I.E SUICIDE DANS LES MALADIES MENTALES
de suicide sont très fréquentes dans les vésanies fonctionnelles ou org-aniques. Nous les diviserons en trois groupes, pour faciliter l'étude (1).
a^ Fausses idées de suicide. — l'allés sont l'apanage des hypocondriaques etde quelques hystériques. L'hypocondriaque lucide, qui, toute la journée, se lamente et voit qu'on ne s'occupe pas de lui, cherche à attirer l'attention en simulant le suicide.
11 faut beaucoup de réserve vis-à-vis de ces malades ; la prudence commande de les tenir en surveillance. La raillerie peut suffire à affermir une résolution. Adroitement, il faut faire entendre au malade qu'on n'est pas dupe, et qu'il n'est pas de son intérêt d'aggraver sa situation ensi mulant le suicide. Il faut user de ménag-ements et épargner sa susceptibilité.
b) Tenlatives de suicide spontanées sous Vaclion d'une hallucination. — Ces tentatives sont fréquentes dans plusieurs formes de vésanies aiguës. Dans le délire alcoolique.^ le sujet se croit poursuivi par une bande d'assassins ; pour leur échapper, il cherche à se tuer. D'autres hallucinés entendent des voix qui leur reprochent certains actes de leur vie et leur conseillent la mort.
U hallucination de Vouïe., chez les mélancoliques, a souvent suggéré l'idée du suicide : c'est l'Éternel qui ordonne le sacrifice... C'est une voix impérieuse qui enjoint au malade de se tuer.
U hallucination de la vue est également une cause de raptus panophobique. Le suicide n'est pas volontaire; il est dû à l'erreur des sens : un alcoolique, par exemple, prendra la fenêtre pour une porte et se précipitera dans le vide. C'est un accident plutôt qu'un suicide véritable.
Chez tous cessujets, l'idée du suicide n'est pas systématique, elle est instantanée et apparaît sous l'action de l'hallucination.
(1) Paul Garnier et Cololian, Sèméiologie et Irailement des idées de suicide{Gaz. des hôpitaux, 10 octobre 1900).
4"-28 TU.MI KMENT DES lOÉKS DIC SUICIDE.
11 est généralemenl facile de prévenir ces cas. Après un examen approfondi, et connaissance prise de la nature des hallucinations, on aura recours à certaines mesures de précaution.
c) Idées de suicide sijslèmulisèes. — 11 y a des aliénés chez lesquels l'idée de suicide est solidement implantée; elle dérive de la logique morbide du sujet; tout lui parait mauvais, insurmontable: la vie est une charge trop lourde, ses ennemis sont trop puissants, la mort est son seul refuge. Celui-là se tue froidement, en combinant préalablement tous les moyens susceptibles d'amener la réussite de son projet.
L'hérédité tient une grande place dans la genèse des idées de suicide.
Les médecins ont observé, il y a longtemps, la fréquence du suicide dans certaines familles; ils n'en tiraient pas de conclusion. C'est Voltaire qui fixa surtout l'attention sur ce point (1). Le suicide d'un homme d'apparence normale, lui suggéra de curieuses i^éflexions, qui révélèrent à ses contemporains cette loi fatale de l'hérédité dans le suicide : « Son frère et son père s'étaient tués, chacun au même âge que lui. Quelles dispositions secrètes d'organes, quelle sympathie, quel concours de lois physiques fait périr le père et les deux enfants de leur propre main et du même genre de mort, précisément quand ils ont atteint la même année? Est-ce une maladie qui se développe à la longue dans une famille? — . »
Les noms d'Esquirol, de Falret père, de Moreau (de Tours), de Lucas, de Morel, de Th. Ribot, sont attachés à l'étude du suicide. Ces auteurs ont rapporté des observations qui démontrent le rôle évident de l'hérédité. On n'hésite plus aujourd'hui à reconnaître cette influence.
L'hérédité pousse, non seulement les délirants au suicide, mais aussi des gens exempts de tout délire. Chez ces derniers, l'idée de suicide est si solidement implantée, si fâcheusement
(1) "\'ollairc, Dictionnaire philosophique, art. Caion,