‹ Traité de thérapeutique des maladies mentales et nerveusesChapitre 41 sur 86 · PARALYSIE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

PARALYSIE GÉNÉRALE

a été employé pour combattre les attaques apoplectiformes et épileptiformes (Christian).

L'électricité a été expérimentée par Ilitzig, Arndt et Newth. On fait passer un courant galvanique faible et l'on agit pi^incipalement sur la moelle épinière, en plaçant le pôle négatif sur la nuque, et le pôle positif sur l'une des extrémités.

Hitzig électrisa la portion cervicale de la moelle. Il prétend avoir obtenu des résultats satisfaisants. D'autres ont été moins heureux et n'ont pu constater la moindre amélioration. Nous déconseillons l'électricité qui aggrave souvent la maladie. Il en est de même des douches froides, dont on abuse. Les paralytiques ont une recrudescence de l'alTectiou sous l'action de l'eau froide. Nous pourrions citer de nombreux cas empruntés à notre pratique personnelle où l'emploi de l'électricité ou des douches froides a manifestement accéléré la marche de la maladie.

La chirurgie est intervenue à son tour dans le traitement des psychoses. Nous avons vu qu'on trépanait pour guérir les hallucinations. Le D'" Claye-ShaAv (1), de l'hôpital Saint-Bartholomew , fit trépaner un paralytique général, ayant de l'embarras de la parole, des idées de grandeur et de satisfaction, des réflexes exagérés avec ataxie de la marche, rétention d'urine. La dure-mère incisée donna passage à une quantité considérable de liquide cérébro-spinal. Et le résultat paraît-il, fut tel, que le malade « cessa d'être aliéné ».

Le D"" Batty Tuke (2) fit trépaner un paralytique général, à droite et à gauche de la ligne médiane, au niveau des bosses pariétales. Du côté gauche, la dure-mère fut incisée. Les effets furent satisfaisants, mais au point de vue chirurgical seulement ; car, au bout de quelques jours d'une amélioration apparente, les phénomènes réapparurent et la paralysie suivit son cours.

(1) Clay-Shaw, Brilish médical Journ., novembre 1889.

(2) Batty Tuke, Brilish médical Journ., janvier 1890.

.i-in Tn.MTIÎMRNT OES FOI.IKS OHOA.NKJUKS.

Kn France, celte méthode n"a pas été essayée, que nous sachions.

Notre avis est que la chirurgie n'a pas h intervenir clans une maladie oii l'inflammation est générale et non pas limitée à un point, où la main de l'opérateur pourrait atteindre.

III. Traitement causal. — Nous savons, aujourd'hui, que la paralysie générale a deux facteurs étiologiques prin- (f cipaux : la syphilis et l'alcoolisme, auxquels on pourrait ajouter 1 le surmenage. Au début de l'affection, si l'on est sûr du diagnostic, un traitement spécifique est nécessaire, à moins de contre-indication. En partant de cette idée que la paralysie générale est toujours une lésion syphilitique, certains médecins ne craignent pas de soumettre, d'emblée, leurs malades à un traitement spécifique des plus sévères. Malheureusement, en clinique, parmi les paralytiques généraux syphi- [ litiques, il y en a peu qui profitent, même momentanément, \ du traitement spécifique. Il y a plusieurs points à considérer avant d'instituer le traitement.

S'agit-il d'un paralytique chez qui la syphilis remonte à quinze ou vingt ans? le traitement ne modifie en rien la marche de la maladie et peut, au contraire, l'accélérer. Si c'est un paralytique général en excitation ou en dépression, le traitement spécifique est dangereux, parce qu'il n'est pas de nature à calmer la surexcitation cérébrale.

Dans le seul cas d'une paralysie générale au début, avec [ syphilis récente (quatre à huit ans), le traitement approprié peut avoir des chances d'arrêter la marche de la maladie et de produire de longues rémissions.

Nous ne cherchons pas à discuter ces phénomènes; l'observation de nombreux malades, bénéficiant d'une rémission , nous démontre que le traitement causal de la paralysie générale paraît réussir dans ces conditions. On peut essayer l'iodure de potassium (1 à 4 grammes), seul ou combiné au mercure. Le malade

PARALYSIE GÉNlÎRALIi. 327

sera surveillé : à la moindre aggravation des symplômes, il faut cesser le traitement.

Dans les cas de paralysie générale d'origine alcoolique, la conduite est simple. Le vin et les autres excitants seront supprimés ; c'est d'une nécessité absolue. Le lait convient très bien ; il facilite l'élimination des toxines, apaise l'excitation, régularise les fonctions g-astro-intestinales. Le quinquina a été conseillé. On le prescrit en décoction ou en extrait.

On a expérimenté dernièrement les glycérophosphaies de chaux, de soucie, etc.

Quand toute trace de congestion a disparu et que la maladie est atonique, Mairet a obtenu des effets utiles : 1° de la strychnine, sous forme de granules ; 2° des injections de liquide testiculaire.

Le meilleur traitement de la paralysie générale est encore le traitement hygiénique; le calme psychique, la régularité de la vie, la stimulation des fonctions de la peau et le bon état des voies digestives sont des éléments des plus importants.

IV". Traitement des complications. — Bien entendu, quand nous conseillons la sobinété pharmaceutique et l'abstention chirurgicale, il n'est pas dans notre esprit de restreindre le rôle du médecin ; on doit soigner assidûment les symptômes [agitation, dépression) et ne rien négliger pour obtenir la rémission.

Nous n'avons rien à ajouter à ce que nous disions au chapitre du traitement de la dépi'ession mélancolique. Répétons qu'au cas douteux de paralysie générale dépressive, il ne faut pas prescrire l'opium.

Quant à l'agitation, il convient d'en dire deux mots.

Tous les agités profitent de l'alitement. Mais la position horizontale, qui facilite l'irrigation cérébrale, sera-t-elle avantageuse aux paralytiques chez qui il existe déjà une hypérémie du cerveau ? C'est un point qui mérite l'attention.

Certains auteurs ont proposé de faii'e coucher tous les

paralytiques. Il y a, là, une exagération. On peut les laisser au lit, plusieurs jours, en ayant soin qu'ils soient assis, plutôt qu'étendus ; au bout de ce temps, ilest prudentde les faire lever.

La dépression ou l'état maniaque ne sont pas des complications proprement dites : ce sont simplement des formes de la paralysie générale. Les vraies complications sont les convulsions épilepti formes ou apoplecliformes dont nou?. parlerons plus loin,

La paralysie des muscles de la déglutition est une complication fâcheuse; elle peut amener la mort par asphyxie. Pour la: prévenir, il faut donner aux malades des aliments liquides ou, du moins, des aliments solides très divisés.

La broncho-pneumonie est fréquente dans la paralysie générale ; c'est pour prévenir, autant que possible, cette redoutable complication que la bouche et le nez seront fréquemment lavés avec une solution antiseptique, surtout en temps de grippe et d'épidémie.

Quant au cœur, il fléchit parfois; la caféine, la digitale donneront, à temps, de l'énergie au muscle cardiaque.

Un âutre accident, qui peut devenir grave, est la rétention d'urine, avec son cortège de phénomènes. Le sondage antiseptique, pratiqué plusieurs fois par jour, est alors nécessaire.

Quant aux troubles trophiques, on les prévient, dans la mesure du possible, en exigeant une extrême propreté. Mais, ainsi que l'un de nous l'a expliqué (1), ces accidents arrivent malgré tout, parce qu'ils sont dans la nature même de la maladie. Chaque trouble trophique exige un traitement approprié.

Vescarre fessière est la plus importante de ces lésions parce qu'elle est la cause des infections secondaires ; elle sera soignée énergiquement. Il faut nettoyer la plaie avec des solutions antiseptiques et faire des pansements fréquents.

(1) Cololian, Les troubles Irojihiqiies de la paralysie générale [Arch. de neurologie, 1898).

Page 1