‹ Traité de thérapeutique et de matière médciale [sic]Chapitre 105 sur 242 · DE L’EMPLOI DE L’ AMMONIAQUE COMME REMÈDE EX- TERNE · texte numérisé non relu

DE L’EMPLOI DE L’ AMMONIAQUE COMME REMÈDE EX- TERNE

Appliquée sur la peau, l’Ammoniaque, lorsqu’elle est concentrée , produit rapidement un sentiment de cuisson , suivi de rougeur , de vésication , et enfin d’escarre. Cette précieuse proprélé a rendu de grands services aux thérapeutistes , et, tous les jours, lorsque nous voulons produire une vésication rapide, nous avons recours à l’Ammoniaque plutôt qu’à l’eau chaude, à l’alcool enflammé, et aux autres moyqiis dont la portée n’eol pas aussi facilement appréciable. La même substance est employée aussi dans les cas où nous avons besoin de provoquer une rubéfaction de la peau qui ne persiste que peu de temps.

Pour produire la rubéfaction de la peau, on imbibe d’Ammoniaque un morceau de flanelle que l’ on promène sur la partie, en frottant assez

EXCITANTS LOCAUX

fortement. Quand l’Ammoniaque marque de 18 ù 25 degrés , cinq minutes suffisent pour produire l’effet désiré sur une peau fine et vasculaire ; mais il faut employer un temps beaucoup plus long lorsque l’alcali est faible , et que l’épiderme est sale ou épais. L’érythème déterminé par ce moyen dure rarement plus de deux heures.

Mais lorsque l’on veut produire la vésication , on doit s’y prendre différemment. Divers procédés ont été conseillés. On frotte la partie avec une flanelle ou un morceau de linge jusqu’à ce que l’épiderme se soulève. Ce moyen réussit assez bien ; mais il n’est applicable que sur les malades privés de sentiment, car lorsque la sensibilité est intacte et que le derme est mis à nu dans quelques points ,1e contact de l’alcali volatil détermine des douleurs excessives. Quelques personnes imbibent d’Ammoniaque un morceau de papier brouillard , mais sans aucun résultat. Le procédé dont nous nous servons habituellement est le suivant : nous taillons une compresse . , en huit ou dix doubles, de la forme et de la grandeur que nous désirons ; nous l’imbibons d’Ammoniaque à 22 degrés au moins, et nous l’appliquons sur la partie : puis, de minute en minute, et cà mesure que l’Ammoniaque s’évapore, nous en mettons une nouvelle quantité de manière à tenir toujours la compresse complètement imbibée.

Un quart d’heure suffit ordinairement pour produire la vésication. Toutefois, il arrive encore assez souvent qu’on attende inutilement une demi-heure et même une heure avant d’obtenir l’effet désiré. Cela lient sans doute à ce que l’Ammoniaque qui est en contact avec la peau perd promptement son activité à cause de la rapide volatilisation du gaz: ce qui tend à le prouver , c’est que si le gaz Ammoniac est retenu par un corps gras, Jel que l'huile, et surtout l’axonge, la vésication a lieu beaucoup plus promptement que lorsqu’on emploie le moyen indiqué plus haut. Le docteur Boniface a imaginé un excellent moyen pour empêcher la volatilisation de l’Ammoniaque , il imbibe d’alcali volatil une rondelle d’agaric officinal. Or, on sait qu une des surfaces de l’agaric est molle et spongieuse, tandis que l’autre est dense et lisse. 11 applique sur la peau la surface spongieuse, et l’imperméabilité de l’autre surface empêchant que le gaz ne s’échappe , la vésication s’effectue avec presqu’autant de rapidité que si l’on s’était servi d’un linimenl Ammoniacal ou d’une pommade.

Il était d’autant plus important d’insister sur ces moyens que la préparation de la pommade

Ammoniacale est longue et très-difficile , et que, d’autre part , il est le plus souvent nécessaire de ne pas perdre un instant.

Mais quand on a de la pommade Ammoniacale bien préparée , on la prend avec une spatule , et on la modèle en une petite masse , dont le diamètre , d’autant plus étendu que les parties malades le sont elles-mêmes davantage, dépasse rarement celui d’une pièce d’un franc. Au moment où la pommade Ammoniacale est appliquée sur la peau , elle produit un sentiment de. froid , qui ne dure qu’un instant , et qui est remplacé par un sentiment de chaleur auquel, deux ou trois minutes après , succède celui de la piqûre. Cette sensation n’est pas , à beaucoup près , aussi pénible qu’on pourrait le présumer d’après la rapidité avec laquelle se fait la vésication; elle est portée à un si faible degré que jamais les malades ne témoignent de véritable douleur. Cinq, dix ou quinze minuies après l’application delà pommade , l’épiderme est soulevé. 11 y a pourtant des différences nombreuses qui dépendent surtout du siège du vésicatoire et de l’activité de la pommade. Du reste il faut attendre , avant d'enlever la pommade , qu’on voie apparaître autour d’elle une petite auréole rouge. Cet érythème est l’indice certain que la phlyclène commence à se former , et en laissant l’Ammoniaque plus longtemps en contact avec la peau, on risquerait de produire une escarre superficielle.

Lorsque la pommade est enlevée , tantôt on trouve l’épiderme soulevé et ne formant qu’une seule bulle , tantôt il est ridé , et la sérosité est renfermée dans plusieurs cellules adjacentes : dans ce dernier cas il est utile d’exercer préalablement quelques frictions sur l’épiderme , on le détache ainsi d’une manière plus complète , et les plis qu’on lui fait subir permettent de le saisir avec l’ongle et de l’arracher avec plus de facilité. Le derme mis à nu doit être d’un rouge pâle ; mais s’il est d’un rouge vif et s’il est marbré de petites ecchymoses , il faut en conclure que l’Ammoniaque est restée trop longtemps appliquée , et , en effet , il se forme une escarre suprfieielle.

Le plus souvent les vésicatoires Ammoniacaux sont faits dans le but de mettre sur le derme dénudé des médicaments qui soient absorbés. Or, quand la substance médicamenteuse a été placée sur la plaie, nous pansons de la manière suivante : une petite rondelle de taffetas ciré ou de sparadrap agglutinalif est appliquée immédiatement; elle est destinée à entretenir l’humidité et à eoi-

AMMONIAQUE

pécher que la surface du vésicatoire ne se dessèche ; on la recouvre ensuite d’un morceau de taffetas d’Angleterre qui la déborde.

Au second pansement on trouve la surface du vésicatoire recouverte d’une fausse membrane d’un blanc jaunâtre, qui fait quelquefois saillie audessus de la surface des parties environnantes , et qui, d’autres fois , plus mince, reste au niveau de l’épiderme , ou parait même plus enfoncée. Celte fausse membrane, dont l’existence est constante, varie seulement par ses divers degrés d’épaisseur, toujours en raison de l’activité de la pommade , de la durée de son application , et du temps qui s’est écoulée entre le premier et le second pansement. II est indispensable d'enlever celte fausse membrane , autrement l’absorption ne se ferait pas.

Pendant les trois premiers jours , la fausse membrane qui se reproduit ù chaque pansement s’enlève avec facilité; mais, le quatrième et cinquième, elle finit par adhérer intimement au derme et par subir une espèce d’organisation. Vers le sixième jour on n’aperçoit plus qu’une cicatrice rougeâtre qui disparaît complètement après huit ou dix jours.

Mais lorsque la pommade est restée trop longtemps en contact avec la peau, il s’est produit une escarre superficielle qui ne se détache qu’avec difficulté , et qui laisse souvent après elle une cicatrice indélébile. Aussi lorsque l’on veut employer l’Ammoniaque comme caustique, on laisse la pommade en contact avec la peau pendantune demi-heure et même davantage. Toutefois ce moyen de cautérisation est beaucoup moins rapide et moins sûr que l’emploi combiné de la potasse et de la chaux.

L’action rubéfiante de l’Ammoniaque est tous les jours employée pour aviver les plaies et les fistules, pour exciter la peau dans le but de guérir les engorgements chroniques, les douleurs rhumatismales, ou seulement pour provoquer sur une partie une fluction dérivative.

Son action cautérisante a été mise â profit contre le tic douloureux , par M. Herber de Naslaesten , à l’exemple de Thilenius ( Biblioth. mcd., lom. xliii, pag. 102 ), et contre les maux de de dents dus à la carie. M. Gondret ( Considérations sur L'usage du feu et sur un nouvel cpispaslique, Paris, 1819) s’en est servi, dit-il, avec quelque succès pour cautériser profondément la peau du crâne, dans le but de guérir les affections chroniques du cerveau , les cataractes commençantes , l’amaurose , etc. , etc.

On avait vu que l’Ammoniaque mise en petite quantité dans un collyre était fort utile dans le traitement d’un grand nombre d’ophlhalmies soit aiguës , soit chroniques ; l’analogie engagea Pringle à la conseiller dans l’angine, à la dose d’une demi-once à une once, dans un gargarisme d’une livre jet, de nos jours, nous avons vu M. Gondret traiter la teigne par des lotions ammoniacales très-actives, médication qui réussissait sans doute , mais qui faisait acheter la guérison par d’insupportables douleurs. M. Girard , de Lyon, l’indique étendue d’eau comme propre à prévenir l’inflammation dans les cas de brûlure , et MM. Mérat et De Lens ont usé du même moyen pour guérir les fleurs blanches simples, en mettant dans le liquide de l’injection un peu plus d’Ammoniaque. Lavagna , au contraire, produisait un écoulement leucorréïque de la vulve et du vagin, à la suite duquel la fluxion menstruelle ne lardait pas à s’établir. C’est ainsi qu’il traitait l’aménorrhée , et Nisato s’applaudit d’avoir suivi cette méthode. L’injection dont il se servait était formulée de la manière suivante : lait , 1 liv. ; Ammoniaque , de 2 â 4 gros.

Mais si l’Ammoniaque , employée comme médicament topique, a réussi à rappeler les règles, La Pira , au contraire, la regarde comme hémostatique, lorsqu’elle est étendue de quatre parties d’eau ; et Girard de Lyon la prescrit en injection à la dose d’un gros par livre d’eau, contre le cancer ulcéré de la matrice dont elle supprime l’odeur , calme les douleurs et modère l’hémorrhagie.

Enfin on a conseillé et l’on emploie vulgairement l’Ammoniaque ou pure ou étendue d’eau pour caulériser ou pour laver les plaies faites par des animaux enragés ou venimeux ; médicalion inutile, comme l’ont démontré surabondamment les expériences de l'illustre Fonlana , et nuisible eu ce sens qu’elle peut inspirer une funeste sécurité , et empêcher que l’on ne fasse usage de moyens plus actifs.

Le carbonate et l’hydrochlorate d’Ammoniaque sont les seuls sels ammoniacaux dont se serve la thérapeutique chirurgicale. Appliqué à l’extérieur, le carbonate peut , comme l’Ammoniaque, produire promptement tous les degrés de l’irritation, depuis la rubéfaction jusqu’à la cautérisation. Chaussier le croyait même préférable à la pommade de Gondret , (pii perd en peu de jours sqs propriétés ( Mérat et De Lens, Diction, de Mat. mèd. , l. i, p. 245 ).

L’hydrochloralc csl employé extérieurement

EXCITANTS LOCAUX

dans les mêmes circonstances que l’Ammoniaque, à cela près qu’il ne pourrait produire la cautérisai ion. C’est surtout comme stimulant local qu’on le prescrit , dissous dans de l’eau, dans des décodions excitantes, dans du vin rouge. Une solution d'hydrochlorale d’Ammoniaque est un des résolutifs les plus puissants et que l’on emploie surtout dans les cas de contusion , de fracture , d’entorse, d’engelures , d’engorgements chroniques , scorbutiques , de tumeurs de diverse nature, etc. On en fait dissoudre de quatre gros à deux onces dans une pinte de liquide , suivant les propriétés plus ou moins excitantes qu’on veut communiquer à celui-ci.

Usage interne de l’Ammoniaque.

On fait de l’Ammoniaque un usage peut-être trop imprudent en médecine , et il s’en faut de beaucoup qu’on accorde aujourd’hui à ce médicament la confiance qu’il avait usurpée dans le courant du siècle dernier.

En administrant à l’intérieur l’Ammoniaque à doses qui ne puissent pas produire d’effets toxiques , on développe chez le sujet de l’expérience des phénomènes assez remarquables. Un sentiment d’excitation générale se manifeste promptement, la circulation s’accélère , la peau s’échauffe et se couvre de sueur ; la sécrétion des membranes muqueuses , celle des reins deviennent plus abondantes. Cet étal dure peu , et il est peu de substances dont l’action soit aussi passagère ( Girard ).

Les thérapeutistes ne pouvaient manquer d’utiliser ces propriétés , aussi l’Ammoniaque fut-elle employée avec avantage dans le cas où il était urgent d’exciter l’organisme, par exemple lorsque le défaut de réaction vitale ne permettait pas à une éruption cutanée de se porter au dehors (Girard) ; ou quand, dans le cours d’une maladie grave, une profonde prostration mettait les malades en un péril imminent (Schwilgué, JJ/aLMec/.). Toutefois on ne peut se dissimuler que même lorsque l’emploi de l’Ammoniaque paraît le mieux indiqué , on n’atteint pas souvent le but qu’on se propose, et que plus souvent encore on le dépasse. C’est ainsi que. des phénomènes d’excitation nerveuse remplacent la stupeur et jettent le malade dans un danger aussi grand que celui dont on venait de le tirer (Récamier, Leçons orales sur le choiera).

Mais si l’on ne peut toujours calculer la portée de ■ce médicament, lorsque toutes les fonctions 1

■ sont profondément troublées, il n’en est pas de même quand on l’administre à (Ips malades chez lesquels une affection locale peu grave n’entraine pas de graves désordres secondaires. Ainsi dans le rhumatisme ( Girard ) , dans la syphilis constitutionnelle , dans toutes les circonstances, en un mot , où l’on doit provoquer la sueur , on administre avec un grand avantage l’Ammoniaque (Brachet , de l'emploi de l'opium dans lesphleg masies ; 1828). Dans tous ces cas, l’Ammoniaque s’administre dans un julep , à la dose de quinze gouttes, d’un demi-gros et même d’un gros, dans les vingt-quatre heures. De même on facilite singulièrement l’éruption menstruelle , surtout quand elle est douloureuse , par l’emploi de l’alcali volatil ( Nisato ).

Il est pourtant une observation pratique qu’il ne faut pas perdre de vue. L’usage longtemps continué des préparations ammoniacales jette dans un état cachectique fort grave , suivant la remarqué d’Htixham ( loco citato ) , et il faudrait craindre de confondre la modification organique dont nous voulons parler ici avec la cachexie mercurielle, syphilitique, scorbutique ou chlorotique, avec laquelle elle a d’ailleurs tant de ressemblance et qu’elle aggraverait très-probablement.

Il est fort remarquable , d'une part , que tous les animaux empoisonnés par l'Ammoniaque , ou par tout autre alcali , aient le sang tout à fait incoagulable , et d’autre part , que celle altération du sang , qui amène , il est vrai , à la longue , la cachexie dont nous parlions tout à l’heure, soit probablement la cause des modifications de sécrétion de presque tous les organes glanduleux. Nous voyons , en effet , que sous l’influence de l’Ammoniaque , l’expectoration devient moins visqueuse , les urines coulent plus claires et plus abondantes , le lait lui-même devient chez les nourrices, plus ténu qu’il n’était auparavant. Or, on conçoit maintenant pourquoi l’Ammoniaque se donne avec tant d’avantage dans les catarrhes accompagnés de dyspnée, dans les engorgements laiteux , dans les cas de leucophlegmasie.

Cullen regardait l’Ammoniaque comme le meilleur antispamodique. On l’a conseillée dans le cas de migraine , à la dose de cinq ou six gouttes dans une infusion de tilleul ou de feuilles d’oranger. Nous ne parlerons pas de ses avantages dans la paralysie. Il est trop évident que l'on ne peut ajouter grande confiance ù ce que dit Bichal à cet égard, d’après Jahan de la Chesne {Jour, de Med., t, xix, p. 260). Fournier Pescay et François d’Auxerre l’ont regardé comme le moyen le moins

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infidèle dans le traitement du tétanos ( Dicl. des Sc. Méd. , t. ly , p. 31 ) : lorsque , par ce moyen , on veut combattre le tétanos , la close de l’Ammoniaque doit être considérable , on peut la porter chaque jour jusqu’à une demi-once, que l’on a soin de fractionner.

L'Ammoniaque , ou plutôt la vapeur ammoniacale , est employée tous les jours dans le cas de syncope , ou lorsqu’à la suite d’une afiectiou cérébrale quelconque un malade tarde à reprendre l’usage de ses sens. 11 est inutile de faire ressortir les graves inconvénients qui peuvent résulter de l’inspiration longtemps prolongée de la vapeur ammoniacale. Sans doute on doit exciter par ce moyen la membrane muqueuse du nez et du larynx ; mais les observations de Majault (Réflexions sur quelques préparations chimiques, etc.j Paris, 1779 , iu-8ü ), celles de Fourcroy { Encycl . mètli .), de Perey (Ballet, de la Faculté de Paris, 1815, p. 517), prouvent que l’emploi d’un moyen aussi énergique et aussi dangereux ne devrait pas être confié , comme cela se pratique tous les jours, à des mains inhabiles et imprudentes.

Cependant on doit dire qu’un observateur digne de quelque confiance , Sage , a rappelé rapidement à la vie des animaux qu’il avait asphyxiés par l’acide carbonique , en leur faisant parvenir de la vapeur ammoniacale dans les bronches et dans les fosses nasales. Agissait-il ici simplement en stimulant les nerfs qui se distribuent à ces organes , ou plutôt en neutralisant l’acide contenu dans les canaux aérifères ?

Cette action neutralisante de l’Ammoniaque a été employée avec beaucoup de bonheur par les vétérinaires dans le cas de distension gazeuse de la panse chez les ruminants ( Bulletin des Sc. méd. de Férussac, mai, 18-26). Ou administre à l’animal un breuvage contenant une grande quantité d’Ammoniaque , qui, se combinant avec le gaz acide carbonique qui distend le rumen , fait immédiatement disparaître le météorisme, en même temps qu’elle suspend la fermentation dans la masse alimentaire. Celte médication doit passer dans la thérapeutique de l’homme , surtout si on a égard aux expériences des chimistes qui prouvent que l’acide carbonique est pour la plus grande part dans les gaz qui se développent naturellement ou accidentellement dans les voies digestives. Certes, on conçoit ce qu’auraient d’utile des potions ammoniacales ou des lavements de même nature dans le traitement de certains météorismes.

C’est encore de la môme manière qu’agit l’Ammoniaque dans le traitement des empoisonnements par les acides , et dans celui des acidités de l’estomac ; la formule que conseille M. Chevalier pour ce dernier cas est la suivante : eau distillée, 5 onces; eau distillée de Menthe, 4 gros; Ammoniaque, 5 gouttes: à prendre en une ou deux fois ( Journ . des connaissances méd. chirurg., 1. 1, p. 542).

Mais c’est surtout dans le cas d’empoisonnement par l’alcool et par les virus animaux que l’on a exagéré de la manière la plus ridicule et la plus mensongère , les vertus de l’alcali volatil. Sans doute, comme le prouvent les observations de Girard et celles de Chevalier ( Revue médicale, novemb. 1823) on retire quelques bons effets de l’emploi de l’Ammoniaque, à la dose de quinze à vingt gouttes , dans un verre d’eau sucrée , quoique Chantourelle invoque aussi des faits pour combattre cette opinion ; mais , quand l'ivresse est portée à un haut degré , il est trop vrai que l’alcali volatil est insuffisant; et cependant M. Rigal ( Arch . gènèr. demédec. t. 17, p. 601) cite l’histoire d’un mendiant ivre-mort que l’on ne put rappeler à la vie qu’en lui faisant avaler d’abord 8 gouttes, puis 4 gouttes d’Ammoniaque.

Quant à la réputation , même populaire, que l’Ammoniaque a acquise dans le traitement des empoisonnements par morsures d’animaux vénimeux , elle se fonde sur le fait célèbre de Bernard de Jussieu , fait si mal observé et si mal jugé. Vainement Fontana, le toxicologiste le plus logicien, l’expérimentateur le plus ingénieux elle plus habile , a-t-il d’émontré la puérilité de l’observation de Jussieu ( Exp . sur le venin de la vipère) ; vainement a-L-on constaté mille fois que la morsure de la vipère, cl que les blessures faites par la plupart des insectes venimeux, ne causent presque jamais la mort, on n’en a pas moins persisté à croire que l’eau de Luce et l’Ammoniaque empêchent de mourir le petit nombre de malades à qui on les administre. Quant à nous , nous n’avons jamais vu l'usage externe ou interne de l’Ammoniaque modifier , en quoique ce fîtl , les symptômes de l’empoisonnement causés par les blessures des animaux venimeux ; et , loin de partager l’opinion de Manglini ( sul veneno délia vipera , in-4°, 1809) , de Sonnini {Journ. de Physique , 1776,1. vm, p. 474 )? de Sage; nous nous rangeons, au contraire, à celle de Fontana et de Gaspard {Journ. de Phys, de Magendie j 1. 1 , p. 248 ) , qui pensent que l’Ammoniaque et ses combinaisons, telles que l’eau

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de Luce , elc. , sont nuisibles , ou tout au moins inutiles.

Ce que nous venons de dire peut s’appliquer encore à l’empoisonnement par l’acide hydrocyanique. Nous avons été témoins des expériences de M. Dupuy d’Alfort, expériences qui tendaient ù démontrer l’utilité de l’alcali volatil et du carbonate d’Ammoniaque dans le traitement de cet empoisonnement. Nous pouvons affirmer qu’un cheval, empoisonné par trente-six goutte d’acide prussiquede Scheele , guérit spontanément au bout de deux heures , et que le même cheval , empoisonné le lendemain de la même manière et traité un quart d’heure après par le carbonate d’Ammoniaque , guérit encore comme la veille, mais resta un peu plus longtemps malade 5 et cependant ce fait singulier, dont on omit les circonstances les plus importantes , exerça sur l’esprit des médecins la même influence que celui de Bernard de Jussieu , et l’Ammoniaque fut regardée comme l’antidote de l’Acide hydrocyanique, à aussi juste litre qu’il l’avait été des venins de la vipère , du scorpion , de l’abeille, etc., elc.

Composés Am m oniacaux .

O11 emploie , surtout en médecine, trois sels ammoniacaux , le carbonate , l’acélate et l’hydrochlorate d’Ammoniaque.

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