ACTION TOXIQUE
Quant à l’action toxique du Camphre, nous l’avons décrite en rapportant les expériences du docteur Alexandre, et celle que cite Fréd. Hoffmann. Elle est tout à fait analogue à celle qui appartient aux poisons narcolico-âcres dans laquelle M. Orfila a très-bien fait de la ranger. On dirait qu’elle est le produit de la confusion des trois modes d’action que nous avons admis, portés à un haut degré. Les signes de sursédalion vont jusqu’à la syncope, aux sueurs froides, à l’abolition des sens, puis à ces accidents se joignent ceux d’une réaction impuissante, se manifestant par des efforts sans suite, sans résultats, dans lesquels le système nerveux remplace fâcheusement le système sanguin; c’est de l’ataxie. Quant aux doses qui constituent l’intoxication par le Camphre, nous pensons qu’elles ont été en général exagérées, et qu’on peut, en une seule fois, eu
prendre un gros sans risquer des accidents. Ceuxci ont cela de remarquable, qu'ils se dissipent très-promptement sans laisser à leur suite rien de fâcheux.
action théràpeutiqub.
Nous avons fort peu employé le camphre. Ce n’est pas que nous ayons été effrayés du litre de remède incendiaire qu’a décrété contre lui la doctrine dite physiologique ; mais les dissensions des auteurs, l’incertitude des effets, nous ont fait négliger cet agent peut-être très-utile. Nous allons néanmoins passer en revue les diverses circonstances dans lesquelles on dit l’avoir administré avec succès, en faire connaître et en discuter les indications et les contre-indications, non d’après nos propres données, mais appuyés sur nos manières de voir, nos croyances pathologiques et thérapeutiques.
Prenons d’abord deux grands ordres de maladies où le Camphre a été préconisé par le plus grand nombre, rabaissé par quelques autres. Ce sont les fièvres et les inflammations : quarc in febribus continuis quœ ferè omnes aliquid inflammatorii liabent, itemque etiamin inflanimationum generibus cœteris , in pleur itide , phrenitide , anginâ , inflammatione uteri magno cum fructu semper Camphora cuni nitro mixtâ in artis exercitio usus sum. C’est Hoffmann qui s’exprime ainsi.
Ces assertions sont confirmées par un trop grand nombre de praticiens célèbres pour ne pas inspirer quelques confiance, au moins quant à l’innocuité du Camphre dans les cas en question. L. B. Tralles assure ne pas connaître dans toute la matière médicale, d’agent plus puissant contre les inflammations. Existe-t-il beaucoup de médicaments , et en général beaucoup de moyens d’enrayer le cours de cet état organique appelé inflammation, lorsqu’il est bien établi, quùmfirmiter hœreat suivant l’expression des anciens ? Dans quels cas et dans quelles limites le faut-il? Ces questions sont posées et résolues dans notre thérapeutique générale.
Rien ne prouve mieux l’inconstance des effets du Camphre , que les observations contradictoires , rapportées par plusieurs auteurs ; c’est ainsi que Junker, remarquant qu’il est utile dans certaines inflammations , nuisible dans d’autres , fait île subtils efforts pour spécifier les conditions de celte différence: In iis caloreni auget y in aliis prœter naturam auclum minuit. 11 finit par en recommander l’usage dans toutes les
ANTI-SPASMODIQUES
phlegmasles , après une saignée pratiquée. Dans son grand ouvrage de thérapeutique générale, ,il met moins de restriction à son emploi que dans sa dissertation inaugurale : la néphrite est, suivant lui , la phlegmasie qui en réclame surtout l’usage, 5 cause de la vertu diurétique et sédative des voies urinaires qu’il attribue à'ce médicament. L’angine qui 'survient dans les fièvres continues est de même citée par Junker comme devantêtre traitée par le Camphre. Il est bon de dire que généralement ce grand praticien ne l’administrait guère qu’au début des inflammations , si adhuc recens est malum. L’illustre Werlhofa rempli le Commercium Norembergense, d’observations de phlegmasies aigulJs guéries par le Camphre. licite surtout beaucoup de pleurésies très-vives, comme douleur locale et phénomènes généraux, dans lesquelles ces symptômes furent apaisés assez peu de temps après l’ingestion du Camphre pour que l’action du remède puisse en revendiquer une part. Des pneumonies , des mélrites puerpérales, ont paru bien s’en trouver aussi. Jamais, dit-il, des accidenis n’ont suivi celte mécation : Sanctè testor nullutn plané indè caloris incrementum , sed potiùs placidiora omnia, etc. Un médecin distingué de cette époque, Bergerus, répéta les essais de Werlhof , et obtint de prodigieux succès ; il écrivit à celui-ci qu’il espérait bientôt amener tous les praticiens à celte bonne médication ; on lit dans cette lettre : Jpse illud prœcipuè in pleuritide aliisque internis inflamviationibus majori etiam dosi quàm quœ abs te commendatur sœpissimè felicissivièque usurpo. Joerdens, enhardi par ces exemples , administra le Camphre dans des pleurésies, où il en obtint des effets prompts et complets. Alberti levante aussi dans le mêmes cas, mais il recommande bien de ne le donner qu’au début des inflammations. A celte époque, dit-il, il n’estaucun médicament plus évideinmeneffficace, mais il n’en est plus ainsi si on attend davantage. Ils sont du reste unanimes dans cette recommandation. Lorsque Werlhof, Bergerus et Joerdens parlent de pleurésie, il est fort probable que, pour eux, toute cette affection gît dans le point de côté, la fréquence et la difficulté de la respiration , lessymdtômes fébriles , etc., sans qu’il soit question de l’épanchement ; mais nous savons que, d’après la marche naturelle de celle maladie , le groupe de symptômes qui à leurs yeux la constitue tout entière . n’existe plus au bout de trois à quatre jours , sans que pour cela la pleurésie puisse être dite guérie ; l’épanche-
ment reste, et nous ne pensons pas que le Camjftireait prise sur lui. Il est encore fort possible que ces médecins n’aient eu affaire qu’à des pleurodynies, expression rhumatismale qui s’accommode bien des calmants et des diapboréliques tels que le Camphre. Mertens veut , pour qu’on le donne dans les maladies inflammatoires avec fièvre, que le pouls soit dur, nerveux, et qu’on n’observe pas de signe de coction et de crise. De larges doses de Camphre sont , suivant Pouleau , un moyen des plus héroïques contre les affections érysipélateuses du bas-ventre qui surviennent dans les fièvres puerpérales.
Dans la goutte , et surtout le rhumatisme aigu et chronique , le Camphre s’est jusqu’à nos jours concilié d’assez nombreux suffrages : c’est ainsi que Collin rapporte un grand nombre de rhumatismes chroniques , mais plus encore de névralgies sciatiques où il eut beaucoup à se louer du Camphre à hautes doses. Werlhof, op. cit. , cite un cas dégoutté déplacée et fixée sur les viscères, où de hautes doses de Camphre paraissent avoir été très-efficaces. Les cas analogues sont communs dans les auteurs du dix-huitième siècle. En parlant du musc , nous avons déjà eu occasion d’énoncer ces terribles accidents, et de faire sentir combien ils semblent céder heureusement à de fortes doses des remèdes qu’on appelle stimulants diffusibles.
Depuis le commencement de ce siècle , plusieurs thèses et mémoires ont paru, qui accordent au Camphre une grande puissance curative dans le rhumatisme aigu fébrile ; c’est ainsi , au moins, que plusieurs de ces écrits sont intitulés. Mais les observations sur lesquelles les auteurs ont fondé leurs conclusions sont moins probantes qu’ils ne le pensent. Ainsi ,,par exemple : la thèse de M. Chèze ( Paris, 1808 ) ne prouve
absolument rien de ce qu’annonce le litre ; on
n’y voit que des névralgies sciatiques où le Camphre en frictions et en fumigations paraît avoir bien réussi ; mais ces affections, bien que recon-
naissant souvent une cause rhumatismale , ne
sont pas le rhumatisme aigu externe.
Pour ne pas diviser ce que nous avons à dire du traitement des affections rhumatismales par le Camphre, nous parlerons ici de l’emploi externe qui en a été fait dans ces maladies, au lieu de réserver cette question pour la partie où il sera fait mention de ce mode d’administration. M.Dclormel , ( Journ . gén. de méd. , t. 107), cite plusieurs cas de rhumatisme chronique et de goutte, complètement guéris par la vapeur du Camphre
CAMPHRE. 41
légagée dans une étuve pendant cinq à si* m*mtes , le malade étant déjà exposé depuis uiT juart d’heure à l’action de la chaleur sèche. A .•es fumigations, on joint les pilules d’aconit et l’opium. Les observations qui ont pour objet les humalismes chroniques consécutifs à des rhumatismes aigus, nous paraissent assez concluantes. Les dernières, qui appartiennent évidemment ides engorgements goutteux, ne méritent pas la même confiance, au moins comme cure radicale, totons toujours que le gonflement articulaire et es incommodités qui en résultaient ont été dé- .ruits , mais n’allons pas en conclure , avec , 'auteur du mémoire , qu’il a guéri la goutte ,* résoudre un engorgement goutteux n’est pas plus guérir la goutte, qu’exciser une excroissance vénérienne n’est guérir la syphilis. Nous voudrions, pour porter un jugement plus assuré sur ces observations, que le traitement eût été dégagé de l’aconit et de l’opium , qu’on sait ne pas être sans efficacité dans les cas dont il s’agit. Cullen était si persuadé du caractère réfractaire de la goutte, que, tout en admettant que le Camphre pût dissiper une manifestation locale du principe goutteux, il aimait mieux ne pas l’employer dans les cas où l’éruption goutteuse ayant choisi pour se fixer une partie du corps indifférente à l’entretien de la vie, comme les membres, par exemple, il redoutait en la déplaçant une métastase viscérale , et le réservait au contraire pour délivrer ceux-ci aux dépens du retour de la goutte sur des parties moins essentielles.
A en croire M. Dupasquier , dans un mémoire dont on trouve un long extrait dans la Revue médicale, an 1826, tome 2, page 218, le rhumatisme articulaire aigu fébrile aurait trouvé son spécifique dans le Camphre en fumigations.
Voyonssi, àTexempledeVan-Helmont , M. Dupasquier n’est pas allé trop loin, en déclarant indignes de pratiquer l’art de guérir ceux qui ne savent pas tronquer une maladie dans son principe.
Des observations de ce médecin , deux bien caractérisées comme rhumatisme fébrile général , sont comptées parmi les cas de guérison , la rémission des accidents ayant eu lieu , pour la première, au bout de trois semaines. Une récidive survient après huit jours de cette rémission , elle e*t regardée comme un nouveau rhumatisme. Le sujet de la deuxième est dit guéri au bout de quinze jours; le temps est brumeux ; au bout de huit jours , récidive qui ne cesse qu’après trois ou quatre fumigations , et qu’on regarde encore comme une nouvelle attaque.
La première erreur , ici , est de considérer un agent thérapeutique comme eflicace dans le rhumatisme , lorsque celui-ci ne cède qu’après trois et quatre semaines; car c’est là la teneur moyenne de la maladie abandonnée à elle-même. La deuxième erreur consiste à compter comme une nouvelle invasion la récidive des douleurs articulaires, après huit jours de rémission de ces douleurs. Combien de fois n’avons -nous pas vu toute douleur , tout engorgement se dissiper alors que la fièvre rhumatismale étant toujours là pour attester l’existence de la cause , nous prédisions infailliblement que quelque nouvelle localisation ne larderait pas à se montrer par les synoviales , la plèvre ou le péricarde. Ces observations ne prouvent donc ni pour ni contre le Camphre. D’autres cas de rhumatisme musculaire, vague, apyrétique, sont ici sans valeur. Celte espèce n’a aucune durée fixe , et cède le plus souvent d’elle-même. 11 n’y a que deux exemples de guérison en cinq jours de rhumatismes vraiment articulaires , aigus et fébriles ; encore dans l’un d’eux on ne fait pas mention de la fluctuation des articulations. Mais qui n’a vu, sans pouvoir s’en rendre compte , des rhumatismes qui , par leur analogie avec les plus réfractaires , semblaient devoir durer quatre à cinq semaines , disparaître au bout de quelques jours sans nulle médication, ou avec des médications insignifiantes ? Tant il est vrai que le diagnostic , ce mot étant pris dans toute sa valeur, et la connaissance de la marche naturelle des maladies sont les plus importantes des éludes du médecin ! M. Dupasquier pense que le Camphre agit en portant sur la peau une puissante révulsion. Mais le rhumatisme lui-même est une longue révulsion aux téguments externes qui sont brûlants , injectés , couverts d’une sueur profuse , non critique , plus nuisible que soulageante , et c’est en faisant suer des malheureux, dont la plus grande incommodité est de trop suer , qu’on prétend les guérir ! Ces considérations mises à part , tout ce qui excite la peau , et provoque la diaphorèse, comme les bains tièdes, les bains de vapeur d'eau et aromatique, nous ont toujours paru plus désavantageux qu’utiles dans le rhumatisme aigu.
Rien n’égale les éloges prodigués au Camphre dans la peste , les fièvres putrides , pétéchiales , malignes, et les inflammations de même nature, ovines morbi mali morts. C’est à la rapidité avec laquelle il traverse tous les couloirs , à sa faculté d’entraîner , en se vaporisant à la surface 1 de la peau, tous les miasmes qui infectent l’écooo-
anti-spasmodiques.
mie, ainsi qu’à son action anti-putride directe , que les auteurs des deux derniers siècles attribuent sa vertu contre la peste. Pringle, qui a expérimenté ses qualités désinfectantes , en faisait un heureux emploi dans les typhus nosocomiaux, et dans les lièvres des camps ù leur deuxième et troisième période. Fréd. Hoffmann nous apprend qu’aprés une peste meurtrière, Vérone éleva une statue à un médecin nommé Heinisius , pour les services qu’il rendit dans cette épidémie avec une huile qui a conservé son nom, et dont le Camphre constituait la hase. Le Camphre fut aussi prodigué dans la peste de Marseille , Remedium in febribus malignis sine Camphorâ est instar militis sine gladio. C’est ainsi que s’exprime Ettmuller, dans le fanatisme thérapeutique qui , en général, le caractérise. A entendre L. B. Tralles, grâce au Camphre , le fléau de la peste va laisser reposer le monde : Non tôt gibbosa cœmiteria reddit pestis emortuale virus. Mindererus , Rivière , Fernel , Schullz, Hartmann , Wapfer, eu parlent avec autant d’enthousiasme pour les bienfaits qu’il leur a rendus dans les lièvres malignes , et rapportent de leur propre pratique un grand nombre d’observations, à leurs yeux très-péremptoires , et que nous nous abstiendrons d’analyser , ainsi que la relation que fait Callisen ( Acta societatis regiœ tranniensis, t. I, p. 407) d’un typhus des vaisseaux , dans lequel, après avoir vainement tenté toutes sortes de moyens, il eut enfin recours â la vertu antiseptique et sédative du Camphre.
Ce médicament n’abrégea pas la durée de la maladie, comme on peut s’en convaincre en lisant le rapport de Callisen , car le typhus qu’il décrit est bien probablement une dothinentérie grave et épidémique; mais par son action sédative , il réprima très-évidemment beaucoup de symptômes exagérés, et amena d’heureuses terminaisons. De nos jours où , après de longs débats et des recherches sévères, on a été conduit à renfermer dans un seul genre (fièvres typhoïdes continues graves, dothinentérie) toutes les fièvres désignées autrefois comme bien distinctes sous les noms de fièvre maligne , putride , adynamique, nerveuse , pestilentielle , l’on sait combien il faut être réservé pour prononcer sur les effets bons ou mauvais d’une médication quelconque dans ces sortes d’affections. Tout au plus peut-on se permettre quelques moyens pour lever les obstacles aux tendances de la nature et dégager sa marche des complications qui l’entravent , telles que les inflammations parenchymateuses, les hémorrhagies
non critiques et les phénomènes nerveux. Nous ne voulons donc pas juger les faits des auteurs qui sont favorables au Camphre. Peut-être sur la fin de la maladie lorsque surviennent les accidents dits putrides CL nerveux , comme escharres , hémorrhagies sous-cutanées , soubresauts des tendons , coma , etc. , etc. , cet agent n’est-il pas sans avantage.... 11 est une fièvre particulière que Rivière a décrite sous le nom d a pétéchiale et que nous n’affirmerions pas être une dolhinenlérie. Le Camphre fut-il aussi utile qu’Iloffmann le déclare ? C’est ce qui est fort incertain , car ce médicament était donné vers le milieu du deuxième septénaire, et Rivière dit que les malades entraient en convalescence au bout de quelques jours. Cela ressemble bien à la marche naturelle de ce genre d’affection. Il c-st juste de dire pourtant que dans ces obserVati ms et celles fort analogues rapportées par Huxham , les accidents menaçants qui étaient la cause ou l’effet des pétéchies s’amendaient bien sous l’influence du Camphre. Ceci rentre dans la question des complications qui selon nous aussi doivent être combattues comme nous le conseillons plus haut.
Huxham remplissait de ux indications en donnant le Camphre dans les fièvres lentes , nerveuses et pétéchiales. D’abord il excitait la diaphorèse sans allumer la fièvre : au contraire , à cet avantage il joignait celui d'apaiser l’éréthisme et de produire le somme il dans les cas où les opiats n’agissaient pas.
Le Camphre a joui d’une grande réputation dans les fièvres éruptives , s’accompagnant de malignité et de putridité, surtout lorsque l’exanthème venant à se supprimer , la vie du malade est compromise par les accidents de tout genre dus à celte rétropulsion. C’est comme lexipharmaque , antiseptique et sudorifique qu’il était prescrit dans ces circonstances.
Haller décrit une épidémie de variole qui régna à Berne en 1755 et dont la gravité était principalemcntdue à des taches noires, des hémorrhagies sous-cutanées qui se montraient entre les pus-; Iules. On sait que Sydenham regardait ces taches et le pissement de sang comme des signes certains d’une mort prochaine : Sanguinis mictum et maculas purpureas quœ ità certè mortem prœnunciant. Hé bien , Haller réclame contre ce pronostic absolu. Les cas qu’il cite se trouvent dans les mêmes conditions appréciables que ceux de Sydenham. La mortalité était générale 4 toutes les médications échouaient ; enfin il découvrit un moyen de salut, le Camphre : ûl vero
CAMPHRE
ruit Camphora. Du moment où il donna ce renède (30 grains par jour dans une potion ) , il ne vit plus les taches hémorrhagiques ni les terribles accident qui les accompagnaient, et si par l’imprudence des gens qui entouraient le malade, celui-ci prenant des cardiaques, on en voyait paraître quelques-unes , la potion camphrée rendait aussitôt à la variole sa marche bénigne. Celte potion était continuée jusqu'il la dessiccation. Nous n’avons jamais eu l’occasion de remplir l’indication où Haller fit un si heureux usage du Camphre. Nous n'hésiterions pas il le faire si elle e présentait. L’arrêt de Sydenham nous permettrait de tout essayer en pareil cas. Ses pronostics sur la variole ne nous ont pas encore trompé.
L’autorité de Tissot serait encore pour nous J’un grand poids. Comme Haller il avait recours su Camphre dans le cas que nous avons spécifié. Il est vrai qu’il y joignait les acides, dont l’action ;n pareil cas n'est pas douteuse. Faut-il croire pie le Camphre puisse, comme l’a dit Rosensteiu, m errer le virus variolique et réaliser l’opinion n-éconçue de Boerhaave sur la possibilité de iompter ce principe ? Faut-il croire que celui-ci noculé avec une solution de Camphre, l’infection variolique est empêchée ? Ces expériences n’ont aucun titre à notre confiance.
Est-il nécessaire de dire que le Camphre a été préconisé comme souverain dans les fièvres internittentes ? Tous les agents de la matière médicale n’ont-ils pas été tour à tour investis de celle puissance? En traitant de la médication anti-spasmodique nous signalerons les cas où ces divers moyens peuvent satisfaire à des indications particulières en combattant des éléments pathologiques indépendants de la maladie périodique. Son nfiuence sédative de la circulation l’a fait vanter par Hoffmann en particulier contre les hémorrhagies. Collin paraît être le praticien qui ait le plus fait usage du Camphre. 11 le portait à des doses énormes. La collection importante d’observations qu’il a publiées dans V Annus medicus sous le litre de Camphorœ vires , se compose en grande partie de faits relatifs à des ulcères sordides réfractaires, des gangrènes spontanées, des phlegmasies de mauvaise nature, des abcès , des suppurations interminables venues à la suite de varioles, de scarlatine surtout, de fièvres putrides , d’hectiques de résorption symptomatiques de caries , etc. Dans tous les cas , il existe un état d’infection générale du système dont la cessation sous l’influence du Camphre , précède toujours l’amélioration de l’état local. Il y a aussi
quelques exemples de leucorrhée et d’hystérie heureusement modifiés par le Camphre. Les faits rapportés par Collin sont de ceux qui nous semblent devoir concilier au Camphre le plus de suffrages. C’est dans des cas analogues que nous craindrions le moins de Remployer, parce qu’ici Collin s’attaque à des maladies chroniques, et que c’est dans ces maladies que l’art peut surtout déployer sa puissance.
Les maladies des voies urinaires , et pprmi elles celles qui sont accompagnées de dysurie et de slrangurie, sont assez sûrement dégagées de ces accidents par l’usage intérieur du Camphre. C’est surtout dans la blennorrhagie compliquée de difficulté et de douleur pour uriner qu’il a été conseillé. Plusieurs mémoires récents témoignent de son efficacité en pareil cas. On cite des rétentions d’urine, où le Camphre ù l’intérieur a pu épargner le cathétérisme aux malades. Les anciens et les modernes sont d’accord sur ce point. Junker dénie néanmoins au Camphre ce mode d’influence ainsi que Cullen, que de nombreux faits , dit-il , ont amené à celte opinion. Ce genre d’emploi du Camphre sera traité à la fin de l’article ,ù la question des combinaisons du Camphre comme correctif de divers agents. L. B.Tralles et Fréd. Hoffmann, qui ont porté les vertus du Camphre jusqu’à une exagération ridicule, le prônent comme un excellent anti-syphilitique. Personne, nous présumons , ne sera tenté d’en faire l’essai. Si des maladies humorales et des lésions organiques nous passons aux affections nerveuses et névralgiques, nous les aurons toutes à énumérer à propos du Camphre. Nos lecteurs ne gagneraient rien à ces longueurs. Qu’ils sachent que le Camphre a été loué à l’excès et quelquefois blâmé dans toutes les névroses imaginables et principalement dans l’hystérie, l’asthme et les maladies avec flatuosités. Pour les névralgies dans celles de la face et des dents. Nous ne nous arrêterons plus qu’à deux séries de faits , ce sont ceux qui ont rapport au traitement de la manie par le Camphre et à la propriété anaphrodisiaque de ce médicament.
C’est à l’imperfection des connaissances des anciens sur les maladies mentales , à la confusion qui régnait dans le diagnostic de ces affections , à l’absence de distinction établie entre les genres et les espèces de vésanies, à l’ignorance où ils étaient sur leur marche naturelle et leur traitement philosophique, qu’il faut attribuer la réputation de spécifique dont a presque universellement joui le Camphre dans le traitement de
ANTI-SPASMODIQUES
la mélancolie cl de la manie avec ou sans délire. Paracelse, Sennert, en parlent très-avantageusement dans ce sens. Ettmuller affirme qu'il ne lui a jamais été que fort utile dans les délires mélancoliques avec ou sans fureur préalable .
Werlhof , Bergerus , Joerdens, ont cité des faits à l'appui de celle action dans le Comm. Norovib. Kinneir l’a vu réussir quatre fois , I’é-
I iar, Lauglher, l’ont administré plusieurs fois sans aucun effet; CuIIen n’en a rien obtenu, mais il cite un cas où il l'a vu manifestement agir.
Pinel ne se prononce pas sur celtequeslion, bien qu’il croie que dans la manie les anti-spasmodiques à hautes doses puissent trouver leur indication. Savoir saisir celles-ci dans un genre de maladies de causes si diverses, de symptômes et de marche si fluctuants , si irréguliers , si peu soumis aux efforts salutaires de l’organisme, nous parait chose bien difficile. Le signe articulé par Avenbrugger daaisson travail qui a pour titre :Experimenturn nascens de remedio specifico sub signa specifico in mania virorum comme indicateur de l’emploi du Camphre dans la manie, lève-t-il ces embarras ? INous ne saurions le juger , parce que ce point de séméiotique est tombé dans l’oubli sans que nous sachions si cet oubli est justifié par l’infidélité constatée du signe dont il s’agit. Avenbrugger prétend que le Camphre guérit spécialement la manie chez les mâles lorsqu’elle est accompagnée de la condition suivante : 1 0 Pénis contractas , exilissimus ; 2° scrotum corrugatum , vacuum, Z° Ambo testiculi ità retracti ut ad cavum abdominis propè introduti appareant. Autre condition moins importante : Vulsio vianuum ad inter iora. L’existence de ce dernier signe permet de présager le premier.
II paraît suffire chez les femmes pour autoriser l’usage du Camphre.
Dans les cas qui réunissaient ces conditions, Avenbrugger commençait par débarrasser le ventre à l’aide de purgatifs antiphlogistiques ; il saignait du pied jusqu’à disparition des signes de pléthore, attachait le maniaque dans son lit, tenait le ventre incessamment recouvert de fomentations chaudes émollientes, puis jusqu’à guérison absolue, il prescrivait une mixture avec 48 grains de Camphre pour les 24 heures. Toutes les observations rapportées par Avenbrugger dans son intéressant travail appartiennent à des maniaques avec délire furieux et fièvre , presque tous jetés dans cet .état par des’ causes morales. 11 ne tenait pas compte de l’effroyable excitation qui semblait
se développer sous l’influence du Camphre, et avait à cet égard adopté l’axiôme suivant: vis rnaniaci vieludenda est , ubi de remediorum externorum et inter norum accuratâ udministrationcagitur. La diminution des accidents s’observait dans un ordre régulier et toujours annoncé par une réduction successive et proportionnée de l’état spécifique des parties génitales à leur état normal. Après le premier nyclhémeron le pénis s’allonge ; à la fin du deuxième , un des testicules est descendu au fond du scrotum qui s’affaisse , le troisième écoulé , l’autre esL aussi descendu. A dater de ce moment , la maladie se comporte ainsi : sommeil profond , sueurs abondantes , le malade éveillé n’est pas encore entièrement apyrétique ; interrogé , il ne se plaint que d’une grande fatigue musculaire, d’une faim dévorante et de la gêne de ses liens. Alors on diminue graduellement les doses du Camphre, qu’on poursuit néanmoins longtemps encore après la disparition de tous les symptômes.
Certes, voilà qui est précis, non équivoque. Personne n’empêchera Avenbrugger d’avoir vu ce qu’il a vu. El puis , ce médecin éclairé avait des termes de comparaison. Il avait eu occasion de voir traiter et de traiter lui-inéme un trèsgrand nombre de maniaques, d’après la méthode de Nicolaüs Sedana , son maître. Ce traitement consistait en saignées de pied qu’on faisait alterner avec des vomitifs, cela pendant un long temps, et les malades guérissaient moins promptement que lorsqu’on leur donnait le Camphre. Mais il faut bien dire que le traitement préparatoire énergique qu’Avenbrugger faisait subir à ses malades pouvait avoir une grande part dans leur rétablissement. Ces faits n’en ont pas moins leur intérêt, et si nous nous y sommes arrêtés un peu longuement, c’est pour que les praticiens aient l’attention éveillée sur le point de séméiotique qu’ils tendent à consacrer et sur sa valeur relative à l’indication du Camphre avec les précautions conseillées par Avenbrugger. Tous les praticiens qui l’ont prescrit dans la manie l’ont porté à hautes doses et avec persévérance. Ils ont altribué les insuccès des autres à la négligence de ces deux conditions de réussite.
Jusqu’à quel point est fondé ce fameux adage de d’école de Salerne : « Camphora per narcs castrat odore marcs ? »
A cet égard on doit consulter les faits. Si nous les comptons, la majorité confirmera l'action anaphrodisiaque qu’un plus pelil nombre tend à infirmer. Les services que ce remède rend dans
CAMPHRE
les dysuries, les maladies des voies urinaires, fait encore présumer celle action sédative (pic nos expériences propres nous ont paru aussi mettre an jour. Mais, comme tous les effets du Camphre, celui-là parait fort variable.
L’emploi extérieur du Camphre est sujet à moins de diversité dans ses résultats. Dans les ulcères de mauvaise nature , scorbutiques , dartreux , les gangrènes spontanées , la pourriture d’hôpital , il possède réellement une vertu antiputride trop souvent manifestée pour qu’on la révoque en doute. C’ost dans ces cas surtout que Collin l’employait , et il le faisait prendre en même temps à l’intérieur, lorsque ces lésions externes paraissaient sous l’influence d’un vice général. On en saupoudre les parties. Dans ces cas, son mélange avec le quinquina en poudre rend la médication plus sûre. On l’emploie sous forme d’huile de camomille camphrée en fomentations dans les météorismes du ventre qui tiennent à une atonie delà tunique charnue du tube digestif. Dissous dans l’alcool il est utile dans les entorses légères- Des compresses imbibées de cette eau-devie camphrée , résolvent les ecchymoses , font disparaître l’engorgement et la douleur des entorses. Sous celte forme , on s’en sert aussi en embrocations dans le rhumatisme et les névralgies chroniques. On le prescrit aussi extérieurement dans ions les engorgements froids, sur les membres affaiblis à la suite de fractures, etc., sur les seins pour faire passer le lait des nouvelles accouchées ; sur le foie dans certaines hypertrophies de cet organe. On en arrose avec avantage les cataplasmes résolutifs. 11 nous a souvent réussi de celle manière. Plusieurs auteurs ont conseillé d’en faire dégager la vapeur dans les lieux où sont plusieurs malades affectés de maladies dites jmtrides et de nature gangréneuse. On l’incorpore à certaines pommades conire la gale , l’eczéma , etc., pour apaiser l’irritation de la peau , empêcher les démangeaisons , etc.
M. Malgaigne (Gaz. raéd. juillet, 1852 ) a consigne quelques observations d’emploi du Camphre appliqué sur les érysipèles. 11 dit que ni les anciens , ni les modernes , ne parlent de celte médication. Junker, Poutean , Murray s'en expliquent pourtant d’une manière assez claire. Pour juger la valeur réelle d’un agenl contre l’érysipèle, il faut bien connaître la marche naturelle de cette affection ; alors on voit parfaitement que , quoi qu’en dise M. Malgaigne , les cas d’érysipèle interne , précédé de fièvre, de celui que nous appellerons érysipèle médical, qu'il rap-
porle en preuve du bienfait de l’usage du Cam» phre , ont imperturbablement rampé sur la face et le cuir chevelu en dépit du médicament , et que celui-ci n’a eu d’action véritable que dans les cas d'érysipèle chirurgical survenus à la suite de lésions externes aux environs de ces lésions. Les conclusions de M. Malgaigne ne sont donc valides que relativement à cette dernière espèce. Cet auteur pense avec raison que par le froid intense qu’il produit sur les parties qu’on en recouvre ( entre des compresses mouillées en ayant soin d’arroser de temps en temps les compresses ) , il pourrait remplacer la glace dans les affections cérébrales. De tout temps on a beaucoup vanté les collyres résolutifs faits avec le Camphre, et nous croyons que c’est àjuste litre. Il est peu d’ophlhalmies qui répugnent à son emploi.
A l’exemple de Murray nous avons voulu réunir à la fin de cet article tous les cas où , combiné à d’autres agents la plupart fort énergiques, le Camphre est considéré comme capable d’en atténuer les effets délétères sans nuire au but de la médication qu’on se propose en administrant ces substances. Ces combinaisons ont surtout eu lieu avec les drastiques , le nitrate de potasse , les cantharides , le mercure , le quinquina et l’opium. Suivant quelques-uns l’action du Camphre, correctrice de celle des cantharides sur les organes génito-urinaires , est spécifique et à peu près infaillible. Deux fois nous en avons été témoins. D’autres , et parmi eux surtout Junker , Cullen et M. Barbier d’Amiens refusent au Camphre celte faculté , et l’accusent même d’augmenter les accidents qu’on se propose de calmer. Ces divergences prouvent seulement que ce mode d’influence n’est pas constant, et voilà tout. Nous engageons néanmoins les praticiens à ne pas le négliger. Lorsqu’ils seront obligés d’appliquer un large vésicatoire, surtoutehez lesenfants, déferont bien de le saupoudrer de Camphre, méthode préférable à l’ingestion par la bouche. Cette propriété du Camphre confirme et est confirmée par celle que nous lui avons déjà reconnue dans la chaudepisse dite cordée et les rétentions d’urine.
Lorsque le Camphre était fort usité dans le traitement des inflammations et des fièvres , ou l’associait presque toujours au nitrate de potasse qui augmentait sa force sédative et prévenait les inconvénienls.de la stimulation qu’il causait quelquefois. L’iuilité de son union avec les drastiques pour en modérer l’action trop irritante nous parait bien hypothétique. Pris avec les préparations
AG
ANTl-SrASMODIOÏJES.
mercurielles , on dit que d’un coté il al ténue leur puissance anlivénérienne , mais que de l’autre il empêche la salivation. Les faits sur lesquels reposent ces opinions n’ont pas eu de suite dans la science. 11 serait si heureux de trouver un remède sûr contre la salivation qu’on ne risque rien à essayer le Camphre. Lassone et Ilallé ont attribué à cette substance le pouvoir de s’opposer aux accidents de narcolisme causés parl’opium. Le raisonnement s’accommode assez bien de celte opinion admise par Murray , rejetée par Cullen et M. Orfila. Le nosologiste anglais pensait que le Camphre était capable d’augmenter l’efficacité antipériodique du quinquina.
En résumé , le Camphre semble se partager l’action de plusieurs classes de médicaments. Ses effets conlre-stimulans le rapprochent beaucoup, nous ne disons pas du froid qui est un sédatif pur, immédiat et sans mélange d’aucune autre action que celle d’être directement opposé à la puissance vitale, mais des agents qui n’affaissent celte puissance qu’en enchaînant, qu’en enrayant d’une manière plus ou moins proportionnée et avec une confusion de symptômes incohérents de dépression et de stimulation les fonctions dites organiques; agents qui, à cause de cet assemblage de phénomènes contraires qu’ils produisent , ont reçu le litre de narcolico-âcres. Sous ce rapport le Camphre est analogue et peut être le succédané de la digitale , de la scille , de l’ellébore , de l’aconit , etc. D’autre part, il possède des propriétés anti-spasmodiques très-prononcées et qui l’assimilent surtout au musc et encore au castoréum , car les indications spéciales auxquelles satisfait ce dernier médicament sont remplies avec la même sûreté par le - Camphre. Comme le musc il est plutôt efficace contre les symptômes nerveux graves qui marchent avec les maladies aiguës fébriles , que contre les symptômes nerveux primitifs et constituant les névroses. Son action stimulante est fort incertaine et accftlenielle ; elle dépend de trop de conditions impossibles à réunir et à diagnostiquer, pour pouvoir utilement servir, et dans les cas où on a cru la mettre à profit , c’est surtout sa vertu anti-septique qui s’est manifestée , car il paraît avoir dans les maladies dites putrides des avantages qui ne peuvent résulter que de cette vertu. Pour mettre d’accord les propriétés nombreuses et souvent opposées qui lui ont été attribuées , ou est obligé de supposer (pie son action thérapeutique est modifiée par les divers états morbides où son emploi avantageux a été constaté. Appliqué lopiquement il
jouit de propriétés résolutives incontestables. Ses qualités anti-septiques le recommandent aussi dans ce mode d’administration.