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ACTION THÉRAPEUTIQUE

L’Éther nous paraît réunir les propriétés des anti-spasmodiques à celles des excitants. Il est l'anneau de transition de la première de ces classes de médicaments à l’autre, et si nous l’avons inscrit dans celte catégorie, c’est qu’à coup sûr il retient encore plus de la manière d’agir des premiers que des seconds. Les annales de Part , nos observations journalières en font foi. D’ailleurs, en parlant des excitants proprement dits , nous montrerons qu’eux aussi sont puissamment anti-spasmodiques, sinon purement , exclusivement et par eux-mêmes , comme la valériane et les gommes-résines, au moins médiatement et en dernier résultat.

Les anli-spamodiques ont des propriétés qui leur sont communes , et peuvent se suppléer jusqu’à un certain degré. Chacun d’eux, cependant , a des privilèges d’action qui , pour ne pas lui appartenir à l’exclusion des autres , lui font donner la préférence quand il s’agit de déterminer cette action spéciale. C’est ainsi que l’Éther est particulièrement appliqué à certaines formes des affections nerveuses, qu’il réussit mieux à combattre que ses analogues , lesquels, à leur tour, l’emportent sur lui dans d’autres conditions morbides. Indiquons de suite que plus les maladies spasmodiques sont élémentaires , sous le quadruple rapport de l’époque , de l’invasion , du nombre, de la forme et de ('intensité de leurs symptômes , plus aussi l’Éther a de prise sur elles. Développons celte formule générale , en spécifiant les faits particuliers dont elle est l’expression. Celui-là

ANTI-SPASMODIQUES

aurait une bien fausse idée de l’hystérie , qui ne croirait à son existence qu'alors qu'elle éclaterait avec ses accidents les plus exagérés, et qui aurait besoin, pour la reconnaître , des convulsions , de delà suffocation, delà perte de connaissance, etc. Comme la plupart des maladies sans matière , elle est vague, irrégulière, affranchie du rhythme calculable qui caractérise les affections inflammatoires et les pyroxies. Une chose bien importante à savoir, c’est qu’elle est déconiposable, c’est-àdire qu’elle peut apparaître tantôt avec tous ses symptômes , tantôt avec un seul , avec deux, avec trois, sans cesser d’être elle-même. Le bon observateur la devine à quelques bâillements suivis de sanglots et de soupirs entrecoupés et sans cause appréciable ; il la voit dans de simples palpitations de cœur pendant lesquelles la poitrine semble se gonfler chez les jeunes filles , dans une dysphagie passagère , dans un météorisme subit qui se déplace et semble vouloir s’échapper par la partie supérieure du tube digestif où il opère une sorte d’étranglement , dans un hoquet spasmodique , dans une jactitation comme involontaire accompagnée d’impatience et de soupirs profonds , en un mot , dans tous ces éléments vaporeux qui , réunis et portés à un haut degré, constituent l’attaque hystérique, et qui, ainsi détachés , cèdent comme par enchantement à quelques gouttes d’Élher , et y cèdent avec d’autant plus de rapidité , qu’ils sont pl us récents , plus isolés , plus indécis. Quant à leur intensité , elle n’est pas toujours une contre-indication de l’Éther. On voit souvent des femmes jetées dans le plus grand désordre nerveux par quelques accidents hystériques , avoir des palpitations considérables, ungrand étouffement, être rendues à un calme subit et profond par une cuillerée de sirop d’Élher. Le tableau que nous venons de tracer rappelle la valériane et ses indications. En effet, ces deux agents ont une grandejanalogie, et sont parmi les anti-spasmodiques ceux qui peuvent se suppléer le plus avantageusement. Tous deux ont une action rapide , mais fugace , prompte à s’user. Ils diffèrent des gommesrésines sous d’autres rapports. Cet objet sera développé au chapitre : Médication antispasmodique.

Si le mol hystérie ne saurait convenir à l’homme , étymologiquement parlant , il en est tout autrement , par l’état spécial , du système nerveux auquel il s’applique. Bien des hommes souffrent tous les accidents spasmodiques quel nous avons énumérés plus haut, surtout les flatu-

lences et les palpitations. L’Éther leur réussit fort bien. Certaines personnes nerveuses sont sujettes à des congestions subites et partielles qui n’ont aucun des caractères de celles qui naissent sous l’influence de la pléthore; la saignée accroîtrait cette espèce de congestions, car elles sont souvent une suite de perles de sang excessives ; l’Éiher les dissipe dans la plupart des cas. Il en est de même des inégales répartitions de la chaleur chez les mêmes sujets. A lui seul il suffit pour faire cesser les douleurs atroces de l’iléus spasmodique. De même qu’il est donné avec succès dans la gastrodynie , le vomissement convulsif , la toux nerveuse , on sait qu’il est d’un usage vulgaire dans les convulsions des enfants , surtout celles qui arrivent pendant la dentition. Il y a peu de temps que passant la nuit près d’un enfant de deux ans , opéré de la trachéotomie pour un cas de croup , nous eûmes l’occasion de nous convaincre de la vertu antispasmodique de l’Éther : cet enfant , à l’autopsie duquel nous trouvâmes les deux poumons farcis de pseudo-membranes et de mucus plastique jusque dans les bronches capillaires, avait une agitation extraordinaire, une orthopnée effrayante : c’était bien le cas de renoncer aux anti-spasmodiques en vertu de ce prétendu axiome pathologique : Sublatâ causa , etc. Comment se faisait-il pourtant, qu’à chaque cuillerée de sirop d’Éther, le malheurenx enfant recouvrait du calme et du sommeil , auxquels le retour de la suffocation et des convulsions l’arrachait bientôt , l’action de l’Éther s’usant rapidement et nécessitant fréquemment une nouvelle administration du même remède , suivie de la même rémission , et ainsi de suite plus de dix fois jusqu’à la mort , qui eut lieu le matin , par les progrès incessants de l’asphyxie et de sa cause ? En traitant de la médication anti-spasmodique , nous insisterons avec grand soin sur cette question. En sa double qualité de stimulant diffusible et d’anti-spasmodique , l'Éther peut rendre d’immenses services, conjurer une mort prochaine dans les cas de métastase goutteuse et de localisation de ce principe sur le cœur , le cerveau et les centres nerveux splanchniques. On voit des syncopes menaçantes, des cardialgies atroces, des délires, des apoplexies inopinées dues à la cause que nous venons d’énoncer , on voit ces terribles accidents disparaître en peu d’instants , par de hautes doses d’Éther prises tout d’un coup. Toutes es fois qu’une maladie quelconque s’écarte de sa marche naturelle , et se complique de quelques

ÉTHERS

symptômes nerveux, les potions où entre TÉ (lier peuvent dissiper ces éléments de complication : c’est ce qui se voit surtout dans les exanthèmes irréguliers , les fièvres de mauvais caractère. Il est des cas où l’organisme, plongé dans une adynamie profonde et directe, demande le secours des toniques , et où ceux-ci , rencontrant un système nerveux trop épuisé pour répondre à leur action , ont besoin , pour être sentis et produire leur effet , d’être associés ù un stimulant qui réveille la vitalité des solides, etla monte à un point où alors les toniques ont leur utile influence. L’Éther peut servir ainsi d’adjuvant au quinquina ,etc., quoique moins spécialement que quelques au très stimulant s, l'acétate d’ammoniaque , par exemple. On ne peut qu’attribuer à à une erreur de diagnostic les cas de guérison radicale de croup , que Pinel et M. Alibert racontent avoir obtenus par l’emploi des fumigations d’Éllier. 11 suffit déliré leurs observations pour voir que ces deux grands praticiens ont eu affaire à de faux croups , à des angines slritluleuses : nous concevons très- bien son efficacité dans celte dernière affection.

Tout le monde connaît l’emploi heureux qu’on fait de l’Éther respiré dans un flacon contre les syncopes , les défaillances , les pâmoisons , etc. Pinel le recommandait chez les jeunes filles aménorrhéiques par une trop grande mobilité nerveuse, un état spasmodique de l’utérus ; Tissot. pour combattre les pointions nocturnes dues à une imagination trop vive. Nous ne saurions rien affirmer sur l’utilité de l’Éther tant prônée parDurande, Soemmering,Richter, dans le traitement des calculs biliaires. Ces praticiens n’auraienl-ils pas eu à traiter de simples coliques hépatiques , où les anti-spasmodiques sont trèsbien indiqués ? 11 passe pour diurétique, et , en effet , nous l’avons vu déterminer cette action dans un certain nombre de cas. Desbois de Rochefort l’administrait avec avantage dans les fièvres intermittentes , lorsque , dit-il , elles étaient réduites à leur plus gr and état de simplicité : il suspendait ainsi la périodicité comme par tout ce qui agit vivement sur le système nerveux. Nous savons qu’uni au quinquina , il peut être fort utile contre quelques symptômes des intermittentes pernicieuses. Dans presque toutes les formes de ces affections si graves , il est bon de combiner l’action des anti-spasmodiques diffusibles aux préparations de quinquina. Ilourdier a proposé un traitement du ténia par l’Éther. Voici comment il veut qu’on 1’emploie : Prendre le

malin , à jeun , un gros d’Élher sulfurique dans un verre de forte décoction de fougère môle ; une heure après , le ver étant supposé assoupi par l’action anodine de l’Éther, on avale deux onces d’huile de ricin , pour le chasser hors du ventre : si on présume qu’il est dans l’intestin , on l’enferme entre la potion élhérée et un lavement avec deux gros du même anthelmintique, puis on donne le purgatif expulseur. Lorsque le ténia existe dans l’estomac , le succès est certain. Rourdier rapporte quatorze cas où son remède a été mis en usage : sur ce nombre , cinq qui avaient le ténia dans le ventricule ont guéri en trois jours. Des neuf autres, trois, où le ver était dans les intestins , en ont été délivrés aussi en trois jours; quatre, après deux traitements; deux, seulement, ont conservé le redoutable entozoaire

La célèbre liqueur minérale anodine d’Hoffmann n’est autre chose que l’Éther sulfurique adouci par l’addition d’une certaine quantité d’alcool ; on appelle maintenant ainsi le dernier produit de la distillation de l’Éther , auquel on conseille même d’ajouter un peu d’huile douce de vin. Hoffmann exaltait cette fameuse liqueur dans tous les cas où nous avons recommandé l’Éther. A l’extérieur, l’Éther trouve quelquefois son indication : on a rapporié des cas où tous les moyens de réduction de hernies étranglées ayant échoué, ou eut recours à l’application de l’Éther sur la tumeur , qui , tout d’un coup, diminua de volume , et rentra dans le ventre. Le moyen est facile , et peut toujours être employé avant d’en venir au débridemenf. Dans les céphalalgies intenses , les migraines, l’Éther appliqué sur le front et les tempes peut soulager par le froid subit qu’il procure. On dit qu’en frictions , il dissipe les douleurs rhumatismales et névralgiques.

Nous avons eu beaucoup ù nous louer du sirop d’Élher dans le choléra épidémique , à la dose d’une cuillerée à bouche toutes les heures, administré concurremment avec la glace et une boisson légèrement excitante, l’infusion de menthe , par exemple : nous en suspendions tout à fait l’emploi dès que se manifestaient un peu de chaleur et de présence du pouls radial. Nous avons dû 5 celte stimulation simple et modérée , des réactions modérées elles-mêmes, mais suffisantes, et exemples en général de cet étal typhoïde, comme parsemé de phlegmasies interminables et de mauvais caractère qui emportaient tant de malades.

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ANTI-SPASMODIQUES

DOSES ET MODE d’AUMINISTIWTION.

A cause de son ëxlrêrae volatilité, on ne peut pas toujours se flatter de faire ingérer toute la quantité d’Élher qu’on a voulu prescrire. Dans les potions , les juleps, on l’administre depuis quelques gouttes jusqu’à un gros ( les flacons doivent être exactement bouchés.) 11 est des cas où , à cause du serrement des mâchoires ét de la dysphagie, on est obligé de l’administrer en lavements , depuis un demi gros jusqu’à deux gros: quelques gouttes sur un morceau de sucre suffisent , dans bien des cas , pour dissiper des symptômes nerveux en apparence formidables. La préparation la plus commode et la plus sûre est le sirop d’Éther, heureuse invention deM.Boullay. Chaque once de ce sirop contient environ un gros d’Éther. C’est une liqueur fort agréable , et qui peut remplacer toutes les autres préparations.

L’Éther sulfurique renferme souvent de l’acide sulfureux , soit qu’il ait été mal préparé , soit que , mal bouché ou exposé longtemps à une lumière trop vive , il ail fini par contracter cet état. Son action est alors bien différente et moins efficace. L’Éther entre dans presque toutes les potions anti-spasmodiques.

L’Éther acétique ( découvert en 1759, parle comte de Lauraguais) a été peu employé. C’est à M. Sédillot qu’on doit à peu près tout ce qui est connu sur les propriétés thérapeutiques de cet Éther. Ce médecin commença ses essais vers 1784. Comme efFels physiologiques, il nota qu’à la dose de douze à dix-huit gouttes , il lui causait une propension assez marquée au sommeil , que porté à un demi-gros ,ilen résultait un calme profond, un besoin presque insurmontable de dormir. Nous n’avons pas été aussi heureux que M, Sédillot ; etjsansvouloir attaquer la véracité de ses essais, ou en contredire les conclusions , nous dirons seulement qu’après avoir pris , au moment de nous coucher, vingt à trente gouttes d’Éther acétique , nous avons passé la nuit entière sans goûter de sommeil, chose qui ne nous arrive presque jamais, et dont l’Éther acétique seul a été la cause appréciable au moins. Quoi qu’il en soit , M, Sédillot tenta cet Éther dans tous les cas où le sulfurique était indiqué , mais en triplant la dose. Il se convainquit qu’il avail des propriétés anti-spasmodiques ausssi énergiques, et qu’à beaucoup d'égards, il lui était préférable ; que , comme ce dernier, il ne portait pas de sécheresse et de chaleur

à la gorge ; que son action était plus facile à maîtriser, qu’aussi bien que l’opium , il combattait diverses affections gastriques , spasmodiques et douloureuses , et que , comme lui , il ne suspendait pas les sécrétions et l’action des organes : cet auteur ajoute que sans regarder l’Éther acétique comme un spécifique contre le rhumatisme, il l’avait sur lui-même employé avec avantage dans ce cas comme précieux palliatif des douleurs, excepté les cas où elles reconnaissent pour cause un principe arthritique. 11 l’a vu réussir merveilleusement contre les douleurs laiteuses. Nous avons déjà dit que la dose devait être triple de celle de l’Éther sulfurique.

L’Éther nitrique a été conseillé dans tous les cas où nous avons loué l’Éther sulfurique. On a dit qu’il était plus calmant que celui-ci : les doses sont les mêmes.

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