l'hydrothérapie : Beni-Barde (2), Materne (3), Durand-Fardel (4), Delmas (5), E. Duval (6), Tartivel (7), Bottey (8).
Aujourd'hui, l'hydrothérapie, à l'eau froide ou à l'eau chaude, prend une extension considérable dans les hôpitaux, dans les asiles, ainsi que dans la pratique privée.
Action de l'eau a diverses températures en applications EXTÉRIEURES. — Lcs clTets physiologiqucs et thérapeutiques qu'on veut obtenir de l'eau dépendent en grande partie de sa température. Aussi faut-il préciser ce qu'on désigne par eau froide et eau chaude, en thérapeutique, car ces termes sont différemment appréciés.
(1) Fleury, Traité pratique et raisonné d'hydrothérapie, 3» édit.,
(2) Beni-Barde, Traité d'hydrothérapie, 1874. — Manuel d'hydrolhé^ rapie, 2" édit., 1888.
(3) Beni-Barde et Materne, L'hydrothérapie dans les maladies chroniques et les maladies nerveuses, I89i.
(4) Durand-Fardel, Traité des eaux minérales de la France et de l'étranger, 1883.
(5) Delmas, Manuel d'hydrothérapie, 1885.
(6) E. Duval, Traité d'hydrothérapie, 1888.
(7) Tartivel, Dict. encycl. des sciences médic, articles A (fusions, Bains, Douches, Hydrothérapie, Lotions.
(8) Botley, Études médicales sur l'hydrothérapie, 1886. — Traité théorique et pratique de l'hydrothérapie médicale, 1895.
Voici l'estimation de Fleury, légèrement modifiée par Beni-Barde :
Très froide, l'eau de 8° à 12o
Froide 12o à 16»
Fraîche 16» à 20°
Dégourdie 20o à 26o
Tempérée 26° à 34"
Chaude 34» à 40"
Très cliaude 40o à 50»
Eau froide. — La première impression provoquée par l'application de l'eau froide sur une assez grande étendue du corps, c'est la suffocation; la respiration s'arrête brusquement, puis elle reprend irrégulière, accélérée et superficielle. Si l'application de l'eau froide continue, la respiration se régularise et devient profonde.
DepuisHoward F. Johnson (1852), tous les hydrothérapeutes ont constaté l'action de l'eau froide sur la circulation et sur le cœur. Les phénomènes sont analogues à ceux que déterminent les excitations douloureuses. Les applications localisées sur une partie du corps n'influent pas sur le cœur ; c'est la grande douche d'eau froide qui agit sur cet organe. Pendant la période initiale, le pouls est filiforme, irrégulier; parfois, à ce moment, le cœur est pris d'une sorte d'état tétanique passager qui fait, un instant, disparaître la pulsation artérielle (Delmas). Ainsi que pour la respiration, les battements cardiaques se régularisent au bout de quelques secondes, et la pression artérielle, augmentée au début, baisse légèi'ement.
Les effets de l'application de l'eau froide sur la température du corps sont à noter. Chez les uns, la tempéi^ature centrale monte; chez les autres, elle reste stationnaire. Mais ce qui est absolu, c'est l'abaissement de la température périphérique. Quant à la température centrale, elle aune tendance sensible à l'élévation, rarement à l'abaissement, à moins que le corps ne soit soumis à un refroidissement intense et rapide.
Les vaso-moteurs se resserrent sous l'action du froid et
198 LES AGENTS TIlÉn APEUTIQUES.
refoulent le sang vers le centre, clans les viscères. La peau devient pâle et se rétracte.
Puis, tous ces phénomènes disparaissent, surtout quand l'application a été courte, et l'on assiste, alors, à la réaclion hydi-olhèrapique.
Le malaise du début fait place à une sensation de bien être. Aux mouvements irréguliers de la respiration succèdent des mouvements plus amples, plus lents (Rohrig, L. Lehmann). La vitesse du pouls décroît ; quant à la pression artérielle, elle diminue lentement, suivant les diverses circonstances capables d'influencer la répartition du sang, prête à remonter à la moindre impression du froid (Ilayem). La vaso-constriction des vaisseaux est remplacée par la vaso-dilatation ; la peau rougit. La chaleur reste inférieure, pendant quelque temps, à la périphérie; la température centrale s'abaisse durant la période de réaction, pour redevenir normale progressivement.
Les effets de l'eau froide sur la température ont souvent donné matière à discussion. Nous transcrirons seulement ces quelques lignes de Lubanski. « Toucher à la calorification, c'est en quelque sorte toucher au ressort de l'existence, et faire ralentir les mouvements qu'on lui imprime du côté des fonctions les plus importantes de l'économie. Placer l'organisme dans la nécessité de produire une plus grande quantité de chaleur, en l'exposant à des pertes réitérées de calorique, c'est, d'abord, accélérer la consommation de la matière organique, par cela même améliorer le mouvement de décomposition ; c'est stimuler la respiration et l'oxygénation du sang qui en est la conséquence ; c'est exciter la circulation et la mutation de la matière dans les dernières divisions capillaires ; c'est éveiller le besoin de réparation et, enfin, impressionner l'innervation (1). »
Effets tardifs de l'application de l'eau froide. — Ces effets sont sensibles sur presque tous les organes; la dilatation
(1) Lubanski, Éludes pratiques, 1817.
périphérique et la décongestion profonde ne font pas de doute; la pression sanguine baisse lentement et graduellement. Les battements du cœur se ralentissent et se relèvent plus tard.
Ce qui nous intéresse surtout, ici, c'est l'action sur le système nerveux. Les applications générales d'eau froide soumettent le svstème nerveux à une sorte de choc, de coup brusque, qui a souvent pour résultat une sensation de bien-être.
Bottey énumère, ainsi, les bienfaits de l'eau froide : « Augmentation de la vitalité générale, activité plus grande des fonctions digestives et assimilatrices, accroissement de la force musculaire et de l'aptitude au travail, sensation de bien-être, d'équilibre intellectuel et moral, ensemble qui fait de l'hydrothérapie une méthode hygiénique par excellence, en dehors des effets thérapeutiques nombreux que l'on réclame d'elle. La nécessité de ces réactions organico-réflexes s'impose en effet, si l'on songe que, dans beaucoup de cas, l'application de l'eau froide est tellement courte qu'il devient difficile de ne faire entrer en ligne de compte que la soustraction du calorique (1). »
Application prolongée. — L'application de l'eau froide peut être pratiquée sous forme de douche ou d'immersion dans un bain. Ce que nous venons d'exposer se rapporte à la première. Dans un bain froid, les phénomènes du début sont les mêmes. Les frissons qu'on observe, quelquefois, sous la douche, sont ici presque constants. L'application se prolongeant, le sujet éprouve après le premier saisissement une sensation de bien-être, de chaleur... Tous les malades ne réagissent pas de la même façon ; il y en a chez qui le malaise du début augmente. Mais, chez les uns comme chez les autres, la circulation est ralentie ; le pouls est petit, dépressible ; la face bleuit et des tremblements plus ou moins accentués apparaissent. Si l'on prolonge, il peut y avoir syncope.
(1) Bottey, Considéra lions sur l'action physioloçjique de Veau froide {Soc. d'hydroloçfie, l"' février 1890, et Bévue d'hycfiàne thérapeuUque, 1890, p. 97).
200 LES AGENTS THERAPEUTIQUES.
Modes d'administration, — Les méthodes d'application et les procédés opératoires sont nombreux ; il suffira de nommer les plus usuels.
La douche en pluie verticale, avec une larg'e pomme d'arrosoir, fixée à 2 m. 50 ou 3 mètres du sol; la douche mobile, qui peut être en Jet, en lance, en éventail, en pluie, en pomme d'arrosoir, etc. Les autres douches, en colonne, en cercle, etc., sont moins usitées. C'est la douche mobile, en jet direct ou brisé, qui occupe aujourd'hui la première place.
Quand faut-il commencer l'emploi des douches, à qui fautil en prescrire, quelles sont les contre-indications ? Ce sont là des questions auxquelles, dans la pratique, on ne prêle pas toujours suffisamment d'attention.
On n'hésite pas à donner la douche à toute époque de l'année, mais la saison chaude est la meilleure pour débuter; on peut donc doucher le malade, même en hiver, en prenant quelques précautions. La salle de douche sera chauffée, pour qu'il n'y ait pas contact du corps avec l'air froid; on donnera des chaussons pour éviter la sensation froide des planches mouillées ; les draps et les couvertures, servant à essuyer, seront chauds et bien secs. Pour produire la réaction, on frictionnera le malade un peu après la douche.
La douche doit être, cela va sans dire, administrée à jeun, \ le matin de préférence. En cas d'insomnie, elle sera souvent plus utile dans la soirée.
Indications. — Jadis, on faisait un véritable abus des douches froides dans le traitement de la manie. L'erreur et le danger de cette méthode sont trop connus pour qu'il soit besoin d'insister. On a, de même, utilisé la douche comme punition; c'était, non seulement, inhumain et barbare, mais nuisible.
Aujourd'hui encore, il nous semble qu'on fait un usage un peu excessif de la douche froide. On a proclamé que notre siècle était le siècle du nervosisme, et qu'un des meilleurs remèdes contre le mal de notre époque est la douche. Dès lors, tout le monde court à la douche, avec ou sans avis
LES AGENTS PHYSIQUES. 20 f
du médecin. On aboutit souvent à un contre-sens thérapeutique et à une aggravation du mal, ainsi que nous l'avons constaté bien des fois dans la clientèle.
L'usage de la douche ne convient pas à tous les malades. Si l'hydrothérapie est un bon remède hygiénique, elle peut devenir un danger dans certains cas.
La douche est indiquée chez les dégénérés abouliques, obsédés, dont le système nerveux réclame un excitant ou un , stimulant hygiénique.
Les mélancoliques, au début de leur affection, et les déprimés peuvent être douchés; mais, c'est surtout pendant la convalescence qu'un mélancolique profitera de la douche.
Les hystériques et les épileptiques en tirent un grand avantage. On a défendu, à une époque, la douche aux épileptiques, comme étant contraire à la guérison; mais les aliénistes et les neurologistes conviennent à présent, qu'il est utile de combiner l'action du bromure à celle de l'eau froide, à moins de conditions exceptionnelles.
. Quant aux contre-indications, elles sont nombreuses. On a tort, avons-nous dit, d'administrer la douche à tous les nerveux. On a surtout abusé de l'hydrothérapie dans les états de dépression. Nous avons eu l'occasion de constater que la douche, prescrite par le médecin à un soi-disant neurasthénique, n'avait fait qu'aggraver l'état du sujet, qui était simplement à la période mélancolique de la paralysie générale.
Avant de se hâter de prescrire l'hydrothérapie, il faut être fixé sur le diagnostic. S'il s'agit d'une affection organique l'eau froide ne ferait, sans doute, que l'aggraver. Si ce n'est qu'une névrose, on peut prescrire la douche.
Le cœur et les artères seront examinés minutieusement; on admet qu'il y a contre-indication dans les maladies du cœur. Cependant, dans la période hyposystolique, on peut ordonner l'hydrothérapie; on veillera à ce qu'elle soit très douce, pour éviter un violent refoulement du sang périphérique vers les organes profonds.
^^'^ LES AGENTS TIll'iRAPEUTIQUES.
En prenant toutes ces précautions, on peut espérer de bons résultats de la douche froide.
Quant à la durée, elle sera aussi courte que possible. « Une douche trop courte n'a jamais d'inconvénients ; une douche trop longue est toujours dangereuse, déclarait Fleury. »
Pour produire leur effet, les applications thérapeutiques de l'eau froide doivent être continuées assez longtemps, deux, trois mois, et souvent davantage.
Les douches tièdes et chaudes sont fréquemment employées comme sédatifs. Mais, dans ce cas, il. est préférable de recourir au bain.
Quelquefois, les malades ne peuvent supporter d'emblée la douche froide; on gradue alors la température, en commençant par la douche tiède pour aboutir à la douche froide.
Les douches écossaises sont aussi prescrites comme révulsives, révulsives ioniques, sédatives et toniques. On les distingue, ainsi, suivant leur mode d'administration, et suivant les effets qu'elles produisent. « On élève d'abord l'eau chaude progressivement et lentement de 35 à 40, 42 degrés, pendant un temps qui varie entre trente secondes et une minute et demie à deux minutes; enfin, on baisse plus ou moins lentement jusqu'à l'eau froide, pendant une durée variant de trente secondes à une minute, et en redescendant les degrés successifs de l'échelle des températures primitives. Cette douche est supportée avec la plus grande facilité et la sensation de froid est considérablement atténuée par cette préparation graduellement descendante aux températures de plus en plus basses (Bottey). »
Eau chaude. — Elle est ordonnée surtout sous forme de bains, à la température de 33° à 36° : on peut chauffer davantage et aller jusqu'à 37°, même au delà. La température qui convient, d'une façon générale, est de 34°. Le bain, même prolongé, ne produit pas, à ce degré, de modifications appréciables fiur la température du corps.
L'action du bain chaud sur le système nerveux est manifeste. Selon Lichtenstern, les bains tièdes et chauds prolongés produisent de la somnolence, en raison de l'action réflexe sur les vaisseaux du cerveau. De plus, l'eau chaude diminue l'excitabilité des terminaisons périphériques des nerfs sensitifs, de sorle que l'excitation des difl'érents centres est bien moindre (Traube).
Suivant Yakimoff(l), après un bain chaud, la pression sanguine s'abaisse, les muscles des mouvements volontaires et involontaires sont en résolution, et celte résolution est naturellement suivie d'une diminution des contractions réflexes.
Masso et Bergesso (2), ayant observé un cas de perte de substance du crâne, ont étudié l'influence des bains sur la circulation intracranienne, mais ils n'ont pas donné d'indicacations précises.
Au 24'= Congrès de la Société des aliénistes du Sud-Ouest (session de Carlsruhe, 1892), Fuerstner et Fedbausch ont fait une communication sur V importance' et l'emploi de l'hydrothérapie chez les agités. Parmi les conclusions des rapporteurs, signalons celles qui nous intéressent: 1° la valeur de l'hydrothérapie scientifique, sous la surveillance de médecins compétents, est incontestable dans le traitement des aliénés ; 2° l'action des grands bains chauds est triple ; ils calment, appellent le sommeil, et activent les échanges nutritifs. Ils contribuent également à l'entretien de la peau et à l'hygiène ; 3" il faut, avant de prescrire le bain, examiner soigneusement le malade et tenir compte des réactions individuelles (3).
En définitive, le bain chaud débarrasse la peau des lamelles épidermiques superficielles, produit des glandes séiaacées et sudorifiques, et facilite ainsi l'élimination des résidus cutanés de la désassimilation. Il a une action calmante sur la fatigue des muscles, sur les diverses manifestations plus ou moins
(1) Yakimofr, Conlrihution h l'élude des bains chauds, 1883.
(2) Masso et Bergcsso, Rivisla speriinenlale di frenalria, 1885, I.
(3) Fuerstner et Fedbausch, AU. Zeilschr. fur Psych., 50, 5.
douloureuses, et enfin, il agit comme sédatif sur le système nerveux. C'est en vertu de son action sédative que le bain est si souvent prescrit dans les maladies mentales.
Modes d'administration, — La température du bain doit être constante et varier d'après l'effet qu'on veut obtenir. Ainsi, un bain chaud (SC-SV") d'une heure, quoique sédatil', est débilitant ; on ne pourrait le prescrire plusieurs fois de suite. Pour obtenir un effet tonique et sédatif à la fois, la température doit osciller entre 33° et 34°.
Le moment favorable pour le bain varie selon l'indication. S'il s'agit d'un agité moteur, qui dort suffisamment, le bain sera ordonné le matin ; il sera ordonné le soir, au contraire, si l'on se trouve en présence d'un anxieux ou d'un agité avec insomnie.
Dans les grands services, pour gagner du temps, on baigne les malades à l'heure du déjeuner. Gela n'a pas d'inconvénient, quand ils entrent au bain à jeun et y prennent leur repas. Quelquefois pourtant, il arrive que telle ou telle cause provoque une légère congestion de la tête, en ce cas, il est bon de mettre sur la tête des compresses d'eau froide, ou de laisser couler un peu d'eau froide sur le crâne.
La durée du bain dépend de l'état physique du sujet ; elle ne doit pas dépasser quatre heures. Brierre de Boismont prétendait avoir guéri la manie par des bains prolongés pendant quarante-huit heures, voire même soixante-douze heures.
Après le bain, donné dans une salle chauffée, le malade doit être enveloppé de couvertures chaudes, essuyé, frictionné très soigneusement. Puis, on le recouche, après avoir pris la précaution de réchauffer son lit à l'aide d'une bouillotte.
Généralement, on donne le bain simple, sans l'addition d'aucune matière étrangère. Les bains sulfureux, alcalins, d'amidon, de son, sont parfois indiqués. On ne croit plus beaucoup à l'action sédative du bain de tilleul.
Indications. — Tous les aliénés entrants, à moins qu'ils aient la fièvre ou présentent un état cachectique, doivent prendre un bain de propreté. Mais la grande indication des bains tièdes prolongés, c'est l'agitation.
L'excitation psycho-motrice s'amende après un bain. Les agités peuvent être baignés, exceptés s'ils ont la fièvre ou offrent des complications viscérales.
Les paralytiques (/énér aux agités profiteront également des bains tièdes. Pour eux, les précautions doivent être redoublées ; la température ne dépassera pas 34°, et, pour prévenir les congestions cérébrales, il sera prudent de ne pas laisser longtemps le malade dans l'eau. 11 faut surtout mettre des compresses froides sur la tête.
Les mélancoliques avec anxiété et insomnie peuvent prendre des bains. La durée sera également courte.
Les épileptiques seront régulièrement baignés, mais non sans une grande surveillance.
Il nous reste à parler du drap mouillé.
Une s'agit pas, ici, de l'application rapide du drap mouillé, comme révulsif succédané de la douche, mais bien d'une méthode sédative énergique, employée pour calmer les malades très agités.
Le drap mouillé n'est pas un procédé nouveau : Hippocrate le mettait en usage. Aujourd'hui, on en reprend l'emploi contre l'extrême agitation des aliénés. Voici comment on doit procéder : on dispose sur un matelas, à terre, deux couvertures de laine, sur lesquelles on étend un di'ap, qu'on vient de tremper dans de l'eau froide (de 8° à 12°), puis qu'on a fortement tordu. Le malade est placé sur le drap, après avoir été aspergé de quelques gouttes d'eau froide, afin que le saisissement soit moins vif; on l'enveloppe en glissant quelques plis du drap entre les jambes, entre les bras et sur le corps, de façon que toute la surface de la peau soit en contact avec le drap mouillé.
On a eu, préalablement, le soin d'entourer chaque pied et la moitié de la jambe d'une botte d'ouate, saupoudrée de farine de moutarde. On enroule, ensuite, les couvertures autour du corps en serrant assez fortement pour que le contact soit immédiat, et l'on remet le malade dans son lit ; il y reste trois à quatre heures, même davantage. Des compresses d'eau froide sont maintenues sur sa tête. On donne des boissons en abondance pour faciliter la sudation ; ces boissons ne doivent pas contenir d'alcool ; on fera boire de la limonade pure, une infusion de tilleul ou de feuilles d'oranger, etc.
Avant d'envelopper un malade dans un drap mouillé, il convient de s'assurer du bon fonctionnement des organes; il faut que le sujet soit jeune ou adulte et vigoureux. Comme l'action du drap mouillé est énergique, on ne doit y recourir que lorsque aucun moyen n'a réussi à calmer le malade, et qu'on ne peut le maintenir au bain sans lutte. Grâce à la suppression des moyens de coercition et à l'application rigoureuse du non-restreint, il ne se présente plus guère de cas d'agitation aussi tenaces, ne cédant ni à l'alitement, ni au bain tiède. Le drap mouillé est par conséquent d'un emploi assez rare dans la pratique.
, Article II. — Élecirolhérapie.
Historique. — Les applications médicales de l'électricité ont suivi ses progrès ; leur histoire n'est donc pas vieille.
On a d'abord utilisé l'électricité statique. Après les découvertes de Galvani (1786-1791), de la pile de Volta (1800), on recourut à l'électricité produite par les moyens chimiques. Enfin, les découvertes des phénomènes magnéto-électriques, et les courants induits de Faraday, donnèrent de nouveaux appareils à la thérapeutique.
En élecirolhérapie, comme dans plusieurs branches de la thérapeutique, les données empiriques ont devancé les appli-
cations scientifiques, et elles prévalent encore de nos jours. On est presque ignorant de l'action physiologique et thérapeutique de l'électricité.
Cependant, reconnaissons que notre époque est une période de transition. L'électricité devient une force mathématiquement définie ; elle est une branche bien réelle et bien nette de la physique. Les instruments se perfectionnent; les unités de mesures conventionnelles facilitent les observations, les comparaisons. Nous ne sommes sans doute pas éloignés du moment où l'électrothérapie deviendra toute une science basée sur la physiologie et la pathologie, avec des méthodes d'application nettement formulées.
" Aujourd'hui, on se sert des trois modes d'électrisation, d'après les indications, Véleclrisation statique ou franklinisation, la faradisation et la galvanisation. L'électricité statique, délaissée un moment, et le courant continu longtemps peu usité, retrouvent des partisans.
Nous étudierons les trois modes d'électrisation.
Électrisation statique ou franklinisation. — Cette électrisation est obtenue par le frottement.
Les appareils employés sont la machine Carré et la machine Winshurst, modifiées par les électriciens.
On peut se servir de l'une ou de l'autre pour électriser le sujet qui est placé sur un tabouret isolant, près de la machine. Les procédés de franklinisation sont nombreux : il y a le hain électro-statique^ le souffle^ la douche., Vaigretle\ Vétincelle et la friction.
Bain électro-statique. — Le sujet, assis sur le tabouret isolant, est habituellement en communication avec le pôlé négatif. L'autre pôle est relié à la terre pour obtenir le maximum d'effet. La machine tourne, le malade se charge d'électricité négative. Mais cette électricité ne s'accumule pas dans le corps ; si bien isolé que soit le patient, un courant élec-
trique s'établit cnti-e les pointes que forment les poils, les cheveux, les doigts et les objets environnants. L'électricité négative (nous disons négative, parce que nous avons mis le sujet en communication avec le pôle négatif) s'échappe donc constamment. Pour que le malade ne perde pas beaucoup d'électricité, le tabouret ne doit être entouré d'aucun objet.
La durée du bain dépend de l'état de l'individu ; dix à vingt minutes suffisent ; on peut, à la rigueur, en prescrire d'une demi-heure et d'une heure.
Au point de vue clinique, on a observé que le bain statique produit parfois de l'agitation, de l'insomnie, des céphalalgies, de l'anxiété. Ces phénomènes n'apparaissent pas si les premiers bains sont très courts et peu intenses. La précaution d'aller lentement et progressivement ne doit pas être négligée, car les phénomènes d'agitjation et autres ne se montrent guère qu'au début.
Les effets thérapeutiques notés sont : la diminution de la dépression et de l'agitation, la régularisation des phénomènes d'innervation, la disparition de l'insomnie.
Le bain électrique est indiqué dans la mélancolie ; la franklinisation est considérée, par Vigouroux, comme particulièrement efficace dans la neurasthénie^ par suite de son action puissante sur la nutrition et l'innervation. Charcot attribuait plutôt à l'action suggestive les effets obtenus; dans ïhystérie, il a constaté, dès son premier essai (1), des modifications sensibles de l'état général : égalité d'humeur, régularisation des fonctions digestives, disparition des attaques, etc. Malheureusement, ces résultats ne sont pas constants ni surtout durables.
Le bain statique favorise le sommeil; ceci est à retenir et à utiliser.
" Souffle, douche électrique. — Ces différents procédés sont fréquemment mis en usage pour améliorer la céphalalgie, pour
(1) Charcot Revue de médecine, 1887, p. 146.
ramener la sensibilité des anesthésiques et favoriser le sommeil.
Étincelles électriques. — Elles ont une double importance. Elles s'obtiennent à l'aide d'une boule métallique, mise en communication avec le sol et approchée du sujet. L'énergie de l'étincelle dépend de la distance à laquelle elle éclate : plus rapprochée du corps, elle est moins énergique. L'étincelle électrique donne la sensation d'une piqûre. Elle produit l'excitation d'un nerf ou d'un muscle quand elle éclate sur le trajet; cette propriété est utilisée pour obtenir la contractilité des muscles et l'excitabilité des nerfs ; c'est une sorte de révulsif énergique des masses musculaires et des faisceaux nerveux. On ne doit pas négliger ce mode de traitement dans la mélancolie, dans les cas de parésie, de paralysie et d'atrophie musculaire.
Faradisation. — Le courant induit est extrêmement court. Il se produit dans une bobine de fil formant circuit, au moment où, tout près, un autre courant finit ou commence, ou bien encore au moment où l'on approche ou éloigne un aimant.
Les appareils les plus employés sont les appareils volta-faradiques, les bobines de Rahmkorff, les induits de Gaiffe, etc.
L'action du courant dépend de l'intensité ou de la quantité d'électricité.
Les bobines à fil long et fin ont une tension très forte, une force électro-motrice considérable, mais la quantité d'électricité est faible.
Les bobines à gros fil court possèdent une faible tension, mais développent une grande quantité d'électricité.
.Les premières agissent plus spécialement sur les nerfs de la sensibilité ; les bobines à gros fil agissent sur l'excitabilité des nerfs moteurs et des muscles. On peut donc, suivant l'emploi des bobines, en varier l'effet.
Paul Garnier et Cololian, 14
210 LES AGENTS THERAPEUTIQUES.
La faradisation est généralement employée dans les affections locales.
Toutefois, Beard et Rockwell ont imaginé l'excitation faradique de tout le corps, de la peau, du système nervo-musculaire et du système nerveux central. Le malade est assis sur un tabouret, les pieds posés sur ur^e large estrade où aboutit le pôle négatif. La faradisation est produite avec le pôle positif. On commence par la tête, avec une petite force, puis, en augmentant, on électrise la colonne vertébrale, le cou, les faisceaux vasculo-nerveux, le grand sympathique, le pneumogastrique, le phrénique; enfin, la poitrine, en avant et en arrière, la paroi abdominale, l'estomac, le gros intestin, les membres.
La faradisation du corps entier dure de vingt minutes aune heure.
D'après ceux qui ont employé ce mode de faradisation générale, les avantages en sont nombreux. Les échanges nutritifs se font mieux ; la faradisation active la circulation, augmente l'appétit, stimule les fonctions digestives, régularise le sommeil, relève la dépression mentale et physique.
Il y a donc une indication dans la mélancolie. Nous ne savons si cette méthode d'électrisation a été mise en usage dans les psychoses. Dans les ouvrages des nombreux auteurs qui se sont occupés de l'électrisation des aliénés, nous n'avons pu relever une seule observation sur la faradisation générale.
La faradisation locale a été employée par Benedikt (1), Arndt (2) et Kowalewsky ; elle a été préconisée contre la dépression psychique et la stupeur lypémaniaque.
Il n'est pas inutile d'indiquer, à ce propos, la pratique de Weir Mitchell. « Des électrodes recouvertes d'épongés humides sont placées sur chaque muscle, tour à tour, et à là distance d'environ quatre pouces. On les meut assez rapidement pour permettre au muscle de se bien contracter ; on peut
(1) Benedikt, AU. Wien. med. Zeituncf, 1870, n» 3.
(2) Arndt, Arch. fûr Psych., 1870.
les mouvoir plus rapidement si l'opéraleur connaît parfaitement les points de Ziemssen. Quand on a traité les muscles de la jambe, on passe d'une façon systématique à ceux de l'abdomen, du dos et des lombes, et l'on arrive à la poitrine et aux bras. On néglige ceux de la face et du cou. L'opération exige de quarante minutes à une heure, mais elle doit prendre moins de temps au commencement. Le but général est d'exercer tour à tour les muscles externes. »
La faradisation a été appliquée dans la neurasthénie et, d'après Beard et RocWell, elle est particulièrement indiquée dans les formes où l'insuffisance de la nutrition apparaît avec l'asthénie neuro-musculaire.
Dans Vhystérie, on a remarqué que la faradisation est un agent aîsthésiogène des plus puissants; elle fait disparaître les anesthésies. Elle a été employée également contre les paralysies, les contractures, contre les vomissements incoercibles, etc.
Galvanisation. — Le courant continu est obtenu à l'aide de piles.
Les piles pour l'usage médical sont nombreuses ; les plus usitées sont celles de Gaiffe^ au chlorure de zinc et au bioxyde de manganèse ; celles de Leclanché, au chlorhydrate d'ammoniaque et au bioxyde de manganèse, celles de Chardin, au sulfate de cuivre et bisulfate de mercure. Le nombre des éléments pour appareil médical varie entre 50 et 100, mais on en a de 25 à 50, pour des appareils portatifs.
Les conditions que doivent remplir les appareils médicaux à courants continus sont, d'api'ès Gariel, d'être munis : a) d'un (jalvanomèlre qui fera connaître l'intensité du courant, ainsi que le sens ; h) d'un commutateur qui permettra de changer le sens du courant; c) d'un interrupteur sur le trajet du courant. Les courants continus, par rapport aux centres nerveux,
sont ou ascendants (centripètes) ou descendants (centrifuges).
Cette distinction a été établie par les auteurs qui attri-
iil2 LES AGENTS THÉRAPEUTIQUES.
buent un rôle difTérenl au sens du courant; pour les uns, les courants ascendants sont excitants; pour les autres, ils sont calmants. La même hésitation se retrouve pour les courants descendants.
L'action physiologique des courants n'est pas connue ou l'est mal, spécialement en ce qui concerne le cerveau. On sait que de l'excitation électrique d'un nerf moteur résulte la contraction du muscle innervé par ce nerf; que cette contraction a lieu au moment de l'ouverture ou de la fermeture du courant, et que l'intensité de la contraction varie suivant le sens du courant. Mais ce qu'on ignore, c'est l'explication physiologique de l'électrisation du cerveau à travers la paroi crânienne. On se base encore sur des données empiriques peu sûres et fréquemment contradictoires.
La galvanisation de la moelle épinière, à l'aide de larges électrodes, placées aussi loin que possible, produit des secousses dans les muscles correspondants. D'où l'on peut conclure que, si l'on est incertain de l'électrisation du cerveau, du moins la moelle est atteinte par le courant électrique.
Les courants galvaniques peuvent être appliqués : 1° en courant stable; 2° en courant labile; 3° en courant interrompu, en utilisant les chocs d'ouverture et de fermeture, ou le renversement du sens du courant.
1° Le courant stable. Il s'agit de faire passer dans le corps un courant d'une intensité donnée, sans produire de chocs d'ouverture ou de fermeture. On commence par un élément; puis, ou augmente progressivement dans le circuit le nombre des éléments jusqu'à l'intensité voulue, et l'on diminue pour terminer la séance. Le choc est supprimé ou il est si minime qu'il n'est pas ressenti. Mais ce procédé produit des différences de potentiel assez prononcées. Pour obvier à cet inconvénient, on introduit dans le circuit une résistance considérable.
2» Le courant lahile. C'est surtout avec ce courant qu'on emploie la méthode polaire. Le pôle indifférent est muni d'une
large électrode; l'autre électrode est plus active, quoique plus petite ; on promène cette dernière sur l'endroit voulu, plus ou moins rapidement, sans quitter la peau, en allant de la périphérie vers le centre, et du centre à la périphérie.
3° Galvanisalîon inlerrompne . Choc de fermeture el d'ouverture. On a utilisé les chocs produits au moment de la fermeture et de l'ouverture du courant. Ces interruptions sont faites à des intervalles plus ou moins rapprochés, manœuvres avec la main ou avec des appareils spéciaux. C'est une sorte de faradisation produisant une excitation mécanique.
4° Les inversions du courant galvanique, ou, comme on les appelle, les alternatives voltaïques, produisent une excitation plus forte que les interruptions simples. On les obtient avec la main ou au moyen d'appareils spéciaux.
La galvanisation générale., employée par Beard etRockwell, a donné les mêmes effets que la faradisation générale.
Le grand sympathique a été aussi galvanisé. Les résultats obtenus par cette pratique sont-ils dus à la seule et directe galvanisation du grand sympathique? Ou bien sont-ils dus à l'excitation des autres organes, qui, fatalement, sont électrisés en même temps que lui, tels que le pneumogastrique, les nerfs du plexus cervical et brachial, la carotide et les plexus carotidiens ? On l'ignore. Les effets de ce mode de galvanisation ont été satisfaisants dans quelques hémiplégies d'origine cérébrale, dans les paralysies bulbaires, dans les paralysies et spasmes de la face, la paralysie des muscles, des yeux, dans la maladie de BasedoAv, etc.
Courants alternatifs. Ces dernières années, d'Arsonval (1) et d'autres auteurs ont étudié de nouveaux modes d'électrisation, désignés sous le nom de courants alternatifs. Leur application thérapeutique n'étant pas encore très précise, nous n nous y étendrons pas.
(1) D'Arsonval, Soc. de Biologie, 1890-1893. — Revue internai, d'élec- Irolhérapie, 1893. — Archives d'éleclricild médicale, expérimenlale el clinique, 1893.
214 LES AGENTS THÉRAPEUTIQUKS.
Applications thérapeutiques de la galvanisation dans les MALADIES MENTALES ET NERVEUSES. — On ne Connaît pas les effets de l'électrisation de l'encéphale, ni à l'état pathologique, ni à l'état normal. Les auteurs pensent que l'excitation électrique ne passe pas du cuir chevelu au cerveau, parce que, d'une part, les os du crâne sont un obstacle de grande résistance, et que les liquides encéphaliques (sang-, liquide encéphalo-rachidien) en forment un autre. Pourtant Duchenne (de Boulogne) était convaincu que les courants électriques atteignaient le cerveau, et il était très prudent dans l'électrisation de l'encéphale.
L'accord n'existe pas, mais les résultats cliniques sont là pour donner raison à Duchenne (de Boulogne) ; différents auteurs se sont efforcés de prouver, à l'aide d'expériences sur les animaux et sur les cadavres, que le courant galvanique peut pénétrer dans le cerveau.
« Pour agir d'une façon diffuse sur l'ensemble de la circulation cérébrale et encéphalique, dit Huet(l), il faut donner au courant une direction longitudinale, placer les pôles (grandes électrodes) l'un sur le front, l'autre sur la nuque, pour produire la dilatation des vaisseaux, augmenter l'afllux sanguin vers le cerveau, activer la circulation; le pôle positif sera placé sur la nuque, le négatif sur le front; pour obtenir l'effet opposé, rétrécissement de la circulation, la disposition sera inverse, le pôle positif sera placé sur le front, le négatif à la nuque. »
Voyons maintenant ce que pensent les aliénistes.
Pour tous, suivant le mode d'application , la galvanisation produit soit de l'excitation, soit de la sédation. Cette action sédative sur le système nerveux a servi d'indication principale dans la mélancolie et dans la manie [Schule (2), Watterville (3),
(1) Huet, Manuel de médecine, Debove et Achard, t. IV, p. 732.
(2) Schule, Allff. Zeilschr. fur Psych., 37, VI et 40, II.
(3) Watterville, Remarques praliques sur Vusaffe de Vèlectricilè dans les maladies mentales {The Journ. of menl. Science, janvier 1885}.
Gnauck (1), WiglesworLh (2), Fischer (3), Sinkler (4), Keinhard (5), Robertsen (6), Blanchi (7)].
Tigger (8), en 1885, a rapporté quatre séries de faits relatifs à des mélancoliques traités par l'électricité, a) Dans quinze cas, on a obtenu des résultats très favorables ; L) dans seize cas de bons résultats, mais moins saillants ; c) dans trente-huit cas, la galvanisation a produit des effets locaux partiels et momentanés ; cl) enfin, dans vingt-six cas, le courant galvanique n'a donné aucun résultat appréciable. Tiggera employé la galvanisation dans la mélancolie avec stupeur. Voici ses conclusions : dans trois cas sur vingt-sept, résultats avantageux ; dans sept autres cas, résultats satisfaisants ; dans dix-neuf cas, résultats temporaires et partiels et, enfin, dans quatre cas, aucun résultat.
Dans la manie, les effets de la galvanisation ne sont pas frappants, bien qu'on sache, aujourd'hui, que l'action sédative du courant galvanique peut influencer favorablement l'excitation psycho-motrice. Les observations ne sont pas assez nombreuses pour permettre une conclusion.
Contre l'insomnie, la galvanisation delà tête agit très avantageusement. Quelques pei'sonnes éprouvent le besoin de dormir après la séance ou au bout de quelques minutes.
La galvanisation générale provoque aussi la sédation et facilite le sommeil. Elle est préconisée comme méthode tonique par les auteurs mêmes de ce mode d'électrisation (Beard et Rockwell).
(1) Gnauck, Allcf. Zeilschr. fur Psych., 39, V.
(2) Wiglesworth, Sur l'usage de l'éleclricité galvanique dans certaines formes d'aliénation mentale [The Journ. ofment. Science, octobre 1887]'.
(3) Fischer, Allg. Zeilschr. fur Psych., 40, II,
(4) Sinkler, Journ. of nerv. and ment. Diseases, 1892.
(5) Reinhard, Allg. Zeilschr. fur Psych., 39, VI.
(6) Robertsen, The Journ. ofment. Science, janvier 1891.
(") Bianchi, Paralisi progressiva e frenasi sensorio, Naples, 1895. p. 151.
(8) Tigger, Traitement des psychoses à l'aide de l'électricité (Allg. Zeilschr. fur Psych., 39, VI).
La galvanisation paraît avoir donné des résultats dans Yépilepsie. Il faut électriser les centres nerveux dont l'excitabilité diminue (Rémak, Benedikt, Althaus). Les procédés les plus répandus sont la galvanisalion centrale de Rockwell (1) ou la méthode d'Erb (2) : « courant oblique à travers la tète, depuis la région des tempes et la région supérieure du front, d'une part (pôle positif, grande électrode), jusqu'au côté opposé de la nuque (pôle négatif, grande électrode) d'autre pai't ; courant stable, très faible (5 à 15° de déclinaison de l'aiguille, de quatre à six éléments) des deux côtés, chaque fois une demi-minute, une minute au plus; ensuite, longitudinalement, du front à la nuque, également une demi-minute à une minute ; de la sorte, on agit aussi bien sur les hémisphères cérébraux et sur la moelle allongée ». D'après Rockwell, la galvanisation augmente la résistance des malades aux hautes doses de bromure et diminue leur tendance à l'acné bromique.
La galvanisation est en usage à la Salpêlrière contre les crises hystériques. On place l'une des électrodes sur le ventre ou sur les cuisses, l'autre sur le front, et l'on intervertit le sens du courant à l'aide d'un commutateur. La crise s'arrête après quelques interversions.
La galvanisation centrale est recommandée par Beard, dans la neurasthénie., quand les forces physiques sont conservées et que la nutrition est bonne. Elle consiste à poser une grande électrode (le pôle négatif) sur l'épigastre, et l'autre pôle, sous forme d'une électrode éponge ronde, sur la tête. On fait passer le courant — de deux à huit éléments — et Ton frotte le front d'une extrémité à l'autre, lentement et doucement, puis, le centre du crâne, la région du vertex. Le pôle positif est ensuite promené sur les deux côtés du cou, le long du sympathique et des pneumogastriques.
On a essayé l'électricité galvanique dans la chorée, dans la paralysie agitante. Elle n'est pas d'une valeur bien manifeste.
(1) Rockwell, Med. and Surff. Electricity, New-York, 1888.
(2) Erb, Traité d'Électrolhérapie, 1884, p. 541.
L'insuccès fréquemment signalé, l'incertilude des résultais ommandent la prudence dans l'emploi de l'électricité pour ces deux affections.