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CHAPITRE PREMIER TRAITEMENT DE L'INSOMNIE

L'insomnie, symptôme si fréquent dans les psychoses et les névroses, et si particulièrement tenace, réclame toute l'attention du médecin.

Pour la combattre, bien des moyens sont conseillés : les hypnagogues, les procédés physiques, l'hydrothérapie, l'hygiène, etc.

Krafl't-Ebing dit, très justement, que le traitement de l'insomnie doit être individuel et viser l'éloignement des causes. Le chloral, dont l'emploi est si fort critiqué par Maudsley (1), est pour KrafTt-Ebing le narcotique souverain, mais il ne faut l'employer que passagèrement

(1) Maudsley, La pathologie de l'esprit.

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Ferrand (I) divise les médicaments qui amènent le sommeil en deux groupes : les hypnotiques et les narcotiques. « Il existe, dit-il, de grandes diflërences entre les effets des agents narcotiques et ceux des agents hypnotiques : ces derniers provoquent le sommeil en agissant d'abord sur le cerveau et, secondairement, sur le bulbe; au contraire, les agents narcotiques produisent un sommeil qui paraît aller du bulbe au cerveau, de la sensibilité au mouvement; le sommeil, ainsi produit, commence par la narcose. »

Parmi les médicaments hypnotiques proprement dits, Fer- lUjikAvH^'--' rand place le chloral, le sulfonal, la paraldéhyde, l'uréthane, le trional, etc. A côté, il y a les bromures, qui, à certaines doses, deviennent des agents hypnogéniques indirects; ils favorisent le sommeil en amenant la résolution du système nerveux.

Le camphre diminue les phénomènes d'excitation ; il seconde, par conséquent, l'action du bromure, et le bromure de camphre ||y^vy.i. )lL 0 est un médicament précieux dans certaines affections du sys- ^ / tème nerveux.

Les opiacés marquent, pour P'errand, la limite entre les agents hypnogènes et les agents narcotiques : ils produisent, suivant I^V-a^ , la dose, l'hypnose ou la narcose.

Les espèces narcotiques du Codex, la belladone, la jusquiame, la morelle, provoquent la narcose proprement dite, on portant leur action sur le bulbe et en agissant sur les centres de la vie animale ; elles suppriment ainsi la sensibilité et paralysent les mouvements.

Ferrand donne ces conseils judicieux: « Si nous avons {^-^ti affaire à une insomnie de cause cérébrale, il ne faudra pas donner d'emblée des narcotiques ; nous donnerons seulement /,„. .. ^i^ des médicaments hypnotiques; il en sera do même dans les cas de délire résultant de troubles circulatoires. Lorsque l'insomnie est due à l'excitation des centres médullaires, il

(1) Ferrand, La médication hypnologicriie (La Médecine moderne, 1896, p. 153). ^ i7 j \ ,

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faut encore recourir à la médication hypnogénique ; mais, l'on ne se contentera pas de donner des préparations peu actives, comme l'eau de laurier-cerise, ou l'eau de fleurs d'oranger, on donnera le bromure et les opiacés. Et lorsqu'il s'agit d'une lésion bulbaire produisant une excitation dont l'aboutissant est l insomnie, c'est encore du bromure à hautes doses qu'il faut administrer. »

Maurice de Fleury (1) est d'avis qu'il est possible de substituer aux médicaments hypnotiques un traitement dynamique, à la fois efficace et sans inconvénient : exercice, promenade, etc., et un traitement psychologique devant amener une accoutumance au sommeil. 11 a pu faire disparaître l'insomnie de ses malades en cinq jours. Ces moyens physiques s'adressent plutôt aux nerveux; on ne peut guère y songer pour les aliénés, à la période aiguë surtout.

Brissaud (2) estime que, pour les neurasthéniques qui se réveillent dans le courant de la nuit sans pouvoir retrouver le sommeil, le sulfonal, pris le soir, est le médicament de choix, car son action est très lente.

Pour ceux qui tardent beaucoup à s'endormir, le trional conviendrait mieux que le sulfonal, son effet ne se faisant pas attendre au delà d'une heure.

Enfin ceux qui ont « des nuits courtes », qui s'éveillent au lever du soleil et ne se rendorment plus, se trouveront bien du tétronal, dont l'action est de courte durée.

L'insomnie nécessite donc un traitement causal et individuel.

Chezles déprimés, les^ anémiés (mélancoliques déprimés, neurasthéniques), la bonne alimentation jointe au repos au lit ramène le sommeil sans Tintervention de médicaments.

Dans les insomnies douloureuses, provoquées par les né-

(1) Maurice de Fleury, L'insomnie el son irailemenl, 1891.

(2) Brissaud, Traité de Ihérapeulique appliquée de Robin, fasc. XV, p. 210.

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vralgies, la céphalalgie, la rachialgie, telles qu'on les rencontre dans l'ataxie, la neuraslhénie, la mélancolie, l'opium et Ja morphine restent des médicaments précieux, quand on sait les prescrire et en surveiller l'emploi. Il faut y adjoindre les antinévralgiques : acide salicylique (de 1 à 4 grammes), antipyrine (de 50 centigrammes à 1 gramme), phénacétine (de 30 centigrammes à 80 centigrammes), etc.

L'insomnie psychique, produite par les préoccupations pénibles, les obsessions, les émotions, etc., est encore combattue par Topium à petites doses. Le sulfonal est conseillé en cas de contre-indication de l'opium.

En présence d'une insomnie purement nerveuse, avec palpitations, sentiments d'anxiété, d'inquiétude, il faut recourir aux antispasmodiques : valériane, eau de laurier-cerise, camphre, et surtout aux bromures. Les bains tièdes, donnés le soir, agissent très favorablement.

L'excitation sexuelle est fréquemment une cause d'insomnie. Il faut alors employer les calmants de la sphère génitale, les anaphrodisiaques, les bains de siège frais, etc.

I>,'agitation psycho-motrice, accompagnantla manie, le délire aigu, la paralysie générale et bien d'autres affections psychiques, est un obstacleau sommeil. Il faut.agir méthodiquement : on donnera un bain de 33° à 34° (c, dans la soirée. Au dîner, on fera prendre 2 à 3 grammes de bromure, et si le sujet ne dort pas vers dix heures, on administrera 2 à 3 grammes de chloral. La combinaison du bromure et du chloral a l'effet le plus heureux.

Il ne faut pas continuer longtemps ce traitement; il fatigue à la longue et perd toute son action. On essaie ce procédé, les premiers jours, pendant la période suraiguë ; puis, on laisse un certain intervalle, sans discontinuer les bains qui n'offrent pas d'inconvénient ; on revient ensuite au bromure et au chloral. On peut ordonner également les autres hypnotiques : sulfonal, trional, etc.

L'insomnie due à l'excitation psycho-motrice, a souvent

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pour cause rinloxicalion alcoolique. Les uns conseillenl lii strychnine (Luton), comme anLidoLc. Nous préférons l'abstinence pharmaceutique et éthylique. L'insomnie guérit avec l'accès qui est généralement fort court.

Il y a, dansles névroses, des insomnies sans causes directes apparentes. L'hygiène, l'exercice modéré, la promenade en plein air, la bonne alimentation aideront les moyens physiques (douche ou bain selon Lindicalion) à produire un sommeil calme. Ajoutons que les excitants, le café, le thé, seront sévèrement interdits. Certains médecins anglais ordonnent la bière forte, les vins généreux, leur attribuant un effet hypnotique qui s'approche bien plutôt, à notre avis, de la prostration.

A. Considérations générales. — Dès l'antiquité, le suicide a suivi l'homme dans ses destinées, influencé plus ou moins, ici et là, par les idées religieuses et philosophiques des différentes époques de l'Histoire.

C'est là une de ces éternelles questions sur lesquelles la société a de tout temps discuté avec des tendances diverses. Mais, toujours et partout, l'homme faible, en butte àux souffrances morales ou physiques, jugées par lui intolérables ou incurables, a considéré la mort comme la déliA'rance suprême et s'y est réfugié.

Les auteurs modernes qui se sont occupés du suicide, au point de vue de l'éliologie, de la pathologie et de la médecine légale, en ont quelque peu négligé le Iraitemenl.

Le suicide n'est pas une entité morbide; mais c'est un syndrome assez important pour mériter une étude à part.

Le suicide dans les maladies mentales. — Les idées

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