CHAPITRE IV TRAITEMENT DE LA NEURASTHÉNIE
A, Considérations générales. — La neurasthénie n'est une maladie connue que depuis trente ans. Mais cela ne veut pas dire que ce n'est que depuis cette époque que l'on souffre de ce mal. Le neurasthénique a sans doute toujours existé ; il suffît, pour s'en assurer, de consulter les auteurs; pour les uns, les neurasthéniques étaient des névrosés, pour les autres, des hypocondriaques ou des mélancoliques, d'après la prédominance de tels ou tels symptômes.
Beard (1) créa le nom de neurasthénie en 1868 et, en 1880, il en fit une maladie autonome.
Krishaber (2), sous le nom de néuropalhie céréhro-cardiaque, a décrit une affection qui n'est autre que la neurasthénie, observée sous une certaine forme, ^^'eir Mitchell a décrit la neurasthénie féminine; Charcot a fait plusieurs leçon? sur ce sujet; Blocq, Levillain, Bouveret (3), Mathieu, Gilles de la Tourette (4), Brissaud, Proust, Ballet et d'autres encore,, l'ont étudiéè.
Après les multiples vicissitudes qu'elle a subies, la neurasthénie a enfin pris place dans la nosographie.
Les causes de cette névrose sont peu ou plutôt mal connues. On s'accorde à lui reconnaître, comme facteurs pathogéniques, les troubles gastro- intestinaux, l'arthritisme, les désordres des organes génito-urinaires. La prédisposition héréditaire et le surmenage du système nerveux tiennent évidemment le premier rang dans l'éliologie.
(1) Beard, Nenraslhenià {nervous exhauslion) . Ils nature, symploms and trealmenl, New-York, 1880.
(2) Krishaber, De la névropalhie cérébro-cardiaque, Paris, 1873.
~ (3) Bouveret, La neurasthénie, épuisement nerveux, 2« édition, 1891. (4) Gilles de la Tourette, Les états neurasthéniques, 2<^ édition, 1901.
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. L'hérédité est fréquente, comme dans toutes les formes de névroses, mais elle n'est pas indispensable. Généralement, c'est une hérédité de transformation.
Le surmenage du système nerveux a pour point de départ la sphère intellectuelle ou la sphère de la sensibilité morale et affective. Ici, les excès de travail intellectuel, là, les passions dépressives ont engendré Virrilabililè.
Les symptômes de la neurasthénie sont somaiiques et psychiques.
I. Signes somatiques. — Ce sont : la céphalée., la rachialgie, Vinsomnie, Vasthénie neuro-musculaire, \es .troubles gastriques.
La céphalée est le plus fréquent des symptômes. Ce n'est pas une douleur proprement dite, mais une constriction qui a pour siège de prédilection la nuque, et qui ressemble à la constriction produite par le poids d'un casque. Diurne, elle s'exaspère par le travail, les émotions.
La rachiah/ie présente les mêmes caractères ; elle apparaît plus souvent chez la femme. Le maximum est au sacrum : (plaque sacrée).
h'insomnie est un symptôme très fréquent. Elle n'est pas toujours complète ni permanente chez tous les malades. Les uns s'endorment à peine couchés, se réveillent au bout de peu de temps et ne peuvent se rendormir. Les autres ne s'endorment que très tard.
Les rêves abondent ; ils sont pénibles.
h'aslhénie neuro-musculaire est un des symptômes les plus communs. Elle consiste en une sensation de fatigue continuelle : le matin, au réveil, le malade l'accuse déjà. Le peu de force motrice qui reste est vite épuisé par la moindre occupation. 11 est des neurasthéniques qui ne peuvent faire aucun mouvement et demeurent constamment alités.
Les troubles gastriques sont importants dans la neurasthénie. Dans la forme bénigne, les sujets accusent une paresse
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des fonctions gastriques. L'atonie g-aslro-intestinale peut déterminer de la dilatation d'estomac, de l'entéroptose, etc. Mathieu décrit trois variétés : a) la l'orme bénigne, c'est la dyspepsie névro-motrice avec sensation de pesanteur, de distension de l'estomac, mal de tête, vertige, constipation ; h) la forme grave, avec crampes, coliques péri-ombilicales, entérocolile pseudo-meinJjraneuse et dénutrition; c) la troisième, la moins commune, est la forme hyperclilorhydrique, tantôt intermittente, tantôt continue, telle qu'on l'observe dans la maladie de Reichmann.
Toutes ces divisions sont schématiques; en clinique, il y a combinaison des trois formes ; l'acidité de l'estomac est augmentée, d'autres fois diminuée; elle peut provenir de la fermentation alimentaire. La dyspepsie n'est pas de règle dans la neurasthénie.
Dans la forme légère, — V atonie gaslro-inleslinale de Bouveret ou la dyspepsie névro-molrice de Mathieu, — la plus fréquente, — le neurasthénique conserve son embonpoint, ses forces et son appétit.
Parmi les troubles physiques secondaires, il faut classer les verlicjes, les tremblements^ les crampes musculaires, les troubles de la sensibilité générale, rhyperesthésie du cuir chevelu, le prurit local ou généralisé.
La congestion conj'onctivale, la mi/driase ou Vinégalilé des pupilles existent également; le rétrécissement du champ visuel est passager et fort rare.
Les troubles circulatoires : palpitation, arythmie cardiaque, tachycardie paroxystique, pseudo-angine de poitrine, troubles vaso-moteurs, augmentent l'anxiété du malade.
Les troubles respiratoires sont rares.
Dans la forme appelée génitale, des troubles peu graves des organes g énito-ur inaires existent : frigidité, impuissance, névralgies pelviennes chez les femmes, au bien des troubles urinaires tels que la phosphalurie et Voxalurie.