CARBONATE D’AMMONIAQUE
Ce sel , fortement alcalin , ne doit ses propriétés thérapeutiques qu’à l’Ammoniaque. Aussi ne voyons-nous rien qui lui soit spécial. 11 s’administre à dose deux fois plus considérable que l’Ammoniaque.
ACÉTATE d’AMMONIAQBE.
Ce que nous venons de dire du carbonate d’Ammoniaque pourrait s’appliquer aussi à l’Acétate. Cependant on ne peut passer sous silence ce qu’ont dit de l’esprit de Menderer , Boerhaave , Cullen , Selle et tant d’autres. Tous ces écrivains et ceux de notre époque s’accordent à reconnaître à l’acétate d’Amnioniaque la propriété d’activer la circulation , les sécrétions , etc., etc., propriété qui lui est commune avec l’alcali volatil (Cullen , Mad. méd., t. n , p. 3GG ; Selle , Obs. de Méd., p. 70). Quant à l’influence de ce médicament sur l’ivresse (Masuyer, Gazette de santé, novemb. 1820) , sur la migraine {ibid.) , sur les douleurs
utérines qui accompagnent la fluxion menstruelle, elle n’a rien qui ne paraisse conforme à ce qui a déjà été dit de l’Ammoniaque. Cependant l’acétate d’Ammoniaque a été employé , dans ces derniers temps, d’une manière plus spéciale, comme sédatif de l’action de l’utérus. M. Patin a rapporté diverses observations qui tendent à prouver que ce médicament, administré dans le cas de menstruation excessive, trop fréquente, d’hémorrhagies utérines provenant même de cancer utérin , a diminué l’abondance ou la fréquence de l’écoulement. On donne alors le médicament à la dose de A gros , dans les vingt-quatre heures, en quatre reprises. L’Acétate d’Ammoniaque, suivant le même médecin , lui a réussi souvent dans les cas de menstruation difficile , douloureuse. L’administration du médicament fait cesser les douleurs et facilite par là l’écoulement menstruel. Il faut alors l'employer avec réserve , parce qu’il pourrait diminuer la quantité de l’écoulement. O11 peut donner cinquante à soixante-douze gouttes , divisées en deux doses et mêlées à une verrée de liquide sucré. Aussitôt que les douleurs, les malaises de l’époque menstruelle se font sentir, on fait prendre une première dose , et une demi-heure après on donne la seconde dose , si l’on éprouve quelque ressentissemenl des précédents symptômes ; dase qu’on pourrait augmenter suivant l’intensité de ceux-ci.
Il rapporte encore un cas de nymphomanie très-avantageusement traité par le même moyen. Puis passant à quelques inductions analogiques , il pense que l’Acétate d’Ammoniaque pourrait encore êLre très-utile aux femmes disposées à l’avortement par suite de l’afflux du sang vers l’utérus dans les inflammations de la matrice et des ovaires , dans les lésions organiques de ces parties ( Arch . gén. de Méd. t. 18 , p.217).
L’hydrochlorate d’Ammoniaque ne diffère non plus des composés précédents par aucune propriété spéciale , comme on peut s’en convaincre par ce qu’ont dit Frédéric Hoffmann et Arnold de son influence sur la sécrétion pulmonaire ( Journal complémentaire , t. xxm, p. 500) , Kortunn , Kunlzmann , dts avantages qu’il présente dans le traitement du rhumatisme, etc. Aussi n’insisterons-nous pas davantage sur ce médicament 5 seulement nous devons dire qu’il était jadis souvent employé dans le traitement des fièvres intermittentes (Muys , Stoll); mais plus souvent on l’associait, dans ce cas, au quinquina ou à quelque amer.
Toutefois , nous ne passerons pas sous silence
CHLORE
emploi de ce sel dans la dyphagie spasmodique ar le docteur Fischer. Il le donne dans ce cas à i dose d'un scrupule toutes les deux heures, et ans le fait qu’il rapporte le moyen fut continué endant onze semaines ( Arch . gén. de Mèd. ,
Doses.
On donne l’Ammoniaque dans un véhicule convenable , depuis quatre gouttes jusqu’à un demijros , plusieurs fois par jour : le carbonate l’Ammoniaque à la dose de douze grains à deux jros , l’esprit de Mindérer depuis un gros jusqu’à une once; l’hydrochlorate d’Ammoniaque Jepuis un scrupule jusqu’à trois et quatre gros.
CHLORE
Chlore ( Chlomtn ) , du grec , jaune.
Le Chlore est un gaz d’un jaune verdâtre , d’une odeur très-pénétrante, et tellement irritant pour les organes pulmonaires, qu’il cause immédiatement une violente inflammation de la membrane du larynx et des bronches , s’il est mêlé à l’air en notable quantité ; respiré pur , il lue en quelques secondes.
Il est soluble dans l’eau pour laquelle il a une gr ande affinité et forme alors l’eau chlorée , mieux connue sous les noms de Chlore liquide et d'hydrochlore.
L’eau peut se charger d’un peu plus de deux fois son volume de Chlore. Exposée à la chaleur, elle perd tout le gaz qu’elle contient. L’action de la lumière la décompose également. Aussi convient il de tenir les flacons de Chlore liquide dans un lieu frais et revêtus d’un papier noir qui les mette à l’abri du contact de la lumière.
Quoique jamais nous ne devions indiquer dans cet ouvrage le mode de préparation des divers agents de la matière médicale , cependant nous ferons ici exception à la règle que nous nous sommes imposée , parce que le médecin a souvent l’occasion de dégager du Chlore comme moyen de désinfection.
On l’obtient facilement soit en mêlant, même à froid , de l’acide hydrochlorique avec du peroxyde de manganèse réduit en pondre; soit, à l’aide d’une douce chaleur, en faisant réagir les uns sur les autres de l’hydrochlorale de soude (sel commun) , de l’acide sulfurique affaibli et du peroxyde de manganèse. Le premier de ces mélanges servait spécialement jadis à pratiquer les
fumigations guitoniennes : introduit dans un flacon dont le bouchon conique , en cristal , s’élève ou s’abaisse à volonté, au moyen d’une vis adoptée à l’étui de bois qui contient ce flacon, il constitue l’appareil portatif imaginé par M. Boullay. Le deuxième sert communément à préparer le Chlore liquide , le chlorure et les chlorates (Mérat et De Lens , Dictionnaire de matière médicale , tom. 2, p. 240).
Effets physiologiques du Chlore.
Le chlore mis en contact avec les membranes muqueuses ou avec la peau , est un irritant des plus énergiques. Les effets notés par M. Williams Wallace {Archîv. gêner. de Mëd ., tom. 5, p. 118) sont les suivants : Lorsque l’on expose un individu , dans un appareil convenable, à l’action du Chlore suffisamment mêlé à de l’air ou à de la vapeur d’eau, sous une température de 43° cent. ; il commence au bout de 10 à 12 minutes à éprouver, en divers points de la peau, une sensation comparable à la piqûre de très-petits insectes ; ce prurit est accompagné de sueurs plus abondantes que n’en solliciterait l’air chargé seulement de vapeur d’eau à la même température; si l’opération est continuée, la peau finit par se recouvrir de petites vésicules.
Lors maintenant que l’on dirige sur une partie quelconque du corps une douche d’eau chargée de Chlore, la peau rougit rapidement, devient douloureuse , et l’inflammation persiste pendant quelques jours , après quoi l’épiderme se détache par squammes , comme à la suite d’un érysipèle.
Mis en contact avec les membranes muqueuses; soit à l’état de gaz, soit en dissolution dans l’eau, soit mêlé à de la vapeur aqueuse , il y déterminera tous les phénomènes de l’inflammation.
Nous avons dit plus haut qu’à l’état pur, le Chlore était impropre à la respiration et qu’il tuait avec une extrême rapidité. Dans les ateliers où l’on en dégage beaucoup, les ouvriers , si l’on en croit Chrislison ( on poisons, p. 697, 2® édtl. ) finissent par n’en être plus incommodés ; les fonctions s’exécutent même chez eux avec une parfaite régularité ; la seule chose que l’on remarque ,c’e*t qu’ils maigrissent d’abord et ne peuvent ensuite reprendre d’embonpoint.
On peut , à l’intérieur , et sans qu’il en résulte d’inconvénients, donner 20 à 50 gouttes de Chlore liquide étendu dans 3 ou 4 onces d’eau ; mais une dose plus élevée cause des vomissements et des
EXCITANTS LOCAUX
coliques , et agit û la manière des poisons irritants (Orfila, Toxicol .)•
LeChlore attaque la plupart des matières organiques humides. Il les détruit eu s emparant d’une partie de leur hydrogène , et le changeant en eau et en acide hydrochlorique. Celle action destructive du Chlore a été sui tout utilisée en médecine , bien plus que son action irritante locale.
En effet , c’est principalement comme désinfectant et comme neutralisaleur de miasmes, qu’il a joui d’une réputation quia été en partie méritée.
C’est en général à Guytonde Morveau que l’on attribue la découverte de l’action désinfectante du Chlore , et son application en grand à la désinfection des fosses d’aisances , des cimetières , des hôpitaux , etc., etc.; mais en consultant les curieuses recherches faites par MM. Mérat et De Lens {Dict. de mal. méd ,, lom. 2, p. 241), on reste convaincu que c’est Hallé qui , le premier , en 1 785 , signala , dans son rapport sur les fosses d’aisances , la propriété antiseptique du Chlore ; en 1791 , Fourcroy le recommande comme propre à désinfecter les cimetières , les caveaux funéraires , les étables , dans les cas d’épizooties , à détruire les effluves infectes, les virus contagieux , les miasmes délétères ( Encyclop . mêthod. : Médecine , tom. 6 , p. 599). Ce n’est guère qu’au commencement de ce siècle que Guyton de Morveau popularisa ces idées , grâce à son opiniâtreté ; et , sous ce rapport , on lui doit quelque reconnaissance. Jusqu’en 1815 , on n’employait à cet usage que le Chlore gazeux; ce fut alors seulement que Thénard proposa le Chlore liquide , moyen plus commode , plus facilement applicable , et qui certes est au moins aussi utile comme désinfectant que les chlorures alcalins.
11 suffisait que le chlore décomposât presque tous les produits organiques et qu’il les privât de leur odeur , pour que certains médecins crussent avoir trouvé les moyens de neutraliser les miasmes morbifiques et d’arrêter les épidémies. Il n’est sorte d’absurdes mensonges et de faits apocryphes ou mal observés que l’on n’ait publiés à ce sujet ; mais tout récemment encore , nous avons eu la triste expérience de l’inefficacité de ce moyen. Au début de l’épidémie de fi.êvrejaune qui dévasta Gibraltar en 1828 , on jeta dans tous les égouts de la ville, dans les ruisseaux , on plaça dans toutes les casernes , on distribua gratuitement â tous les habitants du chlorure
de chaux. L’épouvante rendit chacun religieux observateur de ce règlement de police sanitaire , et pourtant c’est à peine si , trois mois après, on trouvait un seul habitant qui n’eût payé son tribut à l’épidémie. Quand le choiera envahit Paris et la France , nous savons tous avec quelle inutile prodigalité on fit usage des chlorure désinfectants. Confessons donc que , pour ce qui regarde les épidémies , le Chlore et les chlorures sont des moyens parfaitement inutiles. Quant à leur qualité désinfectante, nous ne pouvons la nier ; mais on nous accordera en retour que , pour beaucoup de personnes , l’odeur du Chlore et des chlorures est encore plus insupportable que celle que l’on a neutralisée.
Mais si le Chlore et les chlorures , en tant que désinfectants, sont évidemment inefficaces, comme moyen prophylactique dans les épidémies , s’en suiL-il qu'ils ne jouissent pas de propriétés plus utiles quand on les applique lopiquemeut et que le Chlore est mis directement en contact avec la matière organique chargée du principe virulent.
C’est ce que l’expérience seule pouvait démontrer, et les faits devaient avoir ici une grande valeur.
Il est avoué par la plupart des observateurs les plus consciencieux que les vêtements des pestiférés transmettent la peste. Des expériences faites par la Commission médicale envoyée en Égypte en 1829 ont démontré que des vêlements de pestiférés , lavés dans l’eau , macérés dans une solution de chlorure de soude affaiblie , et séchés au soleil, peuvent être impunément portés à nu sur la peau. En y réfléchissant un peu , on voit combien sont ridicules de semblables expériences et plus ridicules encore les conclusions que l’on prétend en tirer ; car il est certain que les vêtements des pestifés bien lavés seulement dans l’eau sont aussi parfaitement innocents.
Le Chlore et les chlorures sont , dit-on , capables de détruire le virus rabéïque. Brugnaielli est le premier qui , en 1816 , célébra avec le plus d enthousiasme les vertus anti-rabéïques du Chlore ; il lavait les plaies récentes avec du Chlore liquide , et il donnait celte même substance à l’intérieur â la dose de deux scrupules chez les enfants , et de deux gros chez les adultes , quatre ou cinq fois par jour et pendant plusieurs semaines {Jour, génèr. de médec., loin. 59, p. 505). Plus tard, d’autres médecins ita liens vinrent confirmer les résultats signalés par lîrugnalelli (Arragoni , Bulletin de la Soc. méd. d’émul,, fév. 1825, p. 12")* Chez nous, M. Che-
ilicra employé avec avantage Phydrochlorure lez un élève en pharmacie qui avait été inordu jn chien enragé. Schœnherg et Semmola {Bulh n des sciences méd. de Férussac, mai, '28) ajoutent encore leurs témoignages à ceux le nous venons d'indiquer ici. Semmola surtout étend avoir guéri dix-neuf individus mordus r des chiens évidemment hydrophobes. 11 lait, avec du Chlore étendu d’eau, les plaies ’on pansait deux fois par jour à l’aide d'un plu- .sseau de charpie imbibé du même liquide. En hue temps , pendant quarante à cinquante trs , il donnait à l’intérieur, trois fois par h* , de 2 gros à 1 once de Chlore , étendu dans
0 suffisante quantité d’eau sucré. 11 est une e anccdocte surtout que Semmola regarde nme démonstrative. Trois personnes avaient mordues ; deux se soumirent à ce traitement,
l’éprouvèrent aucun accident; l’autre s’y rea et mourut hydrophobe 23 jours après la rsure. II y avait à faire à Schœnherg et à Semla une bien grave objection : « Êtes-vous sûrs, ;>ouvait-on leur dire, que le soin que vous »vez mis à nettoyer les plaies n’ait pas été pour la plus grande part dans l’heureuse issue de votre médication , et les lotions faites avec soin me de l’eau pure n’auraient-elles pas eu le même résultat ? »
tf. Coster s’est chargé de répondre, et s’em- •a d’un chien , mordu par un autre qu'on pçonnait enragé. En effet , il ne tarda pas à senler tous les signes de l’hydrophobie confire. On inocula donc sa bave dans 5 ou 6 plaies,
1 deux chiens bien portants ; en outre, on les nordreen plusieurs endroits. Six heures après, lava soigneusement toutes les plaies de l’un chiens avec une dissolution de chlorure de de dans moitié de sou volume d’eau ; on se contenta pas de ces lotions; on injecta oi e la dissolution jusque dans le fond des plaies, utre chien eut ses plaies nettoyées avec aul de soin; mais, pour lui , on se servit seulent d eau pure : les résultats de ces deux proés fuient bien différents. Le premier chien ,
fut soumis à l’action du Chlore, n’a prété aucun signe de maladie; le dernier, au traire, est mort avec tous les symptômes de âge, 37 jours après avoir été inordu (Jour- ' dujprogrès , tom. 13, p. 233 ).
Ia:s le fait rapporté par M. Coster, tout conmt qu’il paraisse , ne prouve pourtant rien , m que des lotions et di s injections faites avec agent irritant, (cl que l’bydrochlore et les
chlorures alcalins , peuvent modifier le virus rabéique dans les plaies où il a été déposé et préserver de Phydrophobie.
Toutefois, une semblable conclusion ne serait légitime que si des faits nombreux recueillis par Trolliel ( Recherches sur la rage ) , et par Stanislas Gilibert ( Compte rendu des travaux de la Société de méd. de Lyon depuis 1812 ) n’avaient déplorablemenl démenti les grandes promesses de Brugnaielü et de ceux qui avaient soutenu son opinion. Certes , il serait coupable de négliger d’héroïques et sûrs moyens , pour mettre en usage une médication qui peut quelquefois n’avoir pas été sans avantage, mais dont les succès sont tellement controversés.
Que croire maintenant du Chlore et des chlorures employés comme moyens préservatifs de la syphilis , de la piqûre des insectes venimeux, de la morsure des serpents , etc. , etc. ; à coup sûr les faits racontés par Coster {Loco cit.), par Blaehe ( Dict . de méd,, 2e édit., tom. 7 , p. 121 ), prouvent moins encore que ceux dont nous avons fail tout à l’heure l’analyse assez sévère. Encore une fois , les lotions faites avec grand soin après un coït impur suffisent , quelle que soit d’ailleurs leur nature , pour préserver de la vérole la plupart de ceux qui s’y exposent; et principalement les lolions faites avec les substances irritantes , et avant de conclure en faveur du chlore , parce que l’hydroclilore elles ch orures alcalins agissent ici comme préservatifs , il eut été bon de comparer leur action à celle de l’eau de chaux , des solutions acides ou forlernenl alcalines. Si maintenant on considère qu’en mêlant du chlorure de soude ou de chaux à du pus imprégné de virus vaccin , on n’a cependant pas détruit l’action virulente , on sera un peu plus réservé sur les conclusions à tirer des histoires nombreuses imaginées en faveur delà prétendue action neutralisante du Chlore et des chlorures.
C’est avec plus de raison et de succès que Gubian, de Lyon ,a proposé de lolionner avec de l’eau chlorurée la surface du corps des malades atteints de variole continente à l’époque de la maladie où le pus commence à prendre de la fétidité {Journal de Chimie méd., tom. G, p. 51G); que Boyer, de Marseille , conseille des injections de même nature dans les foyers des vastes abcès qui entretiennent une fièvre de résorption {Gaz. méd. 1*54, p. 19G);que Récamier ( Leçons orales de clin ique ) , Deslandes ( Nouv. Uibliot. vieil., loin. 8, p. 4;V1) , font pénétrer des injections < h loi lire es dans I utérus , lorsque le placenta ou
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une masse quelconque se putréfient dans la cavité de l'organe. Dans le même but, Reid, de Dublin , donne des lavements et des potions avec le chlorure de chaux ou de soude pour modifier rôdeur des selles des dysentériques , et diminuer l’irritation inflammatoire de la membrane muqueuse du gros intestin. Cottereau et Chevalier ont conseillé aussi , pour détruire l’odeur du pus de l’ozène et pour déterger les ulcères delà membrane pituitaire, des inspirations de poudres ou de liquides chlorurés.
Jusqu’ici nous n’avons considéré le Chlore que comme désinfectant, et à ce titre nous n’avons pas cru devoir le séparer des chlorures de potasse , de soude et de chaux , qui n’agissent dans ce sens qu’en tant que dégageant du chlore.
Maintenant , nous allons rapidement indiquer les autres applications thérapeutiques que l’on a faites du Chlore.
Depuis le commencement de ce siècle Jusqu’au moment où les chlorures prirent , on ne sait pourquoi , la place du chlore , celui-ci jouit d’une grande réputation dans le traitement des typhus , des fièvres dites putrides, malignes, asthéniques, charbonneuses. Il serait vraiment superflu d’indiquer ici la longue nomenclature de mémoires où les vertus du Chlore ont été célébrées avec un engouement qui n’était pas toujours la preuve d’un jugement médical bien solide ( Voir Méral et De Lens , Dictionnaire de mat. méd , tom. 2, pag, 245). Il y a en effet tant de différence dans les fièvres typhoïques; des épidémies qui se suivent, se ressemblent si peu , qu’on ne peut, à moins d’une immense série de faits , tirer aucune conclusion qui satisfasse un esprit rigoureux. Nous y reviendrons d’ailleurs un peu plus bas en parlant des chlorures.
Dans les cas où il s’est agi de combattre les maladies typhoïques , c’est à l’intérieur qu’on administrait le chlore; c’est par son action intime, alors qu’il avait été porté des premières voies dans le lorrenl circulatoire, qu’il modifiait l’organisme; mais cet emploi thérapeutique est le plus borné , et comme moyen topique , le chlore , employé parbeaucoup de praticiens , a eu quelques succès à revendiquer.
L’hydrochlore a été conseillé par Brallnvaile dans le traitement des ulcères ; il enlève l’odeur , nettoie la plaie et accélère la cicatrisation. Déjà , en 1787, llallé et Fourcroy ( Loc . cit .) avaient constaté que ce médicament modifiait heureusement même les surfaces cancéreuses. La gale , les dartres , les engelures , ont été traitées par l’hy-
drochlore, et plusieurs médecins citent des exemples de guérison (Méral et De Lens, Dict. de mat. méd. , loin. 2, p. 246). Enfin, on s’en est servi comme d’un rubéfiant de la peau pour produire une utile révulsion dans les maladies du foie. Wallace [De s propriétés médicales du chlore , Londres , 1825) est l’auteur de cette singulière médication. II plongeait le malade dans un bain de chlore gazeux ou mêlé à de la vapeur d’eau. Sous l’influence de ces bains, la peau rougissait et devenait le siège de vives démangeaisons, et lorsqu’on dirigeait sur l’hypochondreune douche de vapeur chlorée, il survenait une vive irritation et une éruption eczémateuse. Il n’est pas besoin de dire que des bains de celte nature ne pouvaient être administrés sans une grande précaution. L’appareil qui sert à les administrer doit être entouré de linges trempés dans une solution légèrement alcaline, et le malade doit aussi porter une cravate imbibée du même liquide , pour prévenir les accidents qu’une fuite degaz pourraitproduire. Ce bain est élevé à une température de 32 à 56° R , et le malade y reste 20 minutes ( Méral et De Lens , Loc. cit. ). C’est dans le même but que Bonnel , dans le traitement de la névralgie de la face , dirigeait de la vapeur de chlore sur le point douloureux [Annales cliniques de Mojitp., loin. 52) ; que Bretonneau de Tours faisait respirer du chlore aux enfants atteints de croup, lorsque la fausse membrane dépassait l’entrée du larynx , et qu’il ne lui restait aucun moyen de modifier autrement la membrane muqueuse des voies aériennes ( Traité de la diphthèrite).
Nous omettons encore à dessein une multitude d’applications du Chlore qui , tentées une fois par un médecin hasardeux , n’ont pas été répétée», et ne méritent par conséquent qu’une confiance limitée ; mais nous ne pouvons passer sous silence les travaux entrepris tout récemment sur l’emploi de ce médicament dans le traitement de la phthisie pulmonaire tuberculeuse. Cette médication a fait un grand bruit un instant ; elle a été propagée avec une ardeur que bien peu de succès avait justifiée, mais enfin il faut savoir gré même à ceux qui s’aveuglent sur un moyen par le grand désir de reculer les bornes de l’art de guérir.
Laënnec déjà a\ait prétendu que l’air marin était très-salutaire aux phthisiques. Cet illustre médecin se fondait surtout sur ce que sur les côtes de la Basse-Bretagne, il n’avait presque jamais vu de tuberculeux , et il oubliait que dans toutes les villes du littoral de l’Angleterre et dans la plupart des grandes villes maritimes de France, la phthisie
CHLORE
rculeuse est malheureusement fort commune.
oyait donc qu’en soumettant les malades aux nations du chlorure de chaux et des varecks, il placerait pour eux celait* marin qu'il croyait ■salutaire. Nous nous rappelons avoir vu lôpilal de la Charité ce moyen mis en usage me tant d’autres et aussi inutile que tous les es.
'autres observations pins directes avaient mis ta voie de l’emploi du Chlore dans le traitet de la phthisie pulmonaire ; c’étaient les 5 effets qu’éprouvaient les ouvriers atteints >hthisie employés dans les manufactures où se sert de beaucoup de Chlore. D’après cela ia même époque , sans qu’il soit bien facile ire à qui appartient la priorité, Bourgeois ainl-Denis , Cottereau et Gannal imaginèrent mmettre un grand nombre de phthisiques à raitement régulier par le Chlore. Bourgeois intentait de faire dégager lentement du u*e dans la chambre du malade, Gannal et creau se servaient d’un appareil à l’aide duils faisaient aspirer aux malades une quantité ou moins grande de Chlore mêlé ù de la va- • d’eau. Leur appareil, dans sa plus grande dicilé, se réduit à un flacon à trois lubulu- La tubulure moyenne est fermée par un liion percé par son centre , dans lequel est té un tube qui , de l’extérieur, plonge jusu fond du flacon. L’une des tubulures lalés sert pour remplir le flacon , on le bouche nétiquement , lorsqu’on a jeté dans l’appace qu’on veut y mettre ; l’autre est fermé i bouchon percé qui est traversé par un tube s’enfonce de quelques lignes seulement au de la partie interne du bouchon, et qui resen se coudant et en affectant une forme qui ;nde facile à placer* dans la bouche. On met is le flacon de l’eau à 55° cent, qui le renise à moitié seulement , puis on y jette depuis usqu à 10 et 15 gouttes de Chlore liquide, nd maintenant le malade aspire, l’air entre la tubulure médiane , traverse l’eau qu’il e, et se charge de vapeur contenant une ntité plus ou moins considérable de Chlore, opération est répétée trois, quatre , six fois jour , suivant le besoin , suivant la susceptié des malades.
n ne peut nier que quelques catarrhes chrotes n’aient été avantageusement modifiés par noyen qui déterminait le plus souvent une gmasie aigue des bronches ; mais les phtliisii assez nombreux que nous avons ut traiter
ont péri , ce nous semble, plus rapidement que si on eût abandonné la maladie aux traitements palliatifs que nous employons ordinairement ; et d’ailleurs il faul bien reconnaître que le Chlore est un remède au moins infidèle , puisque ceuxmêmes qui l’ont le plus ardemment préconisé , l’ont entièrement abandonné.
Mode d'administration et doses.
L’hydrochlore bien préparé doit contenir un volume et demi de gaz; on le donne ordinairement mêlé à de l’eau sucrée. La dose doit varier de 10 gouttes à 1 gros par jour ; on l’a portée ù une et plusieurs onces ; mais nous doutons qu’il fût bien préparé.
Nous venons de dire de quelle manière on l’avait employé pour les fumigations pulmonaires.
Pour l’extérieur, on se sert quelquefois de Chlore liquide pur ; on peut l’étendre de 2 , 4 ou 6 volumes d’eau , suivant l’usage auquel on le destine , suivant les parties avec lesquelles le médicament doit être mis eu contact.
ACIDE HYDIIOCHLOR1QUE.
Acide hydrochlorique , acide muriatique , esprit de sel. Découvert par Glauber au milieu du siècle dernier , ce gaz , composé de volumes égaux de Chlore el d’hydrogène , est invisible, mais forme au contact de l'air dont il absorbe l’humidité, une vapeur blanche , irrespirable. Il est impropre à la combustion et très-soluble dans l’eau qui en dissout les 5/4 de son poids , ou 464 fois sou volume , et constitue alors l’acide hydrochlorique liquide qui seul est employé en médecine. Il est alors très-acide , un peu acerbe , caustique, incolore à l’état de pureté, jaunâtre le plus ordinairement ; il répand , quand il est concentré et qu’on débouché le flacon , des vapeurs blanches d’une odeur suffoquante.
L’acide muriatique liquide , le seul qui , de nos jours , soit employé en médecine , est Un des caustiques que l’on emploie le plus communément; l’escharre qu’il détermine est superficielle, el la plaie qui suit la chûle de l’escharre se détache rapidement. A l’intérieur, c’est par* conséquent un poison irritant énergique.
Cet acide préconisé par Boei haave , par Vanswieten , par Marteau de Granvilliers , n’était presque plus employé de nos jours; mais Bretonneau de Tours a de nouveau appelé l’alh ntion sur ses utiles propriétés; il l’employait dans
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les maladies coucnneuses des membranes muqueuses pour produire une cautérisation superficielle (Voyez Traité de la diphthèrite). U veut que l’acide soit fumant. Il fait observer que cet acide, comme presque tous les acides minéraux, coagule l’albumine qui fait partie du mucus de sécrétion . et qu’il en résulte une espèce de fausse membrane qu’il faut bien se garder de confondre avec celle dont on veut empêcher la formation, la reproduction ou l’extension. C’est une erreur de ce genre qui a fait dire à M. le docteur Baup , que l’acide hydroclilorique propageait l’inflammation couenneuse. C’est encore au moyen de cet acide , appliqué topiquemenl , que l'illustre praticien de Tours combat efficacement quelques maladies chroniques et squammeuses de la peau.
Ricord, de l’hôpital des Vénériens , a fait tout récemment une heureuse application de l’acide liydrochlorique concentré au traitement du ptyalisme mercuriel. Il avait remarqué , comme l’avaient déjà fait avant lui beaucoup de médecins que la salivation ne tenait pas , comme on le disait , à l’irritation directe des glandes salivaires par le mercure , mais bien à l’inllammalion des gencives qui toujours, mercurielle ou non , donnait lieu cà la salivation. Or , pour prévenir le ptyalisme , il pensa que toute la thérapeutique devait tendre à empêcher l’inflammation mercurielle des gencives. Dès qu’il voit les gencives des dents incisives inférieures sefluxionner , il cautérise immédiatement les gencives avec de l’acide hydrochlorique fumant , et il répète cette opération tous les jours une fois , jusqu'à ce que l'inflammation soit dissipée. Il se sert pour cette opération d’un petit pinceau qu’i! passe légèrement sur les gencives , ayant soin d’éviter les dents.
Dans les ulcères sanieux des amygdales , des gencives, des joues , dans les aphtes, dans le muguet , l’acide hydrochlorique ou pur ou mêlé à moitié de son poids de miel rosat , délerge rapidement la membrane muqueuse. C’est avec le même succès qu’on l’a employé dans la pourriture d’hôpital; maladie qui s’accompagne d’exsudations couenneuses et pultacées assez analogues à celles qui se développent dans la bouche et sur les lonsilles (Voyez pour les citations Gmelin , apparatus medic pars. 2 , vol. i, p. 55.)
Quelques médecins ont conseillé, pour le traitement des engelures , des lotions faites avec un mélange d’acide hydrochlorique et d’eau (Linné cité par Gmelin , loco supra dicto)-, (. Journal de
Vandermonde , l. vii , p. 1154). Rowley se vantait de guérir la goutte erratique en faisant mettre les pieds du malade dans un pédilude aiguisé d’acide hydrochlorique (Trcalise of the regular j etc. Goul., London, 17U2). Plenck prétend avoir guéri une teigne opiniâtre à l’aide d’une pommade composée avec une partie d’acide hydrochlorique, une partie d’onguent de allliéa, et quatre d’onguent de genièvre ( Vide Gmelin, p. 55 , loc. cit. j.
A l’intérieur, l’acide hydrochlorique a été conseillé dans les même circonstances que le Chlore , comme antiseptique, ou comme tempérant au même titre que les autres acides (Voyez t. ii , médicaments tempérants) .
L’acide hydrochlorique a été également conseillé comme désinfectant , et cela longtemps avant le Chlore; Guylon de Morveau est le premier qui, en 1775, ait eu l’idée de l’employer en fumigations à la désinfection des caves sépulcrales de Dijon , puis des cachots des prisons de celte ville où régnait une grande mortalité. Dix onces environ de sel marin un peu humide et huit onces d’acide sulfurique lui ont paru suffire dans les hôpitaux pour une salle de vingt lits spacieuse et élevée ( Mérat et De Lens , t. n , p. 262).
Mode il' administration et doses.
L’acide hydrochlorique peut être employé concentré ; ordinairement on le mêle au miel , ou à l’eau, dans des proportions tellement variables qu’il est impossible de les indiquer ici. Pour les bains de pieds on met ordinairement une demilivre d’acide pour douze ou quinze livres d’eau chaude; à l’intérieur on le donne à la dose de vingt gouttes à deux gros par jour dans un véhicule convenable.
CHLORURES
Les combinaisons du Chlore avec les corps simples ou avec les oxydes forment les chlorures.
Nous allons d’abord étudier les chlorures alcalins que l’on emploie en médecine : ce sont les chlorures de potasse , de soude et de chaux.