PLOMB
Le sous-carbonate de Plomb , ou blanc de céruse, nVsl jamais employé à l’intérieur ; on 1h prescrit incorpé à l’axonge, aux graisses, au cérat, comme astringent et répercussif, dans les brûlures, les ulcères de mauvais caractère. Tout récemment on a appliqué avec succès une espèce de pâte faite avec de l’eau et du blanc de céruse, sur le trajet des nerfs , dans la névralgie faciale.
Acétates de Plomb. Mais les acétates de Plomb sont d’un usage tellement commun dans la chirurgie et même en médecine, et leur efficacité est si bien constatée, que nous nous arrêterons d’une manièie plus spéciale sur ces préparations saturnine'-.
On n’emploie en thérapeutique que deux acétab s : l 'acétate acide et le sous-acétate ; l’acétate neutre est inusité.
Acétate acide de Plomb. Cet acétate pst connu plus particulièrement sous les noms de solde Saturne. sucre de Saturne , acétate de Plomb cristallisé. 11 est parfaitement soluble dans l’eau distillée. Il ne s’emploie guère qu’à l’intérieur, le sous-acétate étant presque exclusivement réservé à l’usage chirurgical. Toutefois on doit dire que le sel de Saturne a exactement les mêmes propriétés que le sous-acétate , et qu’il peut être utilisé comme ce dernier dans le traitement des maladies externes, et réciproquement. Quoiqu’on prescrive ordinairement l’acétate acide à l’intérieur , on n’obtii-ndrait pas des effets moins certains et moins prompts de l'extrait de Saturne.
L’acétate acide se donne à l’intérieur dans le traitement de la diarrhée chronique, soit que celle supersécrétion soit due à l’inflammation catarrhale de la membrane muqueuse de l’intestin, soit qu’il existe des ulcérations nombreuses. Toutefois on doit faire observer que le sel de Saturne ne devra être donné par la bouche que dans le c.i3 où l’on aura lieu de supposer que le siège du mal est entre le colon lransver.se et l’estomac; car s’il occupe la dernière portion du gros intestin, les lavements seront, dans ce cas, de beaucoup préférables. Il a encore été conseillé dans le im-lœna, dans la gastrite chronique, dans les vomissements muqueux.
Ici il n’agit que lopiquement ; mais porté dans le torrent circulatoire, il modifie probablement la crase du sang, et s’oppose aux sécrétions morbides , qu’il affaiblit un peu. Ainsi les hémorrhagie» nasales, utérines, intestinales , ont été avantageusement traitées par l’emploi simultané de
l’acétate de Plomb à l’intérieur et à 1 extérieur, et même par l’usage exclusivement interne de ce sel. Toutefois nous confessons franchement que cet agent thérapeutique ne nous a paru douéd aucune propriété astringente active, à moins qu il ne fût employé lopiquement. Il en est de même pour la leucorrhée, la blennorrhagie, qui ont pu quelquefois être un peu modifiées par de hautes doses de sucre de Saturne [irises à l’intérieur, mais qui ne sont ordinairement bien guéries par ce sel ([ne s’il est appliqué localement.
Il y a peu d’années, Fouquier reprenant les expériences tentées par Ellinuller, Pringle, Amelung, etc., etc., conseilla l’acétate acide de Plomb à l’intérieur aux phthisiques, dans le but de faire cesser les sueurs et la diarrhée colliqualive. Il parvenait sans doute à suspendre la diarrhée; mais malgré ce qu'il a dit de l’efficacité de ce moyen pour arrêter les sueurs, nous n'avons presque jamais pu la constater dans de nombreux essais que nous avons tentés. La dose dans ce cas est de 1 à 12 grains dans 1rs 24 heures. Quant à son utilité dans le traitement de la phthisie pulmonaire tuberculeuse, il nous est impossible de l’admettre, quoi qu’eu aient pu dire les nombreux auteurs cités par Gmelin dans l’ Apparatus medicaminum. Il ressort de ces nombreux témoignages qu’il n’est pourtant pas permis d’annihiler que l’acetate de Plomb a pu être utile dans des catarrhes et dans des brouchorrhées chroniques; mais il y a loin de là à une phthisie tuberculeuse.
Affections nerveuses. On a encore vanté ce moyen dans l’épilepsie, dans les névralgies, dans la nymphomanie, etc., etc.; mais les faits sont si peu nombreux, et la plupart des observations sont si incomplètes, qu’on ne peut y ajouter foi pas plus qu’à lanl d’autres remèdes préconisés dans les mêmes affections. Levral-Perrolon rapporte quatorze exemples de succès de l’acétate acide de Plomb (par pilules d'un demi-grain) et du sous-acétate (12 gouttes dans une potion) , associés, il eat vrai, à divers antispasmodiques dan» les névroses du cœur ainsi que dans l’hystérie ; mais tous ces faits m mquent de critique et surtout de diagnostic rigoureux.
beaucoup de médecins préoccupés de la gravité des accidents que cause le Plomb chez les peintres, les potiers, les fabricants de céruse, de minium , etc., etc., qui n’avalent jamais ce métal et qui ne le mettent qu’en contact avec la peau des mains dont les propriétés absorbantes sont trèspeu énergiques, crurent être en droit de redouter
TONIQUES A STR ING ENTS
des accidents plus graves encore s’ils donnaient à liantes doses une préparation saturnine à l’intérieur. Gmelin , dans le faf ras indigeste qu'il a publié sur le Plomb ( Apparal-usmed .), cite des noms d’auleurs qui ont constaté ces accidents; mais Fouquier qui souvent a donné le sel de Saturne à l’intérieur, et nous-mêmes qui l’employons trèssouvent dans les diarrhées chroniques , nous n’avons jamais observé de coliques ni de paralysies saturnines alors que nous avions donné le Plomb plusieurs mois de suite. Cependant, tout récemment, Tanquerel a rapporté l’observation suivante {Bulletin de thér., 15 novembre 1856). Un peintre en bâtiments qui n’avait jamais eu d’affeclion saturnine entra A l’hôpital de la Charité pour se faire traiter d’une hypertrophie du cœur. Il prit en 14 jours 130 grains d’acétate acide de Plomb , et alors se déclara une colique saturnine qui fut guérie par le traitement de la Charité. Un mois plus tard on revint à la même médication. En 16 jours le malade prit de nouveau 149 grains de sucre de Saturne. Une nouvelle attaque de colique se manifesta , elle malade mourut peu après.
L’observation que nous venons de rapporter serait concluante si le patient n’eût pas été un peintre en bâtiments, un homme par conséquent exposé à contracter la colique saturnine indépendamment de l’administration intérieure du Plomb.
Sous-acélate de Plomb. Ce sel, connu sous le nom d’ extrait de Saturne , acétate de Plomb liquide , vinaigre de Saturne , extrait de Saturne de Goulard, se présente sous la forme d’un liquide épais , visqueux et jaunâtre. Il est décomposé par l’eau en acétate neutre soluble , et en sous-acélate au maximum d’oxyde, qui se précipite de la liqueur, devenue ainsi laiteuse , et connue dans cel état sous les noms d 'eau végéto-minérale , eau de Sat urne , eau de Goulard , eau blanche , formée de : eau commune , deux livres; extrait de Saturne, demi-once; et eau-de-vie , deux onces.
C’est sous ce te dernière forme que le sous-acétate de Plomb est ordinairement employé ; pur, il est inusité.
C’est un des astringents les plus connus. Mise en contact avec la peau , avec une plaie , l’eau de Goulard en chasse le sang, l’affaisse, la raceornit, la ride, et, en un mot , repousse les liquides des tissus. Cette action astringente si puissante n’est pas accompagnée de douleurs, et même les douleurs, s’il en existait , sont ordinairement calmées.
Ainsi que nous l’avons dit plus haut, l’eau blan-
che est particulièrement employée à l’intérieur.
Maladies de la peau. Dans les brûlures au premier degré, et dans celles qui sont passées à suppuration, l’eau dé Goulard est appliquée d’une manière continue sur les parties malades à l’aide de compresses que l’on a soin de tenir constamment imbibées. Le même moyen est employé dans les dartres , celles seulement qui ont le caractère aigu, telles que l’eczema simplex, et certains herpès ; dans les affections cutanées chroniques prurigineuses , telles que l’eczema rubrum ; dans les ulcères des membres inférieurs, lors surtout qu’ils ont une disposition à saigner, que les bords s’œdématient et se déchirent.
Maladies des membranes muqueuses. En collyre , l’eau de Goulard est employée dans les ophlhalmies catarrhales, scrophuleuses ; en injection , dans les fosses nasales pour le coryza chronique , l’ozène ; dans le conduit auditif , pour l’otorrhée ; dans le vagin , dans l’urètre , pour la leucorrhée, la blennorrhagie; dans le rectum, pour le prolorrhée, le flux purulent hémorrhol'dal, la diarrhée chronique qui suit les dyssenleries et qui est due à des ulcérations des dernières parties du gros intestin ; en gargarismes, dans l’angine catarrhale , dans l’œdème de la luette , dans la stomatite aphtheuse.
Toutefois il est des circonstances où il faut augmenter considérablement la dose de sous-acétate de Plomb, si l’on veut atteindre le but curatif que l’on se propose. Ainsi, Sommé, d’Anvers, a démontré que la solution de sous-acétate de Plomb était un des meilleurs moyens à employer dans le traitement du ptyalisme mercuriel , à la condition de mettre une dose suffisante de sel en dissolution dans l’eau; ainsi il faisait des gargarismes et des collutoires dans lesquels l’extrait de Saturne entrait dans la proportion énorme d’un huitième et même d’un sixième, et Ricord a dernièrement fait voir que les blennorrhagies et les ulcérations blennprrhagiques du' col de l’utérus, chez les femmes, ne cédaient rapidement et efficacement qu’en enfonçant dans le vagin et en mettant en contact avec le museau de tanche un tampon imbibé d’une solution analogue à celle que Sommé préconise dans le traitement de la salivation hydrargyrique.
Les gargarismes d’acétate de Plomb ont un inconvénient contre lequel se révoltent ordinairement les malades ; les dents prennent une teinte noire horrible qui disparaît, il est vrai , après le traitement , mais qui donne à la bouche un aspect repoussant.
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Hémorrhagies. L’eau blanche et l’extrait de Saturne employé pur ne pourraient probablement pas conjurer une hémorrhagie dépendant de l’ouverture d’un gros vaisseau artériel ou veineux j mais ce moyen thérapeutique est un des plus efficaces que l’on puisse employer dans les hémorrhagies baveuses et capillaires qui suivent les grandes opérations , dans celles qui se font à la surface des plaies cancéreuses , des ulcères fongueux, dans celles qui s’exhalent des membranes muqueuses, telles que celles du nez , de l’utérus , etc. , etc.
il nous reste à parler de l’application que l’on a faite du sous-acétate de Plomb à la confection des moxas. Celte idée est de Marraorat ( Journ . des Connaiss. méd. ch. , loin, n, p. 172). Ce médecin avait sans doute été conduit à celle découverte par Cadet et Rathelot, qui avaient conseillé pour faire des mèches d’artillerie et d’artifices de les tremper dans une solution concentrée d’acétate acide de Plomb (Bull.de phartn., t.i\ , p. 419). u Les moxas dont la préparation est la plus simple, l’emploi le plus commode, l’aciion la plus régulière et la plus facile à régler, sont, dit Marmoral , ceux que l’on confectionne avec du papier préalablement trempé dans l’extrait de Saturne et séché. C’est lui que j’appelle papiermoxa ; il doit être sans colle ou légèrement collé ; alors il prend feu au briquet et brûle comme de l'amadou. On le conserve dans un portefeuille, et quelques instants suffirent à la confection d’un moxa; ou en coupe une bande de quelques lignes de hauteur que l’on roule sur elle-même de manière à avoir un cylindre du diamètre désiré. La combustion est trop rapide ou trop lente , selon qu’il est trop peu ou trop serré, n
Doses. L’acétate acide de Plomb se donne à la dose de 1 à 12 grains par vingt-quatre heures pour l’usage interne. La dose est illimitée pour l’usage externe.
Nous avonsdéjà ditcomment se préparait l’eau végéto-minérale et quelles modifications on pouvait faire subir aux doses du sous-acétate dePiomb.
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Les plus anciens auteurs ont fait usage de l’Alun, et l’on peut dire même que ce médicament a longtemps été la base de presque toutes les préparations externes. Les découvertes de l’alchimie ont singulièrement étendu le domaine de la matière médicale, et peu à peu de nouvelles substances ont dépossédé l’Alun de la prééminence
qu’il avait acquise dans les premiers âges de la médecine. Quoique la plupart des effets thérapeutiques de l’Alun puissent être obtenus par d’autres agents, nous croyons neanmoins devoir insister sur les propriétés d’une substance qui se tiouve partout à vil prix, et qui entre encore aujourd hui dans un grand nombre de recettes populaires , que les habitants des campagnes emploient dans le traitement de leurs maladies ou de celles des animaux domestiques.
Emploi de l'Alun comme topique. Lorsqu’on met l’Alun en contact avec un tissu qui contient beaucoup de vaisseaux sanguins, on voit bientôt le sang se retirer, la turgescence et en même temps la coloration diminuent rapidement, et le tissu paraît comme flétri. Mais si l’Alun a été mis en plus grande quantité sur la partie, ou si son emploi a été fréquemment réitéré, celle astriclion, cette flétrissure dont nous venons de parler, n’est pas de longue durée, et bientôt succèdent les phénomènes qui caractérisent une véritable inflammation.
L’effet primitif de l’Alun, que l’expérience put constater un grand nombre de fois, mit les médecins sur la voie des usages auxquels ils pouvaient employer ce médicament; et comme dans l’hémorrhagie, dans l’inflammation et dans les flux divers, la présence du sang dans le tissu était lephénomène le plus saillant, on dut d’abord essayer l’Alun contre les maladies que l’on rangeait dans les trois grandes catégories que nous venons de désigner, et ou multiplia promptement les expériences, qui démontraient en effet son utilité.
Hémorrhagies. Chez les jeunes gens, au moment de la puberté, chez les enfants, pendant la coqueluche, ou lorsqu’ils ontfailde trop grandes certes de sang, il survient des saignements de nez qui sont souvent suivis d’accidents immédiats fort graves , ou qui sont la cause de maladies difficiles à combattre , telles que l’aménorrhée , es pâles couleurs et diverses névroses. Lorsque e sang tarde à s’arrêter, l’inspiration par le nez d’eau alumineuse réussit ù suspendre et à prévenir les épistaxis : lorsque la solution d’Alun ne suffit pas, nous faisons prendre plusieurs fois >ar jour cinq ou six grains d’Alun finement pulvérisé, en guise de labae: ce moyen dispense ordinairement d’avoir recours au tamponnement, avec equel il peut d’ailleurs être combiné. C’est surout pour arrêter les hémorrhagies utérines à la suite de l’accouchement que l’Alun a été conseillé, hvière I injectait dans l’utérus et le vagin, dissous dans une décoction astringente (Oper. o/un).
TONIQUES ASTRINGENTS
Leak le dissolvait dans Venu et remployait de la même manière ( Practical observations, elc.l. Smellie imbibait une éponge avec une forte dissolution (l’Alun ,\ et l’enfonçait dans le vagin {Collect. of prœternatural cases). Fabrice de Ililden saupoudrait d’Alun un tampon, <|u’il in Iroduisail aussi profondément qu’il le pouvait ( Epislolarum centuriœ). De pareils moyens, efficaces le plus souvent quand la mélrorrhagie succède à l’accouchement, ou lorsqu’elle survient pendant le cours de l’allaitement, au moment du sevrage ou vers l’Age critique, ne procureraient qu’un soulagement momentané dans le cas où elle reconnaîtrait pour cause l'implantation du placenta sur le col , l’existence d’un polype dans la cavité utérine, ou bien encore le ramollissement d’une tumeur cancéreuse.
Les flux hémorrlioïdaux immodérés devront être combattus d’une mauièreanalogue, aussi bien que les hémorrhagies qui suivent souvent l’excision des tumeurs hémorrhoïdales. Ainsi on pourra, à l’exemple de Paul d’Égine, administrer plusieurs lavements alumineux, ou bien encore imiter Helvétius, qui composait avec de l’Alun un suppositoire qu'il introduisait dans le rectum. Quant à l’hématurie, on ne parvient pas souvent à l’arrê- , ter par des injections alumineuses, car elle tient rarement à une exhalation , à la surface delà membrane muqueuse vésicale; et le plus ordinairement, au contraire, elle reconnaît pour cause ou de graves lésions des reins , ou le passage d’un calcul dans les bassinets et les uretères, ou bien encore l’existence d’un cancer de la vessie.
L’alun réussit encore fort bien à suspendre les hémorrhagies traumatiques , mais seulement quand de petits vaisseaux sont ouverts. Ainsi, lorsqu’à la suite d’une amputation ou d’une autre opération grave, le sang continue d’imbiber les pièces de l’appareil, et que l’hémorrhagie menace les jours du malade, on a conseillé de saupoudrer d’Alun et d’imbiber de solution alumineuse la charpie qui recouvre immédiatement la plaie. Quelquefois, chez les enfants cachectiques, chez ceux auxquels on a déjà fait perdre du sang , il arrive qu’une piqûre de sangsue continue découler, et une blessure aussi légère suffit pour causer la mort, comme on en a des exemples malheureusement trop fréquents. Avant d'avoir recours à la suture, à la cautérisation ou à une compression, qui d’ailleurs est souvent impraticable,, on devra recouvrir d'Alitn pulvérisé la petite plaie et les parties environnantes, ou bien encore faire avec de l’Alun, comme l’ont conseillé . d jns des
cas analogues. Borelli et Diemerbropck. de petits clous ou des cônes dont la pointe sera introduite dans la so’ution de continuité et maintenue soit avec un bandage, soit avec le doigt. Ce dernier moyen, tout simple qu’il est, réussira parfaitement encore lorsqu’on voudra arrêter les hémorrhagies graves qui suivent si souvent l’avulsion d’une dent.
Les hémorrhagies des gencives et du pharynx sont tous les jours combattues avec avantage par des gargarismes alumineux.
On a conseillé encore cette médication topique dans l’hématémèse et dans le mélœna. Nous avouons que nous en concevons l’utilité quand le sang s’exhale à la surface de la membrane muqueuse, ou du fond d’une ulcération superficielle de l’estomac ou des intestins; mais quand l’hémorrhagie, comme il arrive le plus souvent, lient à une profonde dégénérescence de tissu , il est bien certain que les préparations alumineuses , à quelque dose et sous quelque forme qu’elles soient administrées, ne feront tout au plus que retarder l’inévitable terminaison de toutes les maladies de ce genre, et ne parviendront d’ailleurs que rarement à réprimer l’hémorrhagie.
Emploi de l'alun comme topique dans les inflammations . Toutes les fois qu’une inflammation est bornée à une partie du corps trèslimitée, et qu’elle se lie à un petit nombre de désordres généraux , on peuL sans inconvénient la traiter par des répercussifs, c’est-à-dire par des médicaments qui chassent le sang des vaisseaux d’une manière presque mécanique. Aussi s’est-on toujours loué de l’emploi de l’Alun dans les ophthalmics légères et dans les phlegmasies superficielles de la membrane buccale. Saint-lves faisait fréquemment usage de l’Alun dans le traitement du ptérygion et dans celui des taies qui succèdent à la variole ou qui persistent après la cicatrisation des ulcères de la cornée ( Nouveau Traité des maladies des yeux, p. 150). Il mêlait de l’Alun calciné avec du sucre et du phosphate de chaux, et insufflait celte poudre dans les yeux. Lindt employait le même remède pour guérir le chémosis. Riehler le conseille pour combattre le staphylôme {Obs. cliirurg ., fasc. 2, p. 104) ; une simple solution d’Alun remplit parfaitement le même but. Rivière préconise les gargarismes alumineux et les insufflations d’Alun, pour réprimer l’allongement delà luette et la tuméfaction chronique des amygdales ( Op . omn. mcd. prax . , t liv. vi, p. 92). Le même auteur, après Dioscoride S et Paul d’Égine , regarde ce traitement comme
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Irès-efficace encore pour combattre les mn'adies des gencives qui s’accompagnent d’ulcération et de gonflement.
Arélée , Celse , Paul d’Égine et tous les auteurs qui leur ont succédé se sont accordés sur les avantages que l’on retire de l’emploi de l’Alun dans l’angine catarrhale et même dans l’angine lonsillaire sans tendance à la suppuration. Nous avouons que nous avons eu souvent à nous applaudir d’avoir fait usage de celte médication. Presque tous les auteurs que nous venons de citer regardent encore le même moyen comme trèsefficace dans le traitement des aphthes, de l’angine aphlheuse et de l’angine maligne ou gangréneuse.
Avant les travaux de Bretonneau sur les inflammations spéciales du tissu muqueux (P aris, 1826), la plus grande obscurité régnait sur la nature de la maladie que les écrivains désignaient sous le nom d'angine maligne ou gangréneuse. Mais depuis la publication de l’ouvrage de ce praticien, on put aisément apprécier et en quelque sorte classer les méthodes thérapeutiques employées contre l’angine gangréneuse , et faire tourner à notre profit l’expérience de nos devanciers.
Bretonneau apprit d’Arélée que dans la diplithérile pharyngienne les gargarismes alumineux et les insufflations d’Alun suffisaient pour arrêter le développement et l’extension des fausses membranes dans les voies aériennes, et par conséquent pour prévenir le croup. Il employa cette médication avec un succès qui dépassa son attente ; et nous mêmes . en 1828, ayant reçu une mission médicale dans plusieurs départements où la diphthérite régnait épidémiquement , nous avons pu nous convaincre de l’extrême efficacité de l’Alun. Quand ia diphlhérile est bornée aux gencives, -et qu’elle constitue une maladie connue dansles campagnes sous le nom de chancre , un gargarisme faitflvecuncsolulion d’Alun dausde l’eau vinaigrée et miel ée suffit pour arrêter le mal, qui avait résisté quelquefois des mois entiers aux médications les plus diverses et les pins énergiques. Lors qu’elle se développe sur les amygdales , on peut également se borner à de simples gargarismes, si le malade est adulte et si l’on peut compter sur son exactitude; mais pour les enfants et lorsque la fausse membrane s’étend au delà du pharynx, il faut insuffler l’Alun pulvérisé. Dans les campagnes nous nous servions ordinairement d’un fuseau de rouet, u’un morceau de sureau dont la moelle avait été enlevée , ou bien d’une lige de roseau, cl nous instruisions Us parents à faire
eux-mêmes celle insufflation, dont ^s'acquittaient toujours avec la plus grande facilite. Nous chargions une des extrémités du tube d un gros <i Alun pulvérisé : appliquant alors la langue sur celte extrémité, nous accumulions de l’air dans la bouche, et soufflant brusquement en même temps que nous éloignions la langue , nous envoyions dans toute Barrière-bouche une grande quantité d’Alun qui se trouvait aussi en contact avec l’entrée du larynx , de l’œsophage et des fosses nasales. Les cris du malade, son agitation, nous servaient parfaitement, et pour faire l’insufflation nous profilions autant que possible du moment où il faisait une grande inspiration. Celle opération que nous faisions répéter cinq, six et huit fois par jour, est toujours suivie d’efforts de vomissements et d’une salivation abondante, mais, après un quart d’heure, tout ce désordre est calmé, et il est rare que la diphlhérile la plus grave, lorsqu’elle n’a point encore envahi l’intérieur du larynx, ne cède en deux ou trois jours à cette médication. Lorsque la diphthérite s’étend à la peau, au mamelon ou à la membrane muqueuse des organes de la génération, ce qui est fort commun lorsque la maladie règne épidémiquement {vof. notre Mémoire sur la diphthérite cutanée , Arch. gén. de méd., t. xxiii, p. 583), des lotions alumineuses fréquemment répétées guérissent sans difficulté cette phlegmasie, souvent si redoutable.
Le même remède est encore conseillé dans le traitement des aphthes qui occupent la bouche et le pharynx, ainsi que dans l’angine et dans la stomatite pullacées. Nous l’avons souvent employé avec grand avantage dans des cas de ce genre; mais nous n'avons pas eu le même succès dans le traitement de l’angine scarlatineuse, à moins que celle-ci ne persistât lorsque déjà l’exanthème cutané avait entièrement disparu.
L’altin/s’emploie encore avec avantage pour guérir chez les femmes , et surtout chez les trèsjeunes filles , des phlegmasies aiguës de la vulve, qui régnent quelquefois épidémiquement et qui s’accompagnent d’une exsudation membraniforme. Les solutions alumineuses trouvent aussi leur application pour guérir les insupportables démangeaisons que les femmes éprouvent souvent dans les organes extérieurs de la génération. Toutefois, dans ce dernier cas , nous préférons à l’Alun le carbonate de potasse ou de soude, et le sublimé.
Bennali [Bulletin général de Thérapeutique , l. i, p. 26,5) a. publie un travail intéressant dans lequel il démontre Futilité des gargarismes alu-
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milieux dans quelques cas d’aphonie, et dans de graves altérations -du timbre de la voix. Mais il fait faire en même temps à son malade certains exercices vocaux auxquels il attache une grande importance.
Les chirurgiens font encore un usage assez fréquent de l'Alun pour réprimer les bourgeons charnus , les fongosités qui se développent à la surface des plaies ; il suffit alors de l'employer en solution : mais si l’on veut produire une forte astriction et combattre des excroissances de nature syphilitique ou autre qui ont une certaine dureté, on préfère l’Alun en poudre , et surtout l’Alun calciné.
Associé au blanc d’œuf et à l’eau-de-vie camphrée, l’Alun forme un Uniment propre à fortifier la peau contre les engelures et contre les effets d’un décubitus prolongé (Mérat et Delens, Dict. univ. de mat. méd., 1. 1, p. 209).
On a encore vanté l’action topique de ce médicament pour guérir certains flux : ainsi des collutoires alumineux réussissent très-bien dans la salivation mercurielle , et lorsque cette supersécrétion reconnaît pour cause une inflammation de la membrane muqueuse de la bouc»; mais ce n’est pas sans un grand péril , commerc fait fort bien observer Gmelin ( Apparatus med. , l. i , p. 121), que l’on supprime par ce moyen ou le flux de quelques vieux ulcères, ou des sueurs partielles qui incommodent par leur abondance ou par leur fétidité. La même réflexion s’applique au traitement topique de la leucorrhée.
On n’a pas les mêmes dangers à redouter lorsque l’on emploie l’Alun comme topique pour combattre les diarrhées rebelles , les vomissements glaireux, et quelques autres accidents qui sont sous la dépendance d’une phlegmasie chronique de la membrane muqueuse du canal digestif. Dans ce cas , pour suivre le précepte de Paul d’Égine , de Zacutus, de Bisset, on fait précéder l’usage de l’Alun par l’administration de quelques évacuants. Nous avons vu Récamier , négligeant ce conseil, réussir néanmoins ù calmer des vomissements et une diarrhée fort rebelles, en associant ù l’Alun de faibles proportions d’opium.
De l’emploi de l’Alun comme médicament non topique. Jusqu’ici nous avons étudié l’action que l’Alun pouvait exercer sur les parties avec lesquelles il était en contact direct : nous indiquerons maintenant ses effets sur les organes éloignés, lorsqu’il a été absorbé dans les premières voies et est mis secondairement en contact immédiat avec les tissus divers. C’est surtout dans
le traitement des hémorrhagies que l’Alun a été employé à haute dose suivant celte méthode, et presque tous les auteurs que nous avons déjà cités dans le cours de cet article ont rapporté des faits nombreux pour démontrer l’utilité de celle médication. Hertz l’a conseillé dans l’affaiblissement de la contractilité du col de la vessie et dans l’incontinence d’urine qui en est la conséquence ; Mead et Yogel , dans le diabète (Mead, Oper. omnia , liv. u, p. 48); (Yogel, de cognoscendis et curandis morbis , p. 281); Thompson , dans le traitement des fleurs blanches opiniâtres , et pour remédier à ce qu’il a appelé le relâchement des vésicules séminales, et aux pollutions et à la spermatorrhée qui, selon cet auteur, peuvent être la suite de ce relâchement. Quelques-uns ont constaté son utilité , dans le cas où des sueurs trop abondantes jettent le malade dans un extrême affaiblissement.
Quelques praticiens, séduits par les avantages qu’ils avaient retirés des injections alumineuses dans le traitement de quelques leucorrhées graves qu’ils croyaient symptomatiques d’un carcinome de l’utérus, ont voulu que l’Alun fût un spécifique contre le cancer, et ils ont prodigué ce médicament tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, avec des succès variés. Récamier, à qui la science doit de si utiles travaux sur le cancer, a suivi avec une persévérance qu’on ne saurait trop louer une série d’expériences nombreuses sur cette médication , et jamais il n'a guéri un carcinome dont il avait pu constater l’existence par le spéculum et par le toucher.
Nous avouons que nous ne croyons pas davantage à la vertu fébrifuge de l’Alun , malgré l’imposant témoignage de Boerhaave , de Lind , de Monro, et nous ne croyons pas surtout, quoi qu’en puis-ent dire Muller et Furstenau (Muller , Diss. de aluvninis solutione vitriolatâ ,) (Fr. Furstenau, de alumine dissertatio), que ce médicament doive être mis sur le même rang que le quinquina dans le traitement des fièvres intermittentes.
Mais aujourd’hui la plupart des praticiens sont d’accord sur ce point que dans la colique de plomb les préparations alumineuses guérissent tout aussi sûrement et avec presque autant de rapidité que le fameux traitement de la Charité. Grashius , l’auteur de cette mélhode , administrait 10 à 20 grains d’Alun plusieurs fois par jour (Diss. de colicâ pictonum , Amslelod., 1752). Thomas Percival ( Medical and experimental essais, t. u, p. 194), Quarin (Animadmrsiones praticœ