MORPHINISME
Dans ces derniers temps, on a essayé Vhéroïne, un dérivé de la morphine. Nous ne l'avons pas employée, mais nous doutons qu'on puisse remplacer la morphine par un autre médicament moins toxique, sans produire des accidents. La médication substitutive ne peut pas guérir le morphinisme.
L'eau pure en injections a été tentée. C'est une mauvaise méthode qui ne peut guérir et qui enlève au médecin la confiance du malade, confiance dont il a tant besoin. Ceux qui l'ont essayée ont cru que le besoin de morphine n'était qu'une sensation fictive que la suggestion pouvait vaincre. Ils se sont trompés, car la piqûre de morphine soulage, satisfait un besoin réel, qu'elle seule peut calmer. Si des effets illusoires par l'emploi de l'eau simple ont été constatés, c'est qu'il s'agissait de névropathes très suggestionnables. Les malades sentent si bien la présence du poison dans le liquide de l'injection que quelques-uns, tel le morphinique de Zambaco, peuvent dire si la solution est concentrée ou non.
Les médicaments spéciaux pour prévenir certains symptômes sont en usage depuis fort longtemps. Il y en a de nécessaires, même d'urgents.
Le sulfate de spartéine, par exemple, est un tonique cardiaque, qu'il faut injecter à la dose de 2 à 5 centigrammes en une ou deux fois, sitôt que le cœur commence à faiblir ; on presciMt aussi la spartéine sous forme de potion; la digitale rend également des services.
La pyridine (en capsules contenant 5 centigrammes), la nilro- glycérine sous forme de solution de trinitrine (de II à III gouttes de la solution au centième), peuvent être données en cas d'angoisse. L'effet de ce dernier médicament est rapide, mais éphémère.
Les bromures ont été prescrits pour apaiser la surexcitation nerveuse.
Mattison a employé le bromure de sodium, combiné à la codéine ei au trional. Le bromure intervient comme sédafil", pour diminuer l'irritation produite par la suppression de la
•il6 THAITEMENT IMiS PSVCIIOSKS TOXIQUES.
morphine, la codéine sert à combattre l'excitation réflexe, et le trional s'adresse à l'insomnie.
Ualropine fut employée par Kochs afin de prévenir les symptômes graves de l'abstinence, parce que, dans l'idée de cet observateur, l'atropine est l'antagoniste de la morphine. Cette méthode n'a pas eu de succès.
Il en est de même de laduboisine, préconisée par Bernabei. Cet auteur a pourtant signalé la disparition de symptômes pénibles, qu'aucun autre médicament ne pouvait modifier.
La médication tonique rend d'incontestables services dans le traitement du morphinisme. Le quinquina et même un peu de vin généreux seront prescrits. Les qlycéro-phosphales ont été donnés dans le même ordre d'idées, par Luys et Emmerich.
U hydrothérapie est fort utile. Les malades doivent prendre des bains lièdes, les premiers jours, pour calmer la surexcitation cérébrale, et, plus tard, une douche froide quotidienne.
Le niassaqe pendant la convalescence est indiqué.
Un point trop négligé est celui de l'alimentation. Les morphiniques en traitement ne doivent pas être soumis à un régime quelconque; les vomissements, les nausées, la diarrhée indiquent qu'il faut les mettre au régime pendant tout le temps de la suppression.
Le lait entrera, en première ligne, dans leur alimentation, puis, les œufs et les légumes secs. Les viandes seront permises dès que l'estomac pourra les supporter.
IV. Traitement symptomatique. — Quelques symptômes ordinaires, comme la diarrhée, les vomissements, l'insomnie ne présentent pas d'indications bien particulières. La diarrhée, tant qu'elle n'est pas exagérée, ne sera pas combattue ; il en est de même des vomissements. On interviendra si le malade s'affaiblit. Le hisinulh, le tannin dans le premier cas, l'eau chloroformée dans le second, sont les médicaments nécessaires.
V insomnie disparaîtra par l'emploi des moyens que nous signalerons plus loin.
MOnPHINISRIE.
Le collupsiis est l'accident le plus grave. Sitôt qu'il se produit, il faut injecter sous la peau 2 à 5 centig-rammes de morphine. Dans les cas urgents, on recourra aux injections d'éther, de caféine, de sérum artificiel. Au bout de dix à quinze minutes, si l'état du malade ne s'améliore pas, il faut faille une nouvelle piqûre de morphine et donner du Champagne, du lodd, du café, etc.
Quand le malade est rétabli, on doit surveiller le cœur et la respiration, car le collapsus peut se reproduire.
D... Valentine, vingt-huit ans, institutrice, entrée dans* le service, le 13 mai 1896, est devenue morphinique à la suite d'une maladie longue et douloureuse. Grande, forte, intelligente, elle accepte l'essai de la suppression brusque, jugée nécessaire, vu le bon état des organes internes, l'apparence de santé et la dose de morphine (1 gramme à ls'',20 par jour). On la soigne au lit; l'alimentation consiste, les premiers jours, en lait et en œufs. La surveillance est assidue, le cœur est examiné chaque jour. L'anxiété est très grande ; la malade réclame de la morphine à toutes les infirmières. Elle a de la diaiThée, qu'on combat par des pilules d'opium. Cet état d'angoisse et d'anxiété dure une semaine; puis, D... Valentine se calme. — Un mois après, elle est mise à l'épreuve ; un flacon de solution de quinine et une seringue sont placés près d'elle. La jeune femme ne peut résister à la tentation : elle se pique et remplit le flacon avec de l'eau ordinaire qui trouble la solution. Cette épreuve la désespère ; la pensée d'avoir si vite succombé la tourmente. Le traitement moral, qui avait soutenu la malade au début, la réconforte encore. Elle sort guérie le 4 décembre 1896; depuis l'entrée, son poids avait augmenté de 20 kilos.
La suppression brusque ne peut s'appliquer à tous les malades et la méthode de choix, dans bien des cas, est la suppression rapide. C'est celle qu'on a employée dans les observations suivantes :
B... Georges, vingt-six ans, est un garçon intelligent, mais
paresseux. II est devenu morphinique à la suite d'une cystite; depuis un an, il prend de la morphine combinée avec de la cocaïne (1b'",50 de morphine par jour, et 50 centigrammes de cocaïne). Depuis un mois, il a des hallucinations et des idées de persécution. — Il entre dans le service, le 26 mars 1897; le lendemain, on commence la suppression. Le malade reste au lit ; le premier jour on lui accorde 10 centigrammes de morphine, en deux fois, par injections sous-cutanées. Les jours suivants, on diminue de 1 centigramme, en ayant soin de réserver pour le soir la dose élevée. Il a de la diarrhée ; des pilules d'extrait d'opium sont alors prescrites. L'anxiété et l'angoisse sont modérées ; elles augmentent trois ou quatre heures après la dernière injection. Le pouls est petit, mais ces inconvénients disparaissent après l'injection ; le pouls redevient ample, la respiration régulière. Le dixième jour, B... prend, le soir, 1 centigramme de morphine. Le lendemain et le surlendemain, il est inquiet, déprimé, et réclame une prolongation de la cure et une petite injection de morphine. Le sommeil étant mauvais, nous donnons un peu de bromure. B... reste encore au lit ; deux semaines après, la suppression est définitive", mais il est encore étroitement surveillé; l'appétit revient vite avec l'embonpoint. — Des douches froides en jet brisé, de courte durée, sont ordonnées pour rétablir la convalescence. Un mois après son entrée, B... s'occupe, dans le service, à des travaux de bureâu; il quitte l'asile fin juin, guéri, du moins pour cette ois, de ses habitudes d'intoxication morphinique.
S. . . est un récidiviste ; il a quarante-huit ans et deux fois, déjà, il est entré dans des asiles pour morphinisme. La première fois — il était jeune alors — on avait essayé la suppression brusque. Il ne put subir ce procédé « brutal », et quitta le service. Une seconde fois, dans un autre service, on tenta la méthode demi-lente. On commença par 50 centigrammes ; le traitement dura trois semaines. S... sortit guéri; mais, trois mois après, il reprenait sa seringue et la solution de morphine. — Il entre dans le service au mois d'avril 1897, quelques