CHLORURES DE MERCURE
11 y a deux chlorures de Mercure : le protochlorure et le deulochlorure.
Le proto-chlorure de Mercure, proto-chloruretum hydrargyri , Mercure doux, sublimé doux,
aquila alba, panacée mercurielle, calomel, calo-
melas, sel mercuriel insoluble, précipité blanc, est blanc, insipide, inodore, insoluble dans l’eau et dans l’alcool.
Mis en contact aveclcs membranes muqueuses, il y détermine une fluxion inflammatoire assez vive,etàce litre il est purgatif à la dose de 2à20
PRÉPARATIONS MERCURIELLES
•ains. Il n’a aucune action sensible sur la peau vêtue de son épiderme ; mais quand le derme t à nu ou qu’on l’applique sur des plaies suppumles, des ulcères, etc., il cause d’abord une as- •z vive cuisson et appelle vers ce point une uxion peu violente.
11 s’emploie exactement dans des mêmes cirmstanees que l’oxyde rouge dont nous venons e traiter. Toutefois, comme il est beaucoup moins ■tif, on l’administre plus particulièrement lorsu’on veut modifier des parties très-délicates , dles que la conjonctive, la membrane muqueuse u larynx, du canal de l’urètre, de la vessie. Bremneau conseille de l’insuffler dans la gorge, dans î cas d’angine pelliculaire, nous-mêmes l’avons juvent employé à des insufflations dans le laprix, chez les malades atteints de laryngite cliroique. Bretonneau et Velpeau suspendent le ca- >mel dans de l’eau gommeuse et l’injectent dans • vessie, dans le canal de l’urètre, dans le vagin, ans le conduit auditif externe , dans les fosses asales, pour modifier les phlegmasies simples ou lécifiqups dont la membrane muqueuse peut re atteinte.
Pour guérir les ulcères ou les plaies sordides, u atteintes de la pourriture d’hôpital, ou revêtues e sécrétions pultacées de mauvaise nature, rien ’est plus utile que de saupoudrer la partie maide avec du calomel pur ou mêlé avec parties gales de sucre. Dans les mêmes circonstances, es pommades ouïe cérat, dans la composilion lesquels entre le calomel, rendent encore de trèsrrands services.
On a beaucoup conseillé aussi , et l’on emploie ous les jours avec succès un mélange pulvérulent le.calomel et de sucre pour insuffler dans l’œil, orsqu’il existe des ulcères de la cornée lucide ou ju’il reste des taies dont on veut obtenir la résolution.
Le deiito-chlorurc de Mercure, deuto-chloruretum hydrargyri , sublimé corrosif, est blanc, cristallisé en petites aiguilles prismatiques, sa saveur est âcre, caustique, métallique. 11 est soluble dans 1 1 parties d’eau froide et dans 2 parties d’eau bouillante, il est soluble dans quatre fois son poids j’aleool, et l’est encore davantage dans l’éther.
La solubilité du sublimé rend ce médicament très-facile à employer , et comme altérant et comme topique : aussi est -il peu de substances qui aient eu d’aussi nombreuses applications dans le traitement de la syphilis et des maladies externes j c’est sous ce dernier rapport seulement que nous le considérons.
On peut dire du Mercure, en tant que moyen topique, qu’il domine la thérapeutique des maladies cutanées, et il y a peu d exagération à prétendre que le Mercure seul suffit au traitement de toutes ces affections cutanées. L onguent napolitain, le précipité rouge, le calomel, le sublimé, le cinabre, les iodures de Mercure, etc., etc., sont des armes bien puissantes que l’on ne saurait trop s’habituer à manier. Mais, de toutes ces préparations, le sublimé est certes le plus héroïque, celui qui, à lui seul, rend plus de. services que tous les autres réunis.
Beaumé eut le premier l’idée de l’administrer en bains dans les maladies de la peau qui affectent presque toute l’enveloppe légumentaire. Il y avait été conduit probablement parce qu’il avait constaté expérimentablement l’efficacité des lotions de sublimé, celle de quelques remèdes secrets, et particulièrement de l’eau antidartreuse du cardinal de Luynes, qui n’était autre chose qu’une dissolution de sublimé. Il avait vu aussi avec quelle rapidité l’eau phagédénique, employée en lotions (5G grains ou 1 gros de sublimé par livre d’eau), guérit les dartres, surtout celles qui s’accompagnent de prurit.
Ces bains, prescrits d’abord à la dose de 1 à 2 gros pour 200 litres d’eau, tombèrent en désuétude pour le traitement des maladies de la peau ; mais cette importante médication fut reprise par Wedekind (Heidelberg Jcliniche Annalen, 1829, v. 557), qui la remit en honneur. Cependant elle ne put prendre droit de cité en France que lorsque nous eûmes fait en grand des expériences à l’IIôlel-Dieude Paris pendant les années 1851,32, 55, et 54, expériences qui démontraient jusqu’à l’évidence la prodigieuse efficacité des bains de sublimé dans les maladies chroniques de la peau, qu’elles fussent ou non d’origine syphilitique. Les bains que nous donnons dans ce cas sont d’abord de demi once , et graduellement nous allons jusqu’à une et même deux onces. Pour les femmes, la dose est toujours moitié moindre.
Indépendamment de leur action curative , ces bains produisent des effets sur la peau et sur tout l’organisme qu’il est important de connaître. Les premiers que l’on prend donnent de la pesanteur de tête et une tendance au sommeil souvent invincible, quelquefois des crispations d’estomac et de très-légères coliques suivies rarement de vomissements ou de diarrhée. Après les premiers bains, ce$ phénomènes cessent de se montrer, mais il en survient d autres d un autre ordre; ordinairement il se montre sur les jambes une éruption papuleuse
EXCITANTS LOCAUX
qui ressemble assez bien au lichen agrius , et qui cause aux malades de vives démangeaisons et même de la cuisson. Celle éruption , loin de se dissiper sous l’influence de nouveaux bains, s’augmente au contraire, el oblige souvent à renoncer à ce moyen.
Cependant, vers le huitième ou le dixième bain, plus tôt quelquefois, rarement plus tard, le malade se plaint d’éprouver des brisements dans les membres et un sentiment de courbature générale qui est le propre de toutes les médications mercurielles, et que nous étudierons avec soin quand nous traiterons des propriétés altérantes du Mercure. Plus tard enfin survient la salivation, mais ce symptôme se montre plus rarement que si on avait employé toute autre préparation hydrargyrique.
Nous sommes dans l’habitude de ne jamais porter les bains de sublimé jusqu’à la salivation, à moins que nous ne les administrions dans le but de combattre des accidents syphilitiques. Nous les faisons prendre tous les deux ou trois jours, et le jour intercalaire, nous conseillons un bain d’eau de son ou un bain gélatineux.
II faut avoir grand soin , et nous insistons expressément sur ce point, de ne pas donner en même temps à un malade des bains sulfureux et des bains de sublimé, et de ne pas conseiller des bains mercuriels immédiatement après les bains sulfureux, car la peau devient d’un noir brun, et cette teinte persiste jusqu’à la chute complète de l’épiderme.
A défaut de bains, les lotions de sublimé sont employées dans le même but. La formule que nous avons adoptée est la suivante : Prenez, sublimé deux gros ; faite dissoudre dans alcool quantité suffisante.
Ajoutez, eau distillée douze onces. F. S. S. A.
On met d’abord une cuillerée à café de cette solution dans six onces d’eau bien chaude , on augmente graduellement jusqu’à ce qu’on soit arrivé à une cuillerée à bouche pour la même quantité d’eau.
Nous avons dit plus haut que l’eau antidartreuse du cardinal de Luynes avait joui jadis d’une grande réputation dans le traitement des maladies de la peau. En Angleterre, les parfumeurs sont en possession de vendre une lotion célèbre parmi les femmes pour la guérison de la couperose et des maladies diverses de la peau du visage ; cette lotion , qui prend le nom de Gowland , n’est autre chose qu’une dissolution de sublimé dans un lait d’amandes qui la décompose en partie.
L’extrême efiicacilé des bains de sublimé dans les maladies chroniques de la peau , la rapidité avec laquelle les démangeaisons disparaissaient t nous fit penser que les injections elles lotions mercurielles seraient d’un grand secours dans une maladie qui fait le désespoir des femmes par sa ténacité et par le siège qu’elle occupe , nous voulons parler du prurit des parties génitales, Le résultat a rempli notre attente, et nous avons par ce moyen bien simple guéri une infirmité cruelle contre laquelle échouaient presque toujours les médications les mieux entendues.
Dans ce cas , nous prescrivons le sublimé suivant la formule que nous avons donnée tout, à l'heure.
Incorporé à l’axonge , au cérat , à doses qui varient depuis 1 grain jusqu’à 10 grains par gros, le sublimé se donne exactement de la même manière et dans les mêmes circonstances que le précipité rouge et le calomel dont nous avons traité dans les sections précédentes.
On l’unit encore au minium pour en former des trochisques escarrotiques , destinés à agrandir des trajets fisluleux. On le faiL encore entrer à dose très-minime dans la matière qui revêt les bougies emplastiques , pour guérir les blennorrhagies chroniques ou les rétrécissements du canal de l’urètre.
Que si , pour les affections chroniques de la peau , on trouve dans le sublimé un agent si souvent utile, il était probable qu’en l’appliquant au traitement des maladies chroniques des membranes muqueuses , on obtiendrait des résultats non moins heureux ; c’est ce que l’expérience a confirmé.
Dans l’ophllialmie chronique , des collyres avec 114 et même 1 grain de sublimé par once d’eau distillée; dans les blennorrhagies, des injections faites avec une semblable dose ; dans la leucorrhée, des injections vaginales avec 1 grain par gros d’eau distillée; dans le coryza invétéré , des inspirations à la même dose que les injections vaginales dont nous venons de parler ; dans l’angine pharyngienne , des gargarismes avec 1 12 grain par once d’eau , amènent des guérisons qu’on eûl vainement attendues par un autre moyen. '
Nous n’avons jamais essayé les lavements avec le sublimé dans le traitement de la dysenterie aigue ou chronique ; mais nous sommes tentés de croire qu’ils seraient suivis d’tm lieu-
PRÉPARATIONS MERCURIELLES
:ux résultat , aussi bien que les lavements que jh composerait avec un ou deux gros d’onguent apolitain que l’on suspemlrail dans l’Jiuile.