‹ Traité de thérapeutique et de matière médciale [sic]Chapitre 137 sur 242 · GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

GÉNÉRAUX

nous employons ou nous éloignons les Excitants, suivant qu’ils ont été appliqués à l’organe en trop petite ou en trop grande quantité.

Jusqu’ici nous avons pris comme point de départ l’état de santé parfaite ; voyons maintenant les modifications qui peuvent naître , le stimulant restant le même et l’étal organique changeant seul.

Supposons la peau du corps à 20° R : une affusion à 28° donnera une impression de chaleur, excitera. Mais si la peau est à 29° , la même affusion donnera une impression de froid , débilitera. Le calorique n’est donc plus qu’un Excitant relatif, puisqu’il est sliimilanl ou débilitant en raison de l’état dans lequel il surprend l’économie. De même pour la lumière, stimulant normal de la rétine. Si , depuis longtemps, l’œil est plongé dans une obscurité profonde , la lumière la plus faible permettra de distinguer les objets; et si , depuis plusieurs minutes , l’œil reçoit une vive lumière , ce qui tout à l’heure était suffisant pour l’exercice delà vision ne le sera plus maintenant. Cependant le stimulant est le même, l’état de l’organe a seul changé. Prenons un troisième exemple : soit 50 , stimulant normal de l’estomac de l’homme; si cet homme reste longtemps à l’usage des aliments peu stimulants , il éprouvera une vive irritation de l’estomac lorsque tout à coup il reprendra des aliments représentés par 50 comme stimulants ; si au contraire il s’est habitué à prendre des aliments fortement excitants, ceux qui tout à l’heure le stimulaient trop vivement seront maintenant incapables do monter l’estomac au ton de l’excitation physiologique nécessaire à l’accomplissement de la fonction.

En est-il de même dans l’ordre pathologique ? Brown qui , plus que Broussais , a fondé une doctrine toute physiologique , a prétendu que les lois que nous venons d'indiquer réglaient également la pathologie. Broussais qui voulait être physiologiste a tout simplement nié ces lois qui sont de la dernière évidence. Broussais a eu tort en niant ces lois; Brown a eu tort en les appliquant toutes à la pathologie ; et, chose singulière, le premier, qui avait la prétention d’édifier une doctrine toute basée sur la physiologie, a fait abnégation des notions physiologiques les plus vulgaires , et n’a fait de la pathologie qu'avec de la pathologie; et l’autre qui voulait être pathologiste .'i tout prix , n’a fait de la pathologie qu’avec de la physiologie. Erreur déplorable , parce que l'homme malade n’est pas celui dont

MÉDICATION EXCITANTE

les fondions sont exagéras , mais celui dont les fonctions sont troublées, ce qui n’est pas la même chose à beaucoup près. Les organes malades sans doute se souviennent de l’étal physiologique , mais ils n’obéissent plus que très-imparfaitement aux lois qui régissent l’état de santé.

Broussais a dit : plus un organe est irrité et plus il est irritable.

Brown a dit : plus un organe est incité , et moins il est incitable.

Brow'n a eu raison dans l’ordre physiologique, et nous l’avons surabondamment démontré dans les exemples que nous avons cités plus haut.

Brown a eu quelquefois raison dans l’ordre pathologique , si l’incitation est répétée et qu’elle reste la même.

Broussais a eu raison dans l’ordre pathologique. Ainsi, de toute évidence , les Excitants augmentent l’irritation locale; celle loi ne souffre pas une seule exception.

Mais Brown et Broussais en émettant une proposition absolue ont été au delà de la vérité ; c’est ce que nous allons essayer de démontrer.

Il est clair que les Excitants augmentent l’excitation tant locale que générale , aussi regardons-nous comme parfaitement contraires aux règles de la saine pratique les lois pathologiques de Brown , qui stimule dans toutes les maladies excepté dans la pneumonie , la variole et le rhumatisme aigu. Nous pensons au contraire comme Broussais que presque toutes les phlegmasies doivent être rangées dans la catégorie exceptionnelle de Brown , et que plus vivement une partie est irritée, et plus elle est irritable.

Le principe de Broussais est vrai si l’on n’a égard qu’à l’état local; mais il est faux si l’on veutreonsidérer l’état général. Du point de vue de solidisme exclusif, comme l’entend Broussais, et dans l’idée où il est que toujours la lièvre est provoquée par une irritation locale, il est absurde de supposer que jamais l’opportunité de la médication Excitante puisse se rencontrer : mais pour nous qui sommes humoristes , qui croyons à la nécessité de l’élimination des principes morbifiques , nous croyons aussi que la fièvre est souvent bonne à quelque chose , et qu’il est des cas où la médecine doit la provoquer. Quand un principe morbifique est introduit dans l’économie, l’alcool , par exemple . il va , absorbé par les vaisseaux , se mettre en contact avec tous les tissus qu’il modifie à sa manière : une fièvre s’allume , en rapport et avec l’intensité de la cause et avec la susceptibilité idiosyncrasique du ma-

lade. Puis bientôt. , par l’exhalation pulmonaire, par les sueurs , par les urines , l’alcool s’échappe de l’économie et tout rentre dans l’ordre dès que la cause est éliminée. La fièvre dans ce cas a eu celte incontestable utilité, qu’elle a multiplié les phénomènes intimes de sécrétion et mis l’organisme dans les conditions les plus favorables pour se débarrasser des produits morbides qui le gênaient. Pour nous , comme pour l’école hippocratique, la fièvre est toujours une condition de gu£hson de ces maladies, la condition sine quâ non de la coclion morbifique.

On a feint , dans ces derniers temps , de jeter du ridicule sur ce mot de coction hippocratique , que très-probablement on n’a pas compris.

Coction , comme on le sait, était synonyme de digestion , et le père de la médecine désignait parla même expression la digestion des aliments et celle des principes morbifiques. Il pensait , et nous pensons après lui , que le principe morbifique introduit dans l’économie suscitait un travail analogue à celui que l’aliment introduit dans l’estomac suscite dans cet organe. La différence entre l’aliment et le principe morbifique , c’est que le premier , approprié à la substance de l’homme , ne cause qu’une perturbation passagère dont triomphe aisément l’organisme; l’autre, au contraire , étranger à l’économie , révolte et trouble : d’où la fièvre.

La digestion alimentaire est d’abord dans les premières voies , c’est-à-dire dans le tube digestif, l’occasion d’un travail de réaction locale ; dans les secondes voies , c’est-à-dire dans les

vaisseaux, elle devient l’occasion d’une excila-

tation générale ou d’une fièvre de digestion, fièvre causée par l’excitation générale que l’étrangeté du chyle provoque dans tous les tissus de l’économie. Car le chyle et les liquides divers

puisés par les vaisseaux à la surface de l’intestin,

ne sont pas tellement appropriés à nos tissus

qu’ils doivent d’emblée et intégralement s’assimiler à notre substance. L’élément des secondes voies comme celui des premières doit subir une épuration; et comme les fèces sont les résidus de la première digestion , les urines, les sueurs , la perspiration pulmonaire, sont le résidu de la seconde. Supposons pour un instant que les molécules organiques ne fussent pas impressionnées par le chyle et les liquides alimentaires absorbés , et que ces produits restassent enfermés dans le sang et infiltrés dans les tissus à la nutrition desquels ils doivent servir, tous les phénomènes nutritifs seraient par cela même arrêtés,

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