PARALYSIE GÉNÉRALE
jours après B..., dont l'observation vient d'être donnée. Il refuse d'être soumis à la suppression rapide, craignant des symptômes d'angoisse graves; mais l'exemple de B... l'encourage. L'alitement lui est donc imposé ; toutefois, comme il est plus âgé, plus fatigué, moins résistant que son compagnon, on lui donne une potion tonique à base d'alcool. A mesure que diminue la dose de morphine, on redouble de surveillance ; les organes sont sans cesse examinés. Le dixième jour, S... prend, le soir, son dernier centigramme de chlorhydrate de morphine ; l'anxiété a été plus forte chez lui que chezB...; il se plaignait de bâillements; la diarrhée a persisté plusieurs jours, et l'appétit a été long à revenir. S... a guéri, néanmoins, sans aucun accident et sans trop de difficulté pour un homme de son âge. L'alimentation abondante, les exercices en plein air, les douches froides Font, en dernier lieu-, complètement rétabli.
Article ï"'. — Paralysie générale.
A. Considérations générales. — La paralysie générale occupe une place à part dans les affections de l'esprit. La déchéance totale de l'intelligence, c'est-à-dire la démence en est le trait caractéristique, tandis que, dans les autres psychoses, c'est surtout la déviation de l'activité mentale qu'on observe.
Il est fréquent de rencontrer des paralytiques généraux sans délire, atteints seulement d'un affaiblissement psychique.
Le délire, dans la paralysie générale, est d'ailleurs un élément surajouté.
Lente et insidieuse dans son invasion, la paralysie générale remonte souvent au delà de la date assignée par les parents.
320 TRAITEMENT DES FOLIES OnOANiQUES. ^
Bien avant que l'inlelligence paraisse profondément atteinte, des lacunes existent, trop faibles pour attirer l'attention, mais dénonciatrices à l'œil exercé du praticien. Le caractère s'irrite, la mobilité et l'activité désordonnée du malade étonnent l'entourage. Une sorte d'a/aa:/'e psychique fait croire, un moment, à une augmentation de la puissance intellectuelle ; une témérité de pensée et d'action donne l'illusion de la force; mais cette activité est le résultat de l'excitation morbide,
L'inslinctivité est caractéristique par sa prédominance ; le sens moral fait totalement défaut. Le malade vaoîi son instinct le pousse, où l'idée du moment le conduit. D'humeur gaie, affable, il noue des relations avec le premier venu. A droite, \ à gauche, pris d'un excès de zèle, il prodigue ses offres de \ service, accumule les promesses, qu'il oublie un instant après.
Imprévoyant et inconscient, il fait des acquisitions inutiles, disproportionnées, qu'il omet de solder.
Le sentiment de la dignité, comme les autres sentiments moraux, est émoussé, et l'individu qui menait une vie régulière, s'affiche dans des lieux publics, avec des filles de débauche. Une excitation erotique apparaît, quelquefois, mais elle ne dénote pas l'augmentation de la puissance virile, pas plus que l'agitation psychique n'atteste l'acuité de l'intelligence.
Les aventures sont nombreuses dans la vie du paralytique : versatile, oublieux, imprévoyant, confiant, il fait des démarches incohérentes ; il est arrêté par un boutiquier à qui il vient de dérober, sans la moindre gêne, des -menus objets, sans usage pour lui ; ou bien, il est conduit au poste par le cocher auquel il doit une demi-journée de courses.
A côté de cette démence, il y a des signes somatiques qui affirment le diagnostic : Vinègaliié pupillaire, la mydriase ou . le myosis, et, surtout, V embarras de la parole si spécial et d'une valeur séméiologique si considérable.
Le tableau que nous venons de tracer est celui de la paralysie générale ordinaire, celle qu'on rencontre le plus communément.
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PAHALYSIE GÉNÉRALE.
D'autres formes existent, qui, par la proportion des symptômes surajoutés, peuvent dérouter le diagnostic, au début, avant l'affirmation des signes somatiques.
Nous voulons parler de la forme mélancolique ; le paralytique ressemble alors à un lypémaniaque ; il en a l'attitude, le faciès, les préoccupations délirantes, les idées hypocondriaques. Si la démence est assez avancée, on constate que ces idées ont un fond de débilité incohérente qui dénote beau- i , coup plus la démence paralytique que la dégénérescence '"^i mentale. Mais si les signes physiques sont peu distincts, le diagnostic est délicat et la conduite thérapeutique est épineuse. Il faut, avant d'entreprendre un traitement, attendi-e l'apparition des signes caractéristiques de la paralysie générale, ou bien essayer de reconstituer la maladie et d'établir le diagnostic à l'aide des commémoratifs. Dans la forme maniaque, l'agitation psycho-motrice fait hésiter entre la paralysie générale et l'état maniaque des dégénérés. Les antécédents personnels, ou l'absence des signes caractéristiques, inclineront le diagnostic d'un côté ou d'un autre. On veillera avant tout sur l'éventualité des complications, telles que la congestion cérébrale, les attaques apoplectiformes et épileptiformes.
B. Traitement. — Dans les traités et mémoires consacrés à la paralysie générale, le chapitre du traitement est le plus ordinairement si abrégé, qu'il se résume souvent en un seul mot : inlernement.
Pourtant, il y a bien des soins à donner aux paralytiques. On peut, cela est certain, par un traitement méthodique, provoquer une rémission souvent longue et un arrêt dé la maladie. Les cas de guérison qu'on a cités ne sont sans doute que des rémissions, mais n'est-ce pas déjà un résultât appréciable ?
Les rémissions sont quelquefois si complètes, en apparence, que pour tout autre que le médecin il y a guérison. Nous avons vu des paralytiques généraux en rémission non seulement sortir de l'asile, mais reprendre leurs occupations, leur Paul Garkier et Cololian. 21
ôl-l TRMTKMENT DliS I-OLIES OUGANIOUl- S.
place clans la vie el aider leur famille durant plusieurs mois et même quelques années.
Si grave, donc, que soit le pronostic, c'est un devoir de soigner le paralytique général ; car, ce sont ces soins assidus et éclairés qui prépareront sinon la guérison, du moins ces longues rémissions qui en empruntent les apparences.
I. Hygiène du paralytique général. — Deux cas peuvent être soumis aux soins du médecin : ou bien il ^ s'agit d'un paralytique sans délire, que la famille voudra soi- \ gner elle-même ; ou bien, on a affaire à un délirant. Dans le premier, comme dans le second cas, après un examen complet des organes, on soumettra le sujet à une hygiène sévère el on exigera le calme le plus complet.
La vie tranquille est d'une absolue nécessité pour le paralytique. Aussi, le séjour dans une maison de santé offre-t-il le plus d'avantages.
En liberté, les paralytiques doivent être astreints aux mêmes mesures hygiéniques : autour d'eux, le calme régnera. Leur activité maladive, leur exubérance amènent rapidement la fatigue et produisent des poussées congestives. Toutes les distractions (le théâtre, les voyages, les grandes promenades) sont nuisibles, parce qu'elles augmentent l'agitation. Au contraire, et contre le désir des malades, le repos moral et physique est nécessaire, surtout au début. A cette hygiène morale, les autres mesures hygiéniques seront associées.
Les salles où les paralytiques séjournent ne doivent pas avoir une température au-dessus de 17° ; la chaleur excessive provoque des congestions. Dans le même dessein, il faut interdire les promenades l'été, en plein soleil.
On voit combien est délicate l'hygiène des paralytiques. C'est pourquoi ïious insistons sur leur placement dans une maison de santé. Parmi les sujets soignés à l'asile beaucoup ont des rémissions longues; parmi ceux qui soïit soignés à •tîofnicile, il y en a peu qui bénéficient du traitement, et si
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des rémissions se produisent, elles sont de courte durée.
On sait que les paralytiques généraux ont un appétit vorace et que les troubles gastro-intestinaux ne sont pas rares chez eux. L'hygiène de l'estomac les préviendra. Une alimentation simple, mais substantielle, sera donnée à des heures régulières ; la quantité sera mesurée. Le lait, les œufs, les légumes verts cuits, sont à recommander; le vin, la bière et les autres boissons alcooliques seront écartés du régime comme excitants ainsi que le café et le thé.
Si, malgré toutes les précautions, des ti^oubles se manifestent, on prescrira de légères purgations, des amers, des Ioniques, le régime laclé, etc. Il est bon d'employer les anliseptiqnes inleslinaux, le henzonaphiol , le hélol, ou encore les lavements d'eau bouillie.
Le paralytique sera tenu très propre ; le bain tiède très court, avec savonnage, sera prescrit toutes les semaines. La bouche, les dents seront nettoyées journellement.
En rémission, le paralytique ne cessera pas d'être soigné. On le mettra à l'abri de toute occupation fatigante. Il ne faut pas oublier que l'intelligence est amoindrie et que des rechutes peuvent être occasionnées par la reprise de la vie ordinaire. Les familles, témoins de l'amélioration, réclament la sortie dans l'espoir d'une guérison prochaine. Le médecin fera comprendre que la maladie est, pour le moment, arrêtée dans sa marche, mais non pas éteinte, et qu'afin de prolonger cette accalmie, l'hygiène, le repos intellectuel doivent être maintenus. Ce sont des choses qu'on ne peut guère obtenir hors de la maison de santé. Le malade y sera donc gardé le plus possible. Des sorties provisoires de plusieurs jours pourront être accordées.
Et, si au bout de quelques mois de rémission complète, on songe à la mise en liberté, il faut recommander la campagne^ un milieu tranquille, une vie paisible et régulière.
Un cas très intéressant de rémission dans la paralysiè générale, est celui de B..., qui fut, pendant plus de trois ans,-
le domestique des internes de l'asile de Vaucluse, C'était un homme de quarante-cinq ans, entré dans le service pour une paralysie générale au début. La vie calme, l'hygiène ont vile amené l'apaisement des centres. Quand nous avons connu B..., il était en pleine rémission, et, chose extraordinaire, sa mémoire était fort bonne. Sa parole était toujours caractéristique par son embarras; l'inégalité pupillaire était très nette; la logique et le jugement étaient amoindris, mais la mémoire, nous l'avons dit, était excellente. ■ — B... faisaitson service très correctement et vivait paisiblement à l'asile. 11 n'aurait certainement pu vivre au dehors, malgré l'apparence de complète guérison, sans hâter la marche de la paralysie générale.
II. Traitement de l'inflammation corticale. — Pour combattre l'm/ïamma^ton de l'écorce du cerveau, il fautrecourir aux révulsifs. Le séton à la nuque, préconisé par Baillarger, est encore conseillé par Mairet, Les pointes de feu sur la région cervicale postérieure, ou le long de la colonne vertébrale, dans les cas où des complications apparaîtraient du côté de la moelle épinière, ont donné quelques résultats. Les vésicatoires, les pommades irritantes ont été appliquées. On ne peut dire que ces moyens guérissent ; mais, en décongestionnant le cerveau, ils peuvent améliorer l'état du malade et prolonger la rémission,
\jiodure de potassium ou de sodium, à petites doses de 25 centigrammes à 1 gramme, dans les vingt-quatre heures, peut être essayé. Les émissions sanffuines générales ont eu leur vogue ; mais, aujourd'hui, on ne les pratique plus et l'on se contente d'émissions locales, à l'aide de sangsues appliquées derrière les oreilles.
Pour faciliter la décongestion, les purgatifs, Valoès surtout, seront conseillés, ainsi que les bains de pieds sinapisés.
Si des phénomènes de congestion passive surviennent, on ^prescrira la digitale, la digitaline (Bigot, Mickle), Vergot de seigle ou Vergotine (Mann, ïoselli). Ce dernier médicament