‹ Traité de thérapeutique des maladies mentales et nerveusesChapitre 36 sur 86 · FOLIE INTERMITTENTE · texte numérisé non relu

FOLIE INTERMITTENTE

Le séjour au lil est nécessaire. L'agitation s'y calme vile. Si elle persiste la nuit et si le malade est bruyant, il faut l'isoler dans une chambre, dont la porte, munie d'un large vasistas, facilitera la surveillance.

Les bains seront prescrits (entre 32° et 35° c). La durée pourra varier de une à trois heures. Ils seront donnés tous les jours ou tous les deux jours, suivant l'âge, la vigueur, l'excitation du sujet^ plutôt le soir, afin de produire la sédation pendant la nuit et procurer le sommeil. Le drap mouillé sera employé dans les cas où le bain ne calmerait pas l'agitation.

Parmi les médicaments qui ont eu quelques résultats contre l'agitation psycho-motrice, le bromure tient la première place. S'il y a de l'insomnie, on ajoutera, le soir, au bromure du chloral^ à la dose de 1 à 3 grammes.

L'alimentation sera surveillée. On supprimera les excitants, vin, liqueurs, bière, café, thé, qu'on remplacera par du lait et des tisanes rafraîchissantes et adoucissantes (limonade, infusion de feuilles d'orangers, tilleul, etc.).

in. Dans l'accès de mélancolie^ la conduite à tenir est celle que nous avons tracée antérieurement; Valitement, le régime diététique seront appliqués comme dans un cas de mélancolie franche.

Pour prévenir la dénutrition, des toniques seront adjoints à l'alimentaiion [quinquina, arsenic, fer, etc.).

La constipation sera combattue par des laxatifs légers, des eaux minérales purgatives (Hunyadi Janos, Carabafïa, etc.). Des lavements d'eau bouillie additionnée de borax nettoieront les intestins.

C'est surtout contre ces formes de mélancolie qu'on a préconisé les médications révulsives. Les lotions froides vinaigrées, les frictions stimulantes de baume de Fioravanti et d'alcool, les frictions sèches avec un gant de crin ont été et sont encore employées. Les bains sulfureux, les bains de Pennés seront conseillés. Le bain sinnpisé est d'un très bon

THAITKMKNT DKS PSYCIIOSKS.

effet: on le prépare avec 2 ou 3 kilogrammes de farine de moutarde. Le malade y reste de cinq u dix minutes. 11 faut garnir les parties génitales pour les préserver d'une irritation.

Les bains d'air chaud ont réussi quelquefois. Voici comment on les prépare : « Des copeaux de pin Mugho sont placés sur une grille, reposant elle-même sur une plaque fortement chauffée et couverte de sable, pour empêcher la résine de brûler et de donner des vapeurs irritantes. Le patient est assis ou couché dans la chambre où arrive l'air chargé de vapeurs i^ésineuses, et à une température qui varie de 40 à 70° c. Celte température ne provoque aucun malaise, car une abondante transpiration ne tarde pas à l'ecouvrir la surface du corps; le bain dure de quinze à vingt minutes; il est suivi d'une douche en éventail ou de l'immersion dans une piscine; puis, le malade est essuyé avec soin et soumis soit à une forte friction, soit à un massage (Magnan et Pécharman). »

Pendant la convalescence, le traitement moral achèvera la guérison.

Article IV. — Délires de persécution.

A. Considérations générales. — Avec le groupe des délires de persécution, nous entrons dans le domaine des vésanies pures, autour desquelles les discussions n'ont point cessé, depuis le jour oîi Lasègue donna le nom de persécutés à des aliénés particuliers, confondus jusqu'alors avec les lypémaniaques.

Kant (1) avait entrevu les délires partiels, mais Kant était un philosophe et non un clinicien. Pinel (2) publia d'intéressantes observations de persécutés. Esquirol (3) et Guislain (4) observèrent également le caractère particulier de ces malades.

K&ni, Essai sur les maladiesde Vesprit^ J'Ci, et Anthropologie, 1798.

(2) Pinel, Traité médico-philos, sur l'aliénation mentale. 2c Mil., 1809, p. 81.

(3) Esquirol, i)es maladies mentales, 1838, t. I, p. 20a.

(4) Guislain, Leçons orales, Gand, 1852.

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Mais ce fut Lasègue (1) qui eut le mérite, dans une monographie célèbre, de décrire comme entité morbide le délire de persécution.

Le persécuté est bien portant physiquement; c'est uniquement un malade d'esprit. Le caractère fondamental du délire de persécution, est l'exagération de la personnalité. Le persécuté s'imagine que tout le monde s'occupe de lui, que l'univers a l'œil sur lui, que ses moindres gestes sont épiés; une susceptibilité moi'bide extraordinaire en est la conséquence, les moindres événements lui apparaissent sous un aspect étrange. Le persécuté se croit une victime d'une malveillance systématique.

Dans les autres formes de folie, on trouve des troubles somatiques, amaigrissement, insomnie, etc. Ici, la santé physique ne présente rien de particulier.

Pour faciliter l'étude, on peut former deux groupes principaux : 1° un délire de persécution symptomatique [a) de la dégénérescence mentale (dont dépend le sous-genre des persécutés persécuteurs)', [h] de V alcoolisme.

2" Un délire de persécution essentiel ou idiopaihique [délire- chronique (Magnan) ou psychose systématique progressive (Paul Garnier)].

Les autres idées de persécution, surajoutées aux vésanies, ne sont que des épiphénomènes sans véritable importance.

L Délire de persécution chez les dégénérés. — Ce

qui caractérise les dégénérés, c'est la déséquilibration constitutionnelle du système nerveux.

Les dégénérés persécutés sont des êtres bizarres, qui ont été ainsi depuis leur enfance, dès les premières étapes de leur vie intellectuelle. Exaltés, impressionnables, soupçonneux, inquiets, ils montraient d'ores et déjà leur prédisposition aux troubles psychiques.

(1) Lasègue, Arch. de m('d. (/(hi., 1K5'2, p. 129.

a) Chez les non-intoxiqués. — Sur ce fonds pathologique viennent se greffer, parfois brusquement et sans préparation antérieure, des idées de persécution, au milieu d'un calme apparent. Le délire peut être purement intellectuel, c'est-àdire sans complication de troubles sensoriels. Quand les hallucinations apparaissent, c'est subitement et par bouffées. Jusque-là, il n'y a pas de systématisation. Les délires de persécution, généralement mobiles, mal présentés par le malade, s'éteignent souvent aussi vite qu'ils sont apparus. Les bouffées délirantes, hallucinatoires ou non, peuvent se reproduire, plus tard, car la crise passée, le terrain dégénératif reste, avec la déséquilibration foncière de l'état mental.

Mais, en clinique, on rencontre d'autres dégénérés qu'un examen superficiel, au point de vue symptomatique, pourrait faire confondre avec les délirants persécutés systématiques chroniques.

Il faut, pour poser le diagnostic (et ici le diagnostic a une très grande importance, car si le délire de persécution, même fortement systématisé, des dégénérés est guérissable, le délire chronique ne l'est pas), il faut donc, pour avoir les éléments de ce diagnostic, remonter aux antécédents du sujet. Chez le dégénéré, on trouvera des tares qui expliqueront la genèse de la psychose.

Du reste, le mode de début, la nature et la teneur du délire seront des guides. Avant l'éclosion du délire, pendant quelques jours, le dégénéré paraît inquiet, absorbé, triste. Il se plaint qu'à son atelier ou au bureau, ses camarades sont malveillants ou le raillent; dans la rue, les gens le regardent de travers, chuchotent en le voyant passer. Il se tient sur ses gardes, observe, cherche des causes à tant de tracasseries ; il a des soupçons, mais vagues; il lui semble que les voisins l'épient, que ses actes sont commentés, etc.

Le délire peut s'arrêter là, ou bien évoluer vers une apparence de systématisation, suivant la déchéance du cerveau et

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le terrain névropathique. A ce moment, un peut déjà se rendre comjjte de la base dégénérative du délire; les conceptions morbides ne s'enchaînent pas, n'ont pas de solidité et sont facilement ébranlées.

Le malade, isolé dès ce moment et traité dans un milieu convenable, peut guérir.

Mais, voici un délire qui se prolonge et tend à se systématiser ; presque toujours les troubles de la sensibilité générale viennent alors l'alimenter. L'ouïe est atteinte la première, non seulement chez les dégénérés persécutés, mais aussi chez les alcooliques, les paralytiques généraux et les autres persécutés.

Les hallucinations de l'ouïe sont de nature injurieuse et visent les actes de la vie intime.

Celles de la vue sont plus rares, sauf le cas d'un appoint alcoolique; par contre, celles des autres sens sont fréquentes, et, avec leur apparition, les idées de persécution s'incrustent davantage.

Au délire de persécution, d'autres délires s'ajoutent souvent, donnant à l'ensemble le cachet dégénéralif ; ce sont les délires hypocondriaque, mystique, mélancolique.

Cette forme de délire de persécution est encore guérissable au bout de plusieurs semaines ou plusieurs mois de séjour à l'asile. Toutefois, les rechutes sont fréquentes et aboutissent généralement à la démence.

La troisième modalité du délire de persécution des dégénérés forme le groupe des persécutés persécuteurs; il s'ag-it, là, d'une psychose exclusivement intellectuelle, que les troubles sensoriels ne viennent que très exceptionnellement compliquer. L'apparente lucidité et la force de raisonnement ont fait appeler cette variété : munie raisonnante, folie morale.

Dès l'enfance, comme pour les autres dégénérés, on constate chez ces malades un défaut d'équilibre entre les facultés psychiques et morales. Ils sont intelligents, mais souvent dénués de jugement et de sens moral; pourtant, ils pro- Paul Garnieh et Cololian. 19

clament haulement leurs sentiments d'honnêteté, de justice, etc.

Éminemment égo'iste, peu sociable, le persécuté persécuteur vit à l'écart, se méfiant de tous, cherchant à satisfaire ses fantaisies morbides.

Aux moindres difficultés de la vie il veut trouver une cause extraordinaire, et, au lieu de la chercher où elle peut être, il édifie un raisonnement selon lequel les obstacles proviennent de certaines personnalités. Il met tant d'intelligence dans ses arguments qu'il arrive fréquemment à convaincre son entourage et souvent- à faire partager son délire. Bien des cas de délire familial appartiennent à ce type.

Un trait caractéristique est l'acharnement que mettent les persécutés à poursuivre leurs ennemis imaginaires.

Ils se figurent être des victimes de la jalousie, de la malveillance, de la haine et ils se croient injuslement frustrés de leurs droits. Ils réclament des réparations, ils écrivent aux autorités, font procès sur procès. Cette activité sans résultat les exaspère et ces séries d'insuccès blessent profondément leur orgueil.

A bout de patience, ils emploient les grands moyens afin d'attirer l'attention des pouvoirs publics : esclandres, coups d'éclat, tentatives d'homicides

Les arguments ne leur manquent pas pour se justifier; ils donnent des détails, des dates précises, des noms et des adresses. Il y a, souvent, au fond du roman pathologique qu'ils élaborent, quelque vérité, quelque exactitude, mais fort difficile à démêler, tellement tout a été transformé par les interprétations délirantes.

La presse est une arme pour eux. Libres, ils assiègent les bureaux de rédaction ; à l'asile, ils continuent à écrire aux journalistes.

Ce sont des êtres très dangereux, qui, fatigués par Vmj'usiice, s'érigent en justiciers et frappent celui qu'ils considèi'ent comme l'auteur de leurs maux.

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