‹ Traité de thérapeutique des maladies mentales et nerveusesChapitre 34 sur 86 · UNIVERSITY OF LEEDS · texte numérisé non relu

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Ml'XANCOLIE ET KTATS MKLANCOLIQURS. 211)

alors que clans la mélancolie simple ce n'était encore que de Vauto-clépréciation. A l'encontre du vrai persécuté, le délirant mélancolique n'accuse pas les autres; il n'accuse que lui.

Pour ce genre de malades, l'isolement dans un établissement spécial est nécessaire. Malgré la forme dépressive de leur affection, ils réagissent violemment et sont un danger pour \ les autres et pour eux-mêmes. Les idées de suicide sont fréquentes ; la surveillance doit être de tous les instants. Quelques-uns nourrissent des idées homicides s'ils n'ont pas, par eux-mêmes, l'énergie d'agir, pourtant ils peuvent céder tout à coup à l'empire d'une hallucination.

Si l'asthénie neuro-musculaire n'est pas accentuée et la nutrition générale pas trop défectueuse, l'alitement ne s'impose pas, car ces malades présentent peu d'agitation motrice. Ils seront laissés au lit jusqu'à midi, et, après le déjeuner, ils iront dans le jardin faire une promenade ou un peu de jardinage.

Contre l'agitation et l'insomnie, les bains tièdes sont indiqués.

Il arrive, fréquemment, que ces malades refusent de se nourrir. On essaiera, d'abord, d'agir par la persuasion. On tentera de leur faire accepter du lait et des œufs, en leur représentant plusieurs fois ces aliments. S'il y a refus systématique, on aura recours après quarante-huit heures d'une insistance inutile, à l'alimentation artificielle.

Quant aux médicaments, il ne faut en prescrire que fort peu, et seulement en cas de nécessité absolue. L'intervention pharmaceutique ayant pour seul but d'apaiser les symptômes, il n'y faut recourir que s'il y a obligation évidente. Ainsi, on pourra prescrire contre la constipation des laxatifs légers, des eaux miné^ales purgatives, et, contre l'affaiblissement général, des toniques (arsenic, quinquina, etc.).

Le Irailemenl moral peut avoir une sérieuse influence. Il ne faut pas cqntredire énergiquement les malades, mais les écouter, les calmer en leur montrant, avec délicatesse, le côté absurde de leur délire.

Parmi les mélancolies délirantes, la mélancolie anxieuse tient le premier rang. Dès le début de ralTeetion, les malades éprouvent une angoisse que rien ne calme et que tout exaspère. Sortant par instants de leur état de demi-stupeur, ils accusent bruyamment, et d'un air attéré, une sensation d'angoisse précordiale ou épigastrique ; des gémissements, des cris, une agitation motrice complètent la scène. Ce sont les mélancoliques actifs d'Esquirol, les gémisseurs de Guislain et de Morel.

A rencontre des autres mélancoliques qui se concentrent en eux-mêmes, les anxieux ne tarissent pas sur le chapitre de leurs douleurs et de leurs craintes ; des gestes de désespoir accompagnent leurs plaintes. A ce degré d'exaspération, ils sont capables de se tuer ou de commettre un acte grave. C'est le rapius melancolicus.

Cette forme de mélancolie est guérissable. Il faut surveiller le malade de très près et intervenir énergiquement.

Le repos au lit est indiqué pour diminuer l'anxiété, calmer l'agitation et faciliter la surveillance. Les bains tièdes prolongés de deux ou trois heures apportent un grand soulagement.

Mais c'est surtout Vopium qui donne des résultats fort appréciables. Il agit sur l'anxiété, sur la douleur et facilite le sommeil. Le mode d'administration dépend des cas. L'extrait d'opium, sous forme de pilules, peut être donné à ceux qui avalent facilement. On peut aussi prescrire, comme Pierret, Belle et Lemoine, le laudanum à l'intérieur, en commençant par cinq gouttes, et en augmentant, chaque jour, de cinq gouttes pour arriver progressivement aux doses énormes de 100 et 200 gouttes.

Le véritable inconvénient de l'opium et de ses dérivés, c'est la constipation. Pour la combattre, les moyens ordinaires, les laxatifs et les lavements suffisent souvent.

A l'opium, il faut joindre, parfois, le brajnure; on veillera à l'alimentation et Ton surveillera l'hygiène.

Le traitement moral est applicable dans son ensemble,

mais non individuellement; car à cette période aiguë, la grande anxiété détourne l'attention des sujets; plus lard, lorsque la convalescence s'annoncera le médecin saura en tirer tous les avantages réels,

La mélancolie avec stupeur est aussi une forme délirante de la mélancolie. Ces dernières années, on a voulu faire de la lypémanie stupide (Baillarger) une maladie distincte qu'on a nommée la confusion mentale. A tout bien examiner, la confusion mentale n'est autre qu'un symptôme se rapportant à la forme décrite par Baillarger : « Les malades ont la figure triste, mais en même temps un peu étonnée; leurs traits ne sont pas contractés, leur regard est incertain ; rien n'indique chez eux la contention douloureuse de l'intelligence, ils semblent au conti'aii^e dans un état tout passif. Ces aliénés répondent lentement et brièvement aux questions qu'on leur fait; ils cherchent ce qu'ils ont à dire; il n'y a point chez eux de silence obstiné. S'ils ne parlent pas, ce n'est pas par suite d'un projet arrêté ou de la fixité d'une idée qui absorbent leur attention : c'est par une sorte d'apathie, de paresse, d'embarras intellectuel (1), » Cet état, qui est la première étape de la mélancolie stupide, peut, plus tard, produire un ralentissement psychique considérable et quelquefois l'arrêt complet de l'idéation.

Pour les auteurs qui admettent la confusion mentale comme une entité clinique, la mélancolie stupide décrite par Baillarger en est le type, tandis que la description d'Esquirol, ne viserait que la véritable mélancolie stupide. Esquirol s'exprime ainsi : « La sensibilité, concentrée sur un objet, semble avoir abandonné tous les organes ; le corps est impassible à toute impression, tandis que l'esprit ne s'exerce plus que sur un sujet unique qui absorbe toute l'attention et ■suspend l'exercice de toutes les fonctions intellectuelles. L'immobilité du corps, la fixité des traits de la face, le silence obstiné, trahissent la contention douloureuse de l'in-

(l) Baillarger, Recherches sur les maladies mentales, 1890, l, I, p, 667.

^'^ Tn.MTEMENT DES PSYCHOSES.

telligcnce et des afTecLions. Ce n'esl pas une douleur qui s'agite, qui crie, c'est une douleur qui se lait, qui n'a plus de larmes, qui est impassible (1). »

On paraît vraiment vouloir faire, malgré tout, deux maladies dilTérentes de deux phases d'une seule et même affection, quand on décrit la confusion mentale comme une entité morbide. Nous ne pouvons considérer comme une maladie à part ce qui n'est qu'un des symptômes ordinaires de la mélancolie stupide.

Il existe, aussi, un état de confusion mentale dans d'autres affections (la manie, l'alcoolisme aigu, etc.). Il s'agit d'une rupture dans l'enchaînement des idées, ou plutôt d'une entrave dans le fonctionnement mental noi'mal. La confusion mentale se manifeste par une sorte d'hébétude, de torpeur psychique. Les hallucinations n'y sont pas rares (Baillarger).

Sans entrer plus avant dans la discussion dogmatique, nous pouvons dire que cet état résulte parfois d'un surmenage intellectuel ou physique, d'une grande misère physiologique, d'affections pyrétiques, de convalescences pénibles, etc. Dans ces cas, la confusion est ordinairement un état mélancolique révélateur d'une auto-intoxication, d'un état infectieux.

Traitement de la. viélancolie stupide. — La première indication dans la mélancolie stupide, c'est d'isoler absolument le malade de son milieu habituel.

Une surveillance assidue est de i-igueur, afin de prévenir toute tentative de suicide.

L'isolement et la surveillance seront donc combinés avec Vainement. Ces malades tirent surtout profit de la position horizontale qui facilite l'irrigation cérébrale.

Les agents physiques et mécaniques viendront en aide au traitement.

V électricité galvanique ou statique pourra être essayée. Les bains ne sont pas toujours favorables, mais les douches activeront la convalescence.

(1) Esquirol, Maladies mentales, t. I, p. Hl.

Le massage général esL indiqué pour activer les échanges nutritifs et la circulation.

On a préconisé, pour stimuler les malades, les révulsifs et les dérivalifs. Les vésicatoires et les sétons ont été employés, tour à tour, et des purgatifs énergiques ont été donnés abondamment. Tout cela est d'un temps presque oublié. Le bain sinapisé peut combattre l'anesthésie ou l'analgésie.

L'alimentation sera particulièrement surveillée. Le lait, les œufs, les féculents en formeront la base. Les toniques et même le vin seront prescrits.

Pendant la péi'iode d'état, l'indifférence du malade rend à peu près inutile tout traitement moral. Mais^ aux premiers signes de la convalescence, avec tous les ménagements que réclament les circonstances, le médecin s'efforcera d'être un guide, à cet instant précieux où l'intelligence se dégage de l'étreinte du délire.

Léon M..., chapelier, trente-trois ans, entré dans le service le 9 novembre 1897, est atteint de mélancolie avec stupeur. La période d'incubation a duré quelques jours, pendant lesquels M... paraissait un peu déprimé, taciturne ; puis, l'accès a éclaté assez violemment deux jours avant son entrée. Ce n'est pourtant ni un héréditaire, ni un dégénéré, d'après les renseignements. Durant la première semaine, le malade est resté dans la stupeur absolue, avec inertie, résolution complète et refus d'aliments. Le repos au lit est ordonné; l'alimentation artificielle est pratiquée deux fois par jour; on masse le malade une demi-heure chaque matin. Des lavements sont prescrits pour combattre la constipation, ainsi qu'un peu de chloral (2 à 3 grammes) contre l'insomnie. Après quelques jours, à force d'insister, on réussit à lui faire prendre du lait. — Deux semaines après son entrée, M... commençait à s'intéresser à la vie extérieure. Au bout d'un mois, il entrait en convalescence et se rendait compte du milieu où il se trouvait. Le traitement moral le soutint au réveil de son intelligence et l'encouragea. Les douches froides, une alimen-

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talion très nulriLive le rétablirent complèlemenl. Il sortit guéri le 15 janvier 1898, soit après deux mois de traitement.

Article III. — Folie intermillente.

A. Considérations générales. — Depuis longtemps, on avait observé cette particularité que, parfois, l'excitation maniaque faisait suite à la mélancolie, ou vice versa... Morgagni (1) disait : « La manie est si voisine de la mélancolie, que souvent ces deux afiections se remplacent mutuellement, et l'une prend le caractère de l'autre. » Lorry (2), Pinel (3), Dubuisson (4) remarquent que la mélancolie et la manie peuvent se succéder. « Il n'est pas rare de voir la manie alterner d'une manière très régulière avec la phtisie, l'hypocondrie et la lypémanie », disait Esquirol (5).

Baillarger (6) fît faire un grand pas à cette question ; il groujDa les malades qui présentent la forme maniaque pendant quelque temps et deviennent ensuite mélancoliques. Ces malades étaient atteints, selon lui, de la folie à double forme.

Falret (7) sous le nom de folie circulaire, Foville (8), Kirn (9), Ritti (10), Magnan (11), étudièrent, de leur côté,

(1) J.-B. Morgagni, Recherches analomiques sur le siège et les causes des maladies, trad. Destouet, lettre Ville, t. I, p. 133.

(2) Lorry, De Melancholia et morbis melancholicis, Paris, 1765, t. 1, p. 164.

(3) Pinel, Traité médico-philosoph. sur l'aliénation mentale. 2= édit., p. 23, 167, 186.

(4) Jacquclin Dubuisson, Des vésanies, Paris, 1816, p. 128, 132, 187.

(5) Esquirol, Des maladies mentales, 1838, t. II, p. 170.

(6) Baillarger, Leçons sur la folie à double forme {Ann. méd.-psych., 1854, p. 373j.

(7) Falret, Mémoire sur la folie circulaire [Bull, de l'Acad. de méd., 1854, t. XIX, p. 382).

(8) Foville, article Folie à double forme [Dicl. de méd. et de chir. prat., 1872).

(9) Kirn, Die periodischen Psychosen; Eine klinische Abhandlung, Stuttgart, 1876.

(10) Ritti, article Folie à double forme, in Dict. encyclopéd. des sciences méd., Paris, 1876, et Traité clinique delà folie à double forme.

(11) Magnan, De la folie intermittente; Congrès de Berlin, 1890, et Recherches sur les centres nerveux, Paris, 1893.

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cette évolution spéciale ; aujourd'hui, la folie intermiLleuLe est à peu près classée parmi les entités morbides.

Il y a, cependant, des auteurs qui ne voient dans la distribution de ces accès qu'une modalité évolutive de la folie des dég-énérés. Ils font remarquer, d'abord, qu'entre tous les aliénés, ce sont les intermittents et les circulaires qui ont les antécédents héréditaires les plus chargés. Ils mettent, ensuite, en avant cet argument dont on ne saurait méconnaître la valeur : les individus chez lesquels une prédisposition héréditaire ramène ainsi, fatalement, les mêmes accès, suivant tel ou tel ordre, sont bien de vrais aliénés héréditaires, toujours en puissance d'une dialhèse vésanique.

Ils sont comparables aux épileptiques pour la permanence de la disposition morbide préparant le retour des accès. De même qu'un comitial n'est pas guéri quand l'accès est terminé, de même, un intermittent, un circulaire, dans un intervalle lucide, n'est pas un homme normal, dès l'instant que demeure et persiste, dans son évolution, la dialhèse vésanique assurant le retour d'un nouvel accès. Dès lors, ne paraît-il pas logique de faire rentrer les intermittents, les circulaires dans la grande famille des dégénérés? Ils méritent, il est vrai, une description à part, en raison de cette évolution si spéciale. Mais les obsédés ont droit, aussi, à cette distinction et l'on ne les sépare pas, pour cela, des dégénérés (1).

La folie intermittente se caractéi'ise plutôt par son évolution que par ses symptômes.

L'invasion s'observe généralement dans l'âge adulte, chez un individu psychiquement normal et sain, en apparence. Le premier accès débute soit par la manie, soit parla mélancolie. Le malade guérit de cette crise ; puis, quelque temps après, il est repris de mélancolie ou de manie. Les accès maniaques peuvent alterner avec les accès mélancoliques, c'est la folie alterne (Legrand du Saulle) ; ou bien, réapparaître tous les ans.

(1) Paul Garnier, Soc. méd.-psych,, 1886.

à la même époque, c'est la folie périodique. L'accès maniaque, à peine disparu, l'accès mélancolique peuL survenir sans qu'un intervalle de lucidité sépare les deux accès, c'est la folie k double forme. Les accès se succèdent-ils, en accomplissant chacun un cycle, c'est la folie circulaire. Enfin, il arrive qu'ils sont séparés par des intervalles lucides, c'est la folie inlermillenle.

Mais toutes ces variétés, schématisées pour la clarté de la description, se confondent souvent, en clinique, et produisent des formes intermédiaires.

Les premiers accès sont fréquemment isolés, plutôt mélancoliques que maniaques.

L'invasion est très rapide, contrairement à ce qui se produit pour la manie ou pour la mélancolie franche; la maladie, sans passer par la phase prémonitoire, entre d'emblée dans la période d'état. Un peu avant l'accès, le sujet a une hallucination, ou bien il prononce un mot, un juron, toujours le même; puis, la crise éclate. Chaque accès se renouvelle, avec les mêmes signes précurseurs qu'on a comparés à l'aura des épileptiques.

Accès. — Les accès isolés de méJancolie ou de manie, n'offrent rien de bien particulier.

a) L'accès maniaque peut présenter tous les degrés d'agitation, depuis l'exaltation maniaque jusqu'à la manie aiguë.

Ce qui caractérise l'exaltation maniaque, « c'est la surexcitation générale de toutes les facultés, l'activité exagérée et maladive de la sensibilité, de l'intelligence et de la volonté, ainsi que le désordre des actes, sans troubles de l'intelligence » (J. Faire t).

Les sentiments sont faussés; les êtres, aupai'avant doux, sociables, deviennent méchants, emportés. Ils ont un langage qui, jadis, les aurait fait rougir.

Un délire de contentement, de satisfaction, peut accompagner l'éréthisme cérébral; les malades se croient artistes, poètes, compositeurs. Cette folie des grandeurs les fait parfois confondre avec des paralytiques généraux.

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