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CHAPITRE II

Il n'y a lieu de donner place, ici, qu'à I hislorique des névroses connues pour la fréquence des associations qu'elles entretiennent avec les psychoses, à savoir : l'épilepsie, Thyslérie et la neurasthénie.

L'e/>{7e/j,sie était connue dès l'antiquité la plus reculée, Plippocrate lui donnait le nom de mal d'Hercule, sans

doute parce que ce héros en était atteint. On l'appelait aussi

mal sacré.

Les Romains la nommaient mal comilial, du fait que les comices étaient suspendus quand un épileptique tombait on crise.

Dans tous les pays, suivant les conceptions diverses, l'appellation a varié. C'était le mal lunatique, le morbus major (Celse), le passio puerilis (Cœlius Aurelianus), le morbus divinus (Platon), etc.

Malheureusement, depuis des siècles, on n'a pu trouver le traitement radical de cette terrible affection. On connaît l'épilepsie au point de vue clinique, et c'est à peu près tout. L'étiologie en reste obscure ; les modes de traitement sont nombreux, mais, de tous, il n'y a que le bromure qui semble réussir, sans apporter néanmoins, le plus souvent, la guérison définitive.

Dans la seconde moitié de ce siècle l'historique du traitement de l'épilepsie gravite surtout autour de ce médicnment. Les noms de Ch. Locock, qui l'introduisit dans la thérapeutique de l'épilepsie (1852), de Wiliams (1), de A. Voisin (2), de Moreau (de Tours) (3), de Legrand du

(1) Williams, Médical Times, 1860.

(2) A. Voisin, Recherches cliniques sur le bromure de potassium {Bull, ihérap., 1866), et Leçons cliniques sur les maladies mentales et nerveuses, Paris, 1883, p. 623.

(3j Moreau (de Tours}, Traité de la folie névropalhique., 1869.

Saulle(l) se rattachent à Temploi du bromure de potassium dans le traitement de l'épilepsie.

Parmi les auteurs récents, il convient de rappeler les noms de Ch. Féré (2), de J. Voisin (3).

L'histoire de Vhystérie est englobée dans celle des maladies mentales.

Hippocrate n'a pas su les différencier nettement. Les crises convulsives de l'hystérie étaient confondues avec celles do l'épilepsie. En Grèce, les prêtresses qui, frappées du mal divin, rendaient leurs oracles pendant les attaques, étaient certainement des hystériques.

Aux premiers âges du christianisme, les auteurs ne sont pas encore d'accord sur la nature des crises hystériques. Quant au traitement, c'est l'empirisme qui le guide.

Des siècles passent sans qu'on puisse indiquer nettement la nature et le traitement de cette névrose.

Au moyen âge, les conceptions les plus bizarres naissent dans la masse des peuples, même dans l'esprit des médecins, stimulés par l'ignorance et le fanatisme religieux. Ce sont les années sombres de l'histoire de la médecine. Parmi tous les aliénés qu'on brûlait sur la place publique, beaucoup étaient des hystériques, atteints de convulsions ou de troubles psychiques, d'hallucinations...

Charcot et Paul Richer ont contribué à faire la lumière sur le rôle de l'hystérie à ces tristes époques. Ces connaissances ont été consignées par eux dans plusieurs ouvrages (4), parmi lesquels il faut citer surtout les Éludes cliniques sur la grande hystérie ou VhysLéro-êpilepsie (2« édit., 1885). Tous ceux qui veulent connaître l'histoire de l'hystérie doivent les consulter.

Il faut arriver au début du xix° siècle pour trouver quelques

(1) Lcgrand du Saulle, Pronoslic et traitement de l'épilepsie, 1873.

(2) Ch. Féré, Les épilepsies et les èpilepliqiies.

(3) J. Voisin, L'épilepsie, 1897.

(i) Charcot et P. Richer, Les dèinoniaques dans l'art, 1887. — Les malades et les difformes dans l'art, 1889.

HISTORIQUE

documents, mais les auteurs, comme leurs devanciers, se querellent sur la nature de Thystérie. « Les causes les plus fréquentes de l'hystérie sont la privation des plaisirs de l'amour, les chagrins relatifs à cette passion et les dérangements de la menstruation. » [Louyer-Villermay (1).]

Georget(2), nous l'avons vu, était un clinicien avant tout. Après avoir combattu les théories bizarres de ses prédécesseurs, il donne des conseils pratiques sur le traitement de l'hystérie. Il prescrit les exercices physiques, sans les pousser jusqu'à la fatigue, la bonne alimentation ; il faut éviter les phénomènes d'excitation cérébi'ale, prendre des bains froids en été, lièdes en hiver. Et surtout, pas de médicaments. « Mais que faire donc ? me demanderez-vous, il faut bien ordonner... — Ah I je vous entends, vous voulez user des moyens moraux sous forme de médicaments; dès lors, faites comme le célèbre Tronchin; ordonnez des pilules de mie de pain et autres substances de même énergie ; faites prendre pour boisson de l'eau et autres tisanes de pareille vertu ; mais n'allez pas exaspérer le mal, incendier l'estomac ou le cerveau de vos malades, pour le plaisir ou le besoin de faire des ordonnances. »

Après ces préceptes si logiques et si nettement formulés, on pouvait espérer que l'hystérie allait entrer dans le cadre des affections connues, et que les discussions cesseraient. Mais, pendant des années, elle demeure sur le terrain scientifique, comme sujet de concours académique, et redevient, de nouveau, une maladie bizarre, ovarienne, affectant les femmes seulement.

Jusqu'à Briquet (1859), quelques auteurs, entre autres Forget(3), tentent bien de faire de l'hystérie une maladie nerveuse

(1) Louyer-Villermay, Traité des affections vaporeuses des deux sexes, 1816, 2 vol..

(2) Georçet, Recherches sur les maladies nerveuses, Paris, 1821,

2 vol. j n ■

(3) Forgct, Recherches cliniques sur les névroses {Gaz. méd. de Pans,

sévissant sur les deux sexes, les riches et les pauvres; mais il fallut l'autorité de Briquet pour mettre un terme aux tergiversations.

Briquet, médecin de l'hôpital de la Charité, a recueilli un très grand nombre d'observations d'hystériques (1), ayant eu, comme il le dit, « l'occasion de voir à peu près tout ce qui peut se passer dans cette maladie ». Néanmoins, il n'a pas tout vu et il restait beaucoup à glaner sur ses traces.

Ce furent Charcot et ses élèves qui fixèrent la forme sans doute définitive de l'hystérie, au point de vue clinique, si la clinique peut accepter une forme définitive.

Legrand du Saulle(2), médecin de la Salpêtrière, dans une série de leçons, a étudié les hystériques, leur état psychique et physique, leurs actes insolites, délictueux et criminels.

Nommons aussi Oulmont (3) et Gilles de la Tourette (4).

Beaucoup d'autres auraient droit d'être cités, mais le peu qu'ils ont apporté au traitement, but de cet ouvrage, nous oblige à ne les citer qu'en temps et lieu, dans les chapitres suivants.

Quant à la neurasthénie, son histoire est attachée au nom de Beard (1868). Longtemps, le nervosisme, les états névropathiques ne faisaient qu'un avec l'hypocondrie.

Beard a donné la première description de l'épuisement nerveux [nervous exhaustion). Ce premier travail passa inaperçu. Jusqu'en 1880, on n'entendit plus parler de la neurasthénie. A cette époque, Beard fit paraître son Traité qui eut un grand retentissement dans le monde des neurologistes.

Depuis, la neurasthénie, acceptée comme entité morbide, a été l'objet de plusieurs travaux. Nous citerons Weir Mitchell (5), qui s'occupa de la neurasthénie féminine et de son

(1) Briquet, Traité clinique et thérapeutique de l'hystérie, Paris, 1859.

(2) Legrand du Saulle, Les hystériques, 1883.

(3) P. Oulmont, Thérapeutique des névroses, 1894.

(4^ Gilles de la Tourette, Traité clinique et thérapeutique deVhi/siérie, 3 vol., 1891-1895.

(5) Weir Mitcliell, Du traitement de la neurasthénie.

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trailement; Iluchard ( 1), qui donnaune description minulicusc de la maladie de Beard.

Puis, Charcot (2), par ses études et ses leçons, a définitivement constitué la neurasthénie, en stigmatisant les signes caractéristiques de cette maladie, ainsi qu'il l'avait fait pour l'hystérie.

On doit citer, enfin, les noms de Bouveret(3), Levillain (4), A. Mathieu (5), Gilles de la Tourette (6), Proust et Ballet (7), qui contribuèrent à la constitution clinique de l'entité morbide.

(1) Huchard, Traité des névroses, 1883.

(2) Charcot, Leçons du mardi, 1888-1889.

(3) Bouveret, La neurasthénie, épuisement nerveux, 1897. (■4) Levillain, La neurasthénie ou maladie de Beard.

(5) A. Mathieu, Neurasthénie (Collection Charcot-Debove;, 1892.

(6) Gilles de la Tourelle, Les états neurasthéniques, 1900.

(7) Proust et Ballet, Hygiène du neurasthénique.

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