ACIDES
Déjà , dans notre première partie, au chapitre
des irritants locaux, nous avons traité des Acides concentrés et nous avons dit quels services ils rendaient dans la thérapeuihique chirurgicale; nous avons en même temps lait en t revoir qu ils étaient d’un grand secours aux médecins en qualité de tempérants , lorsqu’ils sont pris à 1 intérieur et à très-failde dose, et nous aurons plus tard à nous en occuper en traitant des médicaments tempérants.
Celle influence que les acides, pris à faible dose, exercent sur les pyrexies, est due probablement aux modifications, que ces agents exercent sur l’état et la composition du sang. L’anatomie pathologique démontre en effet que, tandis qu’on trouve le sang dissous chez les animaux <pié Ton a soumis pendant longtemps à l’usage des hautes doses d'alcalins, on le voit au contraire plus coagulé, plus plastique chez ceux qui ont pris des Acides pendant longtemps : ce dernier état du sang est tout à fait analogue à celui que Gohier, de Lyon , a constaté chez les chevaux auxquels il avait fait prendre de grandes quantités de tan ( Voyez pag. 115 de cette partie). On comprend alors comment, en augmentant la dose de l’Acide jusque-là pourtant qu’il ne s’ensuive pas une irritation locale trop vive , on obtiendra des modifications de sang encore plus manifestes.
Les solutions fortement acides sont donc conseillées dans les mêmes cas que les toniques astringents ; mais c’est surtout dans les hémorrhagies et dans les flux chroniques qu’il est convenable de les employer.
Les principaux Acides employés à l’intérieur comme astringents sont : les Acides sulfurique, hydrochlorique , citrique. La dose pour l’Acide sulfurique est de 1 A 5 gros en 24 heures; pour l’Acide hydrochlorique, de 2 à 4 gros; pour l’Acide citrique , de 5 à G gros. Ce dernier s’emploie surtout combiné au suc du limon ; on prescrit alors de 2 à 8 cuillerées à bouche de jus de limon ou de citron que les malades peuvent avaler pur.
L’Acide sulfurique se donne à la dose de 1 gros par litre d’eau sucrée sous le nom de limonade sulfurique ; il vaut mieux encore prescrire dans le même but de Veau de Rabel ou Acide sulfurique alcoolise j à la dose de 2 gros pour deux livres d’eau commune.
Si le malade ne peut ingérer une grande quantité de boisson, l’Acide sera pris dans un julep que Ton sucrera abondamment et qu’on prendra seulement par cuillerées.
Le vinaigre , qui n’est aulrc chose que l’Acide
MEDICATION TONIQUE.
acétique étendu , jouit des propriétés de ceux que nous venons de passer en revue. Pour supprimer les hémorrhagies , on donne à l’intérieur le vinaigre de table pur à la dose de 2 à 8 onces par jour.
Employés topiquement, les Acides un peu moins affaiblis que pour l’usage interne exercent une
action slyptique «très-évidente , comme on peut s en ( on\ aincre en examinant les lèvres d’une personne qui mange une salade un peu vinaigrée. Ils s’emploient de la même manière que les astringents divers dont nous avons traité déjà fort longuement.
MÉDICATION TONIQUE
uSmB
Nous avons vu la Médication altérante empé- 1 cher ou détruire les opérations de la force plastique . s’opposer aux élaborations réparatrices de la chimie vivante, en atténuant les qualités nutritives du sang et en affaiblissant la tonie. lé des solides. La Médication tonique a un objet tout contraire. Elle rend de la tonicité aux tissus , reconstitue les fonctions assimilatrices , et imprime à l’organisme de la résistance vitale.
Si nous considérons les actes ou les phénomènes organiques sur lesquels 1rs médicaments toniques portent immédiatement leurs effets, nous verrons bientôt que ces actes sont les plus importants, les plus radicaux de l’économie vivante , qu’ils sont les bases de l’animalité , bien plus , de toute organisation , puisque les végétaux eux-mêmes les exécutent. On les retrouve donc dans tout ce qui a vie. Du moment où une portion de matière se prèle à l’exercice de ces phénomènes rudimentaires , elle devient un être vivant ; et on peut dire que dans le plus inférieur et le plus simple de ces êtres, ils sont aussi complets , aussi parfaits, aussi caractérisés , dans ce qu'ils ont d'essentiel, que chez l’animal le plus avancé dans l’échelle zoologique , que chez l’homme lui-même.
Observés dans ceux de ers animaux qui sont réduits à un parenchyme informe, creusé d une cavité alimentaire et sans autre organe spécial , les actes dont il s’agit consistent essentiellement :
1° En une circulation aréolaire qui exige, pour avoir lieu, le concours de deux conditions, savoir: A. un liquide organisais , assimilable ; B. une matière solide douée d’un certain orgasme .dune certaine tonicité , en vertu de laquelle elle réagisse contre l’impression du liquide, son excitant normal, de manière à lui imprimer des mouvements obscurs en divers sens ( circulation capillaireou interstitielle ). 2° En une identification du liquide assimilable au solide assimilateur (nutrition). 3° En la formation , au point de contact de ces éléments, d’un produit nouveau (sécrétion) qui, ne devant plus faire partie de l’être, en sera bientôt éliminé (excrétion). 4° En la production d’une température propre (calorification).
Celle extrême simplicité du système de la nutrition chez les êires inférieurs est en proportion de la simplicité et de l’homogénéité de leur composition qui ne consiste qu’en une masse amorphe partout gélatineuse. La chimie vivante n'avait pas de grandes combinaisons à opérer pour arriver à la formation d’une matière unique, la moins annualisée de toutes celles qui composent l’échelle des tissus dans l’anatomie générale. Voilà pourquoi chez ces animaux , on n’observe pas d’instruments élaborateurs, de viscères , à l’action préparatoire desquels .soient soumises les .substances alimentaires avant d'être aptes à réparer immédiatement ta matière organisée.
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Mais chez les animaux plus élevés , chez les mammifères et chez l’homme surtout , à cpii on devra rapporter tout ce que nous allons dire maintenant, le système de la nutrition est infiniment compliqué.
En achevant l’homme, la nature a atteint le p’us haut degré de perfection animale, et cette perfection consiste dans le summum de développement des organes qui nous mettent en rapport physique et psychologique avec toute la création. Les instruments de cette vie de relation sont le système nerveux céphalo-rachidien et le système musculaire locomoteur, formés tous deux des tissus les plus composés et les plus animalisês dont s’occupe l’anatomie générale , nous voulons dire l’albumine et la fibrine.
L'homme vit pour le système nerveux , a dit notre grand naturaliste; mot profond autant que vrai et qui pourrait servir d’épigraphe à un beau traité de physiologie! Nous allons faire découler de cette pensée la donnée fondamentale qui nous semble devoir guider le pathologiste dans l’étude philosophique de la Médication tonique.
Entre l’aliment et la matière organisée , il y a chez l’homme une série d'instruments ou d’organes appelés viscères (dei-escor, je me nourris), destinés à imprimer à ces substances alibiles une suite de modifications qui les rapprochent de plus en plus de la nature des matériaux qu’ils doivent former ou entretenir. Une autre série d’organes a pour objet, non plus l’élaboration des substances réparatrices, mais celle des parties qui dans les aliments sont inassimilables , et celle des matières qui , usées par le mouvement organique et suranimalisées , doivent être rejetées de l’économie. Ainsi, entre les ingesta et la matière animale fixe, une série d’appareils assimilateurs ou composants ; entre la matière animale fixe et les matières excrémentilielles , une série d’organes dépur ateurs , désassimilaleurs , décomposants , excréteurs. Voilà ce qui constitue le système nutritif, la vie organique chez l’homme. Cette complication d’organisation était exigée par le besoin de faire passer graduellement les substances alimentaires à un état tel d’animalisation, qu’elles pussent remplacer les matières immédiates trèsdiverses qui constituent le corps humain. Or, en dernière analyse, toutes ces opérations préparatoires de la chimie vivante qui ont pour agents les viscères assimilateurs et désassimilaleurs , ne font pas autre chose que de préparer la sécrétion de l’albumine et de la fibrine dont sont formés les organes de la vie de relation , savoir : le système «*•
nerveux cérébro-spinal et le système musculaire qui lui est soumis. C’est pour arriver à composer un sang qui contînt tous les principes de ces matières finales , que la nature a institué cet admirable ensemble d’organes et d’actes nutritifs.
Mais il faut un système nerveux spécial pour animer tous ces organes et en coordonner les fonctions. Ces fonctions tendent à un but unique, par des moyens différents, elles ont besoin d’une influence qui leur départisse des degrés de sensibilité capables de les mettre en rapport avec leurs stimulus spéciaux , de leur imprimer les mouvements nécessaires au transport et à la circulation des matières destinées à l’entretien du corps et de celles qui doivent être éliminées; d’une influence enfin qui assure l’ensemble , la régularité des opérations, et qui, établissant des correspondances avec le centre sensible, le cerveau , avertisse l'animal de ses besoins et le pousse par des instincts invincibles à se procurer les substances indispensables à l’entretien et à la réparation de son organisme. Ce système nerveux est celui qu’on nomme ganglionnaire ou trisplanchnique.
Trois choses capitales sont donc à considérer dans le système nutritif de l’homme , dans ce que Bichat a appelé la vie organique , intérieure ou cachée, et la considération de ces trois choses importe surtout sous le point de vue de la Médication tonique. Ce sont 1° la matière animale fixe et solide, les tissus organiques , les parenchymes, etc... 2° la matière animale liquide dans laquelle les solides puisent tous les éléments de leur développement , dé leur entretien et de leur réparation; 3° enfin, le système nerveux qui anime et coordonne les fonctions des viscères chargés de composer le sang , d’exporter les alimentaires et les matières désormais impropres.
Appliquons ces données physiologiques à l’élude de la Médication tonique.
1° Nous avons vu plus haut que , pour que la matière animale fixe et solide , les tissus organiques, les parenchymes, fussent en état de sentir l’impression des liquides nutritifs, circulant dans leurs interstices , il leur fallait certain degré d’une faculté qui les fît réagir sur ces liquides pour leur imprimer des mouvements oscillatoires d’où résultât la circulation aréolaire ou capillaire, en même temps qu’elle les rendit capables d’affinité vitale pour emprunter au fluide circulant les molécules nécessaires ü leur entretien, en un mot pour qu’ils pussent s'assimiler ce fluide.
Celle importante faculté a toujours vivement fixé l'attention des grands physiologistes qui lui
riSTtr.
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ont donné îles noms différents. Stalil , qui s’en est beaucoup préoccupé et lui a fait usurper le gouvernement d'actes physiologiques cl pathologiques dont un grand nombre ne lui est pas soumis, Stahl la nommé tonicité ou mouvement tonique ( de 70 vos- ton , tension , rigidité. ) Motus vitales œquè atque animales uti ante omnia supponunt sufficiens robur in ipsâ parte , quod , qui à in certâ tensione consista , proptereù tonum appellare soleo , et maximo merito Motumtonicuji. (Stahl, Theor. med.ver.,\).(S\7). Bichat, décomposant les propriétés de celte force , la désigne sous le double nom de sensibilité organique et de contractilité organique insensible. Lamark (Philosopli. zoolog .) en parle longuement et très-bien , et se sert pour la caractériser du mot orgasme , qui nous paraît en effet très-exact. Broussais (Physiol.appl.à lapathol.) l’appelle érection vitale, et son étude lui a fourni matière à d’admirables développements, etc. , etc...
Cela établi , disons qu’il est des états morbides, et de très-graves, qui sont particulièrement caractérisés par la perte ou l’affaiblissement considérable de cette faculté , dans lesquels le mouvement tonique des tissus vivants est sensiblement relâché: où la flaccidité, la friabilité, Y atonie des solides vivants a remplacé cet orgasme , cette tension , cette rénitence , celte érection vitale ; où la sensibilité et la contractilité insensibles de parenchymes sont languissantes à ce point, qu’ils ne ressentent plus assez l’impression du sang et des autres liquides leurs excitants normaux , pour que les affinités de la chimie vivante soient mises en jeu. Dans ces affections, la circulation capillaire est lente et imparfaite , les liquides obéissent autant aux lois de la pesanteur qu’aux directions imprimées par la contractilité insensible, lis s'échappent par les exhalants , transsudt nt par les porosités et se répandent sur les surfaces, ou s’extravasent dans les trames celluleuses, etc., etc... Ces accidents dominent tous les autres et offrent les indications les plus pressantes, les seules quelquefois. Or, il est une classe d’agents toniques propres à combattre ces accidents et à remplir ces indications; ce sont les Toniques proprement dits, en restreignant ce mol à son sens étymologique ( tovoî tension ).
Quelques auteurs de matière médicale ont exclu ces médicaments de la classe générale des. Toniques et les ont rangés à part sous le litre d’astringenls. Nous avons cru plus juste d’imiter Cullen et quelques autres , qui leur donnent place
parmi les Toniques, en les désignant par le nom il e Ton iques-astringents .
Ainsi , première division de la classe générale des Toniques, en Toniques-astringents dont le mode d’action caractéristique consiste à rendre immédiatement aux solides le ton , l’orgasme, la densité, la contractilité nécessaires à l’accomplissement des mouvements insensibles qui se passent en eux.
2° La matière animale liquide, dans la *• quelle les solides puisent tous les éléments de leur entretien et de leur réparation , le sang, pour posséder ces qualités, doit châtier assez de parties nutritives, de chair coulante, en un mot, assez de fibrine et de principe colorant. Or, il est des maladies particulièrement caractérisées par l’insuffisance de ces deux éléments du sang , et dans lesquelles les accidents les plus graves et les plus variés résultent de cet appauvrissement du liquide réparateur. Les indications les plus importantes sont celles qui conduisent à rendre au sang ses qualités nutritives le plus directement possible. Une seconde classe de médicaments toniques nous offre celte puissante ressource ; ce sont les Toniques analeptiques ou reconstituants (de «.vaXa/^Cavco, je rétablis).
Ainsi, deuxième division des Toniques en Toniques-analeptiques, dont le mode d'action caractéristique consiste à rendre immédiatement au sang les principes organisables et réparateurs qui lui manquent.
5° Enfin , le système nerveux qui anime et coordonne les fonctions des viscères chargés de composer le sang , d’exporter les résidus alimentaires , lés matières désormais impropres et de présider au renouvellement de l'espèce. Le système nerveux ganglionnaire a besoin, pour remplir ces importantes attributions , d’une force énergique , opiniâtre, vivace , constante et profonde , surtout d’une harmonie parfaite d’action. C’est en lui qu’est la vie, le principe vital ; car il en anime les foyers. Il est le siège de tous les phénomènes de synergie, de réaction générale, de force médicatrice, de résistance vitale, en un mot , de toutes*“ces grandes fonctions sur lesquelles reposent et la santé et la maladie. Ces centres principaux sont ce qu’on a désigné tour ù tour sous la qualification d’uep/uoi’, de duumviratus, d’archées, d'impetum faciens , de trépied vital , etc. , etc.
Toutes les maladies un peu importantes ont des retentissements dans ce système. Le plus souvent , c’est indirectement qu’il est affecté. D’au-
MÉDICATION
1res causes l'attaquent pinson moins partiellement et primitivement ; nous n’avons pas à nous en occuper. Mais il est certaines causes morbides qui frappent directement les foyers principaux de ce système et vont éteindre la vie dans ses sources. On voit alors toutes les grandes fonctions de l’économie tomber soudainement dans le collapsus et l 'incohérence. La force et l 'harmonie sont brisées, les synergies impuissantes , la résistance vitale sidérée , le principe de l’existence immédiatement menacé. Ce sont les maladies malignes, pernicieuses , etc., etc. Il faut alors, pour retenir la vie , prêle à s’échapper, des moyens héroïques , spécifiques , qui n’aient pas besoin , pour produire leur effet . de susciter une ou plusieurs modifications physiologiques plus ou moins incertaines, mais qui aillent droit au lieu du danger, prennent, comme dit Galien, l’ennemi corps à corps et le terrassent violemment. La dernière classe de Toniques renferme ces puissants antagonistes que nous nommerons Toniques-radicaux ou spécifiques.
Ainsi, troisième et dernière division des Médicaments toniques en Toniques-radicaux ou spécifiques, dont le mode d’action caractéristique consiste à imprimer immédiatement aux forces radicales de l’économie de la résistance vitale et à y rétablir les synergies.
Indépendamment des effels spéciaux et distincts que nous venons d’attribuer à chacune de ces trois divisions des médiçaments toniques, ils tirent une action tonique commune de leur mode d’administration le plus ordinaire. Ainsi tous, déposés dans le ventricule, sont stomachiques à l’exception de quelques-uns de la première classe , et c’est une action tonique bien capitale et bien puissante que celle qui rend à l’estomac la force digestive affaiblie, et assure à l’économie de bons matériaux de réparation. Qui ne sait en outre que l’influence physiologique d’un estomac qui fonctionne heureusement pacifie et console toute l’économie, qui y trouve une preuve certaine de force et d’harmonie , pylorus rector (Van-Helmonl), et cela indépendamment de la réparation du sang par un bon chyle ?
La médication, d’une manière abstraite, se compose pour nous 1° de l’élude générale du mode d’action physiologique ou immédiate d’une classe de médicaments ou d’agents curatifs ; 2° de la recherche et de l’appréciation des indications ou contr’indicalions que peuvent présenter les maladies de produire ces mollification* physiologiques dans un but thérapeutique »
TOMQÜE. 151
Procédons d’après ce plan à l’étude de la Médication Tonique.
10 Action physiologique ou immédiate des Toniques. Pour bien connaître les effets immédiats d’un médicament , il faut les observer sur un sujet jouissant d’une parfaite santé , un sujet dont tous les organes soient doués de leur équilibre et de leur résistance vitale. Or, si nous nous rappelons ce qui a déjà été dit plus haut, et si nous.défiuissons les Toniques en général des médicaments qui ont pour effet direct et immédiat de rendre de l’énergie aux fonctions de la vie organique, nous allons aussitôt nous apercevoir que ces médicaments n’ont pas une action physiologique distincte de leur action thérapeutique. Aussi , remarquez que nous ne disons pas que les médicaments dont il s’agit donnent , mais rendent de l’énergie aux fonctions de la vie organique. En effet, comment donnerait-on de l’énergie aux fonctions nutritives d’un homme à qui rien ne manque sous ce rapport? Il faudra . pour que l’effet des Toniques soit marqué, que ces fonctions languissent plus ou moins et aient besoin de réhabilitation. Dès lors, le résultat thérapeutique ne sera pas dû à quelque action physiologique qui l’ait précédé et qui puisse l’expliquer.
11 n’y aura même pas d’action physiologique à proprement parler. Expliquons-nous : un pédiluve sinapisé est prescrit pour détourner une congestion active du cerveau. La rougeur, la douleur, l’afflux de sang , l’irritation de la peau des pieds en un mot, voilà l’action physiologique du pédiluve. Supposons que le coup de sang à la tête ait été empêché par l’effet de la moutarde, c’est-à-dire par l’irritation révulsive portée aux extrémités inférieures, voilà l’action thérapeutique du pédiluve. Il est bien essentiel de remarquer qoe ces deux aclions sont fort distinctes ; car la première peut très-bien se passer , sans que la seconde soit obtenue. Il n’en est malheureusement que trop souvent ainsi , et c’est ce qui fait le peu de certitude de la thérapeutique. Quand un médicament possède toutes ses qualités physiques et chimiques, qu’il n’est point altéré , qu’il est administré à des doses convenables, on obtient infailliblement et constamment de lui l’action phy iologique dont il est capable. Qu’il est loin d’en être ainsi de son action éloignée , médiate ou thérapeutique ! Rien n’est plus variable et plus infidèle qu’un médicament dont l’effet thérapeutique ou éloigné est subordonne à un effet prochain ou physiologique. Et voilà de suite trouvée la raison pour laquelle on
MÉDICATION TONIQUE
observe une si grande différence entre les médicaments dits spécifiques ei ceux qu’on appelle rationnels sous le rapport de la constance d’ac' tion, qui est le caractère des premiers, tandis que cette action est si incertaine, si douteuse, soumise à tant d’insuccès cliez les seconds ! C’est que ceux-ci n’arrivent à leur effet curatif que par la médiation de leur effet physiologique, et que ceux-là ont immédiatement prise sur la cause morbifique contre laquelle on les dirige. Avec eux, aucun phénomène appréciable ne peut être aperçu entre la pénétration de l’agent dans l’organisme et la modification qui en est ressentie par la maladie combattue. Avec les autres , il n’y a souvent aucun rapport entre l’effet physiologique produit et le mal qu’on veut attaquer , de sorte qu'il advient dans trop de cas ou que cet effet physiologique provoqué n’a eu aucune influence sur l’état morbide , ou qu’il en a eu une plus ou moins fâcheuse. D'un côté , erreur 5 de l’autre, préjudice , qui attestent ou l’inexpérience du médecin , ou les bornes de l’art. La perfection idéale de la pratique serait de savoir toujours susciter , à l’aide des agents de la matière médicale , les modifications physiologiques qui sont en rapport thérapeutique avec la maladie dont on entreprend le traitement.
Mais revenons à nos Toniques. La question à l’occasion de laquelle nous avons été amenés à faire les remarques qui précèdent s’en trouvera singulièrement éclairée. Ces remarques auront leur application continuelle lorsque nous traiterons des indications des remèdes toniques en général et que nous tâcherons de pénétrer les raisons de ces indications. D’avance , nous pouvons assurer qu’on verra la puissance de ces agents être d’autant plus certaine que leurs effets curatifs ne dépendront pas d’effets physiologiques antérieurs ; car on peut dire qu’à celte condition certains Toniques sont des médicaments héroïques et merveilleux. Réciproquement , on se convaincra que toutes les fois que le sort de ces médicaments sera attaché à l’influence des modifications physiologiques qu’ils devront produire antérieurement à leurs effets thérapeutiques , ceux-ci partageront l’incertitude de tous les agents de la matière médicale dont le mode d’action s’explique par les phénomènes physiologiques qu’ils déterminent d’abord, et qu’on appelle pour cela des agents rationnels.
Tous les auteurs de matière médicale ont assigné pour caractère aux Toniques d’agir insensiblement. graduellement, -et de rendre une énerg
durable à la vitalité des organes. C’est sur ce caractère qu’ils se sont fondés pour distinguer les Toniques des stimulants , dont l’action bien au contraire est prompte , vive , s’annonce par une exaltation vitale , évidente , très-explicite, mais aussi très-passagère. Ces faits sont exacts et propres à motiver une distinction fondée et naturelle; mais on peut aller plus loin et se demander les raisons de cette différence.
Plusieurs médecins illustres de l’école de Montpellier, Barthez et Dumas en particulier, ont reconnu dans l’économie deux espèces de forces , les forces agissantes ou in actu et les forces radicales ou inposse, distinction du reste déjà implicitement indiquée par Galien.
Comme l’intelligence de cette distinction est indispensable pour bien comprendre l’action des Toniques les plus importants , nous allons laisser à Barthez lui-même le soin de l’établir, sauf à développer nous-mêmes ces principes lorsque nous les appliquerons au traitement de certaines classes d’affeclions par la médication dont nous nous occupons.
« On ne doit point concevoir le système des forces du principe vital comme on conçoit les systèmes des forces mécaniques. C’est une erreur qui en produit une infinité d’autres dans la science de l’homme et dans la médecine pralique.
» Un système de forces mécaniques 11e présente que des forces déterminées qui agissent dans un temps donné , soit pour se faire équilibre , soit pour produire un mouvement sensible.
» Mais dans le système entier des forces du principe vital , il faut distinguer et les forces que ce principe fait agir à chaque instant dans tous les organes , suivant qu’il est déterminé par ses lois primordiales ou par des causes qui lui sont étrangères ; et les forces radicales ou qu’il a en puissance pour continuer l’emploi naturel de ses forces agissantes.
» L’ensemble ou l’agrégat des sommes de ces deux sortes de forces constitue ce que j’appelle le système entier des forces du principe vital.
» 11 n’est pas facile sans doute , d’après les notions mécaniques auxquelles nous sommes accoutumés, de nous faire des images d’une sorte de forces qui sont absolument radicales ou en puissance. ,
» Cependant pour faire adopter celte distinction abstraite que j’ai proposée le premier, des forces de la vie en forces agissantes et en forces radicales , j’observe qu’on a dû la supposer de tout temps , quoique d'une manière implicite et
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extrêmement vague , puisqu’on a toujours dit qu’il est fort utile dans la médecine pratique de distinguer Voppression de la résolution des forces.
» On ne peut avoir une idée de celte dernière distinction qu’autant qu’on suppose d’une manière quelconque , dans divers cas où les forces agissantes sont extraordinairement affaiblies , l’existence de forces radicales qui sont ou seulement opprimées , ou résoutes et détruites.
» Les forces agissantes dans les organes ont leur origine dans les forces radicales dont la distribution à chaque organe est déterminée , ou par des causes primordiales de nature inconnue , ou par des causes qui sont étrangères au corps vivant et qui l’affectent suivant des rapports qui ne sont connus que par l’observation.
» L’énergie primitive des forces radicales est sans doute différente dans chaque homme depuis la naissance et elle est susceptible de variations continuelles d’accroissement et de décroissement.
» Les accroissements de ces forces se font d'une manière directe par l’action de divers fortifiants qui peut se porter immédiatement sur ces forces. Il est aussi naturel que des remèdes fortifiants , tels, par exemple , que le quinquina , puissent augmenter directement les forces radicales du principe vital , qu'il rest que les poisons puissent attaquer directement et même détruire ces forces radicales.
» Mais les accroissements des forces radicales , qui sont produits indirectement par un exercice des fonctions qui est conforme il la santé , demandent une attention principale. Ceux-ci sont toujours en raison composée de l’intensité d’action que les forces agissantes déploient dans chacune des fonctions principales de l’économie animale et de la conservation des rapports d'activité entre toutes ces fonctions que l’habitude a établies dans la forme de santé qui est propre à chaque individu. » (Barthez , Nouv. Elérn. de la Sc. de l'H., loin n , p. 1G3 et suiv. )
Or, les véritables Toniques , ceux qui réhabilitent directement les fonctions assimilatrices et impriment à l’organisme de la résistance vitale , ceux-là portent immédiatement leur influence sur les forces radicales et ne se font nullement sentir, directement au moins , sur les forces agissantes. Pour nous servir d’une expression dont l’énergie, la concision et la vérité pittoresque trahissent assez la source , ces médicaments ont la vertu d’affermir, de fixer l’état de corps, vim porro Imitent hæc msdicamenta ut epo-
tis his, CORPUS IN LOCO SIT. (Ilippoc. De affect.)
11 est donc bien évident qu’ils ne sont capables d’aucune action physiologique. En effet, les Toniques dont il est maintenant question sont ceux placés dans les deux dernières catégories, savoir : les Toniques-analeptiques et les Toniques-radicaux ou spécifiques. Les premiers agissent en reconstituant immédiatement le sang , les seconds en imprimant immédiatement à l’organisme de la résistance vitale. L’homme jouissant de toute l’énergie de ses fonctions n’éprouvera pas de la part des Toniques-analeptiques l’action reconstituante qu’ils possèdent thérapeutiquement , puisque son sang est riche de toutes les qualités qui font que la nutrition est pleine et parfaite. Il ne peut aller au-delà de cet état sans le compromettre et descendre au-dessous sans altérer cette force d’assimilation qui est parvenue à son plus haut degré d’activité. C’est ce qu’a si bien senti et exprimé le divin auteur des aphorismes , lorsqu’il a dit : In gymnasticœ disciplines deditis, boni habitus ad summum progressé periculosi , si in extremo steterint : non enim possunt in eodem statu manere neque quiescere.
Quùm vero non quiescant , neque ultra possint in meliùs proficere , reliquum est ut in deteriùs ruant. Horurn igitur causa , bonum habituai solvere confert haud cunclanter , quo rursùs nutritionis principium suniat corpus , etc., etc.... (Hippoc. Aphor. sect. 1, aph. 3. )
Si donc on donne à cet homme vigoureux les Toniques-analeptiques qui comprennent les préparations ferrugineuses, les bouillons et les jus de viandes noires , la fibrine, l’osmazome et toutes les substances fortement azotées, et si on ne le nourrit que de ces substances unies aux préparations martiales, il sera bientôt tourmenté par des accidents de pléthore , puis successivement par des lésions de la faculté digestive , puis des phlegmasies , des hémorrhagies , la diminution excessive de toutes les sécrétions et des exhalations, la gravelle, la goutte , la débilité, l’oblitération des facultés intellectuelles, sensitives et motrices, puis indirectement et d'une manière éloignée la colliquaiion et le marasme, etc Les effets phy-
siologiques des Toniques-analeptiques ne sont donc pas les moyens par lesquels ils produisent leurs effets thérapeutiques , lesquels ne se développent que chez les individus dont les forces assimilatrices ont besoin d'être remontées , dont le sang a perdu une partie de ses éléments réparateurs.
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Les Topiques-radicaux ou spécifiques seront encore, si c’est possible , bien plus dépourvus d’action physiologique , et la seconde qualification que nous leur imposons doit assez le faire sentir; ce sont les amers et à leur tète le quinquina. Ils sont spécifiques, c’est-à-dire que pour manifester leur puissance il faut qu’ils s’attaquent à une cause morbifique. Comment rendraient-ils de la r ésistance vitale à ceux citez qui cette faculté n’aurait éprouvé aucune atteinte ? Mais qu’on les administre aux sujets chez lesquels cette résistance est affaiblie, menacée, dont les synergies sont rompues, discordantes, accidents auxquels on reconnaît surtout les graves lésions du principe vital , et on verra avec quelle sûreté, avec quelle promptitude l’organisme se relèvera et résistera à la cause délétère !
Quant aux Toniques-astringents, ils font exception à ces lois. Ils agissent toujours par l’intermédiaire de phénomènes physiologiques saisissables et qu’ils peuvent produire chez l’homme sain et indépendamment de la présence des altérations de la tonicité fibrillaire contre lesquelles ils manifestent leurs effets thérapeutiques. Aussi sontils plutôt des Toniques dans l’acception rigoureuse du mot que dans son acception médicale et thérapeutique ; et si nous les avons embrassés dans la classe générale des Toniques, c’est pour cette seule raison et en même temps parce qu’ils peuvent servir à remplir des indications particulières de 'la médication recon stituante et qu’ils deviennent ainsi médiatementde véritables Toniques.
L’influence tonique que produisent nos trois catégories d’agents, mais surtout les ferrugineux et les amers, par le moyen de leur action stomachique, est obtenue par des effets physiologiques observables jusqu’à un certain point chez l’homme bien portant. La vivacité de l’appétit et la rapidité des digestions pourront être excitées pendant quelque temps chez un sujet dans cette condition ; mais bientôt son appétit se relâchera et ses digestions se feront péniblement et avec des accidents divers. S’ils sont donnés à un individu sur bonnes indications et dans le seul objet de relever les fonctions digestives, leur effet sera bien plus prononcé et bienfaisant. Malgré les assertions de plusieurs auteurs, leurs propriétés stomachiques n’ont qu'une part fort douteuse à revendiquer lorsqu’on les voit développer leurs vertus si remarquables et si merveilleuses dans les cas où il faut reconstituer directement le sang appauvri ou reteniren peu de moments la résistance vitale prête à défaillir.
La différence qui sépare les Toniques des excitants se montre maintenant plus claire et plus essentielle.
Les stimulants mettent en jeu plus énergique , augmentent et dépensent les forces dont l’organisme dispose actuellement {in aclu) ou les forces agissantes ,• les Toniques accroissent, reèvent, réparent les forces dont l’organisme peut disposer, les forces radicales. Et si les premiers de ces médicaments ont une action immédiate ou jhysiologique très - évidente et Irès-constanle indépendamment de tout état morbide, c’est qu’il est toujours possible à l’économie de précipiter 'exercice de ses forces agissantes, de dépenser du mouvement vital et de l’épuiser; tandis qu’il est impossible à un homme d’augmenter la somme de ses forces radicales quand elles ont toute la puissance physiologique que permet sa constitution. Plus un organisme sera vigoureux et sain , plus les stimulants auront d’action sur lui , plus son incitabilité pourra fournir d’aliment à l’incitation; bien au contraire, plus un organisme sera vigoureux et sain , moins il sera susceptible de voir ses forces radicales accrues par les Toniques qui ne peuvent trouver à réparer que là où il y a des pertes.
Il n’est pas nécessaire de faire remarquer que la promptitude, la vivacité et la durée éphémère de l’action c|es stimulants, comparées à la lenteur insensible, au silence et à la permanence des effets des Toniques , ressortissent, sans qu’il faille l’en déduire formellement , de ce qui a été dit au commencement de ce chapitre sur les mouvements toniques obscurs des tissus et sur les forces radicales.
A tous les instants les stimulants physiologiques des forces agissantes font éprouver de la diminution aux for ces radicales qui se réparent au fur et à mesure par les Toniques physiologiques. Or , ces stimulants physiologiques ne sont autre chose que les mouvements, l’exercice, la veille et toutes les impressions , tous les actes locomoteurs , intellectuels et affectifs dont elle est remplie; ces Toniques physiologiques , ce sont les aliments , le sommeil, le repos des organes et cette conservation , dont parle Bai lliez , des rapports d’ac- ■ tivité entre toutes les fonctions que l'habitude a établis dans la forme de santé qui est propre à chaque individu.
Mais hors l’état physiologique, dans certaines maladies, les réactions des forces agissantes demandent quelquefois à être provoquées, réveillées ou soutenues, et les stimulants physiologiques ne
15ÎÎ
TQN1QUES ASTRINGENTS .
peuvent être employés , parce qu’ils ont cessé d’être en rapport avec l’organisme ; alors les stimulants thérapeutiques viennent en aide au médecin , et nous avons déjà traité de ces agents et des règles de la médication dont ils sont les instruments.
Dans d’autres états morbides les forces radicales demandent à être fixées ou ramenées à leur état normal d’énergie ou de résistance , et l’action des Toniques physiologiques est empêchée par la maladie ou bien a cessé d’être en rapport avec l’organisme; alors les Toniques thérapeutiques, dont l’histoire particulière et l’application spéciale et individuelle nous a déjà longuement occupés (2e part., p. 80 etsuiv.), offrent à l’art leurs puissantes ressources, et c’est l’étude générale et philosophique de leur action et de leurs indications que nous faisons et que nous allons continuer plus formellement encore, maintenant que nous avons posé les notions préliminaires sans lesquelles nous ne pouvions présenter les considérations qui vont suivre.
TONIQUES ASTRINGENTS
Il pourra paraître d’autant plus étonnant que les substances qui forment celte catégorie soient mises au rang des Toniques, qu’appliquées localement sur les tissus , elles semblent en diminuer les propriétés vitales. Mais si on se rappelle que nous sommes convenus que, contrairement aux autres Toniques,, ceux dont il s’agit produisent leurs effets thérapeutiques par l’intermédiaire de phénomènes physiologiques très-sensibles , on apercevra bientôt que ces effets sédatifs sont immédiats , passagers , et font bientôt place à des effets locaux toniques qui sont les effets thérapeutiques.
Cette espèce de Toniques agit toujours par la présence d’un acide , d’un sel avec excès d’acide ou du tannin qui n’est lui-même qu’un acide, l’acide galliquc combiné à de la matière colorante et à diverses autres substances. Les plus importants de ces médicaments sont : l’acide sulfurique étendu d’eau et ses composés , comme l’eau de Rabel (acide sulfurique alcoolisé), l’alun, les sulfates de fer , de zinc, les sels de plomb, le borax, pour le règne minéral ; et le tannin , l’acide gallique , la noix de galle, le ralanhh, !e grenadier,
' le cachou , la gomme kino , le fruit du coignassier , la historié , la tormcntillc, les roses rouges ou de Provins , etc... , pour le règne végétal.
Déposées immédiatement sur la peau , sur une membrane muqueuse ou sur une plaie recente ou ancienne , ces substances manifestent des effets véritablement toniques en restreignant ce mot à sa valeur rigoureuse et étymologique: c’est-à-dire qu’elles y produisent une aslriction fibrillaire , un resserrement , une tonicité , qui effacent le diamètre des interstices organiques et des vaisseaux capillaires, au point d’en expulser les liquidas , d'y tarir les exhalations , d’y produire du refroidissement, de la pâleur et une sensation bien connue de froncement et de condensation.
Puis , si l’application du topique astringent n’est pas continuée et qu’il soit permis ainsi au mouvement réactionnaire de succéder à cette impression immédiate et anti-vitale, des phénomènes contraires à ceux que nous avons décrits ne larderont pas à se développer. Il se produira conséquemment plus de rougeur, plus de chaleur, plus de sensibilité, plus d’épaisseur et de fermeté dans le tissu qu’avant l’action ionique ; c’est-à-dire que par cet instinct fatal de réaction vitale qui , convenablement dirigé et mesuré, constitue la force médicatrice, un excès de vascularité et de tous les actes organiques qui y sont liés remplacera bientôt ce spasme tonique qui avait effacé la vascularité de la partie et affaibli tous les actes organiques qui en dépendent.
Mais si le contact de la substance astringente est continué ou promptement renouvelé avant que le retour de la vascularité se soit opéré, les tissus vivants restent frappés de cette condensation , de cet engourdissement, de celte rigidité, et de celte pâleur primitives. Ils sont froids , insensibles et raides , mortifiés , sans cependant céder à la décomposition, à la gangrène ; ils sont tannés comme les peaux mortes , et celte préservation du sphacèle qui peut être compatible avec une telle extinction de vitalité tient sans doute à ce que les parties les plus sujettes à la putréfaction, les liquides, ont abandonné les parties solides qui y résistent beaucoup mieux , d’autant mieux qu’elles sont d’une texture plus serrée, condition portée à un haut degré par l’impression de l’agent tonique. Il est probable aussi que la combinaison de ces principes tannans avec les molécules des tissus rend ceux-ci moins attaquables par la fermentation septique.
Voilà ce qui arrive dans les cas où on s’obstine longtemps cl sans interruption dans cotte médi-
MÉDICATION TONIQUE
cation astringente topique; mais dans les cas les plus ordinaires , on n’applique les astrigenls que pour rendre aux tissus frappés d’atonie et de relâchement une tonicité suffisante, et alors on ne cherche pas des effets aussi extrêmes que ceux dont il vient d’être parlé. Nous y reviendrons du reste dans un moment. Il faut , avant d’abandonner ce qui regarde l’action physiologique des topiques astringents , faire remarquer que cette action est d’autant plus énergique , véritablement topique et durable , qu’elle est opérée par les astringents tirés du règne végétal , par ceux qui contiennent le plus de tannin et d’acide gallique ; et que lorsque celle action est produite par les acides ou les sels minéraux , elle est moins persistante et moins roborante , quoique immédiatement aussi vive et aussi sensible.
Si nous considérons maintenant l’action physiologique générale des Toniques astringents , elle nous paraîtra moins satisfaisante et moins constante, surtout beaucoup moins en rapport avec les effets thérapeutiques de ces médicaments. C’est ici principalement qu’ils sembleront parfaitement contraires au but de la médication tonique. -
Ingérés à petites doses, ils causent dans la bouche et bientôt le long de l’œsophage et dans l’estomac une sensation de rétrécissement vraiment singulier et qui va pour le tannin jusqu’à donner pendant un instant l’illusion que la cavité buccale est presque complètement revenue sur elle-même et oblitérée. Un appétit extraordinaire succède ordinairement à celte première impression. Ils constipent, suppriment la transpiration cutanée , ce qui est vraisemblablement cause de la diurèse qui en suit assez souvent l’usage. A plus hautes doses, ce sentiment de construction de la cavité gastrique se change en cardialgie , en nausées , en vomissements , en ces douleurs d’estomac vulgairement désignées sous le nom de crampes , lesquelles au bout de quelques instants se propagent au tube intestinal. On conçoit aisément , d’après ce que nous avons dit plus haut de l’action topique de ces substances, qu’elles doivent , en produisant sur les surfaces muqueuses qu’elles parcourent le resserrement et le spasme fibrillaires, inséparables de leur contact , nuire singulièrement aux absorptions de ces surfaces, et par conséquent être elles-mêmes fort lentement absorbées. C’est en effet ce qui a lieu. Néanmoins elles le sont , ce qui est incontestablemeut prouvé par leurs effets généraux et par leur action sur le sang. A doses ménagées , elles donnent à ce liquide plus de coagulabjlilé , sans cepe.udant augmenter la quantité
de fibrine qu’il contient , ou rendre cette fibrine plus riche et plus propre à réparer les solides. Elles ne lui ajoutent aucun principe organisahle , elles ne le réintègrent pas dans ce qu’il a perdu des parties nutritives et réalisables , si nous pouvons parler ainsi; peut-ôire même lui ôtent-elles de la vitalité. Mais tout en laissant le sang ce qu'il est quant à la proportion de ses éléments , elles en rapprochent les molécules en leur imprimant comme aux tissus une certaine tonicité , une condensation qui les disposent singulièrement à se fixer pour ainsi dire et à se caillehoter. De même que nous avons vu ses substances éteindre jusqu’à un certain point la vitalité des solides, de même elles agissent sur le sang , qu’elles tuent et qu’elles cadavérisent, sans que ce liquide ail comme les solides le privilège de recouvrer la Huidilé et la vie , une fois qu’il a été surpris et glacé par une trop grande quantité de ce poison. 11 n’est pas moins certain que les Toniques-astringents vont , au moyen de la grande circulation , porter leur action physiologique à tous les tissus , à toutes les surfaces exhalantes dont elles affaiblissent l’action de la même manière, mais à un degré beaucoup plus faible qu’elles ne le faisaient par application topique. Ceci admis , on ne sera pas surpris d’apprendre que la dyspepsie , la suspension des sécrétions, la réduction et la petitesse des battements du cœur , l’amaigrissement et l’atrophie soient mis au nombre de leurs effets généraux portés au plus haut degré. De tous les effets physiologiques, tant locaux que généraux que nous venons de faire connaître et dont plusieurs sont dangereux et délétères , résultent néanmoins des effets thérapeutiques très-précieux , sur lesquels nous allons maintenant jeter un rapide coup d’œil.
De ces effets physiologiques, les uns peuvent trouver leur opportunité comme topiques pour exciter une réaction vitale dans des parties qui en ont besoin. Ce sont ceux qui ont pour résultat médiat d’animer et de développer de la vascularité et tous les actes qui en sont la conséquence , à la suite du mouvement immédiat de concentration et de sédation donl a été suivie l'application de la substance astringente. Mais nous n'avons pas à nous occuper de celte action thérapeutique à l’occasion desinédicamentsqui font le sujet de cechapitre. Jamais en effet on ne les emploie dans ce but , pour plusieurs raisons , d’abord parce qu’on a des moyens plus sûrs pour atteindre cet objet , des moyens directs et infaillibles de développer une réaction dans une partie ; ces moyens ont
TONIQUES ASTRINGENTS
été étudiés en traitant des médicaments et de la médication épispastique , irritante ou rubéfiante; en second Heu , parce que , quand on veut produire une réaction circulatoire sur un tissu par l'intermédiaire d’une sédation préalable, on a particulièrement recours à l'application du froid. Le froid est donc un Tonique indirect , et si nous n’en parlons pas ici, c’est que son emploi thérapeutique est plus spécialement relatif à d’autres affections , et que c’est comme sédatif absolu et des plus puissants qu’il mérite surtout une étude attentive. Nous l’examinerons plus tard sous ce rapport. Quant à son action tonique et aux indications qu’il peut être appelé à remplir comme tel , elles seront comprises dans tout ce qui nous reste à dire de la médication tonique.
Les effets immédiats qui sont produits par l’application continuée ou répétée des topiques , Toniques-astringents , et qui consistent dans l’affaiblissement de la vascularité et des propriétés vitales des tissus, et surtout dans la persistance de l'astriclion et de la tonicité qui leur sont alors imprimées , ces effets rencontrent de fréquents et utiles emplois.
Le début des congestions, des fluxions et des pblegmasies est signalé par un grand et prompt développement du système capillaire de la partie. Le sang aborde ses vaisseaux plus abondamment, plus rapidement , il en agrandit le calibre et en pénètre un grand nombre qui auparavant refusaient de l’admettre. Une circulation nouvelle et plus riche semble se créer et s’étendre. Il est tout naturel de chercher alors à contrebalancer cette force d’expansion en réduisant ù leur volume normal ces vaisseaux dilatés, en forçant ceux dont la turgescence a permis passage au sang pour le contact et la circulation duquel ils ne se sont pas destinés 5 reprendre leur sensibilité et leur calibre physiologiques , en s’opposant en tin mol à l’excès imminent de vascularité , au séjour prolongé du sang dans ces parties fluxionnées , à la stimulation insolite dont il y est l’agent et aux lésions et désorganisations qui en sont les effets. Celte attente peut quelquefois être heureusement remplie par l’application des Toniques-astringents qui , en rendant aux vaisseaux leur ton et en expulsant les liquides qui y affluent , sont capables d’amener une délitescence favorable et d’empêcher l’inflammation et ses suites en en dissipant les premiers actes , avant qu’ils se soient fixés d’une manière inamovible.
Mais des conditions importantes à connaître sont nécessaires pour que celle méthode abor-
tive ait des cbanccs de réussite et soit exempte d'inconvénients.
D’abord il faut assister , pour ainsi dire , au début de la plilogose. Il faut que les forces altérantes de la partie, pour nous servir de l’expression de Grimaud , n’aient pas pncorc été modifiées au point qu’elles ne puissent plus lâcher prise , et qu’il soit devenu indispensable au tissu envahi de subir toutes les élaborations phlegmasiqiies ainsi que la formation de leurs produits. Il faut qu’il n’y ait encore que l’afflux du sang et que la lésion de la sensibilité organique qui i’a attiré si promptement dans la partie. Alors l’application des Toniques-astringents pourra avoir le double objet de ramener a son type normal celle sensibilité organique altérée , par la propriété sédative directe dont ils jouissent , et d’expulserles liquides attirés par celle épine métaphysique. On a dit depuis bien longtemps : ubi stimulus , ibi fluxus. Tel est, en effet , dans le plus grand nombre des cas , l’ordre et la subordination des phénomènes; mais bientôt l’effet devient cause à son tour. Or les Toniques-astringents affaibliront le stimulus et inédiatemenl le fluxus qui, par sa délitescence, ne sera plus une occasion d’entretien et de retour pour le stimulus.
Cependant dans les cas les plus importants, celte médication brusque et abortive est formellement conlr’indiquée. On conçoit effectivement que lorsque la cause de la fluxion ou de la phlegmasie a été instantanée et passagère , que celte cause s’est retirée après son action et n’a laissé derrière elle que les effets de son impression éphémère, on conçoit, disons-nous, que l’emploi des Toniques-astringents soit suivi d’une disparition définitive et innocente de la fluxion, laquelle n’a plus de raison que dans un nouveau mode de vitalité du tissu affecté , altération qui , abandonnée à elle-même, cessera naturellement après avoir parcouru les phases de son existence pathologique. Mais ces cas ne sont guères que ceux qui reconnaissent pour causes des agents externes , physiques ou chimiques ; ce sont les fluxions et les congestions qu’on nomme chirurgicales. Une partie de celles qui sont du ressort de la pathologie interne peuvent encore être assimilées aux précédentes. Il est certain que lorsque, appelé dès le moment delà naissance de cesphlegmasics , le médecin jugera que la cause n’a pas agi avec assez d'intensité ou de durée pour que le développement d’une inflammation complète et régulière en soit la suite inévitable , il devra promptement avoir recours à Implication nié-
MÉDICATION TONIQUE
thodique et soutenue des Toniques-astringents. Nous disons méthodique* et soutenue, pour indiquer que si on se bornait à faire agir pendant très-peu de temps ces substances sans en renouveler le contact plusieurs fois , et jusqu’à ce qu’il soit vraisemblable que la fluxion est conjurée , on courrait risque d’agir contre ses intentions et de prêter des forces au mal qu’on voulait réprimer.
Il ne faut plus prétendre aux mêmes succès lorsque la fluxion ou. la phlegmasie sont le produit, la manifestation d’une cause générale , interne , qui n’est pas éliminée de l’économie par la localisation inflammatoire qui en est l’effet. Alors même que cette cause interne et générale ne survivrait pas à la disparition de la phlegmasie ou de la fluxion qui sont ses caractères anatomiques, et que ceux-ci , suivant l’expression hippocratique, devraient lui servir de crise ou Adjugeaient définitif, les Toniques-astringents seraient encore pleins de danger et de conséquences fâcheuses , puisqu’ils n’ont de chances de réussite qu’au début de la phlegmasie, et que celle-ci, dans les cas que nous supposons, doit jusqu’au bout poursuivre sa marche. Ainsi ils seront rejetés du traitement de toutes les affections inflammatoires produites ou entretenues par des causes internes, soit que ces phlegmasies soient critiques et jugent définitivement la maladie comme dans les exanthèmes fébriles , soit qu’elles reconnaissent pour cause un principe qui n’est pas épuisé et peut se reproduire indéfiniment sous la même forme ou sous d’autres apparences , comme dans les éruptions érysipélateuses spontanées , les dartres , la syphilis , etc. , etc.
Indépendamment des cas qui précèdent , il en est d’autres qui n’ont avec eux que peu d’analogie et qui néanmoins contr’indiquent aussi l’emploi des Toniques-astringents comme moyens d’opérer la délitescence des mouvements inflammatoires commençants. Ces cas sont ceux où l’explosion de la fluxion ou de la phlogose est sous la dépendance d’une pléthore par quantité ou par qualité du sang, ou, comme on dit en langage scholastique , plethora quond molem, plethora quoad crasini. La médication antiphlogistique, tempérante ou évacuante [voyez IIIe partie), est alors la ressource première , et on s’exposerait à de graves accidents en n’obéissant qu’aux indications fournies par l’affection locale sans égard pour l’état général qui l’a précédée et peut la reproduire ailleurs d’une manière bien plus grave.
Les fluxions ou les phlegmasies , attaquables par la méthode abortive des Toniques-astringents , ne sont que celles qui siègent à l’extérieur sur l’enveloppe cutanée ou sur les portions de membranes muqueuses accessibles aux topiques. Les secondes voies ne sont jamais destinées à porter ces substances dans touie l’économie pour modifier , sous le rapport que nous venons d’étudier , les parties atteintes d’affections inflammatoires.
Quelques praticiens ont voulu agir par les Toniques-astringents sur tout le système circulatoire comme on agit par eux sur des portions circonscrites de ce système. Ainsi , pour supprimer des fièvres rebelles, principalement des fièvres nerveuses rémittentes et intermittentes , ils ont plongé tout le corps dans des bains frais tenant en dissolution du tannin , de l’alun , de l’aeélate
de plomb , etc Cette pratique hardie est tout-
à-fait exceptionnelle et très-peu répandue; dans les cas où le médecin croirait devoir y recourir , les mêmes principes que nous avons établis à l’occasion des phlegmasies et des fluxions commençantes , les mêmes distinctions , les mêmes données pathologiques , pourraient guider encore sa conduite.
Voilà pour les indications des topiques Toniques-astringents dans le traitement des fluxions et des phlegmasies débutantes.
Dans les phlegmasies chroniques, les raisons d’agir, les indications ne changent pas précisément de nature. Le mode essentiel d’action physiologique du médicament reste le même; mais les parties affectées étant dans d’autres conditions et réclamant cette action dans un autre but , des. effets thérapeutiques différents sont obtenus.
L’habitude de l’hypérémie inflammatoire , les altérations produites dans le tissu travaillé depuis . longtemps par la phlegmasie, ont singulièrement® affaibli la tonicité des vaisseaux capillaires. Ils n’ont plus ce su/ficiens robur dont parle Slahl,| pour réagir et rétablir en eux une circulation et® une nutrition normales. Ils sont frappés d’atonie. Nous supposons que la cause locale ou générale qui a excité cette phlegmasie chronique est éloi-1 gnée , et que tout consiste actuellement dans l’altération du tissu dont la sensibilité organique £(1 la contractilité latente sont impuissantes , se font segnitèr et otiosè , suivant l’expression du mèmdpj Stahl , conditions souvent les seules qui entre-h : tiennent les inflammations chroniques. On sait en effet, qu’il arrive un moment dans les phlegmasies aiguës, où les vaisseaux capillaires de lij»
TONIQUES ASTRINGENTS
partie sont distendus outre mesure, et comme sous le poids d’une indigestion de sang sur lequel ils ne peuvent plus réagir pour l’expulser et le distribuer normalement. Si la persistance de la cause, l’etat de débilité de l'organisme tout entier, ou seulement du tissu souffrant , ne permettent pas à la partie enflammée d’entrer en résolution , ce relâchement et celte distension passives des vaisseaux capillaires persistent, l’habitude s’en établit; la réaction de la partie est languissante , mais elle a conservé le mode inflammatoire, sous le rapport de l 'état anatomique et souvent aussi sous le rapport de la quantité des liquides exhalés. Les membranes muqueuses sont principalement le siège de ces phlegmasies atoniques avec persistance de sécrétions anormales et plus abondantes. Un modificateur qui viendrait corroborer ces tissus relâchés par de vieilles phlegmasies, et y rétablir la tonicité qu’a fini par vaincre la répétition d’un molirnen sanguin extra-physiologique, un tel modificateur suffirait à la guérison. Mais que ne faut-il pas de sagacité d’esprit et de talent pratique pour discerner ces cas de ceux où la thérapeutique a aune chose à faire que de condenser, que de tanner un tissu vivant pour le ramener à ses conditions physiologiques? Les mêmes difficultés se représentent ici que nous avons déjà signalées au sujet du traitement abortif des phlegmasies. aiguës débutantes , et nous y renvoyons. De plus , une autre particularité demande à être bien considérée. En supposant, comme nous le faisions il y a un instant, que tout le mal consiste actuellement dans la pure et simple atonie du tissu dont l’inflammation n’existe plus guère que par ses phénomènes anatomico-palhologiques et par un flux exagéré , ainsi que cela se voit pour tous les catarrhes chroniques (leucorrhée, bronchorrée, gonorrhée , etc. , etc. ), en supposant aussi l’absence de tout principe générateur et capable de se reproduire , la brusque. guérison de ces affections par les applications Toniques-aslringenles , et sans autres précautions , serait souvent suivie de fâcheuses conséquences , comme l’atteste l’expérience de tous les jours. La membrane, siège du catarrhe chronique, est devenue dans l’économie un organe sécréteur accidentel , un éraonctoire que l’habitude a fini par y naturaliser et qui ne doit être tari qu’avec circonspection. C’est le cas de remplacer temporairement par des évacuations supplémentaires, par un traitement prophylactique , emprunté le plus souvent aux exutoires, aux purgatifs , aux altérants tirés des
végétaux connus sous le nom de dépuratifs , aux eaux minérales sulfureuses , à la gymnastique , etc..., cette fonction accidentelle et pathologique qu’il est dans bien des cii constances im* prudent d’intervertir trop soudainement.
Les mêmes précautions ne sont pas nécessaires quand les Topiques-astringents sont appliques à titre de résolutifs , de répercussifs sur des parties infiltrées , sur des engorgements , des tumeurs presque toujours résultant de causes extérieures , comme les entorses , les épanchements, les ecchymoses , les œdèmes , les brûlures , où ils agissent en favorisant la résorption des liquides épanchés et en affaiblissant la sensibilité et la douleur, tout à fait à l’instar de la compres-> sion. Leur indication se présente ici toutes les fois qu’on veut atrophier un tissu , et alors leur application doit être énergique et soutenue , comme lorsqu’il s’agit d’arrêter les progrès d’une tumeur anévrismale , etc., etc... Des bains composés avec la décoction ou la solution de substances Toniques-astringentes peuvent trouver leur utilité dans des cas d’ecchymoses scorbutiques et de purpura hœmorrhagica , quand l’atonie du tissu tégumentaire se présente comme phénomène dominant dans la maladie. Après tout ce qui précède , il est inutile d’insister sur les propriétés cicatrisantes des applications Toniques-astringentes. Ces propriétés ne se manifesteront qu’envers les plaies et les ulcères dont le défaut de cicatrisation reconnaîtra pour cause l’atonie des tissus ulcérés , le boursoufflement fongueux , la luxuration blafarde , pâle , livide et molle des tissus. Ces applications agiront alors comme le fait la compression , moyen si puissant de cicatriser les ulcères fongueux , variqueux et atoniques.
Mais l’emploi local des Toniques-aslringents n’est jamais suivi d’un succès plus prompt et plus évident que contre les hémorrhagies traumatiques ou par exhalation, toutes les fois qu’il est possible de mettre ces substances en contact immédiat avec les parties qui fournissent le sang. Le médicament remplit ici son but thérapeutique au moyen d’un double effet physiologique , savoir, le strictum , le froncement imprimé aux extrémités des capillaires divisés ou donnant passage au sang par leurs bouches exhalantes , et la coagulation de la fibrine qui , devenant tout à coup plus plastique par l’action des astringents , s’arrête et adhère de manière à obliter les voies hémorrhagiques.
Les hémorrhagies capillaires IrnumaUqucs ne
MÉDICATION TONIQUE
insistent pas h ces moyens. Les hémorrhagies spontanées, quoique capillaires, y cèdent moins sûrement, parce qu’une cause, un molimen que n’atteignent pas les Topiques-astringents , ■v préside à ces hémorrhagies , les entretient et les renouvelle , tandis que , dans les premières, tout consiste dans la lésion physique des petits vaisseaux qui , une fois resserrés et bouchés , n’ont plus hors d’eux-mêmes la raison d’une hémorrhagie.
Les applications locales des Toniques-astringents ont encore d’autres modes d’actions propres ,1 remplir des indications différentes de celles que nous venons de passer en revue. Nous avons dit en effet que de la combinaison de ces substances avec la matière animale résultait sans doute une action antiseptique qui préservait les chairs de la putréfaction , comme on le voit pour les peaux mortes par la combinaison du tannin avec ces tissus. Cette observation est souvent mise à profit dans le pansement des plaies qui tendent à la mortification ou qui fournissent des matières décomposées et sepliques. Ainsi on applique avantageusement la poudre des écorces qui contiennent beaucoup de tannin sur les ulcères sordides , gangréneux , sur les plaies compliquées de pourriture d’hôpital , en un mot sur fous les tissus menacés de décomposition et de sphacèle. On agit alors par la propriété tonique de ces substances qui, en enlevant aux tissus affectés leur excès d’humidité et réprimant leurs exhubérances fongueuses , supprime des éléments puissants de fermentation putride; et, parleurs propriétés conservatrices et comme momifiantes des matières animales . on agit de plus en neutralisant l’influence délétère des parties frappées d’un com- «1011061110111 de décomposition.
Si maintenant nous passons aux indications thérapeutiques de l’administration intérieure des Toniques-astringents , nous les verrons encore agir par l’intermédiaire des trois genres d’effets physiologiques que nous avons reconnus donner lieu aux effets thérapeutiques attribués à leur emploi topique et immédiat. Ici donc encore ils agiront lupar leurs effets toniques et aslrictifs sur la fibre; 2° par leurs propriétés de coaguler le sang ; 5° par leur vertu anti-putride.
La thérapeutique se sert du premier de ces effets dans les maladies totius substantiœ caractérisées par les mêmes altérations des solides , auxquelles tout à l’heure nous opposions les topiques , parce que l’atonie était partielle et siégeait sur des portions du corps accessi-
bles aux applications immédiates des remèdes.
Maintenant, ces altérations sont générales, intimes, profondes, et demandent des modificateurs généraux , intimes et profonds qui ne peuvent leur parvenir que par les secondes voies, que mêlés au liquide qui pénètre et recompose toutes les molécules organiques. Cette action médiate est beaucoup plus incertaine, bien moins évidente que celle qui s’opère sous le contact immédiat de la substance médicamenteuse avec la fibre relâchée , et on en sent facilement la raison.
Néanmoins , on ne peut nier celle action qui se manifeste surtout très-avantageusement dans la maladie scorbutique. Nous ne discuterons pas ici la question de savoir si ce sont les solides ou les liquides , le sang , qui dans celte grave affection sont primitivement lésés ; cette question d’un haut intérêt pathologique perd de son importance quand on ne l’envisage que du point de vue de l’action thérapeutique des Toniques-astringents. On peut lire à ce sujet d’admirables pages de M. le professeur Broussais , où la chose est traitée , sous le rapport de la doctrine pathologique, avec la force, l’abondance, la richesse de preuves physiologiques et d'observation directe qui distinguent cet illustre écrivain quand il est dans le vrai ; et sous le rapport clinique , on ne saurait rien consulter de mieux que le traité de Lind.
Quoi qu'il en soit, dans le scor but bien caractérisé , la crase du sang est atténuée; ce liquide a perdu sa coagnlabililé , et ses éléments solides ou solidifiables sont comme dissous dans la partie fluide qui est leur véhicule. Les solides partagent à un haut degré cette disposition. Ils sont atoniques , perméables , friables et se laissent pénétrer et tr averser par le sang dans tous les points qui devraient le contenir et lui résister. Les Toniques-astringents s’opposeront donc à celte double altération, et par leur action coagulalrice du sang , et par leur action tonique sur la contractilité fihrillaire.
Ce n’est pas ici le lieu de dire que ces moyens employés exclusivement n’auraient sur la constitution scorbutique qu’une influence temporaire et palliative , et que celle influence doit être soutenue et pour ainsi dire alimentée par des moyens qui puissent changer essentiellement le mode de nutrition , médication qui n’est possible qu’à l’aide de matériaux d’assimilation autres et meilleurs. Les Toniques-astringents sont employés pour satisfaire à des indications dominantes et ur-
TONIQUES ASTRINGENTS
gcnles, et, qu’on nous permette l’expression, en attendant des secours plus véritables et plus radicaux , mais d’une action plus lente et quelquefois d’un usage actuellement impossible.
Ces indications urgentes se tirent surtout de l’existence d’hémorrhagies qui menacent prochainement la vie, ainsi que du ramollissement et de la friabilité des solides portés au point que les organes principaux qui ont besoin, pour entretenir la vie, d’une action contractile sensible ou insensible, comme le cœur et le cerveau par exemple, finissent par tomber dans une flaccidité et une espèce de deliquium qui rendent impossibles leurs fonctions et en même temps l’existence. Il faut par conséquent, pour que des organes ainsi réduits , pour que l’estomac dont les membranes muqueuse et musculaire sont à ce point ramollies et impuissantes, deviennent capables de réagir sur les aliments et les ioniques analeptiques qu’on leur présentera et qui sont dans ce cas les seuls remèdes curatifs , il faut , disons-nous , que ces organes soient préalablement mis en état de supporter et de digérer de telles substances. Or, cette médication préparatoire aura pour agents les Toniques-astringents qui, en imprimant d’emblée et momentanément aux solides le sufficiens robur, la tonicité , qui leur manquent , les mettra en rapport avec les toniques analeptiques qui , une fois tolérés et assimilés , renouvelleront fondamentalement le sang et lessolides par unebonne nutrition.
Nous devons prévenir , et les plus indispensables notions sur la thérapeutique du scorbut suffisent pour l’apprendre, que les toniques analeptiques qui ont le privilège de reformer la nutrition altérée dans cette maladie sont rarement pris dans la classe des médicaments et des aliments dont nous allons bientôt étudier les indications générales , mais bien dans les aliments végétaux frais , dans les viandes fraîches et jeunes ainsi que dans quelques excitants tirés des .crucifères et des acides tempérants du règne végétal, etc., etc ;
car la privation de ces inrjesta est souvent une des causes principales du scoihut.
Tous les flux exagérés, toutes les hémorrhagies même actives , peuvent être avantageusement combattus parles Toniques-astringents pris à l’intérieur dans le but de produire médiatemenl sur la fibre un resserrement capable «le raidir les tissus, et «le les rendre moins perméables aux liquides«|ui y affluent «T s’en échappent (tour produire les flux. Il est aussi d’observation <|ue les Toniques-astringents, convenablement étendus d’eau
et pris à l’intérieur, exercent une influence sédative sur la grande circulation, diminuent la force et la fréquence îles contractions du cœur, tempèrent la chaleur et joignent ainsi à leur action dépressive de la vascularité des tissus l avantage «le modérer en même temps l’énergie de la circulation et d’enrayer de cette façon indirecte la vitalité et la turgescence des par ties par lesquelles se font les flux ou les hémorrhagies.
Le choléra asiatique, «pii présentait parmi ses accidents graves et dominants une sécrétion exagérée de la membrane muqueuse gastro-intestinale, n’a pas manqué , à cause de ce phénomène qui paraissait un des plus funestes et des plus caractéristiques , de suggérer l’idée de donner des Toniques-astringents dans le but de supprimer celle incoercible et abondante exhalation. Celte indication semblait la plus pressante, la plus naturelle, la plus radicale , puisque la majorité des praticiens regardait le refroidissement , l’extinction graduelle de la circulation et de la respiration comme le résultat physiologique nécessaire du flux excessif dont le canal alimentaire était le siège. On croyait ainsi remonter à la source du mal et conjurer en la détruisant tout le danger du fléau. Mais si on parvenait dans bien des cas à arrêter les évacuations alvines, la marche des symptômes funestes n’en était que peu ou pas ralentie. Sa période algide, l’asphyxie, conduisait de même les malailes au tombeau , et on n’avait fait en définitive qu'une misérable médecine du symptôme.
Une bien simple observation aurait, ce nous semble , dû borner la confiance en de pareils moyens; c’est que, dans le choléra, la gravfté des accidents et la rapidité des terminaisons fatales n’étaient guère en raison directe de l’abondance ou de la fréquence des évacuations gaslro intestinales ; c’est que nous avons vu comme tout le monde des choléra secs , c’est-à-dire la période algide, l’asphyxie , etc. , avec une suppression complète de toute sécrétion , de toute exhalation intestinale ou autre. Les malades débutaient par l’agonie et mouraient sans avoir eu une seule garderobe ou après quelques selles liquides dix fuis moins considérables qu’on n’en remarque dans une foule d’autres maladies qui n’ont avec le choléra aucune ressemblance.
La .sidération parlait de plus loin; la vie était immédiatement attaquée «ians son expression la plus essentielle , la plus primitive, nous voulons dire dans la calorification organique. Dites-nous un peu si dans les fièvres pernicieuses algides, si
MÉDICATION TONIQUE
liû
clans le frisson mortel de quelques fièvres intermittentes, et dans l'émotion foudroyante qui vous glace tout à coup, si dans le refroidissement irrémédiable causé par la pénétration de certains virus, de certains poisons dans l’économie, ce sont des évacuations quelconques qui vous expliquent de pareils effets! Non; mais tout ce qu’on peut dire, c’est que les forces radicales du principe vital sont primitivement atteintes; comment? pourquoi? nous l’ignorons, et heureusement nous n’avons pas besoin de le savoir, car nous sommes plus avancés par la reconnaissance de ce fait capital, quoique inexpliqué, que ceux qui se débattent dans des théories chimiques, physiologiques on anatomiques, toutes plus étroites les unes que les autres, et qui ne conduisent qu’à des indications thérapeutiques puisées dans l’observation de symptômes de second ou de troisième ordre.
Il est juste pourtant d’ajouter que nous ne regardons pas comme conlr’indiqués les Toniquesastringents pour modérer l’excès des évacuations alvines dans le choléra asiatique, quand ce phénomène prédomine beaucoup, qu’il pourrait augmenter le collapsus général , hâter l’extinction des forces et aggraver pendant la période de réaction ces altérations des facultés digestives et ces phlegmasies interminables qui rendent si difficiles et si graves les convalescences des cholériques. Mais ces médicaments ne remplissent pour nous que des indications secondaires et ne doivent pas dispenser d’obéir aux indications plus capitales qu’il n’est pas de notre sujet d’étudier ici.
Les Toniques-astringents pris à l’intérieur s’opposent aux hémorrhagies autant et encore plus peut-être par la disposition à se coaguler plus facilement qu’ils donnent au sang, que par le resserrement fibrillaire qu’ils déterminent dans les tissus. Plus on a perdu de sang par une hémorrhagie, plus, pour ainsi dire, on est condamné à en perdre, parce qu’alors ce liquide s’appauvrit graduellement, que la partie séreuse et non coagulable diminue à tous les instants, et que l’organisme ne possède plus désormais le moyen le plus puissant d'un arrêt spontané de l’hémorrhagie , savoir , la plasticité el la coagulation du sang qui , pour peu que le nisus hœmorrhacjicns se ralentisse ou se suspende, oblitère solidement tous les couloirs hémorrhagiques. C’est donc un grand bienfait que procurent alors les Toniques-astringents qui, mêlés au sang, en augmentent la coagulalphté , rendent son passage plus lent el difficile dans les petits vaisseaux de Boërhaave, et enrayent ainsi son écoulement au dehors.
Nous avons vu plus haut les Toniques-astringents employés topiquernent sur les parties menacées de décomposition putride ramener par leurs propriétés anti-septiques la suppuration à des qualités louables et préserver les chairs de la putridité et de la gangrène. Dans l.es maladies générales caractérisées par une remarquable tendance des fluides et des solides à céder aux lois de la chimie brute , dans ces affections typhoïdes, ces fièvres putrides, pestilentielles, quelle que soit leur place dans la nosologie, mais surtout dans la forme putride des fièvres enléro-mésentériques comme dans tous les étals morbides qui sont empreints de ce cachet de putridité, l’administration intérieure des Toniques-astringents a de tout temps été reconnue pour combattre les progrès de la sceplicilé el s’opposer à la dissolution générale du sang et des solides vivants. On a principalement recours dans ce but à la limonade sulfurique et aux potions légèrement alumineuses. C’est principalement dans la dernière période des maladies typhoïdes (ce mol étant pris dans sa véritable el plus large acception) qu’on met en usage ces moyens ; et. à celte période ils ont encore l’avantage de relever le ton de l’estomac, de ranimer les fonctions digestives, de modérer le dévoiement et la tendance aux hémorrhagies intestinales qui alors ne sont que trop graves. Ils modèrent aussi la fièvre, et tous ces effets ont peut-être plus de part à l’amendement de la maladie que les propriétés directement anti septiques de ces substances , propriétés que nous ne voulons néanmoins pas récuser.
En traitant des effets physiologiques des Toniques-astringents pris à l’intérieur, nous avons signalé les graves altérations des forces digestives , l’arrêt de la nutrition , la suspension des sécrétions , l’amaigrissement , l’atrophie générale qui pouvaient résulter de leur administration imprudente et trop prolongée. Les conlr’indicalions et les inconvénients de ces remèdes se tirent tout naturellement de pareilles observations. On pourrait néanmoins utiliser ces effets nuisibles en les faisant servir à combattre de graves incommodités qui résultent ou d’un excès de la force assimilatrice de l’organisme, ou plus souvent d’un défaut de proportion entre le mouvement de décomposition alors inactif et le mouvement de décomposition iftitritive trop actif. L’obésité ou polysarciesont produites par ce manque d’équilibre entre les deux puissances qui président à la réparation du corps, el il ne serait sans doute pas impossible de les rétablir dans de plus égales pro-
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portions par l'administration prudente el soutenue des Toniques-astringents.
A présent <|ue nous avons examiné d’une manière générale les indications des Toniquesastringents, si nous essayons de déduire de cette élude tous les enseignements qu’elle peut renfermer pour la pathologie et la thérapeutique générales , nous serons frappés des considérations suivantes que le lecteur saura bien étendre et féconder sans que nous ayons besoin de le faire nous-mêmes.
Les Toniques-astringents resserrent, condensent, tannent les tissus et en soustraient l’humidité- Une autre classe de médicaments (voyez la deuxième partie) leur est parfaitement opposée et produit des effets diamétralement contraires : ce sont les remèdes émollients ou atoniques qui relâchent , ramollissent les tissus el les abreuvent d’humidité. Or , supposons pour un instant que les ressources de la thérapeutique soient bornées à ces deux ordres de moyens , les toniques proprement dits el les atoniques ou émollients. Quelle pauvreté! Que d’indications thérapeutiques en dehors de celles qui sont appelées à remplir ces deux classes d’agents curatifs ! C’est-à-dire que ce sont ceux dont la médecine pratique se passerait le plus facilement , et qu’ils ne sont guère qu’adjuvants ou palliatifs lorsqu’on les fait concourir à un traite— lement. Qu’on remarque bien que nous n’entendons pas parler ici des moyens qui produisent indirectement ces deux états opposés , le strictum elle laxum , mais des moyens qui, comme ceux que nous venons d’étudier, les produisent immédiatement et spécifiquement. Ainsi , nous Défaisons pas allusion aux émissions sanguines , aux purgatifs, etc., etc., qui déterminent X atonie d’une manière éloignée i, ni aux ferrugineux , aux analeptiques , à la gymnastique , etc. , etc. , qui déterminent la tonicité d’une manière éloignée-, car nous pourrions, en procédant de cette façon , ramener toute la thérapeutique à la production définitive de ces deux conditions organiques. 11 n’est question que des agents qui les font naître par une influence propre et caractéristique , comme sont encore une fois les toniques et les atoniques.
La supposition étant ainsi restreinte , qui ne voit que la thérapeutique serait complètement désarmée et impuissante contre les quatre-vingt-dixneuf centièmes des maladies, et qu’elle ne pourrait prêter de s 'cours réels qu’à quelques affections aux indications véritables desquelles encore elle ne saurait pas toujours répondre ? De quelle
stérilité et de quelle fausseté ne seraient pas entachés des systèmes de médecine qui auraient adopté pour base physiologique la dichotomie que nous admettons fictivement; qui auraient fait rouler sur les lésions simples .pures , uniques et essentielles de ces deux états des solides vivants toute l’étiologie et la pathologie; enfin , logiquement , n’auraient accepté dans la thérapeutique que des moyens simples , purs , uniques et essentiels dans leur action (car il est important de s'exprimer ici avec celle minutieuse exactitude), pour resserrer ou relâcher la fibre , que des Toniques et des émollients ?
Et cependant c’est dans celte étroite sphère, dans celte thérapeutique mesquine et insuffisante, superficiellement modifiée par les diverses époques médicales, que s’obstinent depuis deux mille ans tous les solidisles exclusifs ! D’Asclépiade à Cœliits Aurelianus , le strielwn et le laxum ; plus lard, l’irritabilité en excès ou en défaut, la tension et le relâchement, le spasme el l’atonie, la sthénie ou l’asthénie , la diathèse de stimulus et le contro-stimulisme, l’irritation el l’ab-irrilalion, n’ont fait que changer de formes et de moyens en passant par les systèmes de Glisson, de Baglivi , d’Hoffmann , de Haller, de Chilien, de Brown, de l’école rasorienne et de la doctrine physiologique. Il est vrai de dire que depuis ThémisonàM. Broussais il y a eu d’immenses progrès et un -agrandissement considérable d’idées qui sont devenues de moins en moins grossières, de plus en plus larges et physiologiques. «Thémison , comme le remarque fort bien l’immortel auteur de l’Examen des Doctrines ( Ext. des Doct. , t. i , p. 112 ) , ne calculait point la somme des forces vitales ; il ne s’élevait pas jusqu’à celle abstraction des vitalistes modernes. 11 ne voyait que les pores el en général toutes les ouvertures qui se présentent à l’extérieur du corps , etc., etc. »
Mais il n’en reste pas moins certain aussi que tous ces systèmes, dans leur pureté native el pour rester fidèles à leurs principes , sont obligés de rejeter les observations les plus précieuses de la clinique et les agents curatifs les plus nombreux et les mieux éprouvés. Le solidiste exclusif ne doit en effet pas tenir compte de l’altération primitive des liquides , de la marche spéciale que celte condition imprime aux maladies el dès modifications qu’elle apporte à la thérapeutique ; il faut qu’il reji'tte la spécificité des maladies el partant les remèdes spécifique» ; qu’il n’admelte que la voie des
sympathies pour expliquer les affections générales,
j.i simultanéité ou la succession des phénomènes
MÉDICATION TONIQUE
morbides; qu’il ne voie que des quantités et jamais des qualités diverses dans les maladies ; en un mot qu’il méprise toutes les observations et tous les préceptes si précieux amassés par les médecins qui ont suivi la lijyne hippocratique. Aussi, remarquez que les écoles exclusivement solidistes ont pu fournir des hommes d’un grand génie, d’illustres écrivains , mais que ce n’est pas de leur sein que sont sortis ceux qui ont mérité le nom de profonds observateurs , de praticiens consommés, et dont les leçons sont à l’abri des outrages du temps et des systèmes.
De même donc que les moyens thérapeutiques qui n'agissent que sur le solide vivant pour augmenter ou relâcher sa tonicité n’ont qu’un usage très-limité et souvent dangereux, puisqu’ils n’attaquent en général (excepté dans les cas simples que nous avons plus haut distingués avec soin) que la manifestation extérieure de la maladie et laissent la cause ou la condition génératrice avec toute sa puissance morbifique ; de même les systèmes de médecine , appuyés sur le solidisme exclusif, sont étroits, insuffisants et dangereux, puisque dans un très-grand nombre de cas ils ne voient et ne combattent que les actes antérieurs ou les symptômes que les solides seuls sont capables d’exprimer et de manifester, et qu’ils laissent alors les principes ou les causes avec toute leur intensité morbifique.
Il est , nous pensons , superflu de donner des preuves de ces assertions; chacun les entrevoit aisément. Ce que nous avons dit des indications des topiques Toniques-astringents peut mettre sur la voie de ces arguments aussi nombreux qu’incontestables.
TONIQUES ANALEPTIQUES OU RECONSTI- TUANTS.
Cette seconde catégorie de nos Toniques ne renferme que le fer. Si nous y avons accessoirement joint quelques substances alimentaires , telles que la fibrine des animaux à viande noire, ainsi que les bouillons, les extraits , les gelées qu’on en prépare , c’est que ces matières contiennent une grande quantité de principes analeptiques sous un petit volume, et que ces principes sont les plus restaurants de toutes les substances alimentaires. Ces propriétés font en , outre qu’ils sont souvent prescrits â litre de remèdes , et non-seulement pour nourrir et réparer le corps, mais pour combattre un certain ordre de phénomènes morbides. Us sont ainsi les plus
puissants succédanés et les meilleurs adjuvants de l’action du seul Tonique analeptique de la matière médicale , du fer.
Nous avons suffisamment insisté, pour n’èlre pas obligés d’y revenir , sur ce fait , savoir : que les Toniques analeptiques n’ont pas ou très-peu d’effets physiologiques , et que lorsque cette action se manifeste, elle n’est pas de nature à expliquer leur action thérapeutique. Il faut donc , pour que l’influence éloignée ou curative de ces agents se développe , que l’organisme se trouve dans un état pathologique quelconque qui reconnaisse, pour cause une pénurie, une insuffisance primitives , des éléments réparateurs du sang.
Les maladies qui résultent de ces conditions du liquide nutritif sont nombreuses et surtout trèsvariées. De nos jours elles sont souvent méconnues, si ce n’est lorsqu’elles se présentent avec des symptômes si caractéristiques et. qui sont l’expression si naturelle et si frappante de l’anémie ou de l’hydroémiè ( prédominance anormale de la partie séreuse du sang ), qu’il serait impossible de s’y méprendre.
Mais ces cas ne sont pas les seuls où une foule de lésions fonctionnelles prennent leur source dans un défaut d’énergie et de proportion des forces assimilairices de l’organisme et où les indications principales consistent à donner plus d’activité à ces fonctions au moyen des Toniquesanaleptiques. Nous allons nous livrer à cette occasion à quelques considérations physiologiques et pathologiques, indispensables pour bien apprécier les indications thérapeutiques de l’ordre d'agents dont nous nous occupons en ce moment.
Il n’est peut-être pas en physiologie , en pathologie générale , en médecine pratique , de fait plus grand , plus culminant et plus fécond que celui formulé en plusieurs endroits des œuvres d'Hippocrate , et sur lequel ce grand homme revient avec une sorte de complaisance qui prouve combien il en mesurait l’étendue el la profondeur. Quelle portée , quelle forte et lumineuse synthèse dans celle simple observation : Saugüis moderator NEUvoRUM ! Comme de suite elle a eu ses fruits , lorsqu’Hippocrate en a déduit cette conséquence si vraie et si large , qu’on est embarrassé de dire laquelle des deux , de l’observation première ou de la conséquence , est principe ou application , tant l’une et l’autre elles embrassent de faits : Febris spasmos solvit ! C’est encore la même loi servant à interpréter d’autres faits, lorsqu’il prononce que le sang est un somnifère , san guis somniferus ?* que le sang donne de la
TONIQUES ANALEPTIQUES.
sagesse ( il faut entendre de l’harmonie , de la suite et de la solidité dans les actes intellectuels et moraux) , surtout lorsqu’il possède sa densité normale , sanguis ad sapientiam facit prœscrtim quum suant habet consuetam concretionem ; qu’au contraire il fait déraisonner lorsqu’il est trop dissous , sanguis desiperc facit quum sit nimis dissolutus , etc., etc
Ces propositions capitales dominent toute la pathologie désaffections nerveuses, comme nous allons le voir.
N’est-ce pas quelque chose de bien digne de la méditation des physiologistes et de l’attention des praticiens, que cet antagonisme perpétuel entre le sang et les nerfs, entre la prédominance de la force d’assimilation et la prédominance des phénomènes nerveux , antagonisme duquel il résulte que plus le système sanguin , plus la force plastique a de développement et d’activité, plus le système nerveux et les actes qui en émanent sont fixes , obscurs, réguliers, coordonnés; que, réciproquement, plus le système nutritif et les phénomènes végétatifs sont pauvres et languissants , plus la quantité du sang est diminuée, plus ce liquide est dépouillé de ses parties organisahles , plus aussi les phénomènes nerveux sont mobiles , exaltés , irréguliers et désordonnés ? Mais dans le premier étal , ce silence et celte obscurité des forces nerveuses ne sont pas faiblesse et impuissance , car , dans l’organisme comme partout , la force et la puissance naissent de l’harmonie. Dans le second de ces états, l’exaltation et la mobilité ne sont rien moins que le signe de la force et de la puissance , car, dans l'organisme surtout , la faiblesse et l’impuissance naissent du désordre et du dé: faut d’harmonie.
La connaissance et la thérapeutique des maladies nerveuses seraient bien plus avancées qu’elles ne le sont , si au lieu d’épuiser leur temps et leur science dans des observations puériles et laborieuses (nugœ difficiles) sur la texture et l’agencement de la matière nerveuse, dans des hypothèses de fluide nerveux , d’impondérable physiologique , d’éleclro-vitalisme , de polarité, etc., etc les auteurs avaient simplement
voulu étudier les lois de ces phénomènes; si , en commençant par les déclarer inconnues dans leur cause intime, inpénélrables- dans leur mécanisme, ils avaient admis comme premier fait, comme loi d’observation fondamentale, les données hippocratiques citées plus haut, et s’ils y avaient ramené tous les faits particuliers et subalternes qui relèvent do celle grande loi , en se 2" PARTIE.
servant tour à tour des observations physiologiques et pathologiques pour éclairer la thérapeutique , puis des résultats de celle-ci pour agrandir et consolider la physiologie médicale et la nosographie !
Et cependant l’observation la plus simple de l’homme sain et malade abonde en faits qui attestent la vérité de celte loi posée par Hippocrate pour la première fois, et il nous faudrait dire pour la dernière , si Sydenham , cet autre Hippocrate, n’avait aperçu dans la nature bien plutôt que dans les œuvres du père de la médecine (qu’il était loin de posséder comme les possédaient la plupart des auteurs contemporains, et qu’il ne cite même pas b ce sujet), mais avec le même esprit que lui , les faits sur lesquels reposent les lois en question. Ces faits , il les a pris pour flambeau dans son petit traité des maladies hystériques qui forme la seconde partie de la lettre à Guillaume Cole(Sydenh. Op. med ., tom. i, p. 256), chefd’œuvre admirable d’observation et de médecine pratique , que , malgré l’avis d’un habile écrivain (Dubois d’Amiens , Hist. philos. deVhypoch. et de l’hyst. , p. 570), nous regardons comme un des plus beaux litres de gloire de ce grand observateur. Nous nous enorgueillissons d’être les premiers à reprendre ces idées après Hippocrate et Sydenham. Au sujet de la médication antispasmodique, nous en avons déjà tiré quelque parti, en indiquant d’avance qu’elles nous guideraient dans l’appréciation du traitement radical des maux de nerfs dopt les antispasmodiques n’étaient que les palliatifs. Le moment est venu de le faire et de nous efforcer de répandre des notions trop ignorées, qui sont, nous osons le dire, le secret de la thérapeutique des affections spasmodiques ou des névroses.
Ars irnitatio naturœ. C’est sur ce principe que repose la médecine d 'observation ou la médecine hippocratique. Tâchons donc de savoir comment ici la nature s’écarte de son état physiologique , de quelles conditions essentielles dépendait cet état lorsqu’il existait; enfin , par quelles voies , à l’aide de quelles circonstances celle nature rentre dans l’ordre et l'équilibre. Si, après avoir constaté ces choses, nous trouvons que, dans les cas où la nature ne peut d’elle-méme se reconstituer, l’art ou la thérapeutique est capable , en imitant les opérations naturelles dont l’observation lui a révélé le mécanisme, de faire ce que l’activité propre de l’organisme sait faire bien souvent , nous aurons signalé les véritables sources des indications curatives d’une classe iinpor-
MÉDICATION TONIQUE
lanle de maladies , et notre tâche sera convenablement remplie.
Nous avons vu qu’il existe dans l’économie un système nerveux qui préside aux fonctions vitales et naturelles ( ancienne division des fonctions organiques qui comprend, la première, la respiration et la circulation, parce que ces fonctions sont vitales par excellence, c’est-â-dire immédiatement et actuellement nécessaires au maintien de la vie; la seconde, la digestion, tous les actes qui y concourent plus ou moins directement et la génération , parce que la nature a mis en nous des instincts qui nous portent invinciblement à l’accomplissement de ces fonctions pour assurer la perpétuité de l’individu et de l’espèce), et qui coordonne entre eux, et avec les fonctions animales, les phénomènes si nombreux qui composent notre existence.
Au commencement de ce chapitre (page 150) nous avons déjà précisé les attributions du système nerveux trisplanchnique. Il nous reste à y ajouter, pour l’intelligence de ce qui va suivre, les conséquences physiologiques qui résultent nécessairement de ces attributions. Ce sujet a déjà été touché lorsqu’il s’est agi des spasmes essentiels dans la Médication antispasmodique. ( Voyez ire partie de la page 57 à la page 54, passitn.) Nous y revenons en deux mots.
Les caractères qu’il nous importe beaucoup de remarquer dans le rôle du grand sympathique sont les suivants : 1° Continuité incessante d’action , car les fonctions vitales lui étant immédiatement confiées , il ne saurait suspendre son influence sans que la vie ne s’éteignît à l'instant. 2° Silence parfait d’action , activité muette , concentrée , et dont les phénomènes se passent tout à fait à l’insu du centre cérébral. Plus cette action est énergique , régulière et salutaire, plus elle doit être souslraite à la connaissance du cerveau; c’est là le cachet d’une santé robuste et accomplie. 5° Puissance de forcer, de soumettre invinciblement la volonté, et d’obliger l’encéphale à prêter à l’être vivant le système locomoteur et tous les appareils de relation ; fait capital et qui constitue le domaine de l’instinct et des passions. 4° Nullité de l’influence cérébrale sur les phénomènes exclusivement dépendant de l’action de ce système.
Maintenant rappelonsque tout ce qui détourne le système nerveux trisplanchnique des fonctions que nous lui avons reconnues produit ce qu’on est convenu d’appeler maux de nerfs, état nerveux , spasmes, avec les caractères sur lesquels nous avons tant insisté et que nous nous sommes
efforcés de préciser mieux qu’on ne l’a fait jusqu’ici, dans notre Médication antispasmodique.
Nous avons essayé alors (ir° partie, page 52 et suiv. ) d’indiquer quelques-unes des conditions qui développent l’état nerveux. On peut les résumer sous ces deux chefs généraux : 1° Causes directes qui frappent immédiatement le système nerveux ganglionnaire et l’arrachent pour ainsi dire à ses fonctions naturelles. Au nombre de ces causes sont , en première ligne , les passions , les affections fortes de l’âme ; puis certains principes morbifiques, tels que le goutteux, le rhumatismal, vagues, etc., etc... Nous n’avons pas à nous occuper de cet ordre de causes. 2° Causes indirectes qui n’alleignent que médiatement le système nerveux ganglionnaire et le font sortir de ses fonctions naturelles en lui enlevant l’objet de ses opérations , c’est-à-dire , les substances recomposantes, les aliments ou le sang. L’innervation viscérale n’ayant plus alors de but, ne trouvant pas à consumer son activité dans un exercice normal et régulier, suscite dans l’économie mille troubles consistant en sensations et en mouvements vicieux et désordonnés. C’est à ce second ordre de causes , le plus puissant et le plus fécond , que nous devons nous arrêter, parce que nous y trouverons les indications les plus importantes des Toniques analeptiques.
Montrons par des exemples familiers l’état nerveux s’élevant et débordant à mesure que les matériaux d’assimilation décroissent ou s’atténuent , d’abord lorsqu’on les soustrait en masse et soudainement, puis lorsque l’organisme n’en est privé que peu à peu et successivement.
Observez une femme surprise par une abondante hémorrhagie et conduite au tombeau par cet accident. Au bout de quelques instants îè cœur battra plus vite , bientôt irrégulièrement. Voilà déjà un commencement de spasme. Des anxiétés épigastriques, des nausées , des lipothymies , ne tarderont pas à se faire sentir. L’estomac rejettera ce qu’il contient. Une sécrétion gazeuse distendra les intestins qui seront agités en divers sens par leur mouvement vermiculaire exagéré. La moindre émotion agitera , causera des effets démesurés. Les impressions les plus légères affecteront vivement. Les larmes couleront sans motif. La respiration sera sublime et fréquente , ou lente et suspirieuse, souvent entrecoupée par de grands bâillements. Bientôt les yeux se tourneront en haut ; un sentiment de strangulation saisira la femme, le cou et les bras se tordront, le tronc s’étendra convulsivement, les jambes se fléchi-
TONIQUES ANALEPTIQUES.
ront et une attaque hystérique ou épileptiforme aura lieu. Si la perte de sang continue, les accidents que nous venons de décrire prendront une intensité croissante , les attaques convulsives se rapprocheront; et c’est souvent au moment où la quantité de sang indispensable pour le maintien de la vie sera descendue au point que quelques gouttes de plus qui vont être perdues amèneront le dernier soupir ; c’est dans ce moment suprême que tous les spasmes se pressent , redoublent, que les contractions musculaires prennent une énergie effrayante, suivie d’une détente générale et subite dont le calme glacé n’est plus interrompu que par quelques soubresauts. Les mâchoires se serrent, le visage grimace , puis après une profonde et dernière inspiration , l<1*femrae expire.
Ce n’est pas sans dessein que nous avons tracé ce tableau de la mort par hémorrhagie. Pour un observateur, il y a là un haut enseignement thérapeutique dont nous profiterons plus bas.
Mais ce cadavre chaud et palpitant recèle encore des phénomènes et des leçons.
Égorgez un animal vivant. Arrachez-lui brusquement le cœur, les entrailles ; le cœur battra hors delà poitrine, les intestins se contracteront, mais l’un et l’autre à vide et sans motifs, si nous pouvons ainsi parler. Ces phénomènes sont le spasme pris sur le fait , dévoilé dans toute sa vérité, car nous ne saurions plus exactement définir et caractériser les spasmes et les névroses qu’en disant que ce sont des sensations et des mouvements inutiles , sans but, et par conséquent sans coordination.
Il est donc évident, par ces premiers exemples, que la soustraction rapide du sang livre le système nerveux de la vie organique à une action insolite, irrégulière , à des sensations et des mouvements illégitimes et sans but , et qu’elle devient ainsi la cause la plus efficace des maux de nerfs, des névroses.
Si le rapport entre la cause et l’effet était toujours aussi manifeste et aussi frappant que dans les cas auxquels nous venons de faire allusion , chacun serait convaincu ; il n’y aurait pas d’erreur possible , et la seule thérapeutique raisonnable serait partout adoptée. Mais quand la cause n’est pas sous les yeux, matérielle et irrécusable, que les effets seuls apparaissent sous des formes plus ou moins insidieuses et simulant des maladies d’un autre genre, c’est alors qu’il est plus difficile de les rattacher à leur principe commun et véritable , c’est alors que se voient les déviations thérapeutiques , les mécomptes les plus fréquents
et les plus fâcheux , surtout depuis le règne de la médecine physiologique et de 1 ecole des anatomo-pathologistes.
Cependant, pour être moins évidente, la nature de la cause n’est pas autre essentiellement , et les indications thérapeutiques restent aussi essentiellement les mêmes.
Pour nous en convaincre, suivons un peu la marche , l’enchaînement et la physionomie des troubles morbides dans des cas moins sensibles que les précédents , puis nous passerons à de plus obscurs où nous aurons à invoquer l’induction , l’analogie , et enfin à ceux où la seule pierre de touche sera dans les effets d’un traitement explorateur, pour fournir une application brillante de l’épigraphe hippocratique de notre livre : Morbo rum naiuram curationes ostendunt.
En conduisant ainsi l’esprit successivement d'un fait incontestable à un qui au premier coup d’œil le paraissait moins, puis à un autre qui semblait d’abord se prêter difficilement à recevoir la même interprétation, mais ne saurait pourtant être séparé des premiers si ceux-ci sont acceptés , ainsi de suite des plus simples aux plus complexes , on arrive bien plus sûrement à produire la lumière et la persuasion.
Rien de si commun que de voir des femmes dont les règles sont trop abondantes ou reviennent plusieurs fois par mois être tourmentées de vapeurs et de maux de nerfs. Ces accidents ne lardent pas à troubler les digestions , à suspendre l’ordre et l’activité des fonctions nutritives. La crase du sang en est encore affaiblie et les ménorrhagies augmentées ; de sorte que de cette aggravation indéfinie de la cause par les effets résultent un délabrement et un désordre , une perversion fonctionnelle et une délibilité radicale au milieu desquelles il est fort difficile de démêler les indications réelles du traitement. Ce qui ajoute encore à l’obscurité et à l’embarras, c’est que presque toujours quelques phénomènes morbides symptomatiques et secondaires semblent devoir attirer tout l’intérêt et servir de fondements au diagnostic. L’estomac et ses fonctions fournissent bien souvent l’occasion de pareilles erreurs. On
que le seul éréthisme de cet organe, sans que s; membrane muqueuse soit le siège de la moindr inflammation , de la moindre lésion appréciable peut donner lien à tous les symptômes qu’on es habitué à regarder comme pathognomoniques d la gastrite, l.a gastrite aiguë spontanée! La gas trile physiologique ! Celte entité moderne ave
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laquelle on a (ant fait la guerre à la vieille ontologie. Qu’on a dû en effet la trouver commune celte maladie ! 11 est rare , extrêmement rare de rencontrer une femme affectée de maladie chronique qui n’accuse la gastrite et ne se croie obligée en conséquence à la diète lactée, qui ne repousse pas avec une sainte indignation les consommés , les viandes noires et le vin pour lesquels son palais et son estomac sont bien loin d’avoir de la répugnance, si son docteur ne lui avait enjoint de ne pas les digérer.... Voyez à Paris mille femmes dans le monde , et mille femmes vous tiendront ce langage. Cette méprise est donc quelque chose de bien grave et qui mérite qu’on s’y arrête sérieusement. Nous allons le faire dans l’intérêt de la Médication Tonique.
Ce point de la question que nous traitons n’est guère plus relatif aux femmes qui sont jetées dans l’étal nerveux par l'habitude des ménorrhagies, qu’il n’est relatif à cet état produit par d’autres causes du même genre et qui indiquent les mêmes errements thérapeutiques. Nous n’en parlons en premier lieu qu’à cause de son importance et de l’inlluence que la détermination de celte question capitale doit avoir sur la médecine pratique.
Lorsque l’économie est privée tout à coup d’une grande quantité de sang , les troubles qui résultent de celte déperdition frappent d’abord les fondions animales. Le cerveau , les sens , le système locomoteur, annoncent les premiers l’insurrection du système nerveux, comme nous l’avons vu plus haut. Puis, si le sujet survit à l’hémorrhagie et que le sang ne soit pas bientôt réintégré dans sa quantité et dans sa crase normales par une bonne nutrition, diverses lésions fonctionnelles des organes abdominaux et thoraciques ne tardent pas à se développer. Mais si la force d’assimilation a été lentement dépouillée de ses matériaux, comme cela se voit dans l’exemple des ménorrhagies que nous avons choisi ; surtout si elle l’a été indirectement, comme par une diète inopportune et trop prolongée, par la chlorose, par la cachexie des fièvres intermittentes, ou parle fait d’autres conditions que plus bas nous ne négligerons pas d’apprécier, alors les premiers t roubles fonctionnels ont pour théâtre l’estomac et le cœur.
Si. dans ces cas , le cœur et l’estomac donnent les premiers signps de l’état spasmodique, faut-il s'en étonner? N'avons- nous pas eu soin de faire remarquer parmi les caractères de l’innervation Irisplanchniquc la nécessité d’une activité incessante, et de pins, dans l’étal d’équilibre parfait des fonctions qui consli’ue la sauté, n'avons-nous
pas noté le silence, l’ohscurilé, le travail occullc des forces nutritives et l’ignorance absolue où doit rester le sensorium, à l’égard de ces opérations vitales? Or l’action nerveuse qui préside à ces opérations ne pouvant être suspendue , sans que la vie elle-même ne s’arrête dans son cours, celle action s’exerce continuellement malgré la diminution et l'insuffisance des matériaux réparateurs qu’elle a pour objet d’élaborer. Mais du moment qu’elle ne peut plus s’employer à sa destination normale , du moment qu’elle n’a plus pour l’absorber et la régulariser la série des opérations préparatoires de la nutrition , elle donne lieu aux phénomènes pathologiques les plus variés, lesquels sont perçus par le centre sensible et constituent ces^ensations et ces mouvements anormaux, e’est-à-dire inutiles et sans violi fs, qui sont pour nous les spasmes et les névroses.
L’estomac , ou plutôt le centre épigasli;ique , ce sensorium commune du sens vital , suivant la belle pensée de Grimaud , est le foyer d'où s’élèvent le plus de spasmes, de douleurs, de troubles fonctionnels. Ce centre est aux fonctions vitales et naturelles ce que le cerveau est aux fonctions de relation. 11 est, pour ainsi dire, chargé de résumer et d’exprimer le malaise et la souffrance des autres viscères. Ainsi , dans l’état physiologique , c’est de lui que naît la sensation de la faim, c’est lui qui transmet au sensorium le sentiment de ce besoin essentiel , besoin qui n’est pourtant particulier à aucun organe spécialement, dont tous sont en souffrance, mais qu’un seul a le privilège d’exprimer. Voilà donc ce viscère, dont les actes devaient toujours s’accomplir à l’insu du moi , qui , maintenant que l’économie éprouve une disette de. ses matériaux réparateurs, entre le premier en éréthisme. Ce mol éréthisme a besoin d’être défini; car la plupart des personnes l’emploient indifféremment à la place des mots irritation , excitation , orgasme, excès d’action , force, etc... L'éréthisme , c’esl la susceptibilité morbide que contracte un organe, par suite de la privation ou de l’insuffisance de ses stimulus physiologiques ou naturels. C’esl le signe le plus certain de la faiblesse. Or, les stimulants physiologiques de l’estomac, ce sont les aliments; le stimulant physiologique de tout l’organisme et du système circulatoire, du cœur en particulier, c’est le sang. Une diète, intempestive jette j’esîomac dans un état d’éréthisme. Si vous joignez à cela l’anémie, l’hydroérnie, toute l’économie partagera cet éréthisme. De plus, l'estomac , le centre épigastrique, en tant que sensorium
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commune ilu sens vital , ressentira et réfléchira la souffrance générale , et il n’y aura pas de sensations anormales et douloureuses , de phénomènes dynamiques insolites , dont il ne puisse être le siège. Si parmi ces phénomènes prédominent , comme cela est si commun , la douleur à l’épigastre augmentée par la pression , les pesanteurs, les crampes , la souffrance de ce viscère après le repas; si surtout ces accidents sont accompagnés de palpitations , de céphalalgie, d’oppression ; à plus forte raison site malade y perçoit un sentiment de chaleur, d’irritation brûlante, s’il a des rapports nidoreux et alimentaires, etc... n’en douiez pas : le mot gastrite sera prononcé; les mots sangsues, diète , eau dégommé, laitage, bouillon de poulet , etc., le suivront, comme l’ombre le corps ; elqu’arrivera-t-il ? Que la malade (car ce sont presque toujours des femmes), un instant soulagée, ne tardera pas h être tourmentée de désordres généraux et d’éréthisme local plus considérables; que le lait lui-même passera plus difficilement, puisque c’est la loi de l’éréthisme que plus la soustraction du stimulus normal est grande, plus la faiblesse augmente, ainsi que la susceptibilité; la plus légère pression de l’épigastre pourra déterminer des convulsions , des pleurs et la perle de connaissance. Tout cela confirmera le diagnostic; on croira que la gastrite a fait des progrès, malgré le traitement antiphlogistique, et on trouvera , dans cette circonstance , une nouvelle indication pour y insister avec plus d’activité. Ainsi de suite , pendant des années , comme nous l’avons vu malheureusement trop souvent.
Nous n’écrivons pas un traité de pathologie. Pourtant, quand il nous paraît indispensable, pour l’intelligence des indications d’une médication et dans un but thérapeutique , d’appeler ù notre aide la symptomatologie et la science du diagnostic différentiel, nous n’hésitons pas ù le faire. C’est pourquoi nous allons indiquer les caractères qui doivent servir ù ne pas confondre deux étals morbides diamétralement opposés, et dont les traitements respectifs sont si contradictoires.
Et d’abord , une gastrite assez intense , assez aiguë pour produire la douleur et tous les accidents de l’éréthisme ou de la névrose dont nous parlons, n’aurait pas duré quelques jours, qu’elle aurait perforé, ulcéré , réduit en bouillie, désorganisé enfin la nu mbrane muqueuse de l’estomac, déterminé une péritonite, etc... Or, l’étal dont il est question n’a aucune influence pur lui-même
sur la nutrition. Il n’est non plus jamais funeste par lui-même.
D’un autre côté , depuis bien longtemps, nous cherchons dans les hôpitaux et ailleurs la gastrite spontanée aiguë, et jusqu’ici nos recherches les plus consciencieuses sont sans résultat; jusqu’ici cette maladie , si bien décrite par la doctrine physiologique , est pour nous une chimère, un être de raison. Nous avons observé la gastrite aiguë produite par le contact ou l’ingestion des substances vénéneuses , des acides , des alcalis concentrés , de l’alcool, etc., etc..., celle qui survient quelquefois à la suite d’une indigestion ou d’un repas trop stimulant, et qui est si éphémère , qui se calme en deux ou trois jours par l’abstinence ; mais, nous le répétons, jamais, indépendamment des conditions étiologiques précédentes, il ne nous a été donné de rencontrer une maladie consistant uniquement et primitivement dans l’inflammation aiguë de la membrane muqueuse gastrique. Remarquons en outre que les seules gastrites aiguës observables en dehors des empoisonnements par les substances irritantes sont celles qu’on pourrait appeler gastrites crapuleuses {gastrüis à crapulâ de quelques nosologistes ) et que ce n’est guère que les hommes qui en sont affectés; cependant nous avons vu que les femmes spécialement sont les sujets des névroses gastriques qu’on prend si communément pour des phlegmasies.
Ce qui précède pourrait nous dispenser de poursuivre le diagnostic différentiel.
Ajoutons néanmoins qu’il faut se défier de la sensibilité excessive de l’épigastre à la pression. Celte exquise sensibilité n’appartient guère à la gastrite. Si on interroge scrupuleusement les femmes sur ce genre de sensation , elles finissent par avouer qu’il n’a rien d’analogue avec la douleur que fail percevoir la pression sur une partie enflammée. C’est plutôt une anxiété pénible, un spasme, un malaise indéfinissable qu’un provoque , qu’une douleur organique proprement dite. Cette pression leur cause un sentiment d'oppression , de cardialgie , de défaillance assez semblable ù celui qui saisit la même région sous l'influence soudaine d’une émotion pénible, d’une surprise, d’une frayeur, vives, etc... El puis il est une autre affection de l’estomac qui s’observe indépendamment de cet état d’éréthisme cl qui donne lieu à d’atroces douleurs épigastriques , c'est la gastralgie qui n’est pas non plus une gastrite. Combien d’individus, en outre, qui physiologiquement et l'estomac étant dans les plus
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parfaites conditions de santé, ne peuvent supporter sans grande souffrance la plus légère pression de l’épigastre !
L’état dont nous parlons ne produit que trèsexceptiomiellement des vomissements. Or, la gastrite aigue en est constamment accompagnée. Mais dans ces derniers temps , plusieurs médecins , sceptiques et minutieux observateurs, ont dit , appuyés sur les nécropsies et les faits les plus exacts en apparence , que l’état de la langue n’avait aucun rapport avec i’élal de l’estomac j que l’inflammation de cet organe n’était pas plus annoncée que toute autre maladie par la rougeur et la sécheresse de la langue , etc... Cette erreur insigne a été une des causes les plus puissantes qui aient empêché les médecins de revenir de leur aveuglement. En effet, dans les casque nous nous efforçons de séparer des phlegmasies gastriques, la langue est humide , rose , large ; elle a en un mot tous les caractères de l’état sain. Mais comme des auteurs qui font autorité ont répété à l’envi et de par l’observation que la gastrite pouvait très-bien coïncider avec une langue rose et humide, on s’est cru obligé de ne tenir aucun compte de ce signe et on a été ainsi privé d’un caractère séméiologique fort important. Nous nous croyons en droit d’affirmer que l’aspect de la langue traduit fidèlement l’état de l’estomac.
Le sentiment de chaleur, d’ardeur brûlante , d’irritation, n’a aucune valeur, en l’absence, d’autres signes , pour caractériser la gastrite. On sait qu’un organe dont l’innervation est troublée peut, en l’absence de toute cause matérielle, de tout stimulus sur-ajouté, de tout état organique, reproduire comme par hallucination les sensations qui dans l’état sain ne résultent que de l’application de certaines causes , de certains agents spéciaux. La peau donne le sentiment de la brûlure et de la démangeaison en l’absence de tout agent capable de déterminer ces sensations ; l’estomac donne le sentiment de la faim et de la satiété indépendamment du besoin des aliments et de la réplétion , etc...
Nous ne ferons pas ressortir l’insignifiance, pour indiquer la gastrite , des difficultés de la digestion , des pesanteurs , des rapports nidoreux, etc... Ces dérangements sont l’effet de tout état de l’estomac capable de troubler et d’empêcher les fonctions de ce viscère. Or, il n’est plus personne qui pense que la gastrite seule soit dans le cas de nuire à la digestion. Nous en dirons autant des palpitations et de la céphalalgie qui ac-
compagnent le travail de l’estomac et n’appartiennent pas exclusivement à la gastrite.
Mais c’est surtout d’après les circonstances étiologiques , l’état général , les effets des divers traitements', etc..., qu’il faut établir le diagnostic.
Ce qui devra toujours servir puissamment à distinguer les névroses , les débilités nerveuses , l’éréthisme (soit de l’estomac , soit de tout autre organe ou de l’économie entière ), des maladies inflammatoires, c’est que, dans celles-ci, les fonctions, les actes sont enrayés , enchaînés; les manifestations vitales abolies , prostrées, dans la stupeur, l’impuissance , l’immobilité ; tandis que, dans les premières , tous ces phénomènes sont exaltés, exagérés, mobiles, s’éveillent à la moindre occasion , suscitent en un mot des sensations et des mouvements dont est incapable une partie frappée d’inflammation.
Ainsi , pour ce qui regarde l’estomac , dans l’état d’éréthisme dont il s’agit , il donne souvent la sensation d’une faim extraordinaire et que rien ne satisfait. Jamais pareille sensation ne s’observera dans la gastrite qui s’accompagne au contraire d’un dégoût et d’une anorexie absolus. C’est là un signe distinctif de la plus haute importance.
Quand les organes circulatoires et le cœur principalement ne sont plus en rapport qu’avec un sang qui ne les excite pas au degré nécessaire pour régler et contenir leurs mouvements , de suite les palpitations, les étouffements, les spasmes thoraciques , la fréquence et la fausse énergie des battements du cœur, les lésions irrégulières de la température , souvent enfin une véritable fièvre erratique , lente nerveuse, annoncent l’éréthisme de ce système.
Bientôt l’appareil de la reproduction prend le dessus et les accidents hystériques les plus incroyablement variés troublent l’existence de la femme. Le système nerveux de la vie animale partage bientôt l’éréthisme qui est alors général, et les impressions, les sensations , les occupations intellectuelles les plus simples , les moins fatigantes , excèdent et impatientent le cerveau et les sens.
Si , après avoir montré les effets sur le système nerveux des perles de sang rapides et lentes , nous voulions examiner ce qui arrive , non plus quand on soustrait le sang, mais les aliments dont il est formé; si nous voulions dérouler le hideux tableau de la mort par inanition, nous serions obligés d’écrire toute la nosologie des
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affections nerveuses , car cet état les permet toutes et les suscite en foule.
Mais arrivons à la chlorose qui offre le type de la cause et des effets que nous étudions pour en connaître les moyens curatifs.
Dans cette maladie , à l’époque de la puberté , le plus ordinairement , sans qu’aucune évacuation de sang , accidentelle ou artificielle , ait eu lieu , sans que l’alimentation ait été insuffisante par qualité ou par quantité , sans qu’aucune circonstance hygiénique défavorable ait pu nuire à une bonne assimilation , les forces qui président à cette fonction languissent, les principaux viscères tombent dans l’inertie, le sang s’appauvrit, perd sa plasticité et sa rutilance par la diminution considérable de sa fibrine et de son cruor. Alors la débilité et l’éréthisme les plus effrayants se répandent sur tous les appareils , et les malades présentent souvent le tableau synoptique ou successif de toutes les affections nerveuses et névralgiques réelles et possibles.
Quelle est donc la puissance altérante qui a pu réduire le sang à n’êlre plus qu’une abondante sérosité servant de véhicule à quelques globules flasques, pâles et sans affinité vitale? Quelle cause, quel bouleversement ont ainsi suspendu le mouvement de composition et de décomposition organiques ? Car dans la chlorose, ces mouvements sont suspendus. Un sang abondant circule en vain dans toute l’économie ; ce sang ne fertilise rien , il ne donne rien , il n’enlève t ien. Les actes végétatifs sont enrayés. La chimie vivante est frappée d’inertie. Il n’y a plus dans l’organisme que des phénomènes nerveux , et encore des phénomènes nerveux pervertis.
Celte question n’est pas de pure curiosité. Sa solution doit avoir une grande influence sur la manière de diriger le traitement prophylactique de la chlorose , et surtout le traitement des prémiers dérangements qui ouvrent la marche de celte affection.
Un appareil qui pendant quinze ans n’avait donné aucun signe de vie , parce que jusque-là il avait été inutile à l’existence et au rôle physiogiques de la femme , cet appareil s’éveille, tout à coup pour devenir bientôt le centre de nouvelles fondions qui exigent une somme de vitalité telle et tellement spéciale , qu’il semble qu’un être nouveau soit désormais ajouté au premier être ( utérus , animal in animale) , le dirige et le maîtrise au point de caractériser la femme , de la faire ce qu’elle est, suivant l’expression si bien sentie de Van-llelmont , qui disait aussi que l’uté-
rus était comme un étranger dans l’économie, et qu’il ne dépendait d’elle que par la nutrition , ■peregrini hospitis instar , à corpore nonnisi alimentaliter dependens ; tandis qu elle , au contraire , obéissait à sa domination, meio icgiminis imperio , totam régit mulierem : qu il entraînait la femme, comme la lune conduit les eaux delà mer, perindè atque luna solo adspectu aquis prœsidet, ebquoduleri vita atque potestas loti imperet mulieri.
Or , il est des femmes chez lesquelles cet empire des organes reproducteurs s’établit facilement, sans résistance, sans IuLle , sans troubles. Chez elles , celle époque s’est depuis longtemps graduellement préparée; la puberté , la menstruation , l’aptitude à la fécondation , le nouvel être enfin , se développent à leur insu et continuent dans la suite à régir doucement l’organisme. Celles-là ne sont guère ni chlorotiques ni hystériques , à moins que plus tard des causes éventuelles ne déterminent ces deux états. Chez d’autres, au contraire , l’époque de la puberté est le signal des plus violentes perturbations. L’établissement des fonctions utérines rencontre les obstacles les plus extrêmes. C’est alors surtout que ce système commande à tout l’organisme ; car la vitalité abandonne les autres appareils. Les systèmes digestif, respiratoire, circulatoire, sécréteur, sont privés d’une grande partie de leur influx nerveux au profit des organes de la génération ; et tandis que chez les jeunes filles qu’épargnent les pâles couleurs cette concentration première et momentanée du système entier des forces vers l’utérus est bientôt suivie d’une surabondance et d’une expansion rayonnantes de vie générale , chez celles qu’atteint la chlorose, cette compensation ne se fait pas , et l’utérus , centre de tant d’efforts , languit lui-même et ne peut entrer en possession de ses importantes attributions; il ne rend pas l’infiuence dont il dépouille les autres organes.
Si l’on trouvait que nous sommes bien téméraires de présenter aussi affirmativement une théorie de la chlorose , nous répondrions que nous ne supposons rien , que nous ne hasardons rien ; mais qu’en suivant exactement la marche de la maladie , la subordination des phénomènes leur filiation naturelle, sans explication aucune on n oit que les choses se passent comme si ce que nous avons dit était. Or c’est là lé caractère d’une lionne théorie.
Ainsi, deux grands faits sont à considérer dans l’étude de la chlorose et dans l’intérêt de sontrai-
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loment , quoique généralement , et dans l’école de Paris maintenant, il ne soit attaché d’importance qu’à l’un de ces faits. On enseigne effectivement que la chlorose consiste essentiellement dans la diminution considérable des éléments fibrineux et cruoriques du sang et dans l’augmentation disproportionnée de la partie séreuse de ce fluide ; toute bonne médication devant avoir pour objet d’en réhabiliter la composition physiologique. Ce n’est là qu’une moitié de vérité; car avec cette opinion , il n’y a chlorose que lorsque l’hydrohémie est bien caractérisée : il semble que la maladie ne commence qu’à dater de ce moment, de cette période, qui n’est pourtant qu’un effet qu’on aurait pu prévenir avec d’autres idées.
Serait-ce la dénomination de chlorose (x^p or, jaune , verdâtre) qui bornerait la vue des observateurs et les empêcherait de ne reconnaître la maladie que quand elle a fait descendre le sang des jeunes filles aux conditions de celui des animaux à sang froid? 11 vaudrait bien mieux alors appeler cette affection, comme Morton, phthisie nerveuse , qualification pleine de sens pathologique et d’indications thérapeutiques. C’est que vraiment la chlorose est consommée lorsque se manifestent la pâleur verdâtre de la peau, la décoloration des membranes muqueuses. Cet état extérieur ne laisse aucun mérite au diagnostic, et annonce surtout que le médecin a déjà perdu bien du temps.
La chlorose arrivée à ce point a été de longtemps précédée par celle suspension d’action des principaux viscères et des forces altérantes qui ont été comme paralysés, comme plongés dans une torpeur, un engourdissement semblables à ceux dont les mêmes fonctions sont frappées chez les animaux dormeurs pendant leur hibernation, avec celte différence que des désordres de l’innervation à l’infini se sont développés à mesure que les phénomènes de la nutrition perdaient leur activité, à mesure que le sang était dépouillé de ses éléments organisables, cela suivant la loi que nous avons établie précédemment. Ajoutons que ces désordres nerveux sont encore accrus dans ce cas par l’influence naissante des organes génitaux ; influence si puissante, qu’elle cause et caractérise à elle seule les névroses principales de la femme.
Pour nous résumer sur cet important sujet et mettre en saillie les phases de la chlorose les plus propres à suggérer de justes indications thérapeutiques , nous considérerons dans celte |
maladie trois époques se succédant nécessairement par des rapports de causes à effets.
Première époque on çpoque d'altération.
L’action des appareils viscéraux se ralentit et s’éteint presque. La force d’assimilation est comme suspendue. Le cœur et l’estomac , par les sensations et les mouvements anormaux dont ils sont le siège , témoignent déjà leur éréthisme et leur faiblesse. La pauvreté et la liquidité du sang ne peuvent pas encore être accusées de cet état de langueur et de ces accidents nerveux , qui au contraire précèdent et produisent l’anémie et I’hydrohémie. Celte première époque pendant laquelle le sang s’altère, nous voulons dire s’appauvrit, peut durer très-longtemps sans que la décoloration des téguments révèle la chlorose aux yeux de tout le monde.
Cependant l’inertie des forces assimilatrices, l’éréthisme et la perversion de l’innervation viscérale qui en sonl la conséquence nécessaire , n’ont pas été sans influence sur la composition du sang. Lui aussi a fini par perdre de sa vitalité , par se dépouiller insensiblement de ses éléments organisables , et dès ce moment la jeune fille a eu 1 es pâles couleurs.
Deuxième époque , ou chlorose confirmée.
C’est alors seulement qu’en général on reconnaît'la maladie. L’hydrohémie , qui est le résultat de la période précédente, devient cause, à son tour, et produit sur tout l’organisme les effets ([ne nous avons vu dépendre des perles lentes de sang ou de l’appauvrissement graduel de ce liquide ; et cette indéfinie aggravation de la cause par l’effet amène tôt ou lard la troisième époque, si les fondions utérines ne parviennent pas à s’établir parfaitement et à remplacer les facultés vitales dans leur équilibre et leur puissance.
Troisième époque ou cachexie chlorotique. Un éréthisme excessif du système circulatoire, produit une fièvre nerveuse rémittente ou continue qui consume l’organisme , et c’est alors qu’on peut dire que cet organisme ne consiste plus véritablement qu’en un système nerveux horriblement exaspéré. La yie ne s’entretient que par une suite d’impressions qui toutes sont des spasmes ou des douleurs. Les agenls naturels de l’hygiène n’exercent leur influence la plus douce qu’en provoquant des désordres incessants de la contractilité ou de la sensibilité. L’économie tout entière n’est plus qu’un sens pour la souffrance, l’anxiété ou le malaise général. Cet être , auquel a comme survécu un système nerveux inutile, peut s’éteindre ou par épuisement ou au milieu
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de flux colliquatifs et de phlegmasies des principaux organes , telles que celles qu'on voit survenir chez les individus qui se laissent mourir de faim ou qui succombent aux diverses espèces de lièvres hectiques nerveuses.
A présent , nous avons à faire une remarque de la plus haute importance.
11 arrive dans bien des cas que la maladie dont nous venons de retrouver les phases principales n’offre pas du tout les caractères extérieurs qui seuls signalent la seconde époque indiquée sous le nom de chlorose confirmée. Ainsi , il est des jeunes personnes chez lesquelles il n’y a jamais pâleur, chez lesquelles la chlorose ne se voit qu’avec les yeux de l’esprit et n’en existe pourtant pas moins. Quand nous disons que dans ces cas la chlorose ne se voit que par induction , nous voulons faire entendre que le teint seul se conserve et peut en imposer ; car si on examine le sang des règles (des chlorotiques en grand nombre sont réglées) , celui qui est quelquefois extrait par la lancette ou les sangsues , on lui trouve les caractères du sang chlorotique que nous n’avons pas besoin de décrire.
Les illusions , les erreurs déplorables , les faux traitements qu’entraîne l’ignorance de ce fait, beaucoup plus commun qu’on ire le croit , sont vraiment incalculables.
La circonstance d’une puberté indécise ou retardée , la similitude des phénomènes observés avec ceux qui accompagnent la chlorose confirmée , la mélancolie de la malade , la dépravation de ses goûts , la bizarrerie de son caractère , et surtout l’aspect du sang des règles ou de celui qu’on peut se procurer par une légère piqûre, le bruit de souffle du cœur, la passivité et la flaccidité des parois de cet organe perçues par l’auscuHalion , les divers bruits de ronflement , de diable, de sifflement des artères, etc., etc..., pourront fournir des éléments suffisants de diagnostic, indépendamment de la teinte chlorotique des téguments.
Mais si la circonstance qui vient d’èlre signalée peut engendrer tant d’erreurs , que sera-ce chez les femmes que leur âge , la régularité de leurs fonctions utérines, une apparence de bonne santé du reste, mettent en général â l’abri de la chlorose , et qui n’ont pas souffert d’évacuations sanguines capables d’affaiblir l’organisme et de susciter des troubles du système nerveux ? ‘
11 est bien certain néanmoins que la plupart des maux de nerfs des femmes adultes , que la
forme d’hystérie que , dans notre Médication antispasmodique , nous avons appelée vapcuis hystériques , hystérie indécise, non convulsive, et que presque tous les spasmes dont 1 au) a s élève de la région épigastrique et cardiaque , que toutes ces tourmentes nerveuses dont est agitée la période utérine de la vie des femmes, sont très-souvent dues à l’inactivité de la force d’assimilation et ù la pénurie du sang.
Ici encore quelques développements et quelques distinctions deviennent indispensables.
Sydenham a dit, avec une raison et un sens médical qu’on ne saurait trop admirer, que la chlorose était â ses yeux, et de la manière la moins douteuse, une espèce d’affection hystérique;... chlorosin sivè febrim albant quant guident speciem esse affectionis hystericœ nullus dubito.
Il ne serait ni moins juste ni moins pratique d’avancer que l’hystérie est une espèce de chlorose.
On se rappelle qu’en traitant de la Médication antispasmodique nous avons admis deux formes principales d’hystérie (iroparl.,p. 45 et suiv.), c’esl-ù-dire de maladie nerveuse à foyer utérin. L’une est caractérisée par des attaques convulsives. Dans les ouvrages modernes , dans les épreuves et tous les actes publics préparatoires au doctorat , dans les cliniques , etc.,., il n’est guère fait mention que (Te celte forme. Aussi, de quoi s’occupe-t-on le plus quand ou en traite? Des signes différentiels plus ou moins certains qui la distinguent de l'épilepsie.
Nous avons dit, d’après Sydenham et notre propre observation , que l’hystérie convulsive affectait principalement les femmes fortes, vigoureuses , le moins sujettes aux maux de nerfs ; temperamento ut plurimùm plus quant solet sanguineo , les femmes d’une constitution comme virile ; habilu corporis ad viragines accedentc. Celle forme est la moins intéressante â étudier sous le rapport thérapeutique. On a vu ( loc cit.) combien peu elle est modifiable par les agents de la matière médicale que nous avons considérés comme de puissants palliatifs des spasmes. Ceux que nous examinons maintenant à titre de remèdes radicaux ont encore dans ce cas bien moins d’influence. Peut-être même auraient-ils des effets nuisibles , ou lout au moins nuis. C’est dans une dépense active et continuelle des forces musculaires , dans des travaux du corps et une gymnastique variée, dans la fatigue des exercices auxquels la femme de la société se sousirail trop en général , qu’il faut chercher le véritable traitement de celle hystérie convulsive ; caron ne l’ob-
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serve guère chez les femmes de la campagne, chez toutes celles que leur position oblige aux occupations viriles , et qui, comme le dit Sydenham , mènent une vie dure et laborieuse, quœ laboribus assuetœ , duré vitam tolérant.
Les femmes de celte classe sont la plupart à l’abri et de l’hystérie convulsive et de l’hystérie vaporeuse ; de la première , parce que l’innervation rachidienne s’écoule incessamment pour des actes physiologiques , et que la faligue consécutive exclut les convulsions et appelle le sommeil qui en est la solution la plus efficace ; la seconde , parce que les exercices du corps nécessitent, dans les fondions de la vie végétative , dans la digestion , la circulation , l’hématose et l’assimilation , une activité et une plénitude qui sont le garant de la stabilité et du calme du système nerveux.
Ceci nous conduit à la question qui nous intéresse et au développement de cette proposition de Sydenham dont nous avons renversé les termes, savoir que les maux de nerfs des femmes , l’hystérie vaporeuse, sont une espèce de chlorose, ou , pour parler plus exactement, un éréthisme spécial du système nerveux produit par la débilité et l’insuffisance des opérations nutritives , désormais impuissantes à tonifier et à réfréner ce système.
Cet état se développe et existe de deux manières qui ne donnent néanmoins pas lieu à des résultats pathologiques différents et ne changent rien à la nature des indications thérapeutiques.
11 arrive en effet ou que par suite d’un tempérament naturellement débile , d’un état du sang constitutionnellement pauvre ou accidentellement appauvri, d’une atonie et d’une imperfection des actes nutritifs congénitales ou acquises, le système nerveux utérin entre dans un éréthisme et une prédominance partagés bientôt par le système nerveux en général ; ou bien que celte prédominance est primitive , soit qu’elle ait toujours existé, soit qu’elle ait été développée par des causes directes comme les passions et tout ce qui agit immédiatement sur l’innervation. Dans ce dernier cas, on voit survenir ce que nous avons signalé dans la période de la chlorose que nous avons appelée altérante , c’est-à-dire que les autres appareils sont frustrés de leur vitalité à des degrés différents, que les désordres nerveux commencent à naître, que les fonctions assimilatrices languissent et que le résultat de ces fonctions, l’hématose et l’assimilation , devenues insuffisantes et inactives, font tomber et maintiennent la emme dans un état de chlorose douteux, non
consommé , mais qui s’oppose 5 ce que le système nerveux recouvre sa stabilité et le calme puissant de ses mouvements.
Ici apparaît la raison pour laquelle les femmes sujettes aux attaques d’hystérie , à la forme convulsive et intermittente de cette maladie , sont en général robustes et douées d’une constitution souvent florissante, tandis que celles qui sont tourmentées par les spasmes et les maux de nerfs hystériques offrent une constitution et une santé en général faibles et languissantes. C’est que chez les premières la nutrition ne peut être enrayée ni affaiblie par quelques attaques séparées par de longs intervalles, et qui ne portent que sur l’axe cérébro-spinal et ses dépendances ; c’est que chez les autres l’état nerveux existe presque coniinuellernent , affecte surtout le système trisplanchnique où il se joue de mille manières pour distraire ce système de ses influences naturelles et régulières, et amener ainsi la cachexie hystérique, comme nous l’avons déjà signalé (ire part., p. 46), et comme Sydenham l’a formellement énoncé dans un long passage qu’on peut lire à l’endroit de notre première partie que nous venons d’indiquer et auquel nous renvoyons de nouveau.
Si on demandait maintenant pourquoi chez les femmes dont la constitution est forte , le système musculaire bien développé , l’hystérie revêt les symptômes convulsifs et épileptiformes ; et chez les femmes débiles , grêles et dont le système locomoteur est sans énergie , pourquoi elle revêt la forme spasmodique, vaporeuse, et ces infinies aberrations dans la sensibilité et le mode de réaction des appareils intérieurs qui constituent l’état nerveux, nous pourrions répondre que la vigueur et l’activité des muscles de relation dans l’une appellent pour ainsi dire la convulsion, que l’exubérance d’innervation produite pendant l’attaque est naturellement épuisée par l’excès d’action de l’appareil le plus puissant , que les mouvements pathologiques y sont déterminés par l’habitude des mouvements physiologiques, etc., etc...; tandis que chez l’autre les phénomènes hystériques rencontrent un organisme trop faible , trop délicat, ne vont pas, si ou peut parler de la sorte, jusqu’à pouvoir réagir sur les centres nerveux de la vie animale , et au lieu de s’accomplir définitivement et de se juger, comme dans tous les organismes forts, par un développement subit , abondant et impétueux de mouvements extérieurs , affectent indéfiniment et sans s’épuiser tout le système nerveuxet y suscitent des troubles qui , pour n’êlre pas violents et rapides, n’en sont
TONIQUES ANALEPTIQUES.
que plus fâcheux et d’une durée plus incalculable et plus désespérante. M. le professeur Broussais est un des hommes qui aient le mieux compris et le mieux exprimé cette nécessité qu’il y a pour les affections nerveuses de durer indéfiniment ou de se juger par des crises violentes de mouvements, c’est-à-dire par des convulsions.
Ces dernières considérations mises à part, on voit , comme nous avons eu soin de le dire , que les maux de nerfs hystériques qui caractérisent la seconde forme admise par nous fournissent les mêmes indications thérapeutiques, savoir la réhabilitation des actes végétatifs de l’économie , quelle que soit d’ailleurs la manière dont aient été produits ces maux de nerfs.
Toutes les affections organiques qui nuisent à l’exécution des fonctions nutritives et atténuent la crase du sang ne produisent pourtant pas les spasmes hystériques , comme lorsque ces conditions ne reconnaissent pas pour cause des altérations graves des tissus. Il semble que dans ce cas la lésion organique joue le rôle d’un dérivatif puissant, d’un exutoire, qui, comme toutes les opérations de la force altérante, s’oppose au libre développement des accidents nerveux; et celte remarque peut encore servir à confirmer nos principes généraux.
La preuve de ce fait est fournie par ce qui arrive pendant et après les maladies aigues dont le traitement a nécessité des évacuations répétées,
puis une longue et absolue diète Tant que le
malade reste sous l’influence d’inflammations graves , par exemple d’une fièvre vive , etc... , l’état nerveux se tait ; on ne le soupçonne pas. Mais que les lésions inflammatoires se dissipent , que la fièvre s’éteigne , que la convalescence se prononce , et qu’une bonne alimentation soit trop longtemps différée , on verra les spasmes s’élever , l'hystérie, qui peut-être avait été jusque-là inconnue à la femme , dérouler la variété inépuisable de ses symptômes , jusqu’à ce qu’une véritable fièvre alimentaire, une fièvre physiologique , soit venue remplacer l’éréthisme par la force et mettre un frein à l’exaspération du système nerveux.
L’homme n’est sujet ni à l’hystérie ni à la chlorose, bien qu’il ne soit pas à l’abri des maux de nerfs et de l’anémie. Mais si chez lui le second de ces étals exige le secours des Toniques analeptiques , faut-il en conclure que le premier offre les mêmes indications , comme nous avons vu chez la femme la chlorose et les maux de nerfs hystériques dus en général aux mêmes conditions mor-
bides se confondre dans les mêmes bases de traitement? Non , assurément. ^
L’anémie est toujours déterminée chez 1 homme ou par des évacuations immodérées, ou pai 1 insuffisance , l’altération , ou la privation plus ou moins complète de ses toniques physiologiques, tels que sont les aliments , l’air et la lumière ; ou bien encore par les lésions organiques qui durent depuis longtemps et ont enrayé les fonctions digestives ou hémalosiques ; telles sont principalement les graves altérationsde tissu des poumons , du foie , ou d’une portion quelconque du tube digestif, de l’estomac en particulier , etc
Mais que cette anémie ressemble peu à celle autre espèce du même état pathologique que chez la femme ou appelle chlorose! Dans celle-ci , la pauvreté du sang n’est qu’un élément secondaire de la maladie , tandis que dans l’anémie de l’homme , comme dans celle de la femme qui a cessé d’être soumise à l’empire de l’innervation utérine , cet élément est tout. 11 n’y a rien avant lui, sinon ses causes immédiates qui n’en font pas partie. Chez la femme , au contraire , depuis la puberté jusqu’à l’âge derelour inclusivement, les maux de nerfs hystériques sont inséparables de l’anémie chlorotique , soit en tant que causes , soit en tant qu’elîels.
11 est loin d’en être ainsi pour l’homme.
De même que toutes les affections nerveuses de la femme peuvent être plus ou moins immédiatement rattachées à un même fond pathologique , l’hystérie ; de même , chez l’homme , toutes les affections nerveuses ( nous en exceptons celles que dans notre première partie , pages 40 et 41 , nous avons éliminées de la classe des spasmes essentiels ) nous semblent devoir être groupées autour de l’hypoehondrie. Et aussitôt il faut que nous ajoutions que pour partager celte opinion il est indispensable de ne pas confondre l’hypochondrie proprement dite et la monomanie hypochondriaque , comme cela a été fait avec toutes les conséquences erronées qui en découlent par M. Dubois (d’Amiens) dans son histoire philosophique de l’hypochondrie et de l’hystérie.
Le système nerveux de l’appareil digestif et de ses annexes, chez l’homme , est à l’hypochondrie proprement dite, ce que le système nerveux de l’appareil génital de la femme est à l’hystérie. Si le centre pensant souffre dans la première de ces affections de si affreux retentissements , c’est que , premièrement , les portions de système nerveux qui vivifient l'appareil digestif et ses annexes semblent présider aux passions tristes , ce que se ré-
MÉDICATION TONIQUE
unissent pour nous apprendre de mille manières la physiologie et la pathologie ; qu’ensuite , l’anatomie nous enseigne les rapports immédiats que le cerveau entretient au moyen de la paire vague avec les nerfs ganglionnaires qui se distribuent en si grande quantité aux organes qui concourent à la digestion , etc. , etc....
Quant à la monomanie hypochondriaque si fâcheusement confondue avec cette hypochondrie vraie que nous venons de caractériser , c’est une vésanie pure et simple, une sorte d'hallucination, qui , au lieu d’avoir pour objet des êtres extérieurs, s’exerce sur l’organisme même de celui qui en est atteint et lui fait voir en lui des maux qui sont le fruit de son cerveau malade et qui n’ont aucune existence réelle dans la partie à laquelle il les rapporte. C’est ù cette espèce de fous qu’apparliennent ceux qu’on appelle dans le monde les malades imaginaires et qui ne le sont pourlanl pas , car leur sensorimn n’est que trop malade. On veut dire seulement que les mille et un dérangements qu’ils accusent n’existent pas plus hors de leur imagination que n’existent autour de l’halluciné les objets de ses visions , de ses auditions fantastiques. Mais, encore une fois , l’hypochondrie proprement dite a un siège , un aura viscéral bien réel, aussi réel que celui de l’hystérie , quoiqu’il en diffère tant par son foyer que par les modes de réaction qu’il suscite ; par son foyer , qui est l’appareil reproducteur ; par les symptômes qu'il développe dans les deux formes que nous avons indiquées , lesquels symptômes sont ou bien les spasmes les plus variés ou bien des attaques convulsives. Les premiers , pour le dire en passant, nous paraissent produits par la diffusion plus ou moins partielle ou générale de l’aura utérin à des portions ou â la totalité du système nerveux trisplanchnique ; les secondes , indépendamment de cela , sont le résultat de la propagation de l’aura à la moelle épinière par les nerfs sacrés que le cordon rachidien envoie directement aux organes génitaux de la fem me.
Pour rentrer dans notre sujet et en finir avec celle question, sachons que si l’anémie de l’homme peut quelquefois , comme nous l’avons observé , produire des spasmes hypochondriaques qui guériront avec leur cause sous l’influence d’une Médication tonique-analeptique , les spasmes hypochondriaques à leur tour ne produisent pas (comme cela se voit pour les spasmes hystériques relativement à la chlorose ) l’anémie , et n’obéissent pas à la médication dont nous étudions les lois; que lors même qu’ils la produiraient , ce qui
est fort rare , les Toniques analeptiques seraient loin de recevoir une application aussi utile que dans la maladie analogue chez la femme.
En commençant ces considérations (page 145), nous nous sommes proposé d’arriver à la connaissance des lois de la Médication Tonique-analeptique en passant par trois éludes subordonnées l’une à l’autre. Nous venons de nous livrer à la première , qui consistait à savoir comment , le plus souvent , dans la production des maux de nerfs , la nature s’écarte de son état physiologique. Nous allons maintenant essayer de résoudre simultanément les deux autres à cause de leur mutuelle dépendance.
Il s’agit de savoir de quelles conditions 7'ésult ait cet état physiologique, lorsqu’il existait, et à l’aide de quelles circonstances la nature rentre dans l’ordre et l’équilibre. C’esl de cette élude toute hippocratique que nous tirerons les règles thérapeutiques les plus solides.
Nous l’avons déjà dit avec Hippocrate , et nous ne saurions trop le dire : le sang est le calmant des nerfs. Sydenham a parfaitement compris et fécondé cette vérité. II en a fait la pensée dominante de sa précieuse dissertation sur l’hystérie. Toutes ses idées sur la nature prochaine de cette maladie, toutes ks indications thérapeutiques fondamentales qui jaillissaient sur ce sujet de son expérience si vaste et si éclairée , en sont fidèlement empreintes.
Ce grand médecin raconte (Syd. Op méd ., 1. 1, p. 264 ) , avec l’expression de véracité el de candeur inimitables qu’on lui connaît , comment , appelé un jour près d’un certain malade que son médecin ordinaire , à cause de la véhémence de la fièvre , avait dû saigner et évacuer plusieurs fois et de plus obliger à une diète ténue , il déclara que les accidents nerveux singuliers pour lesquels on le consultait ne faisaient pas partie de la maladie antérieure ; que la convalescence était commencée , et les symptômes observés uniquement produits par le besoin d’aliments. Ce diagnostic établi , le traitement s’offrait de lui-même : ac proinde , dit-il en terminant , suadebamut pullum gallinaceum assum in prandium juberet parari, et simul vinum modicè hauriret ; quo facto et carnibus dcinceps moderatè vescens , nunquàm deinceps flctum hune convulsirum passas est.
C’est dans le sang que se régénèrent les esprits animaux , pour parler comme Sydenham. Cela veut dire que le sang fournil au système nerveux les matériaux de celte substance albumineuse
TONIQUES ANALEPTIQUES.
qui , réunie en masses ou disposée en cordons , constitue les centres nerveux ou leurs prolongements, les nerfs. Les résultats immatériels de l’action de ces organes donnant lieu aux phénomènes du mouvement, de la sensibilité et de l’intelligence, voilà les esprits animaux , expression métaphorique dont on n’a pas plus le droit de se moquer que du fluide nerveux ou de Vinnervation, onde l1 électricité vitale , dernière dénomination surtout qui a l’inconvénient d’être une hypothèse, tandis que celle de Sydenham et le mot innervation ont l’avantage d’exprimer tout simplement un fait reconnu sans courir le risque d’y ajouter une erreur.
Lorsque ce système nerveux ne peut plus puiser dans un sang suffisamment réparareur le principe de l’innervation qu’il perd incessamment par tous les actes vitaux , il tombe dans l’éréthisme, et alors il n’est plus en rapport avec ses stimulants physiologiques qui sont sans exception toutes les causes internes et externes qui agissent sur l’homme. De là des désordres incalculables dans l’innervation. Aucune impression n’est sentie comme elle devrait l’être, aucun mouvement, aucune réaction ne s’accomplit régulièrement, fructueusement. Nul acte de sentiment ou de mouvement ne remplit son but physiologique. De là les spasmes ; car nous avons défini ces phénomènes pathologiques des sensations et des mouvements involontaires inutiles et sans but. Quùm enirn utrisque (hystcricis et hypochondriacis) desii ea spirituum fmnitas quœ in robustioribus atque iis quorum facilitâtes JIGI SPIRITUUM VEGETORUM SUBSIDIO AC- TE AXTLR , seniper invenitur , impressiones rerum minus gratarum nequeunt per ferre , sed vel ira vel dolorc subito perciti , perindè suntirritabiies , etc...
Après avoir énuméré les causes déterminantes des maux de nerfs hystériques, le même Sydenham, à qui nous empruntons ces phrases, dit encore, lorsqu’il aborde la recherche des causes prochaines : Cujus cuidem a-Tu-ticts origo atque causa axtecedexs est dcbiUor diclorum spirituum crasis , sivè nativa ea fuerit , sivè udzentilia ; undè quà vis dissi-
palu, faciles sunt et corumdem systema nullo ferè negolio dirimitur. Et parmi les causes éventuelles ( adeentitiœ ) de cet état les plus puissantes, il signale la soustraction des aliments « l les évacuations sanguines : quùm è diverso , non alia causa ità constanter pariat hujus modi effectue , ac soient dictœ evacuutiones.
Dans l’économie animale , les fonctions végétatives , les actes de composition et de décomposition nutritives, sont les plus importants, les plus absolus, ceux dont l’exercice exige le plus de calme , île repos , et la nature semble 1 indiquer en soustrayant leur accomplissement à la connaissante du moi , en les exécutant dans un silence , une obscurité , qui sont les garants de la plénitude et de la régularité de leurs opérations. .
De tout temps il a été reconnu que cette vie intérieure, cachée, végétative, absorbait, enchaînait la vie extérieure, les manifestations vives , mobiles , instables et exagérées du sentiment, du mouvement et de l’intelligence desquelles résulte, dans l’état physiologique, le tempérament dit nerveux. La matière domine , étouffe l’esprit , la digestion tue la pensée , etc. , etc... Telles sont les expressions sous lesquelles ce fait est communément reconnu.
Dans l’état pathologique on le retrouve à chaque pas. Jamais on n’observe moins de phénomènes nerveux que lorsque l’organisme est travaillé par une fièvre , une inflammation un peu profonde , et ces deux actes cardinaux de la pathologie, la fièvre et l’inflammation, appartiennent par excellence aux fonctions de nutrition , de végétation intime. Ainsi des phénomènes nerveux essentiels existant, si une fièvre sanguine survient , ils sont calmés. De même que si un fébricitant, par quelque cause que ce soit, pourvu qu’elle agisse directement sur le système nerveux de manière à réveiller un état spasmodique essentiel , vient à être en proie à des accidents nerveux du genre de ceux que nous éludions , la fièvre cesse, mais souvent avec un grand danger, eleela pour des raisons que ce n’est pas ici le lieu de développer et dont la recherche nous conduirait trop loin. C’est l’observation de ce fait capital qui a inspiré cet admirable passage des Coaques : convulsioncm sanat exorta febris acuta quœprius non fuit ; quôd si prias fuerit , exacerba! a. Quin etiam prodest urina tn fluere albumineam , alvum fer ri et somnos inire • et cet autre aphorisme : febrem convulsioni supervenire meliùs est quùm convulsioncm febri. En effet lu fièvre et l'inflammation vraies sont comme la circulation et la nutrition , des phénomènes réguliers , des opérations synergiques qui marchent à un but , attestent l’harmonie des forces, et qui tant qu’elles s’exercent , excluent l’irrégularité, l’incohérence, le défaut de tendance liliale-
MÉDICATION TONIQUE
Il n’est personnequi n’aiC remarqué les curieuses et importantes différences qu’offre le système nerveux chez un individu depuis longtemps à jeun ou soumis à une diète sévère et prolongée et le même individu ayant convenablement et suivant ses forces satisfait au besoin de l’alimentation.
Si c’est un homme, pour nous éviter une interminable description d’accidents nerveux, qu’il nous suffise d’indiquer qu’on observera chez lui , dans l’état d’inanition , la plupart des symptômes qui caractérisent l’hypochondrie proprement dite. Que si c’est une femme, on verra surgir successivement les accidents variés et sans fin que nous avons attribués à l’hystérie vaporeuse; puis, après une bonne réparation alimentaire, du moment qu’un sang nutritif et suffisamment analeptique aura tonifié le système nerveux , on verra reparaître la fixité et le calme des actes qui en émanent. La tristesse, la pusillanimité, les angoisses, la misanthropie, l’égoïsme, hypochondriaques, auront fait place à la gaieté, à la confiance, au bien-être général , à l’expansion vitale , à la philanthropie de l’homme sanguin ; les troubles, la mobilité nerveuse , les étouffements, les palpitations, les pleurs, les réfrigérations, les douleurs, les spasmes hystériques, en un mot, seront remplacés par la stabilité , la consistance , la force et l’harmonie fonctionnelles de la femme robuste et active des campagnes.
Voilà de quelle manière et sous quel point de vue , on peut et on doit rapprocher , comme l’a fait Sydenham, l’hypochondrie rte l’hystérie, dire avec lui que l’hypochondrie est l’hystérie de l’homme et réciproquement ; si affectiones hypochondriacas mil g à dictas cùm mulierum hystericarum symptomatîs conferamus , vix ovuni ovo similius , quàm sunt utrobiquè phœnomena, deprehendemus ( loc . cit., p. 256); puis plus loin (V. , p. 259),.... eorum affectuum quos in fœminis hystericos , in maribus hypochondriacos appellandos censemus.
Si Sydenham, tout en signalant ces frappantes analogies , n’était pas allé jusqu’à confondre et à identifier ces deux maladies, et si sa réserve habituelle ne l’avait peut-être empêché de leur assigner à chacune des foyers différents dans le système nerveux de l’homme et de la femme, différence de foyers qui jette entre elles toute la distance étiologique, symplomatique et thérapeutique qui les sépare , il aurait laissé peu de chose à faire sur la question de la nature prochaine et du traitement de ces affections , de l’hystérie principalement.
C’est donc dans une proportion naturelle entre le système nerveux d’une part et de l’autre le système sanguin et les forces assimilatrices , dans un équilibre entre ces deux systèmes dont les puissances relatives sont déterminées par la constitution primordiale de chacun ; c’est dans celle mesure physiologique, disons-nous , que réside la condition qui assure l’absence des maux de nerfs.
Si cet équilibre est rompu aux dépens du système nutritif, nous avons assez dit les troubles de l’innervation qui se développent. Si au contraire il est rompu aux dépens du système nerveux, les fonctions de ce système sont comme étouffées , stupéfiées, frappées de lenteur, d’impuissance et d’un véritable narcotisme. L’animal repu s’endort. L’homme qui doué par la nature d’une grande énergie des fonctions digestives, hématosiques et assimilatrices , s’abandonne sans réserve et au delà du besoin aux penchants grossiers que met en lui une telle organisation, se rapproche honteusement de l’animal. Il est lourd, endormi, sans vivacité, sans aptitude à l’action, d’une sensibilité obtuse, d’une intelligence épaisse, pénible et bornée. Les passions, les sentiments violents d’amour et de haine, de joie ou de tristesse ont peu de prise sur lui. Il est tout fibrine. Son système nerveux sommeille toujours. Sanguis somniferus.
Combien de fois n’avons-nous pas vu l’insomnie de certains convalescents, des rêvasseries, du délire même (delirium inane, vacuum) céder à un bouillon , à un tonique alimentaire quelconque? Le besoin de dormir souvent insurmontable que presque tous les hommes éprouvent après le repas est une preuve évidente de l’influence calmante et même stupéfiante du sang sur le système nerveux.
Sydenham a parfaitement senti et exprimé cette nécessité de l’équilibre entre le sang et les nerfs pour l’absence des névroses. Voici comment il s’exprime à ce sujet : Illud enim est animadvertendum , quod non nuda spirituum débilitas per se considerata.sed eorumdem débilitas ad sanguin is statum comparatorum quant patiuntur causa sit. Fierienim potest , ut infanti spiritus satis firmi robustique sint pro sanguinis ratione, qui tamen debitam ad sanguinem adulti hominis proportionem non teneant. Jàm vero, quùm ex jugi lactis usa et diœtâ, quantumvis ilia sit cruda et invalida, sanguis mollior et tenerior evadat, si spiritus ab eo nati, sanguini parcs tantum suit , satis benè se rcs habet.
TONIQUES ANALEPTIQUES. V69
Répondons maintenant à la troisième et dernière partie du problème posé {voyez plus haut , p. 145), et pour terminer ce qui regarde spéciacialement la Médication Tonique-analeptique , examinons, après avoir constaté les choses qui précèdent, si dans les cas où la nature ne peut d'elle-même se reconstituer , l'art ou la thérapeutique est capable , en imitant les opérations naturelles dont l’observation lui a révélé le mécanisme , de faire ce que V activité propre de l'organisme sait faire bien souvent.
Les cas où la nature a besoin que l’art vienne à son secours pour rétablir la proportion physiologique entre le système nerveux et la force d’assimilation sont malheureusement trop nombreux. Les moyens que la thérapeutique possède pour atteindre ce résultat sont, comme nous l’avons déjà dit, les Toniques-analeptiques dont le mode d'action caractéristique consiste à rendre immédiatement au sa ng les principes organisâmes et réparateurs qui lui manquent {V oyez plus haut, page 130.)
Ils peuvent être séparés en deux classes. Dans la première serait placé le seul Tonique-analeptique de la matière médicale, le fer. La seconde comprendrait ceux que fournit l’hygiène et qui devraient se subdiviser en directs et en indirects, ceux-là tirés des ingesta très-riches en principes nutritifs et donnant beaucoup de matière assimilable sous un petit volume; ceux-ci, empruntés aux acta , aux circumfusa et applicata , embrassant l’exercice convenable du corps ou la gymnastique, l’influence de l’air et les bains frais.
Les agents hygiéniques contenus dans cette dernière subdivision ne se prêtent pas à la définition que nous avons donnée des Toniques-analeptiques; carils-ne rendent pas immédiatement au sang ses éléments réparateurs ; mais ils sont pour les Toniques-analeptiques véritables de si puissants auxiliaires, ils favorisent tellement les actes végétatifs et régularisent si évidemment les fonctions organiques, qu’on ne peut se dispenser de signaler leur concours. De plus, à eux seuls, ils sont quelquefois appelés à remplir les indications de la Médication Tonique-analeptique , comme nous le ferons voir dans un instant.
Préparations martiales. Sydenham , après avoir (/oc. cit.) exposé les symptômes des affections hystériques, émis son opinion sur leurs causes prochaines et éloignées, passe au traitement dont il po=e ainsi les bases dans un passage que nous avons déjà cité dans notre première partie ( Mêdic . anlispas p. 54) mais qui trouve ici
trop bien sa place pour que nous ne devions pas le reproduire :
Ex omnibus quce nos hactenus congessimus abundè mihi constare videtur , prcBcipuam in hoc morbo indicationem curativam eam esse, quœ sanguinis {qui spirituum fons et omgo est) corroboralionem indigitatj quo facto spiritus invigorati , eum servare possint tenorem qui et tolius corporis et singularum part item œconomiœ competit.
Et pour satisfaire à cette indication fondamentale, à quel agent a-t-il recours? Aux préparations martiales.... Ad sanguinem oonfortandum et proindè etiam spiritus ex eo prognatos , remedium aliquod martiale seu cha/ybeatum ad dies triginta prœscribo assumendum , quod non aliud certius hîc voiis respondet.
Nous n’avons pas besoin après ce qui précède et surtoutaprès avoir spécifié au chapitre de celte partie qui traite du ferles usages thérapeutiques de cet agent précieux , nous n’avons pas besoin d’insister davantage sur son importance, son mode d’action, etc.... dans le traitement de la chlorose, des maux de nerfs et des autres affections qui réclament son emploi. Notre objet maintenant n’est plus en effet d’énumérer, de particulariser, d’entrer dans ces détails d’application, mais seulement de remonter aux sources des indications générales; de montrer par quelle série de moyens on peut y satisfaire, suivant quel mécanisme, d’après quelles lois on y parvient; de confier des principes au raisonnement après avoir placé des faits dans la mémoire ; en un mot, d’offrir aux lecteurs la philosophie de ces faits.
Quant aux contr’indications générales du fer dans les maladies qui sont en rapport thérapeutique avec cet agent, il n’est guère possible d’établir à leur égard des principes un peu absolus. Dans la chlorose, par exemple, le diagnostic une fois bien motivé, il est rare que les préparations martiales échouent, bien plus rare encore qu’elles soient nuisibles. Leur intolérance n’est presque jamais que passagère et finit toujours par être vaincue, et c’est au médecin qu’il appartient de l’assurer en faisant un choix judicieux des préparations et des formules les plus appropriées à l’état particulier de la femme, en ménageant habilement les doses, en confiant l’ingestion du médicament aux surfaces qui le supporteront le plus patiemment, en coupant le cours du traitement par des jours intercalaires de repos, et en associant le remède à des intermèdes correctifs ou auxiliaires, etc., etc...
MÉDICATION TONIQUE
II faut surtout être en garde contre les trompeuses conlr’indicalions que pourrait à priori suggérer l’état de l’estomac et des menstrues.
M. le professeur Broussais a dit (Exa. des doctr., tome IV, p. 5G4) : « On nous parle beau- ; coup des succès du fer dans la chlorose : fort bien, comme tout autre tonique si l’estomac languit par anémie; fort mal, si les règles sont retenues par une irritation viscérale. Il faut donc toujours en juger par l’irritation, c’est-à-dire, par les solides. »
Comment se peut-il qu’un homme de l’expérience et du poids de M. Broussais prétende que, administrer tel ou tel tonique, est dans le traitement de la chlorose chose indifférente? Quoi! un tonique quelconque , le quinquina ou le fer, la gentiane ou le fer, l’écorce de chêne ou le fer, le Colombo ou le fer, guérissent également la chlorose , et si on prescrit si généralement le fer, ce 11e serait que par routine, par tradition, par un vieux reste de préjugé alchimique , qui voudrait qu’on opposât le fer à la chlorose, parce que le fer c’est la force, la dureté, c’est Mars; et que la chlorose, c’est la débilité, la mollesse, c’est l’énervation féminine !
C’est plutôt que les solidisles exclusifs ont toujours en horreur des spécifiques et surtout des remèdes qui passent pour agir immédiatement sur les liquides avant de faire ressentir leur influence sur les solides. Or, il est difficile de refuser ce mode d’action aux préparations chaiybées.
Quand on sait, d’une part , que le sang des chlorotiques contient une proportion de fer beaucoup moins considérable que celui des femmes vigoureuses; que d’un autre côté on ne peut douter de l’absorption des substances ferrugineuses , de leur présence plus abondante dans le sang pendant le traitement, et du retour graduel des forces et de la santé à mesure «pie ce sang devient plus vermeil et plus fibrineux, il est vraiment impossible de méconnaître un rapport de cause à effet entre des faits si capitaux.
M. Broussais ne voiL dans l’action du fer qu’une influence tonique portée par ce médicament sur l’estomac, puis s’irradiant à toute 'l’économie , soit par voie de sympathie . soit par la réhabilitation des fonctions digestives capables alors de préparer un bon chyle, et conséquemment un sang plus nutritif.
Celle opinion est spécieuse et d’autant plus vraisemblable que dans les vertus antichloroliqncs du fer il n’etl pas impossible, il est inèrr.e probable que quelque chose de pareil a lieu. Mais nous
sommes justement portés à penser que ce mode d’influence n’est que secondaire et que les effets les plus puissants , les plus spécifiques, se font directement sentir sur la crase du sang , comme nous l’avons déjà plusieurs fois professé. Bien des preuves en faveur de cette opinion peuvent être fournies, et entre autres celle-ci : (pie la guérison de la chlorose est très-bien obtenue par l’usage, en lavements et en bains, de préparations martiales solubles. Et puis ce tonique, quoi qu’en dise M. Broussais , ne saurait être remplacé par un autre dans les cas en question.
Nous convenons bien que les amers sont d’utiles adjuvants des remèdes chalybés; que quelquefois même ces arpers, le quinquina en poudre ou en teinture, par exemple, administré avec une alimentation analeptique secondée par une bonne gymnastique, ont compté d’incontestables guérisons ; oui, de même que la camomille, la salicine, le café, l’absinthe, etc...-: ont mis fin à bien des fièvres intermittentes; que les sudorifiques, le cura famis , etc..., ont suffi à la cure de syphilis; bien caractérisées ; sans qu’on soit en droit d’ea conclure que le quinquina et le mercure peuvent, être indifféremment remplacés par la salicine et lai salsepareille.
Il est tout naturel de penser ainsi que si d’autres toniques pouvaient être substitués indifféremment au fer dans le traitement de la chlorose, réciproquement le fer pourrait remplacer ces autres toniques dans la thérapeutique des affections qui les réclament ; et pourtant l’expérience a prouva le contraire; caries affections adynamiques.mali-l gnes,dans lesquelles l’administration du quinquina!rencontre souvent une si expresse indication, ne retireraient pas le même avantage de l’emploi du fer: loin de là, elles en seraient sans doute aggravées
Le passage de M. le professeur Broussais qm nous avons rapporté plus haut renferme cncon un principe sur lequel il est important de s’enten dre pour ne pas se forger de vains motifs de con tr’indications à l’emploi du fer dans la chlorose- « Fort bien , dit-il , si l’estomac languit par ané mie; fort mal, si les règles sont retenues par un irritation viscérale. »
Ce principe adopté , et l’irritation étant enten due comme l’entend l’école du Yal-de-Grâce,n(>u défions un praticien d’oser jamais prescrire le fcj dans la chlorose. 1
Essayez d’interroger une chlorotique avec l’in lention de lui appliquer ladoctrine de l 'irritation A ia seconde question, vous aurez déjà rejeté hiel
oin l’idée des remèdes martiaux , car les foyer
TONIQUES
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