DOSES ET MODE D'ADMINISTRATION
On l’administre souvent en pilules. Pour le réduire en poudre il faut le triturer avec quelques gouttes d’alcool. Il n'agit jamais plus activement que suspendu ou dissous dans les émulsions de liquides onctueux, le jaune d’œuf, le lait, la crème; dans des potions ordinaires à l’aide de la magnésie" et même de l'amidon , dans l’alcool , l’eau-de-vie , le vinaigre , dans des sirops , des juleps. La dose peut , selon les besoins , s’élever de 10 à 20 grains par jour , en ayant soin de la fractionner. Elle peut même être portée plus haut avec cette précaution. Son action est très-fugace . Il est impossible de la fixer à cause du caractère variable de sou intensité d’action. Suspendu dans un jaune d’œuf, il trouve souvent son indication en lavements. L’eau-de-vie et l’huile camphrées sont d’un usage vulgaire. Une foule de préparations internes et externes contiennent du Camphre.
ÉTHERS
On donne ce nom à des liquides incolores , limpides , très-légers et inflammables , doués d’une volatilité extraordinaire et qui les a fait comparer au fluide très-rare qu’on suppose exister au delà de notre atmosphère; d’une odeur pénétrante, suave, cordiale , rapidement diffusible, d’une saveur légèrement chaude et caustique, puis tout à coup froide et aromatique; répandus sur la peau ils la laissent immédiatement sèche et très-froide. Us résultent de la distillation de quelques acides avec l’alcool , et prennent le nom de l’acide qui sert à les former. Leur composition chimique les rapproche beaucoup des corps gras. Ils sont en général formés d’hydrogène bi-carboné et de vapeur d’eau , et peuvent être considérés comme des hydrates d’hydrogène bi-carboné. Nous parlons ici de l’Éther sulfurique en particulier, les autres (nitrique , hydrochlorique , acétique ) devant fort peu nous occuper.
Cet Éther est soluble dans dix parties d’eau , et en toute proportion dans l’alcool ; nouvellement distillé , il ne se montre ni alcalin ni acide. Il a la propriété de dissoudre les baumes, les résines , d’enlever à l’eau les huiles essentielles , et forme ainsi les teintures dites élhérées. Il a été pour la première fois décrit dans le seizième
ÉTHERS
siècle, par Valcrius Cortlus. On l’obtient en distillant parties égales d’alcool et d’acide sulfurique. Le produit de cette opération renferme encore souvent un peu d’alcool et d'acide ; on le rectifie par son mélange avec une dissolution concentrée de potasse, jusqu'à ce que tout ce qui est étranger soit enlevé.
L’Éther sulfurique est le plus généralement employé en médecine; c’est de lui qu’on doit entendre ce que nous allons dire.
L’Él lier a été par tons les auteurs rangé parmi les stimulants diffusibles. On a eu raison jusqu’à un certain point : celte dénomination , qui est bien loin d’annoncer toute l’action thérapeutique de l’Éther, a peut-être l’inconvénient d’intimider les praticiens trop crédules , et de les empêcher d’être utiles. Exprime-t-elle mieux son action physiologique ? Oui , sans doute moins mal ; et pourtant , ici encore , on a enflé les descriptions et tiré des conséquences que l’expérience dément chaque jour.
Nous avons pris d’une seule fois un gros et demi d’Éther. 11 ne faut pas essayer de rendre la sensation qu’on éprouve lorsque le liquide est dans la bouche , et qu’on veut l’avaler. C’est une explosion de suffocation insolite, de chaud et de froid si pénétrants et si intenses, qu’on ne peut analyser ce chaos d’impressions. Ce qui reste , c’est une chaleur assez vive qui , à mesure que le liquide descend (la déglutition en est fort laborieuse), se fait sentir à l’œsophage, puis à l’estomac. Une fois que le goût et l’odorat cessent d’être affectés par la saveur spéciale , et l’odeur subtile et suave de l’Éther , les phénomènes consécutifs sont ceux produits par l’alcool, avec cette différence que ces derniers sont plus prononcés, s’étendent bien plus aux organeé de la circulation , se dissipent moins promptement et jettent dans une stupeur fatigante , une ivresse crapuleuse, tandis que l’action de l’Éther se borne à exalter un peu, mais subitement, la susceptibilité sensoriale , avec quelques légers vertiges , auxquels succède bientôt une certaine obtusion des sens , comme elle serait produite par l’interposition d’une gaze très-fine, entre les stimulants extérieurs et toutes les surfaces de relation , en particulier celles de l’œil , de l’oreille , et des instruments du tact et du toucher. Joignez à cela un peu de témulence à la conjonctive, quelques fourmillements erratiques parcourait lassez agré-
blemenl la peau des extrémités , tout cela s’évanouissant au bout d’une heure , et faisant place à un grand bien-être , à une résiliation fort salutaire , et à un appétit extraordinaire. Le pouls et la chaleur ne sont pas sortis de leurs limites physiologiques, les urines n’ont pas été plus abondantes. Voilà très-fidèlement ce que nous avons ressenti. Plusieurs auteurs , et en particulier Schwilgué, avaient déjà, comme nous, énoncé le peu d’influence de l’Éther sur le système vasculaire. L’excessive volatilité de celte liqueur fait qu’une partie seulement est absorbée. Ce qui entre dans les voies de la circulation en est rapidement éliminé par la muqueuse pulmonaire.
Une demi-once d’Éther donnée à un petit chien, l’a tué en trois heures. L’œsophage avait été lié. L’estomac était fort enflammé. L’Éther ne peut être considéré comme un poison.