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DÉLIRES DE PERSÉCUTION

En général, le pronostic est grave, car le traitement est, ici, peu cnicace.

b) Chez les intoxiqués. — L' inloxication alcoolique peut produire un délire de persécution, susceptible de revêtir des apparences de systématisation, chez les dégénérés, ou chez les alcooliques chroniques (1).

Chez les alcooliques dégénérés, chez les alcooliques chroniques, le délire se manifeste par des idées de jalousie, de persécution, des hallucinations multiples.

Parmi ces alcooliques, on trouve bon nombre d'auto-accusateurs (2), de même qu'on en rencontre aussi parmi les mélancoliques (3) (Ballet, Séglas).

II. Délire chronique. Psychose systématique progressive. — Le délire chronique débute insidieusement et s'observe principalement chez l'adulte. Le point de repère caractéristique, c'est l'état mental antérieur. Les délirants chroniques ne présentent pas, avant l'éclosion de l'affection, d'anomalies intellectuelles, morales ou affectives bien appréciables. Ce sont des hommes normaux; ils' ne ressemblent en rien aux dégénérés.

A la période d'incubation, le malade est envahi par un sentiment vague de malaise, d'inquiétude. Il ressemble à un neurasthénique au début. Plus tard, il devient soupçonneux, méfiant et les malaises du début réveillent des intei^prétations ; il en cherche la cause en dehors de lui et ne tarde pas à la trouver dans la malveillance d'autrui.

Le monde lui semble transformé. Il change souvent de profession, de domicile, mais ne trouve le calme nulle part; il croit qu'une hostilité le poursuit; décidément, on lui en veut.

Les hallucinations apparaissent alors, marquant la seconde période. Celles de l'ouïe se montrent les premières. Cette

(1) P. Cololian, Les alcooliques persécutés, 1898.

(2) Paul Garnier, La, folie à Paris, 1890.

(3) Batailler, Des persécutés auto-accusaleum, 1897.

TRAITEMENT FSYCIIOSKS.

seconde période est coiislante et très caractéristique. Le on se précise; ce sont les voisins qui l'insultent, les camarades, la police, les jésuites, les francs-maçons, les spirites, etc., qui ont juré sa perte.

Tout cela met des années à évoluer, tandis que chez les dégénérés, nous l'avons vu, le délire éclate, parfois, en coup de bouri^asque, amenant sur la scène morbide les conceptions les plus diverses.

Les autres sens sont atteints à leur tour; le malade a des hallucinations de la sensibilité générale, du goût, de l'odorat; les hallucinations de la vue n'existent qu'exceptionnellement. L'aliéné déclare qu'on l'insulte, qu'on l'électrise, qu'on le viole, qu'on l'empoisonne, mais il ne dit pas qu'il voit son persécuteur. Cela ne l'empêche pas de le découvrir. A ce moment, il devient dangereux; il se contentait de se plaindre et de fuir, tant qu'il ignorait le nom de son persécuteur imaginaire ; le jour où sa conviction est faite, il se défend et attaque.

Le délire chronique, qui a mis des années à franchir cette étape, se métamorphose, peu à peu, en délire de grandeur (Foville, Paul Garnier). Le malade se croit prince, roi, et il réclame la fortune colossale qui lui est due, les titres dont on l'a dépouillé.

Au bout de dix, quinze, vingt ans, après l'évolution systématique de la maladie que rien ne peut modifier, le sujet tombe dans la démence, lentement et progressivement, comme il a passé de la période des idées de persécution à celle du délire de grandeur. Et cet ordre d'évolution est ici invariable.

B. Traitemknt des délires de persécution. - Des considérations cliniques ci-dessus, il ressort que le délire de persécution n'est pas, sauf le délire chronique, une affection essentielle, mais seulement un symptôme d'une maladie primitive.

Traiter le symptôme sans s'occuper de la maladie qui le

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conditionne ne serait guère rationnel, surtout quand il est question d'un symptôme psychique tel que l'idée de persécution.

I, Traitement du délire de persécution chez les dégénérés. — Le traitement des idées de persécution est fort complexe. 11 faut combattre la cause et la cause est la dégénérescence sur laquelle l'intervention médicale n'a guère de prise. Il faut agir indirectement.

Si l'on se trouve en présence d'une personne vivant au milieu de sa famille et dont les idées de persécution ne sont pas encore bien nettes, on conseillera l'isolement à la campagne, loin de l'activité, du bruit. L'hygiène, le calme, la bonne et saine alimentation agiront sur le cerveau et pourront écarter, momentanément, la crise. Nous disons momentanément, car les dégénérés persécutés, en raison de la nature de leur dégénérescence, du caractère de leurs penchants morbides, recherchent l'activité, le bruit et ne tardent pas, le plus souvent, à revenir se mêler à l'agitation fiévreuse des villes.

Quand le malade ne se soumet à aucune hygiène et persiste à mener une vie fatigante, le médecin doit conseiller le placement dans une maison de santé libre.

Là, on arrivera peut-être à enrayer le mal. A chaque nouvel accès, on devra recourir à l'isolement, avant que le délire se systématise; c'est la chance de guérison la plus sûre.

Si le sujet est en pleine activité délirante, il n'y a plus à hésiter : on ordonnera catégoriquement l'internement qui est la seule mesure efficace.

L'internement doit se faire dans un asile ou dans une maison de santé. Il ne faut pas séquestrer le persécuté dans une maison de campagne; non seulement le malade ne s'y calmerait pas, mais il y nourrirait de nouvelles idées de pei'sécution. Il se croirait emprisonné. A l'asile, au conti-aire, se voyant entouré de malades, il comprend mieux qu'on le traite en malade.

Avant de le soumettre à un traitement, on l'examinera, d'une façon particulière, en plusieurs séances, afin de parvenir à démêler le vrai du faux, à établir les faits ; de cet examen psychologique dérivera la conduite du médecin, dans l'application du traitement moral.

Tout d'abord, il faut bien étudier le persécuté, l'étendue de son intelligence, la nature de ses idées. Et quand on aura pénétré toute l'organisation du délire, on le combattra avec tact. Les persécutés sont très susceptibles, ils se froissent facilement, se méfient et ne disent plus rien.

La douceur, la patience font naître la confiance. Plus tard, quand le délire aura perdu de son activité, on essaiera de combattre les idées du malade en lui démontrant, avec bienveillance, la fausseté de ses préoccupations; mais, il faut se garder de cette insistance qui ne fait que l'exciter.

Il y a, cependant, des persécutés très rusés qui font mine d'accepter les conseils et d'acquiescer, dans le but d'obtenir la liberté et de reprendre la lutte contre ceux qu'ils rendent responsables de leurs malheurs. Il faut être en garde contre cette dissimulation possible.

Le traitement pharmaceutique joue un rôle secondaire. Dans les cas d'urgence, quelques calmants peuvent être pres^ crits. Un peu de bromure est indiqué pour calmer l'éréthisme nerveux; on pourra ordonner une petite dose de chlornl pour faciliter le sommeil.

Il est prudent de ne recourir aux médicaments qu après avoir épuisé tous les moyens physiques et mécaniques.

Les bains tièdes, dans les cas d'excitation, les douches, dans les cas de dépression, peuvent rendre des services.

Si l'état du malade le permet, et qu'il y consente, il faut lui procurer une petite occupation. Généralement orgueilleux, vindicatif, le persécuté ne veut pas travailler; il demande plutôt du papier et de l'encre pour écrire. On peut lui donner satisfaction, mais avec mesure; s'il demande à écrire, c'est pour parler de son délire, pour le revivre. Les premiers

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temps, on lui accordera celte facilité ; plus lard, on lui donnera, de préférence, des livres à lire.

Les travaux en plein air ont un assez bon résultat. Quelques dissimulateurs les réclament dans le but de s'évader. Il faut les mettre à l'épreuve, être sûr d'eux avant de les envoyer aux champs.

Les troubles somatiques sont peu fréquents; dès qu'ils apparaissent, il faut les traiter.

X..., est un persécuté, qui en peu de temps, à l'asile, s'est, non pas rétabli, mais bien amélioré. C'était un homme de quarante-trois ans, maigre, au regard très vif et intelligent. Il racontait qu'un certain R... et toute sa famille le persécutaient pour accaparer une fortune colossale qui devait lui revenir. Cette histoire, dite d'un ton calme, semblait vraisemblable, et reposait en effet sur un fond de vérité qu'amplifiait et transformait seulement l'imagination maladive du sujet. Depuis deux ans, on cherchait à l'empoisonner, déclarait-il, en mêlant de l'arsenic à ses aliments. Il en était arrivé, les derniers six mois, à ne plus prendre que des œufs et de l'eau, qu'il allait chercher lui-même. Il avait des hallucinations de l'ouïe ; ses ennemis le suivaient partout et chuchotaient derrière les portes, derrière les murs. — Cet homme, d'après les renseignements, s'était toujours montré bizarre, déséquilibré, soupçonneux. Dans le service, dès les premiers jours, les hallucinations ont disparu; les aliments ont perdu leuj mauvais goût. — Le traitement moral, joint à la vie calme et à l'hygiène, a eu beaucoup d'action sur ce malade; son délire se modifia, mais il resta méfiant, comme il l'avait été toute sa vie. Si ce délire avait été pris au début, avant la systématisation, il eût été possible de le déraciner totalement; malheureusement, ce persécuté n'arriva dans le service que trois ans après le début de l'alTeclion. Néanmoins, l'ensemble du traitement, aussi bien moral que physique et hygiénique, a pu agir très favorablement.

11. Traitement du délire chronique. — Lo dôlirc chronique, nous l'avons déjà dit, est précédé d'une période indécise, dite d'incubation, pendant laquelle le médecin n'est pour ainsi dire jamais consulté. Les troubles vagues, l'irritabilité de l'humeur sont mis par l'entourage sur le compte de la fatigue, des soucis, des afiaires, etc. On conseille les distractions, les voyages, les douches froides, etc.

Si, par hasard, on s'adressait, à ce moment, à l'homme do l'art, son devoir serait de prévenir le danger, en soumettant le malade à une vie calme autant que possible.

Mais, comme généralement c'est à la période d'état qu'on le consulte, il ne lui reste plus qu'à réclamer l'internement.

L'un de nous disait au Congrès de Nancy (1890) : « Les persécutés, soit qu'ils appartiennent au type nettement défini et circonscrit du délire chronique ou psychose systématique progressive, soit qu'ils relèvent, par la nature et le mode d'évolution de leurs conceptions délirantes, de la dégénérescence héréditaire, sont, entre tous les malades, ceux pour lesquels la mesure de l'internement est la plus particulièrement prescrite.

« C'est là une vérité depuis longtemps reconnue que le délire de persécution crée un danger permanent pour la sécurité publique. Et cependant, grâce à l'imprévoyance des uns, à l'indifTérence des autres, combien grand est le nombre de ces persécutés actifs, de ces ahénés persécuteurs qui vont et viennent librement, un peu partout et alors que beaucoup d'entre eux tiennent toute prêle l'arme avec laquelle ils frapperont un jour, convaincus qu'ils s'érigent en justiciers (1). »

A l'égard du délirant chronique, l'internement s'impose donc ; car, la maladie lente et insidieuse suit progressivement son évolution et le malade fait courir un danger permanent à la sécurité des personnes.

Le placement volontaire est rare, les familles ne voulant

(1) Paul Garnior, Internement des aliénés, 1898.

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pas admcUre que leur malade esL un aliéné; dans son intérêt pourtant, c'est le parti le meilleur à prendre.

Ces malades arrivent, parfois, à attirer l'attention do la presse, en déclarant que leur séquestration a été arbitraire et a été imposée pour subtiliser leur fortune, etc. Avant de se prononcer pour l'internement, il est prudent de s'entourer des plus grandes précautions.

Quand l'isolement est opéré, le rôle du médecin ne se borne pas à se réfugier derrière la gravité du pronostic et à s'abstenir; il faut, au contraire, s'occuper activement du malade.

On a essayé de combattre les troubles spéciaux qui alimentent les idées de persécution : les Iialhicina lions. Moreau (de Tours) a proposé le dalura siramonium, le haschich^ parce que ces médicaments produisent des hallucinations ; il espérait que les nouvelles hallucinations chasseraient les autres. Il voulait substituer à Thallucination tenace une hallucination éphémère, facile à détruire parla suppression du médicament. Le résultat démentit l'espérance ; on ne peut, à l'aide de médicaments, faire disparaître les hallucinations du délire chronique.

Dans le service de Baillarger, à la Salpêtrière, on expérimenta une autre méthode, la méthode élecl.riqne d' Hiffelsheim . Les deux pôles étant appliqués sur les oreilles du malade, on fait passer un courant voltaïque faible. L'appareil se compose d'une série de petites piles réunies en couronne, dont on entoure la tête, comme avec un bandeau; ce bandeau devait rester plusieurs semaines sur la tête du sujet. Or, imagine-t-on un délirant chronique, gai^dant, pendant des semaines, des piles électriques autour de sa tête! Cette méthode, ainsi que tant d'autres, n'a pas donné de résultats.

Un médecin étranger a été plus audacieux ; il a proposé de trépaner le malade et d'exciser les centres corticaux auditifs !

Pour combattre les troubles de la sensibilité générale, on a

également essayé beaucoup de médicaments, mais, sans plus de succès.

Schiile conseille l'usage de Vopiuni, du bromure de potassium, de Vélectrisalion, de Vhydrolhcrapie. Krafft-Kbing préconise la morphine^ les bromures à hautes doses. On a expérimenté les antipyrétiques et les antinévralgiques : quinine, auiipyrine, exalgine] on en obtient, quelquefois, un peu de soulagement ; mais, les hallucinations réapparaissent.

Donc, les médicaments ne peuvent modifier l'évolution du délire chronique; à peine réussissent-ils à atténuer certains symptômes.

Aussi, convient-il d'être sobre au point de vue pharmaceutique. Il vaut mieux compter sur le traitement moral, l'hygiène, la bonne alimentation. Au besoin, on aura recours aux agents physiques, mécaniques, etc.

Ce qu'il faut, nous le répétons, c'est moins l'usage des drogues, qu'un repos cérébral aussi complet que possible. Dans le milieu nouveau, où la surveillance et l'hygiène écartent tout ce qui serait nuisible, le calme tend à renaître.

Quelquefois, poursuivis par des idées d'empoisonnement, les persécutés s'alimentent mal. Il faut les rassurer, surveiller les repas, ordonner des aliments faciles à digérer, pas trop épicés. Il faut proscrire le vin pur, l'alcool, le café et tous les excitants. Si le refus d'aliments persiste, il est nécessaire de recourir à la sonde œsophagienne.

Dans les moments d'excitation, on emploiera les moyens calmants que nous avons conseillés.

Les symptômes intercurrents que l'on peut rencontrer chez le délirant chronique, seront traités suivant l'indication qui s'en dégagera.

III. Traitement des délires de persécution surajoutés. — Nous n'avons rien de spécial à dire sur l ensemble de ces cas complexes. Chaque maladie, mélancolie, alcoolisme, paralysie générale^ sera soignée sans qu'on s'occupe

du délire de persécution, qui s'y associe d'une manière plus ou moins fixe.

Nous ne pouvons que renvoyer, par conséquent, au traitement respectif de chacune de ces afTections, au sujet de la conduite à tenir.

Article I"'. — Alcoolisme.

A. Considérations générales. — I. Alcoolisme aigu. — L'intoxication alcoolique présente plusieurs formes et variétés. Le praticien doit les connaître, car, si le traitement de l'ensemble ne varie pas infiniment, il existe, dans le détail, des modifications importantes.

L'ivresse est l'intoxication aiguë. C'est un accident plutôt qu'une maladie, pour lequel l'avis du médecin n'est pas souvent demandé, encore moins celui de l'aliéniste.

A côté des formes simples de l'ivresse, il en existe d'autres, peu fréquentes, les ivresses pathologicfues (1). Ce sont des formes insolites et compliquées, qui portent sur les phénomènes moteurs^ sensoriels ou psychiques, d'après la constitution héréditaire ou la dégénérescence acquise de l'individu.

Le délire alcoolique n'apparaît pas d'emblée. L'alcoolique, suivant la résistance de son cerveau, peut metti-e des mois et même des années à verser dans le délire. Les premiers changements observés du côté psychique de l'individu sont nombreux.

Ces modifications se montrent, d'abord, dans la sphère

(1) Paul Garnier, La folie à Paris, 1890.

TRAITICMENT DES PSYCIIOSRi^ TOXIQUES.

morale. L'homme qui boit perd, à la lont,'^ue, le sentiment exact de l'honneur, du bien et du mal. 11 devient indifférent et apathique. C'est le premier pas vers la déchéance.

L'mtoxication se poursuivant, ces phénomènes augmentent, s'affirment nettement pathologiques. Le caractère change, s'irrite; le buveur a des moments de colère et de brutalité que la faiblesse des facultés éthiques ne peut refréner. La nuit, le sommeil est hanté de cauchemars. Dans la soirée, a la tombée de la nuit, l'alcoolique s'attriste, se déprime, il a des hallucinations passagères. Il recherche, alors, son stimulant habituel.

Et quand, à la suite de ces excès, une cause morale ou physique quelconque vient retentir sur l'écorce cérébrale, le délire éclate et prend, d'après l'individu, la forme aiguë ou subaiguë.

Le délire alcoolique est constitué par deux éléments qui s'enchaînent, l'un étant la cause de l'autre : les hallucinations et l'agitation.

Les hallucinations jouent le plus grand rôle. Celles de la vue sont prédominantes; elles sont presque toujours de nature terrifiante et se rapportent souvent à la profession de l'individu. Les troubles de la sensibilité générale sont également nombreux et donnent lieu à des interprétations délirantes extrêmement variées.

Toutes ces hallucinations sont fort mobiles : c'est, là, le caractère fondamental des hallucinations alcooliques avec prédominance de zoopsie (visions d'animaux qui courent, grouillent, s'approchent, fuient, etc.).

Cette grande mobilité des hallucinations produit des réactions différentes et des formes variées de délire.

Uagilalion anxieuse se rencontre le plus souvent. Sous le stimulant des hallucinations multiples (voleurs armés, animaux fantastiques, etc.), le sujet s'excite, s'affole, crie au secours, fuit ses ennemis; ou dans l'angoisse de la peur, se jette, en aveugle, sur son adversaire imaginaire, qui est généralement

le jjremier venu. La forme nelLemcnL mélancolique esL due aux hallucinalions de nature déprimante ; le malade entend des voix qui le calomnient, qui l'accusent d'être un criminel; il croit avoir assassiné des amis, des parents ; il a des impulsions au suicide pour fuir le châtiment. Il offre, en un mot, l'attitude d'un mélancolique anxieux, parfois d'un lypémaniaque stupide (catalepsie de la peur).

Ces phénomènes psychiques accompagnent des troubles physiques de moindre importance, des perturbations de la circulation dans le cerveau (vertiges, éblouissements, etc.).

Les tremblements existent dès le début et sont très accentués. Pendant le délire, le tremblement est généralisé.

Le délire alcoolique guérit généralement sans complication.

Il existe, cependant, une forme, décrite jDar Magnan, le delii-ium ireniens fébrile, où, sans cause apparente, sans maladie intercurrente ou complications viscérales, la température monte jusqu'à 40°-41° c.

Ce délire alcoolique fébrile nous paraît dû à l'auto-intoxication du sujet, cause probable de. la gravité de l'état et de l'hyperthermie. C'est une fièvre toxique, et si la température ne s'abaisse pas au bout de quarante-huit heures, on peut présager la mort.

II. Alcoolisme chronique. — H y a deux sortes d'intoxiqués sous ce vocable d'alcoolisme chronique : ceux qui, après quelques accès de délire alcoolique, tombent dans la démence, et ceux qui s'y acheminent plus lentement, en s'intoxiquant jour par jour. Les uns se cérébralisent par grandes secousses, les autres, progressivement, sans accès aigus.

L'alcoolisme chronique se manifeste par un affaiblissement progressif de toutes les facultés physiques et psychiques; c"est l'acheminement forcé vers la démence.

L'intelligence est amoindrie, les facultés éthiques sont presque éteintes, les sentiments émoussés ; la volonté est défaillante, le jugement enfantin.

L'alcoolique chronique, apathique et hébété, ne vit plus que pour assouvir ses appétits morbides.

Sur ce terrain ravagé, les idées délirantes prennent vite racine (idées de persécution ; préoccupations hypocondriaques, accès de jalousie et de mélancolie délirante, etc.). Incapable de raisonner, de comprendre que l'alcool est un poison, le vieux buveur continue ses libations jusqu'à la paralysie générale ou la démence absolue, aboutissant, ici, au processus sclérosique de l'encéphalite interstitielle diiîuse, là, à l'athérome, à la dégénérescence graisseuse.

m. Dipsomanie. — Le dipsomane n'est pas un alcoolique, au vrai sens du mot, c'est un alcoolisé secondaire.

Chez lui, la passion de boire n'existe pas toujours; par moments, même, le dégoût de l'alcool est prononcé. C'est un dégénéré, au cerveau peu solide, chez lequel l'obsession de s'enivrer s'impose par accès.

Avant la crise, le malade est pris d'inquiétude; il est déprimé. 11 sent à l'estomac une brûlure accompagnée d'une angoisse, et éprouve 'une soif spéciale qu'une boisson forte seule peut soulager. Aussi, boit-il tant que cette sensation persiste.

Quand l'accès est terminé, le dipsomane revient à son état normal, se rend compte de sa situation et regrette ses abus.

B. Traitement des diverses formes d'alcoolisme. — I. Traitement du délire alcoolique aigu. — Lors des premières manifestations des troubles hallucinatoires, il est prudent de se préoccuper de l'internement.

« Inquiet, effaré, anxieux, terrorisé, le délirant alcoolique est un panophobe, iri'ésistiblement sollicité par le besoin de fuir un danger immédialement menaçant ; mais, si tout l'invite à la fuite et le pousse vers une issue quelconque, il arrive que, éperdu, affolé, il se jette aveuglément à travers les

obstacles, se rue sur un ennemi imaginaire et, dans une sorte de convulsion de la peur, frappe avec une invincible énergie (1). »

L'internement est une nécessite qu'impose l'obligation de mettre le malade dans l'impossibilité de nuire. Cet internement est, dans la grande majorité des cas, de courte durée ; les accidents psychiques et physiques d'origine alcoolique disparaissent au bout de quelques jours, et dès lors, les sujets ne présentent plus de phénomènes justifiant le maintien à l'asile, aux termes de la loi de 1838. Au bout d'un ou de deux mois, la sortie est donc autorisée. Mais, marque-t-elle la fin de l'alcoolisme? « Hélas ! ce n'est qu'un commencement le plus ordinairement, et, pour certains alcooliques, on ne compte plus, tellement il est grand, le nombre des séquestrations. En l'état actuel, on peut dire que nous n'avons pas de moyens vraiment pratiques de défendre la société contre les dangers si grands que les alcooliques font courir à sa sécurité (2). »

C'est justement à ce genre de malades que l'asile de Ville- Évrard rendra de grands services, parce que, sorti de l'asile ordinaire, l'alcoolique, guéri de son accès passager, n'est pas guéri de ses habitudes d'intempérance. Dans l'asile spécial, le côté moral sera traité avec autant d'importance que le côté physique, afin de tâcher de parachever la guérison.

Quant au traitement proprement dit du délire, il consiste surtout, dans le repos, la suppression des boissons alcooliques et l'absorption de boissons délayantes, diurétiques.

Le malade sera couché pendant les quelques jours d'agitation, puis laissé au grand air avant qu'on puisse lui procurer une occupation.

Il n'est pas nécessaire d'intervenir activement; on risquerait d'ailleurs d'augmenter la toxicité du sang par la prescription de médicaments. Certains médecinsordonnent encore, d'une façon méthodique, de la strychnine, de Vopiuni. Si le premier de ces

- (1) Paul Garnicr, La folie à Paris, 1890.

(2) Paul Garnier, Inlernement des aliénés, 1898

•^<*1 IKAtTIiMENT DICS PSYCHOSES TOXIQUES.

médicamcnls esl quelquefois bon dans les cas f^raves, le second est toujours dangereux.

On cherchera à calmer le malade par le repos au lit, les hains tièdes prolongés, avec application de compresses imbibées d'eau froide sur la tête.

Si l'insomnie est tenace, un peu de bromure de potassium peut êti'e ordonné, ou bien encore du chloriil.

On prescrira de deux à trois litres de lait. Le lait, en ce cas, est un médicament par ses propriétés antiseptiques et diurétiques et, surtout, parce qu'il facilite l'élimination des toxines. Les œufs, les légumes secs ou verts seront permis les premiers jours; la viande ne figurera dans le régime que les jours suivants. Au lait on peut adjoindre des boissons délayantes, diurétiques et rafraîchissantes comme le chiendent, la limonade citrique, etc. Plus tard, les tisanes amères conviendront mieux.

Les malades ont fréquemment un état saburral des voies digestives : un laxatif suffit pour y remédier. Les grands lavements combattront la constipation et nettoieront les intestins.

Pendant la convalescence, le médecin insistera, auprès du malade, sur les dangers de l'alcoolisme et prêchera l'abstinence.

Sébastien R..., cinquante-deux ans, pluniassier, est un alcoolique chronique, qui doit à des libations copieuses successives un accès aigu d'alcoolisme. Il arrive dans le service extrêmement agité, halluciné. Aussitôt, on le fait coucher dans la salle d'alitement, on lui donne le lait en abondance, avec une alimentation légère ; pour nettoyer les intestins, on lui administre une petite purgation. Trois jours après l'admission, R... est bien mieux, il ne semble plus avoir d'hallucinations. Le quatrième jour, l'agitation reparaît, avec une élévation de température (38°, 1). Il reste toujours au lit et boit deux litres de lait. On y ajoute un peu de quinquina pour com-

UNIVERSITV OF LBEDS.

ballre la ftèvre. — H... est complètement rétabli au bout d'une semaine.

Nous avons choisi à dessein son observation, bien que son cas patholog-ique n'offre rien de bien particulier, son délire ressemblant à celui de tous les alcooliques. Ce qui motive l'intérêt, c'est l'élévation de la température survenue dans le service même et, malgré cela, la guérison rapide* Avant l'application de l'alitement, les alcooliques étaient soignés en cellules, ou dans le quartier des agités. On n'aurait sans doute pas pris, dès ce moment, deux fois par jour, la température et la fièvre serait passée inaperçue. Cet homme de cinquante-deux ans, usé par l'alcool, aurait probablement succombé à un accès de délire aigu. — Les avantages de l'alitement et les bienfaits de la surveillance et de l'hygiène sont tous les jours démontrés par des faits analogues.

Dans le délire alcoolique fébrile, le delirium iremens fébrile, la conduite à tenir est la même, avec l'indication d'une intervention plus pressante, plus énergique.

Pour combattre la fièvre, le moyen le plus efficace est encore le bain froid. Willis, Grisolle citaient l'eau froide comme traitement du delirium Iremens. La première observation précise appartient à Féréol, du moins à notre connaissance; en 1877, il guérit un alcoolique délirant par des bains froids. Rousseau (1880) traita un alcoolique très gravement atteint par la même méthode.

A l'étranger, on continue cette tradition, mais en France, s'il en faut croire Molinié (1), la balnéation froide n'est pas d'une application courante. Telle est aussi l'opinion de Maurice LetuUe (2).

Si les bains froids ont donné de bons i-ésultats dans l'alcoo^

(1) H. Molinié, Traitement du delirium Iremens subaigu par les bains froids, Thèse de Paris, 1899.

(2) M. LetuUe, Les bains froids dans le delirium tremens (Presse médicale, 1896, p. 'iO et ibid., 1899, 8 juillet).

Paul Garnier et Cololian. 20

lisme apyrétique, ils doivent en donner davantage dans les cas compliqués d'hyperthermie.

L'alcoolisme aigu, sans fièvre, guérit sans qu'on ait besoin d'intervenir. Mais nous avons vu que le pronostic est très grave dans le delirium Iremens fébrile. Il ne faut donc pas hésiter à appliquer la méthode de balnéation froide, qui est sans danger et qui donne des résultats remarquables.

Il convient, par des moyens appropriés, de combattre l'épuisement provoqué par Vinsomnie ouV asthénie neuro-musculaire .

L'insomnie sera traitée par le chloral à petites doses. Bellamy a obtenu des résultats satisfaisants de l'emploi du Irional qui produit le sommeil, et a, en outre, l'avantage d'abaisser la température. Avant l'administration du trional (2 gi^ammes) on donne une petite dose de calomel, on fait prendre un bain chaud, progressivement refroidi, et l'on conduit ensuite le malade au lit.

Nous avons essayé le Irional dans le cas de délire alcoolique fébrile et nous nous en sommes trouvés très bien. Nous le préférons, dans ce cas, au chloral.

Rose a eu des guérisons avec l'acétate de zinc, à la dose de 4 à 6 grammes par jour.

Bien entendu, les agents pharmaceutiques ne seront employés qu'après échec des autres moyens de traitement.

Contre l'épuisement, la bonne alimentation suffit généralement (lait, œufs, viandes). Au besoin, on aura recours aux toniques : quinquina, caféine, etc.

II. Traitement de l'alcoolisme chronique. — Y a-t-il un traitement de l'alcoolisme chronique? Devons-nous parler, sans sourire, du sérum anti-alcoolique? Avons-nous l'espoir qu'un nouveau Pasteur découvrira un jour le spécifique de cette peste sociale?

Quoi qu'il en soit, il ne faut pas se lasser d'affirmer que l'alcoolisme chronique est la déchéance morale de l'individu ; il ne faut pas cesser de le combattre par tous les moyens moraux.

En attendant le médicament efficace et guérisseur, érigeons des asiles spéciaux, seuls établissements où peuvent être soignés les alcooliques chroniques.

S'il n'y a pas encore un médicament spécifique de l'alcoolisme, il y a l'hygiène physique du corps et l'hygiène morale de l'esprit, qui ont déjà fait leurs preuves et dont on peut attendre plus encore.

L'alcoolique chronique, guéri de son accès, ne demande qu'une chose: sortir de l'asile. Le médecin combattra ce désir prématuré en procurant des occupations au grand air, dans les champs. Il veillera à ce que le malade ne soit pas exposé au soleil ou au froid ; l'un et l'autre sont dangereux parce qu'ils peuvent provoquer la congestion cérébrale.

Les malades qui ont conservé suffisamment d'intelligence pour jouir d'une occupation intellectuelle seront placés dans les bureaux.

Les uns et les autres auront une alimentation saine, sans excitant et d'où seront exclues toutes les boissons alcooliques. Le lait et les tisanes amères seront les seules boissons permises.

in. Traitement de la dipsomanie. — Les accidents toxiques des dipsomanes ne nécessitent pas un traitement particulier. Ce qu'il faut soigner, c'est l'impulsion, épisode de l'état de dégénérescence.

Ces malades profitent beaucoup, au momentdes paroxysmes, de Visolement dans une maison spéciale. L'hygiène, la vie régulière de l'asile, les soins moraux, atténuent l'intensité de l'impulsion et amènent la guérison.

Malheureusement, cette guérison n'est pas stable ; elle cède bientôt après la sortie, aux mêmes difficultés qui ont déjà amoindri la résistance cérébrale et diminué la volonté de l'individu. Au bout de quelque temps, les mêmes impulsions reviennent. 11 faut, de nouveau, recourir à l'isolement, surtout pour les impulsions plus graves dont les dipsomanes accusent

308 TRAITEMENT DES PSYCHOSES TOXigiT-S.

les symptômes après les premiers internemenls. Nous voulons parler des idées de suicide. Quelques-uns ont même des impulsions homicides.

A Tasile, le rôle du médecin est de donner des conseils affectueux, de combattre la tristesse du malade parle traitement moral; il essaiera de le fortifier par des hains sulfureux, des douches froides, un peu de strychnine ou de leinlure de noix vomique. Ces détails varient selon les individus. A l'un, la douche suffît ; pour l'autre, l'électricité est plus efficace. Mais, chez tous, le traitement moral produit des effets réconfortants.

IV. Mesures à prendre à, l'égard des buveurs d'habitude. — Cette catégorie de buveurs suscite des questions fort intéressantes, plus que jamais à l'ordre du jour, mais qui ne seraient pas tout à fait à leur place dans ce chapitre. Les buveurs d'habitude ne sont ni des aliénés ni des névropathes; ce sont des intempérants chez qui le bon sens manque souvent, et qui, surtout, n'ont pas de force de caractère.

On a proposé de les interner dans les asiles d'alcooliques.

Longtemps, les buveurs d'habitude ont été considérés comme des délinquants. On les livrait aux rigueurs de la loi, en cas d'ivresse publique. Mais l'expérience a démontré que les pénalités, dans ces cas, sont plus dangereuses qu'efficaces ; les sujets sortent des établissements pénitentiaires avec les mêmes passions et, en plus, l'amoindrissement du sens moral.

Tout a été essayé, médicaments, régimes ; la propagande a de l'influence sur ceux qui ne sont pas encore fortement alcoolisés.

Les sociétés d'abstinence ont une action favorable, mais ce qui est surtout indispensable, c'est un asile spécial, un asile de buveurs.

Les alcooliques délirants sont soignés, actuellement, dans les asiles d'aliénés de la Seine. Les buveurs non délirants ne peuvent y être reçus; la loi ne permet pas leur admission.

MORPiiiNisME. •iyjy

A l'étranger, en Suisse (sauf dans le canton de SainL-Gall), en Allemagne, en Angleterre, le buveur entre librement et volontairement à l'asile, où il a des chances de guérison.

Article II. — Morphinisme.

A, Considérations générales. — La morphine, médicament merveilleux, est aussi un poison intellectuel. Elle provoque uil apaisement des douleurs leS plus fortes et, chez les névropathes, une stimulation et, parfois, une sorte de béatitude.

Gomme l'alcool, elle produit à la longue des troubles psychiques.

Généralement, la morphine est prescrite pour calmer une douléur tenace, rebelle à tout autre médicament.

Au bout de deux à trois mois, et quelquefois moins, le malade s'habitue au poison et le réclame. Les névropathes, dont la résistance psychique est souvent si faible, y trouvent un stimulant intellectuel qui, plus tard, leur semble nécessaire.

Les troubles provoqués par la morphine sont de deux sortes : ceux qu'on observe pendant l'intoxication et ceux qui appartiennent à la période d'abstinence.

\. Période d'intoxication. — La morphine n'attaque pas le cerveau aussi profondément que le fait l'alcool ; néanmoins, à l'examen du morphinique, on constate aisément que toutes les facultés psychiques ont baissé. Les sentiments éthiques survivent à peine ; le malade ne se fait pas scrupule de voler pour se procurer le poison dont il ne consent plus à se priver. Toute sa vie tourne autour de cette préoccupation: trouver la morphine qui lui est devenue indispensable. L'énergie intellectuelle, la volonté, la force de caractère sont diminuées, presque anéanties. Dans la forme grave, le morphinique est dans une sorte de torpeur; sauf à l'instant des piqûres, oii il se réveille un peu, il passe le temps à rêvasser. La mémoire est très affaiblie. Quelquefois, sortant tout à coup de cet état demi-mélancolique, le sujet se montre agité et anxieux.

OlU TRAITEMENT DES PSYCHOSES TOXIQUES.

Les symptômes physiques sont également accusés; les fonctions gastro-intestinales sont défectueuses, l'assimilation se fait mal ; la nutrition générale est très ralentie. Aussi, le malade maigrit-il beaucoup; il perd de ses forces; la peau jaunit et se sèche. Le tremblement est intense, les mouvements des membres sont incoordonnés. C'est la période de cachexie qui va s'affirmer de plus en plus.

Le marasme fait suite à cet état, et dans les cas les plus graves le morphinique meurt d'une complication cardiaque, ou succombe à la misère physiologique progressive.

n. Effets de l'abstinence.— Les eiretsdel'abstinencesont différents suivant que la suppression est graduée ou brusque.

Dans les cas légers^ on observe un peu d'anxiété et d'angoisse avec des vomissements, de la diarrhée, des bâillements, etc. Mais, dans les formes graves, quand la dose de morphine, absorbée quotidiennement, est très élevée et lorsque la suppression est brusque, l'agitation est intense, entrecoupée de larmes, de réclamations, de supplications, de symptômes de détresse physique et morale. Il existe aussi des névralgies périphériques ou viscérales, des frissons, des transpirations abondantes avec fréquence et petitesse du pouls. Le malade réclame anxieusement la morphine qui, seule, peut mettre un terme à tous ces troubles.

Certains auteurs signalent des illusions, des hallucinations. La morphine pure ne provoque généralement pas d'hallucinations; il faut, pour que ces troubles sensoriels se produisent, qu'à l'action de la morphine s'associe celle de la cocaïne ou de l'alcool.

Parmi les effets de la suppression, il y a lieu aussi de citer, à titre de phénomènes assez rai'es, le délire, les attaques épilepti formes, hystériques, etc. (1).

B. Traitement du morpiiinisme. — Le traitement du mor-

(1) Paul Garnier, Des attaques hi/stéro-épilepliques dans le morpiiinisme chronique {Congrès de psycliielrie d'Anvers, 1885).

MORPIIINISME. oll

phinisme qui parait simple, en Lliéorie, est pourtant fort difficile dans la pratique. Plusieurs questions se posent. Où faut-il soigner l'intoxiqué? Par quelle méthode faut-il supprimer la morphine ?

I. Isolement des morphiniques.— Si quelques malades, dans les observations de Pichon, Biggs, Zambaco, ont pu guérir chez eux, la grande majorité n'a pas assez de volonté, d'énergie, pour subir un traitement décisif. Le placement dans une maison de santé est le seul moyen efficace, tous les médecins spécialistes sont d'accord sur ce point. Mais certains praticiens réclament la maison fermée, tandis que d'autres se contentent de la maison ouverte.

Si la surveillance est plus assidue dans une maison de santé qu'à domicile, il y a aussi la part à faire aux inconvénients. Dans une maison ouverte, le malade est libre de sortir quand il veut, bien avant la guérison, deux ou trois jours après le début du traitement.

Les morphiniques, qui ne délirent pas au point d'être sous le coup de la loi de 1838, ne sont pourtant pas en possession de toutes leurs facultés. L'internement ou un traitement méthodique assez prolongé fournissent seuls des chances de guérison. Malheureusement, les asiles d'aliénés ne conviennent pas. L'internement est une mesure grave à laquelle il ne faut recourir qu'après avoir essayé les autres moyens, et, autant que possible, avec le consentement du malade et sa signature d'engagement. Ce sont des précautions toujours utiles, et comme le nouveau projet de loi sur les aliénés prévoit un mode de placement sur la demande du malade lui-même, il ne peut pas sembler extraordinaire de compter pour valable cet engagement du morphinomane.

IL Suppression de la morphine. — Le traitement du morphinisme consiste avant tout, cela va sans dire, à supprimer le poison ; mais il y a plusieurs méthodes pour parvenir à ce but et il faut savoir faire un choix.

312 rnArxKMiLNT di:s l'svciiosiib roxiouiis,

La suppression hriisc/ue, préconisée par Ecler (de \'ienne) en 18G4, a été surtout pratiquée par Levinstcin ; on l'appelle la méthode de Levinsleîn,

La rapidité de la gucrison, qui a lieu en quelques jours, plaide en faveur de cette méthode, qui demande pourtant une surveillance médicale assidue, parce que les accidents graves et le coUapsus ne sont pas rares.

La suppression rapide, connue sous le nom de méthode d'Erlenmeyer (1883), a été, en réalité, pratiquée pour la première fois, en 1876, par Mattison (de New-Yoï'k). Le sevrage n'est pas brusque, mais assez prompt, de sorte que les dangers sont moins sérieux.

Il faut plus de temps que par la méthode do Levinseint; huit, dix, douze jours et plus, d'après la dose de morphine, l'âge et la constitution de l'individu. On commence à supprimer la dose dite de luxe, celle que prennent les malades afin de pouvoir continuer leurs occupations.

En permettant la dose absolument nécessaire on ne court pas de dangers ; les sujets supportent bien le sevrage.

La moitié de la dose est ainsi supprimée dès le premier jour et il faut se souvenir que pour arriver à un résultat, on doit aller le plus rapidement possible. Ensuite, on diminue progressivement jusqu'à la dose d'un centigramme et vers le dixième ou douzième jour, le malade est enfin sevré.

Les symptômes d'abstinence ne sont pas de longue durée et ils sont peu graves ; le collapsus n'est pas à redouter.

La suppression lente est la plus vieille et la plus mauvaise des méthodes. Les symptômes d'abstinence ne sont pas très marqués, mais durent en permanence. Et comme c'est cette méthode qu'on emploie généralement dans les familles, les malades, peu ou mal surveillés, ne guérissent pas. Le traitement, par sa longueur (un mois et davantage), décourage le morphinique, qui, fatigue, à bout de patience, réclame l'augmentation de la dose et ne veut plus entendre parler de traitement.

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