MORPHINISME
La suppression par ceLLe méthode commence par 5 centigrammes pour un malade qui s'injecte, par exemple, un gramme de morphine par jour. On peut supprimer plus tard jusqu'à 2 et 3 centigrammes quotidiennement. Mais, quand la dose baisse jusqu'à 15 ou 20 centigrammes, Jemmigs conseille de suspendre un jour la diminution. Cela permet de donner au malade un peu de repos et de reprendre le traitement plus facilement. Cette méthode compte aujourd'hui peu de partisans.
En somme, les méthodes de choix sont, d'après le sujet, le degré de son intoxication, et sa constitution, le procédé de Levinstein, la suppression brusque, ou celui d'Erlenmeyer, la suppression rapide. La méthode de Levinstein sera préférée, quand la dose quotidienne n'est pas élevée et que l'âge et la constitution du sujet le permettent, et surtout s'il y consent. Une surveillance médicale sans relâche est alors indispensable. Nous avons pratiqué des centaines de fois la suppression totale et immédiate et nous n'avons jamais eu d'accidents graves, parce que nous nous entourions de toutes les précautions nécessaires.
Quant à la suppression lente, elle aura ses indications chez les affaiblis épuisés, les cardiaques ou les pulmonaires, chez lesquels la suppression rapide pourrait provoquer des accidents graves, du collapsus ou de l'agitation maniaque comme chez les nerveux très émotifs.
m. Marche à suivre dans le traitement du morphinisme. — Le malade sera soigné au lit pendant toute la durée de la suppression et une partie de la convalescence. Les avantages de l'alitement sont tellement considérables qu'il ne faut pas les négliger, même si l'on est contraint de recourir à la suppression lente.
Au lit, les symptômes d'abstinence sont à peine sensibles ou très amoindris. L'agitation n'existe plus. La surveillance est rendue très facile (Voir Aliienienl).
Plusieurs médications substitutives ont été proposées
pour, remplacer la morphine, mais les médicaments employés n'arrivent jamais à leur but, et il faut s'en défier.
La cocaïne a été très lacheusement préconisée, comme substance substitutive, par Bentley. Son action anesthésique suggéra l'idée d'en l'aire l'essai. Erlenmeyer, un des premiers, l'employa, mais n'obtint pas de résultats. Obersteiner, Schmidt et Rnka furent plus heureux, du moins en apparence. Combinant l'action des deux substances, à mesure qu'ils diminuaient la morphine, ils augmentaient la cocaïne, les doses croissantes de celle-ci aidant à supporter la diminution de celle-là.
En 1886, au moment où le traitement de la morphinomanie par la cocaïne était à la mode, l'un de nous écrivait : « Maintenant, ne faut-il pas appréhender que l'emploi de cet alcaloïde ne produise, à son tour, un entraînement de l'organisme à des abus non moins déplorables, enfin, que le cocaïnisme ne se substitue au morphinisme et qu'on n'échappe à un danger que pour retomber dans un autre (1)? »
Depuis longtemps, déjà, c'est chose' faite et le cocaïnisme pur ou, le plus souvent, combiné au morphinisme, est devenu une intoxication fréquente et plus grave encore que la première.
Malgré ces inconvénients et ces dangers, certains médecins prescrivent encore, en pareil cas, la cocaïne ; nous ne conseillons pas de les imiter.
U opium est le seul médicament dont l'effet sur les centres nerveux soit ici à considérer. Dans les cas où le malade supporte mal la suppression, où l'on craint la détente nerveuse, une petite dose d'extrait d'opium, en pilules, peut être ordonnée.
La codéine a été proposée par Lindenberger en 1885; mais elle n'a pas beaucoup de partisans en France, car ses effets ne ressemblent pas à ceux de la morphine et de l'opium.
Cependant, Lindenberger prétend avoir guéri vingt-quatre morphiniques par la substitution de la codéine.
(1) Paul Garnier, De l'élat mental et de la responsabililé pénale dans le morphinisme chronique {Ann. méd.-psych., 1886).