CRÉOSOTE
La Créosote (de Kp«*f chair, et cr0?«, je conserve) est une sorte d’huile essentielle que l’on relire du goudron. Elle a une odeur détestable et extrêmement pénétrante qui rappelle celle de la suie et de la fumée de bois vert. Incolore quand elle est pure, elle prend, en vieillissant, une teinte de bistre rougeâtre très-caractéristique. Sa saveur est âcre , astringente , caustique. Elle est soluble dans l'eau , dans la proportion de 1/80 de son poids; très-facilement soluble dans l’alcool, dans l’éther et surtout dans l’acide acétique. Elle se mêle facilement à l’ammoniaque et à l’axonge. Elle coagule l’albumine, décompose les résines et la plupart des matières colorantes.
Action de la Créosote sur l'homme en santé. Mise en contact avec la peau , la Créosote , quand elle est pure, produit une violente cuisson et une brûlure légère ; les membranes muqueuses en sont beaucoup plus vivement affectées , elles blanchissent, comme par le contact du nitrate d’argent, çt l’épiderme se détache et laisse au-dessous le chorion enflammé. L’eau créosolée dans une forte proportion agit évidemment comme irritant, à la manière des acides faibles , mais à faible dose elle ne détermine qu’une aslriction assez analogue à
celle du vinaigre et des autres acides peu concentrés. A l’effet aslrictif succède une véritable réaction irritative et une fluxion légèrement inflammatoire.
Donnée à l’intérieur, la Créosote cause, dans le gosier, une sensation extrêmement désagréable qui n’est ni de la chaleur, ni de la cuisson, mais quelque chose qui rappelle l’insupportable odeur de celle substance. Quand la dose est trop forte, il peut y avoir des effets semblables à ceux qui seraient produits par des poisons irritants , en outre des effets slupéfiants sur le système nerveux.
Historique et usages thérapeutiques. La Créosote est un médicament tout nouveau. Elle a été découverte par Richenbaeh , chimiste de Blausko, en Moravie. Ce savant s’occupait depuis longtemps de recherches sur le goudron ; et , s’apercevant que l’épiderme de ses mains se desséchait et s’enlevait en lambeaux, il en trouva la cause dans une substance particulière qu’il appela Créosote.
Dès que ce médicament fut introduit dans la thérapeutique, il excita une grande émulation entre les thérapeutistes , et ce fut à qui trouverait des vertus nouvelles au nouveau remède. Le cancer, les dartres , les hémorrhagies , la carie des os , la scrophule , la phthisie , guérissaient par la Créosote. C’est avec cette escorte que vers 1829 la Créosote s’introduisit en France. Ce fut un triste et déplorable engouement pendant quelques mois; l’Institut, l’Académie de Médecine, furent assaillis de mémoires pendant ce laps de temps. Les principaux travaux qui furent adressés à l’Académie de Médecine étaient de Coster, d’Yvan, de Berthelot et de d’IIuc. Ces travaux furent l’objet d’un rapport fort impartial de Martin Solon {Mémoires de l A cadémie royale de Médecine , t. y, pag. 129), qui, lui-même , fil à son hôpital de nombreuses expériences.
C’est d’après ce rapport principalement que nous essayerons d’indiquer les propriétés thérapeutiques, d’ailleurs fort restreintes , de la Créosote.
Maladies de la peau. Brûlures. Les brûlures au premier, au deuxième et au troisième degré, ont été traitées par l’eau créosotée au quatrevingtième; la commission n’a obtenu aucun effet notable. Les mêmes lotions ont complètement échoué dans le pemphygus , dans la lèpre léontine. De la pommade créosolée composée de six à vingt gouttes de Créosote par once d’axonge , employée en onction pour des dartres de diverses natures, a donné quelques résultats avantageux
SUIE
dans les darlres furfuracées légères, niais a paru inefficace clans les formes plus graves.
Ulcères. Dans le traitement des ulcères aloni ques et sordides , à bords calleux et comme lardacés , Berlhelot a obtenu des effets avantageux ; mais il faut tenir compte ici des soins dans le pansement, soins que ne prenaient pas auparavant les malades , et d’ailleurs la Créosote ici n’a pas eu d’avantage sur les bandelettes de diachylon , sur les feuilles de plomb et sur tanld’autres moyens fort simples , fort faciles et connus de tous , et qui d’ailleurs n’ont pas le très-grave inconvénient d’empuantir l’atmosphère autour du malade, à tel point qu’il est obligé de se tenir confiné chez lui, et même , avec celle précaution , il infecte toute la maison qu’il habile.
Phlegmasies des membranes muqueuses.
L’eau créosotée employée eu injonction a réussi à Berlhelot dans l’otcrrhée chronique , dans la leucorrhée , dans la blennorrhagie.
Hémorrhagies. L’action astringente de l’eau créosotée a été utilisée dans les hémorrhagies nasales. La Créosote pure a même été conseillée pour les grandes hémorrhagies dépendantes de plaies artérielles , mais les expériences de Miguet ( Recherches chimiques et médicales sur la Créosote, 1 8o4) ont démontré que les hémorrhagies des petites artères n’étaient pas même arrêtées parla Créosote.
Carie des délits. Pendant quelque temps on a f.iil de nombreuses expériences sur l’emploi de la Créosote dans le traitement de la carie des dents. Évidemment celle substance, comme toutes celles qui sont un peu calhérétiques , calme en général les douleurs de dents et retarde la carie , au même titre que le nitrate d’argent , le sulfate de cuivre , etc. , etc. ; mais elle n’a pas de propriétés spéciales, comme on a pu s’en convaincre aisément, et aujourd’hui la Créosote està peine employée par quelques dentistes.
Phthisie. Enfin , il n’est pas jusqu’à la phthisie pulmonaire que l’on n’ait voulu et prétendu guérirpar des fumigations de vapeur d’eau créosotée. Il est inutile de dire que, par ce moyen , quelquefois des catarrhes ont été modifiés, mais que la phthisie a suivi sa marche fatale.
Enfin la Créosote et l’eau créosotée ont été employées à la conservation des pièces anatomiques.
SUIE
Blaud de Bancaire, pensant que la Suie de bois contenait de la créosote et de l’acite pyroli-
gneux , en essaya la décoction dans diverses affections , et fit usage aussi d’une pommade composée d’axonge et de Suie. Cette décoction et ce mélange ont paru à Blaud héroïques contre les dartres invétérées , les diverses espèces de teignes et surtout la teigne faveuse , les ulcères de mauvais caractère , etc. , etc.
Les formules mises en usage par ce médecin sont les suivantes.
Eau pure — une livre.
Suie — deux poignées.
Faites bouillir pendant une demi-heure , passez ensuite avec expression et employez en lotion, trois à quatre fois par jour , contre les dartres et les teignes, après avoir fait tomber les croûtes au moyen de cataplasmes; en fomentations continues, au moyen de gâteaux de charpie, contre les ulcérations; en injections, contre les fistules invétérées on entretenues par la carie des os.
Pour la pommade :
Axonge — deux onces.
Suie — Q. S.
Mêlez exactement par petites parties, jusqu’à ce que l’axonge soit colorée en brun foncé. Cette pommade s’emploie soit seule, soit concurremment avec les lotions et la décoction ( Journal des connaissances médico-chirurgicales , tome ir, page 281 ).
Blaud a été plus loin , il a prétendu avoir guéri par des injections d’eau chargée de Suie des ulcères carcinomateux de la matrice ; nous avons répété ces expériences concurremment avec notre ami Al. Lebreton , et nous avons en effet obtenu de grands succès dans -les ulcères de l’utérus qui, il est vrai , n’avaient rien de carcinomateux.
Parmi les propriétés de la Suie, il en est une sur laquelle nous croyons devoir appeler l’attention , c’est sa propriété anlhelminlique. La décoction de Suie a été en effet employée de temps immémorial par les gens du peuple comme vermifuge soit en lavement ’, soit en potion ; en lavement , pour les ascarides qui occupent le gros intestin ; en potion , pour les entozoaires qui habitent l’estomac et l’intestin grêle. Quand nous la faisons prendre en polion , c’est ordinairement sous la forme suivante :
2 f Suie Deux gros.
Café en poudre. Un gros.
Faites bouillir penda'nt une demi-heure , passez et sucrez.
Les enfants prennent celte espèce de café avec plaisir.
Ce vermifuge, très-commode et très-économi-