SPÉCIAUX
important. Ce n’est pas seulement quand U y a de la fièvre et que des organes éloignés sont atteints d’une phlegmasie antagoniste , que les Ponctions utérines larderont à se rétablir; c’est aussi lorsque, comme dans la chlorose, le sang se trouvera dans de telles conditions qu’il ne sera plus propre à exercer sur la matrice et sur les autres organes le stimulus nécessaire à l’accomplissement de leurs fonctions. Et si , dans celte singulière maladie , nous voyons les fonctions constantes , telles que la calorification, l’innervation, la diurèse, le diapliorôse , si bizarrement et si opiniâlrément perverties, que sera-ce pour une fonction accidentelle comme la menstruation ?
Dans le cas où la fièvre ou une phlegmasie antagoniste s’oppose à la fluxion menstruelle , la médecine devra s’occuper de combattre cette fièvre ou cette phlegmasie; dans le cas où la pléthore en sera la cause, c’est en diminuant la masse du sang ou en atténuant sa plasticité que les conditions du flux utérin deviendront plus faciles ; si au contraire il faut attribuer à la chlorose le dérangement de la fonction, c’est aux toniques, c’est aux martiaux qui reconstituent le sang que devra s’adresser le thérapeutiste.
Les moyens propres à combattre la fièvre , la phlegmasie, la pléthore, la chlorose, bien que si opposés entre eux , seront non pas des emménagogues, mais des agents de constitution normale, et partant des agents qui placeront l’économie dans des conditions telles que l'utérus ressentira efficacement l’impression des Excitants spéciaux.
Les développements dans lesquels nous venons d’entrer suffiront, nous l’espérons, au médecin pour bien comprendre l’indication , c’est-à-dire l’opportunité de l’emploi des emménagogues.
MEDICATION IRRITANTE.
On entend par Médicaments irritants les agents qui déterminent une irritation sur les points avec lesquels ils sont en contact.
Par Médication irritante, la science des indications que la médecine remplit à l’aide des médicaments irritants.
La Médication irritante se subdivise en quatre sections : Médication irritante substitutive ou bomœopalhique , transpositive, spoliative, excilative.
MÉDICATION SUBSTITUTIVE OU HOMGEO- PATH10UE.
La doctrine homœopathique, en tant que doctrine, ne mérite certainement pas le ridicule que les applications thérapeutiques des homœopathes lui onl valu.
Lorsque Hahnemann émit ce principe thérapeutique similia similibus curantur , il prouva son dire en l’appuyant sur des faits empruntés à la pratique des médecins les plus éclairés. De toute évidence les phlegmasies locales guérissent souvent par l’application direcle des irritants qui causent une inflammation analogue , inflammation thérapeutique qui se substitue à l’irritation primitive.
Ce qui était vrai dans les maladies externes l’était certes beaucoup moins pour les affections nternes ; mais Hahnemann, ébloui par la vérité d’une idée qu’il avait entrevue et formulée, s’exagéra bientôt, comme tous les novateurs, l’importance de sa découverte.
Ses disciples, comme il arrive toujours, débordèrent bien tôt le maître et l’entraînèrent dans leurs idées exagérées; et le mysticisme germanique venant bientôt s’y mêler , la thérapeutique homœopathique devint à ce point singulière
qu’elle dut avoir de nombreux partisans ; car il n’est idée si absurde qui ne trouve des médecins pour la soutenir et des malades qui se jettent audevant de l’expérimentation. L’homœopathie a eu sa vogue à Paris comme partout, il n’est guère de praticien à qui elle n’ait valu quelques infidélités; mais aujourd’hui que l’engouement est passé et qu’il n’y a plus de courage à entrer dans une lutte facile contre un ennemi désarmé par le ridicule et par l’insuccès, essayons de constater ce qu’il y a eu de véritablement pratique, non dans les rêveries thérapeutiques de la vieille horaœopathie, mais dans le premier jet sorti de la tête d’Hahneraann encore jeune.
Quand une cause morbifique est appliquée au corps de l’homme, elle détermine des effets qui sont nécessairement en rapport et avec la nature de la cause qui agit et avec l’état de l’économie qui subit l’impression.
Nature de la cause. Suivant Brown et Broussais, il n’existe qu’une cause morbifique, l’application des excitants au corps de l’homme. Toute cause n’agit que par le plus ou moins d'excitation qu’elle provoque ; excitants comme cause, excitation comme effet ; c’est à peu de chose près ce à quoi se réduit la doctrine pathologique de ces deux grands novateurs. La différence d’intensité de la cause , la différence du mode de réaction de l’économie, sont la source des innombrables différences des formes maladives. L’interprétalion différente que Brown et Broussais ont faite des jeux de la réaction a été cause de la prodigieuse différence des conclusions thérapeutiques auxquelles ils sont arrivés, chacun de son côté. El cependant l’idée fondamentale de leur doctrine est identique ; M. Broussais l’a reconnu en prenant la proposition synthétique de la doctrine de Brown pour texte de la sienne.
MÉDICATION IRRITANTE. SUBST
Ainsi que nous l’avons déjà dit , Brown et troussais ont admis comme axiome une proposiion erronée que rien jusqu’ici ne démontre 5 el :omme toute leur doctrine reposait sur ce fragile •difice, ils ont pu, tout en raisonnant avec beaucoup de rigueur et de logique, arriver néanmoins lux conséquences les plus fausses.
Dire que la vie ne s'entretient que par les stimulants, c’était émettre une proposition dont >a vérité semble évidente au premier abord, mais qui, si l’on y réfléchit un instant, paraîtra improuvable.
On ne peut, certes , contester que la vie ne s'entretienne par des modificateurs ; c’est là une proposition d’un vérité triviale , mais précisément elle a la trivialité des axiomes, et c’est en cela quelle est bonne. Par modificateur et modification, on exprime des faits que l’on ne juge pas; par stimulants et excitation, on substitue un jugement à des faits, et l’on raisonne mal.
C’est une fatale erreur en philosophie de n’attacher aux mots qu’une importance médiocre ; dans les propositions principales , les mots sont sacramentels el doivent avoir un sens tellement clair que leur application dans le discours n’arrête jamais l’intelligence du lecteur.
Nous verrons plus bas quelle importance philosophique nous devons attacher aux mots modificateur el modification , et combien les explications et les faits de la pathologie se rangent aisément sous ces chefs; taudis qu’ils se refusent à fléchir devant l’excitation , principe de Brown el de Broussais.
En effet, pour ces deux pathologistes tout est dans la quolilé du stimulus, l'état organique ê tant suppose identique chez tous les hommes.
Ce qui fait une pneumonie plus grave, c’est la quotité du stimulus appliqué au parenchyme pulmonaire. A celle quotité répond exactement une étendue de lésion locale, une réaction proportionnelle. De même pour la plèvre , pour le péricarde, le péritoine, le foie, le cerveau, l’utérus, etc., etc., etc.
On ne peut contester la vérité de ces principes; ils sont d’une évidence flagrante, et c’est leur évidence même qui a séduit et entraîné hors de la voie de la vérité les illustres médecins .dont nous ne partageons pas les idées. Or, quand on leur montrait, au milieu d’une influence épidémique, des causes évidemment les mêmes pour tous, amener des résultats si prodigieusement différents, ils invoquaient les différences des organisations, et en cela ils avaient raison,
TUT1VK OU IIOMOEOPATHIQUE. 1t
C’était là une large part des maladies qui rentrait rigoureusement et très-logiquement dans la circonscription de leur système.
Mais ils furent bientôt ébranlés par les pathologistes , qui se livrèrent à l’étude des maladies spéciales, et on doit dire que M. Bretonneau surtout, en appelant l’attention des praticiens sur les lésions spéciales du tissu muqueux et en particulier sur la dipluhérile et sur la dothinentérie, porta aux doctrines d’Edimbourg et du Yal-de- Grâce un coup dont M. Broussais a cherché vainement à se dissimuler la gravité. Pour Bretonneau comme pour nous, les différences dans la nature de la cause apportent dans les maladies des différences aussi grandes que la variété des organisations peut elle-même en apporter.
Pour nous, ce n’est donc plus la quotité d’act ion du modificateur morbifique qui détermine la forme de la maladie, mais bien la qualité de ce modificateur, comme ce n’est pas la quotité delà semence génératrice, mais sa qualité qui détermine ia forme du produit.
La quotité ne donne pour résultat que le plus ou le moins; la qualité donne la forme.
11 n’est plus aujourd’hui de pathologiste , si entêté qu’il soit d’une .doctrine dychotomiquc, qui pourtant n’admette quelques maladies locales ou générales dans lesquelles on constate quelques formes si constantes, si invariables, que l’on se voit forcé de reconnaître l’importance de la qualité du modificateur ; mais ces maladies sont pour eux les moins nombreuses; pour nous, elles sont les plus fréquentes.
Et d’abord, dans les maladies spéciales se t angent sans exception toutes . les affections contagieuses. C’est de celles-là qu’on peut dire à juste litre qu’elles se sèment de graine, et que par conséquent elles retiennent nécessairement de la qualité de l’agent générateur. Or, les maladies contagieuses sont de beaucoup plus fréquentes qu’on ne l’imagine communément, et bien des affections catarrhales communes se transmettent de l’homme malade à l’homme sain.
Que si nous excluons l’idée de contagion , et si nous jugeons la maladie par ses phénomènes locaux et généraux seulement, nous verrons que la classe des affections spéciales prendra tout de suite une telle étendue qu’elle remplira la plus grande partie du cadre nosologique.
En 11e prenant ici pour exemples que les modificateurs dont il esl le plus facile de constater les effets, nous voyons que les agents chimiques ap» pliqués au corps de l’homme produisent chacun
MÉDICATION IRRITANTE
une action spéciale, Ainsi , parmi les caustiques , les chlorures d’or, d'arsenic, de zinc , d’antimoine , le feu , la potasse , la soude , la chaux , les acides nitrique, sulfurique , hydrochlorique , fluorique , les sels d’argent, de cuivre , de mercure, etc., etc., exercent sur la peau une action tellement différente que l’on peut , avec quelque habitude , reconnaître le modificateur , à la manière dont il se comporte avec les tissus comme agent physique ou chimique, et surtout à la forme de la réaction locale qui succède à l’application du modificateur.
Ici évidemment on ne peut arguer de la quotité d’action de l’agent perturbateur, car l’expérience démontre que jamais, avec le nitrate d’argent , par exemple, on ne fera ce que l’on peut faire avec le beurre d’antimoine ; et cela quelles que soient les doses que l’on emploie d’ailleurs. Que cela tienne aux qualités chimiques des deux modificateurs et à la façon dont ils se combinent avec les parties, peu importe ; pourvu qu’il y ait différence et différence constante.
Si maintenant nous examinons les poisons , nous les voyons agir chacun à sa manière , et tellement à sa manière que le plus léger examen suffit presque toujours pour distinguer la nature du poison. Certes, il n’est pas de toxicologiste un peu exercé qui ne distingue l’intoxication par l’opium , de celle qui suit l’ingestion de la slramoine, de la véralrine, de la strychnine , qui ne saisisse les différences qui séparent les effets du plomb de ceux du mercure , du cuivre , de l’arsenic, qui ne constate la diversité des accidents qui suivent l’absorption du venin du crotale , de la vipère , du scorpion , de la tarentule , de l’abeille , du chien hydrophobe , de l’animal charbonneux.
Ici , à chaque cause, un effet spécial , c’est-àdire un effet caractérisé par une forme particulière qui se reproduit toujours comme les caractères spécifiques d’une série d’individus qui constituent une espèce dans un genre commun.
Que dire maintenant des virus varioleux , vaccin , scarlatineux, morbilleux, Syphilitique , qui n’ait été dit partout et répété à satiété ?
Ce que nous voyons pour l’homme , nous le voyons pour les animaux , nous le conslalons pour les plantes elles-méines, dont l’organisation est si inférieure , et , dans leurs désordres pathologiques , les plantes restent encore comme témoignage puissant de l’influence de la qualité de la cause dans la forme de la maladie. Nous voyons
en effet les insectes qui blessent les feuilles ou 'es tiges des plantes provoquer, au point de contact, des exubérances morbides dont le caractère univoque rappelle l’agent de la blessure ; ainsi telle forme de gale succède à la piqûre de tel •nsecte; et avec une telle constance que le naturaliste exercé juge toujours à la forme, à la couleur, au volume de la tubérosité, quel est l’insecte dont la larve y est contenue.
Ces questions ne sont pas oiseuses ; elles serviront à constater la spécificité de durée, grand point de la médication homœopathique.
Dans tous les exemples que nous venons de prendre, il y aurait une flagrante absurdité à attribuer les effets seulement à la quotité et non à la qualité de la cause. Il est en effet aussi impossible , quelque quantité de virus variolique que l’on applique au corps de l’homme, de provoquer les symptômes de l’hydrophobie , que de faire avec des escharrotiques une escharre qui se comporte comme celle de la pustule maligne.
Mais s’il est absurde de refuser à la qualité de la cause une part immense dans la forme des effets, il est presque aussi ridicule de vouloir exclure la quotité de la cause de loule participation à la production des effets. La quotité , c’est-àdire le plus ou le moins dans la cause, a une grande influence sur l’intensité des effets , mais elle ne peut les faire différents quant à leur nature intime.
Jusqu’à présent nous sommes descendus de la cause aux effets. La cause bien connue , bien appréciée , sinon dans sa nature intime , du moins dans le temps de son application au corps du malade , il a été facile de la suivre dans les jeux de réaction qu’elle a sollicités dans l’organisme , et la forme spéciale de ces phénomènes secondaires a pu être aisément constatée. Si toutes les causes étaient aussi saisissables , il n’y aurait aucune difficulté, et la spécialité serait aisément démontrée pour presque toutes les maladies : mais pour un grand nombre d’affections , la cause est inconnue , l’effet seul est présent , et il faut alors remonter de l’effet connu à la cause inconnue.
Or, remarquons que la'spécialité d’une maladie est aussi bien prouvée par l’invariabilité de ses formes indépendamment des causes qui l’ont produite , que si l’on avait connu en même temps l’effet et la cause.
Les causes de la plupart des maladies qui se révèlent par des troubles fonctionnels du côté du ventre, nous sont parfaitement inconnues ; mais
SUBSTITUTIVE OU HOMOEOPATHIQUE.
s troubles fonctionnels , les lésions qui s’y ratclient ont une forme si invariable que nous rivons tout aussi vite à l’affirmation de la spéîlité.
Entre le choléra asiatique , la dyssenterie , le oléra nostras, la dolbinentérie, il y a des diffénces si tranchées , et les symptômes qui les compagnenl sont tellement positifs , que les édecins les moins expérimentés les distinguent in de l’autre , et la possibilité même de cette stinclion implique l’idée de la spécialité ; car il y a distinction possible que s’il y a des caracres spécifiques , et la constatation de ces lions spécifiques établit par cela même la spéicité.
Or, pour les quatre maladies dont nous venons parler , ce n’est certes pas par la quotité phéménale , c’est-à-dire par l’intensité de chacun s symptômes que le caractère de l’affection se ge , mais bien par la qualité , c’est-à-dire par forme spéciale de certains phénomènes , indéndamment d’ailleurs de leur intensité.
Quoi qu’on fasse en effet , on ne fera jamais une dothinenlérie un choléra asiatique, d’une 'ssenlerie un choléra nostras , quelle que soit ailleurs la gravité de ces maladies diverses, lacune conservera ses traits distincts , ses caclères spécifiques. De la constance des effels il t philosophique de conclure à la constance des uses. Et il n’est pas en effet plus logique de prémer une cause identique pour le cholér a et la •vre jaune , qu’il ne l’est d’attribuer à l’action du ■me virus la variole et la vaccine.
Les sectateurs de Brown et de Broussais , très s’être longtemps débattus contre les arguants pressants qui ruinaient leur doctrine dyolomique , se sont vus forcés enfin de reconjitre dps maladies spéciales , et comme si , en Imellant ce seul principe , leur système n’était is détruit , ils ont voulu essayer encore de confier la doctrine des spécialités avec leurs théoes étroites.
Qu’importe à Brown que la variole soit ou in une maladie spéciale , il n’en lient compte, est une affection sténique ou asthénique , c’est seule chose qui l’occupe; d’où 1 indication de minier ou de débiliter.
Pour Broussais, il en est de même ; qu’importe >rès tout que le choléra diffère par ses formes ; la dothinenlérie : ce n’est en définitive qu’une ritation du tube digestif qui éveille des syinpalies différentes. L’irritation est le phénomène Jiiimun , culminant; c’est lui seul qui est sé-
rieusement en cause , il domine tout , de lui seul ressortent toutes les indications thérapeutiques.
Telle est l’objection de Broussais , que nous n’avons pas atténuée, que nous avonslaissée avec toute sa puissance, mais qui nous paraît faible et misérable.
Sans doute, et nous le confessons franchement , presque tous les modificateurs qui s’appliquent au corps de l’homme suscitent localement une réaction commune que l’on est convenu d’appeler inflammation ou irritation. Toute la question se réduit à savoir si ce phénomène commun a vraiment l’importance pathologique qu’on lui accorde. Sans doute la pustule maligne et le furoncle , la variole et l’impétigo , le chancre syphilitique et l’herpès préputial , la laryngite aiguë et le croup , la dothinentérie et l’embarras gastrique , l’ophthalmie catarrhale et l’ophthalmie scrophuleuse.la dartre rougeâtre et le varus sébacé, ont pour caractère commun l’inflammation; comme la douce amère et le dalura stramonium , la chélidoine et le pavot , l’églantier et le laurier-cerise ont des caractères communs puisqu’ils se rangent dans les mêmes familles naturelles ; mais quel médecin , quel naturaliste , seront assez insensés pour n’attacher qu’une importance secondaire aux caractères spécifiques qui jouent ici un rôle si puissant?
Écoutons Bretonneau : « L’obstination d’un * médecin , dil cet excellent praticien , qui pern sisle à ne voir dans le catarrhe bronchique et » dans l’angine pelliculaire que deux nuances » peu importantes de la même affection , n’équi- » vaut-elle pas à celle d’un naturaliste qui sou- » tiendrait que la vipère n’est qu’une variété de » la couleuvre , et qui , apportant en preuve de » son opinion la similitude du mode de circula- » tion et celle des caractères génériques srule- » ment , regarderait les écailles ou les plaques » qui recouvrent la tête , l’absence ou la présence » des crochets à venin , comme des différences " peu importantes. Qu’objecter cependant à l’an- » tagoniste des distinctions , lorsque , à ses yeux » fascinés par la prévention , une vipère et un » serpent à sonnettes ne sont que des couleuvres » exagérées? quel parti prendre ? Insister sur la n différence «les effets «pic produisent, les morsu- » res de ces reptiles , et , en attendant que la » vérité éclate à tous les regards , se hâter, si » une blessure envenimée vient d’être reçue, d’enn lever la cause d’une grande maladie , en reo tranchant la petite portion de tissu vivant que » le venin a pénétré. » Bretonneau, Notes inédites sur les Phlcgmasics spéciales.
MÉDICATION
C’est à dessein que nous nous sommes appesantis sur la question de la spécificité des maladies , parce que cette question domine aujourd’hui la pathologie, et que nous ne pouvions bien faire comprendre la médication substitutive , si préalablement nous n’avions bien établi ce grand principe pathologique , qu’à l'action de chaque modificateur répond une modification spéciale.
En effet, tous les modificateurs irritants déterminent une irritation dont l’intensité , dont la gravité , en tant que lésion locale et générale , sont subordonnées à leur nature même , abstraction faite de la prédisposition du sujet. Le pathologiste attentif peut donc calculer jusqu’à un certain point la portée de l’agent irritant , et quand il ne peut saisir la cause, il peut néanmoins par l’expérience et par l’application de la statistique médicale apprécier la durée probable, la gravité d’une phlegmasie. 11 voit que telles phlegmasies ont une marche nécessaire et en quelque sorte fatale, qu’elles naissent, croissent et se terminent en un temps déterminé , qu’elles ont en quelque sorte une vie comme les plantes et les animaux ; que d’autres, incertaines dans leur durée, tantôt ont une existence éphémère , tantôt se prolongent invinciblement jusqu’à la dissolution de la vie, tantôt apparaissent et disparaissent sans que rien de régulier ne se voie dans leur marche.
Il en résulte que , pour un médecin vraiment savant, la durée probable et la marche naturelle des maladies sont à peu après connues. Cette notion , la plus importante pour le thérapeutiste , celle sans laquelle il ne peut avec philosophie se livrer à la moindre expérimentation, est pourtant celle que l’on néglige le plus dans les études cliniques. C’est celles qui a manqué essentiellement et qui manque encore à tous les médecins homœopalhes.
La marche et la durée d’une phlegmasie connues , s’il était possible de mettre en contact avec le tissu enflammé un modificateur irritant luimême qui changeât le mode d’irritation existant et qui abrégeât la durée de la maladie, n’aurait-on pas , par celte substitution, rendu un grand service thérapeutique?
Or , les choses se passent-elles ainsi ? évidemment oui. Une phlegmasie occupe la membrane muqueuse oculaire , un collyre avec le sublimé, le nitrate d’argent, le calomel, le précipité rouge, tout en irritant pour un instant la partie déjà enflammée, guérit pourtant l’inflammation existante.
IRRITANTE
Le fait une fois constaté , il s’agit d’en étudier les lois.
EL d’abord, bien que la substitution puisse s’exercer médiatement, c’est-à-dire par l’intermédiaire des organes d’absorption et sur les tissus avec lesquels les agents irritants ne sont pas en contact direct , nous ne considérerons cependant ici que la substitution directe , c’est-à-dire celle qui s’exerce par les modificateurs irritants appliqué» directement sur les tissus irrités.
Nous devons considérer toute irritation locale comme le produit de l’application locale d’un agent irritant , soit que la cause soit interne , soit qu’elle procède du dehors. Ainsi , lors même qu’une cause interne, le vice dartreux, par exemple, produit une phlegmasie chronique de la peau, il faut absolument que l’action de ce vice se soit exercée sur le tégument externe ; c’est une condition nécessaire du développement de la dartre.
La première notion que le médecin doive chercher à acquérir , c’est celle de la gravité et de la marche naturelle de la maladie ; nous avons déjà insisté sur ce point. Celte notion acquise , il reste à constater l’influence du modificateur thérapeutique. Car, avant tout , il faut que la maladie substituée ne soit pas plus grave que celle que l’on a voulu remplacer. Il est bien évident, par exemple , que les agents qui détruisent les tissus par leur action chimique ou physique sont merveilleusement aptes à faire disparaître les lésions qui siègent sur ces tissus ; mais détruire n’est pas guérir, et si quelquefois le médecin est forcé de recourir à d’aussi puissantes ressources , c’est quand l’affection locale a une gravité et une incurabilité telles que la destruction du mal et dit tissu malade est indispensable.
Toutefois , l’action du modificateur thérapeutique ne peut guère se préjuger, et à l'expérience seule il appartient de prononcer sur la manière dont les propriétés vitales réagissent contre la cause irrilante.il semble, en effet , qu'entre la chaux vive qui escharrifie en quelques minutes et le beurre d’antimoine qui agit avec plus de lenteur , il y ait une différence notable, et on serait tenté de croire que l’action de la chaux sera plus violente et plus destructive que celle du chlorure; l’expérience démontre le contraire, et dans beaucoup de phlegmasies locales , (pie l’on est convenu d’appeler spontanées et qui en définitive ne diffèrent des autres que par des conditions tout à fait indépendantes de la cause elle-même , celle même difficulté déjuger se présente encore. AU début do deux angines, dont l’une se révèle par
SUBSTITUTIVE OU HOMOEOPATI1IQUE.
e légère phlcgmasie locale accompagnée d’exlalion membraneuse el qui est à peine fébrile, l’autre par l’appareil inflammatoire le plus ?rgique el une puissante réaction générale , il nble naturel de croire que la plus grave est lie qui frappe avec le plus de violence , et Cendant , tandis que celle-ci entraîne à peine au- • chose q.u’une incommodité de plusieurs jours, utre , au contraire , tue presque toujours par xlension de la fausse membrane dans les voies riennes.
Ce n’est en effet ni par la nature de la douleur, par l’ordre d’apparition , par la rapidité du veloppement des phénomènes morbides que se je la gravité d'une irritation communiquée.Par cmple , en instillant dans l’œil une solution ncentrée de tartre slibié , c’est à peine si le pant éprouve un peu de cuisson , tandis qu’en sufflant un grain de poudre de tabac , il surent incontinent une irritation des plus violentes; ais peu de minutes suffisent pour mettre fin A t appareil formidable , tandis que dans le preier cas l’œil s’injecte lentement , s’enflamme, bientôt surviennent les phénomènes d’une ophalmie des plus graves , trop souvent suivie de perle de l’œil.
La gravité et la marche des phlegmasies théramtiques, s’il est permis de nous exprimer ainsi,
? se juge donc qu’expérimentalemenl comme illes des phlegmasies pathologiques.
Ainsi , avant de mettre en œuvre la médication ibstilulrice , nous devons connaître la portée de îs armes thérapeutiques.
Parmi les agents irritants homœopathiques , il 1 est dont la portée est très-courte , c’est-à-dire ui déterminent des phénomènes qui disparaismt rapidement , tels sont , par exemple ,1e nitrate 'argent , le sulfate de zinc, le nitrate de merure , le calomel, les chlorures alcalins ; d’autres ont les effets sont beaucoup moins fugaces , tels ont les cantharides , le tartre stibié , l’arsenic , •s caustiques puissants , la moutarde , les cuphoriacées, les renonculacées , les colchicacées.
Or, comme il faut toujours proportionner l’inusité d’action de l’agent substituleur à la phleglasic que l’on veut combattre, il s’ensuit qu’i «rail ridicule de combattre des lésions superficies avec les agents de la seconde série , tandis u’au contraire l’indication de ces mêmes moyens essorl dans les lésions de tissu graves , profondes u chroniques. Ainsi , la pustule maligne , le boulin varioleux , se détruisent sous l’influence d’un ausliquc , et le carcinome superficiel de la peau ,
aggravé par des irritations superficielles , est démit par les caustiques qui emportent toute lepaisseur du derme , ou par des irritants qui , tels que l’arsenic, ont une action profonde el longtemps prolongée.
Quand on veut proportionner l’action homœopathiqite à l’irritation existante, deux écueils sont également à éviter : rester en deçà ; aller au delà .
11 y a en général peu d’inconvénients à rester en deçà du but ; el l’on peut même , en suivant celle prudente voie, arriver à un résultat aussi avanlageux , pourvu qu’on ail le soin de soutenir Paclion thérapeutique et de la renouveler. Soit une blennorrhagie urétrale que l’on veut guérir par des injections de nitrate d’argent. En commençant par une dose faible, un quart de grain de nitrate d’argent par once d’eau distillée détermine une irritation thérapeutique légère qui ne dominera pas la phlegmasie syphilitique , mais qui se substituera à celle-ci seulement pour une partie, de sorte que si nous nous servions d’urie formule ( ce qui est loin d’être exact ) , nous aurions une irritation blennorrhagique représentée par 10, une irritation substitutive représentée par 2. La substitution n’étant pas proportionnelle à la phlegmasie locale , celle-ci persistera comme 8 ; mais on conçoit qu’en prolongeant le contact de la solution irritante avec la membrane muqueuse , on compensera par la durée d’application le peu d’intensité de l’agent subslituteur.
Celte méthode est d’autant plus rationnelle qu’il est impossible de connaître à priori la sensibilité des tissus , et qu’il vaut mieux avoir à augmenter l’irritation qu’à la tempérer , lorsque par imprudence on l’a exagérée.
Nous disions tout à l’heure que chaque agent homœopathique avait une portée qui lui était propre. La durée d’action varie depuis quelques heures jusqu’à quelques jours , et cela en raison de la nature intime du modificateur , de la dose à laquelle on l’emploie.
Or, si l’on compare entre elles l’irritation morbide et l’irritation substitutive , on verra que la première, par cela même qu’elle préexiste , et que le tissu est profondément modifié par le fait seul de la durée de la maladie , a pris en quelque sorte droit de domicile , el aura d’autant plus de tendance à se reproduire. Que si l’agent homœopathique n’a de durée d’action que pour six, douze ou vingt-quatre heures , il pourra bien s’èlre substitué pendant cc laps de temps à la phlegmasie qu on avait à combattre; mais si le thérapeu-
MÉDICATION
liste lâche pied (out de suite , les accidents primitifs se renouvellent. Pour que la substitution s’exerce efficacement , il faut renouveler l’action substitutive avant que PcfFet de l’application topique précédente soit entièrement passée.
Ainsi , quand on traite la dyssenterie par des lavements dans lesquels on a fait dissoudre ou du nitrate d’arpent ou des sels neutres purgatifs , on tempère, dès les premières injections les douleurs coliques et le flux sanguin ; mais, huit ou dix heures après , les accidents reparaissent : le précepte ici est de ne pas attendre le retour des phénomènes dyssentériques ; mais de renouveler les lavements assez souvent pour laisser toujours le malade sous l’influence de la médication.
En supposant , comme nous l’avons fait jusqu’ici, que tous les sujets sont dans un état identique, et en ne tenant aucun compte des dispositions individuelles, il est évident que l’irritation homœopalhique sera en raison de la dose de l’agent substituteur. Mais il faut nécessairement tenir compte et un compte important de ce que Brown appelait l’épuisement de Pincitabilité , autrement on userait en vain du même agent irritant.
Suivant Brown , ü chaque élément organique comme à l’économie, est départie une propriété fondamentale , Pincitabilité. Les stiviulants développent Y incitation ; mais l’incitation ne peut se développer sans que la capacité d’incitation, ou mieux Pincitabilité , ne s’épuise. Il en résulte que le rôle du médecin doit être , ou de redonner de Pincitabilité par le repos , par l’alimentation, etc., etc., pour que le même stimulant développe toujours la même incitation, ou bien encore augmenter l’action de l’incitant pour que l’incitation soit la même , Pincitabilité étant moindre. En fait , cela revient à dire que les tissus et l’économie s’accoutument à l’action desstimulanls divers; que, par suite de celte accoutumance, ils ne sont plus excités par les mêmes agents qui les excitaient auparavant ; que par conséquent pour obtenir tous les jours le même résultat , il faut augmenter la force de l’excitant précisément en raison de la diminution de la susceptibilité organique. La conséquence de ces principes est que la dose de l’agent subslituteur doit être graduellement augmentée, non pas dans une proportion qui soit la même pour tous les malades et pour toutes les maladies, mais dans une proportion que dirigera toujours l’élude expérimentale de l’irritabilité du malade.
De celle grande loi pathologique de Brown que
IRRITANTE
nous essayions d’indiquer tout à l’heure, découle encore une application essentielle de la substitution si on l’envisage dans les affections aiguës ou dans les maladies chroniques.
L’habitude de l’inflammation dans un tissu rend ce tissu plus propre sans contredit ü prendre la même inflammation, mais le rend moins apte à recevoir des impressions étrangères. Ainsi, toutes choses étant égales d’ailleurs, il faudra un agent irritant plus énergique pour opérer la substitution dans une maladie chronique que pour une maladie aigue ; et l’on comprendra mieux encore l’importance de ce précepte, si l’on songe qu’outre la diminution de Pincitabilité, conséquence nécessaire de la chronicité, nous avons encore à lutter contre une direction longtemps vicieuse des propriétés vitales dans la même partie , et contre une affection qui a jeté des racines bien plus profondes ; tandis que , dans les phleginasies aiguës, la substitution s’exerce d’une part à moindres frais, et d’autre part n’aura pas besoin d’être demandée si longtemps.
Ce que nous disions plus haut de la nécessité de répéter l’action substitutive pour ne pas donner ù la phlegmasie morbide le temps de reprendre le dessus , mène également à un autre précepte qui n’en est en quelque sorte que le corollaire. C’est que non-seulement il faut répéter celle action , mais aussi la prolonger de manière à faire perdre entièrement au tissu l’habitude de l’inflammation première, et ce n’est pas pour un jour seulement , mais quelquefois durant quelques semaines , qu’il faudra prolonger l’action des irritants homœopathiques.
Nous avons fait plus haut un précepte de ne jamais enlever d’emblée une pblegmasie ordinaire, mais quelques médecins plus hardis, après avoir préludé par quelques essais pour tâter la susceptibilité de leurs malades, doublent, triplent, décuplent la violence de l’agent irritant, et remplacent de vive force par une pblegmasie thérapeutique l’inflammation qu’ils avaient à combattre. Celle méthode nous a loujoursparu peu sage; mais autant nous sommes disposés à la blâmer dans les circonstances ordinaires , autant nous voulons en faire un précepte dans les maladies locales dont la gravité peut, en quelques heures, compromettre les jours du malade ou le salut d’un organe. Ainsi , sans tâtonner, devons-nous cautériser au plus vite la pustule maligne et les tissus environnants, et appliquer la pierre infernale sur la membrane muqueuse oculaire envahie par la phlegmasie blonnorrhagique.
SUBSTITUTIVE OU HOMOEOPATHIQUE.
Il ne faut pas confondre l’irritation homœopnhique avec l'inflammation morbide , et récipro- [uement. Il y a inconvénient des deux côtés, nais il faut convenir qu’il y en a plus encore ù ester en deçà de la curation qu’à obtenir plus [u’on ne désire. Il suffit en effet, si la persistance le la phlegmasie tient à la persistance dans l’irritation substitutive, il suffit, disons-nous, de cesser toule médication pour guérir, tandis que ;i l’inflammation première était encore présente, I faudrait recommencer tout le traitement , si , jour l’avoir un instant cessé , on laissait la phlegnasie reprendre son intensité.
Essayons pourtant d’indiquer quelques règles l’aide desquelles on pourra juger si l’irritation ui persiste appartient à la Médication ou à l’a fpclion première.
Lorsqu’on applique à un tissu enflammé un moificateur irritant , il est ordinaire , ou que les ihénomènes inflammatoires soient immédiatenent augmentés , ou qu’ils éprouvent une dimilution plus ou moins notable. Quel que soit le ésultat, il doit être attribué au médicament, et ;’est ce résultat immédiat qui doit être choisi :omme point de repère.
Si l’expérience a déjà permis de constater que a sécrétion morbide , la douleur, la démangeai- ;on sont diminuées sous l’influence de l’agent iritant, le retour de ces accidents signalera le ■etour de la phlegmasie première , et la cessation le l’action homœopalhique. Que si au contraire 'agent subsliluteur est l’occasion d’une exagéraion notable dans la douleur, dans la sécrétion , lans les démangeaisons , etc., le retour aux phénomènes ordinaires indiquera la nécessité de recourir de nouveau au modificateur thérapeutique.
Le premier cas est très-facile à juger, mais le >econd est à ce point difficile qu’il nous semble mpossible de se conduire autrement que d’après es données expérimentales dont une longue habitude peut seule faire connaître la valeur.
Dans le plus grand nombre des cas , comme on n’a pas essayé d’enlever d’emblée la phlegmasie , U que par conséquent on ne peut supposer une complète substitution, il suffit de constater iprès 24 , 48 ou 72 heures une diminution notable dans les accidents primitifs , pour conclure à 'efficacité de la médication et pour être autorisé à a reprendre ; et bien que les accidents inflammaoires développés immédiatement sous l’influence lu modificateur thérapeutique se confondent, de nanière à ne pouvoir en être distingués , avec -eux de l’irritation pathologique , on n’aura plus 2e PARTIE.
à se guider que d’après les résultats de l’expérience et l’analogie : ces guides, si sûrs en médecine, nous dirigeront avec plus de certitude encore que des règles sujettes ù trop d exceptions.
Le principe Brownien que nous posions(pag.lG), ou si on l’aime mieux , l’étude de l’influence du suétudisme, mènent encore à d’autres conséquences thérapeutiques. Nous avons vu que l’habitude de l’application des stimulants diminuait l’ineilabilité dans la par tie , la rendait par conséquent moins apte à être influencée par les agents d’excitation. Il en résulte que , comme moyen prophylactique des irritations locales, l’application habituelle des stimulants est une utile médication. Les femmes le savent bien , qui , pour faire cesser et même pour prévenir les irritations du visage connues vulgairement sous le nom de couperose , se servent habituellement de lotions irritantes avec le sublimé , ou même d’eau simple chargée d’une grande quantité de calorique. Ne voyonsnous pas l’habitude des lavements chauds éteindre la sensibilité, la contractilité, et la faculté sécrétante de l’intestin ; comme l’habitude des aliments de haut goût et désexcitants du tube digestif, loin de provoquer des gastrites , jette au contraire la membrane muqueuse de l’estomac dans un état d’insensibilité organique qui paralyse toutes ses fonctions. Vérité si admirablement démontrée par Brown , si mal appréciée par Broussais. C’est ainsi que les artisans qui s’exposent continuellement à l’action d’une vive chaleur, loin d’avoir le teint coloré comme les gens du Nord , par exemple , sont remarquables par leur extrême pâleur. Ainsi les cuisiniers , les boulangers, les verriers, les chaufourniers , etc., etc.; ainsi les habitants des pays équinoxiaux. Et les médecins qui s’occupent habituellement de la thérapeutique des maladies cutanées savent tous l’immense parti que l’on tire de l’application du calorique à la peau , non moins comme moyen préventif que comme médication curative.
Jusqu’ici nous avons eu peu égard à la cause de la phlegmasie , et nous l’avons traitée comme s’il s’agissait toujours d’une affection de cause externe. Nous n’avons point eu égard à l’état de l’économie. Cette omission , nous l’avons faite à dessein , et personne sans doute ne sera tenté de supposer que nous n’attachions aux causes internes qu’une importance secondaire.Dans la thérapeutique des phlcgmasies internes, la curation de la cause interne occupe quelquefois la place principale , dans d’autres circonstances cette cause peut être négligée sans inconvénient. Dans
MÉDICATION IRRITANTE
la plupart des syphilides cutanées, le traitement interne suffît presque toujours, la médication topique est presque superfluejel au contraire, pour presque toutes les dartres , le traitement interne est adjuvant, et l’emploi des moyens thérapeutiques directs occupe le premier rang.
Admettant même que la phlegmasle dartreuse procédât d’une cause interne , il ne s’ensuivrait pas que l’on ne dût s’en prendre ultérieurement qu’à celte cause 5 car la cause peut avoir agi et n’agir plus , et cependant la maladie locale subsiste , exactement de même qu’a près l’application passagère d’un agent irritant externe l’effet irritant peut durer encore longtemps après.
Le souvenir de la cause interne , si peu agissante qu’elle puisse être encore, doit entrer pour quelque chose dans le choix du modificateur. Il faudra en effet préférer le nitrate de mercure à la pierre infernale dans le traitement des phlegmasies syphilitiques ; les préparations d’iode aux sels de cuivre dans les dartres scrophuleuses , parce que chaque molécule organique est en quelque sorte un microcosme qui participe à l’état général , et d’autant plus que la vitalité y est rendue plus active par l’état inflammatoire.
MÉDICATION IRRITANTE TRANSPOSITIVE.
Quand deux actes physiologiques ou pathologiques d’une certaine valeur s’exercent en même temps , le plus puissant atténue l’autre. C’est l’explication du célèbre aphorisme d’Hippocrate : Diiobns laboribus simul obortis , non in eodem loco, vehementior obscurat alterum. Sur ce principe a été fondée la médication transpositive. Le problème à résoudre était celui-ci : Étant donnée une maladie grave , dans un autre lieu, produire artificiellement une maladie plus énergique et moins dangereuse , afin d’atténuer la première.
La possibilité de la transposition est subordonnée à des circonstances qu’il est bien essentiel d’indiquer ici , circonstances relatives à la nature, au siège, à l’âge, à l’étendue de la maladie.
A la nature des maladies . Parmi les maladies, il en est qui allèrent à peine la texture des organes, et dont la volatilité est telle que la moindre perturbation suffit pour les faire changer desiége. Dans ce cas sont les névralgies qui n’ont point encore amené l’inflammation des nerfs, le rhumatisme , les congestions , et certaines phlegmasies de la peau , telles que l’urticaire , la roséole , la rougeole , etc., etc.
D’autres , au contraire , sont caractérisées par une adhérence très-grande aux organes , adhérence telle que quelquefois nulle Médication ne la peut surmonter. Telle est la variole, telles sont la plupart des inflammations parenchymateuses , les dégénérescences organiques.
Quelques efforts que l’on fasse à l’aide des révulsifs pour arrêter les progrès d’une pneumonie, d’une hépatite , d’une éruption pustuleuse de la peau ou des membranes muqueuses , jamais on n’y parvient; la maladie suit son cours , à moins que d’autres moyens ne viennent en aide au médecin ; tandis que dans les affections fugaces dont nous avons parlé plus haut, une vive irritation , appliquée à la peau ou sur une membrane muqueuse , suffit ordinairement pour déplacer l’irritation que l’on fixe ainsi sur le lieu où l’on vient d’appeler la fluxion thérapeutique.
Relativement au siège de la maladie. 11 est à remarquer que les phlegmasies aiguës des membranes muqueuses sont plus généralement rhumatoïdes ou catarrhales, c’est-à-dire que l’irritation y est passagère , peu tenace, superficielle ; tandis que , dans les parenchymes , l’inflammation est plus opiniâtre , plus profonde. Cela lient sans doute à ce que la facilité de sécrétions irritatives sur ces membranes amène un dégorgement immédiat du tissu , et que , dans les parenchymes , les sécrétions retenues deviennent elles-mêmes cause d’une nouvelle irritation. Quoiqu’il en soit de l’explication , l’expérience démontre que la transposition s’exerce facilement des membranes muqueuses sur la peau ou surune autre membrane muqueuse. Ainsi , l’angine catarrhale aiguë cède souvent , avec une rapidité extraordinaire , à un vomitif, à un purgatif, à un simple sinapisme; il en estdemême de certaines bronchites, des coryzas, des gastrites, des entérites, des colites; c’est que , dans ce cas , l’irritation de la membrane muqueuse était probablement de nature rhumatismale. Un résultat aussi avantageux ne s’observe pas pour les phlegmasies même légères des parenchymes. La transposition n’est pas facile dans les affections parenchymateuses , si ce n’est lorsque l’irritation n’a pas provoqué plus que de la congestion , ou bien lorsque les symptômes aigus sont déjà dissipés.
Relativement à l’âge de la maladie . Toutes les phlegmasies n’ont pas comme l’inflammation varioleuse de la peau une tendance invincible à la suppuration. Il en est qui peuvent être enrayées sans une extrême difficulté , et qui 11’ont pas une marche nécessaire. Ainsi , nous ne dou-
TRANSP0SIT1VE.
tons pas que , dans beaucoup de circonstances , des pleurésies ne commencent et n’avortent tout à fait à l’insu du médecin ; qu’il en soit de même pour la pneumonie , pour le flegmon des amygdales. Dans ce cas , il ne s’esl encore développé qu’une simple congestion sous l’influence ou d’une irritation topique , ou d’un état général. Il n’y a pas encore de lésion locale telle qu’il en résulte un grand trouble sympathique : une diarrhée légère qui survient , une épistaxis , une sueur abondante , un bain de pieds, conjurent une maladie qui eût été grave probablement sans l’irritation transpositive que s’est développée sur un point éloigné.
Mais dès qu’une irritation a amené plus qu’une simple congestion , et que déjà il existe une véritable fluxion inflammatoire, il est fort rare que les médicaments irritants puissent déplacer la phlegmasie ; ils l’aggravent au contraire dans les cas les plus ordinaires , à moins pourtant que les moyens révulsifs ne soient extrêmement puissants ou l’inflammation très-légère. Ainsi, c’était jadis l’habitude chez certains médecins de couvrir la poitrine d’un vésicatoire énorme dans toutes les périodes des pleurésies et des pneumonies , et il arrivait souvent que l’inflammation avortait pour ainsi dire. Cette manière de faire est encore celle de M. Gendrin qui s’en loue beaucoup. C’est pourtant une pratique que nous n’oserions mettre en usage, et que nous ne conseillerions jamais avant qu’une expérience bien établie ne nous en eût démontré l’efficacité.
Dès que la période aiguë de l’inflammation est passée et que la fluxion persiste , sans que d’ailleurs les aulres phénomènes inflammatoires disparaissent, il y a dès lors lieu de penser que l’irritalion n’existe plus , et c’est avec avantage alors que les révulsifs sont employés.
Puisque, l'occasion se présente ici, nous devons 5 nos lecteurs de nous expliquer nettement sur la proposition paradoxale qui se trouve dans le dernier paragraphe.
Pour l’école physiologique , l’irritation est supposée cxisler toujours tant que tous les phénomènes inflammatoires ne sont pas passés; pour nous, nous croyons possible qu’il n’y ait que peu ou point d’irritation , alors même que certains phénomènes inflammatoires sont encore au plus haut degré.
On n’a pas assez distingué, suivant nous, les résultats primitifs des résultats secondaires de l’irritation : l’augmentation de la vascuralité de la partie (congestion sanguine ), la tuméfaction, qui
en est la conséquence, la douleur, la chaleur, telles sont les conséquences immédiates de l’irritation; mais supposons pour un instant que l’irriation cessât tout à coup ; que reslerail-il de tous ces phénomènes? de la tuméfaction et de la doueur : la fluxion active et la chaleur cesseraient presque aussitôt que la cause qui les sollicitait.
Il resterait de la tuméfaction , parce que des produits morbides seraient épanchés dans la trame parenchymateuse ou dans le tissu cellulaire, et de la douleur à cause de la distension mécanique des parties ; de la même manière que lorsqu’une irritation de la plèvre ou du péritoine aurait entièrement cessé, on pourrait encore trouver dans la cavité séreuse des produits morbides abondants , bien que la cause qui les y avait appelés eût disparu depuis longtemps. Ainsi donc , deux des phénomènes les plus capitaux de l’inflammation , l’intumescence et la douleur , peuvent exister , même à un haut degré , sans qu’il reste de l’irritation.
Nous avons tout à l’heure supposé la disparition soudaine de l’irritation. Bien que cette hypothèse puisse se réaliser quelquefois, elle est cependant assez rare, et ordinairement l’irritation cesse peu à peu, et les phénomènes inflammatoires cèdent ensuite avec facilité. Mais l’irritation à un faible degré peut rester inhérente à la partie et être la cause incessante d’un appel de fluides et de toutes les aulres manifestations de l’inflammation chronique; c’est dans ce cas que la révulsion transposilive devra être employée et continuée pendant longtemps jusqu’à ce que la partie ait perdu l’habitude de souffrir.
Ainsi donc, la Médication transposilive est indiquée dans le début des phlegmasies lorsqu’il n'y a encore que des accidents congestifs et une inflammation peu intense ; elle est généralement proscrite dans la période aiguë , et appliquée de nouveau lorsque l’on a lieu de supposer que l’irritation est peu vive , lors même que la tuméfaction ou des épanchements séreux resteraient au degré où on les avait observés à une époque moins avancée de la maladie.
Relativement à l'étendue de la maladie. Si l’état maladif était un dans l’économie , la transposition s’opérerait toujours avec une facilité d’autant plus grande que l’inflammation â révulser serait elle-même moins étendue; ainsi on peut établir en principe que les choses sc passent ainsi, si nous ne mêlions en parallèle que des lésions semblables ; mais , ainsi que nous l’avons déjà dit, retendue est moins importante à
MÉDICATION IRRITANTE
considérer ici que la nature et l’âge de la maladie.
On peut , avons-nous dit, transposer avec assez de facilité une plilegrnasic catarrhale occupant un espace immense sur une membrane muqueuse ; et la révulsion la plus énergique devient impuissante contre une petite ulcération , contre la plus simple des dartres. Avant d’employer l’agent révulsif, il faut d’abord savoir, et l’expérience à cet égard est le guide le plus certain , quelles sont les inflammations transposables ; cette notion acquise , il faudra alors agir sur une surface d’autant plus étendue queda phlegmasie elle-même occupera un espace plus considérable. L’oubli de ce principe est la cause du discrédit dans lequel est tombée la révulsion transpositive.
Dans un catarrhe bronchique suffoquant on applique à la jambe ou sur le sternum un vésicatoire peu étendu , et si les accidents ne sont pas conjurés on accuse l’impuissance du remède , quand il ne faut accuser que l’impéritie du médecin. Comment en effet supposer qu’une phlegmasie bronchique qui occupe peut-être en surface plus d’un mètre carré sera révulsée par un vésicatoire de deux ou trois pouces d’étendue , plus aisément qu’une fluxion de poitrine grave ne le serait par une saignée de quelques onces. Il faut faire ce que vient de faire M. Velpeau avec tant de succès. Il a compris qu’il fallait proportionner la médication à l’intensité et l’étendue de l’inflammation , et nous l’avons vu , à l’aide de vésicatoires qui occupaient toute la surface d’un membre, arrêter des flegmons profonds qui menaçaient de produire d’effroyables désordres. Ainsi s’expliquent les incroyables succès de M. Gendrin qui , au début et dans l’acmé d’une pleurésie ou d’une pneumonie , ne craint pas de recouvrir d’un vésicatoire énorme tout un côté de la poitrine.
Le peu d’étendue de l’irritation transpositive , il faut bien le comprendre , se compense par l’intensité de l’inflammation qu’on a produite. Aussi ne faut-il pas désespérer de révulser un catarrhe bronchique capillaire parce qu’il est impossible de mettre sur la peau un vésicatoire aussi large que le seraient les bronches épanouies. Dans ce cas on peut à l’aide des cantharides enflammer la peau dans une grande profondeur , et ici l’intensité compense l’étendue.
Mode d’action des agents transpositeurs.
Nous serions fort embarrassés dedire par quelles voies intimes agissent les révulsifs; les explications des pathologistes n’ont point éclairé la question, et nous avouons avec franchise que vainement
nous avons cherché l’explication des phénomènes de la transposition. Ce phénomène se reproduit spontanément dans le cours des maladies , et ordinairement ou au début ou au déclin, rarement dans l’acmé. C’est un fait qu’il faut constater; mais c’est un fait aussi parfaitement inexplicable que la plupart des autres actes organiques intimes.
Pour l’école physiologique , si , dans le cours d’une phlegmasie, il s’en développe sponianément une autre à la suite de quoi disparaisse la première, c’est là une révulsion transpositive; car révulsion et métastase se confondent pour M. Broussais. Mais il y a de la part de ce pathologiste un sophisme qui porte sur l’ordre d’apparition des phénomènes. Prenons pour exemple les oreillons.
Nous savons tous que très-souvent la phlegmasie de la région parotidienne se transporte, chez l’homme , sur le testicule ; chez la femme , sur la glande mammaire. Si l’inflammation commençait au testicule pendant que la fluxion parotidienne est dans toute sa force , et si celle-ci ne diminuait que lorsque l’autre aurait atteint un certain degré , on aurait droit de penser que l’inflammation de la glande séminale a révulsé celle de la parotide ; mais remarquez que souvent la disparition ou tout au moins l’affaissement presque total des oreillons précède la douleur et le gonflement du testicule, et dès lors, comment expliquer le fait , sinon par quelque chose de tout à fait différent de la révulsion, et comment ne voit-on pas que les pathologistes avaient eu raison de séparer la révulsion de la métastase. Que la métastase une fois accomplie, l’inflammation métastatique soit une cause de révulsion transpositive pour une autre phlegmasie, ou même pour la fluxion qui pourrait encore rester vers l’organe primitivement irrité, c’est ce que nous admettons sans peine ; mais il faut aussi que l’on confesse qu’il y a là un phénomène primitif, la métastase; un phénomène secondaire, l’inflammation métastatique ; et enfin un effet de celle inflammation , la révulsion transposilive.
Mais laissant de côté la question delà métastase aujourd’hui si débattue, et supposant que toujours la phlegmasie spontanée qui servira de moyen de révulsion préexiste à la transposition , nous verrons que nous n’expliquerons guère mieux le phénomène.
En effet , en prenant la chose au point de vue de l’école physiologique , et admettant que dans la question de la révulsion c’est toujours par la
TRANSPOSITIVE.
quotité üe l'irritation qu’il faut juger , on se demandera comment il se peut faire qu’une irritation , d’abord en quelque sorte à l’état embryonnaire , puisse germer , croître , se développer et finir par prendre une extension à ce point prépondérante qu’elle atténue les autres, et cela pendant qu’il existe une phiegmasie puissante par laquelle elle devrait être facilement révulsée. Si l’on doit poser en principe qu’une irritation plus forte en révulse une plus faible, jamais , en vertu de cette loi , une phiegmasie une fois établie ne souffrirait qu’une autre phiegmasie prît droit de domicile dans l’économie.
Or, il n’en est pas ainsi : nous voyons plusieurs phlegmasies marcher de front en conservant chacune sa teneur et en se modifiant peu l’une l’autre , si ce n’est dans certaines expressions phénoménales. C’est que parmi les causes morbifiques , il en est de fatales par lesquelles naissent et se développent des maladies indépendamment de toute circonstance intérieure. Ainsi nous voyons marcher ensemble la variole et la dolhinentérie , la variole et la vaccine, et comme dans l’exemple fameux rapporté par M. Bretonneau , la variole , la dothinentérie et la dyssenlerie , chacune avec sa forme , ses caractères spécifiques. Alors on comprend que la révulsion, dans ce cas , ne s’exerce que sur la fluxion inflammatoire , par exemple , mais non sur la maladie qui marchera quand même.
Par la spécificité de la cause et des inflammations s’explique aisément ce qui était inexplicable dans les théories du Val-de-Grâce, savoir, qu’une maladie dans laquelle l’irritation ne jouera d’abord qu’un rôle très-secondaire sedéveloppera à l’ombre d’une phiegmasie grave , et finira par prendre elle-même le dessus en tant qu’inflammation, et par atténuer transposivement la première. On est donc conduit à penser que les inflammations transpositives spontanées sont produites par des causes spécifiques souvent inappréciables , mises en jeu, développées par la maladie ou par la phiegmasie primitive.
Il faut ensuite tenir compte de ce que nous disions un peu plus haut (pag. 19), savoir que la fluxion inflammatoire peut persister alors que toute irritation a cessé ; c’est dans ce cas que l’irritation même la [dus légère pourra révulser aisément ce que le vulgaire des médecins considère comme une active inflammation; et il est bien probable qu’il en est ainsi, la plupart dulemps , pour les phlegmasies révulsives spontanées, et l’on voit qu’ici il n’est plus
besoin de recourir à la spécificité des causes.
Il s’en faut de beaucoup néanmoins que la multiplicité des phlegmasies spontanées de cause identique soit toujours une cause de révulsion l’une de l’autre. Ainsi , jamais l’inflammation de la peau du bras dans la variole , si vive et si intense qu’elle soit , ne révulsera l’inflammation de la peau de la jambe. C’est que le virus varioleux est une cause à effet multiple inflammatoire. D’une cause à effets aigus si nous passons à une cause A effets chroniques , nous verrons que les phlegmasies syphilitiques multiples du gland, du col de l’utérus , des os , du pharynx , du larynx , de la peau , ne se révulsent pas l’une l’autre.
Elles ne se révulsent pas, disons-nous, et c’est vrai en tant que variole ou syphilis ; mais les phénomènes communs à toutes les phlegmasies locales, savoir la fluxion sanguine , se révulse jusqu’à un certain point. Voyez, en effet, comme dans la variole la tuméfaction des mains et des pieds fait disparaître celle de la face, comme l’apparition de la phiegmasie de la peau fait céder les troubles fonctionnels nombreux , manifestation de lésions organiques internes encore superficielles.
j Durée de la révulsion transpositive. La révulsion , quant à sa durée , se divise ea immédiate et en médiate ; la révulsion immédiate se juge en effet avec rapidité , et quelques minutes suffisent souvent pour la constater. Ainsi un pédiluve sinapisé fait cesser instantanément une douleur de tête ou de gorge ; un sinapisme enlève en peu de minutes une douleur rhumatismale superficielle. Un large vésicatoire ammoniacal dissipe subitement l’orthopnée qui dépend du catarrhe bronchique. Ces résultats se produisent assez fréquemment dans la pratique pour avoir acquis à la médication révulsive un grand et juste crédit. Pour être moins immédiats , les résultats n’en sont pas moins quelquefois remarquablement prompts. Le catarrhe aigu , à la suite d’un purgatif , l’angine catarrhale après un vomitif, la pleurésie ou la péricardite ù la suite de l’application d’un très-large vésicatoire , sont amendés souvent en moins de vingt-quatre heures.
Celle médication se juge donc de suite, et il est d’autant plus important de le savoir, que l’on aggrave ordinairement l’état du malade si l’on insiste sur les révulsifs douloureux , alors qu’au bout de douze ou vingt-quatre heures ils n’ont amené aucun bon résultat. Alors au lieu de transposer on excite, mode d’action que
22 MÉDICATION
nous étudierons dans un des chapitres suivants.
La révulsion transpositive immédiate ne s’applique qu'aux maladies aiguës. Son action est essentiellement rapide. Nous avons dit plus haut (pag. 18 et suiv.) dans quelles circonstances les maladies aiguës permettaient l’emploi de cette médication.
La révulsion lente s’applique aux maladies chroniques; mais elle a toujours une action mixle. En lantqu’agenl irritant appliqué à la peau, elle fluxionne un peu sans doute, mais elle opère bien plutôt une spoliation des éléments du sang et une spoliation dérivative.
Dans le chapitre qui va suivre , nous étudierons la médication spoliative isolément; il convient ici de l’envisager sous un autre point de vue.
On avait observé qu’une abondante suppuration amenait le marasme, si des matériaux abondants de réparation ne compensaient la perte qui se faisait. C’est sur ce fait que se fondait la médication spoliative ; mais un autre fait a frappé les cliniciens, c’est qu’une suppuration, sil née par exemple à la partie supérieure d’un membre , amène rapidement l’atrophie de ce membre ; et cela probablement parce que , pour suffire à cette sécrétion morbide , une partie du sang de l’artère principale est divertie au détriment des autres tissus qui reçoivent d’autant moins de molécules nutritives. Il y a donc là deux choses à considérer : irritation locale, qui appelle le sang dans une partie ; spoliation des éléments du sang , c’est-à-dire, à la fois révulsion transposilive et spoliative. Et en définitive , ces deux formes de révulsions se confondent , car dans la révulsion transposilive immédiate, le sang ou ses éléments sont sollicités vivement vers le point sur lequel s’opère la révulsion ; dans la révulsion lente , les éléments du sang sont attirés et versés lentement au dehors. Il y a seulement cette importante différence que , dans un cas , l’intensité de l’irritation est le phénomène capital , et, dans l’autre , l’abondance de la spoliation. De là découlent naturellement les règles qui doivent nous diriger dans le choix des agents de la révulsion. Pour combattre les maladies les plus aigues et les plus rapides, les agents révulsifs dont l’action est immédiate. Ainsi , pour les congestions , la moutarde, le calorique, l’urlicalion , la flagellation , les ventouses. Pour rappeler à la peau les affections éruptives , les mômes moyens plus longtemps continués. Pour révulser des phlegmasies aiguës , énergiques, ramuioniaque,.
IRRITANTE
les cantharides. Etau contraire, pour les affections chroniques, la pommade slibiée , le vésicatoire à demeure , mais surtout le cautère , le séton. Le fait de l’atrophie des membres à la suite des suppurations morbides ou thérapeutiques dont ils sont le siège mène à l’emploi des cautères et des sétons pour résoudre , non-seulement les engorgements chroniques , mais aussi pour amener l’atrophie dans les tissus qui sont devenus le siège d’un surcroît de nutrition. Ainsi, les cautères et les sétons sur les régions du cœur, du foie , de la rate, pour modifier la nutrition dans ces organes hypertrophiés.
Quand on applique des révulsifs transpositeurs, il faut avoir soin de calculer la durée des accidents auxquels on les oppose, afin de ne pas faire subir au patient des douleurs inutiles et de ne pas le laisser plus tard sous l’influence d’une médication qui peut être dangereuse. Nous en voyons un exemple dans le choléra. L’indication des révulsifs n’existe guère pour le choléra asiatique que pendant la période algide ; à tout prix il faut rappeler à la peau la vie qui semble s’y éteindre, et l’on ne saurait trop multiplier les moyens d’excitation cutanée. Que les irritants locaux agissent ici comme excitants généraux ou en transposant à la peau l’irritation interne qui est supposée frapper les organes digestifs , toujours est-il que l’indication des révulsifs n’existe que pendant la période algide; et dès que la réaction s’établit , loin de souhaiter que les points d’inflammation se multiplient , le médecin doit faire tous ses efforts pour les éteindre partout où ils se montrent. 11 a donc dû, en irritant la peau pendant la première période , songer à des moyens assez énergiques pour satisfaire à l’indication qu’il avait à remplir, et assez fugaces pour ne plus laisser de traces dès que la seconde période est arrivée. L’urtication , la sinapisation , remplissent à merveille celte indication ; et si les vésicatoires avec l’ammoniaque ou avec les cantharides pouvaient procurer immédiatement les mêmes résultats , ces moyens dont on ne pouvait borner l’action à volonté eussent plus tard compromis le salut du malade par le surcroît de fièvre qu’ils auraient provoqué. Nous avons ici choisi le choléra comme type; mais il est peu de maladies où quelquefois il ne faille en agir de même. Dans le début d’une maladie aiguë , si le sang , qui joue un rôle si important dans la plupart des affections, n’est encore dans les tissus qu’à l’état de congestion , un révulsif rubéfiant est indiqué ; mais il faudrait craindre un agent
transpositive.
topique qui pût solliciter une inflammation persévérante, car plus tard si l’inflammation avait été conjurée , on aurait à déplorer l’emploi d un remède qui prolongerait inutilement les souffrances du malade ; et si elle ne l’avait pas été , il serait à craindre que la violente phlegraasie , qui aurait été déterminée par l’agent irritant, ne devint à son tour une cause d’excitation générale. La même règle doit être observée lorsque l’on a lieu de supposer que plusieurs jours de suite on aura recours à la médication transpositive : on comprend , en effet , que l’on puisse promener sans dommage dix sinapismes par jour sur le corps d’un malade ; mais il n’en saurait être de même pour des vésicatoires ou des cautères. En général , les irritations révulsives devront être d’autant moins étendues qu’elles seront plus énergiques.
Lieu de la révulsion. Lorsque l’on veut transporter sur une partie quelconque une phlegmasie ou une congestion dont le siège inspire de justes alarmes, il faut choisir un tissu où la maladie, artificiellement produite, ne soit ni plus grave ni plus incommode que celle que l’on cherche à combattre. Or l’expérience a prouvé que, de toutes les membranes, celles qui supportent le mieux les irritations, c’étaient la peau et la membrane muqueuse du tube digestif. Les singulières assertions de M. Broussais relativement à la suprématie pathologique et physiologique de l’estomac et du canal intestinal n’ont pu trouver crédit qu’auprès de médecins ignorants à la fois de la pathologie et de la physiologie expérimentales. Quand on compare la structure et les fonctions de ces deux membranes , on comprend que , s’il est besoin d’une irritation prompte et d’une évacuation sécrétoire, rapide et abondante, c’est à la membrane muqueuse qu’il faudra s’adresser. Ainsi, dans les angines, dans les catarrhes pulmonaires, dans certaines affections superficielles de la peau que l’on peut faire disparaître sans péril, un vomitif, un purgatif, agiront avec plus d’avantage qu’aucun autre irritant topique porté sur la peau; et on le conçoit aisément, quand on songe à l’immense surface de la membrane muqueuse digeslive et ù l’abondance de la sécrétion qui suit le contact de l’agent irritant sur cette membrane. Si l’on n’a besoin que d’une irritation passagère et superficielle que l’on renouvelle chaque jour, le canal intestinal doit toujours être préféré à la peau ; ainsi, dans les céphalées chroniques, dans les congestions cérébrales ou pulmonaires qui se répètent souvent, dans les ophthal-
mics chroniques, aucun moyen révulsif ne remplace les purgatifs donnés chaque jour. Mais s’il est besoin d’irriter plus profondément et avec plus'de continuité, il faut nécessairement s’adresser à une membrane dont les fonctions ne soient pas aussi essentielles à la nutrition; c est à la peau qu’il faut recourir. Depuis l’invasion de la doctrine physiologique dans la thérapeutique, les révulsifs sur ce canal intestinal avaient entièicrementété bannis, et la peau seule avait à supporter la solidarité de toutes les phlegmasies de l’économie; mais depuis quelques années, on revient, avec juste raison, aux purgatifs que l’on avait oubliés.
Il est évident que pendant toute la vie la peau peut être le siège d’une inflammation suppurative sans qu’il en résulte dommage pour 1 économie ; elle doit donc èLre le lieu d’élection pour toutes les révulsions de longue durée. Ajoutez à cela que sur la peau il est permis de choisir la portion que l’on veut irriter, tandis que sur la membrane muqueuse il faut, de toute nécessite, porter 1 action du remède sur toute la face , ù moins que l’on ne recoure aux injections anales.
Quant aux portions de la peau ou de la membrane muqueuse qu’il faut plus 'particulièrement irriter, on doit dire qu’il n’y a rien de précis à cet égard, et qu’il faudra en général se conduire d’après les données sur lesquelles nous allons nous arrêter un instant.
L’expérience a prouvé, sans qn’il fût facile de s’en rendre compte, que certaines parties du corps étaient liées avec d’autres parties éloignées par des liens fonctionnels qu’on est convenu d’appeler sympathies. Ces sympathies sont infiniment moins nombreuses que ne l’ont prétendu les solidistes et M. Broussais entre autres , mais il en existe quelques-unes. Ainsi l’utérus et les mamelles, liés chez la femme dans l’ordre physiologique, sympathisenl aussi dans 1 ordre pathologique. De là le précepte d’Hippocrate d’appliquer des ventouses aux mamelles chez les femmes atteintes de métrorrhagie , et celui de tous les praticiens de solliciter le sang vers l’utérus chez les femmes menacées de squirrhe ou de cancer des glandes mammaires.
La suppression de certains flux, de certaines fluxions, de ceriains accidents morbifiques, tels que le rhumatisme, la goutte, etc., est une cause fréquente de maladies. Le but du thérapeutiste sera évidemment de rappeler ces flux ou ces fluxions au lieu où ils existaient, et le point de l’application révulsive se trouve ainsi indiqué.
MÉDICATION IRRITANTE
Il est clair que si à la suppression d’une épistaxis habituelle ou d’un coryza chronique a succédé une céphalée opiniâtre ou un catarrhe du larynx , la médecine devra appeler sur la membrane muqueuse des fosses nasales une irritation nouvelle, ù l’aide de poudres mercurielles, d’ellébore, etc., etc.; et si la fluxion hémorrhoïdale a été supprimée et remplacée par des accidents qui semblent liés à celle suppression , des suppositoires stibiés et des ventouses à la marge de l’anus seront les moyens révulsifs les mieux indiqués, ainsi que des pédiluves chauds ou sinapisés , des ventouses aux cuisses, des bains de siège pour rappeler le flux menstruel, dont la disparition avait excité dans l’économie des troubles graves.
Il arrive quelquefois que ce soit la suppression d’une maladie qui en engendre une autre plus grave, comme dans l’exemple que plus haut nous empruntions aux coryzas, aux hémorrhoïdes et dans ce cas il faut préférer sans doute l’affection légère à celle qui est plus grave, et tout faire pour rétablir la première ; mais il arrive souvent que les malades veulent être débarrassés de l’une et de l’autre. Nous avons connu une jeune femme atteinte de leucorrhée et d’engorgement de l’utérus depuis longues années; elle voulut en être guérie, et dès que le flux utérin fut dissipé, elle éprouva des hémoptysies et tous les accidents de la tuberculisation pulmonaire; heureusement elle fit sur ces entrefaites une fausse couche qui ramena la fluxion utérine et la leucorrhée : tous les phénomènes morbides qui s’étaient développés du côté du poumon cessèrent en peu de temps. Ce fut alors qu’elle se mit entre nos mains pour être de nouveau guérie de la leucorrhée qui l’incommodait.Nous nous refusâmes positivement à rien faire qui pûlsupprimer cette sécrétion morbide, avant que la malade ne consentit à l’application d’un large cautère au bras. Le cautère fut appliqué; l’affection utérine fut aisément guérie, et la poitrine ne redevint pas malade.
Lors donc que la guérison d’un phlegmasie chronique donnera lieu à de graves accidents, il faudra, sinon rétablir l’affection première, du moins la suppléer à l’aide de topiques capables d’entretenir dans un point de la peau une inflammation permanente et une abondante suppuration; et ici les vésicatoires, les cautères et les sétons joueront le principal rôle.
Si maintenant, considérant les maladies suivant le lieu qu’elles occupent , nous recherchons dans quel point la révulsion doit être établie pour
être plus efficace , nous verrons qu’il existe à cet égard des pratiques tellement contraires , et si peu de relevés statistiques qui permettent de constater la valeur des opinions de chacun, que nous serons ici simples critiques , nous abstenant de nous prononcer sur un problème où manquent les éléments d’un bonne solution.
Ainsi , tandis que les uns conseillent les pédiluves sinapisés et l’application de vésicatoires aux jambes pour guérir les affections irritatives du cerveau , d’autres veulent appliquer à la nuque des ventouses , des vésicatoires , des sétons ou des moxas pour satisfaire à la même indication. Quelques-uns , dans les phlegmasies thoraciques aiguës ou chroniques , préfèrent opérer la révulsion sur les parois de la poitrine; d’autres aiment mieux irriter la peau des bras ou des jambes. Ceux-ci, dans les engorgements du foie, fluxionnent autanl qu’ils le peuvent la membrane muqueuse du tube digestif, et principalement la portion inférieure du rectum ; ceux-là proscrivent ces moyens, et conseillent au contraire des révulsifs sur la peau et sur le tissu cellulaire de la région de l’hypocondre droit. Quelques-uns établissent une règle qu’ils croient devoir toujours suivre : elle consiste à placer toujours le révulsif entre le cœur et le point malade , de manière à interrompre en quelque sorte la circulation et à dériver le sang ou quelques-uns de ses matériaux, avant qu’il n’arrive au tissu enflammé. Il nous serait difficile de dire si ces préceptes sont fondés en raison ; c’est à l’expérience de prononcer en pareille matière. L’usage , qui peut-être n’est pas la meilleure règle , veut en général que, pour guérir les congestions , on applique les agents excitants aux parties qui reçoivent un autre ordre de vaisseaux que ceux qui se rendent au tissu congestionné. Ainsi , tandis que pour solliciter la congestion vers l’utérus dont les vaisseaux sont alimentés par une division de l’artère iliaque , on appliquera aux jambes des topiques irritants capables de fluxionner les extrémités capillaires qui émanent de l’artère fémorale , qui n’est , comme l’hypogastrique, qu’une division de l’iliaque ; par contre , on usera exactement des mêmes moyens pour détourner la fluxion du cerveau dont les artères sortent de la carotide el de la sous-clavière. La mobilité du sang , quand il n’y a encore que congestion , rend facile celte action à distance : mais quand il y a commencement de phlegmasie , ou que l’inflammation commence à déchoir , c’est avec la peau qui avoisine le lieu malade que les irritants transpositeurs seront mis
spoliative;
contact. Il en est de même pour la médication liative , à moins pourtant que l’on ne veuille même temps rappeler la fluxion vers un point préalablement était le siège d’un travail more à la disparition duquel il était rationnel d’at- >uer la maladie nouvelle. Ainsi quand la gué- >n d’un ulcère aux jambes aura été suivie ne phlegmasie chronique des organes thoraci- ‘s , au lieu d’appliquer un cautère ou un séton ses parois thoraciques , il sera mieux de metune fonticule à la jambe jadis malade , ou de e suppurer l’ancienne plaie à l’aide d’un véitoire à demeure.
.e siège de la révulsion est surtout important éterminer quand on veut amener l’atrophie n organe, ou du moins arrêter le surcroît nutrition qui va bientôt devenir l'occasion d’un uble fonctiounel. Ainsi quand l’iode est ineffie pour amener la guérison du goitre hyperphique , l’application d’un cautère sur la peau recouvre la tumeur est le moyen peut-être le s utile , comme aussi dans les hypertrophies iples du cœur il est utile d’entretenir de lari points du suppuration sur la peau de la rén précordiale.
MÉDICATION SPOLIATIVE.
[I y a spoliation , dans le sens thérapeutique , tes les fois qu’on enlève au sang un ou pluirs de ses éléments , en proportion plus con- •rable que (tons le mouvement normal de comition et de décomposition organiques.
,es sécrétions anormales ne sont en effet que :agération des sécrétions régulières de l'écoute , et la médication spoliative ne s’exerce i par les sécrétions. 11 y a sans doute dans la rétion purulente autre chose qu’une sécrétion rmale exagérée ; mais , en définitive , ce sont ijours un ou plusieurs éléments du sang qui il sécrétés.
Le ptyalisme , la diarrhée , les vomissements ieux ou muqueux , les catarrhes divers , la phorèse , la diurèse , sont des moyens de spo- :ion. Toutefois nous avons déjà parlé des diuiques et de3 sudorifiques , plus tard il sera eslion des évacuants, c’est-à-dire des agents i augmentent la sécrétion de la membrane inueuse du tube digestif et de ses annexes ; de la d ica lion antiphlogistique dans laquelle la spoliou par l’évacuation immédiate des vaisseaux te le principal rôle. Nous ne nous occuperons ne ici que d’une section de la médication spo-
liative, celle qui s’exerce par le moyen de la suppuration.
Les analyses chimiques ont démontré dans le pus du sérum , de l’albumine et de la fibrine ; ces trois éléments dans un état de combinaison nouvelle. Il en résulte que la suppuration entraîne nécessairement hors de l’économie tous les principes du sang à l’exception d’un seul , le cruor.
Nous ferons un instant abstraction de l’irritation locale et sympathique qui accompagne nécessairement une suppuration quelconque pour n’étudier d’aborder que le fait isolé de la spoliation.
Si tous les jours , si à chaque instant , la plupart des éléments du sang sont épuisés sans profit pour la nutrition , il arrivera nécessairement que la dépense ne sera plus en proportion de la réparation alimentaire, et que les organes tendront à s’atrophier. C’est aussi ce qui arrive à la suite de toutes les suppurations abondantes ; le marasme en est la conséquence nécessaire. Cet effet doit se produire et se produit toujours par suite de la diminution du sang dans les canaux vasculaires. Les expériences physiologiques ont démontré que la saignée , par exemple , activait singulièrement l’absorption ; or la saignée partielle et continue , comme l’est la suppuration , produit le même résultat , mais lentement et insensiblement.
Or, la résolution dans les phlegmasies n’est, en définitive , que la résorption interstitielle dans un organe en particulier, comme l’amaigrissement est la résorption interstitielle dans tous les tissus de l’économie. Il se passe sous le rapport des sécrétions dans un tissu enflammé quelques phénomènes intimes sur lesquels nous glisserons rapidement, mais qu’il est néanmoins essentiel de rappeler ici.
Dans le premier stade de l’inflammation , un appel actif de liquide se fait vers la partie. En suite du gonflement vasculaire , la sécrétion interstitielle augmente et acquiert , dans certains organes , une abondance extraordinaire. Cette abondance n’est nulle paî t aussi considérable que dans les grandes et les petites cavités cellulaires , telles que les cavités séreuses et le tissu cellulaire proprement dit. Dans les parenchymes jusqu’à un certain point analogues au tissu cellulaire,le poumon par exemple, la sécrétion morbide interstitielle est presque aussi grande que dans le tissu cellulaire proprement dit.
Tant que la cause de la fluxion inflammatoire, c’est-à-dire l’irritation , persiste , la fluxion ellemême est toujours en proportion supérieure à
MÉDICATION IRRITANTE
l’absorption , et l’intumescence va croissant; mais quand l’irritation cesse et que l’iiarmonie générale des fonctions se rétablit, la résorption se fait avec d’autant plus de rapidité que les fluides épanchés se trouvent dans des cavités plus nombreuses , plus vasculaires , et qu’ils ont été sécrétés en plus grande abondance. Il est en effet fort remarquable que lorsque la faim se fait sentir chez les convalescents (la faim qui est l’indice le plus certain de l’activité des résorptions interstitielles), l’absorption s’effectue avec un surcroît d’intensité dans les tissus qui viennent d’être le siège d’une phlegmasie.
Au premier abord on comprend mal pourquoi , dans le poumon qui a été récemment atteint d’inflammation , la résorption interstitielle se fait avec une activité prodigieuse , tandis qu’elle est nulle ou presque nulle dans les parenchymes sains , tels que les muscles , le foie , la rate , les reins , etc., etc.; c’est que le sang , une fois converti en trame ou en parenchyme , vit d’une vie plus énergique, plus complète, plus individuelle, et acquiert comme les organes vivants ïa propriété d’être réfractaire à l’action absorbante des vaisseaux; tandis que les sucs épanchés dans les cellules parenchymateuses ne jouissent encore que d’une organisation incomplète, et n’ont de vie que celle des molécules organiques; elles ont l’aptitude à devenir élément de tissus, mais n’ont jusque-là aucune existence individuelle. Aussi sont-ils atteints d’abord par l’action des forces digestives, interstitielles, comme le sont par exemple les matières alimentaires contenues dans le, canal intestinal.
Une suppuration constante dans un point du corps , en amenant une déplétion incessante du système sanguin , affame donc sans cesse les organes d’absorption (s’il nous est permis de nous servir d’une pareille expression), et par conséquent favorise la résolulion des produits inflammatoires épanchés.
Toutes les fois donc que dans un point du corps il existe une phlegmasie chronique, et que l’irritation ayant presque totalement ou totalement cessé , les produits morbides restent épanchés ou dans les cavités séreuses ou dans la trame des parenchymes ; ou bien encore que, comme pour les membranes extérieures muqueuses et la peau, les produits sont versés au dehors, il est du devoir du médecin d’établir un point de suppuration, s’il n’a pu obtenir la guérison par les moyens ordinaires.
La spoliation par les exutoires , si continue qu’elle soit , n’est pourtant pas tellement active
qu’elle puisse contrebalancer la restitution faite par une alimentation succulente etcapable de fournir et au delà aux besoins de réparation des organes. Il s’ensuit que, tant que dure la médication spoliative , le malade doit être mis à un régime tel que la réparation reste un peu en deçà des besoins, afin que l’absorption ne perde rien de son activité. Il ne s’ensuit pas qu’il faille toujours tenir à la diète le malade qui porte un exutoire; telle n’est pas notre idée. La diète ou du moins un régime un peu sévère sont nécessaires tant qu’il reste des produits morbides à résorber; mais , ce résultat obtenu , on peut se relâcher un peu de la sévérité du régime, l’exutoire n’ayant plus besoin d’agir par spoliation, mais par d’autres propriétés sur lesquelles nous reviendrons plus bas.
Il est une question bien grave en médecine , et qui pendant des siècles a été considérée comme résolue et qui aujourd’hui est à peine discutée par les pathologistes ; c’est celle de la spoliation de certaines humeurs dégradées à l’aide des exutoires. Du temps où l’idée des humeurs dominait la pathologie, on croyait fermement que l’exutoire n’agissait que par les humeurs peccantes qu’il enlevait au sang , que par une action dépurative. Une pareille opinion avait pour elle de frapper par un fait matériel; et le vulgaire et les médecins, qui souvent ne devraient point être séparés du vulgaire, croyaient d’autant mieux à la dépuration qu’ils la constataient en quelque sorte par les sens. Et aujourd’hui que , depuis plus de soixante ans, les doctrines solidistes ont à leur tour dominé l'art médical, c’est tout au plus si les médecins osent heurter une opinion populaire si profondément enracinée et encore si vivâce.
Certes personne ne nous soupçonnera de vouloir réveiller d’absurdes idées humorales et de vouloir remettre en question si en effet le pus que rend un séton existait préalablement à l’application de la mèche; mais il y a pourtant quelque chose de vrai dans cette prétendue dépuration, et nous dirons en quoi.
Pour nous bien faire comprendre, nous rappellerons un fait qui s’est certainement présenté mille fois à l’observation des praticiens , et sur lequel Brelonneau a , le premier , appelé l’attention des pathologistes. Ce fait le voici. Un homme peut impunément, pendant longues années, se faire de légères blessures , et même des plaies fort profondes, sans que jamais il ne se manifeste chez lui de suppuration , tout se réunit par première intention avec une grande facilité. 11 a ce que dans les campagnes on appelle une peau saine. \
SP0LIAT1VE
par hasard il sc fasse mie plaie de (elle nature la suppuration en soit la conséquence nécesdésormais, et peut-être pendant une longue ; d’années , ce même homme suppurera à la >dre occasion et aura ce que dans les campaî on appelle une peau venimeuse , c’est-à-dire peau dont les blessures même légères s’envcent avec une extrême facilité. Chez lui les liions furonculaires, les anthrax, les phlegies de mauvais caractère , s’observeront souet les inflammations franches, même celles organes internes, passeront plus facilement à mration que chez les autres malades, n remarque aussi que chez des malades qui ent un cautère ou un séton, les accidents que s venons de signaler ne s’observent pas tant la suppuration est entretenue; mais qu’ils surnent au contraire au moment que l’on cesse ollieiter l’écoulement du pus, pour disparaître louveau quand on rétablit l’exutoire, 'observation démontre encore que chez les s qui ont cette disposition suppurative , les tères et les sétons donnent une suppuration ucoup plus abondante que chez le commun malades.
Ist-il alors si ridicule d’admettre que le sang tient sinon du pus, du moins des éléments qui convertiront en pus avec une facilité déploie; que l’irritation développée par le pois du 1ère ou par la mèche du séton, en appelant s un point la fluxion inflammatoire , sollicite s le point irrité les molécules du sang qui ont endance à se convertir en pus, et épuise, qu’il is soit permis de le dire, ce levain purulent qui :ule dans l’économie. Sous ce point de vue donc, exutoire est un véritable moyen de dépuration is le sens où l’entendaient les médecins huâmes des temps passés.
Laissons de côté l’explication ; arrivons au rétat pratique. Si, à l’aide d’un exutoire activent entretenu, on fait cesser la disposilion ù jpurer que nous avons indiquée plus haut, par même moyen on éloignera les chances de toutes maladies de mauvais caractères, de ces suppuions de parenchymes si funestes et si faciles îs la disposilion organique dont il est ici quesn. Ce sera donc moins comme moyen curatif e comme remède prophylactique que, dans ce i, les exutoires seront conseillés.
Et d'un autre côté, si la suppression d’un caue, d’un vésicatoire ou d’un séton devient cause me disposilion générale à la suppuration , il idra prononcer celle suppression moins légère-
ment qu’on ne le fait ordinairement, on bien prendre des précautions tant recommandées par les praticiens qui nous ont devancés.
11 est aisé de concevoir tout ce que peut avoir de gravité la suppression d’un exutoire que 1 on porte depuis longtemps. Et d’abord , 1 économie s’est habituée à cette servitude sécrétoire et s y est utilement accommodée. La sécrétion morbide est devenue constitutionnelle, et , à ce titre , ne peut être supprimée sans une grande perturbation générale; et puis, ainsi que nous l’avons dit, l’organisme garde pendant un temps assez long une disposition à suppurer qui n’est pas sans danger s’il survient une phlegmasie intercurrente.
De ce que nous avons dit, il ne faudrait pas conclure que nous regardons les exutoires comme indispensables dans le traitement de toutes les phlegmasies chroniques et à la suite de toutes les suppurations, et que nous ne permettons jamais leur suppression. Ce que nous voulons dire seulement, c’est qu’il faut toujours suppléer aux exutoires par d’autres moyens spoliateurs en tête desquels nous plaçons les purgatifs , les sudorifiques et les. diurétiques. L’emploi longtemps répété de ces agents thérapeutiques est un puissant moyen de diversion, et s’ils ont été conseillés par nos devanciers avec une exagération ridicule , ils ont été proscrits de nos jours avec un acharnement brutal que ne justifie pas l’abus qu’on avait fait.
Le choix de l’exutoire n’est pas indifférent dans la médication spoliative. Nous ferons observer qu’il ne s’agit ici que d’enlever au sang la plupart de ses principes, c’est le seul but que nous nous proposions. L’irritation locale , condition nécessaire de la suppuration, doit ici être aussi minime que possible ; or , de tous les moyens , le moins douloureux est à coup sûr le cautère ; le séton vient ensuite, qui cause , il est vrai , un peu plus de douleur, mais qui, par l’abondance de la suppuration , produit une évacuation humorale fort abondante. Aussi le séton cfevra-t-il toujours être préféré comme moyen curatif, tandis que le cautère s’emploiera toujours comme prophylactique. C’est au séton qu’il faut recourir dans les phlegmasies chroniques viscérales , dans les inflammations qui occuperont les membranes muqueuses qui tapissent les grandes cavités splanchniques. Quant au vésicatoire, la vive douleur qu’il cause presque toujours, la difficulté de son pansement, l’inégalité de la suppuration qu’il détermine doit le faire rejeter en général comme moyen spoliateur , tandis que c’est un héroïque remède pour
MÉDICATION IRRITANTE
remplir les autres indications de la médication irritante.
Jusqu’ici nous avons fait abstraction de l’irritation locale et sympathique que provoque un exutoire , indépendamment de la spoliation; mais il faut nécessairement en tenir compte , attendu qu’ici il y a une double et quelquefois une triple action thérapeutique ; savoir, une action transposilive , une action excilalive , et enfin une action spoliative. Nous avons dit plus haut comment nous entendions la médication transpositive ; tout à l’heure , nous essayerons de faire comprendre dans quelle circonstance les irritations , portées sur la peau , deviennent une cause d’excitation générale : nous ne nous y arrêterons donc pas ici.
Si nous passons en revue la série des agents spoliateurs , nous verrons que les exutoires sont de tous les plus inoffensifs. Sans doute il y a peu d’inconvénients à purger, à provoquer la sueur ou la diurèse , maison voit que c’est toujours par une irritation portée sur une grande surface ou par une modification active exercée sur toute l’économie que Fou arrive à ces résultats ; or les organes ne s’accommodent pas toujours de celte continuité de perturbations; ils se fatiguent, s’enflamment ou perdent leur incitabililé , et on est forcé de renoncera une médication qu’il faudrait trop chèrement acheter. Quant à la saignée répétée chaque jour et en petite quantité , il est impossible d’y penser sérieusement , bien que ce moyen ait été conseillé par les partisans exagérés et imprudents de la doctrine physiologique.
Mais l’application d’un exutoire, en tant qu’irrilation locale , n’a que bien rarement un danger même minime , si ce n’est chez des personnes tellement irritables qu’elles ne pourraient supporter non plus aucun autre moyen de spoliation. En tant que spoliateur, l’exutoire , par la lenteur et la continuité de son action , et par la facilité de mesurer et de graduer ses effels, tiendra toujours le premier rang parmi les agents delà médication spoliative.
MÉDICATION EXCITAT1VE
Nous avons vu les topiques irritants appliqués au corps de l’homme, ou dans le but de substituer une phlegmasie thérapeutique à celle qui existait préalablement, ou dans celui dé transporter sur un point quelconque une phlegmasie qui existait ailleurs ; ou bien enfin dans celui de solliciter un flux continu des éléments du sang et une sorte de dérivation.
Nous avons dit que ces effets thérapeutiques se confondaient souvent , et qu’il était impossible de les obtenir parfaitement isolés. 11 est enfin un quatrième mode d’action qui ne se sépare guère des deux derniers; mais qui acquiert, comme 1 ceux-ci , une prédominance spéciale dans certaines circonstances.
Les irritants locaux, par cela même qu’ils donnent naissance à une phlegmasie , amènent les conséquences de toute phlegmasie, savoir : toujours une fièvre locale , et quelquefois en même temps une fièvre locale et une fièvre générale.
La fièvre , ce mode de réaction de l’économie contre les causes morbifiques , est , dans presque toutes les maladies aiguës, un accident nécessaire el souvent utile. Déjà nous avons fait comprendre dans le chapitre des Excitants (page 4, 2e partie) l’importance de ce phénomène de réaction ; nous n’y reviendrons pas ici.
Si donc il est quelquefois utile , ainsi que nous l’avons démontré , d’exciter la fièvre , il y aura souvent beaucoup d’avantages à préférer les irritants appliqués sur la peau aux Excitants qui agissent par absorption. Nous ne partageons pas les opinions qui avaient trop prévalu dans ces derniers temps , savoir que ces Excitants avaient surtout du danger par les gastrites el les gastroentérites qu’ils déterminaient. En vérité, il serait difficile de trouver parmi les Excitants quelque agent qui puisse être considéré comme un topique irritant aux doses où la prudence et l’usage ordonnent de le prescrire. Ces craintes puériles ne nous arrêtent donc pas , mais l’expérience démontre que ces agents qui pénètrent par voie d’absorption n’ont pas toujours un mode d’action aussi simple que ceux qui ne s’adressent qu’au système nerveux , et cela sans doute parce que, portés dans les voies circulatoires , ils vont stimuler en même temps que les centres nerveux tous les autres organes de l’économie où le sang abonde. Or, les irritants cutanés n’agissent bien évidemment que sur le système nerveux , et sous
ce rapport , se rangent immédiatement à côté du calorique , dont nous avons déjà longuement traité. Aussi , quand l’incitabilité Brownienne semble éteinte , et que , la réaction fébrile diminuant , les autres symptômes s’aggravent , les sinapismes, les vésicatoires volants, les applications irritantes diverses, doivent-ils être appelés à notre aide, et est-ce à eux presque exclusivement qu’il faut s’adresser.
Nous avons précédemment , en parlant du choléra, fait sentir les inconvénients de l’exagération
EXCITATIVE.
:lle excilalion ; on peut établir comme règle si , par expérience , on présume que l’on longtemps besoin d’excitation , les vésicas devront être employés de préférence. Lorsi contraire on n’a besoin que d’un Excitant ager , comme par exemple dans le choléra , la période de concentration des fièvres iniltentes pernicieuses, l’urlicalion, la sinapisa- . l’application du calorique comme rubéfiant, n mot les moyens à action énergique et fu- , sont seuls indiqués.
ils n’agissaient ici que comme Excitants, ces ens auraient déjà une portée assez grande • devoir être utilisés dans un grand nombre irconstances ; mais ils jouirent en outre de >riétés révulsives et spolialives importantes , ce titre ils remplissent une triple indication jamais ne rempliraient les Excitants donnés dérieur.Ces propriétés multiples se retrouvent ement dans les topiques irritants appliqués une plus petite surface, et dans le but de déîincr une excitation locale. L’excitation locale ieut jamais être produite que par les topiques, il y aurait inconvénient pour l’économie à 1er la fièvre générale pour atteindre un coin :orps, et probablement on ne parviendrait que ;ment au but que l’on se serait proposé. Pour i faire comprendre celte médication , il est sssaire que nous entrions dans quelques détails liminaires.
e fait de l’inflammation dans une partie, c’est exciter une fluxion sanguine et d’amener l’éihement de produits morbides dans les mailles :issu , ou à la surface des membranes. Quand hlegmasie a duré quelque temps, l’incitabililé
locale finit par diminuer, et l’énergie interstitielle fonctionnelle nécessaire à la digestion et à l’assimilation des produits morbides, n’est plus telle que cette assimilation puisse se faire. Et de même dans un estomac débilité par une alimentation trop excitante les aliments ne peuvent plus désormais être digérés que si l’on augmente encore l’excitation ; de même dans un tissu dont l’incitabililé a été usée par l’excès d’irritation les produits morbides épanchés ne seront résorbés que si on excite les propriétés vitales de la partie. C’est ainsi que s’explique le succès des vésicatoires , des fonticules , du cautère objectif , du moxa , dans les tumeurs indolentes : explication qui ne satisferait pourtant pas complètement si on ne tenait compte, ainsi que nous le faisions remarquer tout à l’heure, de l’action transpositive et spoliative que ces agents thérapeutiques exercent en même temps.
Dans celle médication comme dans toutes les autres il faut éviter l’excès ; car s’il est nécessaire d’exciter les propriétés vitales , il ne faut pas les modifier jusqu’à ce qu’il survienne une phlegmasie trop énergique. Non que cela ne puisse quelquefois être suivi d’un bon résultat , et alors on a agi subslilulivement; mais en général il faut graduer l’action deses topiques de manière à solliciter tout au plus une inflammation légère que l’on combat incontinent par les anli-phlogistiques.
Il resterait sans doute beaucoup à dire sur cette médication ; mais les détails dans lesquels nous sommes entrés au commencement de celle seconde partie , sur la médication excitante, nous font un devoir de nous abstenir ici et d’y renvoyer nos lecteurs.
MEDICAMENTS ALTÉRANTS.
MERCURE
Le Mercure ( mercurius , hydrargyrum , hydrargyrus, argentum vivutn) est un corps simple , métallique , d’une pesanteur spécifique de 15,598 , sans odeur ni saveur sensibles , ordinairement liquide , susceptible de se solidifier à 52° R., de se vaporiser insensiblement à la température ordinaire , d’entrer en ébullition à 360°, et enfin de se réduire complètement en vapeur.
L’emploi des Mercuriaux en thérapeutique est fort récent. Les anciens craignaient d’en faire usage , à cause des propriétés vénéneuses qu’ils leur supposaient. 11 faut arriver jusqu’aux Arabes pour trouver des notions positives sur l’usage médical du Mercure. Ceux-ci ne l’employèrent d’abord que contre certaines affections cutanées; contre les ulcères, la maladie pédiculaire, la lèpre, et ce fut plus tard , quand la vérole envahit le monde, que J. Widmann publia, en 1497, un ouvrage sur l’emploi du mercure dans la syphilis ( Vide Gmelin , apparatus medicaminum, tom. 8, pag. 24 ). Peu après et presque en même temps il parut une multitude d’écrits sur la même matière , et, depuis celle époque, le Mercure a pris dans la thérapeutique un rang des plus importants , qu’il a conservé jusqu’à nos jours.
Cependant l’emploi de ce médicament , d’abord borné à quelques maladies , s’étendit bientôt extraordinairement , et il est peu d’affections , si graves et si incurables qu’elles puissent être , qu’on n’ait essayé de guérir par le Mercure.
De tant d’essais , souvent peu philosophiques , de tant d’exagérations ridicules , de tant de tra-
vaux plus ou moins bien faits , il est resté beaucoup de résultats précieux , quenous essayerons de faire connaître.
Dans cet article , nous traiterons d’abord des Mercuriaux , c’est-à-dire , des préparations mercurielles et de leurs propriétés communes ; puis nous étudierons ce qu’ont de spécial ces mêmes préparations, de manière à trouver une histoire complète du Mercure.
Action des Mercuriaux sur l'économie. — Nous ne dirons rien ici de l’action directe et immédiate des Mercuriaux sur les tissus; déjà, dans la première partie (page 298) nous en avons longuement traité. Il ne s’agira ici que de leur influence sur l’économie quand ils sont absorbés.
Dissolution du sang. — Quand depuis quelque temps le malade a été soumis à l’action des Mercuriaux, il tombe dans un état de cachexie que tous les thérapeutistes ont déjà signalé , et qu’il est d’une grande importance de bien connaître.
Le malade commence par pâlir , la peau du corps participe elle-même à celte décoloration. J,e sang tiré de la veine , qui avant le traitement avait la couleur et la consistance normales , perd un peu de sa coloration et surtout de sa consistance ; il est diffluent , et se prend en un caillot très-mou. Cependant , si l’action du Mercure est continuée , celte dissolution du sang devient beaucoup plus manifeste, les paupières s'infiltrent , la face se bouffit un peu , les jambes se gonflent et les malades tombent bientôt dans un état d’anasarque générale. Cependant surviennent tous les symptômes qui accompagnent ordinairement la liquéfaction du sang ; les pal-
MÉDICAMENTS ALTÉRANTS. — MERCURE.
lions de cœur, l’anhélation et les troubles ctionnels divers , conséquences nécessaires contact d’un sang altéré avec les organes. lêmorrhagies. — La dissolution du sang que is venons de signaler , et qui se démontre ditemenl dans la palette , devient tout aussi oifeste par certains phénomènes morbides siilés déjà par les auteurs qui nous ont précé- , dont le plus capital est la tendance aux hérrhagies, dites passives. Nous en voulons ciler exemple qui , tout seul , parlera plus hautque x que l’on a déjà indiqués. Le receveur-butsle du pont de Montereau, atteint depuis gtemps d’un gonflement scrophuleux avec ie du fémur , vint nous consulter il y a :lques années ; le traitement que nous lui iseillâmes ne lui procura aucun soulagement ,
, de retour à Montereau , il se confia aux soins n médecin qui commença par lui faire applir des sangsues au-dessus du genou : il y eut peu de mieux ; mais comme il y avait lieu de iposer l’existence d’une ancienne vérole , on it devoir , cinq jours après l’application des ngsues , conseiller des frictions mercurielles ns le but de provoquer la salivation. En effet, iis jours après le commencement des frictions,
; gencives se gonflèrent , et , le lendemain , la :e , la langue elle cou étaient énormément méfiés , et la salive s’écoulait à flots. En même nps, toutes les plaies faites par les sangsues, lies fermées depuis huit jours , se rouvrirent et nnèrent issue à une telle quantité de sang , ’il fallut arrêter l’hémorrhagie qui menaçait de venir mortelle , et qui ne put être réprimée que r des moyens extrêmement énergiques et longmps continués. Cet état de dissolution du sang et artificiellement les femmes dans un état de ilorose , et doit causer tous les accidents qui iractérisent cet état , savoir : chez les jeunes lies, le plus ordinairement l’aménorrhée, et irement des métrorrhagies : chez les femmes luîtes , ou déjà sur le retour , souvent des raéorrhagies et quelquefois des aménorrhées. C’est ; qui devient évident par les faits rapportés par :. Colsou (Arch. génér. de Méd. , tom. 18, ag. 24. De l'influence du traitement niercuiel sur les fonctions de l’utérus. )
Salivation. — Le phénomène qui avait le plus •appé les médecins et les malades , c’était la savaiion : après l’usage plus ou moins prolongé u Mercure, les gencives se gonflent , deviennent u peu douloureuses et chaudes , se recouvrent ’en petite pellicule blanche et extrêmement
mince. En même temps les malades éprouvent un goût comme métallique , fort désagréable , et l'haleine prend un peu de fétidité. La langue , sans s’épaissir, se recouvre d’un enduit muqueux plus épais. La membrane muqueuse du pliai ynx set du voile du palais devient elle-même plus rouge et un peu douloureuse. Le gonflement commence par les gencives incisives inférieures et par l’intervalle des dents ; s’il existe une dent cariée , c’est par la gencive de celle-ci que la tuméfaction se manifeste d’abord. Des gencives des incisives inférieures le gonflement passe aux supérieures, puis à toute la membrane muqueuse buccale.
Jusqu’ici il n’y a eu que du sentiment de sécheresse dans la bouche ; quelquefois mais rarement il survient de petits crachotements ; mais la salivation proprement dite ne commence que lorsque l'inflammation des gencives et de la membrane muqueuse buccale est arrivée à un plus haut degré.
II était essentiel d’insister sur la marche de l’infection mercurielle de la bouche pour bien faire comprendre que tout commençait par la membrane muqueuse et que la salivation n’était que consécutive. Cette marche était parfaitement connue, et elle se trouve indiquée dans une multitude d’auteurs ; comment se fait-il donc que l’on vienne parler encore de l’action spéciale du Mercure sur les glandes salivaires , action que rien ne démontre : il y a , il est vrai , après l’administration du Mercure , super-sécrétion des glandes salivaires ; mais entre ce phénomène et l’emploi des Mercuriaux il y a l’inflammation des gencives qui seule est évidemment la cause de la salivation. Remarquez, en effet, que la salivation est un phénomène commun à toutes les phlegmasies de la membrane muqueuse buccale, à toutes les irritations vives opérées sur celle membrane. L’inflammation varioleuse de la bouche , le muguet , la diphthérité gingivale, les glossiles, le travail de la dentition chez les enfants , et enfin tous les masticatoires divers , augmentent la sécrétion de la salive au même titre que le Mercure , ou , pour mieux dire , au même titre que l’inflammation mercurielle de la bouche. Si le mercure avait une action spéciale sur les glandes salivaires , nous verrions la salivation survenir avant l’inflammation de la bouche , ce qui ne s’observe jamais; nous la verrions survenir nécessairement quand nous continuons longtemps l’action des Mercuriaux. Or, avec quelque opiniâtreté que l’on insiste sur les préparations liydrargyriques Jamais
MÉDICAMENTS ALTÉRANTS
on ne détermine la salivation qu’au préalable les gencives ne se soient gonflées. Nous ferons observer qu’il en est exactement de même pour beaucoup d’autres glandes. En jetant dans l’œil un agent irritant. , on augmente la sécrétion lacrymale , comme on exagère celle du foie et du pancréas en mettant une substance irritante en contact avec la membrane muqueuse du duodénum , de l’estomac et des intestins.
Résumons-nous : le Mercure n’a sur les glandes salivaires qu’une action indirecte ; son action primitive et directe s’exerce sur la membrane muqueuse buccale.
Cette discussion serait oiseuse si elle ne menait à des points importants de thérapeutique. Et d’abord , pour juger que l’économie commence à se saturer de Mercure, il ne faudra pas attendre la salivation ; le gonflement des gencives sera un indice suffisant ; et ensuite , pour prévenir et traiter la salivation mercurielle, c’est , comme l’ont fort bien fait sentir Ricord et Velpeau , et comme nous-mêmes nous l’avons depuis indiqué , c’est , disons-nous , aux gencives seules que la médication curative doit s’adresser.
Il est bien important que le médecin mette de la prudence dans l’administration des Mercu riaux , si les gencives s’attaquent aisément chez le malade. Lorsqu’en effet l’on continue l’emploi du Mercure aux mêmes doses, les gencives se gonflent et s’ulcèrent, les dents s’ébranlent et tombent quelquefois, la langue se tuméfie et s’ulcère , la membrané interne des joues se boursoufle et s’excorie, et il n’est pas rare de voir enfin les alvéoles se nécroser et les difformités les plus graves en être la conséquence.
Influence sur les fonctions digestives. Mettant à part ici l’influence directe que les préparations mercurielles peuvent exercer sur la membrane muqueuse digestive quand elles sont mises en contact avec elle , nous ne considérerons ici que les désordres causés par l’absorption du mercure. L’inappétence se manifeste du moment que les gencives commencent ü se gonfler ; en même temps , les garderobes deviennent plus faciles, et ordinairement il survient de la diarrhée. Celle diarrhée , le plus souvent modérée , peut être quelquefois très-vive et s’accompagner de coliques douloureuses et de ténesme. Les matières fécales prennent , dit-on, une teinte verte analogue à celle des herbes cuites. Cette teinte suit constamment l’ingestion du calomel , et nous l’avons toujours observée ; nous ne nous sommes pas assurés si elle avait également lieu lorsque le
dévoiement était provoqué par l’action indirecte des Mercuriaux.
Circulation et calorification. L’infection mercurielle s’accompagne toujours d’un malaise notable et d’une accélération du pouls facilement appréciable. En même temps , la peau est plus chaude ; enfin , il y a évidemment de la fièvre. Cette fièvre est-elle symptomatique des lésions locales diverses que provoque le mercure , ou bien au contraire dépend-elle de l’action que le médicament absorbé va exercer sur les divers organes ? Nous pensons que ces deux causes jouent un rôle dans la production de cette fièvre, mais nous sommes portés à admettre que la première doit surtout être mise en ligne de compte. Nos motifs sont les suivants. Pendant l’administration des Mercuriaux, il y a un peu de malaise, surtout quand il survient de la cachexie 5 mais on n’observe pas de phénomènes fébriles intenses ; au contraire, la fièvre s’allume alors que survient la diarrhée elle gonflement de la membrane muqueuse qui tapisse la bouche et le pharynx.
Celte fièvre mercurielle a cela de particulier qu’au lieu de s’accompagner d’exaltation des forces, elle est au contraire signalée par une dépression du pouls et par une débilité extraordinaires. Nous verrons plus tard , en étudiant les ^ usages thérapeutiques du Mercure, quels services a rendus à la médecine cette propriété débilitante du Mercure. *
Rien , au reste , ne paraît si simple que de se rendre raison de ce dernier mode d’action. L’absorption du Mercure est une véritable intoxication , et outre l’influence que cet agent exerce sur le système nerveux , il en est encore une autre non moins puissante ; nous voulons parler de celle qu’il a sur le sang qu’il altère. On comprend alors comment le liquide réparateur , n’arrivant plus aux organes avec les qualités qui lui sont propres, ne puisse plus servir de la même manière et à la nutrition et à l’exercice fonctionnel de ces mêmes organes.
Influence sur le système nerveux. Nous ne savons guère si le Mercure agit sur le cœur et sur tous les autres organes directement ou indirectement , et si par hasard la modification première ne s’exerce pas sur les centres nerveux de la vie animale et de la vie organique, lesquels influencent autrement les parties auxquelles ils se distribuent. L’intimité des mouvements organiques qui suivent l’administration des remèdes nous sera probablement à tout jamais inconnue, et chercher à la connaître serait peut-être une
MERCURE
lucle frivole. Toutefois on ne peut s’empêcher e constater que les Mercuriaux déterminent dans : système nerveux des accidents tout spéciaux u’aucun autre agent ne fait naître.
Ces accidents sont rarement le résultat de Façon immédiate du Mercure; de sorte qu’on ne ■s observe pas souvent chez ceux mêmes chez •squels on exagère la médication mercurielle, ous avons bien souvent vu faire des frictions vec l’onguent napolitain , de manière à infecter romptement l’économie ; la salivation et tous •s désordres qui l’accompagnent, la diarrhée, la èvre mercurielle , s’observaient en effet , et jarais nous n’avons vu naître aucun accident nereux qui valût la peine d’être noté ; mais il n’en stpas de même quand le patient reste longtemps aurais à l’action du Mercure, tels sont les doreurs jr métaux, les ouvriers qui exploitent les mines e Mercure , les malades que l’on lient pendant mgtemps à un traitement mercuriel. Chez eux, n effet, on finit par apercevoir une certaine héétude et moins d’aptitude intellectuelle; bientôt arviennent des tremblements qui, d’abord ana- )gues au tremblement sénile, finissent par simu- ‘r presque complètement celui qui accompagne : delirium Iremens ; et, à certaines périodes 2 la maladie , les troubles de l’intelligence sont ;Is ordinairement, qu’il y a une véritable manie, elte manie, qui a d’ailleurs tant de rapport avec ■Ile des ivrognes , offre encore cette ressemance de plus , qu’elle est caractérisée le plus ornairemenl par des hallucinations et par des rreurs extraordinaires.
Nous venons de dire que nous n’avons jamais i le tremblement mercuriel survenir dans le immencemenl d'un traitement, lors même que )n exagérait les doses du médicament ; la pluirt des auteurs déposent dans le même sens • offmann, Schott , Willis (ra.Gmelin, Apparat, icd., loin. vin,/?. 23), et Sauvages ( Nosolo ■ •e) parlent du tremblement comme d’un acci- •nt qu’ils ont rarement observé. Feu Cullerier «ns le Dictionnaire des Sciences médicales :om. xxxn , p. 481 ) , semble vouloir venger le ercure de toutes les accusations dirigées contre i. « Beaucoup de reproches ont été faits au ercure ; peu l’ont été de bonne foi et avec con- «issance de cause. Le Mercure , dit-on , donne 3* tremblements , des agacements nerveux , qulepsie. Le Mercure cru, le Mercure en vapeur oduit ces accidents, cela est incontestable ; >us les ouvriers qui se servent de Mercure en ayaillanl les métaux, en faisant des amalgames,
courent ces dangers ; mais il n’en est pas de même quand il est employé comme médicament, mélangé avec de l’axonge , avec des substances purgatives , ou quand il est contenu dans des excipients quelconques ; alors il subit des modifications qui changent son action nuisible.... » Mais les faits rapportés par M. Colson ( Archiv. gêner . de méd ., tom. xv , p. 358 ) démontrent de la manière la plus péremptoire que le tremblement peut être aussi un des accidents primitifs de l’action des Mercuriaux ; les faits qu’il rapporte ne laissent aucun doute à cet égard.
Maladies de la peau. L’usage des Mercuriaux en général, mais surtonl celui des frictions avec l’onguent napolitain , quand ces moyens sont administrés de manière à provoquer immédiatement la salivation, cause souvent des sueurs profuses, à la suite desquelles la peau se recouvre d’une innombrable quantité de petites vésicules acuminées, véritable eczéma mercuriel. D’autres fois c’est une rougeur semblable à celle de la scarlatine ou de la roséole. Ces lésions, signalées pour la première fois d’une manière bien explicite par Pearson, en 1785 , furent surtout bien étudiées par Alley, qui publia en 1810 un ouvrage intitulé: Observations on hydrargyria or thaï vesiculous disease arising front the exhibition of Mercnrii.
Sur 43 malades dont Alley a recueilli l’histoire, huit ont succombé. Une aussi effrayante propor- * ion de morts a de quoi nous surprendre , car nous aussi nous avons assez eu à déplorer de graves désordres du côté de la peau des malades «lui étaient traités par de hautes doses de Mercure; quelques-uns ont été fort incommodés par celte maladie cutanée, mais nous n’avons eu à déplorer la perte de personne.
Parlerons-nous ici d’un phénomène singulier observé par Harrold ( Arch . de Mehel , 5e cah., pag. 532) : il s’agit d’un homme qui , soumis à uli traitement mercuriel après avoir pris à l'intérieur du soufre , devint d’une couleur bistre. Nous ne saurions dire si le fait cité par Harrold est controuvé; ce que nous pouvons affirmer c’est que si l’on fait prendre à un malade un bain de sublimé après un bain sulfureux , ou réciproquement , la peau prend une teinte jaune-brun qu’elle conserve jusqu’à la chute de l'épiderme. Ce léger accident que nous avons très-souvent observé dans les hôpitaux, où les gens de service donnent fréquemment un bain de Barégcs pour un bain de sublimé , et vice versA , n’a jamais eu daulie suite fAcheusc qu une coloration brune
MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
passagère de l’épiderme. Il est bon pourtant que le praticien en soit averti, car il peut, s’il ignore cette particularité , prescrire alternativement des bains sulfureux et mercuriels à des malades qui seraient sans doute fort affligés d’un pareil accident.
Ainsi donc , cacochymie , ulcérations de la bouche, de la langue, du pharynx, nécrose des os maxillaires , diarrhée , tremblements , délire , manie, affections aiguës de la peau , tels sont les accidents que l’on peut reprocher au Mercure, ou plutôt au médecin qui administre imprudemment les Mercuriaux; car il est rare qu’une pratique sage et mesurée permette le développement de semblables désordres.
Est-ce à dire maintenant qu’il faille encore attribuer au Mercure l’effroyable cohorte de symptômes que la plupart des médecins imputent à la vérole constitutionnelle ?
Cette question est d’une grande gravité, surtout aujourd’hui que le Mercure trouve de si puissants détracteurs. Le lecteur nous pardonnera donc de nous y appesantir quelque temps, et d’essayer de jeter quelque jour sur une question obscurcie plutôt qu’obscure.
Toutes les fois qu’on a administré du Mercure pour une affection syphilitique , il y a quelque chose de complexe dans les accidents qui peuvent suivre. On ne peut en effet dire avec certitude quels sont ceux que la vérole a causés, quels sont ceux qui sont provoqués par les préparations hydrargyriques. EL l’on comprend que les débats des thérapeutistes peuvent être éternels sur ce point , si toujours ils n’examinent la chose que chez ceux qui ont eu conjointement un traitement mercuriel el la syphilis.
Mais ce n’est pas ainsi qu’il faut procéder. Il faut étudier d’abord les accidents syphilitiques indépendamment de tout traitement , et d’un autre côté les accidents mercuriels , abstraction faite de toute complication éventuelle. De celte manière on simplifie singulièrement la solution du problème. 11 n’y aura en effet d’erreur possible que sur les accidents communs aux deux causes. Il ne faut donc que comparer ces accidents communs, el voir en quoi ils diffèrent, en quoi ils se ressemblent.
Du côté de la peau, il se manifeste et sous l’influence du Mercure et sous celle de la syphilis des désordres graves. Dans la vérole, les accidents secondaires ne surviennent le plus souvent que plusieurs mois après l’infection vénérienne; ce sont des pustules , des tubercules , des croûtes , etc ;
toutes ces lésions ont une forme essentiellement chronique : dans l’hydrargyrie , les désordres du côté de la peau sont immédiats , aigus ; ils se manifestent presque constamment pendant que le malade éprouve la salivation ; ce sont des érythèmes , des papules , des vésicules , et rarement des pustules irapéligineuses. EL certainement il n’est pas de médecin un peu attentif el un peu instruit dans la pathologie cutanée qui , dans l’immense majorité des cas , ne distingue ces formes en général fugaces des affections cutanées mercurielles , des formes fixes et tenaces des syphilides. Sans doute sur la limite de ces deux espèces d’altérations il pourra se présenter des cas où le diagnostic sera difficile el même impossible ; mais celle même difficulté se présente en pathologie , en histoire naturelle, ce qui n’empêche certes pas que les genres et les espèces n’aient en général des caractères tranchés.
Certaines maladies osseuses sont encore des accidents communs à la vérole el à l’hydrargyrie; ce sont des caries el des nécroses. Mais remarquez à ce sujet que les nécroses et les caries dans la vérole , ou se développent dans un os sans qu’au préalable il y ail eu d’ulcère ou d’abcès , ou bien sont causés par l’extension de l’ulcération syphilitique aux os avoisinants. Dans ce dernier cas, le. siège , la forme de l’ulcération, éclairent parfaitement le diagnostic. Les ulcérations syphilitiques occupent le voile du palais , la membrane muqueuse olfactive , celle du larynx ; les ulcérations mercurielles s’observent aux gencives , à la commissure des mâchoires derrière la dernière molaire , à la langue , à la face interne des joues. Ces dernières surviennent pendant la période aiguë de l’infection hydrargyrique , les autres dans la période chronique de l’infection syphilitique. Les ulcérations mercurielles amènent la carie et la nécrose rapide des alvéoles et quelquefois d’une grande portion des os maxillaires , mais toujours l’altération osseuse commence par les alvéoles ou par l’apophyse coronoïde ; les autres entraînent la destruction des os palatins , de la charpente des fosses nasales. Les ulcérations mercurielles sont en général plus fétides , plus douloureuses , plus repoussantes que les ulcérations syphilitiques; elles s’accompagnent presque constamment d’une cachexie générale qu’on n’observe que rarement dans la vérole.
Il est , nous l’avouons , fort rare que des accidents hydrargyriques se montrent du côté des parties génitales : accidents , au contraire, presque constants dans la vérole. Cependant il peut se
MERCURE
re que, dans certaines circonstances , l’action 'Mercure détermine du côté du pénis ou de la Ive des maladies ulcéreuses d’une grande gra-
Nous avons été témoins de la plupart des expénees curieuses que Bretonneau a tentées sur les anaux dans le but d’apprécier la nature des acenis que le Mercure pouvait causer. Un chien fui l’on faisait prendre de grandes quantités de rcure essaya plusieurs jours de suite de saillir i chienne en chaleur : l’irritation mécanique s’ensuivit amena une petite écorchure du pré- -e , qui s’enflamma violemment, devint le siège n ulcère énorme et finit par la gangrène ( Traité la Diphthèrite. , pag. 204 , :lre édition ). Ici , demment , il était facile de reconnaître la nae de l’ulcération, mais l’erreurpeut devenir facile îs certaines circonstances. En effet , nous pouls supposer l’existence d’un chancre syphililie ou même celle d’une érosion superficielle du ;puce ou du gland ; on peut comprendre que, ts l’influence de l’intoxication mercurielle , il •vienne des accidents analogues ù ceux que us venons de signaler sur le chien dont parle etonneau , et alors , nous en convenons , le diaoslic serait environné de ténèbres qu’il serait •n difficile de dissiper.
Cachexie. La vérole constitutionnelle , leMer- •e , peuvent amener une cachexie ; mais la relie et les formes de celte maladie sont en gé- -ai fort tranchées. La cachexie mercurielle , linairement rapide, survient en peu de jours is l’influence du traitement hydrargyrique actifz les ouvriers qui emploient le Mercure , chez mineurs , chez les malades qu’on laisse longnps sous l’influence du médicament administré petites doses , la cachexie se développe avec itcur , mais toujours elle conserve ses caractè- >. Gonflement , lividité , hémorrhagies des genres ; bouffissures de la face et des extrémités érieurcs, épanchement séreux dans la plupart s cavités, diarrhée habituelle , quelquefois hélude, tremblement. La cachexie syphilitique , contraire, ne s’observe que lorsque la vérole a ré longtemps. Elle est toujours ou du moins nble toujours être la conséquence de quelques ions organiques chroniques, ou de douleurs ?uês qui ont privé le malade de sommeil. Elle ccompagne d’amaigrissement extrême de la e eide tous les phénomènes qui sont propres marasme. Si maintenant nom examinons les nplômes concomitants des deux cachexies, l’crir n« scia plu; j ussibio , à moins qu’elles exis-
oh
tcnl conjointement , ce qui arrive assez fréquemment , et l’on en conçoit aisément la raison.
Douleurs ostéocopes. — On a dit que les douleurs nocturnes ostéocopes appartenaient aussi bien il l’hydrargyrie qu’à la vérole. A cela nous répondions que l’on n’observe jamais les douleurs ostéocopes chez les ouvriers qui exploitent ou qui travaillent les préparations mercurielles. Ils ne sont pas exempts de rhumatismes , et comme le rhumatisme a généralement des paroxysmes plus douloureux la nuit que le jour , l’erreur a pu être commise par des observateurs inattentifs; mais d’une part on voit les douleurs vénériennes sévir principalement au commencement de la nuit, les douleurs rhumatismales, au contraire, prendre un surcroît d’intensité au point du jour. Ajoutez à cela que presque loujours les douleurs syphilitiques s’accompagnent d’exostoses ,ce qui ne s’observe jamais dans l’hydrargyrie.
Volatilisation du Mercure à la température ordinaire. Les effets du Mercure se font nonseulement sentir quand le médicament est appliqué aux tissus , mais encore quand, volatilisé à la température ordinaire, il est respiré et qu’il imprègne les vêtements.
Cette volatilisation du Mercure à la température ordinaire a été parfaitement démontrée par Faraday et Colson , qui , plaçant une lame d’or ou de cuivre au-dessus d’une couche de Mercure, \irent un amalgame se former promptement {Arch. gèn. de Mèd., tom. xn, pag 70 ). M. Colson (ibid.) invoque le témoignage de M. Dutfiéril, qui assure que l’on a recueilli du Mercure métallique par le grattage des murs d’une salle de vénériens soumis au traitement mercuriel.
Ramazzini avait indiqué les funestes effets du Mercure sur les mineurs qui exploitent ce minéral {Maladies des Artisans , p. 10 , traduction de Fourcroy) ; et, longtemps avant lui , Walter Pope avait signalé les accidents graves qu’éprouvaient les ouvriers des mines du Frioul ( Trans act. philosopha 1665).
M. Colson {toc. cit. ) rapporte que lui-même et cinq autres élèves en médecine , attachés au service des vénériens , furent attaqués de gonflement mercuriel des gencives, bien qu’ils n’eussent touché aucune préparation hydrargyrique , mais seulement en séjournant dans les infirmeries où leur service les retenait.
Mais le fait le plus grave et le plus probant est chu qui est rapporté dans les Transactions philosophiques (part n,p. 402). En 1810, le vaisseau anglais de 74 , le Triomphe , reçut à
MÉDICAMENTS ALTERANTS.
son liord une grande quantité de Mercure. Le métal s’échappa des vessies et des barils qui le contenaient , et de là se répandit dans (ont le navire. Dans l’espace de trois semaines, 200 hommes furent affectés de salivation , d’ulcérations à la bouche et à la langue , accompagnées de paralysies partielles et de dérangement des intestins. Les effets se firent également sentir sur les animaux que l’on avait à bord. Les moutons, les cochons, les volailles, les chèvres, les souris, les chats, et même un chien et un serin périrent victimes de la même influence.
Absorption de Mercure. Le fait de l’absorption des Mercuriaux ne peut être raisonnablement contesté , il est grossièrement évident. Quelque opinion qu’on se forme sur le mode d’action ultérieure du médicament, on voit disparaître la substance appliquée sur la peau , ou sur une plaie, ou sur une membrane muqueuse ; elle est donc absorbée. Quelques-uns veulent que le Mercure ne puisse circuler dans les vaisseaux, et ils regardent même comme absurde celui qui le supposerait possible : feu Cullerier était de ce nombre. On se fonde sur deux motifs : 1° l’impossibilité physique que le Mercure métallique circule avec le sang ; 2° l’impossibilité de démontrer jamais le métal dans le sang, ou dans quelques parties que ce soit.
Et d’abord , personne ne dit que le Mercure métallique tel que nous le voyons circule dans le sang ; on suppose que l’action décomposante des tissus vivants entraîne dans l’économie des molécules mercurielles dans un état de composition chimique spéciale et tout à fait inconnue; et puis, si l’on voit des personnes saliver lorsqu’elles respirent une atmosphère chargée de vapeurs mercurielles, ici, en vérité, le Mercure est réduit à une ténuité plus grande que les globules du sang lui-même ; et , dans ce cas , rien n’empêcherait physiquement que le métal à cet étal ne circulât dans les vaisseaux les plus capillaires. On peut d’ailleurs démontrer de la manière la plus positive la possibilité de la présence du Mercure dans le sang: c’est en injectant dans les veines d’un animal un peu d’une solution extrêmement affaiblie ( 1 grain par livre d’eau distillée ) de sublimé. Aucun trouble immédiat ne se manifeste, et l’on conçoit tout aussi bien que la préparation mercurielle soit introduite dans les vaisseaux chargés de l’absorption et de la conduire dans le cœur et dans le reste de l’arbre circulatoire. Si le Mercure d’ailleurs n’était pas absorbé, comment expliquerait-on son action curative dans les maladies con-
stitutionnelles? comment surtout expliquerait-on la guérison des maladies syphilitiques de l’enfant qui telle, alors qu’on ne fait prendre du Mercure qu’à la nourrice ? D’ailleurs M. Colson démontre directement la présence du Mercure danslesang, et cela par l’expérience suivante :
Il saigna des malades au milieu d’un traitement mercuriel actif ; et dirigeant le jet du sang sur une lame de cuivre parfaitement décapée, il obtint un amalgame très-évident; des expériences comparatives faites sur des sujets qui n’avaient pas pris de Mercure, ne donnèrent aucun résultat semblable ( loc . cit page 87).
Il est vrai que MM. Cullerier et Ratier ( Dict . de Méd. et de Chir. prat., tome n, page 450), répétant les mêmes expériences sur des sujetsqui avaient pris et prenaient encore de grandes quantités de Mercure sous toutes les formes , n'obtinrent jamais d’amalgame comme M. Colson , bien qu’ils y missent tout le soin imaginable. Mais le fait rapporté par M. Velpeau met celle question hors de doute. Chez une femme morte d’une péritonite puerpérale aiguë , et qui était soumise à un traitement très-énergique par les frictions mercurielles , on trouva du Mercure à l’état métallique dans divers organes , et notamment dans les mamelles. L’analyse chimique fut faite par M. Barruel , dont personne, à coup sûr, ne révoquera en doute l’extrême habileté.
Etd’ailleurs, est-il question plus futile que celle dont nous nous occupons ? Qu’importe , de grâce, que le Mercure soit ou ne soit pas absorbé en nature. Le fait est qu’appliqué au corps de l’homme, il produit telle on telle modification ; c’est tout ce qu’il était utile de constater.
Voies d'introduction du Mercure. Les voies d’introduclion choisies ordinairement pour le Mercure sont la peau et les membranes muqueuses , c’est-à-dire les téguments interne et externe , les seules parties auxquelles le thérapeutiste puisse confier l’absorption des médicaments. Quelquefois sans doute on peut encore faire absorber à la surface d’une plaie qui intéresse le tissu cellulaire , mais ce sont là de rares exceptions.
Pour le Mercure, c’était jadis la peau que l’on choisissait comme voie d’introduction, aujourd’hui on préfère la membrane muqueuse digestive. Quelques médecins, Baier entre autres (Gmelin, App., t. vin, p. 7ô), préféraient les poumons; ils projetaient sur des charbons ardents ou mieux sur une capsule de terre ou de métal rougie au
MERCURE
u , quelques grains de vif-argent dont les maides devaient respirer la vapeur.
Avant lui. Nicolas Massa ( voyez Van Swieten , ’om. de Boerhaave , t. v, p. 47G) avait conillé les inspirations de cinabre volatilisé dans la érole constitutionnelle. Cette voie d’introducon était certes la plus active et la plus rapide, anime le prouve l’exemple emprunté à un oui-âge anglais par l’illustre commentateur de oerhaave. Dans cette observation nous voyons î gonflement mercuriel des gencives commensr trois heures après une fumigation de trente rains de cinabre , et une série d’accidents merjriels très-graves être la conséquence de cette lédication. Mais Anloine-Musa Brassavole insiste vec beaucoup de vigueur sur le danger d’une areille médication , et recommande expresséîent que la fumigation ne soit faite que sur le orps , et que le malade ne respire pas de vapeur iercurielle (Ibid., p. 478 ). — La méthode des imigalions mercurielles n’avait certes aucun anger appliquée suivant la méthode d’Antoine lusa, et nous l'avons trop souvenL mise en [sage pour n’êlre pas entièrement convaincus de on innocuité d’une part, de son utilité , de Taure, dans les cas précisément qu’indique Fracasor dans les vers où il s’élève si vivement contre es fumigations de cinabre, pratiquées en laisant la tête du malade au milieu de la vapeur aercurielle.
At verô et partim durum est medicamen et acre, Partim etiani fallax, quo faucibus angit in ipsis Spiritus, eluctans que animam vixcontinet ægram. Quo circà totum ad corpus nemo audeat uti,
Judicc me ; certis fortasse erit utile membris , Quæpapulæ informes, cbironiaque ulcéra, pascunt.
On peut voir d’ailleurs dans Gmelin ( App. méd., t. vi il , p. 73 et suiv.) les disputes et les Écrits auxquels a donné naissance la pratique des fumigations remises en honneur dans le siècle dernier.
D’autres firent faire des frictions sur la membrane muqueuse de la vulve ; ceux-ci sur le pénis et notamment sur le gland , ceux-là au cou et au niveau des parotides , quelques-uns sur la langue et sur la face interne des joues.
Mais des praticiens prudents et expérimentés craignant, pour des enfants ou pour des malades profondément débilités , d'appliquer sans intermédiaire le Mercure, sous quelque forme qu’il pût être , l’employèrent médiatcmenl ,el le firent
préalablement absorber à des femelles d’animaux, à des femmes dont le lait prenait des vertus curatives d’autant plus précieuses que le Mercure conservait ainsi toutes ses propriétés curatives , sans offrir d’ailleurs aucun des inconvénients qu’on lui reproche avec juste raison. Ainsi Daumond faisait faire des frictions mercurielles à des ânesses, à des vaches, à des chèvres pour nourrir des malades à qui il jugeait convenable d’administrer le Mercure ( Traité de Physiologie de Jean Férapié du Fieu. Lyon, 17G5). Assalini préférait le lait d’une chèvre à laquelle il administrait intérieurement le Mercure ( Essai médical sur les vaisseaux lymphatiques. Turin, 1787). Enfin, dans l’hôpital des Enfants-Trouvés de Paris, on était dans l’usage de traiter les enfants vérolés en faisant prendre du Mercure à la nourrice ( J. Colombier, Histoire de la Société de médecine. 1779 , p. 1 8 1 ). Cet usage existe encore de nos jours , non-seulement dans l’hospice des Enfants-Trouvés de Paris , mais encore dans celui de presque toutes les grandes villes.
A Paris , M. Damoiseau a fondé , d’après l’invitation de plusieurs médecins , un établissement où il soumet à des frictions mercurielles et à l’ingestion du calomel ou du sublimé , des ânesses et des chèvres dont le lait est ensuite porté à domicile. M. A. Lebreton, l’un des accoucheurs les plus distingués de la capitale , a eu surtout de fréquentes occasions de traiter de cette manière des enfants ou des femmes débiles qui ne pouvaient supporter le Mercure sous aucune forme ( Journal des Connaissances médico-chirurgicales, lom. iv , pag. 200 ).
Traitement des accidents mercuriels. Quelque prudence que mette le thérapeutiste dans l’emploi du Mercure , il n’évite pas toujours des accidents même redoutables :on voit des malades éprouver une salivation abondante et tomber dans la cachexie mercurielle pour avoir pris quelques grains de calomel ; et souvent, sous l’influence d’une température trop basse, les accidents marchent en quelque sorte invinciblement, et éludent l’habileté du praticien le plusconsominé. On peut lire, dans le Traité de la Diphtlièrite de Bretonneau , la description si vive , si attachante , de l’épidémie de Chenusson. On y verra avec quelle violence agissait le Mercure sous l'influence du froid qui régnait au mois de janvier 182G. La salivation , la cachexie , les hémorrhagies , survenaient sous l’influence de doses de Mercure qui, pendant Télé , auraient à peine effleuré l’économie.
MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
D'après ce que nous avons dit plus haut (png.51), il est évident que le traitement de la salivation consiste toujours à guérir la maladie des gencives. Le moyen préventif conseillé par Ricord est le suivant: dès que les gencives commencent à s'enflammer , Ricord les cautérise légèrement avec un petit pinceau imbibé d’acide hydrochlorique fumant, et il essuie immédiatement avec du linge •sec , pour empêcher que l’acide ne se mette en confact avec les dents. II recommence cette opération tous les jours tant que le malade reste sous l'influence du Mercure et que l’on peut craindre la salivation. La médication de Ricord est incontestablement. utile , et tous les praticiens lui sauront gré de l’avoir introduite dans la thérapeutique médicale.
Mais nous préférons de beaucoup celle de Velpeau. Elle consiste à faire faire trois ou quatre fois par jour des frictions sur les gencives avec de l’alun pulvérisé que le malade prend sur son doigt. Ce moyen a le grand avantage de ne pas demander l’intervention du médecin et de pouvoir être employé par le malade lui-même. Remarquez en outre que la cautérisation de Ricord ne peut être mise en usage que pour les gencives des dents de devant, tandis que le moyen de Velpeau atteint toute la membrane muqueuse buccale. AvantRicord et Velpeau , bien des médecins avaient tenté d’empêcher la salivation, et cela dès l'introduction du Mercure dans la thérapeutique de la vérole; en effet, Mallhiole (deviorbo Gallico. Venet.,1555), et plus tard , Raulin , Raisin , Cordet , Tilloloy (Vide Ginelin, App. nied. lom. vin , p. 58), avaient vanté le camphre comme moyen préservatif : Missa même et Despalureaux croyaient à ce médicament assez de vertus pour arrêter la salivavation commencée. D’autres ont préféré le soufre,, et Hunier est de ce nombre; d’autres le soufre doré d’antimoine , l’opium , le quinquina , les martiaux , la scammonée :mais tous ces moyens , si l’on en croit Astruc et Swediaur, dont l’autorité est si grave en pareille matière, n’empêchent en aucune manière la salivation (Ibid. p. 59).
D’autres , et ce sont les plus nombreux , après avoir donné quelques jours les Mercuriaux , administraient des purgatifs, pensant par là modifier ou plutôt détourner la fluxion qui se dirigeait vers les gencives (Ibid, pages 59 et 40). On ne peut nier que , comme moyen préventif , les purgatiürne soient évidemment utiles, et la pratique constante de nos voisins d’oulre-mer en est la preuve la plus convaincante; mais évidemment ausji l’emploi simultané des purgatifs et des Mer-
curiaux n’est passons quelques inconvénients sur le canal intestinal , et si les préparations hydrargyriques sont données à l’intérieur conjointement avec les évacuants, on court risque de n’obtenir aucun effet général , le Mercure n’étant pas absorbé ; de sorte qu’il faut , pour agir d’une manière altérante sur l’économie, donner les Mercuriaux extérieurement et employer comme dérivatifs les agents purgatifs.
Bromfield dérivait la fluxion vers les voies urinaires , et, en même temps qu’il donnait des préparations diurétiques , il prescrivait des bains chauds et des gargarismes astringents (Ibid. page 41).
D’autres enfin , dans le double but de favoriser les sécrétions cutanées qu’ils regardaient comme très-dépuratives , et de détourner la fluxion salivaire, employaient les sudorifiques. Celle méthode sudorifique était surtout usitée dans les premiers temps de l’apparition de la vérole; les pauvres malades étaient placés dans une éluve chauffée avec la vapeur , et en même temps on les soumettait à d’énormes doses de Mercure. On peut lire dans le traité de De Hutlen , sur l’utilité du gay.ac dans le traitement de la syphilis , de quelle manière on traitait de son temps (1519). — « Ils faisaient avec un liniment composé de différentes drogues des onctions sur les jointures des bras et
des jambes. Ouelques-uns en faisaient sur l’épine
du dos et sur le cou ; quelques autres sur les
tempes et sur le nombril; aux uns, on n’employait le remède qu’une fois le jour ; aux autres, deux fois. On tenait les malades pendant vingt ou trente jours et quelquefois davantage , enfermés dans une éluve où l’on entretenait continuellement une très-grande chaleur. Après les avoir frottés d’onguent, on les mettait au lit et les ayant bien couverts , on les faisait suer, etc. , etc. »
Plus tard et de nos jours encore , les sudorifiques forment une partie très-importante de la thérapeutique des maladies syphilitiques, et l’engouement qu’ils inspirent va jusqu’à l’exagération. Toutefois , ces moyens sudorifiques sont tous internes, tous tirés du règne végétal, et sont surtout le gayac , la squine , la salseparedle , le sassafras , dont nous avons déjà traité dans notre premier volume. On a proscrit , et c’est avec raison, les bains de vapeur et ces moyens violents qui ne s’exercent en général qu’au grand détriment de la santé des malades.
Que si l’abus des sudorifiques et des moyens excitants divers conseillés en même temps que le traitement mercuriel ne conjurent pas tous les
MERCURE
iccidenls de celui-ci, on ne peut nier pourtant que a salivation entre autres ne soit accélérée , angnenlée et entretenue par une température froide, ?t qu’on ne doive jamais conseiller les Mercuriaux îu malade sans lui recommander de la manière la Mus expresse de rester autant que possible dans me température douce et égale, et de porter des vêtements chauds et surtout de la flanelle sur tout le corps. Ces précautions sont quelquefois superflues dans les climats équatoriaux et pendant l’été des pays tempérés ; mais elles sont indispensables du moment que l’on peut avoir ù redouter des variations atmosphériques un peu brusques, sur- .out du refroidissement.
Traitement des maladies cutanées mercurielles. Après la salivation , le plus grave des accidents immédiats résultant de l’emploi du Mercure, c’est incontestablement l’eczéma mercuriel, qui envahit quelquefois là surface entière du corps avec une extrême rapidité et cause une fièvre violente , du délire et d’autres symptômes qui peuvent causer la mort, comme nous avons plus haut cité quelques exemples d’après Alley. Les bains émollients et gélatineux, les bains dans lesquels on verse une demi-livre et jusqu’à deux livres de sous-acétate de plomb, les embrocations générales avec un savonule composé d’une livre d’eau de chaux pour trois , quatre ou cinq onces d’huile d’amandes douces ; tels sont les moyens par lesquels il faut combattre les inflammations mercurielles de la peau qui deviennent menaçantes.
Traitement des accidents nerveux. Les accidents nerveux sont peut-être plus faciles à éviter que la salivation; mais il est infiniment plus difficile de les combattre. L’affaiblissement musculaire et les troubles de l’intelligence sont ordinairement irrémédiables. On peut , il est vrai , à l’aide des opiacés à haute dose , calmer le délire aigu avec tremblement qui survient quelquefois chez les doreurs sur métaux et chez les malades qui ont fait un abus extraordinaire des Mercuriaux; mais il reste toujours après celle violente secousse des troubles nerveux dont il esl bien difficile de guérir. Il en est de même de la manie, de l’épilepsie , de la chorée, mercurielles.
Traitement de la cachexie. Quant à la cachexie, qui suit l’emploi des préparations hydrargyriques, elle a cela de très-grave qu’elle persiste longtemps, surtout chez les enfants et chez les femmes , et qu’elle prédispose ces dernières à la chlorose et à toutes les suites de celle dernière affection; elle esl d’autant plus ù redouter qu’elle
11e cède que difficilement et qu’il est nécessaire d’insister pendant longtemps sur un régime analeptique, sur les amers et notamment sur les martiaux.
Faut -il toujours guérir la salivation?
Nous venons de voir par quels moyens on a essayé de conjurer les accidents mercuriels. Toutefois , beaucoup de médecins pensent que la salivation doit être seulement modérée, mais non pas guérie; ils croient , et cette opinion avait acquis surtout une grande valeur jadis que la médecine humorale dominait les idées de presque toutes les écoles médicales, ils croient , disonsnous , que le virus syphilitique est entraîné au dehors par la salive qui s’écoule ; c’est ainsi que Fracastor exprime cette idée:
Liquefacta mali excremenla videbis
Assiduè sputo immundo fluitare per ora ,
Etlargum antè pedes tabi mirabere (lumen.
Les premiers qui attribuèrent à la salivation cette vertu dépurative , pensaient que la fétidité de la salivation était une preuve en faveur de leur opinion ; mais Georges Dodone fit sentir aisément la fausselé de cette idée , en prouvant que ceux qui, accidentellement et sans avoir eu de vérole, éprouvaient une salivation mercurielle, avaient l’haleine aussi fétide que les malades en proie aux accidents syphilitiques les plus graves (Astruc , loc. cit. tom. 11 , lib. 6). La contre-épreuve démontrait en outre que les sialagogues les plus énergiques employés chez les vérolés , d’une part sollicitaient une salivation tout aussi abondante que le Mercure sans guérir la vérole , et d’autre part une salivation nullement fétide.
Boerhaave voulait la salivation dans la vérole constitutionnelle. Ubi verà puslulœ ubique disperses , dolores artuum , nocturni labores, bubones magni , tortures ossium , sœpè tolerala gonorrhœa, docent adesse luem , salivatio mercurialis requiritur {Aph. 14(57). Mais il la veut modérée,, et il la continue pendant trente-six jours encore après la guérison apparente de tous les symptômes syphilitiques. Tum subindè leni dosi mercuriali nlcndum per alios trigintasex dies ut lenissimœ sputationis mancat vestigium {Aph. 14//). Van Swielen , quoiqu’il professe pour son maître une admiration qui va quelquefois jusqu’au fanatisme , reconnaît avec Astruc que la vérole constitutionnelle peut fort bien se guérir lors même que l’usage répété du Mercure n’a pas provoqué de salivation. Il s>-
MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
jniie d’abord de l’imposante autorité d’Aslruc, qui félicite ceux qui peuvent être guéris sans salivation , attendu qu’ils ont évité un accident incommode sans que la guérison soit moins certaine : Quod illis (latum sü , rarâ satis felicilale , absque tcedio et periculo salivationis , atque adeô tutiùsque commodiùsque , à venereo viorbo convalescere (ïbid. 4, chap. 8). Asiruc rassure les malades qui semblent craindre que l'absence de la salivation ne permette au virus d’être éliminé au dehors: Veritos , ne, defectu salivai ioni s , curatio quoque defectura sit , ac si seminium morbosumprofiigari nonpossit, ni si foras exterminetur (Ibid). Van Swieten ajoute (pag. 492, Comment., tom. v) : « En examinant avec soin ce qui se passait dans les ulcères syphilitiques lorsqu’on administrait le Mercure jusqu’à salivation , je voyais leur fond se délerger, leurs bords s’aplatir, la lividité de leur couleur diminuer, les douleurs osléocopes se modérer, avant que la salivation ne commençât. Je pensai donc que déjà le Mercure agissait , et qu’il se pourrait bien faire que la vérole se guérît sans salivation , pourvu que l’on entretînt longtemps l’économie sous cette influence mercurielle. »
Si l’on en croit Sprengel ( Hist.de la Mèd., pag. 519, trad. de Jourdan), Jean Nicolas Pechlin et François Chicoyneau furent les premiers qui firent connaître les inconvénients de la salivation mercurielle , et Jacques Groinger ainsi que Nil Rosen deRosenstein , prouvèrent qu’elle n’est point du tout nécessaire pour guérir les maladies vénériennes. Pierre Désault, dans la vue de l'éviter, proposa assez peu habilement la méthode dérivative , qui consiste à allier l’usage des frictions mercurielles avec celui des moyens laxatifs. Henri Haguenot conseilla une méthode plus convenable, qui fut nommée méthode de Montpellier ou d’extinction. 11 cherchait en effet à agir sur la peau et à fortifier ses malades : il commençait par leur faire prendre des bains; il éloignait les frictions les unes des autres , et prescrivait un régime fortifiant.
Pour nous , s’il nous est permis d’apporter ici le résultat de notre faible expérience après celle de tous ces grands hommes , nous dirons que nous croyons parfaitement inutile de provoquer une très-abondante salivation dans la vérole ; mais nous tenons longtemps le malade dans cet état indiqué par Boerhaave , ut lenissimœ sputationis maneat vestigium. Les gencives plutôt encore que la salivation nous serviront de moyen déjuger l’infection mercurielle générale.
Nous voudrons qu’elles restent un peu tuméfiées et échauffées. Dans les maladies aigues, telles que la péritonite et le rhumatisme articulaire aigu , comme il faut arriver promptement à l’infection générale du système et à celte modification dans la crâse du satig qui sans doute est toute la médication, on ne peut graduer les doses de Mercure comme dans la vérole ; et comme il ne faut pas rester en-deçà du but , on risque souvent d’aller au-delà. D’ailleurs il est d’observation que plus vite agit le Mercure, plus énergiques sont les effets, plus graves sont les accidents qu’il détermine; plus lente est son action , au contraire, plus facile il est de modérer les accidents qu’il provoque. Aussi dans le traitement de la péritonite et du rhumatisme articulaire aigu par les Mercuriaux, a-t-on moins en vue de déterminer la salivation que cet étal de cachexie générale si favorable à la résolution des phlegina.sies aiguës. Si la salivation se montre et souvent avec une violence qu’il est difficile de modérer, cela tient uniquement à ce que l’on a été forcé d’agir vivement , et que des doses superflues de Mercure ont été introduites dans l’économie.
Emploi thérapeutique des Mercuriaux.
Nous avons déjà dit ( tome 1er, page 6C9 et suivantes) quel usage on pouvait faire des Mercuriaux comme topiques irritants, et (loin, n , pag. 22 et suivantes,) nous avons vu que le Mercure était dans la thérapeutique externe , un des agents les plus puissants de la médication substitutive. Maintenant nous nous occuperons plus spécialement du Mercure comme médicament général, nous réservant d’indiquer encore quelques-unes de ses applications topiques sur lesquelles nous n’avions pas dû insister.
Vérole. — Dès l’année 1497, ainsi que nous l’avons dit au commencement du chapitre , Widmann administra extérieurement le Mercure contre la maladie vénérienne, car, à cause de la ressemblance de cette maladie avec la lèpre , on pensait que ce métal pourrait jouir de quelque efficacité contre elle ; mais les chirurgiens et les charlatans osaient seuls le mettre en usage , et on les punissait quand on venait à s’en apercevoir. Fernel prétend même encore que l’emploi du Mercure est une invention du charlatanisme, elPaulmier, son disciple , émet le même jugement. Cependant les cures heureuses que les chirurgiens opérèrent au commencement du seizième siècle éveillèrent l’attention des médecins. Jean de Vigo emploie le Mercure sous plusieurs formes; il vante en effet les fumigations de ci-
MERCURE
îabre et l’emplàtre qui porte aujourd’hui son îom. Vidus Vidius préfère les fumigations aux 'ridions; mais Fracaslor veut qu’on n’applique es frictions qu’aux membres , et blâme les fumigations générales. Béranger de Carpi fut le principal apologiste des frictions. On savait que ;es cures avec l’onguent mercuriel lui avaient procuré une fortune immense; celle raison détermina plusieurs médecins à suivre son exemple. Nicolas Massa était partisan des frictions et les préférait à toutes les autres méthodes.
Mais le célèbre botaniste Mallhiole , commentateur de Dioscoride, est le premier qui ail osé administrer le Mercure à l'intérieur. Les pilules de Baiberousse , célèbre pirate algérien , contenaient aussi du Mercure à l’état métallique. François 1er, roi de France, en reçut lui-même la recette de Barberousse et la fit connaître. Cependant c’est à Paracelse que l’on doit attribuer l'honneur d'avoir introduit une meilleure méthode d’administrer le Mercure dans la syphilis , et d'avoir recommandé l’usage interne de ce médicament de préférence à tous les autres moyens. ( Voy. pour tous ces détails . Spengel , Hist. de la mèd ., t. m, p. 72 et suiv.— Trad. française.) Depuis Paracelse, le Mercure a été administré sous toutes les formes, par toutes les voies, dans le traitement des maladies vénériennes , et les témoignages qui constatent son efficacité sont tellement nombreux , tellement authentiques , chacun de nous a pu voir tant de faits qui déposent dans le même sens, que l’on peut considérer le Mercure comme le [dus héroïque remède dans le traitement de la vérole.
Dès l’origine de la vérole , et dès les premiers temps que le Mercure fut employé pour combattre cette maladie , de violentes attaques furent dirigées contre ce précieux médicament; et jusqu’à nos jours ces attaques se sont successivement renouvelées , et toujours sans succès. Déjà , dans le cours de ce chapitre , nous avons réfuté quelquesunes des graves accusations qu’on avait dirigées contre le Mercure, et nous avons essayé de bien établir la différence qui sépare les accidents mercuriels de ceux qui sont dus à la syphilis. Mais , de nos jours , comme la spécificité du trailemcnt antisyphililique et de la maladie vénérienne embarrassait singulièrement les adeptes de la doctrine du Val-de-Grace , ils ont trouvé plus simple denier l’action curative du Mercure, et ils ont substitué au traitement de la syphilis par les Mercuriaux , le traitement des phlegmasies et des irritations ordinaires.
Des deux côtés il y a eu une exagération mensongère qui a reculé la science, comme le font toujours les disputes , et n’a convaincu que peu de personnes. Cependant aujourd hui la plupart des médecins , sans entrer dans 1 aveugle routine des anciens , restreignent l’usage du Mercure, et ne le donnent plus que dans les circopslances que nous allons essayer de spécifier.
Et d’abord on le proscrit en général comme moyen curatif des accidents primitifs de la vérole; et l’observation a démontré qu’un traitement conforme au caractère anatomique de la maladie locale indépendamment de sa nature spéciale , était le plus approprié; que, lorsque les phlegmasies locales syphilitiques ne se modifiaient pas sous 1’inlluence des émollients et des bains, les topiques irritants de l’ordre de ceux dont nous avons parlé à l’article de la Médication substitutive , modifient heureusement ces affections et en amènent a<sez promptement la guérison. Toutefois l’expérience a permis de constater que parmi les topiques irritants, ceux qui sont tirés des Mercuriaux , tels que le calomel , le précipité rouge , le nitrate acide de Mercure ont une efficacité évidemment plus grande que ceux dans la composition desquels le Mercure n’entre pour rien. On constate encore de la manière la plus évidente que lorsque les pustules, les ulcères prennent un caractère de chronicité extraordinaire , et (|iie , sous l’influence d’une médication convenable , les lésions s’aggravent de [dus en plus , le traitement général par les Mercuriaux modifie les ulcères, diminue leur rougeur, affaisse leurs bords et les met dans des conditions nouvelles de rapide cicatrisation.
Que les accidents primitifs de la syphilis guérissent sans Mercure, c’est ce qu’il n’est pas permis de contester; mais toute la question s’agite dans ces termes : La vérole consécutive est-elle plus commune après le traitement mercuriel des accidents primitifs que lorsqu’on a omis ce traitement ? De part et d’autre, les partisans de la nouvelle et de l’ancienne méthode ont invoqué des faits ; de part et d’autre ont été publiés des relevés statistiques qui ont été taxés de mensonge, de sorte qu’au milieu de ce conflit, il nous est difficile de prendre un autre parti que celui de l’immense majorité des médecins qui font toujours subir un traitement mercuriel aux malades qui ont eu des accidents syphilitiques , que ces accidents se soient ou non dissipés sous l’influence d’une médication simple et non spécifique. Ce traitement fait avec méthode
MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
el prudence n’a jamais d’inconvénients , et nous ne voyons pas pourquoi on ne prendrait pas une précaution dont l’omission peut être si fatale.
Mais quand i! est survenu des accidents syphilitiques consécutifs et constitutionnels , la puissance du Mercure, bien qu’elie ne soit pas infaillible , est cependant tellement évidente qu’il faut un inconcevable aveuglement pour ne pas le reconnaître. Dans ce cas le traitement doit être plus longtemps continué, et les précautions hygiéniques convenables , en général , pendant une maladie vénérienne , seront tout à fait indispensables dans ce cas.
Mais de quelle façon doit être dirigé ce traitement? Nous résumerons les préceptes qui doivent présider à son emploi, en traduisant presque textuellement les aphorismes de Boerhaave.
1 467. Quand le corps s’est couvert de pustules, qu’il existe des douleurs dans les membres, des fatigues nocturnes , des ganglions suppurés , des douleurs osléocopes , que le malade a eu plusieurs gonorrhées , jugez que l’infection syphilitique existe , et alors il faut amener la salivation.
1468. Pour l’obtenir, on abreuvera pendant plusieurs jours le malade d’une grande quantité de tisane.
1469. Puis , toutes les deux heures , il prendra une petite dose de calomel.
1470. Quand l’haleine commencera à devenir fétide, que les gencives deviendront douloureuses, que les dents sembleront s’allonger, il faudra examiner s’il convient de continuer ou de s’arrêter, ou bien de réprimer les symptômes.
1471. Une salivation de trois ou quatre livres par jour est suffisante.
1472. Moindre , elle doit être excitée par le Mercure.
1475. Plus abondante , elle doit être-modérée par des lavements émollients, les purgatifs, les sudorifiques.
1474. Si le Mercure fait irruption du côté du ventre , l’opium et les sudorifiques sont indiqués.
1475. Si la gorge, la bouche , les gencives, sont trop tuméfiées et trop douloureuses, on prescrira les remèdes indiqués dans l’aphorisme 1475, et des gargarismes adoucissants ou des collutoires.
1476. Cette médication doit être continuée jusqu’à l’entière cessation des symptômes , ordinairement pendant 56 jours.
1477. Alors, pendant 56 autres jours , il faut ne donner le Mercure qu’à une dose très-modérée , pour entretenir toujours une légère salivation.
Ces préceptes de Boerhaave sont encore suivis par tous les médecins qui sont jaloux de guérir radicalement leurs malades , et lorsque les malades consentent à se soumettre à ce traitement.
Mais si en général on se propose le même but que Boerhaave , et si on produiL à l’aide du Mercure les effets que recommande ce grand praticien, on n’est pas égarement d’accord sur le choix des préparations mercurielles et sur leur mode d’administration.
Les uns emploient les frictions avec les onguents mercuriels sur les cuisses, sur les bras, sous les aisselles , sur les parties génitales; les autres préfèrent les bains de sublimé , suivant la méthode de Wedekind et de Récamier ; ceux-ci veulent des fumigations de cinabre dans un appareil où la tête ne soit pas plongée ; ceux-là préfèrent le traitement interne, el donnent, à l'exemple >de Boerhaave , le calomel , le Mercure cru éLeint ; mais les- plus célèbres des médicaments internes sont le sublimé et les iodures de Mercure; le premier mis en honneur par Yan Swieten , le deuxième principalement préconisé par Biett et par les médecins français de notre siècle.
Richard Wisemann est le premier qui se soit servi du sublimé corrosif, qu’il ne donna jamais sans mélange. Ensuite David Turraer en 1717 le donna dissous dans l’eau-de-vie , et vers la même époque il fut employé dans le Palalinat d’après les conseils de Brunner. Mais les éloges que Van Swieten donna à ce médicament lui procurèrent une célébrité extraordinaire. Conformément aux ordres de ce praticien , on fut obligé de s’en servir dans toutes les armées autrichiennes pour le traitement des maladies vénériennes; mais Brambilla dit que les chirurgiens militaires, convaincus de son incertitude et de ses dangers , avaient secrètement recours au Mercure doux, pendant qu’ils prodiguaient les louanges les plus outrées au remède prescrit parle gouvernement. (Sprengel. Hist. de la Mèd. loin, v, page 518.) Les mesures acerbes et peu convenables qu’avait prises Van Swieten pour forcer ses confrères à user de son médicament favori , suscitèrent au sublimé de nombreux ennemis , qui ne manquèrent pas d’en exagérer les dangers ; mais , malgré ces diatribes violentes ( Stroeck. Ann. mèd ., loin ii, page 215), l’usage de la liqueur
MERCURE
dft Van Swielen et du sublimé en pilules s’introduisit bientôt dans tous les hôpitaux militaires; et encore aujourd’hui ce médicament forme la base des pilules et des liqueurs des misérables (pii exploitent la crédulité des malades en préconisant bien haut le traitement sans mercure.
Depuis quelques années , dans la vérole constitutionnelle, on a substitué au sublimé et aux frictions avec l’onguent napolitain l’usage interne du protôiodure de mercure , médicament puissant, très-puissant même, et qui est appelé à dominer la thérapeutique des maladies syphilitiques.
L’usage des frictions a été presque entièrement abandonné , et c’est à tort , suivant nous. Ce n’est pas toujours impunément que l’on met les Mercuriaux en contact avec la membrane muqueuse digestive, et d’ailleurs, chez les gens réfractaires 5 l’action du Mercure , les frictions produisent un effet altérant que l’on n’obtient pas aussi certainement par les autres modes de traitement.
Toutefois deux méthodes se disputent encore aujourd’hui la préséance dans le traitement de la syphilis par les Mercuriaux. Dans l’une , on donne le Mercure de manière à ne jamais produire de salivation , en en éloignant et en atténuant les doses; on y joint l’usage des sudorifiques et des dépuratifs, et on continue ainsi jusqu’à disparition totale des accidents vénériens , en ayant soin d’interrompre de temps en temps , pour que l’organisme se repose et redevienne sensible à l’action du médicament. Quand tous les symptômes du mal sont passés , on insiste sur le traitement un ou deux mois de plus , et l’on cesse alors.
Ce mode d’administration est appelé méthode d'extinction ou méthode de Montpellier ; non qu’elle soit parfaitement conforme à celle que Uiguenot avail d’abord préconisée sous ce nom. mais parce qu’elle en conserve l’esprit et la direction.
L’autre méthode consiste à administrer le Mercure à l’intérieur et à l’extérieur , ou seulement par une seule de ces voies , et à arriver promptement à la salivation. C’est la méthode de Boerhaave, dont nous avons donné l’exacte description en rapportant les aphorismes de cet illustre pathologisie.
La méthode de Boerhaave est incontestablement la plus active et la plus efficace , mais elle demande des précautions hygiéniques sans nombre et un régime sévère auxquels les malades ne veulent pas se soumettre. C’est celle que l’on préfère et que l’on doit toujours préférer dans les hôpitaux spéciaux où il est permis d’exercer
une„surveil!nncc active et une discipline sévère ; mais, dans le monde, la méthode de Montpellier a prévalu parce qu’elle est plus facile à suivre , plus commode, qu’elle n’assujettit ù aucun régime bien sévère , à aucun changement de vie qui puisse éveiller l’allenlion des personnes qui entourent le malade. Les médecins malgré eux se relâchent de la sévérité de la méthode qu’ils croient la meilleure et, parcelle fâcheuse condescendance , ils sont certainement la cause des accidents secondaires si graves et si fréquents que nous avons à déplorer tous les jours.
A quelle dose le Mercure doit-il être employé pour détruire une maladie vénérienne constitutionnelle? 11 est imposssible de répondre catégoriquement à celte question. Dans la méthode de Boerhaave , la dose convenable sera celle qui produira les effets que Boerhaave demande. Dans la méthode d’extinction , la dose convenable sera celle à laquelle cèdent les accidents syphilitiques. Il est impossible de rien dire de plus précis, et en voici la raison :
Il arrive quelquefois qu’avec une friction d’onguent napolitain la salivation survienne et qu’on soit forcé de ne faire de frictions que tous les huit jours pour entretenir la légère salivation que demande Boerhaave ; dans ce cas, une demi-once d’onguent mercuriel suffira au traitement. D’autres fois , il faudra , pour obtenir le même effet , vingt, trente et jusqu’à cent frictions de deux gros ; ici quatre gros ne suffisent plus, il faut une livre et demie d’onguent. Tel obtient les effets désirables avec un, deux, trois grains de sublimé ou de protoiodure de Mercure administré par seizième ou par trente-deuxième de grain ; tel autre supportera un demi-grain de sublimé malin et soir et sera forcé d’en continuer l’usage pendant 2 ou 3 mois.
Il en est de même pour la méthode d’extinction.
Ici s’applique parfaitement celte loi de physiologie; on est nourri par ce que l’on digère, et non par ce que l’on mange; et dans l’ordre thérapeutique on peut dire : on est guéri non par la dose du médicament prescrit, mais par celle qui est absorbée. Il peut arriver , par des causes qu’il nous est impossible de calculer, que l’économie n’absorbe qu’un atome de Mercure alors qu’on en présente des doses énormes aux surfaces absorbantes ; et que , par contre, des doses minimes soient absorbées tout entières. En outre il faut, pour que le Mercure soit utile, qu'il produise ces effets altérants sur lesquels nous avons insisté au commencement de ce chapitre ; et on ne peut se