MÉDICAMENTS
dissimuler que bien souvent l’économie résiste à l'action toxique du médicament et qu’il en faille des doses proportionnées à ce degré de résistance.
On ne peut pas dire d’une manière absolue que les médicaments mercuriels agissent en raison directe de leur solubilité , car si l’on compare entre eux le Mercure cru, le calomel, le précipité rouge, les iodures de Mercure , tous parfaitement insolubles, on sera frappé du peu d’activité des uns et de l’extrême violence des autres, et le sublimé , qui est si soluble , est certainement beaucoup moins actif que le deuloiodure de Mercure, qui est aussi insoluble que le calomel. Il y a , dans ces diverses préparations, un mode d’action que la chimie n’explique pas et que probablement elle n’expliquera jamais. Si nous avions à classer les Mercuriaux que l’on donne à l’intérieur par ordre d’activité, nous les mettrions dans le rang suivant :
Au bas de l’échelle , le prolochlorure de Mercure sublimé , puis le Mercure cru , le prolochlorure précipité , l’oxide rouge , le proloiodure , le sublimé corrosif, le deuloiodure de Mercure.
Pour les préparations que l’on administre à l’extérieur, dans le but d’obtenir un effet altérant, nous placerions au premier rang l’onguent napolitain, puis les bains de sublimé, les frictions avec la pommade de sublimé, de proloiodure, de deutoiodure de Mercure.
Le Mercure a encore été conseillé pour prévénir la vérole. Falck ( Treatise on ihe Venereal disease. London , 1771) et W. Harrisson (Diss. de lue Venereâ , Edimb. , 1781) prétendaient qu’on pourrait se préserver de la syphilis, en ayant soin de se frictionner les lombes avec l’onguent napolitain avant le coït. L. Warren en faisait frotter le gland ( Nouvelle méthode pour guérir la gonorrhée virulente. Amsterdam, 1771). Assalini faisait faire dans le creux des mains on sur le pénis des frictions avec du calomel uni à la salive ( Essai médical sur les vaisseaux lymphatiques, etc., etc. Turin, 1787). Guilbert de Préval faisait laver les parties génitales avant et après le coït avec de l’eau phlagédénique (Examende l’eau fondante, de M. Guilbert, etc. Paris, 1777). J. Hunier faisait faire après l'acte des injections urélrales avec une faible solution de sublimé dans l’eau distillée, un ou deux grains de deutochlorure de Mercure pour huit onces d’eau. (Treatise on the Venereal disease. London, 1780.)
Nous ne savons trop si les moyens conseillés par tous ces auteurs ont la valeur qu’ils leur sup-
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posent; on conçoit aisément que des onctions grasses avant le coït aient une action préservatrice toute mécanique, comme un condom, par exemple; on conçoit encore que les lotions , de quelque nature qu’elles soient , puissent, après un coït impur , préserver en ce sens qu’elles empêchent le virus de rester en contact avec les parties génitales ; mais évidemment il faut ne pas se presser de conclure à l’action préservalive des Mercuriaux , dùt-on attacher une grande importance à celte expérience de Harrisson (toc. cit.) , qui, ayant mêlé du pus syphilitique avec une préparation mercurielle, constata par de nombreuses inoculations l’innocuité de ce virus (Voir Gmelin , App. mèd. , tom. vin, p. 28 et 29).
Phlegmasies des membranes séreuses .Le traitement antiphlogistique, ordinairement si efficace dans le traitementdes phlegmasies des membranes séreuses est ordinairement impuissant dans la péritonite puerpérale et dans l’hydrocéphale aigue. Les efforts des thérapeutistes ont dû tendre vers une médication assez puissante pour éteindre en quelque sorte subitement l’élément inflammatoire. Les Mercuriaux à hautes doses ont semblé remplir ce but, du moins pour la péritonite ; si l'on en croit les témoignages nombreux recueillis depuis quelques années. C’est à M . le professeur Velpeau qu’est due la popularisation de celte méthode. Déjà, sans doute, longtemps avant lui , des médecins avaient donné le calomel et administré des frictions mercurielles dans la péritonite , comme dans une multitude d’autres phlegmasies ; Yandenzande sans doute employait le calomel et les frictions, mais ce praticien comptait particulièrement sur le calomel uni à l’opium et n’usaii des frictions que secondairement, il les faisait sur les cuisses une ou deux fois par jour et seulement quand il ne pouvait donner le prolochlorure de Mercure à l’intérieur. Laënnec a fait usage des frictions, mais surtout dans la péritonite chronique. Quant à Chaussier , il lésa essayées, il est vrai, dans la péritonite puerpérale, mais mollement et sans méthode. Velpeau , au contraire, se proposa pour but de faire absorber immédiatement de très-hautes doses de Mercure, de manière à produire aussi rapidement que possible la cachexie mercurielle. Par là il voulait mettre en peu d’heures le sang dans des conditions de fluidité telle, qu’il devînt impropre à devenir élément d’une phlegmasic grave, et cela lui semblait d’autant plus nécessaire que , dans les péritonites puerpérales , les accidents phlegmasiques
MERCURE
marchent avec une effroyable rapidité. 11 donna lonc le Mercure sous toutes les formes et à des loses énormes. Il fil faire des frictions en même emps sur le ventre, sur les cuisses, et il adminisra le calomel à l’intérieur, de manière à produire >n peu d’instants une infection mercurielle profonde. Il insiste sur la médication jusqu’à ce que surviennent les signes de la saturation hydrargyrique, c'est-à-dire le gonflement des gencives et un commencement de salivation. Les premiers faits observés par Velpeau furent publiés par ce praticien dans la Revue médicale , janvier 1857 ; mais le travail qu’il imprima deux ans plus tard dans les Archives générales de Médecine , t. xix, p. 535, acheva de placer la médication mercurielle en tête de celles qui réussissaient dans presque toutes les épidémies. Nous disons dans presque toutes les épidémies, car il en est, et Tonnelé, dans un mémoire publié dans les Archives quelques années plus tard, démontra que les frictions n’avaient plus eu entre les mains des médecins de la Maternité le même succès que naguère avait obtenus Velpeau. Disons aussi que dans certaines épidémies de fièvre puerpérale les accidents locaux et généraux sont à ce point rapides que la mort survient en quelques heures. On conçoit que, dans de semblables circonstances, aucune médication ne puisse être utile , pas même celles qui ont l’action la plus vive et la plus puissante.
Ce serait mal comprendre la médication mercurielle dans le traitement de la péritonite , que de l’appliquer mollement. Si une fois on a laissé marcher l’inflammation et s’épancher les produits morbides dans la cavité péritonéale , le moyen devient, sinon impuissant , du moins d’une utilité fort contestable. Il en est de celle méthode comme de celle par les saignées ; ce n’est tout de donner du Mercure et de tirer du sang , il faut le faire autant qu’il le faut et comme il le faut.
Hydrocéphale aiguë. Nous ne savons si jamais aucun médecin a guéri un enfant ou un adulte atteint d’hydrocéphale aiguë, nous entendons par là l’inflammation aiguë des méninges. Ce n’est pas par son étendue , mais par son siège que cette phlegmasie est si grave. Déjà la pulpe nerveuse est sur le point d’être désorganisée lorsque l’on peut asseoir sur cette maladie un diagnoslic positif, et si actives que soient les médications que nous mettons en œuvre, elles échouent pourtant , au désespoir des familles et des médecins. Les Merctiriaux , lanl à l’intérieur qu’à l’extérieur , ont été conseillés comme dans
la péritonite , mais avec moins de succès ; car l’incertitude du diagnoslic ôte beaucoup de l’intérêt pratique des observations d ailleurs assez nombreuses que Percival, Delpech , Major, etc., etc., ont publiées sur ce sujet. Tout récemment encore Beid Clanny ( Journ . des conn. méd. chir ., nov., 1830) a publié de nouveaux faits sur l’emploi des Mercuriaux dans l'hydrocéphale aiguë. Mais il insiste beaucoup sur ce point, qu’on ne saurait trop et trop vite faire absorber du Mercure aux malades; aussi donne-t-il à l’intérieur le calomel à des doses réellement effrayantes pour le vulgaire des médecins, mais qui cessent d’être telles si l’on veut examiner avec bonne foi et impartialité les motifs qui ont engagé Beid Clanny à donner de semblables doses. Ce praticien remarqua en effet que dans les selles des malades on retrouvait presque tout le calomel que l’on administrait, de sorte qu’en en faisant prendre dix grains par exemple, il n’y en avait pas un demi d’absorbé : il pensa alors que l’on pouvait augmenter et répéter des doses ; aussi prescrivit-il jusqu’à un et deux gros de calomel par jour, et ainsi il fit promptement absorber ^ l’économie une dose de Mercure capable de modifier puissamment la constitution. Depuis qu’il a adopté celte méthode , l’hydrocéphale ne lui a pas paru à beaucoup près aussi redoutable , et celte maladie , à laquelle il voyait succomber tous ceux qui en étaient atteints , est par lui rangée maintenant au nombre de celles dont le médecin peut aisément se rendre maître.
Quelque confiance que nous puissions avoir dans la méthode et dans les assertions de Beid Clanny, nous avouons cependant que nous hésiterons à croire à d’aussi heureux résultats, jusqu’à ce que nous ayons nous-mêmes été témoins de quelques faits semblables. Que si maintenant nous voulions juger cette méthode , nous dirions que le médecin , au lieu de se contenter de l’administration intérieure du calomel à hautes doses, devrait y joindre les frictions, à l’exemple de Velpeau dans le traitement de la péritonite, et ainsi on obtiendrait l’intoxication mercurielle plus vile et avec moins de dommage pour la membrane muqueuse du tube digestif.
Le lieu des frictions dans l’hydrocéphale aiguë nous semble parfaitement indifférent, pourvu que le Mercure soit absorbé et qu’il exerce sou action sur la masse du sang ; mais quelques médecins croient qu’il est plus convenable de raser la tête et de les faire sur le cuir chevelu ; et Velpeau croyait aussi , sans que d’ailleurs des expé-
MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
ricnces comparatives le lui eussent démontré , «pe les frictions mercurielles sur le ventre valaient mieux dans le traitement de la péritonite que les frictions pratiquées sur toute autre partie du corps.
Rhumatisme synovial aigu. L’influence rapidement heureuse du Mercure sur la plus redoutable des phlegmasies séreuses, la péritonite, nous suggéra l’idée d’employer la même médication dans le traitement du rhumatisme articulaire aigu. Nous avons traité par cette méthode quatorze rhumatisants don! la fièvre était trèsvive et chez lesquels un grand nombre d’articulations étaient envahies. Chez six d’entre eux la rapidité de la guérison a été extraordinaire; mais chez les huit autres les accidents ont marché comme si nous n’eussions rien fait. Les douleurs seulement ont été moins vives , et il nous a semblé aussi que les accidents du côté du cœur avaient été beaucoup moins fréquents. Ici , comme dans la péritonite , nous faisions des frictions sur le ventre et sur les cuisses, avec deux et jusqu’à quatre onces d’onguent mercuriel chaque jour, jusqu’à ce que les gencives se gonflassent , ce qui arrivait ordinairement à la fin du deuxième jour ou au commencement du troisième. Nous cessions alors , nous contentant d’entretenir autour des malades une douce température et de leur donner des boissons émollientes. Mais , dans les hôpitaux , cette médication a de nombreux inconvénients : les infirmiers s’y prêtent mal , les religieuses s’y opposent dans la crainte détacher les fournitures des lits , et lorsque la salivation commence, alors qu’il serait indispensable de bien nettoyer la peau du malade , de lui donner du linge blanc pour éviter une nouvelle absorption du Mercure, on ne prend pas ces petits soins , et il survient des inflammations de gencives les plus graves. Ajoutez à cela que les salles sont mal closes , que le malin , le soir , le balayage et la ventilation des infirmeries se font sans pitié et sans ménagement, et que les pauvres malades sont exposés à tous les accidents qui suivent une médication mercurielle énergique. Aussi avions-nous renoncé dans notre hôpital à celle méthode , non qu’elle ne nous eût paru préférable à celles que nous connaissions , mais bien parce que nous ne pouvions l’employer avec les précautions et dans des circonstances convenables.
Rhumatisme articulaire chronique. Mais si, dans le rhumatisme articulaire aigu, nous avons été forcés de renoncer à un moyen que
nous jugions utile, il n’en a pas été de même
pour le rhumatisme chronique; et aujourd'hui ,
après cinq ans d’expérience , nous proclamons hautement que nous ne connaissons pas de médication plus puissante contre cette maladie que la médication mercurielle. Un de nos élèves , M. Bonardel , a fait sa thèse sur ce sujet en 1854. (■ Journal des Connaissances médico-chirurgicales , tora. n, p. 50), et, depuis celle époque , nous avons eu de nombreuses occasions de répéter ces expériences.
A la suite du rhumatisme articulaire aigu , et sans que l’état aigu ait été fort évident , on voit quelquefois plusieurs articulations se gonfler ensemble ou successivement, et les accidents vont en augmentant avec plus ou moins de rapidité; les jointures se gonflent , comme dans le premier degré des tumeurs blanches , et nous avons vu un jeune homme chez qui presqué toutes les articulations étaient tuméfiées. La tuméfaction siège non-seulement dans les parties molles , mais encore , et c’est le cas le plus ordinaire, dans les os et dans le tissu fibreux. Il est assez remarquable que , dans ce cas , on remarque rarement la fluctuation dans les capsules synoviales.
Ici il ne faut plus , comme dans la péritonite et dans le rhumatisme synovial aigu , il ne faut pas , disons-nous , brusquer l’action mercurielle et produire instantanément l’état de cachexie auquel très-probablement est dû l’heureux effet des Mercuriaux dans les deux graves phlegmasies dont nous venons de parler. L’état chronique demande une médication chronique , s’il nous est permis de nous exprimer ainsi ; aussi , dans ce cas , recourons-nous au Mercure à doses faibles et graduées , comme dans la syphilis constitutionnelle. Le moyen dont l’expérience nous a démontré la supériorité est le sublimé en bains. Nous donnons aux adultes des bains dans lesquels nous faisons dissoudre de deux gros à une once de sublimé , le malade en prend un tous les jours ou tous les deux jours jusqu’à ce que les gencives s’enflamment un peu. Nous cessons alors ou plutôt nous éloignons les bains , et nous continuons ainsi jusqu’à ce que la tuméfaction et la douleur aient entièrement disparu. Ce traitement est accompagné , comme pour la vérole constitutionnelle , de boissons sudorifiques concentrées , de quelques bains simples cl de vapeur, et terminé par des fumigations de cinabre dans un appareil où la tète puisse être à l’abri de la vapeur mercurielle.
MEliCUllE.
Le même moyen nous a paru beaucoup moins île dans le rhumatisme inter-articulaire chroipie. Toutefois , dans des essais que nous avons its , nous avons obtenu deux ou trois fois une rapide amélioration , que nous avons été tentés 2 croire que la cause syphilitique était pour uelque chose dans les douleurs que les malades prouvaient.
Phlegmasies. Nous venons de voir quelle était heureuse influence des Mercuriaux sur des hlegmasies très-graves par leur étendue , par ;ur siège , ou par les réactions fébriles qu’elles uscitent. Il n’y a vraiment pas de motif de croire u'il n’en doive pas être ainsi pour les autres hlegmasies ; aussi sommes-nous peu étonnés de ) confiance que nos voisins d’outremer accolent au calomel dans le traitement des inflammaions. Certes , pour qu’une masse de médecins omme celle de l’Angleterre , de toutes les posessions anglaises dans les Indes , de l’Amérique lu Nord , accorde unanimement des propriétés mliphlogistiques au Mercure , il faut bien qu’il ’ ait 'quelque chose de vrai, et il est vraiment léplorable qu’il s’élève chez nous tant de prérentions contre ce moyen héroïque.
Sans partager l’enthousiasme des praticiens de a Grande-Bretagne, nous reconnaîtrons voloniers que la méthode altérante par les Mercuriaux ‘St évidemment bonne dans le croup , par exemple , soit que la membrane muqueuse du arynx soit simplement enflammée et gonflée , ;ans exsudation plastique , soit qu’elle soit le >iége d’une phlegmasie spéciale en vertu de laquelle il se développe presque fatalement des fausses membranes. Ici le calomel sera donné à hautes doses à l’intérieur , afin que topiquement il porte sur le pharynx une utile modification , et qu’ensuile , absorbé dans les voies digestives , il aille modifier la masse du sang , en augmenter la fluidité et le mettre dans de telles conditions qu’il ne fournisse plus aux sécrétions plastiques. II est bon , à l’exemple de Bretonneau , de faire en même temps des frictions sur les parties latérales du cou ou dans tout autre point, afin de faire absorber une plus grande quantité de Mercure et d’amener promptement la cachexie hydrargyrique. Dans une maladie aussi rapidement mortelle, il est essentiel d’aller vite , et nous appliquons entièrement au croup ce que, plus haut, nous avons dit de la péritonite ri de l’hydrocéphale.
Maladies du foie. — L’dficacilé du Mercure dans le traitement des maladies du foie est de-
venue en quelque sorte triviale. Il existe cntie tous les médecins une sorte d’accord tacite sur ce point , et bien que des expériences bien faites et surtout bien concluantes n’aient pas été encore publiées sur la matière , on n en est pas moins dansj’usage d’associer les Mercuriaux a tous les traitements ou empiriques ou rationnels auxquels on sommet ceux qui sont atteints d’une affection chronique du foie. Il nous est difficile de prendre un parti dans cette question , et nous nous abstiendrons de tout jugement jusqu’àce qu’il nous ait été permis de faire nous-mêmes des expériences qui nous satisfassent.
Nous aurons la même réserve pour ce qui concerne la peste, le typhus, la fièvre jaune. Toutefois nous avons vu donner les Mercuriaux à hautes doses dans celte dernière maladie pendant l’épidémie de Gibraltar , en 1828, et nous avons pu constater non leur utilité, mais leur danger. L’expérience a été faite en grand, car le médecin d’un des régiments de la garnison , M. le docteur Gillchrest, avait adopté cette méthode, qu’il suivit pendant tout le cours de l’épidémie, et ce fut dans son régiment que la mortalité fut la plus considérable, comme le prouvent les relevés officiels que nous avons entre les mains.
Dyssenterie. L’utilité incontestable des purgatifs dans le traitement de la plupart des épidémies de dyssenterie devait nous faire croire aux bons effets du calomel donné à l’intérieur pour guérir cette même affection. L’expérience a démontré en effet que l’un des moyens les plus puissants contre cette redoutable épidémie , c’était le calomel préparé à la vapeur, donné matin et soir à la dose d’un demi-gros. Par ce moyen , les garde-robes ensanglanléeset muqueuses perdent promptement ce double caractère. Les tranchées et le lénesme se modèrent , et les selles prennent la couleur vert foncé qui suit toujours l’administration du calomel. C’est lorsque les évacuations alvines ont pris celte teinte particulière et alors seulement que l’on doit cesser l’usage du protochlorure de Mercure. Le calomel agit-il ici comme agent substiluleur, et par- conséquent en sa qualité d’irritant topique, ou bien au contraire lire-l-il son efficacité des qualités altérantes du Mercure ? c’est ce qu’il est assez difficile de décider. Nous serions pourtant tentés de croire (pie l’action altérante a, dans celte médication la moindre part, car nous n’avons pas entendu dire que jamais les frictions mercurielles aient été employées avec avantage dans le traitement de la dyssenterie, si ce n’est peut-être par Boag (Gmelin, App. mcd. , l.viu, p. 05). C’est
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à M. le docteur Amiel, chirurgien-major du 12e régiment de ligne de l’armée anglaise, qu’est due la gloire d’avoir le premier formulé d’une manière nette cette méthode de traitement. Il fît de nombreux et d’heureux essais dans une épidémie de dyssenterie qui sévissait sur la garnison de Gibraltar en 1812, et la déclaration du médecin principal de celte forteresse témoigne de l’excellence de la méthode. Doit-on penser qu’il en serait de même dans toutes les épidémies de dyssenterie? c’est ce que nous ne croyons pas, et il nous suffît d’avoir indiquéce moyen, qui probablement trouverait son application dans un grand nombre de circonstances.
Tumeurs diverses. Le Mercure sous toutes les formes est un des remèdes que la banalité routinière consacre dans le traitement des tumeurs diverses; mais il serait fort difficile de spécifier les cas dans lesquels il serait opportun et véritablement utile de prescrire cet héroïque moyen. Lorsque la tumeur est le produit d’une phlegmasie chronique, que des tissus de nouvelle formation ne se sont pas développés, sans doute on peut, à l’aide du Mercure, atténuer le sang et favoriser ainsi la résolution interstitielle ; mais qujind le tissu de la tumeur est dégénéré, que déjà se sont formées des masses de tissus tuberculeux , encéphaloïde ou squirrheux, il est bien probable que le Mercure restera impuissant comme tous les autres moyens. Et cependant des écrivains dignes de foi ont attesté, que sous l’influence du Mercure, des tumeurs du plus mauvais caractère avaient disparu et que la diathèse elle-même ne s’était manifestée en aucun autre point de l’économie. Essayons deconcilier ces faits authentiques avec les faits tout aussi authentiques et infiniment plus nombreux qui prouvent l’inefficacité du Mercure. La syphilis, on ne peut le contester, exerce sur l’homme une influence dont il est impossible de calculer la puissance. Les os, les glandes, les viscères, sont modifiés parla cause syphilitique de manière à éprouver de profondes perturbations dans leur nutrition et dans leurs fonctions. Il n’est pas rare devoir le virus vénérien amener une altération du testicule qui simule à tel point le sarcocèle, que l’œil du chirurgien le plus exercé peut être mis en défaut; ce qui se passe pour le testicule peut avoir lieu pour la glande mammaire , pour les ganglions contenus dans les cavités splanchniques , et on conçoit alors et la puissance du Mercure et l’enthousiasme de ceux dans la pratique desquels de pareils cas se sont présentés.
Névroses. — Ce que nous venons de dire de la
cause syphilitique dans scs rapports avec le développement des tumeurs s’applique également ù des affections nerveuses qui , au premier coup d’œil, semblent ne devoir pas être sous l’influence de la vérole.
Un jeune homme attaché à la diplomatie anglaise avait eu plusieurs véroles; il croyait en être guéri lorsqu’il commença à éprouver quelques vertiges épileptiques, puis bientôt de véritables attaques convulsives. Traité par ce qu’il y avait de plus recommandable parmi les médecins de Londres et de Paris , il ne voyait aucun terme à sa cruelle maladie, et il avait formé le projet de se tuer. Il demanda nos conseils et ceux de M. le docteur Lebreton . Rien n’indiquait chez notre malade l’existence de l’infection syphilitique, mais plusieurs véroles avaient été traitées sans mercure ; ce nous fut un motif de croire que le virus vénérien pourrait ne pas être étranger aux graves désordres nerveux survenus depuis quelques années. Nous lui fîmes subir un traitement mercuriel en règle, et l’épilepsie disparut, et depuis trois ans M. *** n’a pas éprouvé le moindre ressentiment d’un mal qui avait pris rapidement une extension des plus inquiétantes, Sans doute nous ne conclurons pas de ce fait que l’épilepsie se guérit par le Mercure, nous voulons dire seulement que l’épilepsie peut être quelquefois causée par desexostoses du crâne, par des végétations de la duremère, par toute autre lésion appréciable ou inappréciable du système nerveux dépendant de l’infection vénérienne, et qu’alors le Mercure guérira l’épilepsie, non par ses propriétés anliéliques, maïs par ses vertus antisyphilitiques: de même pour certaines paralysies, pour la manie, qui peuvent reconnaître les mêmes causes materiellesimmédinL s. et la même cause éloignée que l’épilepsie dont nous parlions tout à l’heure. Ainsi l’on a vu des paraplégies, des hémiplégies, des amauro es, des surdités. guéries par le Mercure, quand ces affections diverses étaient sous la dépendance directe ou indirecte de la vérole.
Certaines névralgies sont encore dans la même catégorie- — Un riche banquier de Paris , qui avait mené une vie un peu déréglée, éprouvait depuis dix ans des douleurs d’estomac et des vomissements qui revenaient chaque soir et que rien n’avait pu modifier. On s’avisa de lui donner du Mercure, plutôt en souvenir d’anciennes véroles que dans l’espoir fondé de le guérir. Dès que la salivation commença, les fonctions de l’estomac se rétablirent, et dès lors la santé fut excellente. Dans ce cas, les douleurs et les accidents étaient
MERCURE
oclurnes, et ce fut ce seul point île contact avec syphilis qui engagea à prescrire des Mercuaux; mais nous avons vu deux femmes, l’une à iHôtel Dieu, qui nous avait été adressée par M. docteur Chambeyron, l’autre dans notre praline particulière, qui éprouvaient tous les jours à eure fixe, c’est-à-dire principalement vers midi, ’s douleurs névralgiques intolérables de la face du front. Tous les moyens que nous avions us en œuvre furent inefficaces. Nous donnâmes li Mercure, et la guérison fut obtenue en peu * jours. Nous avions appris que ces deux f mines .aient eu la syphilis, et qu’il ne leur avait été Jministré aucune préparation hydrargyrique.- Faut il croire maintenant ce qu’ont dit Rush Clarkson ( Transact . of the colleg. of phys. Philadeph. , vol. i, 1793) de l’efficacité des ici ions mercurielles sur le cou et sur les màchois dans le traitement du tétanos, ce qu’ont dit P. •isault et Darlac de l'utilité du même moyen •ur préserver de l’ hydr ophobie (Desaulf, Diss. ir les mal. vénériennes. Bordeaux, 1733), et nt d’autres auteurs dont on pourra lire la Ionie nomenclature dans Ginelin [App. méil. t.vm,
Maladies de la peau. L’utilité du Mercure ins le traitement des maladies de la peau n’est is moins incontesiable que dans le traitement ■ la syphilis. Ce précieux médicament n’entra abord dans la thérapeutique que par les madies cutanées , ce dont font foi les écrits des •abes; et c’est précisément parce que son efficité avait été solennellement reconnue contre lèpre , qu’on osa l’opposer à la syphilis , la us hideuse des maladies après la lèpre. Beau- *up de charlatans, qui voyaient la vérole se anifester par des désordres du côté de l’enveppe cutanée , crurent que toutes les maladies : la peau reconnaissaient la même cause , et ils muèrent empiriquement le Mercure avec un ccès qui ouvrit les yeux des médecins dont sprit ne voulut pas rester fermé à toute vérité, s pommades mercurielles ont été depuis longrnps cl sont encore le remède secret le plus Igaire pour la curation des maladies chroques de la peau , et déjà , dans notre première rlie, page 301 , nous avons dit combien ce mèdo était utile en effet. 11 est remarquable urtant que la plupart des médecins répugnent ■’cn servir, soit que le Mercure ne leur semble plicable qu'à la vérole , soit qu’ils redoutent illuence de cet agent sur l’économie, soit que 1 malades eux-mêmes se refusent à l’emploi de 2e partie.
ce remède dont le nom seul est, dans le monde, un objet d’effroi et de honle : quelques médecins pourtant avaient essayé de triompher de ces ridicules préventions ( vid . Gmelin , App. med. t. vin, p. 02). Mais, à la fin du siècle dernier, Wedekind popularisa l’usage des bains de sublimé dans les maladies chroniques du système cutané, et nous nous applaudissons d’avoir, en France, introduit , comme méthode générale de traitement pour les maladies de la peau , l’usage des bains de Wedekind et des pommades avec le précipité rouge.
Déjà , en parlant de l’action topique des Mercuriaux (p. 501, lrt partie), nous avons dit que c éiail en substituant une phlegmasie mercurielle à l’inflammation existante que le Mercure agissait dans le cas qui nous occupe. Certes, ce mode d action y est pour la plus grande partie; mais on ne peut nier non plus que la modification exercée par le Mercure sur toute l’économie ne soit pour quelque chose dans la guérison de ces maladies. Ce qui le prouve , c’est que la guérison s’obtient, il est vrai, par les applications exclusivement topiques du Mercure , mais les récidives sont plus fréquentes que lorsqu’en même temps on a fait absorber une quantité notable de ce médicament. Or les bains de sublimé , dont nous avons tant de fois constaté l’efficacité,' agissent en même temps comme moyen topique et comme remède général.
Il est bien évident que les affections syphilitiques du système cutané se guérissent, toutes choses égales d’ailleurs , plus aisément avec les Mercu riaux que les autres maladies de la peau ; mais celles-ci , ainsi que nous l’avons dit plus haut, obéissent également bien au Mercure, et il ne faut pas pour cela conclure à leur nature vénérienne.
Ce n est pas seulement dans les maladies chroniques, mais encore dans les affections aiguës de la peau que les Mercuriaux ont été conseillés , et comme remède général en tant que moyen antiphlogistique, et comme remède local , dans le but de modérer les accidents locaux de l’inllammalion. Ainsi dans l’érysipèle de la face cl du cuir chevelu, Ricord a particulièrement recommandé les onctions avec l’onguent napolitain sur les téguments enflammés : cette médication expérimentée par d’autres médecins . a reçu là sanction de leur expérience ; mais en 'l’essayant nous-mêmes nous n’avons rien constaté qui .mus engageât à l’adopter. Le succès obtenu par les onctions mercurielles, quand d’ailleurs ou sc
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MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
borne à cette médication , a étonné ceux qui faisaient auparavant une médecine active. Ils voyaient l’érysipèle suivre une marche facile , et ils étaient tentés d’attribuer au remède ce bien que naguère ils n’obtenaient pas par leurs moyens perturbateurs. Pour nous , essayant comparativement la méthode purement expectante et les onctions mercurielles , nous avons pu nous convaincre de l’utilité de ces dernières , puisque le résultat définitif était le même. Ces mêmes onctions ont été conseillées dans la variole; on enduisait d’onguent napolitain la face des malades , et l’on prétendait par ce moyen empêcher la tuméfaction érysipélateuse de la peau de la face et des paupières. Le fait est, si l’on en croit le médecin du lazaret de Trompeloup, que ce moyen est le plus efficace pour empêcher les paupières de se gonfler.
Mais , dans la variole, l’usage interne des Mercuriaux a reçu une sanction beaucoup plus solennelle. A cet égard , de nombreux témoignages se réunissent pour constater leur utilité : Huxham , Boerhaave , Van Swieten , Colugno , s’accordent sur l’utilité de ce moyen , soit qu’il agisse par ses vertus antiphlogistiques , comme dans la péritonite et le rhumatisme , soit qu’il atténue le virus varioleux , soit qu’il favorise la salivation si utile, comme on lésait, dans les varioles confluentes (vid. Gmelin. Appar. med. lom. vin , pag. 65).
Maladies des os. — Dans la carie , dans la nécrose, dans l’exostose, syphilitiques , le Mercure a une action puissante que personne ne conteste ; mais dans le gonflement scrophuleux des os , dans les exostoses et les périostoses qu’il n’est pas raisonnable d’attribuer à l’infection vénérienne, les Mercuriaux ne sont pas moins utiles , et nous pouvons , à cet égard , citer notre propre expérience. Et d’abord , dans le gonflement rhumatismal des extrémités osseuses , le Mercure a une action incontestablement utile , et nous avons déjà dit plus haut (pag. 46) ce qu’on devait en attendre; mais dans les tumeurs osseuses dont la cause n’est pas assez claire , on obtient encore de grands succès , comme les deux faits suivants pourront en convaincre. Un homme de 52 ans entra à l’Hôtel-Dieu de Paris en 1854 ; il était paraplégique depuis plusieurs mois. Les jambes , la vessie, le rectum , les bras étaient incomplètement paralysés. La seule chose dont il se plaignît, c’était une douleur fixe à la main , douleur qu'il considérait comme rhumatismale. Eu explorant la région cervicale, nous
reconnûmes un gonflement uniforme des cinq dernières vertèbres cervicales.
A quelle cause devait-on rapporter ce gonflement? était-ce à un rhumatisme? était-ce à la vérole ? Notre malade n’avait jamais eu que des douleurs rhumatismales légères, et il se souvenait d’avoir éprouvé, l’an 7 de la république, une vérole qu’il avait traînée dans les camps , et qui enfin avait été traitée et guérie par les Mercuriaux. Sans avoir égard à la cause qui était fort obscure, nous le mîmes à l’usage des bains de sublimé, et bientôt au protoiodure de Mercure , et il était tout à fait guéri après trois mois de traitement. Presque à la même époque , il entrait à l’Hôlel-Dieu une jeune fille de 18 ans, paraplégique également , et qui avait l’extérieur propre aux scrophuleux. Elle portait également une tuméfaction osseuse , qui occupait les deuxième , troisième et quatrième vertèbres cervicales. Cette jeune fille était à peine pubère , elle paraissait fort pure , et elle affirma , à plusieurs reprises, qu’elle n’avait jamais eu de rapport avec des hommes. Il était donc probable que le gonflement des vertèbres était lié à la constitution scrophuleuse. Nous la mîmes, comme l’autre malade , d’abord à l’usage des bains de sublimé ; qui amenèrent un rapide amendement ; puis nous la mîmes à l’usage de l’iodure de Mercure , et la paraplégie diminua en même temps que le volume des os diminua lui-même. Après quatre mois de traitement elle nous quitta incomplètement guérie.
Nous avons essayé la même médication dans des maladies articulaires qui semblaient tendre à devenir des tumeurs blanches , et souvent nous en avons obtenu des résultats avantageux.
Animaux parasites. C’est par une action toxique évidente que le Mercure modifie si puissamment l’économie. Celte action vénéneuse est plus sensible encore sur les animaux inférieurs, sur ceux surtout qui habitent l’intérieur de l’homme ou qui vivent sur la peau ou dans les poils. De curieuses expériences de Gaspard consignées dans le Journal de Physiologie expérimentale de Magendie (tom.i,pag. 105) démontrent bien péremptoirement ce que nous avançons.
« Plusieurs œufs furent mis en incubation dans des vases au fond desquels il y avait du Mercure ; placés de manière à ne toucher aucunement le métal , ils étaient seulement en contact avec scs émanations. Or , dans six essais , les fœtus de dix œufs se sont développés pendant
MERCURE
leux jours ou un peu davantage ; mais on les a :onstammenl trouvés morts à cette époque au noment de la formation du sang , qui quelqueois même était déjà apparent. Deux poulets bien rivants dans l’œuf au sixième jour de l’incuba* ion , exposés aux simples émanations du Mer- :ure , sans contact immédiat, y ont péri en 24 îeurcs. »
« En juin 1815, un morceau de viande , garni l’œufs de mouches de boucherie, fut placé audessus du Mercure dans des circonstances convenables d’humidité et de température ; mais il l’en est éclos aucun œuf, tandis qu’il en naissait jar centaines dans les expériences de comparaiion sans Mercure.
« Des œufs de grillon de cheminée , les uns •écemment pondus, les autres plus avancés, juelques-uns contenant déjà de petits fœtus tout rormés , avec leurs yeux et leurs membres distincts , ont été mis en contact médiat et immédiat avec le Mercure, et il n’en est éclos aucun injecte sans exception , tandis que ceux de comparaison , qui n’étaient pas exposés au Mercure , ont produit des petits grillons au terme ordinaire. A l’ouverture des premiers , on a trouvé les fœtus morts et leurs liquides décomposés. »
A ces faits , publiés par M. Gaspard , nous en ajouterons d’autres qui prouvent mieux encore, s’il est possible , l’action mortifère du Mercure sur les insectes et notamment sur les animaux parasites de l’homme. Us nous ont été comunijués par M. Fayard , pharmacien à Paris.
Un matin , un grainetier de la rue Montholon , i Paris, trouva sa boutique et toutes les marchandises qu’elle renfermait infestées d’une innombrable quantité de poux. Le pauvre homme, qui ne pouvait se rendre compte d’un pareil phénomène , s’imagina qu’on lui avait jeté un sort et s’en alla pieusement chez le curé de Sainl- Yincent-de-Paule , pour le prier de l’aider de son intercession et de ses bons conseils. Le pasteur était fort éclairé et ne croyait pas facilement aux sortilèges; il engagea le bonhomme à s’adresser au pharmacien son voisin , qui, dit-il, lui indiquerait quelque drogue plus utile que l’eau bénite. Le pharmacien , c’était M. Fayard , qui alla voir la boutique et qui n’osa y entrer tant était considérable le nombre de poux qui inondaient le plancher. 11 ne put s’expliquer cette incroyable el. rapide multiplication d’insectes; mais il avisa aux moyens de les détruire et il s’y prit de la manière suivante. Il lit allumer au milieu de la boutique un réchaud sur lequel ou plaça une
capsule de porcelaine dans laquelle élait une livre de Mercure cru ; puis on ferma exactement les portes.
Douze heures après , quand on rentra dans la pièce, on trouva tous les poux morts sans qu’un seul eût survécu. Ce fut alors qu’on alla à la recherche de la source de cetie singulière calamité. On trouva dans le fond de la boutique un sac de son encore presque rempli de poux morts. II paraît que chez le meunier quelques poux avaient été renfermés dans le sac de son ; ils y avaient multiplié tranquillement, et quand le son avait été dévoré, ils s’étaient échappés par une issue qui s’était trouvée dans le sac et ils avaient inondé la boutique du grainetier. Le même M. Fayard détruisit plusieurs fois par le même procédé des colonies de punaises qui infestaient un appariement.
Le Mercure fut d’abord employé en médecine pour détruire les animaux parasites, et les écrits des Arabes en font foi. L’expérience a prononcé à cet égard : les onguents , dans la composition desquels entre le Mercure, détruisent en peu de temps les poux, les poux de corps et les morpions. Toutefois , pour les poux de tête , nous préférons en général des pommades composées avec de l’axonge purifiée et aromatisée et une faible proportion (un vingt-quatrième) de précipité rouge ). Pour les poux de corps et les morpions, nous prescrivons un bain général , dans lequel nous mettons une once de sublimé préalablement dissous dans une suffisante quantité d’alcool.
C’est au même litre que le calomel a été conseillé comme anthelmintique, et il a une double action , celle de tuer les vers par ses propriétés toxiques, et celle de les expulser par les propriétés purgatives. Quoique ce remède soit évidemment un des meilleurs qu’on puisse employer pour détruire les ascarides lombricoïdes, il s’en faut de beaucoup qu’il ait autant d’efficacité contre le læuia. Gallandat vantait aussi les frictions mercurielles comme le moyen le plus efficace pour détruire le dragonneau. ( Journal de Mèd . chir. etpharrn. tom. xii, 17G0) .
Nous avons vu plus haut, en parlant des expériences de Gaspard , quelle funeste influence le Mercure exerçait sur les embryons d’animaux. N’est on pas en droit de penser qu’il doit en être de même pour le fœtus humain dans les premiers temps de son évolution. Les faits nombreux, rapportés par M. Colson , montrent en effet que chez une femme enceinte l'usage du Mercure lue
M i D1CAM ENTS A LTÉ11ANTS.
souvent le fœlus et devient ainsi cause d’avortement. (De l'influence du traitement mercuriel sur les fonctions de V utérus. Arcli. gén. de Méd. , tome xvm , p. 24.)
Modes de préparations et doses. Il suffit de jeter un coup d’œil sur la Pharmacopée universelle de Jourdan pour se faire une idée de la prodigieuse et vraiment innombrable quantité de préparations mercurielles qui ont été employées en médecine. Le lecteur n’attend sans doute pas que nous essayions d’en indiquer ici même une faible partie. Nous nous bornerons à celles que le médecin doitconnaitre ; chacun ensuite pourra à sa guise varier les doses , les mélanges.
1° Le Mercure cru s’emploie coulant dans l’iléus à la dose de deux , quatre , six onces.
Comme anlisyphilitique , il se donne ù l’intérieur, mêlé à la térébenthine, éteint dans le miel, les extraits , les électuaires, à la dose de un, deux , quatre grains par jour.
A l’extérieur, on l’emploie habituellement éteint dans les graisses , le cérat, etc., et la dose en est indéterminée.
L’infusion ou la décoction de Mercure , une livre de métal contre six livres d’eau, est encore quelquefois mise en usage , et Gaspard a prouvé ( Journal de Physiologie de Magendie , t. i , p. 242) que cette décoction avait des propriétés évidentes , bien que l’analyse chimique ne pût pas y démontrer de Mercure.
Oxydes. On en connaît deux : le protoxyde qui n’existe combiné qu’avec les acides avec lesquels il forme les prolosels mercuriels, et le deutoxyde,qui est rouge et qui est plus vulgairement connu sous le nom de précipité rouge. Le précipité rouge se retire ordinairement du nitrate de Mercure exposé à une chaleur suffisante pour décomposer l’acide nitrique , et insuffisante pour en dégager l’oxygène. 11 est en masses qui offrent toutes les nuances du jaune , du jaune orangé ou du rouge orangé. Il est peu usité à l’intérieur ; à l’extérieur , c’est la préparation mercurielle la plus souvent employée. 11 est fort irritant , aussi ne doit-on , quand on l’incorpore aux graisses, au cérat, ne le combiner qu’en faible proportion : un vingt-quatrième, un vingtième, un dixième, tout au plus, à moins que l’on ne veuille produire un effet caustique.
Sulfures. Le sulfure de Mercure était connu des anciens sous le nom de minium ; celte dernière dénomination, détournée de son sens primitif, a été laissée par les modernes à un oxyde de plomb. Le nom de Cinabre , au contraire, sous
lequel les anciens connaissaient le sang-dragon, a été appliqué au sulfure de Mercure et lui est l'esté. Le cinabre est en masses volumineuses, d’un gris violet; réduit en poudre, il devient d’un beau rouge et prend le nom de vermillon.
Il s’emploie incorporé aux pommades contre les maladies cutanées , dans les proportions qui varient d’un dixième à un trentième ; en fumigations^ la dose de 1 à 4 gros pour une fumigation générale.
A l’intérieur il s’associe à l’opium, aux extraits; il se donne à la dose d’un quart de grain à deux grains par jour.
Les iodures (voir p. 301 , Irc partie) se donnent à l’intérieur, le proto-iodure à la dose de 1?2 grain à lyl G de grain par jour; extérieurement incorporé à l’axonge ou au cérat dans la proportion de 4 à 10 grains par gros : le deutoiodure se prescrit à doses moitié moindres.
Le protochlorure (voir p.298, Irc partie) se dislingue en calomel ou protochlorure sublimé, et en précipité blanc ou pro'ochlorure obtenu en mêlant deux dissolutions de proto-nitrate de Mercure et de sel commun. A l’intérieur, le calomel, comme altérant , se donne à la dose de 1 à 4 grains par jour, et quelquefois même d’un gros; comme purgatif , à la dose de 6 à 20 grains.
Le précipité blanc s’emploie dans la thérapeutique externe à la dose de 6 , 12, 20 grains par gros de cérat ou d’axonge.
Le deutochlorure de Mercure (voirp. 298.1re partie) se donne à l’intérieur à la dose de 1/16 de grain à 1 grain par jour : à l’extérieur , à la dose de 2,4 gros , une , deux onces pour un grand bain. Nous avons indiqué les doses auxquelles on l’administrait pour lotions , injections , etc. , etc.
L’ oxychlorure de Mercure ammoniacal. C’est un des précipités blancs des anciens , qu’il ne faut pas confondre avec le protochlorure précipité. On l’obtient en précipitant une solution de deulochlorure de Mercure par l’ammoniaque. Il est insoluble. A l’intérieur et à l’extérieur on le donne aux mêmes doses que le deuto-iodure. Il entre dans la composition de beaucoup de pommades employées contre les maladies cutanées et syphilitiques.
Proto-acétate de Mercure. Nommé anciennement sel acétique mercuriel , Mercure acéleux , terre foliée mcrcureille, s’obtient en précipitant une solution acidulée de proto-nitrate de Mercure par un excès d’acétate de potasse, de soude ou de chaux. Il était la base des fameuses dragées de
IODE
eyser. Ou le donne aux mêmes doses que le roloiodurede Mercure et que le sublimé.
Deuto nitrate de Mercure liquide. Il n’est uère employé que comme remède externe, /oyez p. 297, Ire part.). Cependant il entrait jadis ans la composition de quelques préparations lagislrales , et notamment dans la liqueur ce iettemberg , dans le sirop mercuriel de Bellet. est également employé dans la préparation de onguent citrin. Le deulo-nitrale de Mercure se onne comme le sublimé, ù la dose de 1/16 de rain à 1/2 grain par jour.
Sous-proto-n itra t e ammoniaco-mercuriel , li Mercure soluble d’Hahnemann ; est un sel • isolubie, malgré le nom qu’il porte. On le donne la dosé d’un quart de grain à un grain. Deuto-sulfate de Mercure. On le conseillait idis en frictions , associé à dix fois son poids ‘axonge, contre les maladies chroniques de la eau. A l’intérieur , on le donne comme anti- Yphililique à la dose de 1 à 4 grains par jour. Tartrate de Mercure. Ce sêl , qu’il ne faut as confondre avec le Mercure tarlarisé , était mployé jadis comme antisyphililique à la dose e 1 à 2 grains. Il faisait la base de la liqueur fonanle de Diener, et de l’eau Yégéto-mercurielle e Pressavin.
Telles sont les préparations mercurielles que :s médecins ont combinées de toutes les façons et associées de mille manières, de sorle qu’il serait lut ù fait impossible de donner une idée des . iprices auxquels a été soumis le Mercure , et des )rraes sous lesquelles les médecins et les charîlans l’on présenté aux malades.
Adjuvants et corretifs. Le Mercure a souvent ur le tube digestif une action irritante qui n’est as sarfis inconvénients. Ces inconvénients sont le deux sortes. 11 peut en résulter d’abord une nüammation chronique de la membrane mulueuse ; et dans le cas où la préparation mercuielle produit la diarrhée , elle purge , n’est plus ibsorbée, et par conséquent n’a plus les propriéés altérantes que l’on voulait utiliser. L’expéience a prouvé que, en général, il était convenait d’unir l’opium au Mercure , afin , d’un part , le neutraliser son action irritante, et d’autre part l’empêcher la diarrhée.
Quant aux adjuvants que l’on est dans l’usage l’ajouter au Mercure, ce sont ordinairement des sudorifiques , et nous avons dit plus haut ce que mus en pensions. Non (pie nous attachions de l’importance à de faibles doses d'extrait degayae et de salsepareille que l’on emploie pour former
une masse pilulaire ; friais quand nous parlons de sudorifiques , nous entendons des décoctions très-chargées et qui alors seulement ont des propriéiés thérapeutiques puissantes.
IODE
L’Iode ( iodium ), corps combustible, non métallique, simple, découvert en 1815 par M. Courtois, étudié d’abord avec grand soin par M. Gay- Lussac, introduit dans la thérapeutique par M. Coindet, de Genève.
Découvert par M. Courtois dans les eauxmères de soude de Varecs, on l’a trouvé depuis dans d’autres fucus et dans diverses [liantes marines. En 1819, M. Fife, d’Edimbourg, et plus tard Hornemann, de Halle , le découvrirent dans l’éponge , ce qui mit M. Coindet sur la voie des propriétés thérapeutiques de l’Iode , se fondant sur ce fait que l’éponge brûlée était depuis longtemps employée avec avantage dans le traitement du goitre. On l’a rencontré aussi dans un assez grand nombre d’eaux minérales. II en a été trouvé dans celles de Hall en Tyrol; dans celles de Salliez dans les Basses-Pyrénées; dans celles de Voghera et de Sales en Piémont; dans celles de Castel-Moro d’Alli, de Sarritoga (Etals de New- York), et dans les eaux minérales purgatives de Cheltenham et de Glocesler ( en Angleterre). (Guibourl. Dict. de méd. prat t. x, p. 503).
Nous allons d’abord étudier l’action physiologique de l’Iode ; puis, après avoir rapidement indiqué les phénomènes toxiques qu’il produit lorsqu’on l’administre à hautes doses, nous insisterons plus particulièrement sur ses propriétés thérapeutiques.
Action physiologique. L’Iode et ses préparations diverses exercent une action topique irritante incontestable, et cette irritation peut aller jusqu’à l’escarrification. Aussi ne devons-nous pas être étonnés qu’ingéré dans l’estomac, ou introduit dans le rectum , dans le vagin, dans le canal de l’urètre, ou mis en contact avec la membrane muqueuse de l’œil, il provoque une inflammation locale proportionnée à la dose et à la nature du composé iodique. Ici commencent les effets toxiques dont nous nous occuperons plus bas.
Maisquand l’Iode est administré à des doses modérées, aux doses où généralement on l’emploie en thérapeutique, il a des effets locaux et généraux d’autant plus intéressants à étudier, que la plupart de ses propriétés thérapeutiques dérivent, ce qui
MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
n’est pas ordinaire , de ses propriétés physiologiques appréciables.
Effets locaux. Les effets locaux sont tous excitants et meme irritants, et, sous ce rapport, l’Iode et ses préparations sont d’importants agents de la médication homœopalhique ou substitutive. (Voir page 501 et suiv. , Iro partie.)
Effets généraux. Absorbé ou par les voies respiratoires, ou par la peau, ou mieux par la membrane muqueuse du tube digestif, l’Iode cause des symptômes d’excitation générale fort sensibles, et, à ce titre, ce médicament pourrait être rangé parmi les excitants. La circulation devient plus active, la peau plus chaude. En même temps que la peau devient plus chaude, elle peut être le siège d’éruptions diverses de la nature des exanthèmes aigus, telles que l’érythème, l’urticaire. Quand l’action de l’Iode est continuée, ces éruptions prennent le caractère du prurigo ou de l’eczéma. Les affections exanthématiques de la peau coïncident avec des effets cérébraux qui n’ont aucune gravité, mais qui inquiètent quelquefois et le malade quand il est méticuleux, et le médecin quand il ne connaît pas bien la portée des remèdes qu’il emploie. Ce sont d’abord une céphalalgie ordinairement frontale avec élancements assez douloureux dans les yeux el,dans les oreilles, quelquefois des tintouins et des éblouissements passagers. Ces symptômes cérébraux , que nous n’avons jamais vus aller jusqu’au délire ou à la convulsion, peuvent simuler pourtant une sorte d’ivresse que M. Lugot a appelée ivresse iodique. Cependant la sécrétion urinaire est ordinairement augmentée, pourvu toutefois qu’il n’y ait pas de sueurs trop abondantes, auquel cas l’urine coule en moindre quantité même que dans l'étal ordinaire.
L’absorption de l’Iode est incroyablement rapide. « Très-peu de temps après l’administration de I’hydriodate de potasse, dit Wallace [Journal des Connaissances Médico-Chirurgicales , t. iv, p. 158), vous pouvez constater sa présence dans l’urine. Sur un chien empoisonné par l’Iode, M. O’Shauguessy l’a découvert dans l’urine quatre minutes après l’ingestion. Il n’est pas moins remarquable avec quelle vitesse l’urine cesse d’en manifesterles traces aussitôt qu’on en interrompt l’usage. En général , quelque grande quantité d’hydriodale de potasse que le malade ait prise, quel que soit le degré de saturation de son urine, quelques jours d’interruption dans l’emploi de ce remède suffisent pour qu’il n’en reste qu’une trace légère, mais celte trace continuera d'être
perceptible pendant plusieurs Jours. Ces faits prouvent que l’hydriodale dépotasse quille l’économie aussi rapidement qu’il y entre. La sécrétion rénale n’est pas non plus le seul émoncloire qui donne issu à l’Iode dans l’économie. Administrant cette substance à une nourrice, on la retrouve dans son lait et même dans l’urine de l’enfant qu’elle allaite. Vous le découvrez toujours dans la salive, et j’en ai constaté la présence dans les larmes de plusieurs malades affectés d’iritis avec larmoiement. »
Ces expériences avaient été faites déjà par le docteur Wœhler en 1826 ( Zeitschrift fiir Physiologie von Tiedemann). « Je fis, dit cet auteur, prendre, sur du pain, quatre grains d’iode dissous dans de l’alcool à une chienne qui allaitait ses petits. Cinq heures après un des petits était mort. On put découvrir l'Iode, non-seulement dans le lait caillé contenu dans l’estomac du petit, mais encore très-distinctement dans son urine. Celte expérience démontre par conséquent à la fois le passage de l’Iode dans l’urine et dans le lait.»#
Quelque temps avant ces expériences, M.
Wœhler avait vu Tiedemann et Gmelin constater la présence de d'iode dans l’urine d’un cheval auquel on avait fait prendre une solution d’hydriodale de potasse contenant une once d’iode. {Journal des Progrès , 1. 1, p. 45).
Tout récemment encore ( Journal des Connaissances Médico-Chirurgicales , lom. iv,pag. 200), -M. Eugène Péligol a répété sur desânesses quelques-unes de ces expériences, et constaté que leur lait contenait manifestement de l’Iode quand on leur avait fait prendre des quantités suffisantes de ce médicament.
On est alors fort étonné d’entendre M. Martin Solon ( Dict . denièd. prat., art. Iode) douter de ce passage de l’Iode dans les sécrétions, et cela d’après une expérience qui, faite comme il le dit, ne devait pas réussir.
Le procédé de Wœhler pour découvrir l’Iode dans l’urine est le suivant. L’Iode, dit-il, n’existe dans les urines que comme acide hydriodique, attendu que l’amidonne prenait la couleur bleue, dans ces urines, que quand on leur enlevait leur hydrogène j le chlore ne convient pas à cet effet, parce qu’un léger excès de ce corps s’empare de l’Iode devenue libre, et le transforme en acide iodique, lequel ne réagit pas non plus sur l’amidon. Le meilleur moyen pour découvrir l’Iode consiste à mettre dans les urines un peu de chlorate de potasse et un petit morceau d’amidon, et
IODE
fairo tomber avec précaution, sur l’un et Taure, au fond du vase, une goutte d’acide sulfuriue ou liydroclorique : par ce procédé, Tandon devient violet, souvent au bout de quelques ninules.
Le procédé de Wallace est le suivant. Il met m peu d’urine dans un tube, puis il ajoute quelles gouttes d’acide sulfurique étendu d’eau. Il ette ensuite une petite quantité de dissolution i amidon, et ensuite une ou deux gouttes d’une aible dissolution de chlorure de chaux. Au monenl où Ton ajoute le chlorure de chaux , la liqueur prend une couleur bleue plus ou moins oncée ; mais si Ton ajoute du chlorure de chaux ;n excès, la couleur bleue disparait et l’urine relevient limpide ( loc . cit.).
C’en est assez sur cette discussion chimique qui i’éloigne un peu de notre sujet ; revenons aux effets que détermine l’usage longtemps continué Je l’Iode.
Après quelques jours de l’administration de l’Iode et de Thydriodate de potasse, l’appétit augmente d'une manière notable , et les fonctions digestives s’exécutent avec une perfection inaccoutumée. Ces effets, parfois très-notables, contrastent d’une manière très-frappante avec ceux de quelques autres médicaments altérants , du mercure et de l’arsenic, par exemple , dont l’influence se manifeste par des effets ordinairement opposés à ceux que nous venons de mentionner. La constipation accompagne cette exagération de l’appétit. La diarrhée et l’anorexie peuvent s’observer chez des personnes dont le tube digestif était en mauvais étal avant l’administration du remède , mais ces accidents sont fort rares. La salivation a encore été observée; M. Wallace, à qui nous empruntons la plupart de ces détails, a vu deux fois survenir une salivation assez forte pour être obligé de suspendre l’emploi du médicament.
Dans quelques circonstances aussi , il survient un mal de gorge continu que certains malades supportent avec peine et qui est le prélude de troubles divers du côté du tubë digestif: cette douleur de gorge est, jusqu’à un certain point , le thermomètre de la saturation iodique.
L’insomnie est encore un des symptômes ordinaires de l’administration continue de l’Iode ; nous avons souvent eu occasion de le constater. Wallace signale encore un écoulement considérable par les narines et un malaise qui s’étend le long du nez jusqu’au front..
Chez les femmes , l’Iode cause encore des phé-
BS
nomènes spéciaux du côté delà menstruation ; à peu près constamment une exagération du flux menstruel , et , chez quelques-unes , de véritables héraorrhagies(/owra.cowpWw Dict. des Sciences mèd ., t. xxxv, p. 559). Ces effets , nous les avons nous-mêmes constatés un grand nombre de fois , et nous verrons plus tard à quelles conséquences thérapeutiques ils ont conduit Bréra et quelques autres praticiens.
Il faut maintenant aborder les graves reproches que Ton a faits à l’Iode. Il s’en faut de beaucoup que dans les reproches et dans les éloges on soit resté dans les limites de la vérité. Les uns ont prétendu que cet héroïque médicament ne pouvait jamais produire d’accidents; d’autres ont pensé , au contraire , qu’il en déterminait de fort graves. Si Ton en croit Jahn ( Journ . compl. du Dict. des Sciences mèd t. xxxv, pag. 559), l’usage longtemps continué de hautes doses d’iode produit d’abord un amaigrissement considérable; la peau devient visqueuse , sale ; les urines présentent une pellicule irisée ; les selles sont plus fréquentes , plus jaunes ; le sperme s’écoule plus abondamment ainsi que les règles ; le sang devient plus liquide , les digestions s’altèrent , l’irritabilité des nerfs augmente. Si Ton persiste , il survient de la fièvre, les glandes se fondent , la phthisie nerveuse survient.
Wallace (loc. cit.), grand partisan de l’Iode a vu , pendant l’emploi de Thydriodate de potasse à haute dose , survenir chez trois malades des symptômes de pleurésie aiguë qu’il attribue luimême au médicamenl. Il cite aussi l’exemple d’un malade qui , après l’usage inconsidéré de l’Iode , fut pris de tremblements et de mouvements oscillatoires dans les yeux, symptômes déjà notés par le docteur John de JVleiningen cité par Wallace.
Mais comme le fait très-bien observer ce dernier (loc. cit.) et Zink (Journ. compl. du Dict. des Sciences mèd., avril et mai 1824), celle fonte de la glande mammaire , des testicules , du tissu cellulaire , des différents parenchymes , ces accidents nerveux divers sont extrêmement rares , et c’est à peine si un médecin dans le cours d’une longue pratique a l'occasion d’observèr un ou deux faits de ce genre. D’ailleurs les témoignages de Baup (Bibliol. univers, de Genève , (. xvm), ceux de Carro (ibid.), ceux de Richond Arch. yen. de Med., t. iv, p. 324), vengent suffisamment l’Iode des imputations exagérées dont il avait été l’objet.
11 en est de l’Iode comme du mercure. Si ce
MÉDICAMENTS ALTÉRANTS .
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dernier médicament est administré imprudemment, il peut causer desaccidents qui ne sont pas sans gravité ; et ce n’est pas une raison pour rayer du catalogue de la matière médicale l’un des agents les plus puissants et les plus utiles. D’une part , on ne peut le nier , il est des constitutions qui ne peuvent tolérer de faibles doses d’iode ; mais ces cas sont rares : d’autre part , les personnes les plus robustes peuvent , quand le médicament est administré par une main imprudente , éprouver des accidents fort sérieux. Tout doit donc être imputé au médecin et non à l’agent de médication.
Action toxique. Dès que la dose de l’Iode a dépassé certaines bornes , il se produit , du côté des organes digestifs, des désordres semblables à ceux que causent les poisons irritants. Inflammation , ulcération , quelquefois nécrose de la membrane muqueuse du tube digestif. Cet empoisonnement a pourtant des symptômes mixtes; ceux qui résultent de l’action irritante de la substance sur l’estomac et sur les intestins , et ceux qui dérivent de l’absorption du poison ; ces dernieis sont , le délire , une excitation analogue à l’ivresse, de l’oppression. Injecté dans les veines , il produit une mort presque aussi prompte que l’acide bydrocyanique , sans doute par les modifications qu’il exerce sur le cerveau et sur la moelle épinière.
Emploi thérapeutique de l'Icde et de ses préparations. C’est è Coindel de Genève que l’on doit d’avoir introduit l’Iode dans la thérapeutique. Courtois qui avait découvert l’Iode et ceux qui , après lui , avaient fait des travaux chimiques sur cette substance, ayant trouvé de l’Iode dans l’éponge brûlée , remède empirique si évidemment utile dans le goitre, imagina que l’Iode pourrait bien être la partie utile de cetie substance et il administra à l’intérieur puis à l’extérieur la teinture de l'Iode aux goitreux; lesuccès dépassa son attente , et , en peu de mois , il put avoir recueilli assez de faits pour rendre public le résultat de ses expériences. Dès lors l’Iode prit droit de cité dans la thérapeutique, et tandis que Bréra , à Padoue , répétait en grand les expériences deCoindet , Bielt , à Paris , essayait dans les maladies chroniques vénériennes l’association du mercure et de l’Iode , et les iodures de mercure prenaient en médecine un rang important. Depuis lors un si grand nombre de faits sont venus augmenter ceux qui avaient été observés par les auteurs cités plus haut, que l’hicloirede l’Iode est au jourd’hui presque aussi avan-
cée que celle de la plupart des médicaments les mieux connus.
Nous allons d’abord passer en revue les applications thérapeutiques qui dérivent de l’action résolutive du médicament : ultérieurement nous traiterons des autres indications thérapeutiques que l’Iode remplit.
Goitre, Ce fut d’abord contre le goitre, ainsi que nous l’avons dit plus haut , que Coindet fit l’usage de l’Iode : dès les premiers temps de sa pratique , il guérit , dit Cosler ( Arch . génér. de Méd. tom. n, pag. 431), près des deux tiers des malades sur une centaine dont M. Cosler recueillit l’observation. Bréra, de son côté ( Saggio Clinico sulP l'Iodio, Pad. 1822), publia des résultats qui , pour n’êlre pas aussi brillants que ceux dont parle Coster, n’en confirmaient pas moins ceux de Coindel. Janson , de Lyon ( Arch . génér. de Méd., t. vr, pag. 77), Angelot {Ibid., I. xn, pag. 133), et tant d’autres dont on fient connaître les noms et les travaux dans l’excellente compilation de M. Bayle ( Bibliothèque thèrap., lom.i), déposèrent tous dans le même sens que Coindet, Coster et Bréra. Cependant, il s’en faut de beaucoup que , à Londres , à Paris et dans quelques grandes villes d’Allemagne, on ail eu à se louer de l’Iode dans le traitement du goitre autant que nos confrères de Suisse et d’Italie. Cela lient à quelques circonstances qu’il est fortessenliel d’indiquer ici. Il y a , entre le goitre des Alpes et celui qui se développe à Paris, patexemple , une différence prodigieuse ; différence démontrée par la nature même des lésions anatomiques que l’autopsie permet de constater. Léveillé , Eymcry , Fodéré , Dard, ont en effet constaté que le goitre contracté dans les pays de montagnes , se guérit par le seul fait du retour des malades dans les contrées où le goitre n’est pas endémique {Arch, gèn. de Méd ., loin, xii, pag. 135); et llard a vu , à Lausanne , un pensionnat consacré à de jeunes Anglais, où tous les élèves étaient atteints du goitre, et auxquels on ne donnait aucun remède, parce qu’on savait que le retour dans leur pays suffirait pour les guérir. Ce goitre ne tient qu’à une hypertrophie de la glande thyroïde, et à ce titre il se guérit avec facilité. Il n’y a donc rien d’extraordinaire dans les résultats de Coindet, de Cosler, de Bréra, de Janson, d’Angeiol, qui observaient dans des pays où le bronchocèle est endémique ; mais les bronchocèles que l’on observe à Paris et dans d’autres contrées , ne sont plus, en général , de simples développements du corps thyroïde , mais des dé-
fODE.
■nérescences squirrheuses , cncéphaloïdes , tuü-culeuses , osseuses , lophacées, carlilagineu- •s , kysleuses de cet organe ; et doit-on être rpris alors que l’Iode ne réussisse plus aussi en , et même qu’il semble quelquefois donner ni à des accidents locaux , en hâtant la fonte irulente de ces productions morbides diverses, eu souvent , en thérapeutique , on s’accuse réproquemeut de mauvaise foi , alors que , tout mplement , on n’a pas appliqué le remède aux êmes maladies.
Quelques remèdes empiriques conseillés contre goitre , l’éponge brûlée , les cendres du fucus siculosus vantées par Russel , sous le nom d’æiops végétal , et enfin , la poudre de Sensy, ont MM. Guibourl et Gendrin, ont fait l’analyse tournai yen. de Mëd. , loin, cv , pag. 116), ne >ivenl leurs propriétés thérapeutiques qu’à l’Iode . l’ils contiennent en proportions plus ou moins mandes.
Scrophules. L’utilité de l’Iode dans le goitre, le l’opinion générale des pathologistes range , tort suivant nous, parmi les affections strueuscs, engagea Coindel et Rréra à essayer le léine moyeu dans les autres formes de la scroiu!e, les tumeurs et les ulcérations des ganglions 'mpbatiques du cou , l'atrophie mésentérique , s tumeurs blanches, etc,, etc. ( Bibliot . unie, e Genève, lom. xiv et xvi; et Arch. yen. de tèd., loin, ii, jfag. 430). Plus tard, Sablairolles Vouv. Bibliot. Mëd tom. n, pag. 385, 1832) ; ■maben ( Revue Mëd ., 1824, lom. iv, p. 85) ; nirduer ( Revue mëd ., lom. 1, p. 490);Manson lecherclies sur les effets de l’Iode , etc. Loin m , 1825), et tant d’autres dont on trouvera les avaux analysés dans la Bibliothèque thèrarïuhque de Bayle , préconisèrent également Iode dans le traitement des scrophules. Mais ugol , médecin de l’hôpital St-Louis , est cerlinement celui qui a le plus contribué à populaser l’usage de l’Iode dans les maladies scrophu- ■uses. Il a publié en 1828 un premier mémoire ir la matière , dans lequel il fait connaître les eureux effets des bains iodés qu’il employait de référence. Sur 100 scropbuleux traités dans espace de six mois par l’Iode seulement, et dans ■s circonstances peu favorables où se trouvent rdinairement les malades des hôpitaux , 56 ont té parfaitement guéris , et 50 avaient subi une mélioration marquée. Les résultats proclamés ar Lugol ont été, avec raison , taxés d’exagéramn ; et quoique l’on ne puisse nier l'heureuse hfhience de l’Iode dans la scropliule , cependant
il faut convenir que , chez les sujets cachectiques et lorsque les os sont fortement attaqués , l’Iode est , en général, aussi impuissant que les autres moyens thérapeutiques. Aussi ne révoquons-nous pas en doute l’heureuse influence de l’Iode sur le carreau à son début, influence démontrée par Bréra ( Sayyio Clinico), par Benaben {foc. cit .), etc., etc.
Quand les glandes lymphatiques ne sont pas converties en matière tuberculeuse, il est vrai que , dès que la période inflammatoire est passée, l’usage interne et externe de l’Iode amène ordinairement une résolution plus rapide que les autres moyens thérapeutiques ; il en est de même pour les tumeurs articulaires lorsqu’elles ne s'accompagnent pas encore de dégénérescences tuberculeuses qui en signalent la terminaison , et que surtout les poumons ne sont pas remplis de tubercules.
Is'ousne pouvons pourtant passer sous silence les faits curieux de guérison de carie des vertèbres rapportés par Patterson , de Dublin {Jour, des connais, mèd.-chir ., tom. i, p. 123). Ce praticien a rapporté trois observations dont voici l’analyse. lor fait. Il s’agild’un jeune homme de 14 ans qui avait une vertèbre déjà complètement affaissée. On lui donna cinq gouttes de teinture d’iode trois fois par jour , et tous les accidents se guérirent en deux mois. 2e fait. Une femme de 26 ans avait une gibbosiLé lombaire et un abcès par congestion dans l’aine, de la fièvre hectique, etc., etc. Elle prit dix gouttes de teinture d’iode trois fois par jour et fut guérie après trois mois de traitement. 5e fait. Une jeune demoiselle avait , depuis plusieurs années , une saillie de vertèbres avec engourdissement des jambes. L’usage de la teinture d’iode la guérit en peu de mois.
Nous n’avons nous-mêmes donné la teinture d’iode qu’une fois dans les circonstances indiquées par Patterson , c’était à un homme de 45 ans qui avait une carie des vertèbres avec abcès par congestion. L’application des cautères sur les lombes ei l’usage de la teinture d’iode pendant six mois (trente gouttes par jour) permirent au mal de rester stationnaire pendant deux ans. Plus lard le malade mourut. Ici , il est tout à fait impossible de dire si l’amendement était dû aux cautères ou à l’Iode.
Tumeurs diverses. Ce que nous disions tout à l’heure des tumeurs scrophuleuses s’applique également aux tumeurs squirrcuscs.On peut sans doute espérer la résolution de ces tumeurs quand
MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
elles ne sont pas encore dégénérées et qu’il n’existe pas de diathèse ; mais , dès que le cancer est bien nettement déterminé , on ne peut malheureusement pas compter sur la guérison. Il faut certes attacher peu de confiance aux faits de guérison de cancer rapportés par les divers auteurs que cite Bayle dans sa Bibliothèque thérapeutique. Les expériences de Gendrin (Jour. gén. deMéd., 107, p. 248) rendent raison des prétendus succès obtenus par les auteurs auxquels nous faisions allusion tout à l’heure. Gendrin a constaté en effet que l’étal des tumeurs cancéreuses semblait s’amender sous l’influence de l’Iode , ce que l’on obtient également par la compression , par les excitants appliqués souvent à la peau , par les résolutifs divers. C’est que, dans une tumeur cancéreuse , il y a deux éléments bien distincts ; le cancer que jusqu’ici aucune médication connue n’a pu modifier, et l’inflammation chronique du tissu cellulaire environnant qui ne diffère pas sensiblement des phlegmasies cellulaires ordinaires , et qui peut , à ce litre , se guérir sous J’influence des moyens résolutifs.
Kystes de l’ovaire. Thompson (Eléments of materia medica andtlierapeutics ), dans le but d’augmenter l’absorption dans la ca vité des kystes de l’ovaire et de produire ainsi le ratatinement de l’enveloppe fibreuse du kyste , et par suite la guérison de la tumeur ou tout au moins un état stationnaire , administre l’Iode à hautes doses aux femmes atteintes de celle affection. Sur cinq malades traitées de celte manière , trois furent guéries. Dans ces cas , la teinture d’iode qui fut employée fut administrée à la dose de soixante gouttes, trois fois par jour. Si de semblables faits se multipliaient , Thompson aurait rendu un immense service à la thérapeutique en enseignant aux praticiens un remède utile dans une maladie qui n’est pas des plus graves , mais qui est des plus difficiles à guérir.
Hydrocèle. L’action résolutive de l’Iode a été récemment expérimentée parRicord dans le traitement de l’hydrocèle. Il emploie la teinture d'iode étendue d’eau distillée et appliquée sur la tumeur à l’aide décompresses qui en sont imbibées et dont on enveloppe le scrotum. Les différents degrés auxquels il emploie cette teinture sont les suivants : pour trois onces d’eau distillée , il met un, deux, trois ou six gros de teinture d'iode. Chez les malades dont la peau est très-délicate el l’épiderme mince , la plus faible proportion suffit. Lorsqu’il y a moins de sensibilité el plus de dureté dans les tissus , on augmente la quantité de teinture.
Il faut , pour que le médicament agisse , que les malades éprouvent une sensation de chaleur assez vive , mais supportable, et que , sans brûlure ni vésication , la peau du scrotum brunisse, l’épiderme se parcheminant et formant des écailles qui se détachent en laissant au-dessous une sorte de transpiration grasse. Tant qu’on n’obtient pas ces résultats, il faut augmenter la dose de la teinture d’iode, la quantité d’eau distillée restantla même; mais quand on en est arrivé à produire ces effets, on s’en tient au même degré de concentration de la teinture, en renouvelant deux fois par jour les compresses qui en sont imbibées. S’il survient de la douleur on suspend pendant quelques jours et on reprend ensuite jusqu’à disparition complète de l’hydrocèle. Le traitement demande un mois en général. ( Journ . des connais, mèd.-chir ., tom. i, pag. 140.) C’est probablement pour atteindre le même but que Martin Solon conseille l’application de la teinture d'iode sur l’abdomen pour résoudre les épanchements de la cavité péritonéale ( Dict . de Méd. prat., t. x, p. 519); et sans doute quelques médecins tenteront le même moyen dans les épanchements de la plèvre , du péricarde et des articulations.
Syphilis. L’action résolutive puissante de l’Iode , son influence sur la nutrition , avaient fait penser qu’il pourrait être administré avec avantage dans le traitement de la syphilis constitutionnelle. Déjà, depuis plusieurs années, l’iodure de Mercure était employé comme antisyphilitique , et l’expérience avait démontré qu’il était surtout utile dans les maladies vénériennes chroniques. Les heureux succès obtenus par ce moyen nouveau étaient-ils imputables au mercure seul ou bien à l’Iode , ou bien à la combinaison de ces deux agents. Yallace , de Dublin , vient de trancher la question et de démontrer que l’Iode est aussi utile que le mercure dans le traitement de la syphilis constitutionnelle (Journ. des connais, mèd.-chir. tom iv, p. 157 ). Sur 142 malades traités , il y en avait G affectés d’irilis , 6 d’engorgement du testicule , 10 de maladies diverses des os et des articulations, 97 de syphilides cutanées, 20 de lésions de la membrane muqueuse de la bouche, du nez, de la gorge ; enfin l’Iode fut également administré chez 5 femmes enceintes dans le but de soustraire le fœtus à l’infection syphilitique. La préparation qu’il emploie est la mixtura hydnodatis poiassœ , qui contient deux gros d’iodure de potassium pour huit onces d’eau distillée. Les adultes prennent de celle mixture une cuillerée à
IODE
niche quatre fois par jour ; soit deux onces, ■est-à-dire un demi-gros d’iodure de potassium. Nous avons nous-mêmes obtenu d’heureux réiltals de l’emploi de la teinture d’iode dans le alternent de diverses maladies osseuses syphiliques , et évidemment il ne faut pas craindre > recourir à l’Iode lorsque le mercure a été inefcace ou qu’il est trop difficilement supporté. Déjà, avant Wallace, et avant que l’Iode n’eùt té employé contre la syphilis , Girlanner donnait éponge brûlée pour les ulcères vénériens de la orge. Dès 1821 , Martini de Lubeck conçut Liée de substituer l’Iode à l’éponge brûlée dans ; traitement des chancres syphilitiques du phaynx , à l’exemple de Coindet , qui avait fait si eureusement cette même substitution pour le •ollre. Depuis lors , il a eu de nombreuses occaions de donner l’Iode et l’Iode seul dans celle rave manifestation de la syphilis , et il a eu lieu ;e s’en applaudir ( Journ . des connais, méd.hir tom 1er, p. DO.) Le docteur Henri Gouraud ions a dit avoir usé avec succès du même moyen lans les angines chroniques qui n’avaient rien le vénérien. Nous-mêmes , plusieurs fois nous îvons , dans les mêmes circonstances , obtenu les succès que nous n’avions pu avoir par d’autres moyens.
En 1824 , Richond publia dans les Archives générales de Médecine (tom iv, p. 521) un mé moire très-curieux sur l’emploi de la teinture i’iode dans le traitement de la blennorrhagie et les bubons vénériens. Pour la blennorrhagie , il lonne ce médicament aux doses de vingt , trente, juarante , et même cinquante gouttes malin et soir, dans des potions gommeuses que le malade )rend en une fois. Il gradue les doses de la manière suivante : premier jour, quinze goultes le matin ; second jour, vingt-cinq gouttes; troisième jour, trente. Il commence ensuite à en donner quinze gouttes le soir, et il augmente de la sorte jusqu’à trente gouttes soir et matin. 11 reste à celte dose pendant trois ou quaire jours , et s’il ne survient pas de signes d’irritation gastrique , il en prescrit quarante et même cinquante gouttes matin et soir. Préalablement Richond calme les accidents inflammatoires du canal de l’urètre par des applications locales de sangsues. D’après les faits publiés par Richond, la durée moyenne du traitement semblerait être de trente jours à peu près. Quand l’Iode est inefficace, il donne alors le copahu qui , suivant lui, agit alors beaucoup plus utilement.
Le traitement des bubons par l’Iode conseillé
par Richond est purement local. Après avoir, calmé l’inflammation développée dans le ganglion lymphatique , il fait faire , sur la tumeur même , cinq on six frictions chaque jour pendant quelques minutes , à la dose d’un gros et même de deux gros de teinture ou pure ou incorporée à l’axonge , ou suspendue dans un véhicule huileux. Quand les frictions sont faites avec exactitude, la diminution de l’engorgement, dit Richond , est ordinairement appréciable au bouL de quatre à cinq jours , et la guérison opérée au bout de huit à dix ( loc . cil. ).
Les résultats obtenus par Richond sont brillants , et il serait à souhaiter que tous ceux qui ont expérimenté après lui eussent été aussi heureux.
Aménorrhée. L’augmentation qu’éprouvait le flux menstruel sous l’influence de l’Iode, lorsqu’on administrait ce médicament pour une affection quelconque, engeaga Bréra à tenter ce moyen dans l’aménorrhée. Les faits qu il rapporte dans le Saggio clinico ( Arch . gén. de Méd., t. n, p. 459 et suivantes) , ne sont pas très-concluants , non plus que ceux de Coindet et de Sablairolles. Nous-mêmes nous avons expérimenté cet agent thérapeutique dans l’aménorrhée, et nous avons obtenu quelques résultats assez analogues à ceux de Bréra [Journ. des Conn. mèd.-chir ., t. i, p. 74). Toutefois, en poursuivant nos expériences pendant plusieurs années , nous en sommes arrivés à formuler les indications de l’Iode dans l’aménorrhée , de la manière suivante.
Chez les filles chlorotiques , l’Iode n’a mené à aucun résultat , tant que les martiaux n’ont pas été préalablement administrés; mais lorsque le sang est reconstitué , l’administration de l’Iode augmente évidemment le flux menstruel , et le fait apparaître plus tôt que si l’on eût laissé agir la nature. Quand les femmes sont fortement colorées , que les règles sont peu abondantes et en même temps douloureuses , l’Iode , il est vrai , augmente l’écoulement du sang , mais il augmente en même temps l’intensité des douleurs et cause quelquefois des métriles. 11 est, au contraire, parfaitement utile chez les femmes bien colorées dont les règles sont peu abondantes, et (;ui , pendant la menstruation , n’éprouvent pas de douleurs utérines. Dans l’aménorrhée proprement dite , et dans la dysménorrhée , il est convenable de continuer pendant longtemps l’usage de l’Iode. Il faut pendant deux ou trois mois, donner tous les jours 25 ou 50 goultes de lein-
MÉDICAM ENTS ALTÉRANTS.
Dire ou une cuillerée h bouche au moins de la mixture d’hydriodate de potasse de Wallace dont nous avons parlé plus liant (pag. 58).
Leucorrhée. 11 est assez singulier qu’un médicament qui provoque si évidemment le flux menstruel ait été conseillé par Bréra , Gimelle , Sablairolles, dans le traitement de la leucorrhée. Mais on ne peut mieux expliquer ici l’utilité de l’Iode que dans la blennorrhagie. M. Pierquin a employé avec succès l’iodure de fer dans cette même affection ( Mérat et de Lens , t. in , p. G35).
Salivation mercurielle. Le docteur Knod communiqua , il y a quelques années , au journal d’Hufeland , la découverte qu’il avait faite de la propriété que possède l’Iode d’arrêter la salivation. Kluge a employé cette méthode avec le plus grand succès sur dix-sept malades à l’hôpital de la Charité de Berlin. La douleur et le gonflement des glandes et la salivation ont cessé au bout de quatre à six jours d’administration de l’Iode , et même des ulcères syphilitiques n’ont par tardé à guérir. La dose administrée a été de deux grains par jour, et a été peu à peu portée à quatre grains. La formule employée est la suivante :
Prenez : Iode , cinq grains.
Faites dissoudre dans : Esprit de vin , deux gros ;
Ajoutez : Eau de canelle, deux onces et demie;
Sirop de sucre , demi once; donner à prendre , par jour , d’abord quatre demi-cuillerées, et puis quatre cuillerées entières de cette mixture ( Hufeland journ. ap. 1833, et Journ. des Conn. mèd.-chir. 1. 1, p. 89).
Maladies de la peau. Déjà nous avons parlé (p. SOI , ircp.) de l’action des iodures de mercure dans le traitement des maladies cutanées; ils agissent là sans doute à la fois comme irritants locaux et par des propriétés spéciales altérantes. Dans certaines maladies cutanées , celles qui sont liées à la constitution scrophuleuse , celles aussi qui s’accompagnent d’engorgement de la peau et de gonflements tuberculeux, les iodures de mercure sont particulièrement indiqués.
Ici il y a une action thérapeutique mixte , et l’on ne sait s’il faut imputer au mercure ou à l’Iode l’heureuse issue de la médication. Mais des pommades faites avec la teinture d’Iode , l’iodure de potassium , ont réussi très-bien dans le traitement des dartres ( voir la Bibliothèque thérapeutique de Bayle), de la gale (Buisson , Thèses de la Faculté de Paris , 1825 , uu 223 ) , de la teigne (voir Bayle, loc. cil.).
Goutte, Rhumatismes. Gendrin se loue beaucoup de l’emploi interne et externe de l’Iode dans le traitement de la goutte; il affirme que , dan3 la plupart des cas , l’Iode fait disparaître en quelques jours les plus vives attaques de goutte aiguë. Il ne néglige pas non plus ce moyen dans la goutte chronique , soit pour résoudre les nodosités et les tophus, soit, à l’intérieur, pour modifier l’état général. Déjà avant lui , Valentin de Nancy avait conseillé l’éponge calcinée contre la goutte [Journ. génér. de mèd. , t. civ, pag. 59).
Maladies nerveuses. Que dire maintenant des essais divers de Manson dans le traitement de la chorée et des paralysies diverses ? Les faits rapportés par cet auteur ne sont pas tout à fait dépourvus d’intérêt ; mais en vérité , ils sont bien peu concluants. Il en est de même des prétendues guérisons de phthisie pulmonaire rapportées par Berlon ( Arch . gènër ■ de mèd., t. xix , p. 136). Ce n’est pas que l’usage interne de lTade ne soit évidemment utile dans les blennorrhagies de la membrane muqueuse des bronches , comme il l’est dans le catarrhe de l’urètre , du vagin et de l’utérus; ce n’est pas que les aspirations de vapeur d’eau chargée d’iode ne puissent être d’un grand secours dans le traitement des laryngites et de certaines bronchites chroniques, comme nous l’avons pu constater nous-mêmes ; mais il y a loin de là à la guérison dt-s tubercules pulmonaires. Quelques médecins , aussi injustement ennemis de l’Iode que d’autres étaient admirateurs exagérés de ce médicament , ont prétendu, avec tout aussi peu de raison , que l’usage longtemps continué de l’Iode, non-seulement ne guérissait pas la phthisie pulmonaire, mais encore qu’il pouvait la faire naître.
Enfin nous terminerons par le fait curieux annoncé par Donné, en 1829, savoir que la teinture d’Iode est le meilleur moyen à employer contre l’empoisonnement par la morphine, la strychnine et les autres alcalis végétaux. Il se forme , dans celte circonstance , des composés qui n’ont pas d’action nuisible.
Préparations, mode d’administration et doses.
Iode métallique. Rarement employé on médecine , se donne en pilules , mêlé à l’opium à la dose de 1|8 grain, 1|2 grain , un grain par jour.
En vapeur. Dans l’eau dont on élève la température. On respire cette vapeur.
ARSENIC
En bain. Dissous dans l’eau. Les bains iodés Lugol sont pour les adultes ainsi composés : de, 1 à 4 gros; iodure de potassium , 2 à 8 os.
En boisson. Dissous dans l’eau. A la dose un grain par litre d’eau.
La teinture alcoolique d’ Iode , employée par mulet , se prépare avec 48 grains d’iode poulie once d’alcool. Vingt gouttes de cette teinture mliennent un grain d’iode. C’est la plus comode de toutes les préparations indiquées; elle rt également pour les fumigations, pour les lins , pour les boissons. Elle se donne à la dose j 4 à 40 gouttes , trois fois par jour.
Sirop iodique. Il se prépare en mêlant à froid ) gouttes de teinture alcoolique d’iode dans une ice de sirop de sucre. On en donne par jour dénis une demi-once jusqu’à 4 onces.
Iodure de soufre. 11 a été employé pour la reinière fois par M. Bietl, dans les maladies luerculeuses de la peau. On mêle ordinairement e 1 à 4 grains d’iodure de soufre par gros axonge.
Iodure de potassium (hydriodate de potasse), l’est la préparation d’iode dont ou se sert le plus réquemment. Wallace, ainsi que nous I avons dit lus haut, l’emploie à l’intérieur plus volontiers ncore que la teinture. Il le porte chaque jour jsqu’à la dose d’un demi-gros, sans aucun inconénient. Coindet, trop prudent, ne le prescrivait u’à la dose d’un quart de grain. Incorporé à axonge dans la proportion de 10 à 20 grains ar once, il forme une des pommades résolutives ;s plus ordinairement employées.
L'hydriodate iodure de potasse entre dans la omposilion de la liqueur de Coindet. Il sert à u-éparer les eaux minérales artificielles iodurées |ue Lugol a employées en bains ou en boissons. Voici comment il prépare les solutions, diversement chargées, qu’il fait prendre à l’intérieur :
No I. N° II. N» III.
Iode 3/4 de grain 1 grain 1 grain 1/4
Iodure de potassium. . . 1 grain 1/2 2 grains 2 grains 1/2 Eau distillée . 8 onces 8 onces 8 onces.
Celte eau est d’une belle couleur jaune et d’une transparence parfaite ; les enfants la boivent facilement, surtout quand elle est sucrée.
Iodure de fer. A été conseillé par Bréra dans la chlorose, dans la scroplmle on en donne mêlé à du sirop, à un éiecluaire. La dose est de 2, 4, 8, 10 grain3 par jour.
Iodure d’arsenic. Employé par Bietl dans quelques cas de dartres rongeantes tuberculeuses. On l’incorpore aune pommade à la dose de 1 grain par gros.
Iodure de plomb. Conseillé par Collereau et Verdet de l’isle dans le traitement des ulcères aloniques et des ulcères scrophuleux : 4 à G grains pour un gros de céral on d’axonge.
Iodures de Mercure. {V oir p. 501 , lre part.) .
Iodure d'or. S’emploie aux mêmes doses et dans les mêmes circonstances que les iodures de mercure.
ARSENIC
Nous voici arrivés à l’iiisloire thérappulique d’une de ces substances dont le danger a toujours effrayé les malades et les médecins. Il en est ré- ' sulté que l’Arsenic a été peu étudié et que d’injustes préventions pèsent encore sur lui. Nous l’avons nous-mêmes trop rarement employé pour pouvoir asseoir notre jugement ; mais après avoir consulté les auteurs qui s’en sont occupés, après avoir comparé les résultats proclamés par chacun , et apprécié , autant qu’il était en nous, la justesse des critiques dont l’Arsenic avait été l’objet, nous avons rédigé cet article, dans lequel, par exception, le lecteur ne trouvera presque rien de nous. La plupart des matériaux de ce travail ont été puisés dans l’intéressante monographie de Ilarles {De Arsenici usu in medicinâ. Norimbergœ , 1811), travail rempli d’érudition et qui résume tout ce qui a été publié jusque-là sur l’Arsenic.
L 'Arsenic, arsenienm , métal très-abondant dans la nature, surtout à l’état d’oxyde, cassant, d’un gris d’acier brillant, mais très-altérable à l’air, très-volatil, insipide, combustible et inodore; jeté sur des charbons ardents, il répand en brûlant, comme la plupart de ses composés, une fumée blanche dont l’odeur est alliacée, et qui est de l’acide arsenieux.
L’Arsenic natif, qui est en pains lamelleux et facile à pulvériser, est connu sous le nom impropre de mine de cobalt. I'ulvérisé et mêlé à l’eau, il conslilue ce que l’on appelle la poudre aux mouches , parce que ce mélange s’emploie ordinairement pour tuer ces insectes.
Sous le nom d’Arsenic, les anciens désignaient l'orpiment, Blindes sulfures de ce métal. De nos jours, et depuis plus d’un siècle, ou est dans l’usage de désigner sous le nom d’Arsenic l’oxyde blanc ou l’acide arsenieux.
MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
Action toxique de V Arsenic. l’Arsenic est le plus énergique «les poisons minéraux. Son action vénéneuse, s’exerce sur tous les êtres organisés animaux et végétaux. Ses effets sur les animaux désordres supérieurs doivent être divisés en locaux et en généraux.
Les composés arsenicaux appliqués aux tissus, les irritent violemment etpeuventles escharrifier. Ils ont dès lors toutes les propriétés des poisons irritants locaux les plus énergiques. En outre, ils sont absorbés et dès lors donnent lieu à des symptômes spéciaux. Ils agissent sur le cœur dont ils anéantissent la contractilité et dont ils enflamment souvent le tissu. Et en outre ils portent sur le système nerveux une stupéfaction qui, dans quelques circonstances, peut-être poussée au plus liant degré.
Les propriétés vénéneuses de l’Arsenic sont connues depuis bien des siècles, et les poisons fameux dans la préparation desquels excellaient les Italiens étaient presque tous des composés arsenicaux.
USAGES TI1ÉRAPEDT1QCES DE l’aUSEXIC.
Historique. Dioscoride est le premier qui traite des préparations arsenicales («-tpi rm Wp/x»?, lib. 6, cap. 121, 122). Sous le nom A'aça-ivixw (arsenic), il parle évidemment du sulfure jaune d’ Arsenic natif (orpiment), mêlé, suivanL la remarque de Harl.es ( De arsenici usu in medicinâ. Norimb. 1811 , p. 50), à une certaine quantité d’acide arsenieux ; et sous celui de XavS'a.pa.x* (sandaracha), il désigne le réalgar (sulfure rouge natif). Voici ce qu’il en dit : Arsenicum vint habet septicam , stypticam. et escharoticam cwn morsione violenta ; simul contringii, et capillos démit. Sandaracha easdem habet vires, ac prius: medetur alopeciœ et leprotico ungui , cum pice juncta, nec non phthiriasi, oleo viixta. Prodest itidem contra narium orisque ulcéra, reliquaque exanthemata , cum oleo rosarum administrata (externe),* œque ac contra condylomata. Datur quoque (interne) puhnonuni suppuratione laborantibus , cum inulso. Suffit u etiatn, addila résina, administratur adversus tussim inveteratam , vapore ipsius per siphonem ore sucto. Cum mette propinata vocern clarefacit, et asthmaticis in potionecum résina porrigitur.
Le réalgar, comme on le voit par ce passage de Dioscoride, était beaucoup plus usité eu médecine que l’orpiment, sans doute parce que ses
propriétés vénéneuses étaient un peu moins actives. Les auteurs qui ont suivi Dioscoride, les Arabes, les Arabistes ont également préféré, en général, la sandaraque ou sulfure rouge (réalgar), à l’Arsenic ou sulfuré jaune (orpiment).
Après Dioscoride, on trouve dans Pline (Hittor., natural., lib. 54, cap. 18) des indices de l’emploi thérapeutique de l’Arsenic. Sandaracha valet purgare , sistere , ex calefacere , perrodere. Sumnia ejus dos styptica. Suit l’énumération d’autres propriétés tout à fait semblables à celles qu’indique Dioscoride. Celse ( De re medica , lib. 5, cap. 5.), Galien ( De simpli. med. facult. passini ), Scribonius Largus ( Compos . medic., 124. 227, 257), copient Pline et Dioscoride. Cœlius Aurelianus , ( Morb . chron., lib. 4, cap. 5), entre autres qualités de l’orpiment , lui reconnaît la propriété de tuer les vers intestinaux et de guérir la maladie cœliaque lorsqu’on l’administre en lavements. Du reste, tous ces auteurs, et les Galénistes jusqu’aux Arabes, s’accordent à reconnaître à l’orpiment et surtout au réalgar les propriétées indiquées par Dioscoride.
Les Arabes, Rhazès, Mésué , Serapion, Janus Damascenus, Avicenne , vantent l’Arsenic sans doute d’après leur propre expérience , peut-être aussi sur la foi de Galien. Arsenici omnes species calidœ sunt et comburentes. Medentur scabiei , et ulceribus putridis , et leprœ ulcerosœ, herpeti prœterea estiomeno et periculis, nec non asthmati, sivel cumillo suffurnigatioaut epithema fiant. (Rhazès. De re med., lib. 5, cap. 55.) Avicenne dépose dans le même sens. Omnes species arsenici escharotiœ sunt , anti-sepiieœ . Arsenicum citrinumet rubeum abradit pilos, et convenit alopeciœ. Fit ex eo emplastrum ad vulnera. Cum adipe et oleo confert scabiei et ulceribus sahafat ( leprœ ulcerosœ) et putredini , ac cutem abslergit uritque. Ceratum factum ex eo , confert contra herpetem esthiomenon ulcerosumque in ore et in naso. Datur quoque in potionibus cum hydromele ad pulmones suppuralos et tussim antiquam sputumque sanguinis et saniei , quandoque etiam in pilulis contra asthma, et, in clysteribus, contra hemorrhoides ani (Canon., lib. 11 , tract. 11 , cap. 49).
Plus tard, les Arabistes eux-mêmes n’employèrent
guère plus l’Arsenic, c’est à peine si dans les écrits des chirurgiens du xv eldu xvic siècleil est question de ce médicament. Théodore l’emploie seulement contre la scroplmlc ulcéreuse Chirurgie , liy. 4) ; Guy de Chauliac pour faire
ARSENIC
ie escbarre dans l’hydrocèle (Chir. Mayn). Cependant , à partir du xvi° siècle, c'est-àre ù l’époque où la médecine , comme loules » autres sciences , s’efforça de sortir des langes i moyen âge, l’usage externe de l’Arsenic redent beaucoup plus fréquent; mais ce ne fut guère je dans le cours du xvn« siècle que l’on se barda â conseiller quelquefois l’Arsenic à l’in-
Effets fiiystologtqües de l’Arsenic. Comme, en définitive , toutes les préparations arsenicales n’agissent que par un principe commun , nous prendrons pour type les effets produits par l’acide arsenieux , administré à la dose d un douzième ou d’un sixième de grain , quatre , cinq ou six fois par jour.
Dans l’appréciation de ces effets , il est essentiel
rieur. Van Helmont (Ortus med., p. 60,198288) | de ne pas mettre sur le compte du médicament des mseille les préparations arsenicales dans le trai- :ment des ulcères ; mais il les proscrit formellelent à l’intérieur. Tagault ( Institut . chir., lib.l,
. 136) indique de la façon la plus explicite l’emoi qu’on en peut faire dans le traitement des ulcè- ;s cancéreux. Arsenicum ad curarulos tumojs ulcérantes externè primatum obtinet , modo uisnoverit.eo rectè uti. Lemery (Cours.de chine), Wepfer ( Cicut . aquat. hist .) signalent ,
symptômes évidemment imputables â la maladie, erreur dont ne se sont pas assez gardés certains thérapeutistes.
Il faut aussi ne pas donner comme symptômes de l’infection arsenicale des accidents tout à fait exceptionnels et qui sont le résultat du hasard , ou qui surviennent chez des gens doués d’une susceptibilité insolite. M. Récamier nous a souvent cité l’histoire d’une jeune dame à laquelle on
jais pour les condamner, les essais que l’on fai- I ne pouvait donner un atome de mercure sans
îit de l’Arsenic dans la thérapeutique interne , t surtout dans le traitement des fièvres intermit jntes. Dans le cours du xvmc siècle , une mulilude d’écrits paraissent pour signaler les vertus Jbrifuges de l’Arsenic ; mais Stoerck , qui avait ppelé l’attention des thérapeutistes sur l’utilité le tant de poisons végétaux , s’élève contre 'Arsenic avec une fureur stupide ( Annus medi- ■ us ). Il exerça sur le public médical une influence fautant plus grande dans celte circonstance ju’on ne pouvait le supposer prévenu contre les jréparalions vénéneuses.
L’Arsenic tomba donc pendant quelque temps lans un profond discrédit, dont Fowler et d’aures médecins anglais le tirèrent à la fin du siècle lernier.
Enfin, de nos jours, Harles, dont l’intéressante monographie nous a été si utile dans la composition de cet article , essaya de réhabiliter l’Arsenic dans l’opinion des médecins , c’est à peine s’il y est parvenu , quoique son livre soit fait avec talent et avec amour de la vérité.
Il est peu probable que nous soyons à cet égard plus heureux que les savants qui nous ont précédés. Dans l’histoire thérapeutique de l’Arsenic , nous resterons dans le rôle d’historiens , et par cela même que nous avons rarement expérimenté ce médicament nous ne devrons pas être soupçonnés de partialité en sa faveur.
Nous allons d’abord étudier les effets de faibles doses d’Arsenic sur l’homme, indépendamment de toute affection morbide ; nous verrons ensuite quelles ressources en ont tirées la médecine et la chirurgie.
développer chez elle un érysipèle fort grave , doit-on dire alors que l’érysipèle est un accident de l’administration des mercuriaux? ce serait évidemment ridicule. Il en est de même de quelques phénomènes qui se sont produits quelquefois pendant l’emploi des préparations arsenicales. Ainsi la stupéfaction de tout le système nerveux, le frisson fébrile revenant à des périodes fixes , la paraplégie , la fièvre hectique , les douleurs articulaires, la leucophlegmasie , l’exanthème chronique universel, etc. , etc. Nous ne parlerons pas ici des singulières rêveries des homœopathes hypochondriaques et des innombrables symptômes qu’ils ont découverts â l’Arsenic ; nous les laisserons dans les idées qu’ils caressent et auxquelles ils s’efforcent de croire, et nous étudierons les symptômes qu’il est donné à tout médecin attentif de constater chez ceux auxquels on administre l’Arsenic aux doses que’nous avons indiquées plus haut.
1° Sentiment de chaleur assez prononcé dans je trajet de l’oesophage et dans l’estomac , ardeur épigastrique rarement douloureuse. Jamais de nausées , de vomissements ni de coliques : garderobes plus faciles , plus abondantes , sans diarrhée. Si les doses sont un peu plus fortes et trop longtemps continuées , l’estomac peut devenir habituellement douloureux, il peut y avoir de la diarrhée habituelle et du ténesme.
2° Augmentation de l’appétit, pourvu qu’on ne dépasse pas la dose d’un douzième â un huitième de grain : augmentation de la soif.
5° Chaleur ordinairement sèche , irradiant du creux de l’cstoinac et se propageant ensuite â tout
MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
le corps, el principalement au front. État fébrile léger , mais évident , n’affectant jamais le type intermittent et régulier à moins que l’Arsenic n’ait été donné lui-méme à doses très-éloignées et régulièrement.
4° Excitation nerveuse très notable, insomnie ; contractilité augmentée des muscles de la vie organique et de la vie de relation.
5° Augmentation des urines , coïncidant ordinairement avec la sécheresse de la peau.
G° Salivation quand on continue longtemps l’Arsenic à faibles doses.
Tels sont, pour nous servir de l’expression des homœopathes, les symptômes de l’Arsenic donné à faibles doses. Certes rien dans ces symptômes n’est spécial , rien ne peut faire présumer l’action thérapeutique de ce médicament , pas plus qu’on ne peut conclure de l’action physiologique du fer el du quinquina à l’action thérapeutique de ces deux substances.
Action thérapeetique.— - Usage interne. C’est surtout dans le traitement des fièvres intermittentes que l’Arsenic, comme médicament interne, a joui el jouit encore d'unerépulation qui pourtant lui a été disputée assez vivement.
C’est seulement à la fin de xvne et au commencement du xvme siècle que l’usage de l’Arsenic , dans le traitement de la fièvre intermittente, fut connu en Europe. Gobi parle d’un médecin militaire prussien qui donnait aux soldats atteints de fièvre intermittente de faibles doses d’une poudre composée de trois parties d’Arsenic et d’une partie de nilre , remède qui d’après le témoignage de Gobi , qui ici ne saurait être suspect , était trèssùr , mais en même temps très-pernicieux , certissimum at nequissimum [Comment. -in act. vieil. Berolin. dec. 1, v. 5, p. G.). Lémery, dans sa chimie , parle également de l’usage fréquent que les charlatans et les chirurgiens militaires faisaient en France de l’Arsenic dans le traitement des fièvres intermittentes. Les témoignages de Van Helmont, de Zeller, de Wepfer, de Stahl , déposent dans le même sens (Harles Loc. clt ., p, GO, 61, 62).
Mais , le premier travail fait par un homme grave sur les propriétés fébrifuges de l’Arsenic date de 1700. Il est d’IIadrien Slevogt, professeur à Iéna (De Exceptionibus , site pennissione prohibitorum , et prohibitions permiswrum.
Iéna. 1700), et, peu après,' parut le travail si remarquable de Melchior Frick [Friccius), médecin à Ulm.
Slevogt , après avoir fait pendant longues
années usage de l’Arsenic dans le traitement des fièvres intermittentes tierces el quartes, proclama ce remède le fébrifuge par excellence et le déclara très-supérieur au quinquina, Par ce moyen il évitait les récidives el les accidents consécutifs des fièvres intermittentes et l’administration du quinquina. Il donnait l’Arsenic les jours d’apyrexiè et même le jour de la fièvre, au début de l’accès, ù la dose d'un demi-grain , d’un grain et même d’un grain et demi, suivant la force des malades; mais il avait soin de l’unir à la. thériaque pour modérer ses propriété irritantes. Melchior Frick vint donner à l’Arsenic une importance beaucoup plus grande, comme fébrifuge, par les faits qu’il publia. Il employait ordinairement l’orpiment qu’il mêlait à du crislal de rophe et à du camphre, et dont il composait une poudre. Cette poudre , selon lui , l’emportait sur le quinquina , el il n’a jamais vu un malade qui n’ait été guéri. Les succès qu’il obtenait étaient tels qu’il s’exprimait en ces termes : Experientia nos docebit , arsenicum in febribus intermittentibus adhibiium , ovines eas dotes possidere, quibus optima remédia prœdita esse debent. » [Paradoxa de Eenenis , 1710, p 50 et suiv.)
A ces témoignages nous pourrions ajouter ceux de Keil, de Bernhardl , de J.-C. Ginelin , de Don Monro, de Jacobi , de Huermann ( Voyez Ilarles, Loc. cit ., p. 66 elsuiv. ); mais Tes deux Plencitz, vers la fin du dernier siècle , achevèrent de fonder la réputation de l’Arsenic comme fébrifuge. [Acta et observ. med. Prag. el Viennæ. 1783. Cap. îv. ) Ces deux praticiens donnèrent l’Arsenic à l’hospice des orphelins de Vienne, à un nombre infini de malades atteints de fièvres tierces el quartes. Jamais il ne virent d’accidents à la suite de celte médication, qui leur parut el plus sûre el plus rapide qu’aucune de celles qu’ils avaient employées déjà, lisse servaient d’acide, arsenieux qu’ils portaient à la dose énorme d’un demi-grain et même d’un grain. Ce moyen fut employé avec un succès à peu près constant dans des milliers de cas de fièvres intermittentes. Ejusque usu inmillcnis fere febriurn inter mittentium casibus rarà frustratos fuisse affirmant. Harles s’étonne avec raison qu’un succès aussi éclatant n’ait pas fait prévaloir l’Arsenic parmi les médecins autrichiens et hongrois ; mais il explique le peu de faveur qui accueillit les travaux de Plencitz par l’opposition que Stoerck faisait à l’arsenic, opposition d’autant plus puissante que ce dernier occupait à la cour et dans les écoles un des premiers rangs.
ARSENIC
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Or, pendant que l’Arsenic, appuyé par les Plenz, ne pouvait soutenir la lutte contre l’animo- ,é envieuse de Stoerck, Thomas Fowler, en iglelerre, popularisait en quelque sorte l’usage ce médicament ( Medical reports on the Vccts of Arsenic in the cure of agucs , remitnt fecers. and periodic headach , 178G ). Sur 10 malades atteints de fièvre intermittente,
'1 furent parfaitement guéris par l’Arsenic, i résistèrent à l’emploi de ce moyen et furent ailés avec succès par le quinquina ; et 24 autres îfin qui ne voulurent pas se soumettre à la mécalion dans toute la rigueur n’obtinrent pas ; guérison. Arnold cite quatre-vingts cas de ussile dans les fièvres tierces et quartes, et il y eut de récidive que très-rarement. Freir, de irmingliam, prétend avoir guéri sans aucun inmvénient pins de mille fébricitants par la méiode de Fowler.
En même temps que ce dernier, Robert Willan Richard Pearson ne contribuèrent pas peu à lire prévaloir parmi les médecins de la Grande relagne l’usage des préparations arsenicales ans le traitement des fièvres intermittentes. Le Smoignage de Willan, en faveur de la méthode e Fowler , est bien puissant : « Je ne connais, il-il, aucun remède plus sûr, plus efficace et lus commode à prendre que cette solution arseicale dans le traitement des fièvres intermilpntes. » Pearson qui modifia un peu la solution e Fowler, et qui lui donna son nom, comme elui-ci l’avait donné à la solution qu’il avait avenlée, prit en ce médicament une grande coniance qui fut bientôt partagée parle public luinème, quand on eut vu un prince du sang royal, e duc d’York , guéri par l’Arsenic d’une fièvre nlermillente qui avait été jusque-là rebelle au ipiinquina.
Tant d’exemples, tant d’écrits publiés sur la matière, donnèrent à l’Arsenic une vogue qui commençait à se répandre en France et en Amérique, quand la guerre de la Grande-Bretagne contre les États-Unis et contre notre révolution rompirent toutes les relations scientifiques établies avec l’Anglelerrre , et quelques médecins chez nous, Valentin, Desgranges, Fodéré, Dufour de Munlargis, Bouillier de Pont-Sainte-Maxence ; en Italie, Brera ; Maries, en Allemagne , conservèrent les traditions de Slevogt, de Friek , des Plencitz. de Fowler, de Pearson. Ilarles surtout, dans l'importante monographie qu’il publia sur l’Arsenic, remit sous les yeux du public médical tous les travaux entrepris sur la matière, rap- 2* p.vhtie.
)0rla lui-même les résultats de sa propre pratique, et contribua plus que personne à rendre 'usage de l’Arsenic un peu moins exceptionnel. Mais pourtant, malgré les faits nouveaux recueillis encore chez nous par Gendrin, 1 invasion de la médecine physiologique, si funeste à la thérapeutique, s’opposa à l’admission de l’Arsenic dans a médecine française, et il n’est peut-êlre pas en France vingt médecins qui aient osé faire usage d’un moyen qui est en quelque sorte trivial chez nos voisins d’outre-mer.
Quoi qu’il en soit, les propriétés fébrifuges de l’Arsenic n’en sont pas moins aujourd’hui admises, par tous les hommes qui se sont tenus au courant de ce qui s’est publié sur ce précieux médicament , et les témoignages à cet égard sont si nombreux, les faits si bien détaillés et si bien observés, qu’on ne peut se refuser à placer l’Arsenic presque à côté du quinquina comme fébrifuge.
Il est pourtant un motif, et un motif fort raisonnable qui empêchera toujours de populariser un remède qui, pris à doses minimes, peut produire d’aussi épouvantables accidents ; tandis que le quinquina et même le sulfate de quinine peuvent être administrés à des doses très-fortes. Ajoutez à cela que l’insipidité des solutions arsenicales met encore moins en garde contre leurs dangers.
Névralgies. Mais dans les névralgies rebelles , dans celles surtout qui reviennent périodiquement, le quinquina, ou le sulfate de quinine ont besoin d’être administrés à des doses si considérables qu’il en résulte souvent des accidents du côté du système nerveux et des organes de la digestion. La maladie d’ailleurs reparaît fréquemment malgré le quinquina, et ce moyen reste alors insuffisant. C’es dans ce cas que les préparations arsenicales rendront des services qu’on demanderait en vain à tout autre moyen.
Le titre seul de l’ouvrage de Fowler indique assez que ce praticien avait constaté l’utilité de l’Arsenic dans le traitement de la névralgie périodique ; il rapporte sept cas de guérison. Hoffmann cite le cas suivant ( Maries, loc. cit ., p. 551) : Un homme de 40 ans éprouvait depuis un certain temps une céphalée périodique qui revenait tous les malins à sept heures et durait jusqu’à une heure de relevée; l’intensité des douleurs était telle que le malade entrait dans un délire furieux. C’était en vain que l’on avait mis en usage l’opium, la valériane, l’ammoniaque, et d’autres moyens. On ajouta enfin de l'élixir arsenical à l’infusion de valériane'el de calamus aromalicus , et ce mal opiniâtre fut détruit en un jour. Ou
MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
lit aussi dans la Revue médicale française , mai 1828, l’histoire d’une céphalalgie nerveuse durant depuis longues années et guérie à l’aide de l’Arsenic par le docteur Alexander.
Affections nerveuses diverses. — Épilepsie. La monographie de Ilarles rapporte quatre cas de guérison d’épilepsie par l’Arsenic (p. 324). L’un a été observé par Edward Alexander, médecin anglais, l’autre par Duncan, d’Edimbourg, un troisième par Iloffman , un quatrième enfin par l’auteur lui-même. Les deux derniers faits surtout semblent fort probants ; mais que conclure de deux faits, surtout quand il s’agit d’épilepsie ? Le même auteur cite encore des cas de guérison de danse de Saint-Guy par le moyen de l’Arsenic.
Angine de poitrine. Celte maladie, l’une des plus atroces que nous connaissions , n’a jamais été observée par nous que deux fois ; nous avons pu donner à nos malades un soulagement temporaire à l’aide du datura stramonium , mais les accès sont revenus avec une férocité désespérante. Si le fait cité par E. Alexander est vrai, ce dont il n’est pas permis de douter, l’Arsenic lui aurait, dans une circonstance semblable, rendu un immense service. Il s’agissait d’un homme de 57 ans atteint d’une angine de poitrine parvenue au plus liant degré. Il lui donna trois fois par jour six gouttes de solution arsenicale de Fowler et le malade n’eut pas de nouvel accès. Toutefois, comme il se reproduisait de légers paroxismes , Alexander revint à l’usage des mêmes moyens, et la guérison désormais ne se démentit plus (Harles, loc. cit ., p. 329).
Asthme et maladies de poitrine. — Déjà , au commencement de cet article , nous avons rapporté les opinions des auteurs anciens, à commencer par Dioscoride qui préconisait surtout les préparations arsenicales données à l’intérieur , dans le traitement des maladies chroniques de la poitrine et du larynx. Nous n’avons jamais expérimenté ces médicaments , nous n’avons même jamais vu prescrire l’Arsenic dans le but de modifier des maladies thoraciques , de sorte qu’ici nous ne pouvons donner notre propre avis ; mais nous devons dire que la lecture des auteurs qui se sont occupés de l’Arsenic nous a convaincus que cette substance était évidemment utile dans les fièvres intermittentes, mais qu’elle n’était pas moins utile dans les catarrhes chroniques cl dans l’asthme spasmodique. Trop de témoignages déposent dans ce sens pour qu’il nous soit permis d'en douter.
« A l’intérieur, dit Dioscoride , on donne l’arsenic aux malades qui ont du pus dans la poitrine ( tfAirvtxdç ). Mêlé au miel, il rend la voix plus claire , et on le donne aux asthmatiques en potion avec de la résine. Dans les toux invétérées, on fait respirer aux malades, à l’aide d’un tube , la vapeur d’un mélange de résine et d’arsenic. »
Il est inutile de citer de nouveau Pline , Galien et ses commentateurs , les arabisles qui tous semblent avoir copié Dioscoride et qui peut-être ont juré sur la parole du maître sans avoir jamais expérimenté par eux-mêmes; mais à des époques plus rapprochées de nous , des observateurs attentifs ont démontré par l’expérience la vérité des assertions de Dioscoride et de ceux qui l’avaient suivi.
A la fin du seizième siècle, Georges Wirlh avait inventé un élecluaire dans la composition duquel entrait l’orpiment , et dont il donnait une dose fort considérable aux malades atteints d’asthmes les plus graves ( Jo. Langius. Epistoi. med. Hanov. 1G05. pag. 847). Il paraît, d’après ce même auteur, que l'usage des fumigations arsenicales dans le traitement de l’astlnne était en quelque sorte populaire dans quelques climats septentrionaux de l’Europe. Etmuller donnait à fumer aux asthmatiques un mélange de tabac et d’Arsenic, et ce dernier était porté graduellement à la dose énorme de quinze grains sans qu’il en survînt le moindre accident (Harles, loc. cit., pag. 328).
Enfin faut-il croire que Beddoes , cité par Girdlestone , ait traité avec succès un phthisique dont deux frères étaient morts de consomption mésentérique , et que Bernhardt ( Chymische Versuche , pag. 253 ) ait guéri nombre d’enfants affectés de carreau , en leur faisant prendre trois fois par jour une faible dose d’une préparation arsenicale; queFerriar [Med. facts and ob sert.) ait donné avec avantage aux enfants atteints de la coqueluche de la solution de Fowler, à toutes les périodes de la maladie?
Ulcères cancéreux. Nous ne voulons pas parler ici de l’emploi topique de l’Arsenic dans le traitement des ulcères chancreux; déjà, dans la première partie , nous avons dit ce que nous en pensions ; mais parmi les médecins qui attaquèrent extérieurement le cancer par l’application des pâles ou des pommades arsenicales, il en était un grand nombre qui croyaient devoir traiter la diathèse par l’usage interne du même médicament. C’était la règle que suivaient
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isli , Valentin , Collenbusch , Lefébure , Juslaond , Salmade , Simmons , Martin , Casten )ennovv , etc., etc. (Voy. Harles, loc. cit., 'g. 108 et suiv. )
Maladies cutanées. Rush donnait à l’intérieur icide arsénieux , à la dose d’un quinzième ou un dixième de grain deux fois par jour, dans : dartres pustuleuses chroniques (Desgranges, sages de l’Arsenic. Jonrn.gén.demèd. 1807, ui. xxx. ) Valentin et surtout Girdlestone , mécin à Yarmoulh , contribuèrent singulièrement populariser cette médication dans le traitement s maladies cutanées ( London med. and p/iys. urnal. 1806). Plus tard les expériences nomeuses de Willan et de Pearson ne laissèrent us de doute sur les bons effets qu’il était permis retirer de l’administration interne de l’Arsec; et chez nous, Biell , médecin de l’hôpital inl-Louis , a plus que personne familiarisé les édecins français avec l’Arsenic. Cazenave , -ve de Biett , résume ainsi les résultats auxquels lui-ci est arrivé. « Il est aujourd’hui démontré le l’on obtient des effets merveilleux de l’admislralion des préparations arsenicales , non-seument dans les formes sèches des maladies de la au , mais encore dans l’eczèma et dans l’impéjo chroniques. Ce moyen réussit moins bien dans 5 affections papuleuses, et , en général, il a esque toujours échoué dans les diverses formes i genre porrigo , de l’acné, du sycosis, etc. peut être d’un grand secours dans l’éléphanasis des Grecs ; enfin il n’est pas applicable en méral au traitement des exanthèmes aigus. Les éparalions arsenicales administrées dans des aladies de la peau ont des effets constants et ciiement appréciables. Ainsi , dans les maladies [iiammeuses, au bout de quelques jours, on obrve un surcroît d’activité dans l’éruption , les aques deviennent chaudes , animées, le centre guérit , les bords se brisent , s’affaissent peu peu , et souvent , au bout de deux mois , quellefois plus tôt, on voit disparaître une maladie li existait depuis plusieurs années. » ( Diconnaire de med ., 2e édit. tom. iv, pag. 25.) Z7- ers intestinaux. Nous ne savons si , depuis Blius Aurelianus , qui conseille des lavements senicaux pour détruire les vers de l’intestin , i a jamais tenté de donner l’Arsenic par la niche pour atteindre le même but. Il est raliond de penser que ce médicament tuerait les vers us sûrement qu’aucune autre préparation verlicide ; et s’il avait en effet cette propriété, il -viendrait, à cause de son insipidité , bien pré-
cieux pour les enfants, auxquels on pourrait toujours l’administrer à des doses convenables, et les solutions de Fowler ou de Pearson rempliraient parfaitement l’indication.
Usage externe de l’Arsenic. Déjà , dans notre première partie (pag. 301 et suivantes) nous avons indiqué l’usage que la chirurgie avait fait des poudres et des pommades arsenicales dans le traitement des ulcères chancreux. Il nous reste peu de chose à dire pour compléter ce que nous avons dit; qu'il nous suffise de rappeler en peu de mots les usages que les chirurgiens des siècles passés et que ceux de notre époque ont faits des préparations arsenicales.
Propriétés escharroiiques. Dioscoride connaissait déjà très-bien les propriétés escharrotiques de l’Arsenic : Vim habet escharroticam cum uslione et commorsione violenta ( Dioscoride) : Valet perrodere (Pline). Celse, Galien et tous les auteurs que nous avons cités au commencement de cet article lui reconnaissaient la même propriété : Arsenici omnes species sunt comburentes (Rhazes) : Omnes species Arsenici escharroticœ sunt ( Avicenne.) Enfin nous avons vu,Ire part. pag. 301; avec quel bonheur les modernes avaient employé les préparations arsenicales dans le traitement topique des ulcères cancéreux. Théodore ( Chirurg. lib. iv, p. 171 ) utilisait les mêmes propriétés escharrotiques pour détruire les chairs fongueuses qui végètent sur les ulcérations scrophuleuses , et il obtenait , par ce moyen , une cicatrice facile et régulière.
Si maintenant l’Arsenic est employé topiquement à de très-légères doses , il agit homœopathiquemenl, c’est-à-dire substitutivement , et il est alors d’un très-grand secours pour hâter la guérison des ulcères chroniques , des dartres phagédéniques , et de la plupart des affections chroniques de la peau. Ce remède était universellement adopté dans le traitement des maladies cutanées, jusqu’à l’époque où le mercure prit en thérapeutique une suprématie qu’il mérite à tous égards. L’Arsenic, comme moyen topique, dans les ulcères de mauvaise nature , rend quelquefois de plus grands services que les préparations mercurielles; mais il veut être manié avec une prudence extrême et à des doses très-minimes. Un médecin de Paris qui fait ignominieusement un secret des moyens thérapeutiques qu’il emploie dans le traitement du cancer de l’utérus modifie heureusement l’abondance cl la fétidité de l'écoulement , (il prolonge évidemment la vie des
médicaments altérants.
malades , en louchant légèrement le col de la matrice avec un peu de coton imbibé d luiile arsenicale. Il est d’autant plus essentiel de ne laisser cette huile qu’un instant en contact avec la partie malade , et de mêler l'Arsenic à l’huile dans des proportions très-minimes, un grain par gros par exemple , que des doses plus fortes donnent lieu à des accidents inflammatoires qu’il n’est pas toujours facile de conjurer.
Maladies des yeux Les propriétés irritantes des préparations arsenicales les faisaient employer par les anciens dans des collyres , au même titre que nous employons aujourd’hui les mercuriaux.
Épilatoire. Enfin , de toute antiquité , et les citations nombreuses que nous avons faites au commencement de cet article le démontrent jusqu’à l’évidence, des préparations arsenicales sont entrées et entrent encore dans la composition de la plupart des poudres et des pommades épilatoires. Ce qu’il y a de singulier, c’est que les anciens , Dioscoride , Pline , Galien , etc., en même temps qu’ils constatent les propriétés épilaloires de l’Arsenic, affirment qu’il est très-utile dans l’alopécie. Il est utile sans doute dans les alopécies qui reconnaissent pour cause une maladie chronique du cuir chevelu , et alors il agit comme dans la plupart des affections cutanées qu’il guérit. Il faut noter que , comme dépilatoire, l’Arsenic a une aclion immédiate et qu’il s’emploie alors à des doses considérables ; tandis que , pour guérir les maladies du cuir chevelu qui causent l’alopécie , les préparations arsenicales sont prescrites à des doses minimes, de manière à ne produire sur la peau de la tète qu’une irritation passagère.
Mode d’administration , préparations diverses et doses. Il n’est pas de cas dans lesquels les préparations arsenicales ne puissent être administrées extérieurement. Il snffiL d’en atténuer les doses pour que les tissus les plus irritables cessent d’en ressentir l’influence d’une manière fâcheuse. Il est pourtant quelques personnes disposées de telle manière qu’elles ne puissent supporter un médicament sous quelque forme et à quelque dose qu'il soit administré ; nous avons , plus haut , dans notre article sur le mercure , cité un fait de ce genre.
Mais quand on veut administrer l’Arsenic à l’intérieur , il se présente assez souvent des circonstances qui ne permettent pas d’en conseiller l’emploi. On a remarqué que les femmes dont l’irritabilité était extrême , que les individus très-
pléthoriques , que ceux qui étaient atteints d’une fièvre inflammatoire ou qui étaient prédisposés aux hémorrhagies actives , ne pouvaient supporter à l’intérieur les plus légères doses d’Arsenic. La même exclusion s’applique à ceux qui sont atteints d’une fièvre hectique et de consomption. Enfin on a remarqué que l’on ne pouvait sans imprudence le prescrire aux enfants au-dessous de 7 ans , aux femmes enceintes et à celles qui venaient d’accoucher ou qui allaitaient.
Préparations. Les composés chimiques de l’Arsenic que l’on emploie en médecine sont : 1° L'acide arsénieux (Arsenic blanc, Arsenic du commerce, mort aux rats, oxyde blanc d arsenic). On l’emploie en solution, en pilules et en poudre le plus ordinairement composée.
Solution d’acide arsénieux. On emploie ordinairement une liqueur contenant un centième et souvent beaucoup moins d’acide arsénieux.
Lorsque l’on prescrit l’acide arsénieux à l’intérieur , on peut, en toute sécurité, donner à un adulte de 1 12 à 1 18 de grain deux ou trois fois par jour. C’est la dose ordinairement employée pour guérir les fièvres intermittentes , les affections cutanées, nerveuses , scrophuleuses , etc., etc. Quand on a prescrit des doses très-minimes, on n’atteint pas le but thérapeutique vers lequel on tendait. Toutefois nous ferons observer que si, pour les fièvres intermittentes , il est essentiel de donner l'Arsenic aux doses que nous venons d’indiquer, il n’est pas aussi nécessaire de l'administrer à des doses si élevées pour les maladies chroniques ; la continuité supplée ici à 1 intensité d’action du médicament. Chez les femmes trèsirritables il ne faut pas aller au delà d’un douzième de grain trois fois par jour; d un quinzième pour les adolescents ; d’un vingtième ou d’un vingt-quatrième pour les enfants de 7 à 12 ans.
Les poudres principales à base d’acide arsénieux pour l’usage interne sont :
La poudre fébrifuge de Fontaneilles , composée de : acide arsénieux, deux grains ; mercure doux, seize grains; opium brut, deux grains; gomme arabique, sucre , de chaque un gros.
Poudre dePlencitz. Acide arsénieux, myrrhe, poivre-long, terre sigillée rouge, de chaque deux grains ; fleurs de soufre , une demi-once; acide anlimonique , un gros.
Les poudres d’acide arsénieux pour l’usage externe sont connues sous le nom de poudres du frère Corne, de Juslamond de Pluncket, de Housselot, de Dubois. Nous en avons indiqué la formule dans notre Iro partie, p. 501 et suiv.
OR
Los principales formules de pilules à base d’ale arsénieux sont :
Les pilules de Barton , composées de : acide •séuieux , deux grains ; opium pulvérisé , huit ains; savon médicinal, vingt-deux grains pour • pilules.
Les pilules asiatiques. Acide arsénieux , seize ains; poivre noir pulvérisé, deux gros et demi; mme arabique , un demi-gros ; eau , suffisante ianlilé pour 200 pilules.
La pommade arsenicale , composée de cire anche , deux gros; beurre , six gros ; arsenic anc , quatre grains.
i La pommade d’Hellmund contre les cancers la face diffère à peine des poudres escharrojues indiquées plus haut.
.Le cérat arsenical du codex se prépare à la •>se de un scrupule par once, dose stupide et Croyable. 11 faut tout au plus mettre de deux à ois grains par once de cérat, à moins qu’on ne uille donner lieu à une inflammation des plus ■ergiques.
Iodure d’Arsenic. L’iodure d’Arsenic, médiimenl tout récemment introduit dans la théramtique , n’a encore été employé qu’extérieureent. On l’incorpore à l’axonge dans la proportion un centième et non ù la dose énorme qu’indique . Soubeiran ( Dict . de inéd., 2e édit., I. iv, 12).
Sulfure d’Arsenic. Le sulfure jaune d’Ar- •nic est aujourd’hui employé de préférence au ; lfure rouge ; cependant nous voyons que ez les anciens le réalgar au contraire avait la éséance sur l’orpiment. Quoi qu’il en soit , ces uxsulfures se donnent à l’intérieur à la dose d’un mni-grain et même de deux grains en vingtt taire heures. A l’extérieur, dans les pommades, une dose double de celle de l’acide arsénieux. Quand on le prescrit pour fumigations pulmolires , mêlé ù quelque résine, comme le benjoin, Miban , etc., etc., la dose ne doit pas dépasser i demi-grain dans la masse qui doit-être envoyée en une fois. Dans les fumigations pour l’one la dose doit être la même.
: Le sulfure jaune d’Arsenic est la base des pomades épilaioires que le charlatanisme débile et vente chaque jour. Le fameux Rusma des Turcs prépare avec une partie d’orpiment , seize de laux vive et une «l’amidon. Pour s'en servir, on it avec de l’eau une pâte molle dont on recouvre i partie «pie l’on veut épiler. Une pâle faite avec ne forte solution darsénite de potasse remplit acore mieux ce but.
Arsènite dépotasse. — Ce sel n’est pas employé à l’état de pureté. On se sert de solutions d’acide arsénieux dans le carbonate de potasse. La fameuse liqueur de Fowler se prépare avec cinq parties d’acide arsénieux , cinq parties de carbonate dépotasse , et cinq cents parties d eau. La liqueur contient un centième d’acide arsénieux et un centième d’alcali. La solution de Fowler se donne à la dose de cinq à vingt gouttes, trois fois par jour, dans un demi-verre d’eau sucrée.
L’arsénile acide de potasse peut servir à composer une solution analogue à celle de Fowler. Plus ordinairement on le donne en pilules , mêlé à la mie de pain. La dose esL d’un seizième de grain ù un demi-grain en vingtquatre heures.
L’arséniate neutre de soude est la base des fameuses solutions de Pearson et de Hincke. La solution de Pearson se prépare en faisant dissoudre un grain d’arséniate neutre de soude dans une once d’eau distillée. Celle de Hincke se compose de : arséniate de soude, six grains; eau de menthe, deux onces; eau de canelle vineuse, une once et demie ; teinture d’opium , un gros.
La solution de Pearson se donne à la dose de douze à vingt-quatre gouttes, trois ou quatre fois par jour; celle de Hincke à dose un peu moindre.
Enfin l 'arséniate de fer a été tout récemment employé à l’intérieur par les Anglais, dans les maladies cancéreuses , à la dose de un huitième de grain et jusqu’à un grain par jour.
OR
L’Or, ctvpor , apyvpor des Grecs, anrum, des Latins, sol, rex metallorum des alchimistes , est un métal que l’on trouve toujours à l’état natif. 11 est d’un jaune un peu orangé, inaltérable à l’air, fusible à 32° Weg., mou , très-tenace , très-malléable. Il s’unit à l’oxygène en plusieurs proportions , s’unit au soufre , à l’iode , au phosphore et surtout au chlore ; n’est attaqué par aucun acide ; mais se dissout dans l’acide hydriodique ioduré, et surtout dans l’acide hydrochloronilrique ( eau régale ).
Historique. — Indiqué à peine par les Arabes, l’Or n’a pris une certaine importance médicale «pie lorsque l’alchimie commença à exercer de l’influence sur la thérapeutique. Les alchimistes tourmentèrent l’Or de mille et mille manières pour trouver la pierre philosophale , et , comme ils le croyaient le plus pur , le plus incorruptible
MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
des métaux , ils pensèrent qu'il devait être aussi le plus pur, le plus puissant (les médicaments. Introduit dans l’économie , il devait la purifier de toutes les humeurs, de tous les vices héréditaires ou acquis ; de là les recherches infinies des alchimistes pour rendre l’Or potable. Quand ils eurent trouvé le moyen île dissoudre l’Or dans l’eau régale, et. de le retenir ensuite dans des huiles essentielles , ils crurent posséder une panacée universelle ; et dans les seizième , dix-septième siècles et jusqu’au milieti du dix-huitième, les préparations d’Or potable furent des secrets de famille qui enrichirent beaucoup de personnes et qui, à dire vrai, opérèrent aussi quelques guérisons. Toutefois, il suffisait que les charlatans employassent aussi ce remède, et que les alchimistes l’eussent vanté avec une exagération ridicule, pour que les médecins crussent devoir le poursuivre et se refusassent à l’adopter jamais. Une autre cause contribua singulièrement à discréditer l’Or ; c’est que les médecins qui le vantaient avec le plus d’enthousiasme , l’amalgamaient avec le mercure , ou le mêlaient à des préparations mercurielles diverses , et comme ils le prescrivaient dans la vérole et dans d’autres affecLions où l’effet des mercuriaux ne pouvait être contesté , on concluait avec assez de raison que les prétendues propriétés ihérapeuthiques de l’Or devaient être réellement attribuées au mercure. Ce n’est pas que Pittcarn (1714) n’eût proposé l'Or en poudre ou en feuilles dans le traitement de la syphilis , mais c’est vraiment à notre compatriote Chrestien de Montpellier que l’on doit d’avoir appliqué méthodiquement , d’avoir f lit connaître , et enfin d’avoir popularisé l’emploi de l’Or dans le traitement de la vérole et de plusieurs autres maladies.
Chrestien trouva de nombreux et puissants détracteurs : sa méthode suivie par quelques médecins à Montpellier ne pouvait prendre droit de cité hors de cette ville ; mais les travaux de Niel , ceux de Gozzi de Bologne , et surtout ceux de Legrand , firent mieux connaître les propriétés thérapeutiques de l’Or , engagèrent beaucoup de praticiens à les essayer, et les placèrent enfin au nombre des agents thérapeutiques dont il n’est pas permis aux médecins d’ignorer les usages et le mode d’administration. Aujourd’hui donc on ne pourra plus traiter l’Or avec légèreté à l’exemple de Linné et de Gmelin.
Nous regrettons vivement de n’avoir que rarement mis en usage, dans notre pratique, les préparations auriques , et de ne pouvoir, par
conséquent , parler ici d’après notre propre ex- )érience; mais il est difficile que la vie de deux tommes, si active qu’elle puisse être, suffise à 'expérimentation de tous les agents de la matière médicale, et le lecteur comprendra que noire devoir, dans cette circonstance, est de recueillir les témoignages relatifs à l’action thérapeutique du médicament, nous réservant seuement alors le rôle de critiques que nous ne devons jamais dépouiller.
Action physiologique des préparations auriques. Quand on donne à l’intérieur des préparations auriques, outre leur action générale que nous allons étudier tout à l’heure, elles exercent encore une action topique irritante sur laquelle il est superflu d’insister en ce moment , action irritante qui est d’un grand secours dans le traitement local des affections syphilitiques au même tilre que les préparations hydrargyriques employées comme agents de la médication substitutive ou bomœopathique. (Voir plus haut.) Mais quand des préparations auriques sont administrées en frictions sur la langue , ou de telle manière en un mot qu’elles soient absorbées , elles amènent dans l’économie d’importantes modifications parfaitement indépendantes de l’action locale irritante , modifications qu’il est important d’analyser ici.
Organes de la digestion. Les fondions de l’estomac deviennent plus actives , plus régulières , ce qui se juge surtout par l’augmentation de l’appétit , par la rapidité des digestions. Ces modifications oui lieu non-seulement chez les gens bien portants , mais chez ceux encore dont l’estomac a été affaibli par de longues maladies , par une diète prolongée , par la continuité d’un régime antiphlogistique. El plus bas , quand nous parlerons de l’action thérapeutique de l'Or, nous verrons quel parti Legrand a tiré des propriétés dont nous venons de parler.
11 arrive quelquefois que la modification exercée sur l’estomac aille jusqu’à l’irritation , ce qui peut arriver exceptionnellement chez les femmes qui sont douées d'une extrême irritabilité , ce qui se produit en général lorsque l’on fait à jeun les frictions sur la langue. Aussi est-il de précepte de prendre , avant chaque friction , du lait, une tisane muciiagineuse, ou de différer l’emploi du remède jusqu’après les premiers repas. Il ne faut pas être retenu par la crainte de troubler la digestion; l’expérience a prouvé, comme nous le disions tout à l’heure , que celle fonction n’en est que plus parfaite.
OR
La constipation est une conséquence assez oraire de l’emploi de médicaments auriques , et n devait être ainsi, puisque l’absorption inlinale semble être augmentée; toutefois nous pouvons nous empêcher de faire remarquer î l’arsenic, dont l’action sur les fonctions de itomac est assez analogue à celle de l’Or, rend contraire les garderobes plus faciles.
Action sur le système nerveux. Celte action • le système nerveux qui peut-être est la cause mordiale de l’exaltation fonctionnelle que l’Or ermine dans divers organes est surtout rendue dente par celte disposition singulière que les jmes hystériques désignent par cette expresn synthétique ètatnerveux; on l'observe chez femmes surtout, rarement chez les hommes, antà l’exaltation des fonctions intellectuelles ,
; existe véritablement, et ressemble à ce que 1 éprouve quand une passion excentrique nous te ou que l’on est en pointe de vin. Certains ;anes,ceux surtout qui président aux fonças génératrices semblent être plus parliculièoent le terme de l’action excitante de l’Or ; il chez les hommes principalement plus de saité, et quelquefois il peut se montrer un priame douloureux. D’où la nécessité de s’abstenir : préparations auriques dans la période aiguë ; chaudepisses , alors que les érections onlben d’être modérées.
>lte action excitante sur le système générar se manifeste chez la femme moins par des >élils vénériens exagérés que par l’augmenla- 1 du flux et de la fluxion menstruels. l’Or est ic , comme l’iode , un puissant emménagogue, à ce litre , il exerce sur les vaisseaux hérrhoïdaux la même influence congestive que le système vasculaire de la matrice ( Leind, De l'Or , 2° édit., pag. 75, 265, 271 et ssim.)
Action pjrrogènè tique ou excitatrice de la cre. Nous avons vu , en parlant du mercure , que ’on continuait pendant un certain temps à l’adnislrer , il survenait des phénomènes critiques ers et une fièvre mercurielle dans l’acception oureuse du mot; que pourtant on pouvait évicclle fièvre, en donnant le mercure par la thode d’extinction : il en est de même pour les •parafions auriques. Quand on les donne chae jour et pendant deux , trois , quatre semaines suite , il survient, après un laps de temps thnairemenl assez court , une véritable fièvre rfaitemenl décrite par Niel ( Recherches et obtentions sur les effets des préparait onsd'Or ,
Paris , 1821 ). Celte fièvre , regardée par l’auteur que nous venons de citer comme une condition sine quâ non de l’action curative de l’Or , s’accompagne de sueurs fort abondantes, d’augmentation dans le flux des urines , et souvent aussi d’une salivation entièrement différente de celle que provoque le mercure en ce sens que les gencives et la membrane muqueuse buccale ne sont ni gonflées ni douloureuses.
Delafield, de Nerw-York, a constaté également la plupart de ces phénomènes qu’il appelle critiques , mais surtout la supersécrélion des urines, jusque-là qu’il crut devoir conseiller les préparations auriques dans le traitement de l’hydropisie , et ce fut avec succès.
Gozzi ( Sopra l'uso di alcuni remedii aurifîci , Bologne , 1817 ) s’exprime ainsi : « J'ai observé qu’après l’emploi du perchlorure d’Or et de sodium , en friction sur la langue , le malade éprouve habituellement de l’inquiétude et un peu d’impatience. La chaleur de la peau augmente , le pouls prend de la force et de la fréquence ; puis les urines deviennent de plus en plus abondantes et ont une belle couleur jaune. Les transpirations augmentent , puis apparaissent des sueurs générales ou partielles plus abondantes la nuit que le jour. Bientôt elles deviennent extrêmement copieuses en même temps que les urines; mais le plus ordinairement le flux urinaire alterne avec la diaphorèse , et l’un supplée l’autre en quelque sorte. Ces phénomènes ne s’observent pas d’emblée; mais ils se manifestent seulement après six, huit frictions , et même plus tard , suivant les individus et les circonstances dans lesquelles ils se trouvent. Cette augmentation dans la sécrétion des urines et des sueurs est toujours assez marquée pour fixer l’attention des malades.»
Legrand ( loc. cit. ) , qui rapporte également les opinions des auteurs dont nous venons de parler et qui partage leur opinion , fait observer que les phénomènes qui , suivant Gozzi, commencent à ne se montrer que le sixième ou le huitième jour , apparaissent beaucoup plus tard. Il est à regretter aussi que ces thérapeutistes n’aient pas fait connaître les influences que les climats et les températures exercent sur la prédominance relative et sur l’ordre d’apparition de ces phénomènes. Il est probable , en effet, que, pendant l’hiver , les sueurs peu abondantes ou fort tardives seront remplacées par une sécrétion plus grande d’urine ; que , dans une température plus élevée , les sueurs apparaîtront plus vite, tandis que les urines seront d’autant moins copieuses, etc. ,elc.
M É l) I CA i\I E N TS A LTÉ Il A N TS .
Chreslien , Niel, Gozzi , Legrand, regardent cette fièvre aurique comme un moyen curatif employé par la nature pour éliminer le principe morbifique ; et se livrent , à ce sujet , à des discussions qui ressemblent tout à fait à celles que nous avons abordées au commencement de celte part., pag. 4 et suivantes. Celte opinion est exactement la même que celle qui avait prévalu jadis , relativement au mercure, dans le traitement de la vérole , et, pour rester dans les. explications hippocratiques , les médecins qui donnaient le mercure avaient été au delà des faits , exactement comme ceux qui donnent l’Or aujourd’hui.
Cette opinion est appuyée sur quelques faits exceptionnels qui sont loin de devoir faire loi. On a remarqué, en effet, que parle seul fait d’une fatigue soutenue , la vérole pouvait se guérir , et on a cité à satiété ces vers fameux de Fracastor.
Tibi nullaquies, nulla otia sunto.
Rumpe moras, agita assiduis venatibus apros ■Impiger, assiduis agita venatibus ursos.
Nec tibi sit labor aerii cursu ardua montis Yincenti, rapidum in valles deflectere cervum,
Et longà lustrare altos indagine saltus.
Vidi ego sœpe,malum qui jam sudoribus omne Finisset, sylvisque luetn liquisset in altis.
( Aphrodisiac . Page 189.)
Sans doute les sueurs sont bonnes pendant la syphilis ; mais il nous semble peu probable que les véroles se trouvent bien en général du singulier régime auquel Fracastor veut lés soumettre, dans sa verve poétique ; ses conseils se sentent un peu de l’époque où l’on mettait les misérables malades à la question de l’étuve , pour les guérir de l’affection vénérienne. Certes on peut affirmer que le repos , le calme de l’esprit et du corps , et un régime modéré , guériraient , bien plus de véroles que les exercices rustiques de Fracastor.
La fatigue, les sueurs guérissent la syphilis , cela est moins vrai que celle proposition : le repos, le séjour dans l’appartement , guérissent la syphilis. Qu’on ne vienne donc pas , pour soutenir une doctrine très-respectable, puisqu'elle est hippocratique , torturer les faits à plaisir.
L’Or guérit la vérole sans phénomènes critiques appréciables , c’est un fait (pie n’avouent pas les auteurs que nous venons de citer; mais les observations si nombreuses publiées par Legrand dans son ouvrage parlent plus haut encore que les théories. En les lisant avec attention , on reste convaincu que, dans un grand nombre de cas, il n’y a eu aucun phénomène critique apprécia-
ble. Il est de la dernière évidence que l’Or , comme le mercure, s’ils sont administrés à petites doses, à des intervalles assez éloignés, et avec les précautions conseillées dans la fameuse méthode d’extinction de Montpellier , n’en guériraient pyg la syphilis avec moins de sûreté que s’ils étaient donnés à telles doses qu’ils produisissent des perturbations graves et parlant les actes critiques qui sont la conséquence nécessaire de presque toutes les grandes perturbations de l’économie.
Si d’ailleurs les préparations auriques guérissaient les maladies vénériennes par leurs qualités excitantes , à ce litre le calorique , l’ammoniaque, l’alcool, les labiées, le poivre, legérotle, les huiles essentielles diverses, seraient les meilleurs antisyphilitiques! C’est pourtant à de semblables absurdités que mène la manie de classer et d’expliquer. On va chercher bien loin le mode d’action intime de l’Or , du mercure . du quinquina , etc. , etc. , et l’on suit , comme Barbier d’Amiens , la molécule thérapeutique cheminant à travers les tissus pour aller toucher la fibrille organique , au lieu de constater tout simplement les effets sans expliquer les intermédiaires. L’Or modifie tout l’organisme , c’est un fait évident; il neutralise, n’importe à quel litre et comment, des causes morbifiques puissantes , tenaces , désorganisatrices; nous le rangeons alors par ordre d’affinités à côté du mercure, de l’iode, de l’arsenic , etc. , etc. , sans prétendre le moins du monde qu’il ail avec ces substances , autre chose de commun que la fin thérapeutique. Concluons donc avec Niel que l’Or jouit d’une propriété occulte indépendante de son action excitante , de ses qualités physiques , en un mot que c’est un médicament spécifique.
Nous avons vu plus haut que les effets généraux des préparations auriques se faisaient sentir seulement dix , douze , quinze jours ou d’avantage après le début du traitement; il faut dire aussi que ces effets continuent encore longtemps après qu’on a cessé d’administrer le remède. Ainsi l’on voit les sueurs , la diurèse et les divers phénomènes nerveux durer longtemps encore. Ce fait n’est pas exceptionnel ; il a lieu pour tous les médicaments que nous avons rangés dans lai classe des altérants. Et , tandis que le autres subsances ne laissent en quelque sorte qu’une traça légère de leur passage à travers l’économie, ceuxlà laissent au contraire une empreinte profond» que le temps quelquefois ne peut effacer. Ces ef| fels , disons-le encore, sont tout à fait indépenj danls de la propriété thérapeutique de l’Or ; et i
OR
î faut pas confondre dans les maladies l’action tralive de la nature médicatrice avec celle du mécament. En effet une pleurodynie survient qui uène une fluxion inflammatoire de la plèvre et ii épanchement séreux ; on applique sur ce côté n vésicatoire ammoniacal que l’on saupoudre â morphine. La pleurodynie cède sous l’influence e l’opium ; mais la pleurésie et l’épanchement leuritiquequi se guérissent seuls ensuite ne guéissenl plus par l’opium, mais bien par l’action e la nature médicatrice , ou ( si cette explication épugne), par une action tout à fait indépenante de celle de l’opium. De même, dans certains formes chroniques: vous donnez l'Or, l’iode il le mercure dans un sarcocèle vénérien , une ois la cause syphilitique détruite, la résolution uarche seule, et met un an à s’accomplir, sans lue désormais l’intervention des médicaments deienne nécessaire.
On nous pardonnera sans doute cette courte
lents accès de fièvre et de très-fortes coliques. Il a une fois couvert le corps d’une espèce de dartre. line périoslose volumineuse , jusque-là exemple de douleurs, en causa à la dixième prise de très-lancinantes , qui amenèrent bientôt une dégénérescence carcinomateuse, à laquelle le sujet succomba. *
Chrestien lui-même , avec une bonne foi que tous auraient dû imiter , accuse l’Or de quelques accidents qui , suivant nous , et suivant Legrand qui les analyse, sont évidemment dus à la syphilis contre laquelle les préparations auriques avaient été dirigées.
Niel , Gozzi , Chrestien , Legrand, répondent à ces objections que l’Or , comme le mercure , comme d’autres médicaments , peut sans doute causer quelques accidents s’il est administré à de trop fortes doses ou dans des conditions où on doit s’abstenir de son emploi ; qu'il faut imputer ces accidents quelquefois à la maladie . et
ligression en faveur de l’importance de la loi plus souvent au médecin imprudent ou inex-pé-
hérapeulique dont nous venons d’ébaucher la mrmule.
Des accidents causés par l'Or. A entendre Legrand , c’est tout au plus s’il accorde à l’Or la possibilité de provoquer d’autres accidents que ceux qui sont dus à son action irritante topique. Il est pourtant difficile de concevoir qu’une substance si énergique et qui amène tant de perturbation soit toujours parfaitement innocente. Les
rimenté. Ils offrent en témoignage les faits nombreux consignés dans leurs écrits , et les résultats de leur pratique journalière.
Quant à nous , en lisant attentivement plus de 400 observations rapportées dans la 2e édition de 'ouvrage de Legrand , nous restons convaincus, non de la prééminence de l’Or sur le mercure , mais de ce fait , savoir : Que l’or est un médicament utile; en second lieu , que son emploi me-
parlisans exagérés des préparations auriques ac- suré est ordinairement exempt d’inconvénients,
qu’il en occasionne surtout moins que le mercure.
Emploi thérapeutique des préparations auriques. Syphilis. Les heureux résultats de l’Or dans le traitement des maladies vénériennes sont aujourd’hui un fait incontestable et bien acquis à la science. On peut lire dans les écrits des auteurs qui se sont occupés de ce point de thérapeutique d’innombrables observations qui prouvent les propriétés anlisyphililiques des composés auriques. Le travail de Legrand dans lequel on regrette l’absence de tout résumé , contient sur ce sujet des faits très-probants. Il rapporte d’abord des histoires de syphilis primitives guéries
cusenl hautement le mercure et absolvent l’Or, les autres au contraire ne reconnaissent point à celui-ci l’innocuité qu’ils accordent au mercure.
lliacos intra muros peccatur et extra.
Cullerier accusait le perchlorure d’Or et de sodium d’occasionner une chaleur interne, de la céphalalgie , de la sécheresse de la bouche et du gosier, de l’oppression, une irritation gastrique et gastro-intestinale, de l’accélération du pouls, de la fièvre.
Percy , dans son célèbre rapport à l’Académie des sciences, attribue à l’Or des accidents plus graves, t Chez plusieurs malades , il a éveillé une sensibilité générale; il a converti l’état indolent des tumeurs soit osseuses soit glanduleuses en un état d’exaspération et d’inflammation qu'il a été difficile de calmer. Chez deux malades , il a produit une gastrite très-alarmante. Nous l’a vous vu chez deux autres occasionner de vio
par l’administration de l’Or seul. Ces véroles étaient, pour la plupart, assez graves pour qu’on ne pût logiquement attribuer la guérison à l’expectation. L’influence de l’Or devient beaucoup plus évidente encore quand les accidents primitifs duraient depuis longtemps , qu’en un mot la syphilis étaient invétérée. Dans ce cas , on savait à quoi s’en tenir sur l’expectation ; elle n’a-
MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
vait fait qu’empirer le mal. Ces accidents primitifs étaient tous ceux qui siégeaient dans les parties génitales ou au voisinage , telles que chancres , végélalions , bubons , rhagades , fissures, etc., etc., etc. Enfin des observations tout aussi nombreuses prouvent l’heureuse influence de l’Or dans le traitement des accidents secondaires et constitutionnels , tels que ulcères des fosses nasales, du pharynx, du larynx, syphilides cutanées, exostoses, nécroses, caries, consomptions vénériennes.
Quant à la blennorrhagie , elle ne paraît pas avoir été aussi évidemment modifiée que les autres accidents vénériens ; c’est du moins ce qui résulte des observations citées par Legrand luimême , quoique celui-ci paraisse les trouver concluantes , nous ne savons sur quel fondement. Il est évident pour tout homme impartial que l’Or n’a pas plus d’action que le mercure sur les flux blennorrhagiques, à moins que ce flux ne tienne, comme cela a lieu quelquefois , à des ulcérations siégeant sur la membrane muqueuse de l’urètre ou sur le col de l’utérus. Dans ce cas on comprend comment , en guérissant les chancres syphilitiques , l’Or guérit l’écoulement qui en est la conséquence.
Vient ensuite la grande question de la prééminence de l’Or sur le mercure. Les partisans de l’Or rassemblent tous les faits qui démontrent les inconvénients de l’abus des mercuriaux. Us nous présentent d’une part des hommes défigurés , mutilés , tués parle mercure; de l’autre les heureux qui ont dû à l’Or le rétablissement d’une santé délabrée; et quand ils proclament bien haut les bienfaits des préparations auriques employées chez ceux mêmes dont le mal avait résisté au mercure , ils oublient ou du moins feignent d’oublier les immenses services que rend le mercure à quelques-uns de ceux que l’Or n’a pu délivrer de leur vérole.
L’exagération dans les éloges que l’on donne à un médicament est la voie qui mène le plus sûrement à l’incrédulité ceux que l’on voudrait convaincre. Les thérapeutistes désintéressés dans la question conviennent de bonne foi que , parmi les médicaments altérants , il en est qui , ennemis d’une constitution, vont au contraire beaucoup mieux à une autre; que tel n’est pas guéri par l’Or et se sauve par le mercure ; que celui-ci trouve dans l’iode un secours que l’Or et le mercure lui avaient refusé. De sorte qu’il faut accepter sans exclusion le bien d’où qu’il vienne, et rester convaincu surtout de cette grande loi
thérapeutique , que le même moyen ne va pas à tous, fût-il généralement bon , et qu’il faut savoir recourir à ceux mêmes qui sont utiles exceptionnellement.
Sæpe premente deo, fert deus alter opem.
On remarque assez souvent pendant l’administration de l’Or, dans la vérole constitutionnelle , quelques phénomènes dont le médecin doit être instruit , s’il ne veut courir le risque de tomber dans une grave erreur thérapeutique. Il arrive en effet que , sous l’influence des préparations auriques , tous les accidents syphilitiques locaux prennent un surcroît d’intensité , que même il en apparaisse de nouveaux. Ces phénomènes , loin de devoir inspirer des craintes , sont plutôt désirables ; car, peu de jours après leur manifestation , on voit la maladie suivre une marche rapidement rétrograde. Il est donc bien important que le médecin se rassure et surtout qu’il prévienne et rassure ceux qui sont confiés à ses soins.
Parmi les avantages que les partisans de l’Or reconnaissent à ce médicament dans le traitement de la syphilis primitive ou secondaire , il faut citer le suivant; c’est que , la plupart du temps, il n’est besoin ni d’exciter les excroissances ni de faire usage d’aucune application topique. Quelquefois pourtant on retire des avantages en pansant les ulcères de mauvais caractère avec une pommade aurique , ou en frictionnant les engorgements syphilitiques avec cette même pommade.
Scrophules. Des faits nouveaux publiés par Legrand {Journal des Connaissances Mèdicocliirurgicales , t. y, 4e année) témoignent en faveur des préparations d’Or dans le traitement de la scrophule. En même temps qu’il donne l’Or à l’intérieur pour modifier la constitution et pour combattre le vice scrophuleux , il traite topiquement , par les pommades auriques , les ulcérations qui peuvent siéger au col ou dans toute autre partie. Déjà Lallouette avait , dans le milieu du siècle dernier, vanté contre les scrophules deux foies de soufre solaire , et un savon antimonial par la voie solaire , composés dans lesquels ii entrait de l’Or ; et plus lard Chrestien de Montpellier , dans son enthousiasme pour l’Or, avait aussi préconisé son remède favori, nonseulement dans le traitement de la scrophule , mais dans celui des dartres, du goitres, du squirrhe de la matrice , et même de la phthisie tuberculeuse.
OR
L’Or n’a pas, il est vrai, tenu toutes les grandes aînesses que son patron avait faites en son m , mais , outre la syphilis qu’il guérit évinnnent et souvent , et la scrophule qu’il 1110îe avantageusement s’il ne la guérit pas comîtrment , il se recommande encore avanlageunent dans le traitement des dartres, et alors il m ploie surtout topiquement , bien que ses parans le regardent comme agissant utilement ssi quand on l’administre intérieurement.
Niel a observé des exemples d’ophlhalmie scromleuse, d’engorgement du gland , de tumeurs anches , de teigne , de goitre , d’éléphanliasis , léris par d’assez fortes doses d’Or. Le docteur oetzner a réussi , par d’énormes doses de muale d’Or, un quart , un demi , et même un ain , dans des cas d’ascite dépendante d’affecms chroniques du foie , chez des malades non uisés (Mérat et Delens, Die. de mat. méd. , me v, p. 85 ).
Maladies du tube digestif. Nous avons in- >lé , au commencement de cet article , sur la opriété qu’ont les composés auriques de rélair les fonctions de l’estomac. Legrand nous a unmuniqué, sur ce sujet, un mémoire manurit fort intéressant. On y trouve plusieurs hisires d’enfants du premier âge , affectés de iarrhée , de vomissements , de dyspepsie , et ins un état de marasme qui inspirait les plus rieuses inquiétudes pour leur vie ; il adminisait l’Or divisé, incorporé à du miel, un demi- ’ain à un grain d’Or par once d’excipient , et il isait prendre, chaque jour, une ou deux adirées à café de cette mixture. Préalablement il dmait les douleurs de ventre, s’il en existait, ir- des bains, des cataplasmes et des clystères nollients. Il continuait ainsi la préparation auque jusqu’à ce que la santé ne laissât plus rien désirer, et il ne craignait pas d’alier jusqu’à x , huit , dix grains pour tout le traitement. Aménorrhée. Quand nous nous sommes ocjpés de l’action physiologique de l’Or, indépenamment de ses propriétés thérapeutiques , nous vons vu qu’il congestionnait les vaisseaux du assin , et qu’à ce litre , c’était un moyen puisiiil de provoquer les règles et la fluxion hélorrhoïdale. C’est un point de ressemblance de lus que l’Or a avec l’iode. Il en résulte que , liez les femmes enceintes , chez celles qui , à mr époque critique , ou dans tout autre moîent , sont sujettes aux métrorrhagies , chez elles encore qui ont une fluxion permanente du ôté de l’utérus, il y a inconvénient réel à donner
des préparations auriques , et qu’au contraire il y aura tout avantage à les administrer , si les règles sont trop peu abondantes , ou nulles ; mais il est important de faire ici des réserves semblables à celles que nous avons faites en parlant des propriétés emménagogues de l’iode ( page 0 ).
Il nous reste à parler de l’Or comme topique. Legrand d’abord et Récamier ensuite ont employé le perchlorure d’Or comme caustique dans les ulcérations du col de l’utérus. Pour lotions , pour injections vaginales , on fait usage du perchlorure d’Or et de sodium en dissolution dans de l’eau distillée, à la dose d’un grain pour une , deux et même quatre onces de véhicule.
Les pommades auriques , dont nous donnons plus bas la formule, servent non-seulement pour déterger les ulcères vénériens , mais encore pour modifier les ulcérations scrophuleuses , dartreuses . et les affections herpétiques diverses.
Préparations auriques. Mode d’ administration. Doses (1). Les préparations auriques employées jusqu’ici par Chreslien et par ses disciples sont 1° l’Or divisé ; 2° l’oxyde d’Or par l’étain ; 5° l’oxyde d’Or par la potasse ; 4° le perchlorure d’Or et de sodium.
L’Or divisé s’administre par doses croissantes d’un quart de grain à quatre grains par jour , en frictions sur la langue (celte friction doit être d’une durée de quatre minutes pour l’Or divisé et pour les oxydes ; une minute suffit pour le chlorure). On l’administre aussi à l’intérieur , ainsi que toutes les préparations d’Or , le matin, à jeun, dans une cuillerée de confiture non acide ; une demi-heure après , le malade boit un grand verre de petit lait. L’Or divisé s’emploie également en tablettes , en pilules. On compose des pommades en incorporant 6 à 12 grains d’Or divisé dans de l’axonge ou du céral ; des tablettes selon la formule suivante :
Or divisé ou mieux oxyde d’Or : quinze grains;
Sucre blanc en poudre , une once.
Mêlez exactement et faites avec le mucilage de gomme adragant une masse que vous diviserez en soixante tablettes.
Les pilules se composent en mêlant FOr divisé ou mieux l’un des oxydes avec un extrait quelconque. On fait ainsi des pilules d’un dixième de grain , qu’on prend le malin à jeun , en commençant par une et en allant jusqu'à dix.
(1) Nous empruntons les détails qui vont suivre à l'ouvrage de Legrand,
MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
Les oxydes d'Or sont employés sous les mêmes formes que l’Or divisé, mais pas habituellement à l'extérieur; ils se donnent à la dose d’un dixième de grain , d’un grain et même de deux grains pat* jour. L’oxyde d’Or par l’étain est plus énergique que celui par la potasse.
Le perchorure d'Or et de sodium est un caustique puissant : on le donne pulvérisé et mêlé à de fortes proportions d’une poudre parfaitement inerte, l’iris par exemple ouramidon.il s’administre le plus ordinairement en friction sur la langue , à la dose d’un trentième à 1/5 de grain par jour. Niel a même poussé la dose jusqu’à un grain par friction. On peut aussi pratiquer cette friction sur la face interne des joues ; mais on préfère la langue , de peur que le contact du médicament ne noircisse les dents. On remarque en effet que lorsqu’on fait ces frictions sur la langue , celle-ci et le doigt deviennent d’un violet foncé qui ne s’efface qu’àda longue et lorsque l’on ne fait plus usage de ce moyen depuis longtemps. Si par mégarde on touche les dents , celles-ci se noircissent également, et il faut quelquefois plusieurs semaines avant que cet inconvénient ne disparaisse. Pour éviter la tache qui s’attache au doigt, Legrand conseille de se servir de la petite éponge qui se trouve placée souvent sur l’un des côtés des brosses à dents.
Le mécanisme de la friction et peut-être l’action irritante du médicament déterminent toujours une abondante sécrétion de salive. Chrestien pense qu’après avoir gardé quelque temps la salive dans la bouche on peut la rejeter; Gozzi, au contraire , donne le conseil de l’avaler ; Legrand se range à l’avis de ce dernier.
Le perchlorure d’Or et de sodium peut aussi se donner à l’intérieur, mêlé à de la poudre d’iris , sur de la confiture non acide, ou en dissolution dans l’eau distillée. On ne doit jamais le prescrire en tablettes , en pilules , ou dans des sirops , parce que , de cette manière , il se décompose.
Chrestien a une fois administré avec le plus grand succès , suivant la méthode de Cirillo , en frictions sous la plante des pieds , le perchlorure d’Or et de sodium incorporé à l’axonge , à la dose d’une demi-once de sel aurique pour quatre onces de graisse. On consomme un gros de pommade pour la première friction et ou augmente la dose de temps en temps.
Quand la langue est excoriée ou trop irritable, il faut pratiquer les frictions sur la face interne des joues, et si quelques accidents empêchent de les faire sur cette dernière partie, on les fera à la base du gland ou à la face interne des grandes lèvres.
Les doses nécessaires pour obtenir la guérison d’une syphilis récente ne sont pas les mêmes que celles qu'il convient d’employer dans une vérole constitutionnelle ou dans les scropliules, ou bien encore dans le traitement des maladies chroniques de la peau.
Pour la syphilis, les doses de perchlorure d’or et de sodium sont comprises entre les limites de 3 à 40 grains; les doses d’Or divisé et d’oxyde sont beaucoup plus considérables.
Cinq grains de chlorure, en commençant par un seizième, et allant à chaque grain par doses croissantes, de manière que le dernier grain soit administré par douzièmes, suffisent, en général , pour les maladies vénériennes récentes; la quantité du médicament doit être double et triple même pour les véroles constitutionnelles.
Quand on suppose que les préparations auriques devront être administrées pendant longtemps , il faudra changer souvent de préparation, et insister principalement sur les oxides et sur l’Or divisé, qui n’ont pas d’action irritante.
Les précautions à prendre pendant le traitement et le régime n’ont rien de spécial ; mais ceux qui sont en traitement doivent se souvenir qu’ils sont malades et se conduire comme tels. .