CASTOREUM
remier a déjà su réfuter les erreurs accréditées e son temps sur le mode d’origine de cette sub- .ance. Toutefois il en a partagé plusieurs. Diosaride n’a en très-peu de mots pas négligé d’intquer aucune des circonstances importantes où e remède est encore en possession de quelque vantage bien constaté. Son commentateur, Maîiole, ne laisse guère à désirer sur l’anatomie u Castor et les propriétés les plus saillantes de i substance sécrétée par ce rongeur. Mais c’est îrlout dans Aëlius que les indications thérapeuques qu’il est propre à remplir sont soigneuselent spécifiées à côté des cas qui en conlr’indiuent l’usage.
Si nous consultons les auteurs moins éloignés e notre époque, nous les verrons adopter, sur action thérapeutique du Casloreum, les opinions >s plus contraires; mais nous ferons grâce à nos jeteurs des détails d’érudition critique toute pure uxquels pourrait nous entraîner cet examen, e qu’il faut en retenir se réduit à ce qui suit: mployé dans toutes les affections nerveuses et aasmodiques que nous avons plusieurs fois spéifiées dans les articles précédents, le Castoreum été évidemment utile , et dans tous ces cas, son ction a paru davantage se rapprocher de celle e la valériane et de l’asa fœtida que de celle du iusc; ses propriétés légèrement excitantes aux oses thérapeutiques l’ont rendu quelquefois nuiihle dans des circonstances où l’état du système irculatoire surtout semblait contr’indiquer son mploi. L’enthousiasme de certains auteurs qui omrae Krausoldl se sont plu à réciter la liste de resque toutes les maladies connues pour les uérir ou les soulager par le castoreum; Ettmul- »r qui dans toutes les affections nerveuses et en articulier l’hystérie et l'hypocondrie, le nomme nchora sacra, Schulz, Hilscher, Tilemann, qui ans leurs travaux particuliers sur cette substance ont proclamée le plus puissant des anti-spasaodiques, cet enthousiasme, disons-nous, mérite ; même blâme que le dénigrement absolu dont ont frappé le célèbre Stahl, Junker, Rivin et de ms jours M. Ratier, qui, pour être conséquent, dû envelopper le Castoreum dans la proscripon qu’il a décrétée contre les anti-spasmodiues, proscription dont il n’a donné nulle part ;s motifs, et sur laquelle nous aurons à revenir n résumant la médication anti-spasmodique, cpuis Dioscoride jusqu’à nous un fait équivoque traversé sans attaques celte mêlée d’opinions onlradictoires qui accusent bien moins le Cas- >reum que le défaut d’attention et la mauvaise
foi des observateurs; c’est l’utilité bien spécifiée de ccl agent dans certaines aménorrhées et certaines coliques.
C’est surtout dans l’aménorrhée s’accompagnant de gonflement douloureux et tympanilique du ventre, que nous avons vu le Casloreum remplir l’indication, dans des cas où l’utérus congestionné ne laisse échapper que quelques gouttes de sang, et cela avec douleur, avec une espèce de ténesme utérin , qu’on nous permette l’expression ; notre expérience â cet égard est confirmative de l’expérience de nos devanciers qui n’ont jamais loué le Castoreum dans l’aménorrhée sans en caractériser l’espèce : « C’est ainsique Dioscoride dit : Il provoque les fleurs aux femmes et est bon contre la colique et les tranchées , ce que sanctionne de sa propre expérience son savant commentateur Mathiole. Aëlius s’exprime à cet égard de la manière suivante : Adsuppressosmenses ob copiant aut crassitiem sanguinis. Eltmuller n’est pas plus précis bien qu’il soit plus explicite : pro usu ciendi nienses suppressos cum dif fieu date et varüs abdominis pathematis fluentes. Nous pourrions invoquer bien d’autres témoignages. Les coliques auxquelles il paraît convenir sont surtout celles dites nerveuses qui semblent avoir leur siège dans l’intestin grêle, s’accompagnent de pâleur, sueurs froides , résolution subite des forces comme par une cause qui irait droit aux foyers de la vie. Ces coliques sont sans évacuation , arrivent subitement après des émotions vives , le refroidissement de la région abdominale ou des pieds comme lorsqu’un individu a été exposé longtemps à une pluie froide ; elles constituent une des espèces de la passion iliaque , de la colique , appelée par quelques auteurs, de miserere II serait trop long de citer tous les traits sous lesquels les auteurs anciens ont figuré cette indication thérapeutique et les observations qu’ils ont données à l’appui. Qu’il suffise de savoir qu’à cet égard ils sont unanimes et qu’on ne saurait les accuser de s’étre copiés mutuellement , car la plupart affirment d’après des observations de leur propre pratique. Le Castoreum a joui aussi d’une réputation unanime pour aider le travail de l'accouchement , calmer la violence des tranchées , et faire expulser la délivrance retenue , disent les anciens auteurs , par le spasme douloureux de l’utérus, toutes circonstances qui corroborent ce que nous avons dit de ce médicament dans certaines aménorrhées. Cette réputation de favoriser l’accouchement et l’expulsion du placenta s’est conservée dans le
ANTI-SPASMODIQUES
nord où le Castoreum est d’un usage populaire en pareil cas.
Doses et Mode d’administration.
Le Castoreum a fait partie des remèdes anciens composés les plus fameux , comme la thériaque , le milhridatc, le philonium romanum , l’eau générale , les pilules de Fuller , de cynoglosse, etc. C’est sous forme de teinture et en lavements que nous le donnons le plus souvent dans l'aménorrhée , uni aux teintures d’aloës et d’asa fœtida, à la dose d’un gros, ou bien encore en substance dans une potion, à la dose de quinze à trente grains, dose qui peut, selon les besoins, être fort augmentée sans inconvénient. Sous formes de pilules , nous le donnons à la même «iose. ( Voyez Pharmacopée universelle , de Jourdan.)
CAMPHRE
Sorte de suc ou d’huile volatile concrète, plutôt blanche qu’incolore, semi-transparente, d’une odeur excessivement pénétrante, sui generis , très-diffusible, se volatilisant à la température de l’atmosphère ; sa saveur est piquante , amère , faisant sur la langue une impression de froid assez agréable. Le camphre est plus léger que l’eau, qu’il surnage , et à la surface de laquelle il tournoie jusqu’à ce que , suffisamment imbibé, il s’y enfonce un peu. Cette substance est renfermée dans plusieurs végétaux , dont elle est regardée comme un principe immédiat. Ceux de la famille des labiées qui ont une saveur piquante et spéciale accompagnée d’une sensation de frais , comme la menthe , par exemple , la doivent au Camphre qu’ils contiennent quelquefois en assez grande quantité. Mais le végétal dont on extrait presque tout le Camphre, est un arbre considérable du Japon, de la famille des laurinées, 1 eLaurus Camphora (L.). Celui du commerce est obtenu en faisant bouillir les branches, et même les morceaux du tronc de cet arbre dans des vases clos. Le camphre se sublime et s’attache à des couches de paille de riz dont sont tapissés les convercles des chaudières. En arrivant en Europe , le Camphre a besoin d’être raffiné : Paris est la ville qui est reconnue pour posséder les meilleurs procédés de raffinage du Camphre.
Nous entreprenons une tâche difficile. Quiconque s’est condamné à lire tout ce qui a été écrit
sur le Camphre, a dû sentir s’ébranler sa foi thérapeutique, s’il n’a pas su remonter à la source de tant de confusion , et démêler la cause d’une si choquante diversité dans les résultats.
Prononcer hardiment avec Hoffmann, Tralles, Collin , Wherloff , Cullen ,e(c. , que le Camphre est sédatif , c’est systématiquement repousser d’autres autorités dignes de foi, et un assez grand nombre de faits incontestables, sedéclarer exclusivement pour ceux-ci , en attribuant au Camphre des propriétés purement excitantes , c’est n’accepter de l’expérience passée qu’une fraction presque sans consistance : à l’exemple de quelques auteurs, vouloir concilier ces deux opinions contraires sans montrer la raison de leur opposition, c’est les neutraliser l’une par l’autre. Entre ces deux excès également injustes et ce moyen-terme sans logique, il ne nous reste qu’un parti, c’est d’accepter tous les faits, de peser toutes les autorités , pour voir s’il n’existe pas un lien propre à les réunir ; si ensuite nous soumettons notre décision au contrôle d’expériences faites sur nous-mêmes , il nous sera permis de juger avec quelque fondement.
L’action physiologique totale du Camphre est complexe comme celles de toutes les substances qui, après avoir déterminé des modifications organiques locales et quelquefois générales , parleur contact primitif avec les surfaces de rapport (peau et membranes muqueuses), sont absorbées, et produisent alors des troubles secondaires proportionnés à la nature de leurs propriétés et au degré d’assimilation dont elles sont susceptibles. C’est pour n’avoir pas su analyser ces trois ordres de phénomènes, et n’avoir fixé leur attention que sur un seul, le plus saillant ordinairement, que les auteurs ont paru avancer des faits si contraires. Nous considérerons donc dans l’action du Camphre sur l’organisme sain trois temps , ou plutôt trois modes variables dans l’intensité de leur manifestation, suivant les doses du médicament , et certaines dispositions , le plus souvent inappréciables , du sujet de l’expérience. Le premier mode est celui de son action immédiate sur le tissu où il est déposé , action toute circonscrite, chimique en quelque sorte comme celle dt caustique qui ne désorganise que ce qu’il touche. Ainsi considéré , le Camphre produit une sensation d’âcreté, de cuisson , puis une hypréraie locale , suivie d’irritation assez vive ; si le contact est longtemps prolongé , une inflammation avec ulcération en est la conséquence: mais pour agir du; cette manière, le Camphre doit être en fragments
CAMPHRE
I non dissous ou suspendu dans un véhicule; idministré sous cette dernière forme, scsmolécues sont trop divisées pour attaquer les tissus ; il aut qu’il soit pris à doses très-élevées pour laiser ainsi étendues des traces d’irritation inflarauatoire , et à plus forte raison des ulcérations :omme il en détermine lorsqu’un morceau un peu considérable est longtemps appliqué sur le même lieu. Remarquons aussi que jamais quelque prolongé que soit son contact , il n’a d’effet »areil sur la peau revêtue de son épiderme , et pje ce que nous venons de dire ne doit s’enlen- !re que des membranes muqueuses et du derme lénudé.Ce mode d’action du Camphre a été bien constaté par M. Orfila sur des chiens, à qui il en ngrait plusieurs fragments. L’autopsie révélait toujours de nombreux petits ulcères aux endroits ni avait agi la substance. Nous-mêmes avons Tardé plusieurs fois un morceau de Camphre dans mire bouche; au bout d’une demi-heure, la porion de membrane muqueuse qui avait souffert e contact du Camphre était rouge, chaude, gonlée, douloureuse, et il est certain qu’avec un peu dus de persévérance , nous aurions obtenu une ilcéralion. On sait que les ulcères aloniques , sordides, de mauvaise nature, sont avantageusenent saupoudrés de Camphre , qui les vivifie, iroduit des bourgeons charnus et une inflammaion plus propre à l’accomplissement du travail le cicatrice. Lorsque le Camphre est donné en ragments assez volumineux pour enflammer et tésorganiser les tissus, il est peu ou pas absorbé, :ar on ne voit jamais dans ces cas survenir les 'hénomènes secondaires dus à son passage dans es voies de la circulation , fait qui rentre dans et autre fait plus général de l’histoire des inflammations , qu’un tissu vivant absorbe d’autant noins qu’il est plus enflammé. Outre celte pro- /riélé irritante locale , que le Camphre partage ivec beaucoup d’autres substances non causii- [ues , irritation qui ne saurait constituer le caaclère de son action physiologique et thérapeuique,ce médicament jouit d’une puissance qui, lepuis Avicenne jusqu’à nous, a fait la base de a réputation , puissance contestée par quelquesms , et qu’ont exaltée à l’envi les plus grands méiecins des siècles derniers ; il est question de son ici ion réfrigérante , sédative.
Nous commençons par dire qu’elle ne peut être évoquée en doute. Des faits par milliers, des auorilés aussi imposantes par leur nombre que par ;ur probité et leurs lumières, sont unanimes sur e point : nos expériences personnelles ne les ona
en rien démentis. Indiquons les données de l’expérience et leurs sources, nous tâcherons ensuite de connaître les lois du mode d’action qu’elles expriment , et d’en régler la valeur relative aux autres manières d’agir du camphre.
Rien ne prouve que les auteurs grecs aient connu cette substance. Il faut arriver jusqu’aux Arabes , et en particulier à Avicenne , pour la trouver désignée sous le nom de caphur ou can~ phur. Leur témoignage sur l’action du Camphre n’est pas sans quelque gravité, bien qu’ils ne nous transmettent pas lès documents sur lesquels il est appuyé. Ils lui attribuent une puissance réfrigérante (vis refrigerans). Aucun préjugé, aucune préoccupation systématique n’a pu fausser ce résultat d’observation. Si tous les auteurs avaient vu et écrit avec cette virginité d’opinion, la question serait bien plus simple.
Les expériences faites sur les animaux vivants ne peuvent nous fournir aucun motif du jugement sur le mode d’action que nous essayons d’apprécier : en effet comme cet influence réfrigérante et sédative a lieu en silence dans l’organisme , qu’elle enchaîne les expressions symptomatiques au lieu de les animer , elle ne saurait être étudiée sur des êtres qui ne manifestent les troubles de leur économie que lorsqu’ils sont déjà extrêmes et cela par des signes que le malaise, la douleur ou le délire ont seuls le droit de provoquer tels que des gémissements, des cris, des attitudes ou des mouvements désordonnés. Il faudrait que la sédation allât jusqu’à l’extinction directe de la puissance vitale , comme celle déterminée par un froid excessif pour être bien constatée chez les animaux ; or celle que produit leCamphre n’est que modérée, bienfaisante et les animaux , quoique très-probablement ils la ressentent, sont inhabiles à nous l’exprimer. Les expériences sur l’homme en santé peuvent donc seules nous éclairer à cet égard.
Carminati , Menghini , Monro, eurent l’idée de soumettre à l’influence des émanations du Camphre des animaux de différentes classes , à commencer par les insectes ; ceux-ci témoignèrent tous qu’ils en étaient vivement offensés ; la plupart périrent lorsqu’on prolongea l’expérience. Il n’y eut, chose bien bizarre , que les teignes ( tineæ quæ lanea deslruunt ) qui résistèrent à celte action délétère, ce qui n’est pas indifférent à savoir dans l’application que l’on fait de ces expériences à la destruction des insectes parasites ; car c’est précisément sur ceux-là qu’ont agi les tuteurs que j’ai cités. Des grenouilles et de jeu-
anti-spasmodiques.
nés oiseaux exposas aux mômes émanations ont péri, terme moyen, au bout d’un quart d’heure, après avoir présenté tous les signes de l’asphyxie.
Il est bien évident qu’une atmosphère fortement chargée de vapeurs camphrées est impropre à entretenir la vie. C’est ce qui fait que nous n osons pas aussi hardiment que Cullen affirmer que le Camphre a tué ces insectes par une extinction directe et immédiate du principe vital. Si nous passons aux expériences tentées sur des mammifères, le Camphre étant introduit par le tube digestif nous aurons des phénomènes d’un autre ordre. Mais ici se présente l’inconvénient que nous avons signalé relativement à l’impossibilité d’apprécier le genre de sensation qui nous occupe. D’ailleurs dans ces cas dont les plus nombreux et les plus variés appartiennent à Carminati , Menghini et Brumwell , les autres à M. Orfila, le Camphre est donné à doses toxiques , l’œsophage est lié, ( dans lc-s expériences de M. Orfila seulement ) et les animaux ( chiens , chats , brebis ) meurent offrant tous les symptômes propres aux empoisonnements par les substances narcoticoâeres.
Fréd. Hoffmann , dans une dissertation qui a pour litre : De camphorœ usu interno prœsîantissimo et securissimo , réfute vivement deux auteurs (Craton et Ludovicus Daniel) qui s’étaient efforcés de discréditer le Camphre en disant que son usage môme à faibles doses donnait lieu à de graves accidents qu’ils rattachaient A une violente excitation sanguine et nerveuse, Le Camphre , dit-il , loin de produire ces effets sait les calmer. Siquidem camphora ail scrupulum unum vel etiam ad drachmam semis , sano hornini eani sufficienti vehiculo ailhibita quemadmoilùm multoties fecimns , corpori neque intentiorem œstum aut calorem infert , neque pulsum adauget , sed potiùs manifestant refrigerium prœsertim circà prœcordiaprœstat. 11 ajoute qn’une once d’esprit de vin et même une gorgée de vin généreux unicus haustus vini generosi, font éprouver plus de chaleur que deux gros de Camphre , et que l’excitation qu’on lui attribue doit plutôt être rapportée aux essences et aux élixirs plus échauffants dans lesquels on l’a administré. On trouve dans le premier volume de ses consultations le cas d’un hypocondriaque , qui , en proie à de violents accidents du côté du cerveau , prit par mégarde deux scrupules de Camphre, éprouva des symptômes de sursédation, de collapsus profond avec refroidissement, mêlés de phéno-
mènes bizarres tels qu’on en remarque dans les intoxications par les solanées vireuses, effets qui amenèrent la cessation de l’affection cérébrale. Louis Ballhazar Tralles dans son ouvrage qui a pour titre : Devirtute, camphorœ réfrigérante , assure avoir répété sur lui-même les essais de son maître, Fréd. Hoffmann, et en avoir obtenu des résultat s semblables. Les mêmes effets ont encore été observés dans les essais qu’a tentés sur lui-même le docteur Alexandre d’Edimbourg. Immédiatement après l’ingestion de deux scrupules de Camphre dissous dans du sirop de roses : résolution des forces , bâillements, pandiculations, obscurcissement des sens et de l’intelligence , abaissement de la température appréciable au thermomètre, diminution dans la force et le nombre des battements du cœur, sentiment de défaillance , anxiétés précordiales etc. , etc., accidents qui s’évanouissaient bientôt pour faire place à des phénomènes de réaction dont nous parlerons à propos du troisième mode d’action du Camphre. Une femme affectée de coliques trèsviolentes, en prit 60 grains en une demi heure d’après les ordres de Pouteau. Aussitôt abaissement considérable de la température, engourdissement de toutes les fonctions vitales , pâleur cadavérique , accidents qui s’évanouirent en peu de temps.
Pouteau , à qui le camphre avait déjà souvent révélé celte action , le préconise .comme un excellent sédatif. Cullen affirme que plusieurs fois il a constaté que 20 grains de cette substance ralentissaient le pouls plutôt que de l’accélérer. Il raconte avoir tenté par ce moyen la guérison d’une maniaque. Le Camphre porté à la dose de 20 à 30 grains par jour ralentissait constamment le pouls. Un jour, par une erreur de l’apothicaire, cette femme en prit 40 grains en une seule fois et tomba aussitôt dans un étal de sursédation directe , dont Cullen ne put la tirer qu’à l’aide de stimulants internes et externes. En parlant de l’action thérapeutique du Camphre, nous ferons un grand usage des nombreuses observations que Collin a consignées dans un ouvrage qui lui est commun avec le célèbre Slorck ( annùs medicus ), ce qui ne nous empêche pas d’indiquer ici, sans avoir égard à l’influence du médicament sur l’état morbide contre lequel il était dirigé , que administré un nombre infini de fois à la dose de 1 , 2 , 3 et 4 gros par jour , il n’a eu sur les systèmes nerveux et sanguin qu’un effet quelquefois nul et le plus souvent sédatif. Je passe sous d ence ici , pour y revenir en temps plus
CAMPHRE
opportun les observations de Wherlof, Joerdens, Bergers , etc., qu’on peut lire dans le Commercium litt. vieil. Norimb.,t l qui, sous le rapport du mode d’action que nous envisageons maintenant nous fourniraient les mêmes résultats que celles des auteurs mentionnés plus haut.
Schwilgué, MM. Alibert, Barbier, reconnaissent au Camphre celle propriété sédative. Deux observations rapportées dans le tome 2 de la toxicologie de M. Orflla la mettent hors de doute ; dans la première, l’usage du vin lira le malade de l’état de stupeur où il était plongé. L’école Rasorienne range cet agent au nombre des contre stimulants. Nous avons désiré nous-mêmes, selon notre habitude, essayer l’action physiologique du Camphre : appliqué en solution sur la peau, il y a produit un sentiment de froid, fait connu depuis fort longtemps, et dont la chirurgie profite tous les jours. Une première fois , nous trouvant dans l’état physiologique le plus parfait , le pouls à 72 par minute , nous avons pris dix grains de Camphre dans une demi-once de sirop de gomme. Dix minutes après le pouls est descendu à 04 pulsations ; nous ressentons à la région gastrique le froid un peu .acre et mordicant qui se produit dans la bouche , lorsqu’on y met des pastilles de menthe. Après 20 minutes , le pouls ne bat plus que 00; sensation gastrique analogue à celle de la faim. Une heure après l’ingestion du Camphre, le froid stomacal persiste, sentiment de bien-être général. Trois heures après le pouls était revenu à 72 cl tout se passait comme avant l’expérience.
Dans un second essai , 20 grains ont produit la même série de phénomènes , mais à un degré proportionné 5 l’augmentation de la dose.
Un troisième où nous avons pris 56 grains de Camphre a donné lieu aux cfFets suivants :
Immédiatement après, sentiment de réfrigération, paraissant pénétrer tout le torse, perceptible surtout 5 l’œsophage et au ventricule. Nous comparons le bien-être que nous éprouvons à celui qui suit l’ingestion d’une glace prise alors qu’on a bien chaud. Après une demi-heure de cet étal , le pouls qui jusque-là était resté comme avant l’expérience (72 par minutes) descend à 60. Sentiment léger d’accablement. La réfrigération persiste, bien que dans le tube digestif commence à résider une faible sensation d’ûcreté et de mordicalion ; le froid expansif se soutient très-notable. Après une heure, nous voulons constater l’influence sur les organes générateurs : érection moins facile à provoquer , orgasme vénérien incomplet et avortant dès que cesse l’excitation
matérielle : mais ce qui caractérise surtout cet étal , c’est l’imperfection de l’érection. Le pouls reste à 60. Le frais et le bien-être sont accrus en marchant , bien que nous n éprouvions pas ce sentiment de légèreté et de puissance du vol signalé dans quelques expériences ; pouls à 56. Deux heures après l’ingestion du Camphre , la sensation de frais du tube digestif esl remplacée par une légère et très-supportable ardeur : trois heures après , l’état esl le même qu’avant l’expérience : appétit très-vif : l’anaphrodisie ne s’est pas soutenue.
Dans tous ces cas , l’exhalation pulmonaire était imprégnée d’une odeur camphrée peu de temps après l’ingestion de la substance; la perspiration cutanée n’a rien offert de semblable, non plus que les urines.
Il résulte de ceL ensemble de faits , qu’à doses modérées, le camphre produit sur l’homme sain des phénomènes de sédation et de réfrigération ; qu’à doses plus élevées s’y joignent une stupeur et un collapsus assez profonds.
Passons au troisième mode d’action de cette substance : celle-ci est de nature excitante , et se manifeste surtout par une assez vive stimulation du système sanguin.
Stahl en parle ainsi : Maximum turgescentiam sanguinis inducit (Camphora ). Elimuller , qui l’a vanté dans les fièvres graves , comme nous le verrons plus bas , partage l’opinion de Stahl : Quicquid sit , Camphora per se est ignis concentrât^ f hinc calidissima. C'est aussi l’avis d’Alberti. Quarin s’exprimeà cet égard d’une façon très-énergique : Vidi enim in uiultis quibus Camphora major i do si exhibita fuit pulsum celerrimum , facietu ruberrimam , oculos torvos , inflammatos , convulsiones et phrenitidem lethalem sccutavi fuisse. Murray, Cartheuser , M. Alibert , citent des faits relatifs à cette manière d’agir. Un médecin de Pavie , M. Bergonsi , a fait sur lui-même des expériences dans lesquelles les effets d’excitation sanguine , de congestion cérébrale effrayants qu’il dit avoir éprouvés, nous paraissent si peu en rapport avec les doses de Camphre employées ( le maximum est 15 grains ) , que nous sommes un peu en défiance à leur égard.
Remarquons que dans le plus grand nombre des cas rapportés pour établir l’action sédative du Camphre , aux phénomènes de sédation et de collapsus ont succédé des symptômes d’excitation fébrile plus ou moins analogues à ceux que nous venons d’exposer.
ANTI-SPASMODIQUES
Quel cas devons-nous faire des essais de la fameuse société allemande qui , sous le patronage de M. Joerg , veut refondre la matière médicale? Après de nombreuses expériences tentées sur le Camphre par tous les membres du cercle thérapeutique , d’où il résulte que le Camphre est un puissant excitant du tube digestif et du cerveau , on lit les conclusions suivantes: « Un demi grain de Camphre peut déjà faire beaucoup chez un homme sain, etc., etc. Nous concluons, nous, que la société présidée par le professeur de Leipsick, est composée d’homéopathes trop timides, ou plutôt d’hypochondriaques renforcés !
Voilà donc le Camphre pourvu de trois manières d’agir différentes. On conçoit maintenant sans peine le désaccord des auteurs. Selon qu’il aura convenu à l’un que le Camphre fût excitant ou calmant, une seule de ces propriétés se sera montrée à ses yeux , et il aura passé l’autre sous silence, ou bien même, suivant une foule de circonstances, il aura pu de très -bonne foi affirmer que cet agent était exclusivement doué de l’une des deux. Pour nous , qui avons lu et pesé de bonne foi , qui avons soumis les conclusions étrangères au contrôle de nos propres sensations, ce n’est pas par un éclectisme qui, le plus souvent, n’est que le masque prétentieux de l’incertitude et de l’impuissance de l’esprit , que nous attribuons sa part de vérité à chacune des opinions des auteurs quelque antagonistes qu’elles paraissent être ; mais c’est que nous y avons été contraints par les faits. Ces faits sembleront moins contradictoires si , sans nous permettre d’ailleurs la moindre explication sur le mode d’action intime du Camphre , nous essayons de saisir l’enchaînement et la filiation des phénomènes observés sous l’influence de cet agent.
A peine introduit dans le système digestif , le Camphre produit aussitôt une action complexe qui résulte d’un sentiment d’âcreté borné aux points touchés par la substance, auquel se combine la perception d’un frais d’abord local, puis bientôt rayonnant , rapidement expansif ; on reconnaît là les deux premiers modes d’action que nous avons établis , et on sent qu’ils ne peuvent avoir leur raison pour le premier, que dans la propriété qu’a le Camphre d’attaquer chimiquement les tissus comme un calhérélique , par exemple ; et pour le second , dans une autre influence non moins incontestable qu’a ce médicament sur la puissance vitale , action directe qui a lieu sans la médiation d’aucun autre ordre de phénomènes, et qui se traduit comme toute influence directe-
ment ennemie de cette puissance vitale, 1° par la réfrigération , c’est-à-dire, par l’affaiblissement de cette force radicale qui, dans un être vivant, préexiste à toutes les autres, et par laquelle cet elre développe spontanément une certaine somme de calorique; 2° par le ralentissement de la circulation, les pandiculations, les bâillements, l’anxiété précoçdiale, les vertiges, les nausées , les sueurs froides , etc. Remarquons que cette action se manifeste immédiatement , et qu’il est peu probable qu’elle soit due à la présence du Camphre dans les secondes voies , l’absorption n’ayant encore pu avoir lieu que difficilement. D’ailleurs , on a observé plusieurs fois tous ces accidents lorsqu’un morceau de Camphre , rejeté de l’estomac par le vomissement , n’avait pas encore perdu un atome de son poids. Il parait donc raisonnable de les rapporter à une influence agissant d’abord sur les expansions nerveuses touchées par le Camphre, lesquelles , par voie de sympathie, irradient promptement celte influence à tout le système nerveux viscéral, et principalement aux centres ganglionnaires, comme une foule déconsidérations que nous passons sous silence le fait présumer. Mais il se présente un troisième mode d’action du Camphre touL opposé à celui que nous venons d’analyser: c’est l’excitation sanguine que certainement il détermine dans beaucoup de cas: or, nous croyons pouvoir en trouver la cause dans le passage de la substance dans les voies de la circulation , et dans l’effort que fait l’organisme pour éliminer du sang ce principe inassimilable : ,1e Camphre ne peut échapper à celte loi vitale , à cette réaction conservatrice , principe de presque tous les mouvements fébriles. Ce qui nous fait assigner cette cause au mode d’action que nous étudions , c’est que 1° il ne se manifeste , le plus souvent , qu’après l’action sédative, alors qu’on peut supposer qu’il est absorbé, et cette absorption n’est pas douteuse, d’après les expériences de M. Magendie , de plusieurs autres , et les nôtres en particulier ; 2° que la fièvre passagère par laquelle se révèle cette excitation vasculaire, se juge ordinairement par des sueurs qui répandent une forte odeur de Camphre ; 3o enfin , qu’en injectant dans les veines des animaux une solution de Camphre, on détermine d’emblée ces signes d’excitation, sans qu’ils soient précédés des symptômes de sédation que nous avons attribués à l’infiuence nerveuse, ce qui n’est pas commun, lorsqu’on prend le Camphre par la bouche. Toutefois il n’est pas impossible, il est même probable , que cette réaction participe
CAMPHRE
aussi de la nature de celles qui suivent . toute sédation du système nerveux , comme, par exemple, la chaleur , la rougeur , otc. , qui succèdent à l’application du froid. C’est ainsi que CuJlen s’en rendait compte ; mais on sait que portant le solidisme à l’extrême, il affectionnait ce genre d’explication, quelquefois jusqu’à l’absurde. Si on objectait à celte manière d’envisager l’action composée du Camphre, que dans certains cas on n’observe que les phénomènes de sédation, dans d’autres seulement ceux qui annoncent une influence stimulante, puis quelquelfois une combinaison de ces deux ordres de symptômes , ‘nous répondrions que le premier de ces modes d’action n’entraîne pas nécessairement le second ; car l’effet sédatif peut avoir eu lieu d’une manière si peu prononcée que. la réaction soit insensible. Pourtant dira-t-on , l’absorption s’esl opérée. Oui j mais en raison d’une disposition heureuse du sujet , l’élimination a été facile , et n’a pas eu besoin , pour s’accomplir , de grands efforts de la part du système vasculaire : c’est comme une digestion qui n’a pas retenti dans l’organisme. Nous sommes por tés à croire qu’il en est ordinairement ainsi, lorsque c’est le poumon ou les reins qui se chargent de l’excrétion de la substance à éliminer. Certainement, ces différentes manières d’agir du Camphre ne sont pas en raison directe l’une de l’autre ; cette condition ne peut s’exiger toutes les fois qu’il est question de phénomènes vitaux , c’est-à-dire mobiles, sujets à une infinité d’inaxactitudes et de variations.