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Tous les vinaigriers du monde enseignent à leurs apprentis l’art de corriger le piquant de la Moutarde avec du vinaigre ; ces utiles leçons n’étaient pas perdues pour loul le monde ; Aélius avait insisté sur ce point que le vinaigre affaiblissait les sinapismes : « Sed , et hoc noscendunt est , Ai in aceto maceretur sinapi , ineffteacrus redditur ; acetum enirn sinapis vim discuta. » ( Aelii tetrabibli . sermo tertius , sinapismiprœparatio). Schwilgué l’avait répété dans son Traité de matière médicale , et c’est une pratique triviale dans l’hôpital de M. Bretonneau , de mitiger les sinapismes avec du vinaigre. Cependant , dans tous les cours, dans presque tous les livres , on enseigne le contraire , et c’est pour cela que nous avons publié ces expériences, qui contribueront peut-être à rendre plus familière aux médecins une notion thérapeutique dont nous sommes redevables à Aêtius.
Avant de terminer ce qui est relatif aux sinapismes délayés avec le vinaigre et l’eau , nous devons dire que nos expériences ont été faites avec d’excellente farine de moutarde noire, moulue comme elle l’est dans toutes les bonnes officines de Paris; et d’après les expériences que nous avons rapportées plus liant, personne ne sera tenté de révoquer en doute la bonté et l’activité de cette farine, puisque dans l’espace de dix minutes la douleur causée par les sinapismes devenait presque insupportable.
Or, nous nous sommes procuré en même temps de la farine anglaise , que l’on vend pour préparer extemporairement la Moutarde de nos tables. Nous la délayâmes avec de l’eau, et nous préparâmes un autre sinapisme avec la Moutarde noire ordinaire. Leur action fut identique; les ayant ensuite délayées avec du vinaigre, nous ne fûmes pas peu étonnés de voir les résultats de ces expériences n’ètre plus conformes à ceux des premières; car dans ce cas, le mélange de la moutarde avec le vinaigre ne détruisit pas l’activité des sinapismes.
A quoi peut tenir une semblable différence ? nous l’ignorons entièrement. Nous ne savons même pas avec quelles graines se prépare la farine anglaise: la seule différence physique que présentent les deux farines, c’est que l’une, savoir la farine française, est d’un jaune sale granité de brun, tandis que l’autre, très-finement moulue, ne paraît pas contenir de son, et a une couleur jonquille uniforme.
Ceci nous conduit â rechercher oû réside le principe actif de la Moutarde. Ce n’est pas, h
EXCITANTS LOCAUX
coup sûr, dans l’huile fixe, puisque cette huileest aussi douce que celle que l’on extrait du colza, puisque le marc dont on a extrait l’huile fixe a autant d’activité pour le moins que la farine de Moutarde qu’on vient de moudre. Il est donc probable qu’il en est de la Moutarde comme du ricin, dont le principe âcre réside seulement autour de la partie centrale du fruit. Or, quel est ce principe actif? Royer-Tingry, pharmacien distingué de Genève , prétend que c’est une huile essentielle, qu’il a pu extraire de la graine de Moutarde et avec laquelle il fait, de concert avec M. Prévost, de curieuses expériences rapportées dans le Journal de médecine vétérinaire théorique et pratique, cahier de février 1850.
Les huiles essentielles étant en général solubles dans l’alcool , nous pensâmes que le meilleur moyen de faire un sinapisme, était de délayer la Moutarde avec de l’esprit de vin : mais ici l’expérience ne vint pas sanctionner notre théorie, car nos sinapismes préparés suivant cette méthode eurent encore moins d’énergie que ceux dans lesquels nous avions fait entrer le vinaigre.
Maintenant nous allons dire quelque chose des effets immédiats des sinapismes , et nous terminerons par des considérations sur les moyens qu’il convient d’employer pour calmer les violentes douleurs auxquelles donne lieu quelquefois l’application de la Moutarde.
Nous avons vu plus haut, que, si le sinapisme était préparé avec de bonne farine et de l’eau, il se développait, au point de contact et dans l’espace de 4 ou 5 minutes, une sensation de picotement de plus en plus cuisante, et qui, au bout de 10 minutes, se convertissait en une douleur analogue à celle qui serait produite par un ferincandescent, tenu à peu de distance de la peau. Celle douleur, presque intolérable dix minutes après l’application des sinapismes , devient de plus en plus profonde, et bientôt constrictive et gravative, c’est-à-dire que l’on croit sentir un corps lourd qui pèse sur les muscles et qui les comprime. Or, celle sensation est moins insupportable que celle que l’on éprouvait auparavant, de sorte que l’on supporte un sinapisme bien plus longtemps que l’on ne l’aurait présumé d’après l’acuité des premières douleurs. Mais lorsque ce calme , ou plutôt ce changement de douleur a duré pendant 20 ou 25 minutes, le sentiment de brûlure se réveille plus énergique que jamais et il est rare que les malades les plus dociles et les plus courageux supportent trois quarts-d’heure un sinapisme bien préparé, à moins pourtant que la sensibilité
n’ait été émoussée par une affection cérébrale idiopathique ou secondaire.
Lorsqu’on lève l’appareil, l’impression subite de l’air froid fait cesser presque complètement la douleur. La peau n’est pas tuméfiée, c’est à peine s’il y a de la rougeur ; mais , quelques moments après, la cuisson reparaît, la peau se parsème de points rouges, et bientôt elle devient d’une teinte rosée uniforme. Cependant la cuisson devient de plus en plus vive, et finit par être brûlante; le moindf-e froLlement l’exaspère, et l’impression du froid la diminue. Quelque vive que soit la rougeur, il n’y a pas de tuméfaction très-apparente, si ce n’est chez les personnes qui ont des dispositions à l’œdème. Les cuissons peuvent durer douze heures, et jusqu’à huit jours ; elles ont un caractère spécial et déterminant, chez les femmes surtout, un agacement nerveux, qui n’est pas toujours sans danger. Nous avons vu des femmes avoir de cruelles et invincibles insomnies, verser des larmes et être prises d’accidents nerveux assez graves, tant étaient vives les souffrances.
La rougeur persiste bien plus longtemps que la douleur, et il n’est pas rare de la voir subsister encore à un haut degré, lorsque déjà la cuisson est presque entièrement dissipée depuis huit ou dix jours ; mais dans ce cas, chaque soir, il survient une démangeaison qui n’est nullement douloureuse et qu’on éprouve même du plaisir à satisfaire.
Il faut qu’un sinapisme soit resté bien longtemps appliqué , pour qu’il détermine la vésication ; et dans ce cas , les ampoules apparaissent bien plus tard que lorsqu’on a fait usage des cantharides. Les phlyclènes ne se soulèvent pas toutes en même temps, de manière à former une large poche , mais elles se développent partiellement et successivement.
Tels sont les effets d’un sinapisme préparé à l’eau sur la peau de la plupart des malades, lorsqu’il n’est resté appliqué que pendant quarante minutes. Il est des individus qui sont moins irritables, et qui résistent à l’action de la Moutarde; mais, d’après nos expériences, il y aurait en général de graves inconvénients à laisser un sinapisme appliqué pendant une heure ; c’est dire que nous regardons comme très-funeste le conseil de quelques thérapeutistes, qui recommandent de laisser la Moutarde trois ou quatre heures en contact avec la peau.
Nous connaissons une jeune dame qui, à l’âge de vingt ans, éprouva des convulsions pendant le travail de l’enfantement. A la suite de cessecousses
MOUTARDE
terveuses, elle tomba dans un carus profond, et e médecin crut devoir saigner la malade et apjliquer en même temps quatre sinapismes, savoir: leux sur les poignets et deux autres sur les cou-de- >ieds. La Moutarde ne resta appliquée que pendant rois heures, et quoique la patiente n’eût pas émoigné de sensibilité tant qu’avait duré l’application du sinapisme, cependant il survint des escarres pendant la convalescence, et peu s’en allut qu’elle ne fût victime delà médication trop tclive ù laquelle elle avait été soumise.
C’est surtout dans des circonstances de ce genre ju’il importe de savoir combien de temps un silapisme doit rester appliqué ; car lorsque la sensi- )ililé veille, le malade a soin d’avertir le médein; mais dans le cas contraire, le médicament puise toute son action sur la peau , sans que 'encéphale en ait conscience, et lorsqu’ensuite e malade revient à lui, on est étonné de le voir tccuser d’atroces douleurs, symptômes de lésions graves de l’organe légumentaire.
Ce que nous venons de dire pour les maladies nropres de l’encéphale s’applique encore mieux »ux affections fébriles dans lesquelles les centres lerveux sont fortement lésés. Ainsi , dans la dohinenlérie, dans !a scarlatine qui se compliquent le symptômes ataxo-adynamiques, etc., etc., nous «•donnons des sinapismes que nous laissons apdiqués pendant dix et douze heures ; cependant e malade n’a témoigné aucune sensibilité , bien jue la peau ait rougi , bien que des phlyctènes se oient formées. Deux ou trois jours après , quand a sensibilité se réveille , les douleurs deviennent nsupportables, une fièvre nouvelle s'allume; le lerme tombe en gangrène, et nous n’avons que rop souvent à accuser notre médication de la oorl des malades.
De tout ce que nous venons de dire, nous con- :luons que jamais on ne doit laissser un sinapisme, ^réparé à eau , appliqué plus d’une heure; que dans e cas même où le malade ne se plaint pas, il faut 'enlever au bout de ce temps, si toutefois la se nnbiiilé esléleinte ou émoussée, et qu’enfin si l’on veut que la Moutarde ne produise son effet qu’avec lenteur , et qu’elle reste appliquée sans danger pendant plusieurs heures , il faut la délayer îvec du vinaigre pour en mitiger l’activité.
Deux choses ont contribué à laisser les médecins dans l’ignorance sur le degré d’activité des iinapismes; c’est d’une part , la croyance où ils Raient que la Moutarde n’était jamais si active ï»e lorsqu’elle était délayée avec du vinaigre , et le l’autre la sophistication de ce médicament.
Nous ne reviendrons pas sur la première cause d’erreur; nous nous contenterons d’insister sur la seconde.
Beaucoup de pharmaciens, mêmeà Paris, n ont pas chez eux de moulin pour broyer la Moutarde; et ils l’achètent toute moulue chez les droguistes en gros. Or, ces derniers sophistiquent de toute façon la farine de Moutarde; ils y mêlent du mare de colza, de graines de lin, et la teignent ensuite ù l’aide d’une substance colorante. Aussi ne doiton compter que sur la farine moulue dans les pharmacies. Les parents et les médecins euxmêmes n’hésitent pas à envoyer chercher la Moutarde chez l’épicier voisin, et il nous est arrivé de laisser huit heures de suite un cataplasme fait avec de la Moutarde achetée chez un épicier sans qu’il en résultât la moindre cuisson ; tandis que sur le même individu, [un sinapisme préparé de la même manière , mais avec de la graine moulue chez le pharmacien, déterminait après dix minutes une insupportable douleur.
Il nous est arrivé plusieurs fois , depuis même que nous avons fait des expériences , d’avoir à combattre des accidents causés par les sinapismes , bien que ceux-ci ne fussent pas restés appliqués plus d’une heure. Nous avons essayé d’abord le laudanum , et les diverses préparations opiacées , que nous avons appliqués sur la peau enflammée ; mais nous avons à peine modéré la douleur , quoique la dose ait été portée au point de déterminer de l’enivrement. Le topique suivant nous a bien mieux réussi.
2 Onguent populeum .... demi once.
Extrait de belladone. . \
Extrait d eclatura stramonium, s aa six grains.
Extrait de jusquiame. . )
Enduire un linge d’une couche légère de cette pommade , et l’appliquer sur la surface malade.
On obtient d’aussi bons effets de cataplasmes ainsi composés :
2 Feuilles et tiges de belladone. )
Id de jusquiame. > na deux gi’os.
Id, . de datura stramonium. ;
Faites bouillir dans deux livres d’eau que vous réduirez à une livre ; faites des cataplasmes avec de la mie de pain ou de la farine de graine de lin délayées avec celte décoction.
Si la peau est fortement excoriée, et il peut arriver que ces topiques causent des vertiges et de la somnolence ; c’est au médecin d’en diminuer la dose en proportion de la largeur de la surface dénudée d’épiderme .
Ce n’est pas ici le lieu d’examiner les condi-
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lions pathologiques dans lesquelles il convient d’avoir recours aux sinapismes. Nous nous en occuperons d’une manière spéciale dans le chapitre à l’étude de la médication révulsive (Uoy. tom 11) et nous étudierons comparativement les effets des sinapismes et des autres agents de celle médication.