PRÉPARATIONS ARSENICALES
Les chlorures dont nous avons parlé plus haut les acides concentrés , les alcalis , le calorique agissent en décomposant rapidement les tissus qu ils mortifient ; mais l’Arsenic et ses préparations diverses ont un autre mode d'action; ils éteignent par leurs propriétés toxiques lesphéno-
EXCITANTS LOCAUX
mènes de la vie dans la partie , et Pescharre est consécutive à cette mortification du tissu.
L’acide arsénieux , les sulfures , les arsénites agissent tous localement de la même manière ; à faible dose, ils donnent lieu à une très-violente phlegmasie , à dose plus forte , ils frappent de mort les parties avec lesquelles ils sont en contact. Aussi ces préparations sont-elles employées dans le double but de modifier localement les parties, soit en y excitant une phlegmasie d’une autre nature , soit en détruisant superficiellement les tissus malades , en même temps que plus profondément l’Arsenic agit par des propriétés altérantes dont nous aurons à parler plus tard, ( Voy. Médicaments altérants ).
Lorsqu’on ne veut qu’exciter localement une inflammation à la surface d’une plaie, il ne faut employer que de très-faibles doses d’Arsenic , 1 grain d’acide arsénieux ou d’arséniale de soude pour deux gros de cérat; et une dose double de sulfure. Mais, pour produire des escharres superficielles , les doses doivent être beaucoup plus considérables.
Les poudres arsénicales les plus célèbres , employées dans ce but , sont celles de JusLamond :
Sulfate d’Anlimoine 1 once.
Acide arsénieux 4 gros.
Mêlez ; faites fondre dans un creuset , quand la masse est refroidie, mellez-la en poudre, et mélangez-y :
Extrait de suc d’opium 2 gros 1/2.
Celle du frère Cosme :
Cinabre
Cendre de vieilles semelles
Sang-dragon
Acide arsénieux
2 gros.
8 grains.
12 grains.
2 scrupul
Mêlez , et faites une poudre très-fine.
Celle de Plunquet :
Renoncule lïammule 1 once.
Camomille puante (marroute) 1/2 once.
Fleurs de soufre 1 gros.
Acide arsénieux 2 gros.
Faites une poudre très-fine.
Celle de Rousselot à peu près la seule employée, et qui est presque identique à celle dufrèreCosme. Sulfure de mercure 1 once.
Sang-dragon 4 gros.
Acide arsénieux 1/2 gros.
Mêlez , et réduisez en poudre fine.
Celle de Dubois qui diffère peu des poudres du frère Cosme et de Rousselot.
Vermillon de Hollande 1 once.
Sang-dragon 1/2 once.
Acide arsénieux 1 gros.
C’est surtout dans le traitement des cancers superficiels de la peau que ces poudres diverses ont été employées ; on en fait une pâte soit avec de la salive , soit avec de l’eau gommée, soit avec de l’eau simple, soit avec un peu de blanc d’œuf, et on l'étend sur la surface malade. Mais il y a quelques précautions importantes à prendre.
Quelques chirurgiens étaient dans l’habitude d’exciser la surface du cancer , d’enlever avec le bistouri tous les boulons indurés, et de recouvrir immédiatement la plaie avec la pâte arsénicale. Cette pratique fut suivie, dans plusieurs cas, d’accidents toxiques assez graves pour discréditer singulièrement l’emploi de la pâle arsénicale ; mais Dubois ayant remarqué que l’absorption était d’autant plus rapide que la plaie était plus récente; qu’elle était au contraire presque nulle quand la suppuration était bien établie , pose en précepte d'exciser d’abord la surface cancéreuse, et de n’appliquer la pâte arsénicale que quatre jours après. Quoique par ce moyen on évile en général l’absorption de l’Arsenic, cependant quand la plaie est fort étendue , il arrive assez souvent que le poison cause encore des accidents généraux qui ne sont pas sans gravité. De là ce précepte de ne recouvrir la plaie que successivement , de manière à ne faire qu'une application chaque jour.
Les premiers effets de la pâle arsénicale sont de produire une très-violente douleur, et une inflammation érysipélato-phlegmoneuse qui s’élend fort loin , et dure ordinairement de 4 à 8 jours. L’escharre, d’autant plus profonde que l’épaisseur delà pâte était plus considérable, se détache lentement et ne tombe ordinairement que le 15e au 30e jour; au-dessous on trouve ordinairement la cicatrice presque complète , et le derme sans tubercules. Que s’il existe encore quelques bourgeons charnus un peu fongueux , on les réprime soit avec le nitrate d’argent , soit avec le nitrate acide de mercure soit avec une solution d’acétate de zinc.
L’acide arsénieux entrait encore jadis dans la composition de quelques trochisques escharrn tiques ; on conçoit son utilité dans les cas où les trajets fistuleux affecteraient une dégénérescence cancéreuse.
Comme irritant local moins énergique, et dans
CANTHARIDES
lit de provoquer topiquemenl une inflammai dont on peut ensuite arrêter facilement les grès, et qui trouvera souvent son application, lques médecins emploient une huile tenant suspension une faible proportion d’acide arieux ou d’orpiment (sulfure d’Arsénic jaune if), mais cette huile demande à être employée c un très-grand ménagement , car elle provo- ■ une phlegmasie des plus vives, mclques autres font usage dans le même but Arséniates solubles qu’ils emploient à la dose n grain pour quatre onces de véhicule.
CANTHARIDES
a plupart des insectes de la tribu des Canridies contiennent un principe particulier au- 1 M. Robiquet , qui l’a découvert , a donné le î de Cantharidine {Ann. de Phys, et de •'m. f (.77, p. 502 , an 1810 ). Des recherches les récentes faites par M. le docteur Frédéric 1ère de Tours, sous les auspices de M. Breneau ont démontré que dans cette grande tribu isectes :
roules les espèces des genres , Cantharis , do& , Lydus Decaloma , Dices, contenaient ia Cantharidine , et , à ce titre étaient vésiean- ) que dans les genres Zonitis , Némognata , aris , aucune espèce n’était vésicanle; que la itharidinese trouvait dans la plupart des insecdes genres Cerocoma , Mylahris, Æncis et Teonyx, {Lee 1ère, Essai sur les épispastiques, vrn. desCon. mêdico-chirurg , t. 5, p. 87). '■omme, dans cet article, il ne nous importe définitive que de connaître les modes d’action principe actif des Cantharides, nous prendrons ir type la Cantharide ofiicinale (Caw//ians veut or ia).
dise en contact avec la peau , la poudre de îlharide détermine, quelques heures après son dication, un sentiment d’engourdissement d’a- •d peu douloureux, puis une douleur gravalive finit bientôt par être cuisante. Il est rare que louffrance soit vive , elle ne le devient que si malades font de grands mouvements et irril les papilles dénudées de la peau. Après un ips plus ou moins long , qui varie en raison ne multitude de circonstances , en voit l’épiine soulevé par de petites huiles contenant la sérosité , sans que. d’ailleurs la peau ait acs une rougeur bien vive. Plus lard l’action des ntharides se continuant, ces petites bulles se nissent , et forment un plilyclère unique. En
l’enlevant, on trouve ù la surface de la peau une couche de lymphe semi-coagulée,que l’on enlève avec facilité, et qui se renouvelle le plus souvent entre chaque pansement, de manière à constituer quelquefois une couche très-plastique et trèsépaisse.
Lorsque l’épiderme a été enlevé , la surface mise il nu est le plus souvent sensible , il en résulte une réaction générale que nous cherchons quelquefois, et dont nous aurons à nous occuper un peu plus tard quand nous traiterons de la médication topique irritante.
La préparation de Cantharides que l’on emploie le plus ordinairement pour produire la vésication est l’emplâtre vésicatoire du codex , qui contient : 5 parties de poix blanche , 1 partie de térébenthine, 2 parties de cire jaune , 1 partie et demie de poudre de Cantharides.
Quand on veut obtenir un effet plus actif, on se sert du procédé de Bretonneau. Il consiste â étendre sur l’emplâtre une bouillie épaisse faite avec de la poudre de Cantharides délayée dans de l’huile d’olives. On recouvre le tout d’un morceau de papier brouillard , de manière que l’huile cantharidée seule se trouve en contact avec la peau. Bretonneau trouve en outre à ce vésicatoire l’avantage de ne jamais causer d’accidents du côté des voies urinaires, il n’est pas prouvé pour nous que cette opinion du médecin de Tours soit le résultat d’une série d’expériences comparatives assez nombreuses pour être concluantes.
Depuis quelques années on a renoncé presqu’enlièrement à l’emplâtre vésicatoire ordinaire, pour ne plus faire usage que de celui de Bretontonneau , qui est certes le plus actif, ou de celui que l’on appelle emplâtre vésicatoire anglais, et qui se prépare avec 1 partie de poix blanche, 5 parties de cire , 10 parties de suif, et 7 parties de Cantharides pulvérisées.
Sous le nom d’emplâtre vésicatoire magistral, on prescrit un vésicatoire très-actif composé de cantharides mêlées avec leur poids de farine réduite en pâte avec une suffisante quantité de vinaigre.
Enfin , on produit un effet vésicanl tout aussi marqué avec le taffetas vésicant.
Quand on veut entretenir la suppuration des vésicatoires , ou exciter l’inflammation de quelques plaies, on se sert de pommade cantharidée, dans laquelle les Canlhari des entrent dans une proportion plus ou moins considérable, suivant la volonté du médecin ; celle proportion varie depuis un vingtième jusqu’à un trentième.
EXCITANTS LOCAUX
II n’est pcut-êlre pas de médication aussi souvent employée que celle des vésicatoires , dans des buts très-différents , tantôt pour fixer ù la peau un phlogose énergique et rapide; tantôt pour exciter l'organisme; tantôt enfin comme moyen topique , sur la peau malade , comme dans l’érysipèle , dans le phlegmon diffus, dans les affections chroniques de la peau, pour substituer une phlegmasie à une autre phlegmasie. Ce n’est point ici le lieu d’examiner ces divers modes d’action , nous les discuterons avec soin dans le chapitre consacré à l’étude de la médication irritante.
.Le principe actif des Cantharides peut être absorbé quand on applique sur la peau des vésicatoires. 11 en résulte quelques accidents assez rares chez le commun des malades , mais assez communs chez ceux qui sont atteints de quelque affection des voies urinaires. Ces accidents sont: un peu de chaleur en urinant , du ténesme vésical , quelquefois delà suppression d’urine; d’autres fois enfin l’exacerbation momentanée d’une inflammation mal guérie de la vessie. On évite dit-on tous ces accidents en saupoudrant de camphre les vésicatoires. Nous avons déjà diL ailleurs ce que nous pensions de ce moyen; nous y renverrons nos lecteurs.
De l’usage interne des Cantharides.
Les Cantharides en poudre et les préparations nombreuses qui peuvent retenir leur principe actif, sont un des agents toxiques les plus redoutables. On a assez fréquemment pu observer des empoisonnements produits par cette substance employée, soit dans le but d'exciter l’orgasme vénérien , soit dans celui de provoquer l'avortement. L’ingestion des Cantharides outre les accidents gastriques communs à tous les poisons âcres , produit des phénomènes nerveux spéciaux ; tels que l’assoupissement, le délire , le ralentissement de la circulation , et, en même temps , une excessive excitation des organes génitaux.
Malgré l’activité d’un pareil remède et peutêtre à cause de celte activité, quelques thérapeutistes ont osé le prescrire à l’intérieur et leur exemple a été suivi par un assez grand nombre de praticiens qui de nos jours se sont acquis une juste réputation.
Le père de la médecine , Hippocrate, donnait la poudre de Cantharides dans le cas d’hydropisie, d’apoplexie et d’ictère ; il conseillait le même
moyen dans les accouchements laborieux pour solliciter l’expulsion du fœtus et du placenta.
Il avait cru constater aussi les propriétés einménagognes de ce médicament.
Dans les premiers âges de la médecine, on avait donc reconnu déjà les affinités électives entre les Cantharides et les organes génito-urinaires. Déjà les historiens nous apprennent que les Cantharides entraient dans la composition des philtres et des breuvages propres à éveiller les désirs amoureux. L’expérience avait en effet démontré que l’usage interne des Cantharides jette les organes génitaux dans un état d’éréthisme qui n’est pas toujours sans danger , et qui peut amener et des pissements de sang et une inflammation du pénis ou de l’utérus , et même le sphacèle de la verge. Aussi engagerons-nous les praticiens , si'jamais ils croient devoir conseiller les Cantharides dans le cas d’anaphrodisie , à y mettre une extrême : prudence , et à retenir les malades trop disposés à abuser d’un remède qui leur rend une jeunesse , factice et des plaisirs longtemps regrettés.
Malgré l’imposante autorité d’Hyppocrate, l’usage, interne des Cantharides dans le traitement des maladies autres que l’impuissance, était à peu près tombé en désuétude parmi les modernes , quand J. Gronnevell , médecin anglais , essaya de réhabiliter ce remède , et il devint , à celle occasion , l’objet de persécutions fort actives de ta part de ses confrères. C’était surtout dans la dysurie qu’il donnait les Cantharides. Il composait avec 1:2 grains de Cantharides en poudre et 15 grains de camphre, 2 ou trois bols, qu'il faisait prendre à quatre heures d’intervalle l’un de l’autre (/. Groenecelt. tutus Canlharidum usas intérims , Londini , 1698, in-8°). Werloff (commerciuvi litterariuni, an. 1755) , ■ conseille la même médication dans la dysurie ; il n’associait pas les Cantharides au camphre , et donnait un grain de poudre toutes les quatre heures. S’il s’agit ici de la dysurie des vieillards , qu’il faut attribuer souvent à une demi-paralysie de la vessie , il est évident que celle médication esl rationnelle, et qu’elle ne peut en général causer aucun accident notable ; mais si ce symptôme est sous la dépendance d’une phlegmasie chronique du col de la vessie , entretenue par exemple par la présence d’un calcul ou le passage fréquent des graviers qui déchirent la membrane muqueuse, il est douteux que les Cantharides rendent alors les mêmes services ; c’étaient ces considérations et d’autres encore qui faisaient et qui font encore aujourd’hui blâmer dans ce cas l’usage interne
CANTHARIDES
>s Cantharides. —Nous discuterons tout à l’heure elle question thérapeutique.
Presque il la même époque que Groencvell , mis un peu postérieurement, Th. Darlholin(C<mlaridum usus internusin Inst. anatom..cent
hist. 82), imagina de donner l’infusion vieuse de Cantharides dans la blennorrhagie ; ce loyen extraordinaire , adopté également par Verloff , fut recueilli plus tard et singulièrement réconisé par Richard Mead ( Monita et prœepta , Londini 1751), qui imagina une teinte alcoolique de cantharides faite en mettant igérer deux gros de Cantharides confuses dans ne livre et demie d’alcool. Il en donnait aux maides de 50 à 50 gouttes matin et soir , et de nos >urs nous avons vu Robertson d’Edimbourg trai- :r la blennorrhagie par la même méthode. 11 emlovailla teinturerie Cantharides à la dnse énorme 'une demi-once en 24 heures ( Bibliothèque iédicale , tome 20 , page 59).
Nous avons dit comment nous concevions ; mode d’action du copahu dans la blennorrhaie , c’cst , pensions-nous, en déterminant sur i membrane muqueuse malade une irritation rlificielle qui se substitue à l’irritation morbide. ,’est delà même manière que nous nous rendons ompte du mode d’action des Cantharides dans la jlennorrhagie et dans les diverses maladies irrinlives des voies uninaires ; mais ici évidemment e mal est à côté du bien : c’est au médecin qu’il qipartienrira de proportionner l’irritation topique artificielle à l’inflammation moi bide, et, giand nous exposerons notre doctrine de la mélicalion substitutive , nous essayerons de poser es règles de son application.
Nousne parlerons pasicide l’emploi des Canlhaides dans l’épilepsie, l’hy stérie, la rage, etc., etc.; i suffit qu’un remède soit héroïque et que l’adninistralion en soit périlleuse pour qu’il se trouve, les médecins qui croient devoir le tenter dans le raileinent des affections aiguës et chroniques réputées incufables , et , comme on se résout difficilement à avoir fait des essais infructueux on exagère souvent les vertus du remède dont on a îludié les effets , et l’on finit quelquefois par s’a- Miser soi-même et par tromper les autres.
Dans l’antiquité la teinture de Cantharides était îmployée dans le traitement des maladies chroniques de la peau; témoin ce chevalier romain dont parle Pline , et qui mourut pour avoir pris d’un breuvage dans lequel il entrait des Cantharides , dans le but de guérir une éruption rebelle. Il faut pourtant arriver presque jusqu’à nos jours pour
retrouver des médecins qui emploient de nouveau ce remède. Lorry ( Trac talus de morb. catan Paris, 1777 , p. 588 ) conseille la teinture de Cantharides riant l’éléplianliasis des Grecs ; et il dit positivement que, de son temps, des médecins anglais employaient beaucoup ce moyen dans le traitement des maladies de la peau.
M. Bielt , qui , au rapport de Casenave ( Dict. de Méd.f 2"'c édit., toin. 6, p. 549) s’est servi de teinture alcoolique de Cantharides à l’hôpital Saint-Louis depuis plus de vingt ans, sur un grand nombre de malades , en a obtenu de très-bons résultats , principalement dans certains eczemas chroniques, et surtout dans les formes squammeuses. La teinture de Cantharides administrée à la dose de trois gouttes d’abord , et portée graduellement jusqu’à 20 gouttes et davantage, réussit très-bien dans le traitement des psoriasis eL surtout de la lèpre vulgaire. Donnée avec prudence, et surveillée dans son mode d’action, elle ne détermine pas d’accidents : sous son influence la peau s’anime , lés plaques deviennent rouges , les squammes tombent, les élévations papuleuses s’affaissent, disparaissent , et au bout d’un mois ou six semaines, souvent plus tôt , on peut obtenir la résolution complète et la guérison d’une maladie qui durait depuis plusieurs mois. Une chose digne de remarque, c’est que ce médicament agit plus promptement et réussit mieux chez les femmes , chez les individus jeunes , sanguins , actifs , etc., etc.