DÉMENCE
gommeux, tubercules, etc.), présentent des symptômes constants au nombre de trois : céphalée, convulsions, affaiblissement intellectuel. Les vomissements localisent généralement la lésion vers la base.
La céphalée esi la première en date; elle est frontale, pariétale, occipitale, d'après le siège de la tumeur. De sourde au début, elle devient par la suite pongitive, gravative, térébrante, etc.
Les convulsions apparaissent après la céphalée et ressemblent plus ou moins à l'épilepsie vraie.
La déchéance mentale succède également à la céphalée. Le sujet, absorbé par la douleur céphalique, ressemble, à cette période, à un mélancolique en demi-stupeur : il ne parle plus, ne s'alimente pas et gâte parfois. Gomme toutes ces tumeurs sont envahissantes, les facultés mentales, au fur et à mesure de l'accroissement de la tumeur, sont arhoindries. Le malade tombe peu à peu en démence.
L'intercurrence des symptômes ci-dessus peut servir de guide au diagnostic.
Démence paehyméningitique. — L'affaiblissement intellectuel produit par l'inflammation chronique de la duremère, la pachyméningite, est aussi une démence progressive. La symplomatologie de cette inflammation, à dater du début jusqu'à une période avancée, est vague.
Dans la première période (période de pachyméningite sans épanchement), on observe de la céphalalgie, une sensation de pesanteur à la tête, une diminution de la mémoire, un léger embarras de la parole, avec faiblesse musculaire et hésitation de la marche. A cette période, on peut soupçonner la paralysie générale. Mais la céphalalgie est constante, plus tenace, plus intense que dans la paralysie générale, où elle fait très souvent défaut.
A la deuxième période (période de l'hématome), quand l'épanchement se fait à la face interne de la dure-mère, où se
OÔi. THAITICMENT DI-S lOLlKS OnOANIOUi: S.
produisent des feuillets de néo-membranes, il y a parfois un ictus apoplectique, lent, graduel et progressif, comme lepanchement du sang- qui l'occasionne. Souvent cet ictus est incomplet. C'est alors qu'on observe les signes de démence les plus accusés: indill'érence, torpeur intellectuelle croissante, amnésie, gâtisme. Du côté des pupilles, on trouve du myosis, d'un seul ou des deux côtés, parfois du nystagmus. La céphalalgie est continuelle ; les malades sont presque toujours en somnolence.
Des ictus apoplectiques et des attaques épileptiformes se succédant avec chaque raptus hémorragique, font penser à la pachyméningite. Il peut y avoir des paralysies de la face, d'un ou de plusieurs membres.
B. Traitement. — Le dément, réduit à la vie végétative, ne saurait reconquérir ce qui est à jamais perdu et il va s'acheminer, plus ou moins vite, vei's le marasme Hnal.
La médecine n'a pas la prétention de guérir la démence, mais elle peut avoir celle d'essayer de la prévenir par des moyens prophylactiques et hygiéniques.
L'invasion de la démence peut être reculée quand on entrevoit certaines altérations significatives ; l'hygiène la plus rigoureuse doit être mise en œuvre et à ceux qui font des excès alcooliques, tabagiques, sexuels, il faut signaler le danger de tels abus. Pour ce qui est des aliénés, l'internement précoce offrira quelques chances d'amélioration. Nous avons dit que beaucoup de familles n'acceptaient pas l'idée de l'internement. Pourtant, toutes les psychoses ne peuvent être soignées à domicile, l'isolement étant dans beaucoup de cas une des conditions du traitement. La démence vésanique ou névropa- Ihique envahit plus vite l'aliéné au sein de sa famille que dans l'asile. Nous n'avons pas de statistique qui puisse affirmer cette vérité, mais ceux qui vivent avec les malades, qui les observent, l'ont constatée comrne nous. Aussi le répétonsnous encore, toutes les fois qu'on observé les premiers signes
DKMENCi:. 335
d'une alï'eclioii mentale grave et quand on ne croit pas à la guérison dans le milieu de la famille, il faut proposer l'internement pour essayer de sauver le cerveau de la démence précoce et pour obtenir une amélioration.
Nous avons inscrit en tête de cet article le mot « traitement ». En réalité, il n'existe pas de traitement curatif de la démence ; il y a seulement des soins hygiéniques à presci^ire.
Hygiène du dément. — L'hygiène sera observée, pour le dément, avec une rigueur et une persévérance qui ne faibliront pas.
Des bains tièdes, des savonnages, maintiendront la peau très propre en la débari'assant des sécrétions, qui s'accumulent à la surface du corps, obstruent les orifices extérieurs et ralentissent les fonctions cutanées. Le bain aura de 35" à 36°, pour que la température du corps ne subisse aucune modification. On le donnera dans une baignoire plutôt que dans une piscine. La durée en sera très courte, et pour prévenir les congestions cérébrales, on aura la précaution de mettre des compresses d'eau froide sur la tête.
Les vêtements seront soignés, changés ;ivec pi'écaution d'après les conditions météorologiques. Il fut un temps où l'on croyait que l'aliéné pouvait résister à des températures très basses, sans avoir besoin de se couvrir ; on s'imaginait que les variations brusques de température n'agissaient pas sur lui. Sans nier certaines endurances surprenantes, on trouve aujourd'hui que de grands ménagements ne sont pas superflus. L'habillement fait partie de l'hygiène corporelle. Les vêtements, tout en l'éalisant la protection de la peau contre les chocs, les frottements et la température ambiante, ne doivent pas entraver la circulation de l'air et l'intégrité des sécrétions cutanées. Ils doivent être perméables à l'air; c'est une condition indispensable pour les échanges qui se font à la surface du corps.
L'alimentation des déments exige des précautions. L'adulte demande une ration d'entretien supérieure à celle du vieil-
lard. L'adulte a des occupations; il doit consommer proportionnellement à son travail. L'alimentation du dément, presque toujours peu actif, quelquefois immobile, doit être légère, si l'on veut éviter les complications gastriques. Beaucoup de déments paralytiques, alcooliques, séniles, montrent une véritable gloutonnerie : ils mangent beaucoup et avalent sans mâcher. 11 faut les rationner, régler l'horaire des repas et donner peu à la fois, mais assez fréquemment. Les viandes hachées, bien cuites, les légumes frais ou secs leur conviennent. Le lait et les œufs constituent les aliments par excellence.
Certains médecins conseillent les vins généreux pour soutenir les forces ; il y a lieu de se défier. Le dément, plus que tout autre, doit être sobre de boissons spiritueuses ; les tisanes, les boissons délayantes lui conviennent mieux.
En cas de paresse gastrique, on prescrira quelques tisanes amères et le régime lacté. Jadis, on supposait que la diarrhée faisait partie du cortège symptomatologique de la démence, tant elle était fréquente. Aujourd'hui qu'on sait soigner et nourrir convenablement les déments, elle a presque disparu et l'on observe même fréquemment de la constipation. Celle-ci est facilement combattue.
Des examens répétés préviendront les complications morbides qu'entraîne la vieillesse. Les hypocondriaques se plaignent toujours; on les examinera attentivement dès qu'on soupçonnera l'invasion d'une maladie intercurrente.
Vhygiène morale consiste à occuper, le plus possible, l'esprit du malade; car, si quelques rares individus sont atteints de la démence absolue, la plupart des séniles conservent encore quelques aptitudes qu'il faut chercher à utiliser. Sans cette gymnastique morale, les dernières lueurs de l'intelligence disparaîtraient promptement.
Les promenades quotidiennes dans les jardins, en pleine campagne, serviront d'exercices corporels, de gymnastique physique; les jeux de cartes, de billard, tiendront l'esprit
en éveil. La lecture, la musique, le chant, sont d'utiles auxiliaires ; le médecin organisera au besoin des orphéons, tels qu'il en existe dans plusieurs asiles.
Les anciens artistes ou simples artisans seront occupés à des travaux en rapport avec leur état et leurs capacités.
Toutes ces diversions, promenades, jeux, travaux manuels, distraient le malade, tendent à égayer son esprit et concourent à calmer l'excitation psycho-motrice, et à faire disparaître les préoccupations déprimantes et hypocondriaques.
Article IIL — Complications dans la démence.
Ainsi que nous venons de le voir, trois ordres de symptômes sont couramment observés dans la démence : la congestion cérébrale, les. attaques apoplectiques et épilepti formes et le gâtisme ; ils sont, en l'espèce, sinon constants, du moins très fréquents.
Congestion cérébrale. — Elle est fréquente au début de la paralysie générale, surtout dans la forme maniaque. Certains aliénés arthritiques et pléthoriques, dans une crise d'excitation maniaque, ont de l'hypérémie céi'ébrale. Les alcooliques délirants, avec ou sans fièvre, y sont sujets. On a également observé la congestion dans le délire aigu.
Potain (1) a décrit quatre formes de congestion cérébrale :
1° La forme légère;
2° La forme grave, qu'accompagnent des convulsions épileptilbrmes, des hallucinations, du délire, ou une augmentation de l'intensité du délire préexistant ; il n'y a pas d'ictus dans cette variété ;
3° La forme apoplectique, qui est le « coup de sang » vulgai-
(1) Potain, article Cerveau, in Dicl. cncyclop. des se. méd., t. XIV, iro série, p. 322.
Paul Gaunier et Cololian. 22
338 TRAITEMENT DES l'OLlES ORGANIQUES.
remenl connu ; elle est fréquenle dans la paralysie générale ;
4° La forme passive [stase, engorgemeni), qui s'élablit lentement comme chez les alcooliques. Les vaisseaux cérébraux sont altérés, la circulation générale est compromise.
11 faut intervenir activement si cela est possible.
La première indication est de remédier à Vaccidenl. Plus tard, après en avoir discerné les causes, on tentera de les combattre.
D'après Potain, la thérapeutique de la congestion cérébrale consiste, suivant le cas :
1° A diminuer la tension artérielle ;
2° A faciliter la circulation dans les veines par où revient le sang après avoir traversé le cerveau et à réduire au minimum possible la pression sanguine ;
3° A rendre plus aisé l'écoulement de ce liquide à travers le réseau des capillaires cérébraux (en cherchant à diminuer la viscosité du sang trop grande chez les pléthoriques);
A° A provoquer et accroître la tonicité des vaisseaux afférents, peut-être des capillaires eux-mêmes.
Les trois premières indications relèvent de la médication déplétive; on les remplit en faisant, soit de la révulsion, soit de la dérivation. 11 s'agit de détourner du cerveau la fluxion, (( le mouvement anormal, en vertu duquel l'équilibre général des liquides est rompu, mouvement qu'il faut distinguer de son effet, la congestion » (Barthez).
Jusqu'ici, nous nous sommes abstenus de parler de la saignée, comme moyen curatif des maladies mentales. Au chapitre de l'historique, nous avons rappelé quel énorme abus on avait fait de cette médication déplétive dans la thérapeutique mentale. Nous savons aujourd'hui qu'une saignée intempestive peut être fort nuisible. Mais, dans le cas qui nous occupe, la prescription de la saignée serait parfois légitime. On peut essayer une saignée locale, si l'état du malade ne
réclame pas la saignée générale. Les ventouses scarifiées el les sangsues pourront être indiquées.
Les autres agents de la dérivation sont les purgalions salines, les lavements purgatifs, quand il faut agir vite. Les pédiluves sinapisés, les bottes sinapisées, les cataplasmes sinapisés pourront rendre des services.
Pour provoquer et accroître la tonicité des vaisseaux, on peut faire sur la tête des applications de compresses imbibées d'eau g-lacée ou bien encore maintenir sur le front des compresses vinaigrées, ou alcoolisées, souvent renouvelées. Hammond électrise le grand sympathique cervical, afin de provoquer la constriction des vaisseaux de l'encéphale.
Comme médicament interne, Vergot de seigle (ou Vergoiinine) a été prescrit pour décongestionner le cerveau. Ce vasoconstricteur a été employé, également, dans les attaques apoplectiques et épileptiformes des paralytiques généraux (Christian) (l),sans donner d'ailleurs des résultats bien remarquables.
Les convulsions épilepliformes ne sont pas rares dans la congestion cérébrale ; les accès ne durent pas longtemps, et l'on ne peut songer à une saignée générale. Mais, afin de prévenir ces accidents, il convient de donner des purgatifs salins et faire des révulsions sur les membres inférieurs : bains de pieds sinapisés, etc. Il faut, surtout, s'adresser aux préparations bromurées.
On ne doit pas, en tous cas, se contenter de la simple prescription d'une potion; il faut surveiller le régime, supprimer tout aliment excitant, surtout les boissons alcooliques, les infusions de café ou de thé. Le malade sera mis au régime lacté mixte, jusqu'à ce que les phénomènes de congestion s'amendent et les accidents épileptiformes disparaissent.
Apoplexie. — En considérant l'apoplexie comme un syndrome clinique, dépendant de causes variées, il est impos-
(1) Christian, Société mèdico-psych., 1893, séance du 26 janvier.
sible d'indiquer une ligne de conduilc pour le traitemenl.
La cause principale de Tapoplexie, suivant les classiques, est l'hémorragie cérébrale, et, parfois, le ramollissement par thrombose ou par embolie.
Pourtant les attaques apoplectiques ne sont pas rares chez les aliénés.
Des aiïections cérébrales avec lésions anatomiques généralisées, peuvent produire des attaques d'apoplexie ; c'est le cas de la paralysie générale, où l'apoplexie est loin d'être rare.
On peut citer aussi les attaques apoplectiformes qu'on observe chez les alcooliques chroniques.
La première indication est la révulsion ; et comme, le plus souvent, il existe une congestion concomitante, une pléthore céphalique, on doit intervenir activement. L'état du pouls et de la circulation générale, guidera le choix de tel ou tel mode d'émission sanguine. Rarement on aura besoin d'une saignée générale, à moins qu'il n'y ait des signes évidents d'éréthisme circulatoire interne, avec turgescence générale, pouls vibrant, etc., encore, dans ce cas, il ne faut soustraire qu'une petite quantité de sang, surtout chez un paralytique. Pour quelques médecins, l'émission sanguine serait toujours contreindiquée. Ce n'est pas tout à fait notre avis ; l'état général du malade, parfois, réclame cette dérivation ; on peut recourir aux sangsues, ou aux ventouses scarifiées.
On ne négligera pas les purgatifs, qui opèrent aussi une dérivation salutaire. Toutes les purgations psuvent convenir ; le calomel sera préféré dans les attaques apoplectiques, si le malade est en état de déglutir. On peut en donner jusqu'à 75 centigrammes et même 1 gramme, en vingt-quatre heures dans du lait, par doses fractionnées. Si l'absorption par la voie buccale n'est paspossible, on doitprescrire unlavementpurgatif.
Enfin, il reste l'emploi des révulsifs cutanés (pédiluves, cataplasmes sinapisés, bottes de coton avec farine de moutarde). Les vésicatoires, assez délaissés de nos jours, peuvent pourtant être usités sur les membres inféiùeurs.
Gâtisme. — C'est une tendance ti^op fréquente de négliger le malheureux malade réduit à l'état de gâtisme. Tous ceux qui ont une seule fois visité un asile, doivent avoir bien gravé dans leur mémoire, l'aspect de cette lugubre salle, où les malades, assis sur des fauteuils percés, laissent échapper, du matin au soir, leurs matières fécales. Est-ce donc qu'il n'y a rien à tenter pour remédiera une situation si lamentable?
Il faut, d'abord, rechercher les causes du gâtisme.
La cause du gâtisme, chez les déments, est presque toujours organique; elle est due à la paresse musculaire ou à la paralysie des sphincters. Quelquefois pourtant la cause est psychique; elle remonte à des troubles intellectuels graves, à une fatigue de l'attention.
Selon l'étiologie, le pronostic change.
Chez les malades atteints de délire, chez les mélancoliques, chez les stupides surtout, le gâtisme tient à l'engourdissement de la conscience; ou bien, l'attention, troublée par le flux des idées, comme chez les maniaques, ne peut retenir les sensations du besoin d'évacuation. Les centres récepteurs ne reçoivent plus que des perceptions confuses; les excitations produites par les sphincters, arrivent aux centres à l'état d'ébauche et l'attention, ainsi détournée, ne distingue aucune sensation : le malade s'oublie.
Les hallucinés, alcooliques ou autres, sous l'impression de la terreur, de quelque image hallucinatoire, perdent parfois toute notion des choses, des êtres et des besoins à satisfaire.
Le gâtisme peut n'être que transitoire; il tendra à persister au contraire, si l'on ne sait pas reconnaître les différents cas et si au lieu de soigner les malades isolément on les envoie indistinctement dans le quartier des gâteux.
Dans le quartier des gâteux, le sujet est considéré comme un déchu, un dément. On lui donne de vieux vêtements, tout tachés des souillures de ceux qui les ont portés avant lui; ils sont ou trop grands ou trop petits.
Une fois là, il gàle^ et nul ne s'y oppose, puisque c'est la
règle. S'il demande un bassin ou manifeste le besoin d'aller aux cabinets, l'infirmier est absent, ne l'entend pas ou ne l'écoute pas. On le rabaisse ainsi, et peu à peu on le plie à la coutume du gâtisme.
Faut-il parler du séjour en cellule, d'où dérivent souvent ces habitudes de malpropreté? Le malade, isolé là, a parfois demandé un bassin en vain. Il gâte d'abord p^ir oJjliffalion et l'habitude est ensuite bien vite prise.
La première indication est de soigner la maladie' causale. Nous avons vu que le gâtisme existe fréquemment dans les psychoses aiguës; ce sont ces psychoses qu'il faut traiter.
L'alitement, qui a supprimé tant d'inconvénients, diminue aussi la fréquence du gâtisme. La surveillance doit être vigilante ; aux malades exaltés ou préoccupés, il faut présenter souvent le bassin.
S'il s'agit d'un dément, chez lequel les sphincters sont paralysés, on essayera la noix vomique, à petites doses, l'électricité, etc.
Tout en combinant ces traitements, on prendra les précautions d'urgence, on mettra, sous le matelas du malade alité, une toile caoutchoutée et l'on changera l'alèze chaque fois qu'elle sera souillée.
On a imaginé des matelas percés, avec un vase au-dessous; on a proposé des matelas en tourbe, en paille, en varech, devant être changés journellement. Le procédé le plus simple est le matelas percé avec une toile en caoutchouc, à laquelle s'adapte un tube central entraînant les liquides. L'alèze est indispensable et prévient la formation d'escarres. Mais si la peau fessière l'ougit et fait redouter des troubles trophiques, il faut mettre sur l'alèze un mélange de poudre de quinquina et de charbon qu'on renouvellera fréquemment.
Quand le gâteux est levé, on doit lui épargner les vieux vêtements souillés. L'infirmier le tiendra aussi propre que possible et le mènera à là garde-robe plusieurs fois dans la
journée, en le laissant chaque fois sur le siège cinq, dix, quinze minutes et davantage, si c'est nécessaire.
En somme, si nous ne connaissons pas de traitement, nous pouvons dire qu'avec la propreté, l'hygiène, la surveillance assidue, on peut, sinon guérir le gâtisme, du moins remédier à beaucoup de ses inconvénients.
SECTION II. — Traitement des névroses.
11 y a plus d'un siècle que le mot névrose fut introduit par CuUen (1769) dans le vocabulaire nosographique. Depuis ces cent trente années qu'on étudie, qu'on observe et qu'on discute, on n'est pas encore parvenu à une définition rigoureuse.
Cullen appliquait la dénomination de névrose « à tous les états contre nature du sentiment et du mouvement, où la pyrexie ne constitue pas une partie de la maladie primitive, et à tous ceux qui ne dépendent pas d'une affection topique des organes, mais qui procèdent d'une affection plus générale du système nerveux ». L'apoplexie, la dyspepsie, la dyspnée, les palpitations, le diabète, voii'e même des maladies microbiennes, telles que le tétanos, la coqueluche, étaient pour Cullen des névroses, aussi bien que l'hystérie, l'épilepsie...
Après bien des travaux et des théories diverses, on est arrivé à considérer les névroses comme des « états morbides^ le plus souvent apyrétiques, dans lesquels on remarque une modification exclusive, ou au moins prédominante de l'intelligence, de la sensibilité ou de la motilité, ou de toutes ces facultés à la fois; états morbides qui présentent cette
double particularité de pouvoir se produire en l'absence de toute lésion appréciable, et de ne pas entraîner par euxmêmes des changements profonds et persistants dans la structure des parties » [Axenfeld (I)].
Bi'ochin (2) définit les névroses : « des maladies constituées par un trouble intéressant spécialement les fonctions nerveuses, et ne dépendant nécessairement d'aucune lésion anatomique appréciable ».
On a donc éliminé la dyspepsie, la dyspnée, le diabète, le tétanos, la coqueluche, et Ton a placé la neurasthénie à côté de l'hystérie et de l'épilepsie, de tout droit d'ailleurs.
Mais, la définition des névroses, complaisante et large, englobe vaguement une foule de syndromes et d'afîections, dont on ne connaît pas encore le classement nosologique : la catalepsie et l'hypocondrie, la chorée et les tics, la tétanie et la migraine, la paralysie agitante et la maladie de Basedow, etc., sont considérées comme des névroses. Mais quand on examine, de près, ces affections disparates, on est forcé de convenir que ce ne sont pas des névroses.
Une névrose est un état morbide, sans lésion anatomique actuellement appréciable, dans lequel on observe, d'une part, une modification fonctionnelle des facultés morales constituant un état psychique complexe, et, d'autre part et secondairement, des troubles de la sensibilité et de la motilité.
lu hystérie, avec le rétrécissement du champ psychique et les troubles sensorio-moteurs qui la caractérisent, est une névrose par excellence.
La neurasthénie en est une, autre, également typique, avec son cortège de phénomènes mentaux. D'ailleurs, les rapports qui existent entre l'hystérie et la neurasthénie sont tellement intimes qu'en certains cas leurs phénomènes s'associent pour constituer V hystéro-neur asthénie .
Malgré l'existence des hystéries acquises, toxiques et in fec-
(1) Axenfeld, Traité des névroses, Paris, 1883. • (2) Brochin, article Névrose, in Dict. de médecine de Dechanibre.
lieuses, malgré les cas de neurasthénie paraissant être la conséquence de troubles fonctionnels viscéraux, l'hystérie et la neurasthénie sont de vraies névroses, telles que nous les comprenons, c'est-à-dire des affections avec modification psychique et sans lésions anatomiques actuellement saisissables. . Les névrosés forment donc ce vaste groupe de malades, hystériques, neurasthéniques, qui, d'après l'évolution et la variation des phénomènes, se rapprochent de la folie, la côtoient ou y pénètrent plus ou moins. Ce sont des êtres à âme inquiète, troublée, que les moindres chocs peuvent ébranler intellectuellement. Il faut donc entendre que le , terme « névrose » fait intervenir un élément psychique et nous serons ainsi d'accord avec Krafft-Ebing, affirmant qu'il s'agit, là, en réalité, d'une psycho-névrose.
L'hérédité joue un rôle important dans l'hystérie et la neurasthénie ; aussi, ces deux affections nous apparaissent-elles comme des états liés le plus ordinairement à un vice originel du système nerveux.
On pourra objecter que, par leur nature héréditaire, par le fond même de l'état mental, la neurasthénie, et surtout l'hystérie, doivent entrer dans le vaste ensemble des troubles des prédisposés, des dégénérés. Aucune limite, en effet, ne sépare l'hystérique du dégénéré impulsif, le neurasthénique de l'aboulique dégénéré, de l'obsédé. Mais ces différents sujets, présentant une évolution symptomatologique différente de celle des dégénérés, on leur a attribué, en clinique, une nosographie spéciale.
Quant à ïépilepsie^ elle se place bien parmi les névroses, telles que nous les comprenons. Les observations de Bravais et de Jackson ont, il est vrai, permis de créer un genre à part pour les épilepsies partielles par lésions corticales ; des travaux r'écents ont prouvé qu'il existe des épilepsies symplomatiques d'origine toxique, saturnine, alcoolique, et même infectieuse. Mais il n'en reste pas moins vrai que l'épilepsie essentielle, sans aucune cause apparente, est la conséquence
TrtAITEMENT DKS PSYCHO-NÉVROSES.
d une prédisposition héréditaire, et que les aî,'-enls toxiques ne produisent d'ailleurs l'attaque que sur un terrain déjà préparé (1).
S] l'épilepsie n'était qu'une afl'ection convulsivante, on . n'aurait pas pu la classer parmi les névroses : l'éclampsie n'est pas une névrose. Si, chez l'épileptique, on n'avait pas observé des «troubles psychiques, nous n'aurions pas à nous en occuper ici. L'épilepsie est une affection dégénérative, ayant ses siiffmates, ses accidents mentaux.
Parmi les autres affections qualifiées indûment de névroses, aucune ne remplit les conditions voulues pour entrer dans le cadre des psycho-névroses.
V hypnotisme, le so?nnamhaIisme^ la catalepsie ne sont pas des névroses; ce sont des syndromes de l'hystérie et ils en relèvent; elle les englobe, les conditionne et l'on ne peut les en isoler.
Certaines migraines, malgré les troubles sensitifs (paresthésie, anesthésie, hyperesthésie) et les désordres moteurs, ainsi que certains accidents cérébraux transitoires qui les compliquent parfois, ne peuvent être considérées comme des \ névroses. Les troubles psychiques y sont rares et ne sont pas dus à l'affection ; d'ailleurs, ils sont fugaces ; leur disparition coïncide avec la restitution des fonctions suspendues ou perverties par le trouble vaso-moteur qui semble avoir causé le mal.
1j hypocondrie n'est qu'un syndrome accompagnant plusieurs affections psychiques.
Il nous reste à parler des trois affections dans lesquelles il existe des troubles mentaux, plus ou moins accentués : la chorée, la maladie de Parkinson et la maladie de Basedow.
Il eût peut-être paru naturel de ne pas s'occuper, ici, des affections qui ne peuvent être considérées ni comme des névroses, ni comme des psychoses. Mais, puisque, jusqu'alors, la chorée, la maladie de Basedow et la paralysie agitante ont
(1) Cololian, La ioxicilé du sang dans Véjnlepsie {Archives de neurologie, 1899).
CHORKE. 317
été placées parmi les névroses, il y avait Heu, cette réserve étant faite, de leur consacrer un chapitre.
Article 1". — Chorée.
A. Considérations générales. — La danse de Saint-Guy n'est pas une véritable névrose. A côté de la chorée de Sydenham ont pris place plusieurs autres formes de chorées essentielles ou symptomatiques, les unes aussi mal définies que les autres. On est encore dans l'ignorance absolue de la nature nerveuse, anatomique ou toxique de la chorée, mais on divise cette affection en chorée vraie^ gesliculatoîre^ et chorée fausse, électrique.
La chorée vraie comprend : la chorée des enfants, la chorée molle, la chorée des femmes enceintes, la chorée chronique, la chorée des vieillards, la chorée progressive, la chorée héréditaire (de Huntinglon).
Dans les chorées fausses se rangent: le paranii/oclonus multiplex (de Friedreich), la chorée de Morvan, la chorée fihrillaire. Il faut mentionner aussi la chorée hystérique, la chorée organique, qui peut succéder aux lésions cérébrales, comme la chorée post-hémiplégique.
Pour aucune de ces formes on n'a encore trouvé d'explication concernant la pathogénie. La doctrine rhumatismale, entrevue par Berndt, Watson, Bouteille (1), soutenue surtout par G. Sée (2), a vécu. « Il n'y a pas, a dit Charcot (3), de chorée méritant d'être appelée rhumatismale, dans l'acception rigoureuse du mot; il y a coïncidence seulement. »
La doctrine nerveuse a eu ses partisans et ses défenseurs [Charcot, Joffroy (4)].
Une théorie infectieuse, surgie des nouvelles idées microbiennes, est venue compliquer la pathogénie, déjà diffuse, de la
(1) Bouteille, Traité de la chorée commune, Paris, 1810.
(2) G. S6c, De la chorée {Mém. de l'Acad. de méd., 1830, t. XV).
(3) Charcot, Leçons du mardi, 1887-1888, p. 38 ; 1888-1880, p. .114.
(4) JofTroy, Progrès médical, 1885. — Semaine médicale, 1893.
348 TRAITEMENT DES PSYCHO-Nl'iVROSES.
chorée. Mohius, Osier, Berkley, Pianese, Triboulet en furent les propagateurs.
La chorée, non seulement de par son étiologie ne peut être considérée comme une névrose, mais, surtout à cause de son évolution et de ses symptômes. Malgré les travaux de M arce (1), de Bail (2), de Mairet (3), etc., ainsi que l'un de nous l'a démontré (4), il n'existe pas un élaf mental particulier choréique, tandis que dans l'hystérie, la neurasthénie, même dans l'épilepsie, l'état psychique propi-e à ces alTections existe, en dehors du fond de dégénérescence qui les rapproche.
Le professeur Joffroy (5) et son élève Breton (G) sont de cet avis. Séglas (7) pense, de même, que les troubles psychiques n'offrent pas de caractère spécifique.
La chorée ne comporte que des désordres moteurs et nullement des phénomènes psychiques propres ; les troubles mentaux qui interviennent ne sont que des éléments surajoutés
chez des dégénérés. Les désordres intellectuels les modifications du caractère et de la sensibilité morale, l'agitation passagère, les périodes de dépression ne sont pas la conséquence de la chorée et ne font pas partie de l'affection motrice; ce sont dps stigmates ps^xhiques de la dégénérescence mentale, des signes de la déséquilibration morale.
B. Traitement. — « Un remède qui guérirait tous les sujets atteints de chorée est une chimère », disait Bouteille en 1810. Ce qui était vrai, il y a un siècle, n'a pas cessé de l'être. On ne connaît pas un médicament qui guérisse la chorée, et,
(1) Marcé, De Vétat mental dans la chorée [Mém. de l'Acad. de mêd., 1859).
(2) Bail, Leçons sur les maladies mentales, 1890, p. 633.
(3) Mairet, Ann. méd.-psych., 1889.
(4) Cololian, Sèméiologie de Vagilalion [Ann. méd.-psi/c/i., 1898),
(5) Joll'roy, De la folie choréique {Sem. méd., 1893).
(6) BreLoii, État mental dans la chorée, Thèse de Paris, 1893.
(7) Séglas, De Vélal mental dans les cliorées (Bull, de la Société de méd. ment, de Belgique, 1887).
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logiquement, il ne peut guère en exister, car il n'y a pas une chorée, mais plusieurs formes de chorée, appartenant à des maladies très diverses.
L'empirisme, qui a tout essayé, nous a pourtant légué quelques médicaments qui paraissent agir dans certains cas.
I. Traitement pharmaceutique. — Parmi les traitements autrefois en vogues et aujourd'hui délaissés, il faut noter les émissions sanguines^ employées par Sydenham et Bouteille, les purgatifs et les révulsifs.
Uémélique produisait la dépression nerveuse sans guérir la maladie.
La strychnine a. été employée par Trousseau, dans le but de déterminer des contractions toniques et de supprimer ainsi les contractions cloniques. 11 la prescrivait sous forme de sirop, depuis un demi-milligramme (de sulfate de strychnine) jusqu'à la dose énorme de 6 centigrammes. Hammond a obtenu des résultats avec 1 centigramme. Malgré ces succès, la strychnine ne peut être recommandée ; « on joue gros jeu pour un résultat problématique » (OUivier).
La picrotoxine (Dujardin-Beaumetz), le sulfate d'aniline (Turnbull) ont été essayés sans résultat.
Le sulfate d'ésérine (de 2 à 5 milligrammes) a abrégé la durée de la maladie dans 437 cas (Bouchut). Mais ce beau succès n'a pu être confirmé ni par Riess, de Berlin, ni par Gubler, ni par Cadet de Gassicourt.
Vhyoscianiine, entre les mains d'Oulmont [de 2 à 10 milligrammes), a donné, comme agent paralysant, quelques résultats.
Vhyoscine (chlorhydrate), préconisée dans les cas graves par Magnan, à la dose de 1 à 2 milligrammes, chez l'adulte, a paru réussir.
Le curare, la propylamine, la fève de Calahar, la ciijuë ont également été conseillés.
Parmi les hypnotiques, Vopium a été longtemps en vogue.
« L'opium, dit Jaccoud, a une efficacité réelle, mais à la condition d'être donné à doses massives, ou, tout au moins, jusqu'à production de somnolence ou d'ivresse ; quand cet état est dissipé, on reprend la médication. Le procédé d'administration le plus commode consiste à donner, toutes les heures, une pilule de 25 milligrammes. Si l'on recule devant cette méthode, qui était celle de Trousseau, on peut encore obtenir de bons effets en s'ari^êtant à la dose de 20 à 30 centigrammes par jour, après avoir débuté par 5 à 10 centigrammes, mais cette manière de faire est bien moins puissante. » Cependant l'opium, par suite du danger qu'il fait courir, est très rarement usité ; par le chloral, on peut obtenir des effets supérieurs et sans courir les mêmes risques.
Divers antispasmodiques très employés autrefois, la valériane, la belladone, Voxyde de zinc, le musc, Vassa fœ- Lida, etc., sont presque entièrement délaissés.
IL Traitement hygiénique. — Ainsi, tous les médicaments essayés, — et nous n'en avons cité qu'un petit nombre, — sont restés à peu près sans résultat. En cherchant à guérir la chorée, on ne s'est pas toujours assez occupé du choréique.
Pourtant, c'est le point capital. Et, à ce point de vue, les auteurs n'ont pas toujours été d'accord. Les uns conseillaient l'abstention médicamenteuse totale (Gray, Tuckwell), déclarant que l'hygiène suffit; d'autres professaient l'emploi des moyens les plus énergiques.
Il ne faut pas oublier que la chorée vulgaire est généralement bénigne, qu'elle guérit spontanément, au bout de quelques mois, chez les enfants, et que tous les moyens échouent presque toujours dans les autres cas.
Il faut soigner les choréiques d'après leur constitution et l'intensité de la maladie. Quand il s'agit d'un enfant chétif, mal nourri, ayant une chorée d'intensité moyenne, nous conseillons les toniques, l'hygiène ; à l'aide de quelques moyens physiques, on rétablira la santé générale; on s'abstiendra le
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plus possible de produits pharmaceutiques. Quand il s'agit d'une chorée grave, la conduite est difféi-ente.
III. Traitement étiologique. — Le traitement étiologique a de l'action dans quelques cas; on a pu l'aire disparaître la chorée en débarrassant la malade de vers intestinaux. Stevens prétend avoir guéri un choréique en soignant sa myopie.
Dans la chorée appelée rhumatismale, G. Sée a vanté- les bons effets du salicylate de soude. Dans le même ordre d'idées, Vexalgine a. éié ordonnée (Moncorvo, Dana). P. Marie a vu une guérison rapide par le salophène.
Mais le médicament surtout efficace est ïanlipyrine, préconisée par Wolner et par Legroux. Ses partisans sont nombreux. Legroux a publié des observations de guérison survenue en six ou huit jours. Il la prescrivait à la dose de 3 grammes par jour. L'an tipyrine est assez bien supportée par les enfants, mais elle peut produire des troubles rénaux et digestifs; il faut en surveiller radministration.
Le chloral, introduit dans la thérapeutique de la chorée par Boiachut (1869), a été recommandé par Charcot, Jaccoud, Jolîroy. C'est un médicament énergique, qui agit favorablement à des doses élevées. Son action sur le cœur doit être surveillée.
JolTroy considère le chloral comme le médicament héroïque de la chorée. Il prescrit, au-dessus de dix ans, 4 grammes en trois fois, après les repas; chez les enfants plus jeunes, il faut chercher la sensibilité, tâtonner avec des doses faibles. Ce traitement sera suivi pendant plusieurs semaines.
Si le chloral n'est pas le médicament vraiment curatif de la chorée, il rend, du moins, service en procurant au malade un sommeil de douze à quatorze heures par jour et en diminuant la durée de la maladie.
Le ehloralose (Féré), la paraldéhyde (Gerlach), le sulfonal (JefFries) ont été proposés pour remplacer le chloral. Mais notre choix s'adresse quand même à ce dernier médicament, s'il n'y a pas de contre-indication (Voir Chloral).
•^^■^ TRAITEMENT DES PSYCHO-NÉ VnOSES.
Le chloroforme, Vélher, le nilrile d'amyle ne sont plus en usage. On ne les utilise, du moins en France, que dans des cas exceptionnels.
Le sulfate de quinine, dont l'action comme remède nervin est généralement acceptée (Lgborde, Lépine), est, ici, un peu délaissé.
Il n'en est pas de même du bromure de potassium, qui est encore fréquemment employé et donne de bons résultats.
Les médicaments s'adressant à l'état général sont ceux que nous avons étudiés dans l'article des toniques.
Uarsenic vient en première ligne. On voit réussir souvent une préparation ai'senicale là où les autres médicaments ont échoué.
On peut prescrire pendant la convalescence : le fer, le quinquina, la kola, etc.