‹ Traité de thérapeutique et de matière médciale [sic]Chapitre 220 sur 242 · POUR SERVIR A LA · texte numérisé non relu

POUR SERVIR A LA

MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE

La médication antiphlogistique , considérée selon l’esprit qui nous a jusqu’ici dirigés dans les chapitres du même genre, embrasse : 1° l’étude des changements immédiats survenus dans l’organisme par l’emploi des moyens antiphlogistiques ; “2° l’appréciation générale des cas où il peut être indiqué de produire ceschangements dans un but thérapeutique, ainsi que de ceux où de telles modifications sont contre-indiquées ; 5° la recherche philosophique des lois sur lesquelles sont fondés les rapports thérapeutiques de la première série de faits avec la seconde.

A ne considérer que la valeur étymologique du mol'antipklogistique , nous devrions comprendre dans ce travail l’étude de tous les moyens opposés à la chaleur moi bide, à l’inflammation, à la fièvre, à toutes les affections, en un mot, qui sont principalement caractérisées par un excès de chaleur ; mais l’usage, appuyé, il faut le dire , sur d’assez bonnes rai-

sons, n’a appliqué cette dénomination qu’à um ordre déterminé de moyens.

Ces moyens sont ou principaux ou aecessoiresi Les premiers consistent dans les émissions sam* guines générales et locales, la diète et le repos les seconds, dans l’application à la surface d la peau de liquides dits émollients ou aloniquesi et de matières molles, pulpeuses, de même na> ture, ainsi que dans l’usage de lavements émoul lients tièdes et de boissons abondantes, tanta émollientes, tantôt acidulées, à une tempéra ture varianldu frais au tiède.

Les émissions sanguines ou saignées géné; raies consistent dans la soustraction immédiat au grand appareil circulatoire d'une certain quantité de sang par une ouverture pratiquée un vaisseau veineux ou artériel.

Les émissions sanguines ou saignées locale» consistent dans l'évacuation immédiate d’un portion plus ou moins étendue du système de ?

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vaisseaux capillaires sanguins, au moyen de piqûres faites à la peau ou à certaines régions des membranes muqueuses, soit par les sangsues, soit par divers instruments piquants ordinaires, ou par des instruments spéciaux nommés scarificateurs.

Les topiques émollients sont pulpeux ou liquides. Sous le premier de ces étals on les appelle cataplasmes , et ils sont alors composés de graines, de farines, de feuilles, de fleurs inucilagineuses et émollientes bouillies dans l’eau, comme le lin, la mauve, le son, la fécule de froment ou de pomme de terre , l’amidon , la mie de pain, la pulpe de carotte, etc.; sous forme liquide, ils sont nommés fomentations, et consistent dans la décoction des substances désignées plus haut, décoctions dont on imbibe des toiles de flanelle ou de fil, etc., pour les appliquer sur certains points delà peau.

Les bains sont d’eau pure ou rendue plus relâchante par l’addition de quelques-unes des décoctions indiquées. Leur température est telle, que le malade n’en ressent ni une impression de chaleur ni une impression de froid.

La composition des lavements est la même que celle des fomentations et des lotions. Leur température est celle des bains.

Quant aux boissons qui sont, comme nous l’avons déjà dit , émollientes ou acidulés, les premières se réduisent à des solutions de gomme arabique, adragant, etc.; de différents sirops, comme ceux de gomme, de guimauve, de capillaire, de limons, de groseilles, de vinaigre, etc.; à des décoctions de réglisse, de guimauve, de jujubes, figues, dattes ou raisins secs, degrande consoude, de chiendent, d’orge, de gruau, de salep, de semences de coing, de courge ; à des bouillons de grenouilles, de veau, de poulet, de limaçons, de tortue, etc.; à des infusions de fleurs de violette, de mauve, etc.; à des limonades, des orangeades, etc.; la température devant être tiède pour toutes celles composées avec des substances mucilagineuses ou mucoso-sucrées, et fraîche pour celles qu’on prépare avec les substances végétales acides.

Quand il nous arrivera de prononcer les mots remèdes , moyens, traitement, etc., antiphlogistiques, ou seulement les antiphlogistiques , il faudra comprendre l’ensemble plus ou moins général des agents tant principaux qu’accessoires «pie nous venons d’énumérer.

El il nous semblerait oiseux d’aller au delà d’une énumération. La description desopérations

par lesquelles on soustrait du sang appartient aux traités de petite chirurgie. L histoire des sangsues et celle des diverses substances animales et végétales qui servent aux cataplasmes , lavements, boissons, etc., occuperaient de la place et du temps sans rien apprendre à quiconque. Ces choses sont indigènes, domestiques, d’un usage commun, banal; et la gardeMnalade, qui n’en sait que le nom vulgaire et les qualités extérieures , les connaît souvent mieux dans ce qui a l'apport à leur emploi médicinal que le naturaliste le plus érudit. Qu’il nous suffise donc de les avoir énoncées.

Nous écartons de la classe des antiphlogistiques les médicaments conlro-slimulanls, les laxatifs, les sels neutres, le froid , etc., bien qu’ils tempèrent la chaleur organique et aient la propriété de modérer l’état fébrile , parce qu’ils atteignent ce but par des modes physiologiques différents de ceux par lesquels agissent les antiphlogistiques proprement dits, et que cette circonstance essentielle pourrait jeter de l’embarras dans notre exposition et de la confusion dans l’esprit du lecteur.

Avant d’aborder notre sujet , nous oserons avouer l’étendue effrayante de ses proportions d’ensemble , le nombre et la difficulté sérieuse des questions qu’il renferme.

A celui qui serait étranger aux idées médicales de l’époque , nourri d’un autre^enseignemenl , habitué par conséquent à apporter quelque philosophie dans l’étude d’une science qui s’en passe moins qu’aucune autre, il pourrait paraître singulier que des auteurs crussent donner l’exemple d’une espèce de courage et de certaine indépendance dans l’esprit, en déclarant qu’une question de thérapeutique générale a occupé leur pensée et exercé leurs réflexions.

L’étonnement devrait cesser lorsqu’on saurait à quel point les questions de ce genre semblent simples et faciles aux médecins de l’école régnante, el par quels moyens commodes et prompts on a remplacé l’observation hippocratique, les éludes fortes, la science des indications.

A l’observation hippocratique on a substitué l’observation brute et non travaillée, c’est-àdire l’action passive , exclusivement matérielle el analytique des cinq sens. — Mais la raison des choses n’est pas dans leurs attributs extérieurs, dans les qualités physiques par lesquelles elles impressionnent nos sens

Aux études fortes on a substitué le mépris pour la science historique , pour la fécondation

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des faits par le rapprochement , l'analogie , l'induction. Toute idée générale a été flétrie du nom d’hypothèse, toute considération de rêverie, toute révélation du génie de conception imaginaire. L’observation clinique active, nous voulons dire illuminée , puissante, et se multipliant elle-même, parce qu’elle ne procède qu’au flambeau de la connaissance des lois vitales dans la santé et dans la maladie ; cette manière d’observer qui consiste à saisir la nature et les rapports des faits , à en pénétrer le sens et à les rattacher ù leurs lois ; toutes ces opérations intellectuelles, ces méthodes de philosopher, c’està-dire de découvrir la vérité, obtiennent le titre d’étranges, d’originales, quand elles ne sont pas qualifiées d’illusions, de travers d’esprit, de résistance au progrès.

Qu’a-t-on mis à la place de la science des indications? Une nouveauté misérable, la médecine exacte , représentée par trois erreurs : 1° la méthode numérique, ou la consécration du principe barbare de la supériorité du nombre sur le droit et la raison, empirisme grossier et d’autant plus dangereux , qu’il se présente sous les dehors d’une louable sévérité dans l’observation et d’une sûreté infaillible dans les conclusions ; 2° la prétention de croire qu’on élève la médecine au rang des sciences exactes , parce que , dans l’appréciation de certains phénomènes pathologiques, on emploie les instruments et les procédés de ces sciences ; illusion puérile et bornée, chère au prosélytisme , parce qu’elle fait croire à une simplicité spécieuse et attrayante de notre art, et qu’elle dérobe à la foule les arduosilés de la plus difficile de toutes les sciences ; 5° l’asservissement aux formules thérapeutiques , règle aveugle qui expose à des méprises funestes , dispense de réfléchir, lève toutes les perplexités du praticien , et n’est que l’aboutissant inévitable de la direction vicieuse que nous venons de signaler.

On a tenté , nous ne l’ignorons pas , de résoudre par des chiffres la question qui va nous occuper, savoir, la valeur du traitement des maladies aiguës par les moyens antiphlogistiques. C’est même l’instrument de conviction qu’on fait toujours jouer et qui , chose bien étonnante , est invoqué par tous les partis rivaux. Mais, nous le demandons , qu’a jusqu’ici résolu cette manière d’argumentation? On peut répondre sans se compromettre : rien.... que le scepticisme et la démoralisation chez ceux qui n’ont pas su re-

(1) Les faits médicaux, dit Bérard de Montpellier ,

poser ailleurs que sur des chiffres imposteurs leur esprit el leurs croyances. C’est que, des nombres, comme l’a dit récemment M. le professeur Broussais, il n’est pas possible de faire | sortir autre chose que des nombres. Nous ajoutons (pie ces résultats numériques, ces faits bruts : rassemblés en somme ne tirent pas de cette cir- : constance la moindre aulorilé scientifique; que : leur nombre n’a qu’une puissance subordonnée h à leur valeur intrinsèque; que mille faits indigestes , comme on a l’habitude de les présenter dans l’école que nous critiquons, peuvent très- i bien ne pas valoir un seul fait scientifique, parce .i que, encore une fois , le fait brut n’est rien , et . que mille zéros ne sauraientengendrer une unité. i|

Est-ce à dire que le nombre, la réunion des \ faits n’ajoute rien à leur valeur? Qu’on ne nous prêle pas cette opinion insensée. Le nombre ne fait pas le droit; mais quand le nombre et le droit sonl réunis, on a obtenu le plus haut degré de force.

Les faits sont des témoins muets ; il faut savoir les interroger, les faire parler, en trouver la signification. La nature ne se révèle pas ainsi immédiatement : il faut lui arracher ses secrets.

« La vérité est dans les choses. » Rien de plus vrai : mais elle y est à l’état latent, et y resterait éternellement enfouie si l’esprit de l’homme ne travaillait à l’y découvrir et à l’en extraire. « La vérité est dans les faits comme le chêne dans : le gland , comme l’homme cfcins la goutte de S sperme, en puissance; mais il faut à celle semence la fécondation, l’incubation de la femme, tu comme au fait, la fécondation de l’intelligence , a l’incubation de la pensée; or ce travail est dé- il fendu par les médecins numérisles , qui croient ij qu’en ajoutant des faits les uns aux autres la ï vérité va en sortir d’elle-même. L’esprit , la mé- * ditalion , sont les seuls réactifs qui puissent pour i ainsi dire opérer celte extraction. C’est une bien ! funeste erreur que celle de croire que l’unique et î simple juxtaposition de faits , quelque sembla- 1 blés qu’ils soient, puisse produire la vérité ren- ( fermée en eux. Le même ne peut réagir sur le J même et se féconder.

Nous le répétons donc, les faits des médecins numérisles ne sont que des matériaux en puissance, matériaux dont nous sommes loin de contester la loyauté, l’intérêt caché et réalisable , la valeur possible , mais qui ne peuvent gagner , à être additionnés , une valeur scientifique qu’ils n’ont pas isolément (1).

demandant ù être travaillés en tous sens par l’analyse

MÉDICATION AN'

On voit par ce qui précède que nous n’avons pas craint de rendre notre tâche difficile, et de nous imposer des conditions à la hauteur desquelles nous ne nous flattons pas de nous tenir toujours. La question des fièvres et des phlegmasies est en face de nous : on peut être certain que nous ne voulons ni l’éviter ni la tourner. C’est dire qu’il nous faudra nous expliquer sur la nature des maladies aiguës qui se résument pour ainsi dire dans ces deux faits cardinaux de la pathologie. N’est-il pas impossible, en effet, de se servir avec un peu de discernement et de sûreté des moyens antiphlogistiques sans avoir mûrement réfléchi à ce que c’est que la fièvre, ses causes prochaines , ses différences, ses rapports avec l’inflammation et quelques autres affections; sans s’être fait une idée de ce que c’est que l’inflammation, ses causes prochaines , ses différences, ses rapports avec la fièvre, et quelques autres affections, etc.? Et cet examen est d’autant plus indispensable, que depuis vingt ans l’esprit de système, la fascination du génie, le penchant à la paresse, l’amour de ce qui est simple, d’une étude courte et facile , nous ont jetés, sur ces questions principalement, dans une voie si détournée, si opposée à celle où l’on est conduit par une observation complète et sévère, que l’enseignement des vérités immuables de la science médicale est un résultat que de

• et la synthèse alternativement combinées. Ceci provoque une réflexion et un éclaircissement qui répondront à une prétention dont ne cesse de se glorifier la médecine numérique, et qui semble entourer ses observations et ses résultats du caractère scientifique que nous leur dénions. Cette prétention est celle de soumettre tous les faits à une minutieuse et sévère analyse, flans cette école, on ne parle que d’analyse ,on reproche constamment aux autres le défaut d'analyse : analyse et numération , tout se réduit à ces deux opérations.

Nous aussi , nous aimons , nous recommandons et nous pratiquons l'analyse; mais l’analyse philosophique, c'est-à-dire l'art de décomposer une chose complexe en ses éléments constitutifs et fondamentaux , de manière à ce qu'ils conservent malt/ré cette disjonction naturelle une tendance mutuelle à se réunir. La preuve d'une véritable analyse est fournie par une bonne synthèse. Ainsi la preuve que l’eau est bien formée de deux parties d’hydrogène et d’une partie d'oxygène, c'est qu’en rapprochant, dans des conditions données, ces mêmes proportions des deux corps élémentaires que l’analyse a découverts dans l’eau, cetiquideeslà l’instant recomposé. L’analyse se prouve donc par la synthèse, cl réciproquement.

UMILOGISTIQIE.

nombreuses années pourront tout au plus produire , tant h*s fausses doctrines se sont identifiées avec les esprits, tant l’erreur a jeté de profondes racines ! .

Ce préliminaire critique nous a paru convenable avant d’entrer en matière. Il nous était commandé tant par la nature grave et délicate du sujet que nous allons éiudier,que par son actualité et la circonstance des débats récents qu’il a soulevés dans le monde médical, débats irrésolus, parce que de part et d’autre on ne s’est opposé que des chiffres. Par un sentiment trèsjuste de l’impossibilité d’une solution avec de pareils arguments, la lutte s’est transportée sur un autre terrain, celui précisément de la valeur delà méthode numérique en thérapeutique. Là, les efforts et la haute raison d’un seul se sont brisés contre le nombre qui a triomphé en

fait Cette question (celle de l’appréciation

de la méthode antiphlogistique ou débilitante dans le traitement des maladies aiguës) restée pendante nous échoit à traiter, et nous avons dû faire notre profession de foi sur la manière dont nous pensons que sa solution peut être essayée.

Dans un sujet qui n’est pas sans quelque analogie avec celui sur lequel le père de la médecine nous léguait il y a vingt-deux siècles un immortel traité, n’est-il pas bien remarquable, qu’aujourd hui , nous ayons à adresser aux Cni-

Or l'opération à laquelle se livrent les médecins numéristes sous le nom d’analyse ne mérite pas qu’on l'appelle ainsi. C’est une énumération, un fractionnement, un morcellement, qu’on nous permette ces expressions, c’est tout ce qu'on voudra , excepté une analyse. Une observation étant donnée, ils la croient profondément analysée quand elle se trouve éparpillée dans dix colonnes ; comme si ce serait analyser un volume d’eau donné, que de le répandre en milliers de gouttelettes. Pour le mérite et la vérité, il y a entre ce travail oiseux et facile et une analyse philosophique, la même différence qu’entre hacher un cadavre en menus morceaux et le décomposer , comme l’a fait Bichat, en tous ses tissus primitifs.

Une analyse vraie et bien faite a pour résultat l’élucidation de la chose analysée, la notion de la constitution de cette chose; du mode et des conditions essentielles de la combinaison de scs éléments, ainsi que de leur aptitude à former nécessairement par leur réunion l'unitc, l’être qu’on étudie. Or nous ne craignons pas de défier le zélateur le plus ardent de la médecine dite numérique de retrouver ce caractère dans les récapitulations stériles et diffluentes dont les auteurs de celte école font suivre, sous le nom spécieux d'analyse, les faits cliniques qu’ilsnousdonnent.

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liens de notre époque, la critique et les reproches par lesquels ce grand homme commence son livre : De vicias ratione in morbis acutis ?....

« Ceux qui ont rédigé et nous ont transmis les maximes de l’école de Guide, ont sans doute fidèlement énuméré les symptômes de chaque maladie et décrit exactement la manière dont ils se déclarent; en un mot, ils ont fait ce que tout homme , même le plus étranger à l’art médical , serait capable de faire , pourvu qu’il eût sévèrement recueilli , de la bouche même des malades, le récit de leurs souffrances.

» Quant à ce qu’il faut que le médecin sache et induise indépendamment du rapport fait par le malade; quant à la plupart des connaissances qui conduisent au pronostic, etc., toutes ces choses ont été à peu près dédaignées par eux. Pourtant, comme la manière de traiter chaque malade est subordonnée à la perspicacité du médecin, je suis forcé à cet égard de penser tout autremenl que les Cnidiens.

« Cette école ne nous a même rien légué sur le régime des maladies aiguës qui soit digne d’être mentionné, et, quelle que soit l’importance de ce sujet , ils se sont tout à fait abstenus de le traiter. Ce n’est pas qu’ils aient ignoré la liste des maladies et de leurs nombreuses divisions; mais , comme ils s’appliquaient purement et simplement, à les compter, il est clair qu’ils n’ont rien pu en dire de sensé. Celui-Iù , en effet , s’abuse, qui croit grouper des cas pathologiques semblables et pouvoir en faire l’addition, parce qu’ils ne lui paraissent différer entre eux que sous quelque rapport peu important , et qui, au contraire, prononce que deux cas sont distincts, par cela seul qu’ils ne portent pas le même nom. Pour moi, je suis autorisé à affirmer que l’esprit du médecin doit envisager les faits sous tous les points de vue qui composent le domaine de l’art. «

Il importe beaucoup de se bien pénétrer de l’idée essentielle représentée par le mot antiphlogistique, et de ne jamais la perdre de vue dans le cours de cette dissertation. Celle expression fixe l’esprit sur deux faits, l’un relevant de la pathologie générale, l’autre de la thérapeutique; faits capitaux, indivisibles , qui se supposent mutuellement pour leur intelligence ré-

(1) Celte connexité est pourtant méconnue d’une manière flagrante dans les dictionnaires de médecine, et le principe contraire officiellement consacré par la

ciproque , comme la pathologie suppose la thérapeutique, et vice versa (1).

Il s agit donc principalement des lésions de la puissance de calorification de l’organisme vivant et des moyens thérapeutiques les plus propres à combattre ces lésions. Ces moyens, nous les avons plus haut limités , pour notre sujet , à une classe naturelle et bien exactement formée par l’identité d’action des instruments qui la composent. II s’agit aussi de saisir les convenances ou les répugnances physiologiques qui existent entre la nature de ces affections et l’étal nouveau et déterminé qu’introduit dans l’organisme l’action immédiate et éloignée des antiphlogistiques, afin d’éclairer l’un des points de vue par l’autre, et de s’élever ainsi à des principes et à des lois sur lesquels puisse s’appuyer la pratique avec plus de raison, de satisfaction intellectuelle et de moralité, que sur les suggestions spécieuses, aveugles et antiscienlifiques des tables de mortalité.

La fièvre et l’inflammation, leurs noms l’indiquent assez, sont les étals morbides dans lesquels la chaleur animale est principalement et essentiellement accrue, en sorte que c’est surtout de ces affections éminemment phlorjistiques que nous sommes appelés à étudier la physiologie et les lois de génération, afin d’en déduire les méthodes thérapeutiques les plus conformes aux saines doctrines et à l’expérience philosophique , toutes deux solidaires depuis vingt-deux siècles.

Pour les premiers philosophes et les plus anciens médecins, les idées de vie et de chaleur se confondaient. Ce qui les frappait avant tout et leur paraissait le plus fondamental dans les corps vivants, celui de l’homme par exemple, c’était sa chaleur propre , constante et invariable, et par conséquent la faculté qu’il tenait de sa vitalité de produire incessamment une somme de calorique, non pas illimitée, fatale, n’obéissant à d’autres lois qu’à celle des avidités et des saturations chimiques, comme en produisent les combustions artificielles et toutes les causes météorologiques, etc., mais réglée et toujours admirablement en harmonie avec les besoins de l’être et sa conservation. Ils ne séparaient pas ce fait primordial du fait même de la vie ; c’est dire qu’ils reconnaissaient à l’un et ù l’autre un

distribution vicieuse des matières et la classification antimédicale des diverses branches de la science dans les cours des facultés.

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même principe, line cause commune, des lois d’exislence identiques- L’idée de froid rendait l’idée de mort, et celle-ci rappelait logiquement la première.

Les anciens étaient moins éloignés que les modernes physio'ogistes d'une notion juste et radicale de la vie.

Mais si la chaleur animale était un fait de même ordre et de même origine que la vie, les lésions de la calorification en plus ou en moins, la fièvre, etc., devaient ê!re des phénomènes inséparables et de même ordre que les lésions vitales. La fièvre était donc une maladie essentielle et vitale, c’est-à-dire la maladie dont étaient susceptibles tous les êtres ayant vie, la maladie par excellence, et dont les actes reposaient sur les mêmes lois que celles par qui existe toute matière organisée en tant que vivante, et indépendamment d’organes spéciaux et de système nerveux.

Les anciens étaient beaucoup moins éloignés que les pathologistes modernes d’une notion juste et radicale de la fièvre.

Si on veut se donner la ppine d’étudier la marche de l’esprit humain dans les sciences, on se convaincra bientôt que les premiers médecins ont dû se former de la vie, de la chaleur animale et de la fièvre les idées que nous venons de faire connaître. Elles portent l’empreinte de la philosophie de l’époque.

Et il ne faut pas qu’elle soit perdue pour nous, cette ingénieuse et sublime fiction dans laquelle les poêles de l’antiquité nous représentent Promélhée osant usurper le droit du Créateur, et refaire un homme, en vivifiant, avec le feu qu’il dérobe au ciel, une matière inerte, espèce de cadavre artificiel pétri de ses mains.

Ce sont là des idées simples et par conséquent fécondes , auxquelles on est toujours forcé de revenir, quand on veut qu’une doctrine ne fasse que réfléchir les lois, les procédés et les secrets de la nature. On pourrait affirmer que des esprits vierges et bien faits, qui aujourd’hui recommenceraient l’observation physiologique et médicale, frappés des mêmes faits simples et fondamentaux, en concevraient les mêmes idées et nous reproduiraient des théories très-analogues.

Il serait donc bien important de réaliser en nous ce précieux néophysme , et, pour cela , de nous placer autant que possible au point de vue des premiers observateurs.

Hippocrate se garde bien de donner une défi-

nition delà fièvre; mais il caractérise cet état par une dénomination pittoresque qui est plus qu'une définition, qui est une théorie, ou du moins qui contient l’idée-mère d’une théorie radicale de la fièvre, lorsqu’on rapproche, comme nous en avons eu le soin plus haut, le fait qu’elle exprime, de celui qui alors représentait exactement l’idée de vie. Hippocrates quidem febrem appellat ignem , et fébricitantes igné correptos (Rioi.av.)

Cette espèce d’équation établie par Hippocrate entre chaleur animale et vie d’un côté, lésion de la calorification (ou fièvre) et lésion de la vie, de l’autre, est une idée simple qui ne résulte pas encore de la science, mais qui peut servir à la fonder; malheureusement elle est restée à l’état d’enfance et de rudesse. On n’en a pas compris la profondeur et la fécondité, car personne peut-être, excepté M. le professeur Récamier, ne s’est attaché à la développer.

Nul doute que le phénomène le plus important, le plus pathognomonique, et pour ainsi dire le fait unique dans la fièvre, ne soit la lésion de calorification. Voilà pourquoi les anciens observateurs n’ont pas pris le change sur ce qui, dans cet état, devait principalement fixer leur attention.

Le vulgaire recommence chaque jour cette frappante observation sans soupçonner ce qu’elle renferme, tandis que, faussé et sophistiqué par une science décevante, l’esprit du médecin de nos écoles cherche subtilement la fièvre dans quelque fait caché et finement observé, sans songer, comme le remarque si judicieusement un auteur ignoré, M. Thomas Dagoumer [Précis historique de la fièvre, p. 46), que ces fait ne peuvent servir qu’à l’explication de quelques phénomènes particuliers ; que les idées qui en sortent, employées comme fondement d’une théorie générale, deviennent fausses par leur application , et que c’est peut-être là le tort des modernes.

« Celle manière de philosopher , dit encore ce modeste écrivain (p. 63 ,op.cit.), peut s’écarter de celle des écoles ; mais elle paraît très-près de la nature. Elle est parfaitement d accord avec ce qu’on observe journellement. Écoutez celte femme qui a passé la nuit couchée près de son mari attaqué de la fièvre; elle ne vous dira autre chose, sinon qu’il était comme un tison ardent. C’est en vain qu’un jeune docteur plein de science veut lui faire quelques raisonnements sur l’état du malade ; elle ne le comprend pas.

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Elle n’a vu, elle n’a senti , elle n’a retenu de tout ce qui s’est passé que l’agitation extrême et la chaleur dont son mari était tourmenté, et qu’elle a souffertes elle-même. »

Aussi, bien que le père de la médecine n’ait pas négligé, comme on l’a prétendu, l’exploration du pouls dans la fièvre, ce qu’alleslentvingt passages de ses écrits et surtout de ses écrits cliniques, nous voulons parler de ses livres sur les épidémies, il est certain que, pour lui, cette considération ne venait qu’après celle de la chaleur, et que c’est par les degrés de celle-ci qu’il estimait principalement les degrés de la fièvre. Antiqui medici febris vehementiam ex gradu caloris œstimabant ; ac constat apud eruditos , Hippocràtem manubus pectori et abdomini sparsim admotis, de febris prœsentiâ potiùs quàm ex palsu judicasse. (Sadvages, Nosolog.)

Bientôt Hérophile, engoué de quelques connaissances anatomiques, jaloux, comme c’est l’habitude, de faire primer des observations un peu plus précises sur le pouls, et dont il était l’auteur, s’avise d’y attacher plus d’importance qu’à l’appréciation de la lésion de calorification.

Voilà la première déviation, le premier pas fait vers l’erreur qui fut consommée deux mille ans plus tard par Boërhaave et son école. Adeoque velocior cordis contractio , cum auctâ resistentiâ ad capillaria, febris omnis acutœ idearn absolvit. (Boerii., aph. S81.)

Haller, qui n’était pas un grand médecin (ce qui pourrait conduire à élever quelques doutes sur l’importance et la grandeur véritables de ses travaux physiologiques) , semble reprocher à Hippocrate d’avoir trop dédaigné l’élude du pouls dans la fièvre : Solum ferè pulsion negligit, dit-il assez peu exactement, comme nous le prouverions facilement. Pour lui, il renchérit sur Boërhaave , et met plus de précision dans l’erreur. Il exige, pour attester rigoureusement l’existence de la fièvre chez un malade , un nombre déterminé de pulsations, et fixe ce nombre à cent. Au-dessous de cette mesure, il n’y a pas fièvre.

L’anatomie et la physiologie organique ou instrumentale auraient bien pu ne pas donner naissance à des applications aussi déplorables; constatons néanmoins qu’elles en sont la source. De nos jours, leurs usurpations ne sont pas moins funestes, et si la micrographie, qui depuis quelques années menace même la clinique, continue à leur prêter son merveilleux secours,

dans cinquante ans la science médicale sera devenue quelque chose d’impossible à prévoir, mais à coup sûr quelque chose de fort triste.

La chaleur innée , pour parler comme Galien, étant l’expression la plus immédiate de l’éiat vital, Hippocrate, en l’explorant avant tout chez un fébricitant, montre qu’il s’occupait d’abord de constater l’état des fonctions vitales, c’est-à-dire des fonctions communes à tous les êtres vivants, et qui, chez l’homme, sont les plus importantes, puisqu’elles forment la condition d’existence de toutes les autres. Primitivement lésées dans les fièvres que nous appellerons vitales , elles méritent le premier regard du médecin.

De ce point de vue. la pratique d’IIippocrale, i qui a servi de prétexte à ses détracteurs pour l’accuser d’ignorance, est plutôt faite pour commander l’admiration.

L’état anomal de la grande circulation, quoique s’associant ultérieurement aux lésions des fonctions vitales dans le plus grand nombre des cas, ne leur est pas nécessairement lié, comme le sont les lésions de la calorification , qui, suivant l’expression très-juste deM. le professeur Récamier, n’en sont pas plus séparables que le mouvement de l’impulsion.

En faisant consister la fièvre dans un surcroît d’action du coeur et de la grande circulation, les ialro-mécaniciens et les iatro-organiciens ont chargé un appareil spécial d’une fonction { la calorification ) générale et commune antérieure à lui, et à laquelle, par conséquent, il est incapable de présider.

Le cœur, les artères et les veines qui composent cet appareil ne sont, en effet, que des instruments de transport, et, si le trouble de leur action se remarque presque toujours en même temps (pie les lésions de la calorification , ce n’est certainement pas à titre de cause de cellesci , mais seulement pour obéir aux lois des synergies et de l'évolution fébrile dans l’ordre assigné à ces organes par celui de leur développement embryonnaire. Ceci s’éclaircira par la suite.

Ces choses suffisent, nous le pensons, pour faire sentir toute l’importance de la lésion de calorification dans la fièvre et justifier ces paroles d’un ancien : Calor naturalis primus niotor est in corpore , ut primus à medicis consideratus, quatenùs primus niotor est in a rte medicâ, salubris per se, insa/ubris peraccidens, ad artem mcdicam coarctatus primus, mdi-

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catus itàprimus. Perquetn omnes medici re- (ftintur ad operationes rectè administrandas ut coloris hujus cemuli, minis tri et imitaiores ; ut primus auctor, rex ac imperator supremus omnia regens in arte. Ideo à virtute calidi innati prima indicatio desumitur quœ cœterarum indicationum est regina.

(Yai.er. Martinius, De certitud. medicin.)

Si la considération de la chaleur animale intéresse si éminemment la clinique en général, et si, dans l’élude de la fièvre et des fièvres en particulier, la connaissance du mode de production et des lois de ce grand phénomène occupe la première place, comment s’expliquer le silence des pathologistes, et spécialement des pyrétologistes à ce sujet?

II est en effet bien remarquable qu’avant de se demander ce que c’est que la fièvre, son mécanisme physiologique, son mode de production, ses lois, sa nature accessible en un mot, on ne se soit jamais préalablement fait les mêmes questions au sujet de la chaleur animale. Nul doute cependant que la solution du dernier de ces problèmes physiologiques n’eût renfermé celle du premier, et réciproquement. Une théorie de la calorification organique , d’où ne découlerait pas nécessairement et de soi-même une bonne théorie de la fièvre et des fièvres, devrait être, sans plus d’examen, rejetée comme erronée ou incomplète; et on pourrait en dire exactement autant d’une théorie de la fièvre dans laquelle on ne retrouverait pas une bonne théorie de la calorification.

Ce double critérium a son mérite et sa valeur pour servir à juger les doctrines pyrétologiques passées, présentes et futures. Nous pouvons remarquer en passant que l’opinion sur la cause prochaine de la fièvre , qui est actuellement de mode, gagne infiniment peu à être essayée par celte pierre de louche.

Cela fait que, si nous sommes encore à désirer une théorie raisonnable et suffisante de la calorificalion, la faute en est à la plupart des auteurs et des professeurs de physiologie , qui ne sont pas médecins, et n’ont par conséquent pas assez réfléchi sur la fièvre ; et que , si la nature et les causes prochaines des fièvres n’ont encore été aperçues que par quelques médecins doués d’une haute puissance d observation eide généralisation, il faut en accuser la masse , qui n’a reçu de l’enseignement que des notions communes et stériles d’une physiologie anatomique sans portée , vide d’applications médicales , et •3« PARTIE.

n’a par conséquent pas assez réfléchi sur 1a chaleur animale, sa génération et ses lois d existence.

Il devient donc absolument nécessaire au but que nous nous proposons de rechercher un instant en quoi consiste , comment se produit et s’entretient la chaleur propre aux corps vivants et à l’homme en particulier ; quelles sont ses sources, ses conditions de manifestation, etc. ; et si quelqu’un s’étonnait du soin que nous prenons, et le qualifiait de horsd'œuvre, nous répondrions que nous ne connaissons de véritable science thérapeutique que celle qui s’appuie sur l’étude des lois de la santé et de la maladie, dans laquelle chaque fait particulier donne et reçoit, c’est-à-dire est éclairé par le fait général ou la loi dont il relève, et réfléchit à son tour sa propre lumière sur le fait général ou la loi qui lui imprime son caractère scientifique.

Les choses étant ainsi, il devra paraître naturel , et même de rigueur, qu’ayant à rechercher, dans cet important chapitre, les indications que les maladies phlegmasiques , pyréliques , phlogistiques enfin, offrent pour les moyens antiphlegmasiques , antipyrétiques, antiphi, ogistiqües ; qu’ayant aussi pour objet principal d’y discuter les motifs physiologiques de ces indications ou contre-indications , il devra, disonsnous, paraître très-opportun que nous commencions par établir l’idée qu’on doit se faire du phlogistique physiologique ou de la calorification à l’état normal, pour en déduire la connaissance des lésions de cette puissance phlogistique ou de la fièvre.

Connaissant ensuite expérimentalement les effets immédiats et éloignés des antiphlogistiques sur la calorification animale, et les fonctions organiques du même ordre qui sont lésées dans les maladies inflammatoires et fébriles , nous posséderons les éléments et les conditions nécessaires pour nous élever aux principes généraux de la médication antiphlogistique et descendre à ses applications cliniques spéciales.

Rien, dans ce travail, ne sera fait à priori et par le rationalisme pur, comme pourraient porter à le croire les idées vicieuses qui régnent aciuellemenl en médecine louchant les méthodes d’observation et de raisonnement. L’école hippocratique , à laquelle nous nous efforçons d’appartenir, a proclamé, plus de dix-huit cents ans avant Bacon, les mêmes principes que lui sur les méthodes d’observer les faits et de procéder dans l’induction et la généralisation.

Les auteurs de physiologie sont les seuls , avons-nous dit, qui aient étudié la chaleur animale et aient essayé de se rendre compte de son mode de production. Aucun d’eux pourtant n’a eu expressément l’intention de faire cadrer sa théorie avec les phénomènes pathologiques ; nous en exceptons toutefois Galien et son digne interprète l’illustre Fernel. Leurs idées sur ce point nous semblent bien près de la vérité, malgré la réprobation sarcastique dont, de nos jours, elles sont encore l’objet.

Les opinions plus modernes et qui ont cours maintenant peuvent se rapporter à deux principales : l’une, formulée de trois manières, et différemment exprimée, ne fait pas dériver la chaleur animale de l’action d’un appareil spécial, ne localise pas le foyer de cette fonction , mais le place dans les forces générales de l’organisme. C’est pour les uns la force vitale, pour les autres la nutrition, pour quelques-uns enfin le systi me nerveux, qui préside à la formation de la chaleur organique.

On pourrait désirer quelque chose de mieux senti et de plus dessiné. Pourtant une vérité confuse, ébauchée à peine et seulement soupçonnée , est mille fois préférable à une erreur claire, bardie et intelligible.

La seconde opinion sur la formation de la chaleur animale nous paraît dans ce dernier cas.

Le goût des localisations a envahi jusqu’à la physiologie. Chose à laquelle on ne se serait pas attendu , on a localisé la puissance pyrétogénésique de l’organisme ; il a fallu lui trouver un siège, un organe ; c’était chercher le siège de la vie : n’importe, on l’a découvert. Les poumons, l’appareil respiratoire, l’oxygénation du sang enfin, ont été chargés du rôle de produire, d’entretenir la chaleur animale, et d’expliquer ses modifications et ses lois.

■ Le moindre défaut de cette théorie ialro-chimique est d’exclure presque tous les faits qui devraient y trouver leur place, et surtout de rendre absolument impossible l'interprétai ion des modifications si profondes et si nombreuses qu’éprouve la chaleur animale dans les fièvres.

11 suffit de collationner un instant une pareille opinion avec le fait le plus ordinaire de la pathologie , pour sentir aussitôt qu’elle n’en supporte pas l’épreuve 5 c’est assez dire qu’elle est également impuissante à rendre compte des faits dans l’ordre physiologique. L’organisme n’est pas régi, dans l’état de maladie, par des

lois différentes de celles auxquelles il obéit dans l’état de santé. Qîzœ faciunt in sano actiones sanas, eadem in œtjro morbosas, a dit Hippocrate ; et il a su tirer de cette observation des corollaires immenses. On peut même dire que toute sa pathologie en découle.

Or, si celte proposition hippocratique est incontestable, et si, d’un autre côté, l’appareil respiratoire pi ut être considéré comme remplissant à l’égard de l’économie le rôle d’un calorifère à l’égard d’un appartement dans lequel il répand la chaleur au moyen de tuyaux et d’orifices exhalants, il est bien inutile de chercher si laborieusement la cause prochaine de la fievre. Quoi de plus simple? La fièvre consiste en une oxygénation plus abondante du sang dans les poumons. Et tout est dit.... Les frissons d’invasion s’expliquent d’eux-mêmes : faites absorber un peu moins d’oxygène au sang, et on n’a plus rien à vous demander.

Exactement comme pour notre calorifère : ajoutez du combustible, vous avez plus de chaleur; retirez du combustible, l’appartement se refroidit Tel est l’état actuel de la physiolo-

gie sur le point qui nous occupe.

Nous a\ons exposé plus haut la doctrine des anciens sur le même sujet.

Sans doute le sang contenu dans les cavités gauches du cœur a d’autres qualités que celui des cavités droites de cet organe , et nous sa- : vous très-bien qu’une de leurs différences importantes consiste dans la température plus éle- ; vée du premier. Nous n’ignorons pas non plus ; que, pour se rendre des cavités droites dans les ; gauches, le sang a dû traverser les poumons , s’y diviser à l’infini dans d’innombrables ramifications vasculaires, n’être alors séparé du con- 1 tact immédiat de l’air atmosphérique que par des parois assez minces pour permettre une action réciproque de l’un sur l’autre et un échange de matériaux, desquels il résulte que l’air s’est? dépouillé d’une petite proportion d’oxygène pour se charger d’acide carbonique ; que le sang a perdu de son carbone, qui a été remplacé par une certaine quantité d oxygène , et qu’on ne peut se refuser à croire que cette absorption continuelled’oxygène, ce dégagement continuel d’acide carbonique, 11e contribuent à l’élévation! de température que présente le sang qui vienl de subir cette action chimique.

L’anatomie comparée des reptiles et des oiseaux, l’élude des fonctions circulatoires chez le fœtus et l’enfant nouvcau-né, celle des asphyxiés

MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE

par quelque cause que ce soit, etc., etc., fournissent des faits qu’explique assez bien l’observation précédente, et qui la justifient à leur tour.

Mais il y a loin d’une des conditions de production d’un phénomène , d’un de ses éléments de causalité, d’un de ses actes préparatoires, à sa cause suffisante, efficace, potentielle.

Si, d’une part, on voit la températuredu corps s’élever très-sensiblement, et la résistance au froid s’accroître beaucoup, sans que l’oxygénation du sang dans les poumons soit plus active et même alors qu’elle l’est notablement moins; et si , au contraire, la force de calorification et de résistance au froid est excessivement faible , alors que l’imprégnation du sang dans les poumons par l’oxygène, l’artérialisation de ce sang, en un mot, se font au même degré et quelquefois avec plus d’activité , force sera bien d’admettre que la source suffisante et essentielle de la chaleur animale ne réside pas dans l’acte de l’hématose pulmonaire.

Or les faits de ce genre surabondent , et on devrait être dispensé de les rappeler.

Une péripneumonie aiguë a, en trois ou quatre jours, rendu imperméable à l’air un poumon entier, et le malade est néanmoins dévoré par une fièvre violente.

On sait que la fièvre typhoïde se complique souvent d’une bronchite générale et profonde, ou d’une pneumonie diffuse, qui ne se révèlent guère que par les signes physiques que fournit l’auscultation , et par un peu de gène dans la respiration. Sans le secours de ces signes, on peut , dans bien des cas , reconnaître celte complication à la teinte asphyxique des malades , par exemple, à la couleur bleuâtre ou violacée de leurs joues, de leurs lèvres et de la peau des mains. Il doit y avoir une bien faible absorption d'oxygène de la part du sang qui traverse alors le poumon . puisque ce sang ne se convertit «pie très-imparfaitement de veineux en artériel, et qu’il colore les tissus en bleu violacé au lieu de leur donner la teinte vermeille ordinaire. Les malades devraient être froids ; pourtant ils sont brûlants. L’application du thermomètre sur leur peau est d’accord avec le sentiment du fébrici-

(1) Qu’on ne nous accuse pas «l’ignorer que l’asphyxie complète et par conséquent la mort sont le résultat d'un obstacle absolu à ta conversion du sang veineux en artériel dans les poumons. L’organisme ne peut donc pas plus, avec du sang absolument vei-

tant et l’impression du médecin pour affirmer une élévation insolite de la température.

Des individus sont arrivés à la dernière période d’une affection organique du cœur . Depuis longtemps l’asphyxie va croissant; la circulation veineuse est empêchée, etc. ; les tissus sont bouffis, infiltrés, bleuâtres, froids : on croirait voir et toucher un cadavre de noyé. Par une provocation quelconque, ces asphyxiés sont soumis à une cause de fièvre , et la chaleur fébrile s’allume en eux, vive, générale, soutenue; cependant la gêne de la circulation pulmonaire n’a pas diminué, non plus que la cyanose.

L’enfant nouveau-né a une force de calorification et de résistance au froid très-peu énergique, parce que, dit-on, sa circulation pulmonaire, au moment de la naissance, se rapproche beaucoup de celle des reptiles. Nous n'avons pas besoin de dire en quoi consiste cette incontestable analogie ; mais la preuve que celte imperfection de la petite circulation et l’oxygénation moins abondante du sang qui en résulte nécessairement , ne sont qu’une des conditions de la faible puissance de calorification du nouveau-né, c’est que, toutes choses égales d’ailleurs, il peut , par le fait de mille causes , éprouver une fièvre fort intense. Est-ce que tout à coup les conditions respiratoires se seraient élevées au niveau de celles de l’adulte pour produire celle élévation de température et celte plus grande force de résistance au froid? Non : car après vingt-quatre heures de fièvre, celle-ci venant à cesser, l’enfant retombera dans son étal antérieur d’impuissance pyrélogénésique , pour fébriciter de nouveau dans quelques heures, sans que des alternatives correspondantes dans l’état de la circulation pulmonaire et dans l’action chimique de l’air sur le sang puissent rendre un compte satisfaisant de ces vicissitudes si remarquables de la chaleur.

Ici, comme dans l'exemple précédent, l’organisme s’est passé , qu’on nous permette l’expression, de sang artériel pour faire du calorique (1).

Si, maintenant, nous voulons citer des circonstances dans lesquelles la température organique s’abaisse notablement, ainsi que la force

neux et complètement privé de l'influence hématosique du poumon , maintenir la chaleur que la vie, puisque nous avons reconnu que ces deux phénomènes sont inséparables. Nous voulons seulement faire entendre que , pourvu que le sang ait conservé assez

de résistance au froid , sans que pourtant les fondions respiratoires soient suspendues ou affaiblies, nous ne serons embarrassés que pour le choix. Dans la période d’opportunité d’une maladie aiguë, telle qu’une fièvre grave, croit-on que les frissonnements vagues, et surtout, ce qui est fort remarquable, la grande diminution dans la puissance de résister au froid , qui fait que les malades recherchent avidement les lieux et les vêtements très-chauds, croit-on que celte atteinte si profonde , portée à la force pyrélogénésique de l’économie , soit l’effet d’une combustion moins active du sang qui traverse les poumons?

Le même phénomène ayant lieu au commencement de la digestion d’un repas copieux, et dont l’assimilation s’opère activement, tiendraitil aussi à une pareille cause?

La réfrigération soudaine qui s’empare de nous sous l’impression d’une cause d’effroi , de peur, et de toutes les passions abdominales ou dépressives, n’est certainement pas produite ainsi. Nous en dirons autant des refroidissements qu’on observe dans beaucoup de maladies nerveuses, chez les femmes hystériques par exemple. , refroidissements généraux ou partiels qui caractérisent de même certaines affections rhumatismales chroniques, et n’ont certainement rien à faire ni avec l’hématose pulmonaire , ni avec la grande circulation , fonctions avec l’énergie et la perfection desquelles ces abaissements de la température organique coïncident très-souvent.

Aux deux ordres de faits que nous venons d’alléguer , et qui sont unanimes pour démontrer qu’un organisme peut faire varier sa chaleur propre indépendamment de l’influence accessoire de l’absorption d’oxygène qui s’opère incessamment dans les poumons par le sang veineux, les partisans de l’opinion contraire ne manqueront pas de faire une objection spécieuse, et que nous désirons prévenir.

Si un péripneumonique a sa chaleur plutôt accrue que diminuée, malgré l’imperméabilité complète d’un de ses poumons, ils pourront dire que cela s’explique par l’énergie et la rapidité avec lesquelles le mouvement imprimé au cœur par l’inflammation pulmonaire fait circuler le sang dans le poumon resté perméable à l’air,

de qualité excitante pour entretenir la vie , comme cela se voit dans toutes les asphyxies incomplètes, l'organisme, nonobstant cela , peut produire de la

rapidité de circulation qui oblige tout le sang de 1 économie à traverser un seul poumon dans nn espace de temps plus court qu’il ne lui eu fallait pour traverser les deux poumons , lorsque , dans l’état physiologique , le cœur battait moins fréquemment ; d’où compensation et même

surabondance d’oxygène absorbé, etc Cette

objection pourra se reproduire avec quelques légères modifications pour répondre aux observations de fièvre chez les asphyxiés el les nouveau-nés.

Puis, ils la retourneront pour faire face aux observations de diminution de la force de calorification, malgré la persistance parfaite de l’oxygénation pulmonaire, et ils diront que, dansl es cas de passions concentratives, par exemple, le refroidissement vient de ce que, par l’effet de ces passions , le sang abandonne soudain la périphérie pour s’accumuler dans les cavités splanchniques et les gros troncs veineux, etc

Voilà l’idée principale, qu’il parait facile d’accommoder à la réfutation de tous les exemples que nous avons apportés pour combattre la théorie chimique et pulmonaire delà calorification.

Mais celte idée estloindesuffire aux exigences i des faits.

Et d’abord, l’adopter serait subordonner, f dans la notion de la fièvre, la lésion de calori- f ficalion à celle de circulation, ce que nous de- i vons rejeter comme contraire à l’observation et subversif de l’ordre de filiation des phénomènes dans l’évolution fébrile.

1° Contraire à l’observation. En effet , l’obser- j vation montre chaque jour des individus soumis à des causes d’excitation qui doublent la fré- ■ quence el l’étendue de leurs mouvements respiratoires, précipitent les contractions du cœur à un point tel , que si leur puissance pyrélogénésique était accrue dans la même proporiion, comme cela devrait être si elle n’était que l’effet de l’exercice de ces appareils, la chaleur serait extraordinaire, et réaliserait pour ainsi dire le causos des anciens, ou la fièvre pernicieuse ardente, voire même une véritable combustion spontanée. Pourtant il n’en est rien; et c’est chose fort commune que d’observer celle suractivité des fonctions en question, coïncider avec une réfrigération sensible chez les hyslé- [I

chaleur à un degré même plus élevé qu'il n en pro- 1 duit dans les circonstances ordinaires avec le saiig le mieux arlérialisé.

CD

MÉDICATION AN'Ï

riques, les hypocondriaques et les maniaques, comme nous avons eu plusieurs fois l’occasion de le constater.

lTn homme qui se livre à une marche rapide, à un exercice violent en pleine atmosphère, a le pouls il 150, fort, développé; il respire 50 fois par minute et de tous ses poumons. Comparez sa chaleur avec celle du malade immobile dans sou lit, affecté d’une fièvre typhoïde ou d’une fièvre éruptive, ou d’un rhumatisme aigu, sans que son pouls halte plus de 80 à 100 fois, avec la respiration la plus calme....

Les extatiques et les cataleptiques offrent à cet égard des preuves bien précieuses. 11 n’est pas rare, en effet , de voir chez les sujets affectés de ces états singuliers , la respiration presque entièrement suspendue pendant plusieurs heures avec une persévérance frappante de la chaleur, tantôt d’une manière générale et uniforme, tantôt, au contraire, en certaines régions de la peau qui sont brûlantes, tandis que d’autres ont conservé leur température naturelle , ou bien même sont complètement froides.

Le fait suivant ne saurait mieux trouver sa place que dans la présente discussion:

Dans le courant du mois de janvier dernier,

un de nos amis , M. U... D , âgé de 25 ans ,

était affecté d’une variole confluente pour laquelle nous lui donnions nos soins. Vers le troisième jour de l’éruption , alors que toutes les pustules enflammées, turgides . rutilantes, allaient entrer en suppuration , secondées par une fièvre louable et très-régulière, le malade fut pris d’un violent délire bientôt suivi d’un état cataleptique des mieux caractérisés.

Les fonfctions intellectuelles , sensitives et locomotrices étaient frappéesd’un anéantissement complet , avec celle particularité pathognomonique que les membres et la tête conservaient indéfiniment les attitudes qu’on leur imprimait, (juelque singulières et forcées qu’elles pussent être.

Mais ce qui est pour nous actuellement du plus grand intérêt, c’est que les mouvements respiratoires étaient, ou au moins paraissaient entièrement abolis.

Ce qu’il y a de très-certain, c’est que, quelque moyen que nous ayons pris pour nous assurer de ce fait, il nous a été parfaitement impossible de constater la moindre élévation des côtes, le plus léger refoulement des viscères abdominaux par le diaphragme abaissé ; à l’auscultation, pas le plus léger bruit vésiculaire ni le

riPHLOGISTIQUE.

plus mince souffle dans le larynx , la bouche ou les fosses nasales. La flamme d une bougie placée devant ces ouvertures conservait son essor vertical , de même qu’un gobelet de cristal d un éclat et d’un poli parfaits restait brillant, sec, et ne s’obscurcissait pas de la plus minime couche de vapeur aqueuse condensée. La pièce où reposait le malade était néanmoins vaste, fort peu chauffée, froide même. Le thermomètre marquait alors 12" au-dessous de zéro.

Cet état dura pendant toute une nuit.

Mme D nous envoya chercher. Voyant la

sensibilité éteinte, les membres n’obéir plus qu’à une impulsion étrangère , et s’arrêter, comme ceux d’un cadavre, là précisément où les laissait cette impulsion, ne voyant ni n’entendant pins surtout la respiration se faire, elle pleurait son fils mort

Nous fîmes remarquer à cette pauvre mère , que son fils était plein de vie, car les pustules et la fluxion interpusluleuse n’avaient jamais été plus actives; le pouls battait sagement et avec force. La chaleur de la peau et des membranes muqueuses était partout ècjale , élevée , abondante .

Elle ne devait pourtant rien ou que bien peu de chose à la respiration !...

Quand on objecte aux partisans de la théorie pneumatique de la calorification, ce fait, que les animaux et l’homme sont doués en hiver d’une force de résistance au froid bien supérieure à celle qu’ils possèdent pendant l’été, on les met bien à leur aise, et ils s’empressent de répondre que cela lient uniquement à ce que pendant l’hiver, comme des expériences directes le démontrent, il y a une bien plus grande quantité d’oxygène absorbée dans la respiration , et une circulation beaucoup plus énergique.

Si cette explication suffit , comment donc se fait-il que ces mêmes êtres , saisis au milieu de l’été par un froid beaucoup moins vif que celui auquel ils résistent si facilement pendant l’hiver, ne se trouvent plus en mesure de lui opposer la moindre réaction pyrélogénésique , et succombent en grand nombre à cause de celle insuffisance de chaleur propre? llien n’empêchait que, respirant un air plus dense et contenant sous un égal volume plus d’oxygène que l’air plus raréfié de l’été , ils en absorbassent assez pour stimuler davantage leur appareil circulatoire, et pourvoir comme en hiver aux besoins plus impérieux de la calorification.

C’est ce qui a eu lieu sans doute; mais, pour

MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE

l’accomplissement de cette fonction , une autre chose leur a manqué , sans laquelle le sang absorbe en vain de l’oxygène.

Si l’énergie pyrélogénésique que les animaux déploient en hiver doit être attribuée ù la suractivité, dans celle saison, des phénomènes chimiques de la respiration , il semble naturel qu’on rapporte ù une cause inverse et proportionnellement affaiblie le fait contraire, observé pendant l’été , savoir : la faculté que possèdent les organismes animaux de modérer alors leur force de calorification, d’autant plus que la chaleur atmosphérique s’élève davantage. Pour être conséquents, les pneumatistes que nous combattons devraient professer que, de même qu’en hiver l’accroissement de la chaleur animale dépend de la plus grande quantité d’oxygène absorbée dans un temps donné par le sang pulmonaire, de même , en été , l’abaissement de cette chaleur s’explique par l’inactivité relative de la combustion respiratoire.

Et pourtant , étrange contradiction ! ces physiologistes déclarent qu’il est impossible et antiphilosophique de supposer qu’une même cause, que des conditions uniques, donnent lieu à des effets si opposés que le sont la calorification et la réfrigération. C’est pourquoi ils se rendent compte de l’abaissement de la chaleur animale pendant l’été, par l’évaporation plus active qui se fait à la surface cutanée de la transpiration insensible et de la sueur. Il est inutile de répéter ici ce que la physique nous apprend touchant le mécanisme de ce moyen de réfrigération.

Nous avouons que notre étonnement a été grand lorsque nous avons lu dans le septième volume du Dictionnaire de Médecine , pag. 17G (art. Chaleur animale, par M. le professeur Bérard ) : Le bon sens indique et V expérience a démontré que ce n'est pas au même acte organique qu’il faut rapporter la production du chaud et celle du froid.

Il nous semble au contraire que le bon sens porte ù croire que le plus et le moins , dans le développement d’un phénomène quelconque , indiquent seulement des degrés d’intensité dans l’action de la cause qui produit ce phénomène. Le froid n’est pas quelque chose qui diffère patnature du chaud. Ce sont des degrés d’une même chose, qui par conséquent ne reconnaissent pas des principes divers; et, quelle que soit la source ou les sources de la chaleur animale, par cela même qu’elles peuvent entrer en suractivité par l’influence excessive de leurs stimu-

lus, de même elles peuvent entrer en sédation par le seul fait de l’influence diminuée de ces mêmes stimulus.

Une théorie de la chaleur animale, qui n’est pa# une et responsable, qui ne se suffit pas à elle-même, dans laquelle on est obligé de faire intervenir deux puissances, l’une pour expliquer la force de résistance au froid ou de calorification, l’autre pour se rendre compte de la force de résistance à la chaleur ou de réfrigération , une pareille théorie nous semble jugée; elle se dément et s’efface elle-même.

Cette contradiction a sans doute été nécessitée par l’impossibilité où se sont trouvés les pneumatistes de concilier leur opinion sur la calorification avec l’observation que nous avons faite plus haut, savoir : que les animaux surpris dans l’été par un abaissement de température atmosphérique beaucoup moins considérable que celui qu’ils tolèrent si aisément en hiver, sont incapables de réagir et d’improviser un dégagement de cha'eur propre qui suffise à neutraliser l’influence dépressive du froid extérieur.

C’est qu’en effet cette remarque discrédite singulièrement à nos yeux la théorie chimique de la calorification , surtout si on admet avec nous qu’il est irrationnel d’invoquer deux principes pour expliquer un seul fait. Car on sail que si un organisme succombe pendant l’été à un froid qui serait modéré en hiver, il n’y succombe que parce qu’il est, pour ainsi dire, pris au dépourvu, et qu’il n’a pas le temps de se préparer à une réaction pyrélogénésique dont les instruments, mus par la nature vivante , sont soumis dans leurs opérations à une mesure et une évolution successives, comme toutes les fonctions physiologiques importantes. Sous ce rapport, la nature humaine est en harmonie parfaite avec son milieu , dont les changements sont de même préparés et graduels.

Mais les forces de la chimie brute n’ont aucun de ces caractères. Quand les éléments sur lesquels elles s’exercent sont mis en présence, le travail qui s’opère ( dans le cas qui nous occupe au moins ) est instantané , nécessaire, constant, invariable , susceptible d’être rigoureusement prévu dans ses résultats. Or , si ces forces sont réellement en possession de produire la chaleur animale et la faculté de résister au froid, les conditions de leur action étant supposées les mêmes au mois de juillet qu’au mois de janvier, les résultats de celle action, savoir, la production plus abondante de chaleur, et par conséquent

la plus grande énergie de résistance au froid , doivent être identiques.

Nous pensons effectivement qu’un système ou composé matériel, qui absorberait incessamment de l'oxygène et dégagerait incessamment de l’acide carbonique (ouer cit., p. 199), produirait une quantité de chaleur égale en été comme en hiver, les conditions intrinsèques et l’opération étant les mêmes dans les deux saisons.

Pourquoi donc, si, comme le professe l’habile physiologiste que nous avons nommé plus haut, Al. Bérard aine, un animal est précisément dans ce cas , et si la respiration est la source principale , sinon la source unique de la chaleur animale ( ouvr . cit., pag. 199 ), pourquoi en été, dans le cas que nous avons supposé, cette source de chaleur fait-elle défaut à l’organisme , elle laisse-t-elle périr de froid quand toutes les conditions lui sont fournies pour dispenser abondamment le calorique?

C’est, pour le répéter, parce qu’elle n’est qu’un des éléments, qu’un des moyens employés par la force de calorification de l’organisme , et que celte force , affaiblie pendant l’été , est impuissante à mettre en œuvre l’agent important, le stimulus indispensahlequelui prépare I hématose pulmonaire. Celte proposition sera développée plus bas, lorsque nous exposerons notre théorie de la chaleur animale.

L’insuffisance de leur théorie a donc été implicitement avoir e par les iatro-chimistes modernes, du moment où il y a eu pour eux nécessité d’établir une puissance de résister à la chaleur distincte de celle de résister au froid.

Comme nous l’avons dit, ils ont attribué celleci au calorique enlevé à l’organisme par l’évaporation beaucoup plus active de la transpiration cutanée et pulmonaire.

Ce mode d’explication nous laisse dans le même embarras que celui que nous venons de rejeter.

De même qu’un froid de zéro cent., survenant brusquement en été, fait périr les animaux pour la raison que nous avons donnée, de même une chaleur de 20°, surprenant les mêmes êtres au milieu des rigueurs de l’hiver, les accable et les tue au milieu de sueurs profuses et malgré elles.

Ce phénomène, invoqué pour répondre à celte seconde difficulté, est frappé d’impuissance pour des motifs analogues à ceux qui, dans la circonstance opposée, ont démontré l’insuffisance de l’oxygénation pulmonaire plus active.

L’évaporation des transpirations cutanée et

pulmonaire est un fait physique, comme le précédent était un fait chimique. Lu tout temps il doit produire son effet, et cela d’une manière nécessaire et immédiate. Pourquoi donc , toutes les conditions exigées pour assurer le résultat physique, savoir , une abondante évaporation, étant présentes et en pleine activité , le résultat physiologique, savoir, la sédation spontanée de l’organisme et sa faculté de résister à une chaleur extérieure disproportionnée , pourquoi ce résultat n’esl-il pas obtenu ?

D’ailleurs les belles expériences de Al. Edwards ont prouvé que la circonstance de l’évaporation, bien qu’étant un moyen incontestable de réfrigération pour l’organisme dans les saisons chaudes et les climats ardents, se trouvait néanmoins parfaitement incapable de donner la raison de la sédation spontanée que 1 organisme n’oppose à une température très-élevée que par suite d’une modification lente et successive apportée à sa force de calorification.

El cette force n’est pas subordonnée dans son excitation et sa sédation à des causes de l’ordre physique et chimique : c’est elle , au contraire, qui domine ces agents , en dispose selon des lois qui ne relèvent que d’elle seule, et les fait servir à ses fins, en maîtrisant , pour ainsi dire, la nécessité brutale de leurs opérations, de manière à obtenir des manifestations vitales, une énergie fonctionnelle et conservatrice uniformes et régulières, tantôt avec une participation très-faible de ces agents , tantôt malgré leur influence exagérée , et en apparence destructive de la vie.

Tel est le caractère fondamental de la puissance biosique; et nulle part il n’est plus évident que dans les phénomènes relatifs à la force de calorification.

S’il était nécessaire d’un argument nouveau pour infirmer l’opinion qui fait dépendre la force qu’a l’organisme de résister à la chaleur , de la réfrigération produite sur les surfaces cutanée et bronchique par l’évaporation des transpirations qui s'y opèrent, nous nous adresserions en dernier lieu à celle seule observation : Le corps, ou un des membres, plongés dans un bain d’eau chaude, et plus chaude qu’eux, conservent dans ce milieu leur température propre, et n’y sont pas soumis à l’équilibre qui s’établirait entre deux corps inorganiques doués de températures inégales.

Où est ici 1 e\ opération ù laquelle ou puisse en appeler pour expliquer le pouvoir négatif , que développe l’économie ou une de ses parties ?

MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE

Ce serait par trop mettre en doute les connaissances physiologiques du lecteur, que de se croire obligé de lui dire pourquoi l'évaporation de la transpiration pulmonaire, augmentée dans le cas que nous venons de supposer, ne répond pas à ce fait péremptoire à nos yeux, et qui ruine la seconde partie de la théorie dont nous avons essayé de signaler l’impuissance et les nombreuses lacunes.

Nous aurions pu à la rigueur nous dispenser d’entrer dans tous ces détails , s’il n’avait pas été question de la réfutation d’une théorie qui réunit, à l’époque médicale où nous vivons, tout ce qui est nécessaire pour séduire les esprits et mériter les suffrages de la majorité.

Mais il était à craindre que nous ne fussions mal compris , accusés de vague et de légèreté , si nous nous étions bornés à dire :

Les grandes fonctions des êtres organisés, les actes fondamentaux , les phénomènes essentiels de la vie, et qui lui servent de caractère, ne sont jamais produits par des causes de l’ordre physique, mécanique ou chimique.

Par cela même que ces phénomènes ou ces fonctions sont caractéristiques de l’état de vie , il y a entre eux et les phénomènes de l’ordre physique et chimique tout l’abîme qui sépare le règne organique du règne inorganique.

Or la fonction de calorification est dans ce cas, comme nous l’avons déjà énoncé, et comme cela résultera plus clairement de la théorie que nous allons en donner.

Donc, elle repousse toute interprétation de la cause et des lois de ses phénomènes , lui venant de l’application des sciences physiques ou chimiques.

La physiologie n’emprunte les secours de la physique que pour l’explication de quelques phénomènes accomplis sous l’influence de la puissance vitale par certains instruments ou organes, jouissant des conditions matérielles nécessaires, pour que leur dernier résultat soit un acte de mécanique, d’hydrostatique , d’hygrologie, d’optique , d’acoustique, etc., etc., susceptible d’être produit ou imité avec des instruments construits suivant les règles déterminées par ces différentes parties de la physique.

La physiologie n’emprunte les secours de la chimie que pour l’analyse du cadavre des fluides de la composition desquels la vie seule a été chargée, et pour celle de certaines humeurs excrémenlilielles , désormais abandonnées à d’autres lois.

Lt quelle analyse encore ! Celte opération , en gcnéial, ne doit-elle pas être jugée défectueuse et radicalement incomplète , lorsque la vérité de ses résultats ne peut pas subir la contre-épreuve de la synthèse? Quelle humeur la chimie a-t-elle jusqu’ici pu composer ou recomposer? On peut même affirmer (et il n’est pas nécessaire de dire pourquoi) que jamais elle n’y parviendra.

Ces remarques ne sonl pas faites par nous pour nier l’utilité des services incontestables qu’a rendus et que peut rendre la chimie à la science de l’homme ; elles n’ont d’autre but que d’en indiquer les limites et la nature.

Les sciences dont il est question , ainsi que ; l’anatomie , n’ont besoin que du cadavre. Leurs applications ne se font que sur les parties contenantes et les parties contenues , continentia et contenta, pour parler le langage d’Hippocrate. Ce qui imprime le mouvement , enormonta, leur échappe complètement. Le physiologiste, proprement dit , a pour objet l’étude de ce dernier élément de la constitution d’un être ; vivant ; mais tous trois doivent lui être connus.

Barthez , dans son Discours sur le génie i d’ Hippocrate , a très-bien limité les applications i de la physique et de la chimie à la physiologie, ; lorsqu’il a dit : « Les mouvements , qui sont t les derniers effets du jeu des organes du corps ( vivant, peuvent être soumis aux lois de la mécanique, et les humeurs, qui sont enfin formées par les diverses digestions et sécrétions, peuvent être analysées par la chimie; mais les affections du principe vital qui produisent le renouvellement, etc. »

Nous ajouterons que, plus on descend l’échelle des êtres vivants , et que plus on s’approche de ceux qui sont réduits à la manifestation des fonctions les plus radicales et les plus caractéristiques de l’état de vie , moins on trouve à la physiologie de ces êtres, d’applications à faire des sciences physiques et chimiques.

Or la calorification appartient à ces dernières et essentielles expressions de la vie. Elle est commune à tous les êtres qui composent cei règne ; car , malgré l’opinion contraire de quelques physiologistes , tout organisme possèdes une température propre. Seulement les limites*, où elle cesse sont extrêmement resserrées; chez quelques êtres , très-étendues chez d autres , etc , etc.

Voilà ce que nous aurions pu nous borner àt dire , et cela aurait dû suffire ; mais la direction! actuelle des esprits en physiologie nous défen-j

MÉDI CATION ANTIPHLOGISTIQUE.

dnit de rester dans ces propositions générales.

2° Nous avons rejeté les raisons objectées par nos adversaires aux faits que nous venions d’exposer, pour prouver (pie la chaleur animale n’était pas produite par les actes chimiques de la respiration , non-seulement parce que ces objections étaient contraires à l’observation , ce qu’il nous a été facile de démontrer , mais aussi, avons-nous dit . parce qu’elles étaient subversives de l’ordre de filiation des phénomènes dans l’évolution fébrile.

En effet, pour nous en tenir maintenant à l’observation clinique, sans entrer, comme nous le ferons plus tard à l’occasion de l’essenlialilé de la fièvre, dans l’appréciation des motifs physiologiques de notre proposition , nous ferons tout simplement remarquer qu’au début d’une pyrexie, les phénomènes naissent, se développent et s’enchaînent de telle manière, que les modifications pathologiques qui surviennent dans la chaleur animale, et accusent par conséquent une lésion dans les fonctions et les appareils qui la produisent, précèdent dans leur apparition les troubles qui annoncent que le grand appareil circulatoire est lésé.

Ainsi, les frissons, les alternatives de chaud et de froid, la diminution dans la force de résistance du malade au froid, le développement même de la chaleur fébrile, apparaissent avant que le pouls ait pu donner les caractères qu’il fournil ordinairement, et qui dénotent la surstimulation de l’appareil circulatoire.

Réciproquement , en observant l’ordre d’extinction des phénomènes fébriles , on voit que la lésion de calorification cesse avant la lésion de circulation , et que le pouls conserve son développement et sa fréquence pyrétiques alors que la chaleur animale est rentrée dans son degré physiologique. Nous avons actuellement sous les yeux un enfant de trois ans, dévoré par un accès de fièvre des plus violents. La chaleur est extrêmement élevée , le pouls développé bal 144 fois par minute. L’accès vient de cesser. La chaleur est douce et normale. (11 n’y a eu de sueur ni pendant l’accès , ni maintenant qu’il est terminé.) L’injection de la face , l’assoupis-

(1) Il est bien entendu que les animaux les plus voisins de l'homme par leur organisation et la perfection de leurs fonctions, ne lui sont comparés que sous ce seul rapport , et que nous ne cherchons pas à combler ainsi l’ablme infranchissable qui sépare à jamais l’homme le plus nul par son intelligence et ses

sement et les rêvasseries sont dissipés j 1 enfant, qui a recouvré scs sens, jouerait volontiers et demande à se lever. Le pouls bat toujours l-i4 fois par minute. Il est encore dur et fort.

Il devient , dès lors , impossible de placer la cause delà lésion de calorification dans la lésion de circulation, puisque celle-ci , loin de précéder la première, ne naît qu’après elle, et que toujours une cause doit préexister à son effet.

La même impossibilité absolue résulte de notre seconde remarque. Comment admettre , en effet , qu’un phénomène en reconnaît un autre pour sa cause unique et suffisante, lorsqu’il a disparu sans que celui qui en est regardé comme le seul moteur, non-seulement ait suspendu son action dans le même instant, mais encore lorsqu’il la continue avec des conditions d’efficacité aussi puissantes que celles qu’on exigeait de lui pour qu’il produisît cet effet?.....

Cette seule observation rendrait au besoin inutiles tous les arguments que nous avons accumulés contre la théorie chimique de la calorification.

Ceux qui auraient pu nous échapper trouveront leur place dans l’exposition de notre propre théorie, qu’il s’agit de faire maintenant, et d’accommoder surtout sans efforts à la compréhension et à la déduction naturelles de tous les faits pathologiques qui nous intéressent, et dont la notion doit nous conduire aux indications véritablement physiologiques de la Médication an tiphlogistiq ne.

Chez l’homme et chez les animaux qui ont atteint comme lui le plus parfait degré d’organisation et d’unité physiologique (1), tous les actes qui concourent au développement et à la conservation de l’être en tant que vivant , s’accompagnent d’un dégagement de chaleur et contribuent à produire et à maintenir la température propre de cet être, ainsi qu’à en régler les modifications d’intensité, de résistance et de répartition.

Or, chez l’homme, sujet de notre étude, ces actes, quoique tendant au même but final , sont de deux ordres bien distincts et portent des caractères différentiels très-tranchés, soit qu’on

facultés morales , le Hottentot par exemple , du Chimpansé le mieux élevé et le mieux appris. L’èxis- * lei.ee du sens intime et du libre arbitre chez l'homme n’est pas , entre lui et le plus parfait des singes , une différence de degré, de développement, déplus et de moins, mais une différence de nature et d’essence.

MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE

considère leurs causes prochaines, la nature el le mécanisme de leurs opérations, les instruments ou supports à l’aide desquels ils les exécutent, et leurs résultats immédiats.

Si ces propositions sont justes, comme nous espérons le démontrer , il s’ensuit déjà que la chaleur propre de notre corps émane de deux sources; «pie sa production se lie intimement et inséparablement à l’exercice de deux sortes de fonctions très-générales. On peut en conclure aussi que la somme effective du calorique que cet organisme dégage incessamment comme de celui qu’il a en puissance, est une résultante formée de deux produits qui s’équilibrent ou prédominent l’un sur l’autre , suivant que les opérations organiques dont ils sont une des manifestations d’activité les plus essentielles (en même temps qu’ils servent de mesure exacte pour en faire apprécier la force ou la faiblesse par leurs modifications correspondantes), sont dans une harmonie d’action parfaite , ou bien suivant que cet équilibre est rompu par quelque cause que ce soit.

De plus , les deux foyers pyrétogénésiques de l’économie remplissant, ainsi que nous l’avons dit plus haut, des fondions très-distinctes et étant doués de manifestations d'activité qu’on ne peut confondre , il est assez facile , lorsque la température organique éprouve de notables modifications physiologiques ou pathologiques, de savoir si l’un des deux foyers est plus ou moins actif que l’autre, et auquel on doit rapporter l’élévation ou l’abaissement de la chaleur animale qu’on observe, soit localement , soit généralement.

En effet, la production d’une certaine quantité de calorique accompagnant l’exercice de ces grandes fondions aussi essentiellement qu’elle accompagne une combustion chimique, la considération des causes tant éloignées que prochaines de ces modifications lhermogénésiques, l’observation des appareils et des phénomènes qui ont répondu à ces causes, l’observation surtout de l’enchaînement et de la marche de ces phénomènes, ainsi que de leur mode de cessation spontanée ou obtenue par l’art, enfin l’analyse physiologique , permettent toujours à un esprit exercé à cette puissante méthode de déterminer laquelle des deux sources du calorique il faut qu’il reconnaisse comme donnant lieu aux changements remarqués dans la température organique.

Or , dans l’étude des fièvres et dans leur trai-

tement, dans l’appréciation, par exemple , des indications ou contre-indications de la médication antiphlogistique , cette distinction est d’une importance capitale , et sur elle reposent les bases de la thérapeutique des fièvres.

Éludions donc suivant quelles lois et conditions la chaleur animale est développée par les deux appareils généraux de l’action desquels nous avons dit qu’elle émanait , et suivons dans celte étude l’ordre de la puissance créatrice.

Lorsque, en commençant ce chapitre et comme pour prendre acte avant tout du fait qui nous intéressait le plus, nous avons dit avec insistance que les idées de vie et de chaleur organique étaient indivisibles et tellement connexes, que l’une représentait l’autre aussi exactement]; que l’impulsion le mouvement et le mouvemenL l’impulsion ; lorsque nous avons ajouté plus loin que tous les êtres vivants jouissaient d’une Lem-i péralure propre et d’une force de résistance au froid et à la chaleur, ce qui était attesté par ce fait qu’ils n’obéissaient pas (dans des limites! très-variables mesurées par le degré de leur perj fection organique et de leur activité vitale) à l’équilibre de température que subiraient tous les corps inorganiques , nous avons implicitement signalé une des sources principales de laj) chaleur animale chez l’homme.

Effectivement, si toute matière douée de vie l’est en même temps d’une chaleur propre; si ce phénomène caractéristique s’observe chez le plus rudimentaire des animaux, il devra nécessairement être lié à l'exercice des manifestations d’activité bornées et essentielles auxquelles cel être est réduit et qui sont les fondements de la' vie. Or quelles sont-elles, et à l’aide de quelles; conditions d’organisation sont-elles produites ün

Un tissu cellulaire plus ou moins dense, doué) d’une tonicité el d’un orgasme vital plus ou moins énergiques pour faire circuler ou osciller dans ses aréoles el s’assimiler un fluide nourricier formé de matériaux puisés au dehors, pui.éliminer les molécules usées par le mouvemeni vital, de manière à s’entretenir dans cet état peu danl un temps déterminé. — Chaleur produite

L’anatomie et la physiologie de ces êtres son connues. Celte phrase y suffit.

Mais cet appareil et ces fonctions essentiel lemenl vitales existent chez l'homme comim chez le zoophyle, et c’est sur eux que sont assis par eux qu'ont été créés el sont entretenus tou. les appareils spéciaux dont la coordination e R l’harmonie constituent notre organisme.

MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE

C’est dans cet organe vital commun, le tissu cellulaire, c’est dans les fonctions vitales communes ou végétatives dont il est l’instrument, que nous devons d’abord chercher et trouver une des sources de la chaleur animale.

« Tout phénomène physique (ou physiologique), dit un illustre pathologiste , présente à considérer le support du phénomène, le stimulus du support et les propriétés ou capacités spéciales du support et du stimulus qui concourent à produire le phénomène. Le support, le stimulus et leurs capacités réciproques constituent donc l’appareil d’un phénomène quelconque. » (Récaraier, Rech. sur le trait, du cane., lom. n, p. 244 )

Celte manière d’étudier et d’analyser toutes les conditions d’un phénomène, est en physiologie et en médecine un guide sûr et précieux. C’est une méthode aussi étendue dans ses applications qu’elle est simple dans sa formule, aussi féconde dans ses résultats quelle est facile il manier.

Un phénomène physiologique ne saurait être complètement et sainement connu qu’aprèsavoir été considéré sous ces trois points de vue. Ainsi, pour prendre un exemple qui facilite l’intelligence de l’application que nous allons faire de cette formule à l’examen de la calorification , essayons-la rapidement dans celui d’une fonction moins obeure, mieux appréciée et dont toutes les conditions soient très-distinctes et faciles à saisir, la digestion stomacale.

Pour que celte fonction s’exécute il faut trois choses: 1° Un support ou instrument ou organe; c’est l’estomac, doué de toutes les qualités d’organisation que nous lui connaissons, avec ses sucs propres, etc.; 2° un stimulus; c’est ce qui fait entrer le support en action ou en fonction. Le stimulus ou excitant physiologique spécial de l’estomac en tant qu’organe de digestion, c’est l’aliment; 3° une capacité du support pour le stimulus, c’est-à-dire un rapport, une affinité, entre tous deux, une réciprocité de convenance, une aptitude de l’un pour l’autre, sans laquelle le stimulus et le support jouissent vainement de toutes leurs conditions normales , et avec le concours parfait de laquelle le stimulus ou le support, ou tous les deux ensemble, peuvent être privés de quelques-unes de leurs propriétés, peuvent être altérés en quelques points , sans que le phénomène ou la fonction s’en trouvent eux-mêmes altérés.

i n estomac, un aliment, et leurs capacités

réciproques, constituent donc 1 appareil du phénomène de la digestion stomacale.

Toutes les fois que celle fonction sera altérée, ce sera de l’une des trois manières suivantes : ou par un vice du support, l’estomac; ou par un vice du stimulus, l’aliment; ou par un vice dans leur capacité réciproque. Une indigestion peut être l’effet de l’une de ces trois causes.

Une indigestion par gastrite, une indigestion par un aliment de mauvaise qualité, une indigestion à la suite d’une émotion morale, qui (rouble ou fait cesser la capacité du support pour le stimulus , ceux-ci n’ayant souffert respectivement aucune altération de leurs conditions et qualités ordinaires, sont des exemples irrécusables des lésions de la digestion gastrique paisible de l’altération des trois conditions de ce phénomène considérées isolément.

On voit par là qu’en physiologie la considération de la troisième condition d’un phénomène, c’est-à-dire de la capacité réciproque, et, en pathologie, la considération de la lésion de cette capacité, tiennent le premier rang par leur importance.

En définitive, cette condition représente dans un phénomène physiologique la vitalité, le principe immatériel qui produit et dirige ce phénomène, et dont les modifications et les lois sont plus ou moins indépendantes des qualités et attributs du support et du stimulus.

En pathologie, celte capacité lésée n’est autre chose que la raison première des accidents morbides, la lésion de ce qui imprime le mouvement, ce qu’on appelle si souvent la prédisposition , la lésion de ce qui produit, développe, dirige et fait cesser les actes pathologiques. — Et pour revenir au type que nous avons choisi, la digestion gastrique, c’est la puissance spéciale que l’estomac lient du principe vital qui établit entre lui et l’aliment cette capacité ou ce rapport mutuels sans lesquels la fonction ne s’accomplirait pas.

Il est si vrai que la condition dont nous parlons est la plus essentielle dans l'accomplissement du phénomène, qu’elle peut le réaliser et le produire malgré une certaine altération, soit du support, soit du stimulus, voire même de tous les deux à la fois. Ainsi , on voit tous les jours la digestion s’opérer très-heureusement dans un estomac qui est le siège d’une lésion anatomique considérable ou dont les sucs propres n’ont pas leurs qualités physiologiques. D’un autre côté, l’estoiuac étant supposé sain, un

MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE

aliment ordinairement indigeste ou altéré , etc., qui la veille avait causé une indigestion , est aujourd'hui parfaitement assimilé. Le même résultat peut encore s’observer en admettant la réunion de la lésion gastrique et de l'altération de l’aliment. II semble que, dans ces cas, la capacité réciproque ait racheté, par son énergie accrue, les vices isolés ou réunis du support et du stimulus, ou ait rétabli entre l’un et l’autre le rapport détruit par le vice de l’un des deux.

Mais on ne peut pas en dire autant du support et du stimulus à l’égard delà capacité réciproque altérée ou détruite. Un homme vient d’ingérer des aliments très-sains dans son estomac qui ne l’est pas moins. La digestion poursuit son cours régulièrement et activement ; tout à coup, soit spontanément ou sans cause extérieure appréciable, soit sous l’impression d’une forte émotion de l’âme, la digestion s'arrête : un vomissement, un flux de ventre ou une syncope ont lieu. L’estomac et la pâte alimentaire sont ce qu’ils étaient une minute avant. Rien donc de changé, ni dans le support ni dans le stimulus. La capacité réciproque seule a été détruite ou affaiblie. Dès ce moment, digestion aussi nulle qu’elle le serait si on avait placé des aliments dans l’estomac d’un cadavre.

La capacité réciproque détruite dans tout l’organisme, c’est la mort.

Celui qui , dans l’étude des faits physiologiques et pathologiques, ne tient compte que de la capacité réciproque, est un vitaliste exagéré et qui fausse la doctrine. On reproche à quelques auteurs de la faculté de Montpellier celte considération trop exclusive de la condition la plus importante des phénomènes dans la science de l’homme.

Celui qui , au contraire , ne sait pas sortir de l’étude des supports et des stimulus est un organiciste , un matérialiste qui ne fait avancer que le côté le plus facile, le plus borné et le moins utile de la science de l’homme. L’école de Paris est dans ce cas.

Les trois points de vue doivent être simultanément envisagés, et méritent tous trois dans la science de la vie un rang et une attention proportionnés à leur degré d’intérêt et de fécondité.

Le progrès est dans le perfectionnement d’une école par l’autre, et non dans leur opposition. 11 faudrait que chacune donnât et reçût. L’échange ne serait pas égal sans doute. Pourtant, comme il en résulterait un bien pour celle qui

aurait donné le plus, que loin de s’appauvrir elle se serait enrichie, elle y trouverait encore gloire et profit.

L’école de Cos , dont celle de Montpellier est justement fiêre de perpétuer , de répandre et de développer les principes, doit comprendre toute sa mission et n’en négligera aucune partie. Elle sait mieux que nous, que le père de la médecine commande d’embrasser dans l’élude les trois éléments de la constitution de l’homme : Partes moventes , parles motœ et spiritus infini. La science doit beaucoup à celte célèbre faculté pour ce qu’ont fait en faveur du troisième point de vue, et les grands hommes qui ont jeté sur elle tant d’éclat, et celui qui leur a survécu et les représente si dignemeni, M. le professeur Loidat.

Si les physiologistes et les médecins de l’école régnante prétendaient que notre manière d’analyser les conditions des phénomènes de la vie est quelque peu subtile, et que c’est faire une hypothèse que d’admettre quelque chose au delà du support et du stimulus ; s’ils disaient qu’il est gratuit et imaginaire de supposer un principe, une force qui ne soit pas identique avec l’organe fonctionnant , avec l’instrument en action, en vertu de celle proposition de la médecine organique, qu’il n’y a dans l’économie que des organes et des fonctions, que tout phénomène est un organe en exercice, etc., nous répondrions que c’est précisément pour éviter une hypothèse, que nous admettons la capacité réciproque ou la force qui met le support en rapport avec le stimulus pour l’accomplissement de l’acte; par exemple, la force digestive qui met l’estomac en rapport avec l’aliment de manière à ce que la digestion s’opère.

Si la digestion peut être troublée ou rendue impossible, quoique les sens et tous les secours que leur prêtent la physique et la chimie trouvent l’estomac, ses sucs, sa chaleur, sa circulation , etc. , etc. , jouissant de toutes leurs conditions requises, il faut bien accepter l’intervention d’une force qui, pour agir, peut se passer de ces conditions; et c’est faire la plus considérable et la plus inutile des hypothèses que d’attribuer aux qualités anatomiques et à la physiologie générale de l’estomac une puissance qu'il peut perdre en conservant très-intégralement son état et sa vie. De plus, c’est ajouter une hy- I polhèse â la première que d’accuser l’imperfection de nos moyens d’investigation de celle iin- ; puissance où sont les sens de saisir la lésion de l’estomac qui empêche ou trouble la digestion, i

MÉDICATION A N T llJî i COGISTI OU K .

et que de rendre l’anatomie et la chimie responsables des vices d’une doctrine insuffisante ellemême.

Enseigner qu’un jour l’œil verra, l’oreille entendra , le réactif chimique précipitera ce qui fait qu'un cerveau pense , qu’un estomac digère, etc., c’est d’abord, nous le répétons, émettre une hypothèse inutile; déplus, nous ne craignons pas de le dire, c’est se tromper et tromper les autres.

En professant la nécessité d’admettre la capacité réciproque ou le principe d’action , nous ne nous prononçons point sur la question de savoir s’il a une existence indépendante et propre, ou s’il n’est qu’une modalité du support ou de l’organe; mais les exigences et les intérêts de l’étude nous commandent de nous comporter comme si cela était.

C'est ainsi que le physicien se conduit à l’égard de la lumière, de l’électricité, du calorique, du mouvement , en un mol de ce qu’on appelle les agents impondérables.

Supposez que les lois de la gravitation soient un instant suspendues. Votre pendule va s’arrêter. Demandez à l’horloger où est la lésion de la matière ou du mécanisme !

Les lecteurs nous pardonneront cette discussion préparatoire; car ils ne tarderont pas à se convaincre qu’elle était rigoureusement indispensable à l’intelligence de la question importante qu’il nous faut maintenant aborder. Il s’agit, comme on se le rappelle , de rechercher la cause et les conditions de la chaleur animale, que nous pouvons d’avance désigner sous le nom de vitale ou végétative.

Mais avant d'analyser, par la méthode que nous venons de faire connaître, le phénomène de la calorification vitale ou végétative, et de montrer suivant quelles lois il se produit, nous sentons qu’une question préalable se présente, à laquelle nous devons une réponse; car on est en droit de nous demander la preuve du fait avant de consentir à en rechercher avec nous les conditions d’existence. Au moins faut-il être sûr qu’on ne se donne pas la peine d étudier une chose qui n’est pas. Constatons empiriquement le fait.

« Il n’y a point , dit Dumas, il ne peut y avoir d’être animé qui soit enlièremenl privé de chaleur. » Nous avons déjà pris acte de la solidité inébranlable de cet argument général, et nous nt* croyons pas pouvoir trop le répéter, afin qu’on comprenne bien que, si les êtres qui n’ont

en possession que les manifestations les pl us bornées de la vie végétative sont néanmoins doués d’une température propre , il en résulte nécessairement que l’exercice de ces fonctions essentiellement vitales est la première source de la chaleur des animaux.

Buffou, Adanson , Hunier, etc. , ont constaté maintes fois (pie les végétaux jouissent d’une chaleur propre ou vitale, et, observation trèsimportante, que cette chaleur s’élève manifestement au point d’être sensible à la main , lorsqu’au printemps commence le travail intérieur si actif qui prépare et accompagne la végétation, puis le développement des bourgeons et des feuilles. Ne perdons pas le fruit de cette dernière remarque, savoir que celte élévation de chaleur précède la naissance des feuilles , qui, dans l’hypothèse de la théorie pneumato-chimiquc de la calorification, devraient, au contraire . lui préexister , en leur qualité d’organes respiratoires des végétaux.

On voit donc l’intensité de la chaleur des végétaux suivre exactement celle de leur activité vitale qui tout entière se borne aux fonctions vitales communes. Même chose s’observe pendant la germination. Dans ces deux cas, il est permis, il est même rigoureux de dire qu’un mouvement fébrile s’empare et du végétal qui au printemps passe comme un animal hibernant de la vie en puissance à la vie active, et de la semence , qui, après un temps déterminé d’incubation dans le sein de la terre , devient le conducteur ou le support du principe vital qui y existait virtuellement , et qui prélude en elle à une série d’évolutions plastiques semblables à celles dont elle est née.

Un œuf non fécondé, c’est-à-dire une substance organisable, un composé susceptible de vivre , mais non vivant, est privé de toute chaleur propre. Entouré d’autres corps bruts pourvus de températures inégales, il finit par se mettre en équilibre avec eux, selon la capacité pour le calorique.

Mais le voilà qui est fécondé. L’incubation lui a communiqué le principe vital, qui aussitôt a manifesté sa puissance par des actes végétatifs, cl dès lors, indépendamment de la chaleur maternelle dont l’influence est désormais inutile, celle de l’œuf s’est élevée de quelques degrés; il résiste à l’équilibre de température. De passif il est devenu actif, et ne sera pas cuit ou congelé par des degrés de chaleur ou de froid supérieurs ou inférieurs à ceux qui, un instant avant ,

MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE

auraient suffi pour le congeler ou le cuire.

Cet œuf ne jouit e core que des supports les plus immédiats de la vie et des actes végétatifs les plus simples dont ils sont le théâtre. Lorsque, en suivant la loi d’évolution embryogénique, les organes et les appareils se seront développés, depuis ceux qui sont le plus directement liés aux fonctions vitales communes , comme l’est une cavité digestive, jusqu’à ceux qui font vivre l’animal au dehors de lui-même et lui permettent d’exister pour les autres, comme sont les organes de la perception , de la sensibilité et des mouvements locomoteurs volontaires, etc., en un mot, lorsque l’oiseau aura vu le jour et respiré. sans doute il sera doué d’une puissance de calorification bien autrement énergique que celle que nous lui avons reconnue dès les premiers moments de son existence embryonnaire dans l’œuf; mais il n’en est pas moins vrai que cette fonction reposera encore essentiellement sur les fonctions vilales communes par lesquelles seules il existait alors, qui seules encore le font exister aujourd’hui, mais à charge par elles de créer successivement, de développer et d’entretenir des appareils spéciaux pourvus de fonctions spéciales très-actives.

Or, pour accomplir ces formations organiques et les entretenir, les fonctions vilales communes ou végélatives ont dû recevoir une énergie considérable, s’exercer sur des matériaux plus excitants et plus composés , puiser au dehors des aliments bien plus riches par le nombre et la qualité de leurs principes constituants, par conséquent d’une assimilation beaucoup plus difficile et exigeant des forces et un travail centuples. Il a fallu qu’elles empruntassent à l’air atmosphérique un principe vivifiant, l’oxygène, chargé d’imprimer au liquide nourricier, stimulus spècial du support des fonctions végétatives, comme nous le démontrerons plus bas, des propriétés excitantes, des qualités plus vitales, et de les renouveler incessamment par un contact incessant. Enfin, toute une série d’appareils très-compliqués a été mise au service de la force plastique, pour préparer et favoriser les élaborations dont elle est désormais chargée.

Un système nerveux particulier est devenu nécessaire pour imprimer le mouvement à ces organes et en coordonner instinctivement les actions dans un but commun, la conservation de l’être; et l’activité dynamique de ce système * a ouvert à l’organisme une seconde, source de

chaleur propre , que nous appellerons nerveuse ou par influx, lorsque plus tard nous l’étudierons. — Revenons à la chaleur végétative.

Il ne faut donc pas s’étonner si chez l’oiseau , le mammifère, l’homme, la chaleur produite par l’exercice des fonctions végélatives est beaucoup plus considérable que chez les êtres inférieurs dont l’existence se résume tout entière en ces fonctions, et que dans l’œuf qui y est réduit dans les temps les plus rapprochés de sa fécondation. En effet, les résultats ou produits de ces opérations devant être beaucoup plus nombreux et plus composés chez les premiers que chez les seconds, le principe et les moyens, c’est-à-dire l’appareil des phénomènes a dû entrer dans une activité plastique proportionnée à son but, et en rapport avec la variété et l’animalisation avancée des formations organiques qu’il est chargé de créer et de conserver. Comme fait concomitant inévitable , la chaleur a dû s’élever en raison directe de l’énergie accrue du groupe d’actes dont sa production est une expression prochaine et nécessaire.

De même qu’on vient de voir la vie avec son symbole essentiel , la chaleur vitale, s’élever, ensuivant un ordre et unehiérarchie immuables, du tissu cellulaire et des fonctions végétatives, dont il est le support , à la formation d’organes et d’appareils de plus en plus spéciaux, arriver ainsi dans l’homme au degré le plus parfait de l’organisation, y rester stationnaire pendant une période déterminée, puis perdre graduellement sa puissance plastique; les organes et appareils s’atrophier et dépérir dans un ordre inverse de celui de leur évolution, la vie enfin retirée dans ses derniers retranchements , les fonctions végétatives. s’éteindre en laissant un cadavre ;

De même , on verra la fièvre essentielle s’élever avec son symbole caractéristique, la chaleur vitale, de la lésion du tissu cellulaire général et des fonctions végélatives, dont il est l’instrument, à la lésion de l’action spéciale des appareils et organes spéiiaux, en suivant l'ordre selon lequel ils se sont développés dans leur évolution embryogènique ; puis arrivée à son summum de développement , rester stationnaire pendant un temps déterminé , décroître insensiblementen abandonnant les organes et appareils dans un ordr e inverse de celui où elle les avait occupés en se développant, enfin descendre à son point de départ et finir là où elle avait pris naissance.

Telle est la loi des évolutions parallèles de la

MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE

vie et de la fièvre vitale ou essentielle, des âges de l’une et des périodes de l’autre.

Puisqu'il est bien démontré que l’exercice des fonctions végétatives ou vitales communes est une source puissante et continuelle de chaleur chez les animaux, nous pouvons maintenant rechercher ses conditions d’existence, et soumettre à notre analyse type l’élude de cet important phénomène. La démonstration du fait en lui-même se complétera dans cette analyse.

Il est plus qu’évident que, dans le phénomène qui nous occupe, le support est formé par le tissu cellulaire. Nous l’avons plusieurs lois fait pressentir dans les pages précédentes On ne peut même ni hésiter, ni choisir; car lui seul existe et se présente comme base organique aux limites inférieures du règne végétal et du règne animal, et on le retrouve identique à lui-même dans toute la série , ainsi qu’aux limites supérieures des deux règnes, ne différant que par ses degrés de densité, de cohésion, en un mol que par le développement plus ou moins prononcé de ses propriétés de tissu; présidant toujours aux mêmes actes, supportant et représentant chez tous les êtres organisés le principe vital , qui, identique à lui-même comme son substratum, ne diffère, dans tes individus sans nombre qu’il anime, que par l’intensité et la diversité des manifestations d’activité qu’il produit. Le tissu cellulaire et le principe vital se représentent et se supposent donc mutuellement.

C’est ce qui fait qu’on a tour à tour désigné ce tissu sous les noms de humidum primigenium (Galien); trame vitale (Bordeu) ; matrice générale des corps organisés , gangue des substances organisées (Lamarck) ; tissu générateur (Bichal); organe vital (Récamier); sol maternel végétatif , support de la vie (Burdach), etc. , etc.

Bord* u nous le montre comme une terre féconde, dans le sein de laquelle les substances organiques germent, fécondent , fructifient et dépérissent. Fertile dans l’enfance, où elle est arrosée d’une abondante quantité de sucs plastiques, cette terre maternelle, suivant l’expression de Burdach , déploie alors un véritable luxe de végétation , nourrit et développe avec exubérance toutes les substances spéciales des parenchymes, depuis la graisse, leur prototype, jusqu'aux substances nerveuses centrales et à la fibrine des muscles céphalo-rachidiens. Dans J’adolescence , elle achève leur maturité, et lorsque celle-ci a été consommée dans l’âge

adulte, que les forces de composition et de décomposition , se neutralisant réciproquement, ont eu maintenu pendant un certain temps la matière organisée dans son état de plus haute perfection , le sol , comme épuisé , commence à nourrir moins puissamment ses produits ; difficilement perméable aux sucs plastiques , il se dessèche peu à peu. Alors les substances parenchymateuses s’atrophient; c’est le marasme sénile, et bientôt la mort naturelle , lentement préparée par l’épuisement, l’oblitération, et enfin la stérilité complète du tissu cellulaire, qui , semblable à un sol aride et fatigué, se refuse à entretenir désormais les produits développés dans son sein.

De même que ce tissu est le support de la puissance vitale, de la force plastique et du phénomène de la calorification végétative dans l’état physiologique ; de même, nous le voyons dans l’état pathologique être l’organe de ces mêmes fonctions lésées. Ainsi, pour ne nous en rapporter maintenant qu’au fait le plus général et le plus important qui se passe en lui, l'inflammation, tout le monde convient*qu’il est le seul siège de ce phénomène, lequel ne peut se développer ailleurs. Et, en effet, l’inflammation n’est autre chose que la surstimulation du groupe solidaire des actions organiques dont le tissu cellulaire est le support, savoir, mouvement vital, force plastique ou végétative, calorification; ou, si on l’aime mieux, l’inflammation n’est autre chose, selon la définition de M. Récamier, qu*j la surstimulation locale des fonctions vitales communes .

L’école répète à satiété, et sans jamais s’être donné la peine d’y réfléchir sérieusement , qu’une définition de l'inflammation est une chimère, qu’il faut y renoncer comme à une chose impossible et d’ailleurs inutile; puis elle continue ù faire réciter à ses éleves la phrase classique et banale de Celse, qui n’est qu’una*descriplion fausse , incomplète de tous points , et nullement caractéristique. Nous voudrions qu’elle comprît que notre définition réunit toutes les conditions nécessaires , et s’applique toti et soli reidefinitœ; mais nous ne l’espérons pas.

Nous prions le lecteur de bien se rappeler ce que nous avons dit plus haut, ce qu’il n’ignore pas sans doute, mais sans y attacher peut-être assez d’importance, savoir, que le tissu cellulaire est le support exclusif de la nutrition comme de l’inflammation, et que celle-ci ne peut naîtra et se développer qu’en lui. L’intelligence du

M EDI CATION AN T1PHLOG I ST I Q U E

mode de génération et de i)ropagation des phlegmasies est toute renfermée dans celte proposition aphoristique et inattaquable de physiologie pathologique.

Ce support étant ainsi déterminé, quel est son stimulus?

Le tissu cellulaire ne présidant à aucune fonction spéciale , n’accomplissant qu’une fonction unique , commune , partout constamment la même, il ne peut et ne doit exister qu’un seul stimulus capable de le faire entrer en action physiologique. A priori , il est facile d'affirmer que ce stimulus spècial nepeut pas être un agent dynamique et immatériel , comme serait , par exemple , l’influx nerveux ou même la force vitale. Ceci nous importe beaucoup, on le sentira dans la suite.

Ce n’est pas le système nerveux : le tissu cellulaire et les fonctions vitales communes , dont il est l’instrument, lui préexistent. Une multitude d’êtres organisés vit privée de ce système. Celui qu’on appelle ganglionnaire est même absent de ces animaux inférieurs , et n’existe pas encore à une certaine époque de la vie inlrà-utérine chez l’embryon des mammifères et de l’homme. Or , règle générale en physiologie comme en pathologie, un appareil, un organe , un tissu quelconques ne reçoivent jamais ni leur raison (V activité, ni leur aptitude fonctionnelle d’un appareil, d’un organe ou d'un tissu postérieurs à eux dans l'évolution embryogénique et dans l’échelle zoologique.

C’est ù l’ignorance générale de celte loi importante qu’est due une foule d’erreurs et de contre-sens physiologiques et pathologiques consacrés dans la science, professés sans controverse, et dont quelques-uns, nous l’avons plusieurs fois déploré , sont le seul obstacle à ce que des esprits distingués voient d’où vient la lumière.

Personne n’a plus méconnu cette loi, dans ses ouvrage* de physiologie et de médecine, que M. le professeur Broussais, et pourtant, étrange anomalie! il lui rend hommage implicitement, et à son insu , précisément à l’occasion de la question si intéressante que nous examinons maintenant.

Nous venons de dire que l’influence du système nerveux, même ganglionnaire, était nulle sur les fonctions vitales communes et leur organe, le tissu cellulaire, puisque bien des êtres ne vivent que par ces fonctions , et sont par conséquent absolument dépourvus de lotit appareil nerveux. De telles fonctions ne supposent

donc pas pour leur exercice un appareil qui -, au contraire les suppose pour le sien , Cela est trop évident, quoique bien peu compris en fait et en application. Le célèbre physiologiste que nous venons de citer a admirablement senti et exprimé cette observation , et nous devons à l’éclaircissement et à la solution précise de la question de rapporter textuellement le passage où il s’en explique si nettement :

« Le nerf grand sympathique ou trisplanchni- > que est, comme l’indiquent ces dénominations, chargé d’associer entre eux les viscères des trois grandes cavités. On a dit qu’il présidait à la nutrition : cette proposition mérite d’être expliquée. Ce n’est point comme donnant aux tissus la faculté d’assimiler, de transformer la matière animale mobile dans Ips sécréteurs , de l’appliquer aux tissus en la solidifiant, ni d’expulser les molécules qui ne peuvent plus en faire partie , qu’il préside à la vie intérieure. Ces opérations sont d’un autre ordre : elles appartiennent ci la force vitale primitive , et font partie de celte chimie vivante qui n’est pas celte force, mais qui en est le premier signe elle premier effet. Ce que j’avance ici est si vrai, que c’est cette force elle-même qui forme et qui entretient le grand sympathique ; or il serait absurde d’attribuer à ce nerf la faculté par laquelle il existe ; d’ailleurs , l’anatomie comparée prouve qu’elle n’a pas besoin de son ministère , puisque la vie existe avec ses phénomènes de composition , de décomposition , etc. , chez les zoophytes qui sont privés de nerfs ; puisque les parties des animaux pourvus de nerfs, qui ne reçoivent point de cordons du grand sympathique, comme les membres, ne laissent pas de jouir de la vie. C’est donc comme régulateur des mouvements destinés à faire parvenir la matière animale mobile aux tissus qui doivent l’employer, que le grand sympathique préside à la nutrition, etc. » (Broussais, Traité de physiol. appl. ci la path. , tome u , page 55.)

Si toute la physiologie de l’illustre professeur avait été édifiée sous l’inspiration de pareils principes , si surtout il s’était laissé guider par eux dans la fondation de son œuvre pathologique , il en serait sorti des doctrines médicales qui n’auraient pas le moindre point de contact avec celles qu’il a pour ainsi dire imposées par l’ascendant irrésistible et la hardiesse de son génie. Non-seulement on peut dire qu’elles ne se seraient ressemblées en rien , mais il est encore

MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE

permis d’assurer que la nature de leurs succès , que leur fortune, n’auraient pas eu plus d’analogie que leurs principes scientifiques. Autant à sa naissance l’une a jeté d’éclat et fait de bruit , autant l’autre serait venue au monde humble et ignorée. En un instant, la première a subjugué tous les esprits; celle-ci n’aurait eu d’abord que de très-rares appréciateurs. Les succès d’enthousiasme et d’engouement que l’une a rapidement enlevés, l’autre les aurait lentement acquis par la conviction insensible qui s’achète au prix d’un travail et d’une méditation de tous les instants. D’un accès plus sévère et moins facile, une minorité d’élite l’aurait consolée de son impopularité. Pour atteindre l’adolescence, elle aurait employé plus de temps que l’autre n’en a mis à naître, croître, décroître et mourir. En un mot , il y aurait entre elles toute la différence qui sépare une doctrine fière de plus de deux mille ans de règne, d’une doctrine éphémère et déjà vieillie ; toute la différence qui sépare la médecine hippocratique de ia médecine physiologique.

Quoi qu’il en soit, M. Broussais n’a sans doute pas prévu les conséquences qu’on peut tirer contre lui des propositions émises dans le passage que nous venons de citer. Ces propositions incontestables sont très-précieuses ; et , appuyé sur elles, elles seules, il est facile, comme on le verra plus lard, de renverser la théorie du mode de propagation des irritations, des plilegmasies et des fièvres professée par M. Broussais ; partant , de montrer les erreurs et l’insuffisance de sa thérapeutique ; c’est-à-dire qu’on peut ainsi ruiner tout l’édifice de la célèbre doctrine.

Serait-ce la puissance vitale qui constituerait le stimulus que nous cherchons pour comprendre les lois du phénomène de la calorification végétative ?

Il est aisé de voir que la puissance vitale ne saurait être le stimulus spècial du tissu cellulaire ou de l’organe de la nutrition , du tissu cellulaire, en tant que support des fonctions végétatives. La puissance vitale établit le rapport nécessaire entre le tissu cellulaire et son stimulus spècial, pour que la végétation et la calorification aient lieu; elle fait exister l’un pour l’autre, mais ne fournit pas au support ce qui le fait entrer en action plastique et pyrétogénési- (jue; elle ne lui apporte pas les matériaux , mais seulement la faculté qui , s’appliquant à eux, les assimile , les transforme et crée d’autres substances.

3e TAUTIE.

D’une manière très-générale , le stimulus, c’est ce qui est assimilé par le support. Ainsi la lumière est le stimulus de l’appareil de la vision dont l’œil est le support; la lumière est assimilée par l’œil. Il en est de même des sons par rapport à l’oreille ; du sperme par rapport à l’ovaire dans la fécondation; de l’aliment, par rapport à l’estomac dans la digestion gastrique. Or ces derniers exemples nous conduisent immédiatement à notre objet. Qu’est-ce qui est assimilé par le tissu cellulaire? la sève, le suc nourricier, le sang. Donc , chez l’homme , le stimulus spécial et physiologique du tissu cellulaire, c’est le sang; le sang, que Burdach a appelé le centre de la vie végétative , parce que tout en sort, tout y rentre ; le sang dont on peut dire ce qu’Hippocrale disait, dans une autre pensée , de l’estomac : Omnibus dat et ab omnibus accipit.

Le stimulus spècial d’un organe de formation , de nutrition , de plasticité , ne peut donc être qu’une chose capable de nourrir, un aliment, une matière plastique ou formatrice et organisable, une semence fécondable; car la nutrition , l’assimilation , sont une espèce de génération. L’une et l’autre s’accomplissent suivant le même mécanisme et des lois identiques. La forme des supports, la composition des stimulus , la complication des appareils , en un mot, peuvent changer; mais l’opération est essentiellement la même. C’est ce qui a fait dire à Bacon , avec une profonde justesse de pensée et d’expression , que la nutrition était la première et la plus simple des générations , motus generationis simplex.

Ce rapprochement si exact entre les phénomènes essentiels de la génération et ceux des fonctions végétatives , l’inflammation par exemple , est on ne peut plus lumineux , et jette un grand jour sur la théorie des phlegmasies. Et qu’on se le persuade bien, la thérapeutique de cette classe si nombreuse et si importante de maladies est directement subordonnée aux idées qu’on adopte sur leur mode de formation et de propagation. C’est parce que nous en sommes convaincus, que nous prenons à asseoir les bases delà pathologie générale des maladies phlogistiques (fièvres et inflammations), un soin (pii ne paraîtra déplacé dans un traité de thérapeutique qu’à ceux qui n’ont pas de foi médicale et ne croient pas à la science. Ils nous écrasent par leur nombre et leur autorité : nous le savons trop, — et nous poursuivons.

82 MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE

Mais c’est vainement que, pour la production

delà chaleur vitale ou végétative, seraient mis en présence et en contact le support et le stimulus ,1e tissu cellulaire et le sang. Il faut qu’entre eux s’établisse une capacité de l’un pour l’autre; il faut l’intervention d’un principe qui n’est ni le support ni le stimulus, mais le lien , le moyen d’union et de concert physiologique de tous deux, la condition qui les identifie dans une action commune, qui les fasse coopérer indissolublement à un résultat unique ; c’est le principe vital , toujours semblable à lui-même et source de toute unité organique.

L’hypothèse vitaliste n’aurait en sa faveur que l’immense avantage de satisfaire l’esprit sur ce fait, le plus grand et le plus capital des faits dans la science de la vie, l’unité organique, qu’il faudrait , pour cela seul , la préférer à toute autre. Car l’hypothèse organiciste ou matérialiste est impuissante à rendre compte de cette unité. Elle ne voit que les tissus et les organes qui en sont formés. Mais rien n’est plus différent par les qualités tangibles et matérielles que ces tissus et ces organes , et si on ne fait intervenir l’action d’un principe unique et toujours identique à lui-même , le jeu simultané de tous ces rouages pourra n’être qu’une perturbation et un chaos , l’ataxie et la mort , au lieu de l’ordre et de la vie. Si , au contraire, on ne les regarde que comme les instruments très-diversifiés d’une puissance unitaire et absolue destinée à leur imprimer des mouvements et à leur faire exécuter des actes qui , bien que dissemblables comme ces instruments de manifestation , ne diffèrent pourtant les uns et les autres que considérés isolément ou comparés entre eux et sans égard pour leur œuvre commune , dans l’accomplissement de laquelle disparaissent et s’effacent toutes ces différences , toutes ces actions particulières, on embrassera tout, rien n’aura échappé à l’esprit , ni le principe , ni les moyens , ni la fin. Or un fait quelconque n’est bien compris et complètement apprécié que quand on l’a examiné sous le triple rapport de son principe , de ses moyens et de sa fin.

L’organiciste ne connaît que les moyens ou instruments. Le principe et le but, le commencement et la fin lui manquent. C’est par l’esprit qu’on s’élève à la notion du principe et de la fin; c’est par les yeux et les mains qu’on acquiert celle des moyens.

L’école qui règne interdit à l’esprit l’étude du principe et de ses lois, par conséquent celle delà

fin. Elle se prive ainsi delà lumière que laconnaissance de l’un et de l’autre jette sur celle des moyens, car ceux-ci sont appropriés aux deux termes (principe et fin), entre lesquels ils ne font qu’établir un rapport. Oui, il est évident que l’organisme matériel ne fait qu’établir un rapport, un moyen entre le principe qui l’anime et la fin qu’il remplit. Le tort radical de cette école est donc de concentrer toutes ses recherches et toute son activité sur l’étude des moyens ou instruments, considérés indépendamment du principe par lequel ils sont et par lequel ils se meuvent, et de la fin pour laquelle ils sont, pour laquelle ils se meuvent et agissent.

Un tissu cellulaire , un fluide nourricier , et ^ leurs capacités réciproques , constituent donc ; l’appareil du phénomène de la calorification vetale ou végétative.

Cet appareil ainsi formé et complété, essayons r de le faire entrer en fonction , et voyons si les modifications physiologiques et morbides que peuvent subir et que subissent en effet, soit isolément, soit simultanément, les divers éléments dont il se compose, sont capables de nous expliquer les modifications normales ou pathologiques que présente et peut présenter la chaleur végétative des animaux.

Les fonctions vitales communes et le tissu cellulaire ou organe vital qui y préside donnentt lieu à deux sortes de manifestations d’activité ,j dont l’intensité simultanée et parfaitement corn rélalive mesure celle de ces fonctions et de cet organe. Ces manifestations se réduisent essen-< tiellement à deux, qui sont l’instinct plastiqué et la calorification végétative . Les modificat ions de l’un de ces phénomènes supposent celles d» l’autre ; elles sont intimement solidaires et së représentent mutuellement. La vie même ne se maintient qu’à la condition de celte solidarité; Ce groupe de phénomènes , quoique susceptible! d’être analysé par l’esprit en ses actes constitu-f tifs, ne l’est jamais par la nature. L’un n’existf pas indépendamment de l’autre sans le pluj grand danger. Leur ataxie ou leur dissociation est un symptôme de mort imminente. C’est, ; 'proprement parler, ce qui constitue la malignitv dans les maladies.

Dans l’ordre physiologique, on n’observ guère une modification du stimulus ou du sanj qui ne soit accompagnée d’une modificatioi analogue dans le support ou tissu cellulaire! mais le degré de la capacité réciproque ne cor respond pas toujours aux états congénitaux o

MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE. 83

avons démontré à satiété que, par elles-mêmes,

accidentels du support ou du stimulus , preuve de plus qu’il faut étudier à part cette troisième condition du phénomène, et comme si elle était indépendante des deux premières. On peut dire pourtant que dans cet état normal , le degré de la chaleur végétative est très-généralement mesuré par l’activité des fonctions vitales communes , et que la force ou la faiblesse de l’une des trois conditions du phénomène annoncent celles des deux autres ; qu’ainsi, l’orgasme, la tonicité, l’érection vitale énergiques du tissu cellulaire , se lient le plus ordinairement à un sang riche en fibrine, rutilant et abondamment hématosé, et qu’entre un support et un stimulus si bien conditionnés le principe de vie établit une affinité forte et puissante.

C’est donc une condition fondamentale pour l’accomplissement des fonctions vitales communes , que la corrélation la plus parfaite entre le tissu cellulaire , le sang et leur principe d’affinité réciproque , de même qu’entre l’activité de la force plastique et l’abondance de la chaleur vitale ou végétative.

Il suit de là que plus la nutrition est active, plus le mouvement de composition et de décomposition est énergique, plus aussi la chaleur végétative est élevée et capable de résistance ; et au contraire, que plus la nutrition languit, plus la force végétative et assimilatrice est paresseuse, plus aussi la chaleur qui y correspond est faible et peu capable de résister aux causes de refroidissement.

L’homme adulte, d’un tempérament sanguin, thorachique , artériel , avec un mélange du tempérament athlétique; d’un embonpoint médiocre, dont les digestions sont faciles et rapides, l’assimilation interstitielle ou nutritive prompte, la force plastique comme exubérante de produits , le sommeil profond et réparateur, la nervosité sensitive , intellectuelle et passionnelle peu développée, dont les poumons sont larges, qui s’exerce et travaille sub die , etc., nous offre le plus haut degré de la puissance de calorification végétative. Semblable à l’oiseau de haut vol , type de l’animal à sang chaud , cet homme vit avec une pyrexie physiologique continuelle. Et il est aisé de voir et de prouver que cette élévation et celte abondance de la chaleur n’est pas due directement dans ce cas à l’ampleur des poumons, à la quantité d’oxygène absorbé, au volume total de la masse du sang, à l’activité de la grande circulation, plutôt qu’à l’énergie des fondions végétatives; car précédemment nous

la circulation, la respiration , etc., étaient incapables de produire la chaleur qu’on leur attribuait.

De plus, nous ne craignons pas d’ajouter, pour sanctionner la démonstration expérimentale ou à posteriori , par la démonstration dogmatique ou à priori, que loin que la chaleur vitale et l’exercice des fonctions végétatives ou plastiques soient subordonnés aux fonctions spéciales digestives, respiratoires, circulatoires, loin que les premières soient déterminées, produites et dirigées par les secondes , tout au contraire la digestion, la respiration, la circulation, etc., dont les appareils ont été créés par celui de la calorification vitale , lui demeurent subordonnées, obéissent à son empire et en reçoivent la loi : de sorte que ce n’est pas parce que les digestions sont bonnes et actives , la respiration large et profonde , la circulation énergique, etc., que les fonctions plastiques et la calorification végétative ont de l’intensité; mais bien plutôt parce que celles-ci jouissent d’une puissance d’action considérable , que celles-là sont entraînées dans un surcroît d’activité synergique et providentielle.

L’homme d’un tempérament lymphatique exagéré, à chairs molles et blafardes, à tissu comme infiltrés , à sang pâle et faiblement plastique, dont les digestions sont lentes , la respiration rare et peu profonde, la circulation sans vigueur, l’assimilation nutritive obscure et imparfaite , la force plastique lente à former des produits crus, des liquides mal élaborés, etc., l’habitant des vallées basses et humides , l’albinos , etc., nous offrent le plus bas degré de la puissance de calorification végétative. Semblables au reptile , type du vertébré à poumons et à sang rouge et froid, ces hommes vivent dans une torpeur, un engourdissement, une apyrexie physiologiques continuels.

Ce n’est pas que , dans de tels organismes , les fonctions digestives, respiratoires, languissantes et sans énergie , produisent moins de chaleur et entraînent consécutivement l’inertie relative des fonctions végétatives et pyrélogénésiques ; mais c’est au contraire parce que celles-ci , primitivement molles et affaiblies , n’ont sollicité les actions viscérales qu’en proportion de leur propre degré d’énergie , ne leur ont pas demandé un liquide nourricier et des humeurs très-animalisés, en un mol n’ont continué à provoquer et à nécessiter qu’un travail hémalosique peu actif

S4 MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE

et en harmonie avec les faibles besoins des fonctions végétatives, elles-mêmes sans activité.

C’est un cercle, ou plutôt un mouvement circulaire qui continue à s’accomplir dans toute sa durée comme il a commencé , c’est-à-dire des fonctions vitales communes vers celles (pii sont de plus en plus spéciales.

On demandait à Hippocrate une définition de la vie. 11 traça un cercle sur le sable !... Le divin vieillard était digne de comprendre et de pressentir ce que, depuis lui , l’anatomie comparée, l’embryogénie et la pyrétologie se sont réunies pour nous apprendre, savoir, que la main de celui qui a tracé sur le globe et dans chaque ■organisme le cercle de la vie , l’a ouvert par les fonctions vitales communes , pour le fermer par les plus spéciales , celles dont l'homme seul a été doué (1).

La subordination par nous établie dans les •leux exemples que nous venons de prendre comme types des extrêmes opposés de la puissance de calorification végétative chez l’homme, relève de la loi formulée plus haut (page 80), et ou nous avons essayé d’enseigner l’ordre suivant lequel les tissus, les organes et les appareils d’une économie animale s’influencent, se provoquent et s’associent pour concourir à une action physiologique ou pathologique. Privé de ce guide, il est bien difficile de marcher avec conscience de ce qu’on voit dans l’étude des affections pyrétiques générales et locales, et, par conséquent, de procéder recto pede et avec conscience de ce qu’on fait dans leur thérapeutique.

Toute erreur, quelque grave qu’elle soit, renferme une fraction de vérité , surtout lorsqu’elle est professée par des hommes éclairés et consciencieux. C’est pourquoi la théorie pneumato-chimique de la calorification , quoique erronée et insuffisante d’une manière absolue , fait partie de la vérité, et s’appuie sur des observations dont il est important de tenir compte dans l’élude des causes prochaines de la cha-

(1) La mousse et le chêne, la monade et l’homme, voilà sans doute les extrémités de deux lignes. Mais pour qu'il y eût cercle , c’est-à-dire indiscontinuité de ccs lignes, il faudrait qu un trait d union en rapprochât les extrémités au point de les confondre. C est ce que fait la mort.

La mort de l’individu profile au réservoir vital commun cl à la vie générale. La mousse est ainsi liée au chêne lorsqu’elle naît de sa décomposition ; la monade touche au plus élevé des mammifères, lorsque

leur vitale ou végétative ; car le lecteur doit commencer à entrevoir le rôle que jouent la respiration et l’absorption de l’oxygène par le satig veineux, dans la production de celle partie du phénomène général de la calorification chez l’homme, que nous avons attribuée à l’exercice des fonctions vitales communes. Le sang artériel est une des conditions du phénomène étudié : seul il serait incapable de le produire. La réunion des trois éléments est indispensable. L’oxygénation du sang dans les poumons concourt pour sa part à imprimer au stimulus des qualités convenables. Elle le rend propre à exciter le support, à solliciter sa réaction en accroissant l’énergie du principe qui établit entre eux le rapport d’où résultent la chaleur et la vie. Le stimulus d’un phénomène n’en est pas la cause. La lumière, stimulus spécial du phénomène de la vision , n’est pas la cause de la vision. L’aliment . stimulus spécial du phénomène de la digestion stomacale, n’est pas la cause de celte fonction. Le sperme, stimulus spécial du phénomène de la fécondation, n’est pas la cause delà fécondation. Le sang artériel , stimulus spécial du phénomène de la nutrition ( et par conséquent de la calorification), n’est pas la cause de la nutrition.

Mais la cause de tous ces phénomènes est dans la coopération et le concours simultanés et indissolubles de leurs supports , de leur stimulus et des capacités réciproques qui les font exister les uns pour les autres.

Le sang artériel , considéré isolément du travail d’assimilation que lui fait subir le tissu cellulaire au moyen de la force plastique dont il est doué, est aussi incapable de produire la chaleur végétative des animaux, que la lumière, considérée isolément de l’opération assimilatrice I qu’elle subit de la part de l’œil vivant doué de sa force visuelle spéciale, est incapable de donner lieu au phénomène de la vision ; que l’aliment , considéré isolément du travail assidu sein d’un cadavre humain la vie s’élance de nouveau et vient préluder en elle.

C’est pour cela que le génie des anciens a donné t pour emblème à la science de la vie , à la médecine, j un serpent qui se mord la queue. On attache en gé- | néral trop peu d’importance à ces symboles qui sont i quelquefois l’épigraphe d’une science et en résument i| l’essence et l’esprit. 11 est vrai que l’école régnante îj qui , depuis plusieurs années, s’efforce de discréditer jj la science de la vie par l’exemple et le précepte, doit, j pour être conséquente , en effacer le blason.

MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE

milaleur que lui imprime l’estomac vivant et jouissant de sa force altérante spéciale, est incapable de donner lieu au phénomène de la chymification gastrique; que le sperme enfin, considéré isolément de l’action assimilatrice que lui fait éprouver l’ovule vivant et pourvu de sa force embryogénique spéciale , est incapable de donner lieu au phénomène de la fécondation, etc.

Le stimulus spécial de notre phénomène, le sang , n’est pas un liquide qui soit tout ù coup formé et pour ainsi dire improvisé par l’organisme. Pour arriver à l’état parfait et réunir toutes les qualités nécessaires aux usages qu’il remplit comme stimulus de la nutrition et de la calorification nutritive, il faut qu’il passe par plusieurs degrés d’élaboration , de transformations, ou plutôt de perfectionnements successifs. Or l’oxygénation pulmonaire, ou l’hématose proprement dite , constitue line de ces opérations les plus importantes.

Elle est le complément de toutes celles que le sang a subies préalablement; car elle seule le caractérise sang rouge et chaud. L’asphyxie, c’est-à-dire l’état du sang qui nous fait en quelque sorte et presque redescendre à la condition de reptiles ou d’animaux pulmonaires à sang rouge et froid, l’asphyxie n’est autre chose que l’état résultant d’un obstacle quelconque à l’oxygénation pulmonaire du sang veineux dans la respiration. Considérée dans ses rapports avec l’abaissement de chaleur vitale qui l’accompagne ordinairement, l’asphyxie contribue à cet abaissement en privant l’appareil du phénomène de l’une de ses conditions , du stimulus, ou en en affaiblissant la puissance ; de même que la vision est imparfaite ou nulle, à mesure qu’on diminue ou qu’on relire tout à fait l’une des conditions de ce phénomène, la lumière, qui en est le stimulus.

Mais une preuve que le' sang artériel n’est pas plus la cause de la chaleur vitale que la lumière n’est la cause de la vision, ou l’aliment la cause de la digestion stomacale, c’est que, par le fait d’une influence plus énergique de la part du principe qui établit, entre le stimulus et le support , la capacité réciproque qui est l’âme de l’action qu’ils exercent l’un sur l’autre, la faiblesse dont l’asphyxie a frappé le stimulus peut être rachetée au point qu’une quantité de chaleur égale ou même plus considérable soit produite, comme nous l’avons démontré en citant des cas d’asphyxiés fébricitants, et que

réciproquement, le stimulus ou le sang artériel restant le même, la capacité réciproque peut être modifiée au point qu’une très-faible dose de calorique vital soit produite, comme nous le vcirons en traitant des altérations morbides que peut éprouver l’appareil de la calorification végétative.

C’est ainsi que la force spéciale qui établit entre le support et le stimulus spécial de la vision , l’œÜ et la lumière, le rapport qui rend l’œil voyant, peut acquérir assez d’énergie pour que la vision ait la même intensité avec une quantité de lumière représentée par 10, qu'avec une quantité de lumière représentée par 50 ; et réciproquement perdre assez d’énergie pour qu’un œil sain , pénétré par une quantité de rayons lumineux qui hier suffisait à la vision , aujourd’hui ne distingue les objets qu’avec confusion. Nous pourrions en dire autant d’une digestion parfaite avec un aliment donné, et qui le lendemain sera difficile et impossible avec le même aliment, ou avec un aliment beaucoup plus digestible, toutes les conditions appréciables du support ayant été les mêmes dans les deux cas.

Les défenseurs de la théorie chimique de la calorification n’ont donc vu qu'une partie, qu’un tiers des conditions de ce phénomène; et de même que si, dans l’élude des phénomènes de la vision, de la digestion stomacale ou de la fécondation sexuelle, ils n’avaient tenu compte que de la lumière, de l'aliment ou du sperme , ils auraient été dans l’impossibilité absolue de comprendre le mécanisme physiologique , les modifications pathologiques, en un mot les lois de ces fonctions : de même, n’ayant voulu considérer dans l’étude du phénomène de la calorification que le sang artériel , ils se sont interdit toute intelligence des loisdece phénomène et se sont trouvés dans l’impuissance de rendre compte d’un seul des faits nombreux qu’il embrasse.

Nous entrevoyons pourtant une objection que nous ne voulons ni dissimuler ni affaiblir.

Ce n’est pas, nous dira-t-on, à l'action des parenchymes sur le sang, au mouvement incessant de végétation qui a lieu dans le vaste réseau du tissu cellulaire, qu’est due la production de la chaleur que vous appelez vitale. Les trois conditions que vous exigez pour constituer l’appareil de celle calorification sont parfaitement inutiles. Une d’elles suffit, et, pour expliquer le dégagement de la chaleur animale, c’est assez que ce que vous nommez le stimulus, c’est assez

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que le sang soit pourvu d’un degré de chaleur aussi élevé que celui que peut atteindre l’organisme. Or, après avoir subi l’action de l’oxygène dans les poumons, le sang marque de 52 à 53° R., et jamais la profondeur des parenchymes , dans l’étal physiologique , n’a dépassé ce degré. Que si, par le fait d’une phlegmasie ou d’une fièvre , la température des tissus augmente, c’est consécutivement à l’augmentation de celle du sang , et quelles que soient les modifications en plus ou en moins que présente la température des premiers, elle n’est jamais que l’expression de celle du second et ne saurait la dépasser. Donc, il n’est pas besoin de l’action vitale des parenchymes sur le sang pour produire et entretenir la chaleur animale.

Le sang qui arrive à l’oreillette gauche a toute la chaleur qu’il doit avoir, et, pourvu que le cœur le lance partout, qu’il n’y ait obstacle ni à la grande circulation ni à la circulation capillaire, ce liquide ira distribuer dans tous les points de l’économie ses 53° de chaleur.

Nos antagonistes paraissent confondre, sans s’en douter, la température actuelle du corps avec celle qu’il a en puissance; le fait produit avec la faculté qui peut le produire; la chaleur avec la calorification. De plus, ils ont peu réfléchi au rang qu’occupe l’hématose pulmonaire dans l’échelle ou le processus de l’hématose générale , c’est-à-dire dans la série des élaborations et des perfectionnements par lesquels passe ce liquide pour arriver, de l’état de sang blanc et froid ou de lymphe organisable , à l’état de sang chaud , fibrineux et cruorique. Comme l’évolution des tissus , organes et appareils , ce progrès est parallèle dans l’embryogénie humaine et dans la série zoologique. Il n’en saurait être autrement. Le sang est le centre de la vie végétative, l’aliment commun et la source de toutes les formations organiques ; le nombre de ses qualités ne doit-il pas se développer à mesure que l’exige la composition plus riche des solides, ou plutôt le perfectionnement du suc nourricier ne précède-t-il pas immédiatement celui du solide vivant, en tant que le renfermant virtuellement?

Au commencement, une force vive, enormon, impetum faciens , est venue imprimer le mouvement à une substance liquide prédisposée. Aussitôt celle-ci a eu vie , a constitué un appareil vital rudimentaire bientôt formé de son support, de son stimulus et de leurs capacités réciproques, comme nous l’avons déjà déterminé.

Dès ce moment le support ou le solide vivant a reagi sur le stimulus et lui a communiqué des qualités plus avancées qui, à leur tour, ont enrichi la composition de la substance solide ou du tissu organisé. Celui-ci, jouissant alors de plus d’énergie et de force assimilatrice, a formé un liquide plus plastique, plus fécond en matériaux pour des créations nouvelles , pour des substances spéciales plus animalisées et capables de manifestations d’activité , desquelles est résulté un fluide nourricier renfermant encore les germes de formations organiques supérieures, aptes à des actes plus puissants , etc., etc.

Ainsi, par cette réciprocité de perfectionnements graduels , par ce progrès mutuel, a été dressée l’échelle des êtres vivant sur la terre, avec une laborieuse lenteur et des interruptions apparentes que la mort a comblées par sa fécondité muette; ainsi s’élève tous les jours dans le sein de la femme celle des tissus, organes et appareils , mais en un instant , sans interruptions et comme récapitulation rapide et tableau synoptique de la première.

Cherchons à y suivre en quelques regards sommaires ledéveloppement progressif de l’hématose , et voyons quel rang y occupe l’influence de l’oxygénation pulmonaire. Nous l’examinerons ensuite brièvement dans l’être émancipé , et la part de la respiration sera ainsi faite avec rigueur et justice.

Disons d’abord qu’il y a une énorme différence entre admettre que le contact de l’air avec le fluide nourricier des animaux est nécessaire à l’entretien de la vie et de la chaleur, en fournissant au tissu assimilateur un suc stimulant et plastique, et admettre que la chaleur animale est produite dans le fait même de l’oxygénation du liquide réparateur , et résulte immédiatement de l’absorption du gaz par ce liquide, comme dans une combustion chimique. Nier ce dernier fait, n’est pas nier l’importance de l’oxygénation du sang pour la calorification végétative ; pas plus que ce ne serait nier la nécessité de l’absorption alimentaire pour l’entretien de la végétation de l’être ; que de rejeter une théorie par laquelle on voudrait démontrer que la nutrition s’accomplit au moment où les aliments pénètrent dans les voies digestives.

Par les opérations de la digestion des premières voies et de la respiration, qui en est le complément indispensable, le Huide nourricier acquiert ce qu’il lui faut pour réaliser et dégager en quelque sorte dans la (rame

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des parenchymes la plasticité et la chaleur.

Nous accorderons donc sans peine aux pneumato-chimistes que la chaleur, c’est-à-dire la vie, ou que la vie , pour ne pas dire la chaleur , ne s’entretient qu’au moyen d’une absorption alimentaire et gazeuse. Leurs prétentions peuvent donc se réduire à quelque chose comme ce qui suit : l’air est nécessaire pour vivre.

La respiration et la digestion , ou plutôt l’absorption alimentaire et l’absorption gazeuse, sont deux actes faisant partie de lu même fonction et concourant au meme but. Ils constituent le phénomène général de l’alimentation, c’est-à-dire de l’inlussusception des matériaux de réparation. Cela est à ce point vrai, qu’au bas de l’échelle animale et végétale , les deux faits se confondent anatomiquement et physiologiquement. L’être plongé au sein d’un liquide contenant les matériaux d’une alimentation complète , y absorbe nourriture et oxygène, qui, combinés et confondus, pénètrent dans son corps par les mêmes voies. Ici, il y a fusion des deux appareils, des deux fonctions. Il n’y a pas processus , ni subordination. L’animal digère et respire simultanément.

On peut monter encore d’un et de deux degrés dans l’échelle , et malgré une spécialisation particulière d’organisation observable dans les êtres qui y sont rangés , on trouve des organes uniques pour l’absorption alimentaire et l’absorption gazeuse. Une portion de la surface de 1’animal est rentrée, disposée en fourreau, en canal aveugle ou cæcum, et celte surface spéciale donne accès dans l’organisme à l’air et aux aliments combinés. Il semblerait que le premier soit pour a insi dire l’assaisonnement des seconds , et que lui seul puisse les rendre digestibles , comme plus tard nous le verrons encore, lorsque les aliments , ayant besoin d’une élaboration considérable avant d’être offerts nux tissus chargés de les employer, il faudra que, comme complément des élaborations digestives , et postérieurement à elles , le fluide réparateur soit soumis au contact de l’air atmosphérique dans une cavité particulière et distincte, pour s’y imprégner d’une qualité stimulante, sans laquelle il serait indigeste pour les parenchymes.

Privé de cet élément d’incitation , de celte sorte de condiment physiologique et spécifique ■> le support des fonctions végétatives, le tissu cellulaire ne réagirait pas sur son stimulus, le sang; la force altérante ou plastique, comme

stupéfiée, cesserait de s’exercer et il n’y aurait ni végétation ni chaleur produites. Ce serait l’asphysie , c’est-à-dire la stupeur du support des fonctions vitales communes , ou , ce qui est équivalent , la suspension de l’instinct plastique et de la calorification végétative par défaut de qualité de leur stimulus ou par état négatif de ce Stimulus. De même, la force digestive de l’estomac n’est pas sollicitée par un aliment lourd , fade, non assaisonné et insuffisamment stimulant , ce qui donne lieu à l’indigestion , c’est-àdire à la stupeur du support de la force digestive par vice négatif de son stimulus.

Et il est si vraisemblable que c’est à ce titre que l’oxygène absorbé par le sang concourt à la calorification végétative, que, dans l’état pathologique , ce gaz peut être en quelque manière remplacé dans son attribution d’élément incitateur des fonctions vitales et pyrélogénésiques, soit par quelque principe hétérogène mêlé au sang (miasmes , virus , effluves , liquides septiques , excrémenlitiels , absorbés , résorbés , etc., en un mot, ce que les anciens humoristes appelaient d’une manière générale un hétérogène fébrifique), soit par l’animalisation exagérée de ce fluide, ou simplement par la prédominance et les propriétés plus excitantes de ses parties constitutives plastiques et organisables.

C’est ainsi que dans une péripneumonie Irèsaigué et très-étendue, l’organisme produira un excès de chaleur qui constituera la fièvre, bien que moins d’oxygène soit absorbé dans la respiration et que le sang ne s’artérialise que trèsimparfaitement ; mais parce que le stimulus physiologique , qui est en partie refusé à ce liquide par la respiration , est pour ainsi dire remplacé par un stimulus pathologique, que fournit dans ce cas la sérosité du sang devenue trop plastique et jusqu’à un certain point irritante (état inflammatoire du sang, diathèse, couenneuse, hémite, etc.).

C’est ainsi que dans une asphyxie, ou plutôt une intoxication par le gaz acide carbonique, on observera souvent une fièvre très-vive, une chaleur ardente et générale (assez semblable au premier coup d’œil à une fièvre typhoïde ou charbonneuse), etc., bien que les qualités asphyxiques et veineuses du sang artériel attestent l’insuffisance de son oxygénation. C’est, que le gaz acide carbonique produit plutôt l’asphyxie positivement que négativement , c'est-à-dire en introduisant dans le sang un principe vénéneux et délétère, plutôt qu’en se bornant comme l’azote

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à substituer à l’air un gaz exclusivement nuisible par son état négatif, ou ce qui revient au même, privé de tout élément respirable et déterminant l’asphyxie de la même manière qu’un obstacle complet à la pénétration du gaz vital dans les poumons.

Qu’on détermine chez un animal une asphyxie incomplète en lui retirant la moitié ou plus de son contingent d’air atmosphérique , on verra cet animal se refroidir. Qu’on injecte alors dans ses veines un liquide excitant , un hétérogène fébrifique, pour me servir de l’expression de Quesnay, de l’eau alcoolisée camphrée, des matières putrides, etc., l’animal sera pris de fièvre , c’est-à-dire que sa puissance de calorification végétative se ranimera sous l’influence du stimulus nouveau qui lui sera fourni. La chaleur fébrile dépassera même la chaleur physiologique; mais elle sera autre ( febris est calor prceter natui’cwi , Galien) et ne lui ressemblera pas plus que la nutrition inflammatoire ne ressemble à la nutrition normale. Toutes deux pourtant seront produites selon le même mécanisme et subordonnées à des lois identiques. L’une des conditions de l’appareil phénoménal , le stimulus seul aura changé de qualité.

Un stimulus physiologique fourni au sang par le gaz vivifiant universel produirait une chaleur physiologique. Un stimulus pathologique fourni au sang par un gaz délétère, par une matière hétérogène et irritante , produira une chaleur morbide , une fièvre.

Hippocrate, s’il n’a pas tout vu, dit M. Récamiér, a appris à tout bien voir. En effet, on trouve dans ce grand homme les germes de toutes -les lois fondamentales de la physiologie et de la pathologie. Il n’y a qu’à les incuber pour les rendre féconds. Ainsi , le petit traité De naturâ hominis contient l’idée première qui , développée , donne la théorie de la calorification innée, car c’est par cette épithète profondément juste et pleine de sens qu’Hippoerate désignait la

(1) Partem unam quaraque similarem innalo calido et proprio spirilu instructam esse quoad in vità sit animans, neque citrà opem illorum posse unquam consistere, perspicuum jam est et evidens.

Similarcs partes non uno eodemque omnes temperamento tenentur ; sed os frigidius est aridiusque nervo, nervus uti et membrana carne frigidior atquc siccior. Quoniam igitur compositæ rei temperamentum ex simplicium quibus constat permisliono nascitur, fit necessario, ut eæsubstantiæ quas cuique parti similari datas esse meminimus, diversam in hàc atquc

chaleur que nous avons appelée vitale ou végétative. Loi pus (jnodcunujue aogescit et komm accii'it , necessario calidum esse; et plus loin : Dùm corpus akesceke incipiet defluens ad ruinant, frigidius effloiatur. ’

Galien est l’homme auquel il a été le plus souvent donné d’incuber et de féconder les germes hippocratiques ; et Fernel , le plus grand peutêtre des médecins français, partage à nos yeux la gloire de Galien pour l’habileté profonde avec laquelle il a éclairé et fait saillir les pensées de ce grand physiologiste.

Après avoir établi que tout corps vivant est doué d’une chaleur propre ou innée, Quicquùl vitam agit, salutari calore perfusum continetur et regilur, il faut voir avec quelle supériorité de raisons physiologiques Galien et son commentateur démontrent que , dans l’homme , cette chaleur innée ne peut avoir pour support que le tissu cellulaire (1). Itaque , si innatus calor vitcp opifex , par est ulique liunc in stabili humido primigenio permanere. Il regarde l’action vitale de ce tissu (qu’il appelle la substance ou le siège de la chaleur innée) et la production de la chaleur innée comme si étroitement liées , que dans sa définition de cette chaleur il désigne l’une pour l’autre, afin de montrer qu’elles se représentent mutuellement et qu’on ne peut les séparer. Calidum innatum est humidum primigeniurn insito spirilu et calore undique perfusum.

Dans sa théorie de la chaleur innée des animaux , Galien a émis une idée de premier ordre et qui nous semble venir à l’appui du processus que nous voulons établir pour l’hématose générale considérée dans la série animale, l’évolution embryonnaire et le mammifère émancipé. Cette idée est celle-ci, que dans l’homme, le liquide réparateur et les différents tissus ont une échelle de chaleur directement proportionnée à leur vitalité, à leur degré d’animalisation, etc.; qu’ainsi la lymphe est moins chaude que le sang

il là parte lum speciem , tum substantiam sortitæ sint, neque una temperamenti lex atque modus insit omnibus. Quare qui in osse iuestspiritus ab eo distat qui in nervo , hic rursùm ab eo qui moderator est carnis. Sic humidum primigeniurn, ipsamque innati caloris substantiam aliam os adeptum est, aliam nervus, aliam caro uti et pars unaquæque similaris. Est autem in his varietas non modo ex substanliæ mulliludine, sed ex primorum elementorum unde conditæ sunt lemperalione profecta. (fernee, t. h, p. 169.)

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veineux, celui-ci moins que le sang artériel; l’os et le tendon , moins chauds que le tissu cellulaire, celui-ci moins chaud que le tissu nerveux, celui-ci que le musculaire, etc., etc.

Bichat, dont on n’a guère appliqué à la pathologie »iue les idées secondaires ou les erreurs (erreurs qu’il était bien fait pour reconnaître et désavouer plus tard), et dont les vues élevées et fécondes ont été généralement incomprises ou méprisées par l’école régnante, Bichat a de son coté renouvelé la proposition de Galien et de Fernel en lui donnant de lumineux développements. De plus, il a répondu, dans le passage que nous allons citer, à une objection qu’on ne peut manquer d’adresser à cette théorie, objection dont la force sera encore affaiblie par l'exposition de notre manière de considérer et de dérouler les processus de l’hématose , des tissus organisés et de la chaleur végétative.

« Chaque système a son mode particulier de chaleur. Certainement il se sépare moins de calorique dans les cheveux, les ongles, l’épiderme, que dans tout autre système. Les organes blancs, comme les tendons, les aponévroses, les ligaments, les cartilages, etc., en fournissent aussi moins probablement que les muscles. Examinez les pattes des oiseaux, où il n’y a que ces parties blanches ; elles sont bien moins chaudes que le reste du corps.

» On n’a pas analysé la différence de chaleur de chaque système situé à l’intérieur. Je suis persuadé que si on le faisait avec précision , en isolant ceux qui peuvent l’être, de manière à ce qu’ils communiquent par les vaisseaux , on observerait que chacun sépare une quantité différente de calorique , que par conséquent il y a autant de températures particulières dans la température générale qu’il y a de systèmes organisés.

» Je suis persuadé que les ligaments, les cartilages, etc., se rapprochent sous ce rapport des organes des animaux à sang froid, et que, si l’homme était composé d’organes analogues à ceux-lù, il serait bien inférieur en température à ce qu’il est naturellement. Les systèmes qui dégagent le plus de calorique en communiquent à ceux qui en dégagent moins. Si les cheveux étaient au milieu du corps , ils seraient aussi chauds que les parties voisines, quoique leur température soit indépendante; ils restent toujours inférieurs à celle du corps , parce qu’ils sont isolés. Chaque système a donc son mode propre de chaleur, comme chaque glande a son

mode propre de sécrétion , chaque surface exhalante son mode propre d’exhalation , chaque tissu son mode propre de nutrition ; et tout cela dérive immédiatement des modifications que les propriétés vitales ont dans chaque partie.

» C’est en vertu de ce mode de chaleur particulier ù chaque système que chacun fait naître, pour ainsi dire, un sentiment différent dans son inflammation. Comparez la chaleur ûcre et mordicanle de l’érésipôle à celle du phlegmon ; certaines chaleurs sourdes, obtuses, avant-coureurs des affections organiques, aux chaleurs aiguës des inflammations diverses; appliquez la main sur la peau dans les différentes fièvres , vous verrez que chacune est presque marquée par un mode particulier de chaleur. Les corps animaux seuls présentent ces variétés de nature dans la chaleur; les minéraux n’offrent que des variétés d’intensité.

» On conçoit, d’après les principes exposés ci-dessus , non-seulement les altérations locales de chaleur, mais encore le trouble général qui survient dans son dégagement par l’effet d’une foule de maladies, soit que ce dégagement augmente, soit qu’il diminue, soit qu’il affecte des irrégularités , comme dans certaines fièvres ataxiques, dans la phthisie, où la paume des mains et la face sont plus chaudes en certaines cas, etc., etc... Qui ne sait que souvent, les extrémités étant glacées , le malade sent une chaleur intérieure extraordinaire ? Il suffit que les forces du système capillaire soient différemment modifiées pour que la chaleur se modifie aussi différemment.

» Remarquez , en effet, que les altérations de la chaleur dans les maladies sont aussi fréquentes que celle des sécrétions, des exhalations , et qu’elles offrent toujours, comme ces dernières, un trouble précurseur dans les forces vitales. Que les chimistes appliquent leurs théories à ces changements morbifiques de la chaleur, ils y trouveront nécessairement un écueil insurmontable, au lieu qu’en concevant ce phénomène comme je l’ai dit, ces changements sont une conséquence nécessaire de l’étal où les forces vitales se trouvent alors. »

On voit quelle est l’objection à laquelle nous faisons allusion , et que Bichat a secouée en passant. Faute de l’expérience directe que suggère ce physiologiste , on peut en référer plus sûrement ù l’anatomie comparée : car, d 'elle-même, la nature a pris soin de multiplier autour de nous tous les faits que le vivisecteur tente de lui

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arracher, en la violant par une sorte d’attentat, d’ou la vérité ne sort que difforme et horriblement chargée.

Certainement , et on est autorisé à l’affirmer par l’analogie la plus légitime, les tissus du corps de l’homme sont, pour parler comme Galien, chauds à des degrés différents, lesquels dépendent de l’activité plus ou moins grande des mouvements végétatifs qui se passent en eux et de leur animalisation plus ou moins avancée , c’est-à-dire de la rapidité plus ou moins considérable de leurs phénomènes d’assimilation et de désassimilation , ainsi que de la quantité et de la qualité des éléments dont ils sont composés. Que si le thermomètre, plongé au sein de ces divers tissus , leur attribue une température uniforme, on sent, de reste, que ce mode d’évaluation n’a rien de concluant, puisque ces parties étant contiguës et comme incorporées les unes aux autres , elles se prêtent une chaleur mutuelle d’où résulte un équilibre parfait. Ainsi, le tissu fibreux, qui paraît dégager autant de chaleur que le tissu musculaire, n’a qu’une température propre très-inférieure à la sienne. Le surplus n’est qu’un emprunt dont il serait bientôt privé , s’il continuait à vivre , mais isolé des masses charnues qui lui communiquent une partie de leur calorique, et qu’il fût ainsi réduit à sa propre puissance pyrélogénésique. Les animaux parasites qui habitent le corps de l’homme, les vers intestinaux, les hydatides , etc., y jouissent d’une température égale à la sienne ; mais séparés de ce foyer de chaleur, ils descendent au degré inférieur propre à la classe d’animaux dont ils font partie.

Or cet exemple justifie très à propos l’argument que nous demandons à l’anatomie comparée pour créditer l’opinion de Galien et de Bichat. L’organisme matériel d’un mammifère résumant et renfermant en lui seul tous les tissus que la nature a successivement créés dans l’échelle zoologique et dans l'évolution embryogénique des animaux placés au sommet de cette échelle , parmi les tissus dont la réunion forme cet organisme , il en est qui ne doivent produire par eux-mêmes que le degré de chaleur végétative propre aux individus du règne animal dont le corps n’est constitué que par un tissu ou des tissus rangés dans la même classe par l’anatomie générale, doués par conséquent d’une activité nutritive égale, et alimentés par un liquide réparateur au même degré d’animalisation.

Et les derniers mots de celte proposition phy-

siologique nous conduisent sans effort à la for- ) mule du processus de l’hématose générale que nous cherchons, et qui doit assigner à l’oxygénation pulmonaire sa part d’inlluence dans l’opération si complexe et si successive de la sanguification chez l’homme.

Chez tous les êtres organisés, le fluide nourricier, quelque nom qu’il prenne , est vivant. 11 j a, comme les pseudo-membranes, comme les productions amorphes quelconques qui s’entent I sur un organisme , il a, disons-nous, la vie pari conliguité. Vivant , il est chaud ; c’est-à-dire que, j par cela même qu’il a en lui un principe d’action dont ne rendent pas compte ses qualités anatomiques, principe étranger aux liquides inorga-| niques ou aux cadavres des fluides organiques, i il doit être , comme nous l’avons déjà dit cenü fois, simultanément et indivisiblemenl doué! d’une température propre ou vitale , dont sont! dépourvus aussi les liquides bruts. Mais celte tnej et cette chaleur , il les possède à des degrés très-j différents, comme les divers tissus de l’homme ,i comme les divers êtres de l’échelle , comme l’embryon humain dans les phases successives de son développement.

Au point le plus inférieur et le plus rudimentaire de ces trois états , c’est-à-dire : 1° dans les amorphozoaires ou animaux homogènes j 2°dan4 le tissu essentiel premier-nè ( primigenium ) ou tissu cellulaire, qui chez l’homme atteste la passage du mammifère par la phase araorpho-; zoairej 5° enfin, dans le petit corps homogèutj et gélatineux que la trompe de Fallope vient dd déposer sur la face utérine de la membrane ca duque, et qui représente et constitue la phases dont il vient d’être question ; à ces trois points disons-nous , le fluide nourricier, le sang, n’es, qu’une lymphe ténue , une sorte de sérosité très! peu plastique, ne charriant que des globules rares| et à peine ébauchés. Il est vivant et chaud aij premier degré.

Mais cette ébauche de sang subit bientôt daril les animaux rayonnés l’action dune ca\iie digestive , puis plus lard de certains liquides pré parés à cet effet dans des tissus spéciaux, de. glandes. Chez l’homme puisé dans le tissu cellu laire et dans l’intestin grêle par les radicule absorbantes des veines lymphatiques , il se per feclionne et s’animalise dans ces vaisseaux ei surtout dans les ganglions répandus sur leu trajet. Dans l’embryon il est digéré et élabora dans les cavités particulières , la vésicule ombij licale et l’allantoïde , et c’est à ses dépens qui

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cet embryon se nourrit et se développe, tandis qu’avant la formation de ces poches il empruntait ses matériaux d’accroissement au milieu humide dans lequel il était vaguement plongé. Le sang est alors vivant et chaud au second degré.

Puis, ainsi préparé à revêtir une crasse plus riche et plus composée, ce liquide est chez les mollusques porté par des vaisseaux dans des organes affectés spécialement à l’absorption gazeuse qui fout à coup lui imprime des qualités très-avancées. Chez l’homme, il prélude à celle importante gradation, en se mêlant au sang veineux qui constitue un degré intermédiaire à la lymphe et au sang artériel , alors ils vont ensemble recevoir dans les poumons le complément de vie et de chaleur que doit leur communiquer l’action vivifiante de l’air atmosphérique. Dans l’embryon enfin , le placenta se forme ; c’est-àdire qu’il s’établit , entre la mère et son produit, un ganglion vasculaire à sang rouge, dans lequel celui-ci puise plus directement des matériaux d’évolution en rapport avec ses besoins croissants, et pourvus de tout ce que les appareils hématosiques de la femelle viennent de leur acquérir. Le sang est vivant et chaud au troisième degré.

Si le sang des mammifères émancipés et adultes a plus de vie et de chaleur que celui du poisson et du fœtus nourri par les vaisseaux placentaires, cela ne lient qu’au développement plus parfait des organes hématosiques (appareils de l’absorption alimentaire et de l’absorption gazeuse avec leurs annexes), qui, plus actifs chez ces animaux, s’exercent sur des matériaux (aliments et air) plus nourrissants , contenant sous un volume donné plus d’éléments assimilables et ayant déjà fait partie d’autres animaux, etc. Mais chez les seconds, comme chez les premiers, toutes les conditions organiques sont fondamentalement. établies; il ne s’en ajoutera pas d’autres ultérieurement; seulement, plus tard , celles qui existent arriveront au summum de puissance et pour ainsi dire de maturité qui est leur destinée et leur fin.

La formation et l’organisation de la fausse membrane nous présentent à observer quelque chose de très-analogue aux trois processus que nous venons de tracer parallèlement.

Un flocon d’albumine plus ou moins épaissie et tendant à passer à l’état fibrineux est exhalé par une membrane séreuse enflammée. Cette matière, quoique rejetée par l’organisme, n’en est pas éliminée ; elle reste incarcérée dans une

immense cellule du tissu végétatif et s ente sur un point de cette surface qu’elle adopte pour matrice ; car une véritable évolution organique va s’opérer. Toute inflammation cesse , et il n’y a aucune communication directe de vaisseaux capillaires à sang rouge entre la fausse membrane rudimentaire et le point de la surface sur laquelle elle s’est greffée. 11 n’y a même aucune communication directe, aucune inosculation immédiate entre les vaisseaux blancs qui exhalent la sérosité à la surface de la plèvre, et les vaisseaux blancs de la pseudo-membrane qui vit et s’accroît aux dépens de cette sérosité. Son côté adhérent offre un aspect lomenteux qui correspond à de pareilles villosités de la portion de plèvre à laquelle elle est collée, villosités qui ne sont que des vaisseaux intermédiaires aux deux surfaces, et représentent une sorte d’organe trophique ou de placenta développé entre cette matrice et cet embryon accidentels.

Néanmoins, un petit appareil circulatoire se forme de toutes pièces dans la fausse membrane. Comme une espèce de veine-porte , il a des radicules implantées au point d’adhérence, radicules qui y puisent des matériaux réparateurs ne consistant qu’en une lymphe organisable ; ces vaisseaux afférents se réunissent en un tronc principal duquel partent en divergeant des rameaux excentriques ou efférents , qui vont rendre au torrent commun l’excédant et les débris de la nutrition. Ainsi se comportent la veine et l’artère ombilicales.

Mais à son tour cette fausse membrane peut s’enflammer, et quoique continuant à n’absorber que des fluides blancs , on peut voir cette lymphe devenir, sous l’aiguillon inflammatoire, d’abord plus plastique , puis prendre une teinte rosée, rouge pâle, rouge vermeille , un sang fibrineux et cruorique être créé enfin par la force vitale et circuler dans celte espèce d’animal parasite.

Et pour rendre plus frappant l’argument que prête à notre opinion l’observation précédente , nous alléguerons les cas de fausses membranes flottantes dans la cavité d’une séreuse, lesquelles fausses membranes (semblables aux animaux homogènes qui ne vivent que dans l’eau) absorbent pour vivre et se développer la sérosité dont elles sont baignées , peuvent s’enflammer et créer, sous la seule influence d’un mouvement vital et d’un stimulus plus actifs , du sang chaud et rutilant. N’en est-il pas de même dans ces îlots inflammatoires à circulation rouge indé-

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pendante, développés au centre d’une surface articulaire , et entourés de Ions côtés de tissus qui ne leur fournissent que des fluides blancs? N’a-t-on pas vu le placenta recouvert à sa face utérine par une sorte de test fibreux , de coque épaisse et comme cartilagineuse , fournir néanmoins au fœtus les matériaux d’un développement complet ? Ne l’a-l-on pas vu aussi implanté sur un point de l'utérus frappé de dégénérescence fibreuse, et pourtant remplir assez bien ses fonctions d’organe nutritif du fœtus?

Dans tous ces cas, que voyons-nous? L’instinct plastique ou la force vitale primitive créer successivement dans le même individu un sang blanc et froid , un sang rouge et froid, un sang rouge et chaud. En un instant elle semble recommencer l’œuvre de la création. Oui, l’inflammation fait sur place et de toutes pièces du sang avec de la lymphe, et elle élève sans autre secours la température propre des liquides organiques et des tissus vivants. Elle y développe l’activité végétative , et inséparablement la chaleur de même nature.

On peut dire que le sang d’une personne anémique, par exemple, celui d’une jeune fille profondément chlorotique, est un sang descendu au degré de vie et de chaleur de celui des animaux pulmonaires à sang rouge et froid , des reptiles , par conséquent. Supposez, ce qui se voit souvent, que cette jeune fille soit prise d’une fièvre inflammatoire primitive ou consécutive. Qu’estce que celte fièvre? Une surstimulation générale des fonctions vitales communes ou végétatives. Elle est à l’organisme entier ce que l’inflammation , que nous avons précédemment définie, est à une portion du tissu de cet organisme. Quel sera le caractère symptomatique essentiel de cette fièvre? Nous le savons : une lésion de la calorification végétative , et par conséquent une modification en excès de cette chaleur ( calor prœter naturam). Ouvrez la veine : le sang est riche et couenneux; en deux jours, la force vitale a élevé ce sang de batracien au degré de vie et de chaleur de celui des mammifères. Ce degré a même été dépassé.

11 s’agit bien ici d’oxygène absorbé, d’acide carbonique exhalé , de combustion chimique, de malras et de cornues !...

Sans doute la force vitale a accompli tout cela avec certains éléments d’un liquide qui avait subi l’influence vivifiante de l’absorption gazeuse, comme il avait subi celle de l’absorption alimentaire. Le sang veineux, le chyle, la lym-

phe, reçoivent dans les poumons le complément definitif de la vie. Le sang artériel qui s’y forme n’en soi t plus chaud que parce qu’il en sort plus vivant. Puis il va porter au tissu nutritif les éléments de celle vie et de cette chaleur, c’est-à-dire le stimulus normal de ses fonctions; et ce tissu les réalisera , si on peut ainsi parler.

Mais , suivant que la capacité réciproque du support pour le stimulus s’y prêtera plus ou moins , avec le même stimulus ou le même sang, peu ou beaucoup de vie et de chaleur seront dégagées.

C’est ce qui nous a fait dire que les pneumalochimistes confondaient la chaleur avec la calorification.

En effet , avec le sang d’une chlorotique, d’un convalescent , d’un vieillard , sang qui sort des poumons de ces divers individus pourvu d’un degré de chaleur égal à celui dont est pourvu le sang d'un adulte vigoureux et doué dans l’état ordinaire d’une force de calorification bien plus active que celle de ces êtres languissants, la force vitale montée au ton de la fièvre ou de la phlegmasie va accroître la force de calorification de pareils sujets, au point de lui faire dépasser de beaucoup celle de l’adulte sanguin et vigoureux .

Nous le répétons , et c’est une observation souvent faite, le sang de tous les individus, qu’ils soient robustes ou débiles, sanguins ou anémiques, adultes ou vieux, chétifs ou athlétiques , gras ou maigres , en hiver comme en été, sort de leurs poumons pourvu d’un degré de température le même chez tous ou sans différence notable et proportionnée à ces divers états de l’organisme ou de l’atmosphère. Rien de plus identique à soi-même que le degré de chaleur du sang du même individu examiné à des époques différentes et le degré de chaleur du sang de plusieurs individus entre eux; rien de plus variable et de plus inégal que leur force de calorification et de résistance au froid, suivant mille circonstances dépendant et d’une disposition interne et d’influences extérieures.

On a fait grand bruit de la différence de température qui existe entre le sang contenu dans les cavités droites du cœur, et celui qui, revenant des poumons , remplit les cavités gauches. Mais a-t-on bien songé que cette différence n’est guère que d’un tiers de degré du thermomètre Réaumur en faveur du dernier? Comment croire qu’une si faible différence puisse rendre compte de l’énorme abaissement de température qui

MÉDICATION AN'

s’observe chez les individus qu'une cause quelconque a réduits à un état demi-asphyxique, comme les malades arrivés à la dernière période d’une affection organique du cœur? Entre la température du sang de ces malades et de celui d’un homme bien portant, il y a un tiers de degré de différence; entre leur force de calorification comparée, il y a la distance qui sépare quelque chose de chaud de quelque chose de froid. La main , appliquée successivement sur la peau de ces deux hommes , reçoit d’un côté une impression de chaud , de l’autre elle reçoit une impression de froid ; et certes elle serait incapable de discerner une différence d’un tiers et même d’un demi-degré. Qu’on la plonge dans le sang de l’un et dans celui de l’autre , elle appréciera difficilement, on pourrait môme dire qu’elle n’appréciera pas du tout la faible inégalité de température qui existe entre eux.

Quant à celte proposition axiomatique qu’on présente avec tant de présomption , et derrière laquelle on se retranche avec une si imperturbable sécurité, pour défendre contre toute attaque la théorie pneumato-chimique de la calorification animale, savoir : que, quel que soit le deyrè de chaleur que présentent un tissu vivant on les profondeurs des viscères, soit à l’état normal, soit lorsqu’ils sont affectés d’une phlegmasie , on pendant une fièvre inflammatoire très-vive, ce degré ne dépasse jamais celui du sang artériel pris dans les cavités gauches du cœur, elle doit maintenant sembler bien peu redoutable, pour ne pas dire insignifiante et puérile. En effet, si le sang pris autour d’un foyer inflammatoire très-actif, et celui qui circule dans les vaisseaux d’un fébricitant, sont aussi chauds que les tissus enflammés ou travaillés par le mouvement fébrile , c’est que par le fait de la surslimulation des fondions végétatives ou . pyrètogènèsiques , dans ces deux cas, la force de calorification a été excitée et a communiqué au sang un plus haut degré de température. 11 faut voir là un effet plutôt qu’une cause ; de sorte que ce fait est très-maladroitement invoqué contre nous , puisqu’il est inexplicable dans la théorie que nous combattons, tandis que, si nous en avions besoin, nous le ferions servir à imprimer à la nôtre un cachet frappant de vérité et de justesse.

Est-ce l’oxygénation pulmonaire qui, en pareille circonstance, a élevé la chaleur du sang? Nous sommes bien persuadés que nos anlago-

NP11 LOGISTIQUE.

nistes se refuseront à soutenir celle hérésie physiologique. Est-ce la lièvre , 1 inflammation , qui ont produit ce résultat? Qui donc? Elles seules en sont capables. C’est là une de ces \ e ri tés de sens commun comme toutes celles qui font la base de la science de l’homme. Leur simplicité , leur universalité et leur perpétuité en forment le caractère le plus saillant. Elles sont larges et fécondes. L’instinct général des hommes sent ces vérités. Une observation primitive et naturelle les a déposées au fond de tous les esprits. Le malade ignorant en a doublement la conscience, en dépit des fables savantes de son docteur. La fausse science a toujours eu pour objet de les altérer, de les faire méconnaître et de leur substituer des hypothèses individuelles, résultats d’une observation superficielle. (Nous donnons ce caraclère comme le plus constant et le plus sûr pour apprendre à distinguer une doctrine vicieuse et artificielle. ) La vraie science les formule philosophiquement , les démontre avec méthode et apprend à continuer l’observation en les prenant pour guide, et en cherchant toujours à les vérifier et à les étendre. Tel a toujours été son objet, et ce caractère est le plus propre à la faire connaître. L’art trace les règles de leurs applications, réalise leur utilité, et met par la pratique le sceau à leur éternelle certitude.

Maintenant il se présente un fait qui, s’il a été bien observé, sanctionne hautement notre opinion sur l’échelle de vie et de chaleur que nous avons établie pour les divers tissus animaux et les degrés progressifs de vie et de chaleur que nous avons également attribués au liquide réparateur, suivant qu’on l’examine dans les phases successives de sa formation. Ce fait justifierait surtout notre manière d’interpréter la différence de température qui existe entre le sang veineux et le sang artériel , au profit de ce dernier.

Il s’agit des expériences deM. Davy, desquelles il résulterait que la température des cavités gauches du cœur (indépendamment du sang qu’elles contiennent ) l’emporte d’un degré (Therm. Farenh.) sur celles des cavités droites de ce viscère. Les animaux qui ont servi à ces expériences avaient été tués par hémorragie, afin que les cavités du cœur fussent parfaitement vides quand on y introduirait le thermomètre.

Pourquoi les cavités gauches seraient-elles plus chaudes que les cavités droites , si ce n’est

MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE

parce qu’elles sont plus vivantes ? Elles reçoivent le même sang d’une même source : Tarière coronaire est impartiale. Mais les cavités aortiques devaient jouir, on sait pourquoi , d’un degré de vie supérieur à celui des cavités pulmonaires ; nécessairement alors leur température devait s’élever en proportion. Mais le sang artériel avait besoin d’un degré de me de plus que le sang veineux ; il fallait donc que sa chaleur fût accrue d’autant.

Le degré de chaleur peut s’estimer en général par le degré de vie , comme le degré de vie par le degré de chaleur.

Le degré d 'une fièvre peut s’estimer exactement par l’intensité de la lésion de la calorification, et le degré de celle-ci peut être aussi rigoureusement déterminé par l’intensité de la fièvre. Ainsi, la force du mouvement donne la mesure de la force impulsive , comme la force d’impulsion mesure exactement celle du mouvement.

Qu’est devenue la chimie? Nous l’avons laissée bien loin de nous

Il n’est plus nécessaire d’insister sur ces faits péremptoires pour ruiner tout le crédit de la théorie pneumatique de la chaleur animale, et ne rien même laisser de spécieux à des idées que nous avons dû repousser avec d’autant plus de soin, qu’elles s’opposaient plus invinciblement à la notion naturelle et véritable des maladies phlogistiques, et par suite à l’intelligence des méthodes thérapeutiques qui leur conviennent physiologiquement.

Nous l’avons déjà dit , et nous nous faisons un devoir de le répéter : le parallèle que nous avons établi plus haut entre les divers processus physiologiques de l’hématose générale dans la série zoologique , l’embryologie, le mammifère émancipé , et dans celui-ci entre les divers processus de l’hématose pathologique , sont la base et les prolégomènes essentiels de toute connaissance , et, partant, de toute thérapeutique éclairée des fièvres humorales. Or cette classe de fièvres est la plus importante, la plus générale, puisqu’elle forme à elle seule la presque universalité des maladies aiguës.

Nous devrions maintenant, pour terminer ce qui regarde la calorification vitale ou végétative , examiner de quelle manière la chaleur vitale est troublée par suite de la lésion alternative ou isolée des trois conditions constitutives du phénomène dont elle est un produit , comme nous l’avons fait dans l’exemple pris plus haut ,

et ou nous avons vu la digestion gastrique être i troublée ou empêchée par les vices ou de son support ou de son stimulus, ou de leurs capa- 1 cités réciproques. Mais cet examen sera mieux J placé lorsque nous appliquerons les données I physiologiques posées jusqu’ici à l’élude des fié- | vres vitales , et à la déduction des indications ou j contre-indications qu’elles présentent pour la | M édication antiphlogistique.

II est temps que nous passions à l’étude de la seconde source de chaleur que nous avons signalée chez l’homme , et qui doit compléter les notions qui nous sonlnécessairespour embrasser : toute la pyrétologie, c’est-à-dire pour bien corn- j prendre tous les modes d’affections fébriles, et , par conséquent être capables de tracer avec conscience scientifique les règles thérapeutiques j qui font l’objet de ce travail.

On remarquera que, dans tout ce qui précède, j il ne nous est pas arrivé de prononcer une seule ' fois le mot système nerveux. En faisant intervenir ce système dans le phénomène de la calorification vitale, nous aurions violé la loi formulée plus haut et que nous reproduisons ici : : Un appareil, un organe, un tissu, quelconques, ne reçoivent jamais ni leur raison d’activité , ni leur aptitude fonctionnelle , d’un appareil, d’un organe ou d’un tissu, postérieurs à eux dans l’évolution embryo- [ génique et dans l'échelle zoologique.

Et si nous rappelons cette loi, c’est que de plus en plus elle nous apparaît grande, féconde, et, nous osons le dire, la clef de la physiologie et de la pathologie générales. Bientôt nous la ferons servir à la démonstration d’une autre t proposition qui lui est subordonnée et que nous avons précédemment énoncée, savoir, le parallélisme de l’évolution fébrile et de l’évolution embryonnaire.

Autant dans l’étude de la chaleur végétative nous avons négligé l’influence du système nerveux, autant dans l’examen que nous allons faire i de la chaleur par influx nous serons obligés d’avoir recours à l’appareil de l’innervation. C’est même à lui seul que nous devrons nous adresser. Nous n’avons plus rien à demander aux fonctions vitales communes, aux opérations plastiques qui se passent dans l’intimité des tissus. La production de la chaleur, dont nous venons de rechercher le mode et les lois de génération , se liait à l’exercice des actes qui produisent et entretiennent immédiatement la matière organisée; tandis que la production de

MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE

celle qu’il nous faut maintenant étudier se lie à l’exercice de forces spéciales, dont les résultats sont purement dynamiques et immatériels, incapables d’altérer directement la matière organisée, de changer ses qualités et sa composition , puisqu’elles sont destinées seulement à lui imprimer des modifications de sensibilité et de mouvement plus ou moins évidentes. C’est d’elle que le solide vivant reçoit la faculté motrice et la faculté sensitive. Leur influence sur les fonctions vitales communes ou végétatives n’est que médiate et indirecte. Nous avons assez dit quels étaient l’instrument et le stimulus spéciaux et directs de ces dernières fonctions. L’action des forces que nous allons examiner commence là où cesse l’action des précédentes. Il est donc nécessaire que nous remontions l’échelle des organes et appareils dans la série, l’embryon et l’organisme émancipé, pour découvrir la seconde source de la chaleur animale.

11 suit déjà de là que tous les êtres vivants ne possèdent pas la chaleur dynamique ou par influx, tandis qu’on ne peut les concevoir sans la chaleur vitale ou végétative. C’est comme si nous disions que tous jouissent d’un tissu cellulaire, d’un fluide nourricier et des fonctions nutritives qui résultent immédiatement de l’action réciproque de l’un sur l’autre, tandis que tous ne sont pas pourvus d’un système d’influence motrice, sensitive et harmonisatrice, c’est-à-dire d’un système nerveux ; vérité anatomique et incontestée.

Nous avons dit d’une manière générale, au commencement de notre théorie de la calorification (page 73), que tous les actes qui concourent au développement et à la conservation de l’être, en tant que vivant , s’accompagnent d’un dégagement de chaleur et contribuent à produire et à maintenir la température propre de cet être, ainsi qu’à en régler les modifications d’intensité, de résistance et de répartition.

Si cette proposition générale est vraie et découle bien rigoureusement d’une observation complète, nous sommes tout d’abord, et sans qu’il soit besoin d’une autre démonstration, autorisés à admettre chez l’homme une autre source de chaleur que celle dont nous venons de nous occuper; car les fonctions vitales communes ou végétatives dans l’exercice desquelles nous avons [•lacé le premier foyer de la température organique, ne constituent pas exclusivement et à elles seules les opérations qui président au développement et à la conservation de l’homme en

tant que vivant. Nous aurons donc implicitement désigné l’appareil de la calorification par influx , du moment où nous sera connu celui qui s’ajoute aux fonctions plastiques pout compléter l’ensemble des opérations nécessaires au développement, à l’entretien et à la conservation de l’organisme humain en tant que vivant.

À l’appareil si simple de ces fonctions communes à tout ce qui vit se sont progressivement associés des centres d’actions spéciales nommés organes, et qui tous ont pour objet la préparation de deux liquides , l’un destiné à l’entretien de l’individu, c’est le sang; l’autre à l’entretien de l’espèce, c’est la semence. Puis , ces liquides formés , des instruments de transport sont devenus nécessaires pour les faire parvenir aux parenchymes et les en exporter , enfin pour éconduire les matières qui ne sont pas ou ne sont plus propres à faire partie de l’agrégat vivant. De plus, du moment où l’être , ne se trouvant plus plongé dans un milieu liquide et offrant immédiatement à l’absorption l’aliment et le gaz vital combinés, a dû aller à leur recherche, se les approprier, leur faire subir des modifications préparatoires et réaliser lui-même dans une cavité intérieure particulière les conditions physiques de liquidité et de solubilité indispensables à l’absorption de la substance réparatrice , soin dont la nature s’était primitivement chargée en plaçant l’animal au sein d’un chyle tout formé et prêt pour l’assimilation nutritive; du moment aussi où ne pouvant plus se reproduire isolément et en faisant en faveur de l’espèce le sacrifice d’une portion de sa substance propre à s’individualiser aussitôt; du moment où les sexes se caractérisant il y a eu un mâle fécondant et une femelle fécondée, chargée de la gestation, etc., etc., des organes nouveaux sont venus en aide aux précédents , pour mettre l’animal en état d’être impressionné par des objets extérieurs à lui et de réagir sur les objets de ces impressions, pour aller à leur rencontre et en jouir , ou pour les fuir et les éloigner de lui. Il y a eu dès lors des instruments de conservation pour l’intérieur et des instruments de conservation pour l’extérieur.

Ainsi fut consommée l’œuvre de la vie et de l’animalité.

Les premiers de ces instruments sont, comme nous l’avons dit plus haut, les organes chargés de composer le liquide destiné à l’entretien de l’individu et à celui de l’espèce : les appareils de l’intussusception alimentaire et gazeuse, des

MÉDICATION ANTUMUOGISTIOUE.

que vivant, el si nous avons constamment sou-

sécrétions, des excrétions, de la circulation et de la {génération. Les seconds sont les organes chargés de procurer à l’animal les choses sur lesquelles doivent s’exercer les appareils précédents, savoir, des aliments; puis au mâle, le support de la fécondation ou la femelle , el à celle-ci le stimulus de la fécondation ou le mâle. Ces organes servent en outre à l’animal pour exécuter tous les actes nécessaires à la protection de sa propre vie et de celle de sa famille , en un mot, pour présider aux actions providentielles très-nombreuses qui constituent les instincts de conservation de l’individu et de la progéniture. Ce sont les appareils des sensations externes et de la locomotion, qui ont pour objet de mettre l’être en rapport avec toutes les choses extérieures qui intéressent sa conservation et celle de l’espèce, puis de lui permettre de réagir sur ces choses, pour les attirer à lui quand elles lui conviennent, et les repousser quand elles lui sont nuisibles.

Voilà bien , si nous ne nous trompons pas , l’animal pourvu de tout ce qui lui est nécessaire pour se développer et se conserver en tant que vivant. Or, à l’exercice de toutes ces actions dynamiques et instinctives, se lie la production de la chaleur que nous nommons nerveuse ou par influx; nerveuse , parce que c’est au moyen de l’appareil de ce nom que toutes ces actions sont exécutées; par influx , parce que la chaleur qui émane de cette source a pour caractère de sembler s’irradier et se transmettre comme l’action nerveuse d’un ou de plusieurs centres aux appareils qui en reçoivent l’influence. Nous l’appellerons aussi , indifféremment , dynamique ou spéciale , parce que la force spéciale à l’exercice de laquelle elle est liée n’a en puissance que des actes dynamiques et incapables par eux-mêmes d’altérer la matière organisée et de modifier profondément ses qualités chimiques.

Si nous avons toujours eu soin de limiter la production de la chaleur nerveuse à l’action de l’appareil nerveux qui préside au développement et à la conservation de l’animal en tant

(1) Cette séparation est formellement consacrée dans la Genèse, et l’époque de la création de l’homme appartient à une époque postérieure à celle de la création des mammifères. Quelque chose de tout spécial est ajouté par le Créateur, et ce quelque chose, qui n’est pas un simple degré en plus de ce qui existait chez les êtres créés dans l'époque précédente, est ce qui fait l’homme cl le caractérise , en jetant entre

ligne ces dernières expressions , c’est qu’il est, chez l’homme un autre appareil nerveux (celui des sensations réfléchies, de l’intelligence libre du sens intime et de la parole ) , étranger à l’organisme en tant que vivant , et duquel il peut ; se passer pour vivre ; c’est-à-dire que nous bornons la production de la chaleur par influx , chez l’homme, à l’action des appareils nerveux par lesquels il ne diffère en rien des animaux ; i des appareils nerveux qui donnent lieu aux actes instinctifs internes et externes, les règlent et les coordonnent. L’action de la volonté libre , de la j pensée , du sens intime , est étrangère à la production de toute chaleur , comme le prouve i l’observation , de même qu’elle est étrangère au développement et à la conservation de la vie. \ Tout acte , au contraire , qui concourt au déve- i loppement et à la conservation de celle-ci , * s’accompagne de la production d’une certaine! quantité de chaleur. L’homme est plus qu’uni être vivant, plus* qu’un animal; il est intelligent; et libre. Mais ce n’est pas pour mieux développer et conserver son organisme qu’il a été doué' de ces deux attributs. Ce qui le prouve, c’est que les animaux qui en sont dépourvus se développent et se conservent , en tant que vivants , ; aussi bien et mieux que lui. Leurs instincts sont même plus sûrs et plus étendus que les siens (1).

Si on peut affirmer que les animaux cellulaires : ou homogènes et amorphes sont dépourvus de ; système nerveux , ce serait se montrer trop uniquement anatomiste et trop peu physiologiste ; que de nier dans ces êtres la présence de Vêlé- ! ment nerveux. En effet , si la loupe et le scalpel ne découvrent là ni cordons, ni à plus forte 1 raison de centres nerveux, la raison et l’analo- i gie semblent légitimer la supposition de la pulpe nerveuse rudimentaire à l’état de fusion uniforme et de dissémination dans le parenchyme cellulaire ou organe nutritif. L’esprit ne se refuse pas à concevoir chaque cellule du parenchyme général animée par un globule médullaire , el tous deux isolés physiologiquement ou fonctionnellement de la cellule et du globule

l’animal el lui un abîme que rien ne peut combler.

Bixit quoque Beus : Producat lerra animam vrventem in genere suo , jumenta et reptilia et beslias terra? , sccundum species suas. Factum cslque iia.

Et ait : Faciamus hominem ai> imaginem kt simm.ttüdinbm NosTRAjr, et prcesil piscibus maris et volatilibus cœli et bestiis , universœquc terra? omnique replili quod tnovelur in terrâ.

M ÉDIC ATION ANTI PULOG 1 ST1QUE .

contigus à eux. Dans ce cas , la substance nerveuse, divisée à l’infini et sans centre d’action ni cordons conducteurs, se trouverait comme suspendue dans le tissu végétatif, semblable, qu’on nous permette cette comparaison, il une substance insoluble suspendue dans une émulsion.

Une multitude de faits physiologiques et pathologiques se laissent mieux comprendre par cette hypothèse que par toute autre ; hypothèse qui, pour résumer et formuler physiologiquement ce que nous venons de dire plus haut , consiste à considérer le tissu cellulaire dans les animaux qui en sont exclusivement formés, et dans l’homme où il joue le rôle d’organe nutritif général, comme unique et multiple , c’est-à-dire comme un grand réseau vivant, résultant de la réunion d’un nombre infini de molécules , vivant elles-mêmes de leur vie particulière, molécules toutes indépendantes fonctionnellement les unes des autres et n’étant assemblées que par des liens anatomiques et non physiologiques. Qu’on cherche à concevoir des myriades de monades venant à adhérer les unes aux autres , et on aura l’idée de cette théorie du tissu cellulaire. Les éponges viennent même réaliser cette supposition et la convertir en un fait, car M. de Blainville est porté à les considérer comme des agglomérations d’un certain nombre d’animaux plus ou moins atrophiés par la gêne qu’ils se causent réciproquement. (Hollard, Précis d’anatomie comp., p. 175.)

Ainsi envisagé, le tissu cellulaire exclut les actions sympathiques , les correspondances nerveuses auxquelles des observateurs peu attentifs ont voulu le soumettre , sans songer qu’ils violaient un principe mille fois proclamé par eux , savoir, qu’il est impossible de concevoir une sympathie , un consensus organique sans système nerveux. Or ils savent aussi bien que nous que le tissu cellulaire manque d’un tel système, et qu'il ne peut en recevoir l’influence spéciale qui préside à ses fonctions spéciales , puisqu’il lui a préexisté.

Aucune fonction spéciale n’étant départie au tissu cellulaire , il n’avait pas besoin d’un système d’influence spéciale. Chaque molécule dont il se compose ne vit que pour elle-même et n’a pas d’autre objet : toute sa vie est concentrée en elle, sans s’étendre au delà. Elles reçoivent toutes individuellement leur contingent de fluide assimilable qu’elles élaborent, avec lequel elles se renouvellent , et, pour parler comme Stahl , se conservent les mêmes en changeant toujours.

5e PARTIE.

Mais elles n’empruntent ni ne prêtent la force à l’aide de laquelle elles remplissent ces actes. Il n’y a pas de centres d’influence , pas d’archées, pas de moyens de transmission. Chaque petit organisme agit et souffre par lui et pour lui. Tout là est idiopathique , rien n’est deuléropathique. Qu’une partie meure, les autres y sont indifférentes et n’en reçoivent aucun dommage. Aussi la division d’un seul être en fait deux , quatre, etc., qui continuent à vivre séparément, car leurs intérêts , lorsqu’ils formaient en apparence un seul être, n’avaient pas plus de communauté que maintenant qu’en apparence ils sont distincts.

Le mode de génération de ces animaux ne laisse rien à désirer pour la confirmation décisive de notre opinion. En effet, cette reproduction dite fissipare a lieu non-seulement sans fécondation sexuelle, mais même sans modification préalable et préparatoire d’une portion de , la substance de l’animal , comme dans la génération gemmipare. Un morceau du tissu homogène se détache de la masse principale, et voilà d’emblée un nouvel être. On peut s’assurer de ce fait en divisant artificiellement un de ces animaux. « Coupez une de nos hydres d’eau douce, un polype quelconque, une actinie , un ténia et même une nais, et vous obtiendrez autant de sujets nouveaux que vous aurez fait de fragments du corps entier.» (Hollard, Précis d’ anatomie comp., p. 174.)

Parler ici de sympathies est donc un étrange abus de mots et une fâcheuse confusion de choses.

Qui dit sympathie, dit solidarité , concours , dépendance, besoins réciproques entre des appareils dont les attributions particulières sont diverses, mais le but unique. L’objet des sympathies et de l’appareil au moyen duquel elles s’opèrent est précisément l’harmonisation, pour un but commun , d’instruments ou d’organes , dont les fonctions sont différentes quand on les considère indépendamment du résultat unique auquel elles travaillent. Or, dans l’organe vital commun ou tissu cellulaire, toutes les actions particulières sont identiques. Elles peuvent donc se passer d’un lien physiologique , et n’ont besoin , pour remplir leur fin dans l’être qu’elles constituent fondamentalement, que de liens anatomiques.

11 n’en est plus de même lorsqu’un organisme, au lieu d’être borné aux fonctions végétatives communes, accomplit des actes spéciaux plus

MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE

ou moins immédiatement relatifs à ces fonctions, et surtout lorsqu’il est pourvu de tous les appareils qui complètent l’animalité.

En effet, l’anatomie comparée apprend que, dès l’instant où un animal remplit, indépendamment des fonctions vitales communes, une ou plusieurs fonctions spéciales , un petit système nerveux est formé pour présider à ces fonctions. Si cette fonction est unique , il y a un petit centre, d’où part un cordon, qui porte à l’organe la faculté spéciale à l’aide de laquelle il accomplit sa fonction spéciale. Si deux appareils et deux fonctions distinctes existent , il y a deux centres , des cordons de transmission doubles , qui alors communiquent entre eux par des anastomoses ; car ces deux fonctions concourent à un résultat commun, et doivent être unies par des liens physiologiques. Ce lien est le rudiment d’un système nerveux sympathique.

Mais ces centres d’actions spéciales et ces cordons d’irradiation et de communications sympathiques ne sont pas directement relatifs aux fonctions vitales communes ou végétatives. Leur rôle se borne à transmettre par un double courant, des extrémités aux centres , l’appel viscéral , lequel provoque en sens contraire l’influx central animateur; et ces influx ne président qu’à l’accomplissement des fonctions spéciales digestives, respiratoires, sécrétoires , excrétoires , circulatoires , génératrices , sensitives et motrices. Encore une fois , l’organe nutritif général , le tissu cellulaire , exécute ses phénomènes végétatifs sans le secours immédiat de ces influences spéciales , et par la seule force vitale primitive dont il est doué.

Chez l’homme, les ganglions nerveux viscéraux , la moelle épinière avec toutes ses dépendances et le nerf grand sympathique qui unit ces différents centres d’actions nerveuses viscérales, sensitives et locomotrices , en un mot , ce que nous convenons d’appeler le cercle nerveux ganglio-rachidien , constituent le support de la calorification nerveuse, dynamique ou par influx.

Avant d’analyser ce phénomène , en l’étudiant sous les trois points de vue de son support, du stimulus de ce support et de la capacité réciproque de ces deux éléments l’un pour l’autre, constatons expérimentalement , comme nous l’avons fait pour la calorification vitale avant d’en décomposer l’appareil , constatons qu’à l’exercice fonctionnel du cercle nerveux gangliorachidien se lie bien la production d’une certaine

quantité de chaleur particulière et distincte de celle (jui accompagne le travail des fonctions végétatives.

Afin de rendre plus évidents et de grossir en quelque sorte les faits qui conduisent à admettre chez l’homme une source de chaleur dans les actions nerveuses animales, instinctives ou conservatrices, choisissons, pour observer ces faits, les sujets chez lesquels les phénomènes de ce genre sont prédominants, instables, impétueux et tyranniques ; les personnes nerveuses, dont le tempérament ou la manière d’être est principalement caractérisée par la facilité et l’exagération avec lesquelles les mouvements nerveux sont provoqués; les individus, enfin, qui, tels que les femmes hystériques ou vaporeuses , présentent cette susceptibilité au point qu’elle constitue chez elles un état qui flotte constamment entre la santé et la maladie, qui n’est plus l’une et n’est pas encore l’autre, état qu’on a justement désigné sous le nom de mobilité nerveuse.

Sans cause extérieure appréciable ou sous l’influence de mille impressions diverses, ces personnes éprouvent brusquement , et par une soudaine irradiation du centre à la périphérie , ce qu’on appelle des bouffées de chaleur, des vapeurs; puis, par un mouvement inverse et ] également instantané , des refroidissements avec 1 tremblements , des frissons rapides et comme ! convulsifs. Cela s’accompagne ou ne s’accompa- j gne pas , indifféremment , d’alternatives correspondantes de rougeur ou de pâleur, d’injection ou de vacuité capillaires.

Ou bien encore , ces chaleurs ou ces refroi- : dissements sont partiels et permanents, et ce fait est très-commun chez les hystériques. Cependant, tout cela a lieu à l’insu des fonctions végétatives, qui continuent à s’accomplir imper-'; turbablement dans les régions frappées de ces lésions de la température organique et où il ne se développe ni phlegmasies , ni sphacèles , ni modifications quelconques dans la nutrition. On sent très-bien que si ces élévations ou si ces abaissements de la température d’une partie dépendaient d’une activité ou d’une inertie excessive des fonctions végétatives, cela ne se; passerait pas sans une altération proportionnée des phénomènes et des produits de ces fonctions , c’est-à-dire sans des hypertrophies ou des atrophies, des inflammations ou des gangrènes.! Si donc ces modifications si sensibles de la température n’ont aucune influence sur les actions! plastiques et de chimie vivante, il est nécessaire

MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE

qu’elles se lient à l’exercice de quelque appareil qui n’ait en puissance que des phénomènes dynamiques et incapables de faire directement subir à la matière organisée des changements intimes et moléculaires , comme ceux qui appartiennent à la force altérante. Or le système nerveux, seul dans l’économie, peut revendiquer la faculté de produire et de distribuer cette sorte d 'électricité animale (1) dont les phénomènes et les lois sont , comme on le verra bientôt . perpétuellement en conflit et en antagonisme avec ceux de la faculté que nous avons si soigneusement étudiée précédemment comme source de la calorification vitale ou végétative.

Avant d’aller plus loin dans l’exposition des faits qui établissent la réalité d’une des sources de la chaleur animale dans les actions nerveuses , nous devons , pour mettre l’esprit du lecteur plus à l’aise , étendre son horizon et le placer à notre point de vue; nous devons nous entendre avec lui sur un fait physiologique capital, savoir, que les deux forces en question , nous voulons dire la force vitale ou plastique qui produit et dirige les fonctions végétatives ( vis insita, propria ou innata des anciens auteurs, d’Hippocrate et de Galien en particulier), et la force nerveuse, spéciale mu motrice, qui produit et dirige les fonctions spéciales internes ou externes ( vis influa , errans , vaga, etc., de Galien), que ces deux forces sont en possession de toute notre économie animale dont elles se partagent l’empire. Les pères de l’art l’ont vu bien mieux que les physiologistes de notre époque. Les subdivisions stériles que Bichat a introduites dans ce sujet lui ont nui singulièrement. Nous préférons de beaucoup la manière grande, simple et féconde dont Grimaud, d’après Galien, a formulé cet important principe.

« Nous avons dit ailleurs que, quoique le corps vivant soit pénétré d’un seul et même principe, et que l’unité rigoureuse et absolue de ce principe soit la véritable raison de l’ordre

(1) Nous ne prétendons certes pas assimiler les phénomènes nerveux aux phénomènes électriques. Sans doute, et il est difficile de n’en être pas frappé, quand on considère ces deux ordres de phénomènes sous leurs aspects les plus généraux , et quand on ne veut pas s’exagérer ce qu’ils ont de commun au point de les croire identiques, il est permis, si on veut à toute fores des rapprochements , de n’y voir qu’un seul agent, différencié et modifié seulement par les sphères d'action respectives où il manifeste sa puissance. Pourtant ces analogies, si étroites en apparence,

qui règne dans ses fonctions , ordre sans lequel son existence serait absolument impossible , nous pouvons cependant, pour la facilité de la méthode , distribuer ces fondions en deux grandes classes, rapporter chacune de ces classes à une force particulière, et regarder dès lors ces deux forces comme les grands moyens, les grands instruments de la nature vivante, et les deux fondements sur lesquels roulent et s’exercent toutes ses opérations.

» L’une parait extérieure : elle s’applique à mouvoir diversement la matière, et dispose de ses phénomènes de situation : c’est la force motrice ou la force de locomotion.

» L’autre est intérieure , pénétrante ; son activité embrasse , saisit la matière en plein, décide ses qualités constitutives, la fait ce qu’elle est, indépendamment d’aucun mouvement de locomotion, c’est-à-dire sans introduire de changement dans ses phénomènes de situation : c’est la force digestive ou altérante. » ( Grimaud , Cours de fièvres , 1. 1 , p. 76. )

Après celle division générale , Grimaud reprend la force motrice ou nerveuse , celle dont la connaissance nous intéresse plus particulièrement dans ce moment-ci , et la considère sous les deux points de vue suivants, qui en consomment admirablement la notion. La première de ces forces, ou la force altérante (celle que nous avons jusqu’ici désignée sous le nom de végétative ) , ne demandait aucune subdivision , comme Bichat a voulu en introduire dans son étude; tandis que la subdivision établie par Grimaud par la force nerveuse ou motrice était indispensable pour l’intelligence des lois de celte force. Ori verra qu’elle est bien plus heureuse et bien plus naturelle que celle que Bichat a appliquée à la même force, sous la triple dénomination de contractilité organique sensible, contractilité et sensibilité animales.

« La force motrice dans les animaux peut être considérée sous deux aspects différents : ou dans

ne tardent pas à s’effacer sous le nombre et l’importance des raisons contraires ; et il ne reste plus de ce rapprochement que quelques traits généraux purement spéculatifs, et dont la science de la vie, et surtout les applications pratiques de cette science, ne retirent presque plus aucun fruit. Toutefois , il est intéressant de remarquer , et c’est là le but de celte note, qu’un dégagement de chaleur plus ou moins sensible se lie inséparablement à l’exercice de la puissance nerveuse et do la force électrique. C’est tout ce que nous voulions faire observer en passant.

MÉDl CATION A N T 11» 1 1 LOG IS'1’1 <x> UE .

ses rapports exclusifs avec le corps même, ou dans ses rapports avec les objets extérieurs.

» La force motrice qui se rapporte aux objets extérieurs dispose et ordonne le corps animal d’une manière convenable, d’après les relations qu’il soutient avec les corps qui l’environnent; et les actes de cette force sont subordonnés à l’action des organes des sens, c’est-à-dire que ce mouvement est réglé par les impulsions qui affectent les organes des sens proprement dits.

» La force motrice , considérée comme se rapportant au corps même , s’exerce dans chacune de ses parties , quoiqu’à des degrés bien différents : c’est ce qu’on peut appeler force tonique. Sa fin principale et majeure est de distribuer sur toute l’étendue du corps les sucs nourriciers qui doivent réparer les pertes qu’il éprouve sans interruption ; elle contribue aussi très-utilement à conserver les humeurs , en les présentant successivement aux différents, organes sécrétoires qui les dépurent et les dépouillent des sucs hétérogènes et étrangers qui s’y développent assidûment ; ces mouvements toniques qui se passent dans l’intérieur du corps et qui s’y rapportent d’une manière exclusive sont subordonnés au sens vital intérieur, qui , comme nous le dirons dans la suite, paraît exister spécialement dans l’orifice supérieur de l’estomac; en sorte que, comme on regarde assez communément le cerveau , ou plutôt la partie vraiment centrale du cerveau , comme le sensorinm commune par rapport aux organes des sens proprement dits , on pourrait aussi regarder l’orifice supérieur de l’estomac comme le sensorinm commune par rapport au sens vital intérieur, qui est appliqué à recevoir les impressions internes et à régler les mouvements qui se passent dans l’intérieur du corps, etc., etc., etc. » (Grimaud, ouv. cit., p. 80 et suiv.)

Ce dernier passage et surtout la dernière idée qu’il consacre nous seront d’une grande utilité dans l’étude de la calorification nerveuse ou par influx, comme on le verra dans la suite. Voilà de véritables services rendus à la physiologie ; et pourtant , étrange injustice , faites une mesquine et fausse application des sciences physiques ou chimiques à la science de la vie , mutilez un animal pour obtenir un résultat secondaire et stérile, votre nom sera dans toutes les bouches, vous courrez le risque d’être immortalisé, etc..., tandis que le nom de Grimaud n’est pas prononcé une seule fois dans nos cours et nos ouvrages de physiologie moderne !

Ces distinctions essentielles bien posées et bien senties, les phénomènes de la calorification par influx seront bien plus facilement compris et leur opposition avec ceux de la calorification végétative n’étonneront pas l’esprit.

Les anciens physiologistes avaient si justement observé le rapport de développement et de concentration des actions nerveuses instinctives avec le développement ou l’affaiblissement d’une chaleur correspondante, qu’ils substituaient indistinctement la désignation de l’un de ces principes à l’autre , comme pour témoigner de leur identité ou plutôt de leur simultanéité. « Chacune des parties du corps et le corps entier leur paraissaient, d’après notre Grimaud , constamment agités de deux mouvements qui s’alternent et se balancent sans interruption : d’un mouvement de chaleur ou d’expansion qui tend du centre vers la circonférence et qui dilate ces parties; et d’un mouvement de froid qui tend de la circonférence vers le centre, et qui agit sans cesse sur les parties pour les resserrer, les condenser. » Mais en pathologie, ils savaienl à merveille distinguer cette chaleur de celle qui résultait de l’action de la force altérante ou digestive dans les maladies humorales.

D’après Galien, cette force nerveuse et celte chaleur prennent dans leur déploiement leur point d’appui sur le centre épigastrique qu’il nommait Yhypomochlion de ces forces. Il suffit d’observer ce qui se passe dans le jeu des diverses passions qui peuvent agiter l’homme, ainsi que dans les mouvements de fièvre nerveuse, pour admirer le sens profond de ces expressions galéniques , qui n’ont vieilli que pour ceux qui confondent sans cesse le progrès avec la nouveauté.

Dans l’état normal , rien ne fait subir à la chaleur par influx des modifications aussi remarquables que les affections vives de l’âme, les sentiments instinctifs , les passions. C’est à un tel point, que quelques philosophes anciens avaient établi une division des passions prise de ce caractère, et avaient distingué les passions chaudes et les passions froides. D’autres plus modernes ont appelé les premières expansives, rayonnantes, thorachiques, etc.; et les secondes, concentratives , dépressives, abdominales , etc. Mais, de tout temps, les auteurs les plus distingués ont attribué aux centres nerveux viscéraux 9 la force qui produit les actes caractéristiques j relatifs aux affections de l’âme, aux sentiments, aux instincts, aux passions. Or c’cst de ces ï

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centres que paraît émaner la chaleur par influx ; car, selon toute vraisemblance , c’est d’eux que les autres centres nerveux, agents spéciaux d’innervation pour les mouvements extérieurs ( moelle épinière avec toutes ses dépendances), reçoivent la détermination et l’injonction irrésistibles des mouvements qu’ils transmettent aux instruments immédiats de la locomotion (appareil musculaire de la vie de relation), toutes les fois que l’ animal doit exécuter des actions instinctives.

Au contraire, lorsque les phénomènes de locomotion observés dans l’animal sont commandés et dirigés par le principe intelligent et libre, la détermination et la suggestion sous l'influence desquelles agit alors la moelle épinière, lui viennent du cerveau proprement dit. Dans ce cas, l’observation n’autorise pas à affirmer que Tinnervation rachidienne, en tant que déterminée par le centre pensant, s’accompagne d’un dégagement de chaleur. Celle-ci n’émanerait donc, d’après ce qu’il nous est donné d’observer, que des centres nerveux viscéraux ou ganglionnaires , soit qu’ils se bornent à présider aux fonctions nutritives spéciales , soit qu’ils communiquent à la moelle épinière des impulsions invincibles, pour l’exécution des mouvements relatifs aux instincts et aux passions , en un mot pour le développement et la conservation de l’animal en tant que vivant.

Et ici il devient indispensable d’esquisser en grand le rôle de la moelle épinière et de ses dépendances dans le système animal.

On trouve répandue çà et là, dans les ouvrages de Galien et dans ceux de quelques auteurs galénisles, tels que Sennert, Ettmuller, Rivière, etc., une idée juste mais confuse, plutôt sentie et appliquée que clairement professée , mais qui a été nettement et pittoresquement formulée par M. Dubois (d’Amiens ) , dans son Histoire philosophique de l’hypocondrie et de l’hystérie.

Cet auteur limite de la manière suivante les attributions de la moelle épinière : « L’influx nerveux , agent unique des mouvements , ne part pas du cerveau ; il ne lui appartient pas, il vient delà moelle allongée et de la moelle épinière; encore une fois, les organes de la vie animale ne peuvent le puiser que dans ces parties. Je l’ai dit ailleurs, cet influx est donc comme un premier levier situé dans la moelle allongée et dans la moelle épinière. Il faut maintenant des puissances pour mouvoir ce levier, et il y en a deux :

l’une est la volonté ou la puissance intellectuelle ; elle réside dans le cerveau, et lorsque les besoins de la vie animale l’exigent, lorsqu elle a senti la possibilité de satisfaire ces besoins, elle agit sur ce premier levier ; l’influx part aussitôt, et les mouvements volontaires ont lieu. L’autre est une puissance qui réside dans les centres nerveux de la vie organique, puissance (pie nous appelons vitale, parce qu’elle est commune à tout ce qui a vie dans la nature, tandis que l’autre n’appartient qu’aux classes les plus élevées.

» La puissance vitale peut aussi en quelque sorte agir sur ce levier, et elle le fait quelquefois sans aller chercher l’intermédiaire du cerveau, comme nous allons le prouver : elle le fait d’abord dans l’état de santé , nous l’avons dit ailleurs , et alors les mouvements qu’elle détermine , reconnaissables à un certain cachet de spécialité, ne trompent personne; on les appelle mouvements instinctifs. » ( Ouvr.'cit., p. 44ô.)

Voilà qui est incontestable et clairement exposé. Tout cela est vrai en soi, et les applications que M. Dubois (d’Amiens) a su en tirer pour établir une théorie de la névrose hystérique sont également justes et très-satisfaisantes. Mais si cet auteur, pour l’usage qu’il avait à faire de ces principes physiologiques dans l’étude de l’hystérie, pouvait se contenter d’avoir atteint à ce degré de vérité , nous sentons le besoin , pour l’objet plus radical qui nous occupe , de pénétrer plus avant dans la question , sous peine de rester au-dessous de notre tâche et de ne voir qu’un point de la vérité.

Nous avons à soutenir et à développer celte proposition physiologique énoncée plus haut, savoir, que la chaleur par influx a pour source l’action du système nerveux viscéral , et que si l’innervation rachidienne s’accompagne de la production d’une certaine quantité de chaleur par influx , c’est de cette source qu’elle la lire , et non du cerveau proprement dit.

Il a été dit plus haut, dans le passage cité, que la moelle était un levier placé entre deux puissances, le cerveau et les centres nerveux viscéraux, et qu’elle agissait toujours sous l’empire de Tune de ces deux puissances. Il n’y a là qu’une partie de la vérité, et cette proposition est trop exclusive. Oui , la moelle épinière est un levier placé entre l’impulsion cérébrale et l’impulsion viscérale, ou, si Ton veut, un centre d’innervation aux ordres de l’intelligence et des instincts. Mais s’il est vrai qu’elle entre quelque-

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fois en action sous l’empire seul des centres nerveux viscéraux, comme dans l’exécution des mouvements relatifs aux instincts et aux passions, il n’est pas exact de dire qu’elle puisse réciproquement entrer en action sous l’empire seul du cerveau ou du principe des voûtions et de l’intelligence, indépendamment et sans le secours ou la participation des centres nerveux ganglionnaires. Voici comment :

Le système nerveux viscéral ou ganglionnaire a précédé dans son développement la moelle épinière, qui elle-même a précédé le cerveau. Les faits fournis par l’anatomie comparée, l’embryologie et la tératologie sont unanimes pour affirmer ce fait. Il n’y a pas plus de moelle épinière sans ganglions nerveux viscéraux que de cerveau sans moelle épinière ; tandis qu’on peut observer une moelle épinière sans cerveau et des ganglions viscéraux sans moelle épinière. Parcourez l’échelle zoologique , et vous trouverez sans peine les faits d’où découlent ces propositions. La tératologie viendra ensuite corroborer ces faits et sera corroborée par eux. Il y a des fœtus privés de cerveau ou acéphales. Il y en a qui sont privés de cerveau et île moelle épinière , c’est-à-dire qui sont anencéphales , et pourtant vivants, ayant exécuté des mouvements dans le sein de la mère, d’ailleurs s’étant développés, et par conséquent ayant vécu. Mais il ne s’en est jamais présenté ayant un cerveau sans moelle épinière, tandis que le contraire s’est vu, savoir, une moelle épinière sans cerveau. Mais, de même que ce dernier organe n’a jamais été vu sans le premier, de même celui-ci n’a jamais été observé sans ganglions viscéraux. Au contraire, ceux-ci ont été observés sans moelle épinière et à fortiori sans cerveau.

Or c’est ici le cas de rappeler la loi que nous avons établie précédemment, et en vertu de laquelle un appareil quelconque ne peut recevoir le principe de son action propre d’un appareil postérieur à lui dans l’évolution embryonnaire et dans l’échelle zoologique. Pour avoir tout son sens et toute sa portée , cette loi exige un complément qui est celui-ci : Un appareil quelconque reçoit toujours le principe de son action spéciale , de V appareil immédiatement antérieur à lui dans dévolution embryonnaire et dans la série zoologique.

Ainsi formulée , cette loi est complète et susceptible d’applications aussi nombreuses qu’importantes; et, par exemple, si nous voulons l’ap-

pliquer à la question qui nous occupe, celle-ci va en recevoir aussitôt sa solution.

lin effet , on voit clairement que la moelle épinière , ce levier placé entre deux puissances , pour continuer la comparaison très-juste de M. Dubois (d’Amiens), ne peut recevoir le principe de son action que de celle de ces puissances qui l’a précédée dans l’évolution embryonnaire et qui apparaît ayant elle dans la série animale. Or nous venons de prouver que dans le fœtus les ganglions nerveux des viscères précèdent la moelle épinière dans leur évolution, puisqu’ils ont été vus sans elle et qu’elle n’a jamais été vue sans eux; que d’ailleurs il y a des animaux à système nerveux viscéral avant des animaux à système nerveux de relation. A plus forte raison , la moelle épinière ne tient-elle pas son principe d’action du cerveau , puisque l’existence de celui-ci lui est postérieure , qu’elle se passe souvent de lui pour agir , que les exemples de fœtus nés avec une moelle et sans cerveau ne sont rien moins que rares , et qu’il serait absurde de faire préexister une conséquence à son principe.

En définitive, quel usage avons-nous plus haut attribué à l’appareil de l’innervation sensitive et locomotrice? Ces organes, avons-nous dit (page 96), sont chargés de procurer à l’animal les choses sur lesquelles doivent s’exercer les organes précédents (ceux des absorptions alimentaire et gazeuse , des sécrétions et excrétions, de la circulation et de la génération); puis, au mâle, le support de la fécondation ou la femelle , et à celle-ci , le stimulus de la fécondation ou le mâle, etc., etc. Or, qui peut transmettre à la moelle épinière et à ses dépendances les impulsions nécessaires pour provoquer son action et la forcer à faire exécuter aux instruments qui lui sont soumis les mouvements relatifs à la satisfaction des besoins viscéraux? Il n’y a que le système nerveux ganglionnaire , lequel préside seul et d’une manière immédiate aux fonctions spéciales des viscères , et qui seul aussi communique avec la moelle épinière et ses dépendances au moyen du grand nerf sympathique et de la paire vague. Voilà pourquoi il n’y a jamais de moelle épinière sans système nerveux viscéral. S’il en était autrement, ce premier centre nerveux serait un agent ou un moyen sans principe ni sans but, c’est-à-dire une chose inutile et par conséquent une chose impossible.

Le système nerveux ganglionnaire est donc

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lin appareil intermédiaire aux viscères dans lesquels il puise le principe de son activité , et à la moelle épinière qui tire de lui le sien propre. Le bon sens physiologique suffit, comme on le voit, pour reconnaître et sanctionner cette subordination des divers appareils ; et celui qui se refuserait à admettre ces notions fondamentales consacrerait par là même une anarchie de fonctions incompatible avec la vie et le développement des êtres animés. Encore une fois, je défie un esprit droit de concevoir une monstruosité telle que serait un organisme, s’il est possible de se servir ici de celte expression , formé des appareils de la vie de relation et manquant de ceux de la vie végétative ,• un organisme dans lequel les premiers de ces appareils se seraient développés avant les seconds et leur fourniraient le principe et la raison de leur activité au lieu de les recevoir d'eux; un organisme , enfin, où la loi de subordination que nous avons établie pourrait être violée en un seul de ses points. L’imagination la plus hardie recuie devant une pareille conception.

Maintenant, on va voir que, comme nous l’avons énoncé , la chaleur par influx a bien sa source dans les centres nerveux viscéraux , et que celle que produit dans son exercice notre levier, la moelle épinière et ses dépendances, lui vient de la puissance vitale et non de la puissance intellectuelle ; qu’il la tire du foyer essentiel de son action, et non pas d’un principe d’activité inutile au développement et à la conservation de l’être en tant que vivant. N’avonsnous pas assez répété que vie et chaleur étaient deux faits inséparables? Or la vie se traduit par deux sortes d’actes , comme nous l’avons déjà dit ; les uns relatifs aux fonctions végétatives communes et relevant de la force que Grimaud appelle digestive ou altérante; les autres relatifs aux fonctions spéciales , soit internes, soit externes , et relevant- de la force que Grimaud appelle tonique , motrice ou nerveuse. Si la force vitale se manifeste par des phénomènes relatifs aux fonctions végétatives , à l’instinct plastique , la chaleur qui les accompagnera aura tous les modes et suivra dans son développement toutes les lois caractéristiques de ce genre d’actes vitaux. Si, au contraire, la force vitale se manifeste par des phénomènes relatifs à la force motrice, tonique ou nerveuse, la chaleur qui se liera à ces phénomènes se reconnaîtra à ceci , qu’elle suivra dans ses modes, son développement, etc., etc., toutes les ma-

niôres d’être et toutes les lois propres à cet autre genre d’actes vitaux.

Cette proposition , déjà émise et développée en d’autres termes aux pages 75 et 74, sert de base à la distinction fondamentale des fièvres en fièvres humorales et en fièvres nerveuses. Sans elle, pas de thérapeutique des fièvres qui puisse être philosophique et éclairée; sans elle, la médication antiphlogistique est pleine de mécomptes et de perfidie.

Si le raisonnement et l’induction portent à croire que la chaleur qui se lie à l’innervation rachidienne a pour source les appareils d’où la moelle épinière tire en même temps son principe d’activité essentielle; que la chaleur spéciale que produit son action spéciale doit lui venir d’où lui viennent et sa vie et la raison de ses fonctions spéciales , c’est-à-dire des centres nerveux viscéraux , l’observation directe et empirique des phénomènes de l’innervation ganglionnaire et céphalo-rachidienne doit confirmer ce que font prévoir l’analyse et l’induction physiologiques ; et c’est ce qui a lieu. En effet, si nous considérons isolément l’action des centres nerveux viscéraux et celle du centre pensant, nous verrons que la première est inséparable du dégagement de la chaleur par influx , tandis qu’il est impossible d’attribuer la production de ce phénomène à l’action , quelque intense qu’elle soit, du centre pensant.

Ainsi, un homme est immobile et plongé dans une profonde méditation. L’exercice du centre pensant est porté au plus haut degré de son activité. Cet homme va perdre de la chaleur par influx et se refroidir. Absorbé par l’objet purement intellectuel auquel il réfléchit, il pourra bien ne pas s’apercevoir du refroidissement qu’il éprouve ; mais qu’il soit tiré de sa méditation par quelque distraction extérieure , et il sentira cet abaissement de sa température propre. Ce n’est pas que l’action du centre pensant soit par elle-même une cause de refroidissement , mais à la longue elle peut enchaîner et affaiblir l’exercice des fonctions viscérales , et plus tard celle des fondions végétatives , au point que la chaleur produite par l’action de ces deux ordres de phénomènes vitaux en soit affaiblie.

Tout à coup l’objet purement intellectuel qui avait stimulé à un si haut degré l’activité du centre pensant, réveille chez cet homme un sentiment, une passion. Aussitôt, en un instant indivisible comme le choc électrique, il ressent vers le sensoriurn commune du sens vital , le

MÉDICATION ANTIPHLOGISTIOUE.

centre épigastrique, une impression indéfinissable qu’on appelle émotion , agréable ou pénible, joyeuse ou poignante, d’espoir ou de crainte, de courage ou de peur, d’orgueil ou de bonté, etc., etc. Une sensation rapide de chaleur semble rayonner de ce centre , et, par un influx bienfaisant, inonder toute la périphérie, si l’impression a réveillé une passion expansive ou thorachique; si, au contraire, elle a réveillé une passion concentrative , triste ou abdominale, l’individu va sentir sa chaleur abandonner la périphérie, se retirer vers le centre épigastrique ; il frissonnera , tremblera de froid, etc., comme au début d’une fièvre d’accès. Puis cette émotion dépressive peut faire place à un sentiment d’espoir ou de colère, etc.; et aussitôt, une chaleur expansive et excentrique viendra dilater, réchauffer la peau , dissiper le frisson et figurer le second stade d’une fièvre d’accès.

L’un est l’image parfaite de l’autre , car les phénomènes de l’un et de l’autre sont produits par la même force ( tonique ou nerveuse) et relèvent des mêmes lois.

Que si nous supposons notre penseur tiré de ses méditations par une cause qui s’adresse aux instincts ; que soudainement, par exemple, il se voie menacé d’un danger ; les mêmes centres d’activité vont être impressionnés, et les mêmes modifications produites dans la chaleur nerveuse ou par influx. Si, dans ce cas, il est saisi d’un effroi profond, son centre pensant travaillera en vain pour lui montrer tous les moyens d’échapper au danger ; ce centre aura beau entrer dans une activité extrême, si les centres nerveux viscéraux ou instinctifs ont été sidérés par l’impression terrible qui les a frappés, la moelle épinière ne recevra plus d’eux ni puissance d’agir ni chaleur, et l’individu restera glacé de froid et les pieds attachés au sol. Que s’il exécute des mouvements , ce seront des frissons convulsifs ou des spasmes , signes de faiblesse et quelquefois d’agonie ; car si la sidération des centres nerveux viscéraux(est portée trop loin, la moelle épinière, privée nécessairement du principe de son action qu’elle puisait en eux, refusera l’innervation respiratoire à laquelle elle préside immédiatement, et la vie s’éteindra. L’impression qui a réveillé les instincts et les centres nerveux viscéraux pourra développer des phénomènes opposés , et donner lieu à des manifestations tout opposées aussi dans la chaleur par influx et dans l’innervation locomotrice; et cela, indépendamment de l’action du centre pensant qui

n’y aura pris aucune part. Ce qui le prouve, c’est que, si, par un effort de l’intelligence et de la raison , les phénomènes instinctifs qui avaient produit un rayonnement de chaleur sont retenus et comprimés, cette action du centre pensant va enrayer le développement de la chaleur nerveuse ou par influx.

Une expérience journalière fait voir des membres paralysés, dont la nutrition s’opère sensiblement aussi bien qu’avant la paralysie, n'étre plus pourvus néanmoins de la même température ; ce qui ne peut s’attribuer qu’à l’absence de l’innervation. Ce fait est très-commun chez les hémiplégiques , et surtout chez les paraplégiques. Ce n’est qu’après plusieurs années de ces affections qu’on commence à reconnaître une atrophie plus ou moins prononcée des membres; et alors sans doute on est en droit de regarder l’activité moins énergique des fonctions végétatives comme la cause de cet abaissement de température. Mais nous parlons ici du refroidissement immédiat et souvent considérable qui s’empare des parties paralysées, et qui alors ne peut avoir pour cause que le manque d’influx nerveux , puisque la circulation artérielle et capillaire continue à se faire comme antérieurement à la paralysie , et que pendant longtemps on ne constate aucune inertie dans la force plastique. Et ce qui prouve qu’il en est ainsi , c’est que si , expérimentalement sur les animaux, ou accidentellement chez l’homme, quelque nerf spinal d’un membre est coupé, et que de celte manière la communication directe de la moelle épinière avec les parties auxquelles ce nerf distribuait l’influx nerveux se trouve interrompue, la température de ces parties baisse notablement, en même temps que les mouvements et la sensibilité s’y éteignent, bien que ces parties conservent toute leur activité nutritive.

Mais dans un certain nombre de ces derniers cas , il arrive , probablement par des anastomoses nerveuses qui insensiblement rétablissent la communication des extrémités périphériques des nerfs avec leur centre principal, que la motilité et la sensibilité sont rendues aux muscles et à la peau paralysés, et que, peu de temps après, la chaleur par influx y renaît aussi graduellement. Les fonctions vitales communes des parties privées de l’innervation spinale n’ont en rien souffert pendant cette suspension de leurs fonctions spéciales motrices et sensitives.

Remarquez que toute chaleur n’a pas disparu des parties paralysées ou manquant d’influx ner-

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veux. S’il en était ainsi, ces parties se spliacéleraient ; car la gangrène n’est autre chose que l’extinction complète des fonctions et de la calorification. vitales ou végétatives dans un tissu organisé. Non : ces parties ont perdu leur chaleur spéciale, nerveuse ; mais elles ont conservé leur chaleur commune, propre ou vitale; elles ont continué à vivre, à végéter; elles ne se sont pas mises en équilibre de température avec l’atmosphère et les corps bruts ambiants, et sont restées susceptibles de fièvre et d’inflammation ; quelquefois même elles ont fébricité et se sont enflammées; car la fièvre vitale locale, ou la phlegmasie, n’a essentiellement rien de commun avec le système nerveux; et par conséquent la chaleur vitale commune et la chaleur nerveuse ou spéciale n’ont essentiellement rien de commun entre elles.

Ces faits sembleraient prouver que la moelle épinière, indépendamment des centres nerveux viscéraux , est une source de chaleur spéciale; mais ce n’est sans doute qu’une apparence, et nous croyons qu’en réalité il n’en est rien. Nous avons suffisamment démontré plus haut que la moelle épinière ne pouvait être conçue existante sans les centres nerveux des viscères. Or, si on ne peut sans eux la concevoir existante , sans eux on ne peut la concevoir agissante. Incessamment , elle leur soutire son principe d’action spéciale, et inséparablement la chaleur spéciale qu’cl!e envoie incessamment aux systèmes qui lui sont soumis. L’activité des centres nerveux viscéraux n’est pas intermittente, elle ne saurait l’être. Le maintien de la vie est subordonné à leur influence constante et infatigable. Voilà pourquoi , même dans l’état de repos, les parties soumises à l’innervation spinale sont pourvues de la chaleur nerveuse ; et pourquoi , dans le même état de repos , elles en sont privées, dès que celte innervation cesse de leur être envoyée par suite de la lésion du nerf qui les faisait communiquer immédiatement avec la moelle épinière, et médiatement par elle avec les centres nerveux viscéraux. La moelle épinière, de même que tous les systèmes directement employés aux fonctions de relation , n’agit pas toujours. Elle est sujette aux intermittences d’action , à la fatigue , au repos , au sommeil. Mais les centres nerveux viscéraux échappent à celte loi: on sait pourquoi.

Telle est , nous le répétons, la raison pour laquelle les parties qui reçoivent de la moelle épinière leur innervation ne sont pas privées de

la chaleur nerveuse , même dans leurs instants de repos ; car, encore une lois , la moelle établit entre elles et les centres nerveux viscéraux, un conducteur par lequel s’écoule sans cesse la chaleur spéciale ou dynamique que ceux-ci dégagent incessamment.

Mais celte chaleur leur est bien plus abondamment dispensée lorsqu’elles exercent leurs fonctions motrices; et cela se conçoit parfaitement , puisque alors elles font un appel d’innervation beaucoup plus considérable.

Ces explications nous fournissent encore une réponse péremptoire à l’objection suivante qu’on pourrait nous adresser :

La moelle épinière , avez-vous dit , est un levier qui obéit à deux puissances, la volonté et les instincts. Or, quand ce levier agit sous l’influence de la première de ces puissances , il y a un accroissement sensible de la chaleur nerveuse ; la moelle épinière et les nerfs des conducteurs irradient cette chaleur très-abondamment; donc, l’action cérébrale est aussi un foyer de chaleur par influx.»

Ceux qui croiraient ainsi nous faire une objection sérieuse prouveraient , par là , qu’ils n’ont pas une idée bien juste de l’influence du centre des voûtions sur la moelle épinière, et par conséquent sur les mouvements musculaires.

La volonté n’est pas la cause des mouvements exécutés par son ordre ; elle n’en est que l’occasion; elle les provoque, mais ne les exécute pas. C’est dans la moelle que réside l’influx nerveux qui stimule les contractions musculaires, et nous avons assez dit d’où elle lire le principe de celte force. La volonté commande , et si cet ordre , par un obstacle invincible, une paralysie par exemple , reste sans exécution , il n’en résultera aucune irradiation ni de mouvement ni de chaleur; mais que l’obstacle soit levé et l’ordre donné, exécuté , le mouvement et la chaleur par influx vont se manifester. Ni l’un ni l’autre n’émanent directement de la volonté.

Remarquons, en outre , qu’à l’instinct appartient toujours, et quand même, la faculté de déterminer et de coordonner , avec son instantanéité et sa synergie caractéristiques , tous les mouvements musculaires provoqués ou commandés par la volonté. Ainsi, cette dernière puissance veut tels ou tels mouvements pour atteindre un but prévu et calculé : c’est l’instinct qui , aussitôt et avec une simultanéité et une coordination surprenantes , met enjeu le groupe de muscles qui seul peut remplir l’objet de la

volonté ; et il serait impossible à celle-ci de faire contracter isolément un des muscles de ce groupe synergique. Un danseur contracte tel ou tel groupe de muscles sans les connaître, et produit , malgré celte ignorance de la mécanique animale, des mouvements admirables d’ensemble el de grâce , lesquels se changeraient sans doute en mouvements roides, calculés, décousus et disgracieux, s’il voulait les produire et les enchaîner d’après la connaissance des muscles , de leurs points d’attache et de leurs directions diverses. Rolando et Charles Bell , après avoir laborieusement recherché les sources de l’innervation locomotrice et de l’équilibre des mouvements ; Borelli et Barthez, après avoir savamment discouru sur la contractilité musculaire et l’action de tels ou tels muscles dans l’exécution de tel ou tel genre de mouvements , d’attitudes ou d’exercices gymnastiques , auraient été bien embarrassés de se mesurer avec le plus faible acrobate. M. Magendie a très-bien compris et expliqué ces faits, et nous devons rapporter ici textuellement le passage^de sa Physiologie où il a professé les mêmes idées :

« A la suite d’une détermination de la volonté, un mouvement est produit 3 nul doute qu’elle n’ait été l’occasion du développement de celuici : mais tous les phénomènes qui se passent pour la production même du mouvement ne sont plus sous la puissance de la volonté. Je puis faire mouvoir mon bras ou ma main , mais il m’est impossible de faire contracter isolément ou en totalité les mucles de ces parties , si je n’ai pas l’idée d’un mouvement à produire. Il en est de même pour la contraction de tous les muscles que l’on regarde comme entièrement soumis à la volonté. Comment s’y prendrait-on pour faire contracter isolément l’obturateur externe ou tout autre muscle qui ne produit pas à lui seul un mouvement déterminé ? La chose serait impossible.

» On peut donc affirmer que la cause déterminante du mouvement est la volonté 3 mais la production même de la contraction musculaire nécessaire pour qu’il se fasse n’est pas sous la dépendance de cette action cérébrale : elle est purement instinctive. » (Magendie, Précis élément, de physiol., 1. 1, p. 558.)

11 résulte de toute cette discussion : 1° qu’à l’action isolée des centres nerveux splanchniques se lie la production de la chaleur que nous désignons sous le nom de nerveuse ou par influx; 2° qu’à l’action isolée du centre pensant n’ap-

partient la production d’aucune chaleur de c<$ genre ; 5° que si la chaleur par influx se lie : l’exercice des fonctions de la moelle épinière oÿ de ses dépendances, c’est que ce centre d’inner vation puise son principe et sa raison d’activil dans les centres nerveux viscéraux, et qu’ainaj la chaleur spéciale qui résulte de son action lue vient d’où lui vient la vie , soit que la provocau. tion à agir ait été forcée, irréfléchie , instinctive ou viscérale; soit qu’elle ait été libre, réfléchie! intelligente ou cérébrale; 4° enfin, que d’unj manière générale et sommairement vraie 1 phénomène de la calorification nerveuse ou pa. influx a pour support , organe ou instrumer. chez l’homme le système nerveux par lequel soi* organisme se conserve et se développe en tat que vivant.

Nous pourrions continuer la citation da. exemples qui établiraienlpurementetsirnplemen par l’observation directe etrexpérience,laréali(ji d’une source particulière de chaleur dans l’ac tivité du système nerveux; mais ces faits justit catifs, tirés de la physiologie et de la pathologi< se trouveront répandus dans le cours de ce qt nous reste à dire pour compléter l’étude de li calorification nerveuse.

Le support essentiel et fondamental de ( phénomène étant placé dans le système nerveu: quel est le stimulus de ce support?

On sait que , dans l’appréciation de l’appare d’un phénomène, le stimulus c’est ce qui fait er trer le support en action. Or quel est le stimuli normal ou naturel du système nerveux? sol quelle influence spéciale ce support entre-t-il e ;• action ?

La réponse est toute faite : elle est renferim |i dans une proposition générale plusieurs fah énoncée précédemment. En effet , nous avoi | dit et répété souvent que la chaleur par infli avait pour foyer ou pour support le syslèn nerveux présidant au développement et à conservation de l’homme en tant que vivant c’est-à-dire le système nerveux viscéral ou i S slinctif. Or, si cet appareil a pour objet le d veloppement et la conservation de l’homme < rtant que vivant, il est rigoureux d’affirml qu’il entre en action sous l’influence immédia 1 de tout ce qui peut concourir à ce résullat. Air nous arrivons à la détermination du stimul cherché , et nous disons :

Le stimulus du système nerveux , ou , ce rj est identique, le stimulus du support de la ca| rificalion nerveuse , est fourni à ce support pfl

MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE. 107

toutes les impressions immédiatement relatives au développementetàla conservation de l’homme en tant qu’animal et que vivant.

Mais cette détermination si générale et si abstraite , quoique ayant le mérite de résumer complètement les faits et la vérité , ne révèle et ne désigne pas clairement les observations spéciales trè»-cachées dont elle est l’expression fidèle. 11 faut donc que nous l’analysions et que nous la décomposions en tous les éléments dont elle est formée, pour la recomposer ensuite, telle que nous venons de la formuler, et vérifier ainsi la synthèse par l’analyse, puis , définitivement et comme contre-preuve et pierre de touche, l’analyse par la synthèse. Nous tâcherons d’èlre aussi clairs que possible , et néanmoins nous sentons le besoin de réclamer toute l’attention du lecteur.

L’esprit qui observe et étudie ne voit d’abord les objets que successivement. 11 est obligé, dans sa faiblesse , de les diviser en groupes secondaires, en parties plus ou moins étroites et finies, parce qu’il ne peut encore embrasser simultanément le tout. Ce dernier privilège caractérise la science avancée, la connaissance adulte, pleine, entière et capable de donner tous ses fruits. C’est l’apogée du travail intellectuel, le cachet spécifique du génie humain. C’est quelque chose du regard de Dieu.

Nous avons vu plus haut que l’illustre Bichat, dans sa division des fonctions, n’avait pas assez senti l’unité physiologique de l’homme , et que sa distinction des deux vies avait l’inconvénient de pouvoir être prise à la lettre, tandis que celle de Grimaud était plus naturelle et plus vraie, en ce sens qu’elle ne détruisait pas cette unité , et qu’elle laisait mieux voir la réalité et la nature à travers l’artifice philosophique ou la méthode.

Bichat, nous le répétons, a eu le tort de croire ou au moins de faire croire que sa distinction était l’ouvrage de la nature, lorsque au contraire elle ne fait que dérober la fin commune et immuable pour laquelle existent et travaillent tous les instruments auxquels il semble noir assigné des destinations distinctes.

Sans doute, et c’est précisément là la cause de 'imperfection que nous reprochons à son plan , tans doute la fonction à laquelle préside tel ou el organe est distincte en apparence de celle que <d autre exécute ; les muscles des membres supérieurs, par exemple, ont un usage particulier tien différent de celui du foie; la vision el la

défécation, etc., etc., considérées en ellesmêmes, ne peuvent souffrir d’être rapprochées et comparées; et pour entrer dans la classification de Bichat , les fonctions appelées par lui de relation ne paraissent , ainsi étudiées, avoir aucun rapport avec les fonctions organiques ; cependant elles n’ont pas d’autre objet final que celles-ci. Envisagées les unes et les autres du point de vue de leur véritable et unique fin, elles y tendent chacune à leur manière invinciblement , par les mêmes procédés, en suivant les mêmes lois et animées par la même force. Le principe est un , la fin est une et identique, les moyens ou instruments seuls varient par leurs formes et leurs dispositions matérielles. Si Bichat s’était élevé à la notion absolue du principe et de la fin, il ne se serait pas laissé entraîner à une distinction fondamentale tirée de la différence des moyens ou instruments, et de leurs actions privées et individuelles. Jamais une observation basée sur l’apparente diversité des moyens ou supports, ainsi que sur celle de leurs fonctions prochaines et immédiates , soit dans l’état sain, soit dans l’étal pathologique , jamais une pareille physiologie, jamais une pareille nosologie, ne seront vraies , suffisantes, et par conséquent pratiques.

Après avoir parcouru le domaine de la Yie chez l’homme, à l’aide de cet itinéraire conventionnel, de ces repos arbitraires et de ces délimitations artificielles, Bichat aurait donc dû arracher ses jalons, effacer ses lignes, en un mot briser l’appareil de l’étude en montrant que sa division des deux vies et leurs subdivisions respectives étaient au système animal ce que les cercles, les lignes si nombreuses et si compliquées avec lesquels les astronomes ont construit la sphère, sont à notre système planétaire, c’està-dire des fictions nécessaires, des échafaudages élevés pour atteindre et embrasser un objet, mais qu’on renverse quand on y est parvenu , parce qu’alors ils ne servent plus qu’à le masquer et l’obscurcir. — Mais la mort ne lui en a pas laissé le temps.

Il n’est qu’une seule division naturelle et nécessaire qu’on puisse et qu’on doive légitimement introduire dans un plan d’études de la science de l’homme, et c’est celle qui considère cet être, d’une part, comme vivant individuellement d’une vie purement physiologique, à titre du plus parfait et du plus élevé des mammifères, et sous l’empire seul de la force vitale que partage avec lui tout le règne animal; et d’autre

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part, comme un être destiné à vivre en société et à concourir autant qu’il est en lui aux progrès et aux fins de l’humanité, possédant ù ce litre une puissance psychologique, une intelligence libre, aux ordres de laquelle est soumis l’organisme physiologique, selon la belle définition de M. de Donald : L’homme est une intelligence servie par des organes.

Et encore, remarquez bien que celle distinction, quoique moins arbitraire et plus naturelle que celle que nous avons blâmée, n’est toujours qu’un artifice, qu’une manière devoir; mais ici, il faut le dire , un artifice et une manière de voir légitimes et utiles, puisqu’en nous il y a véritablement deux principes et deux êtres en quelque sorte. Chacun d’eux peut former et forme le sujet d’une science bien limitée et trèsvaste, quoique l’un ne puisse se manifester sans l’autre, et que nous ne connaissions la puissance psychologique que par les actes qu’elle accomplit au moyen de la puissance physiologique ou vitale et par les instruments qui sont l’ouvrage de celle-ci.

On ne peut pas en dire autant de la distinction des deux vies de Bichat ; car jamais l’ensemble des faits appartenant à la vie dite organique ne sera l’objet d’une science légitimement différente d’une autre science dont les faits et l’objet seraient pris dans les phénomènes de la vie dite de relation. Le principe et la fin de ces deux ordres de faits étant absolument les mêmes, toute séparation entre eux n’est juste qu’eu égard à la facilité de l’étude, que relativement à nous ; mais elle reste fausse et trompeuse quant au fond et à la nature des choses. L’anatomie comparée et l’embryologie l’affirment unanimement.

L’unité de la force vitale , quels que soient le nombre, la variété et la complication des appareils que celte force fasse agir, est le premier et le plus important des faits de la physiologie : Bichat n’en était pas assez pénétré. Nous croyons, néanmoins, que sa pensée était la nôtre; mais, séduit et souvent égaré par ses belles recherches sur les tissus organisés, et ce qu’il appelle leurs propriétés vitales , il a souvent pris l’effet pour la cause, et a ainsi autorisé ceux qui n’ont pas su reconnaître cet écart, â regarder la vie comme un résultat ou une propriété de la matière arrangée et lissue d’une certaine façon, tandis qu’au contraire ce tissu ainsi fabriqué et organisé est le résultat , l’ouvrage et en quelque sorte une propriété de la vie. Ce qui est vrai ,

c’est qu’après avoir créé telle ou telle forme dl tissu organisé, la force vitale opère dans ce lissi spécial des actes spéciaux, surajoutés aux acte généraux et communs , par lesquels ce tissu vi de la vie commune et générale. Chaque tissi spécial (nous appelons de ce nom tous les tissu > autres que le tissu général ou cellulaire , ou , pour parler plus exactement , tous les tissu: placés au-dessus de lui dans l’échelle animale et qui, indépendamment des fonctions végétal tives, en remplissent d’autres , telles que de fonctions sécrétoires, motrices, sensitives, etc. au moyen d’une organisation spéciale glandu leuse, musculaire, nerveuse, etc.), chaqu tissu spécial sert ainsi de moyen de manifestai lions spéciales à la force vitale, sans être pouj cela la cause de ces manifestations. Modifier uj phénomène n’est pas le produire. Des corps ditj férenls, frappés par la lumière, modifient cetU lumière de manière à donner lieu à des cou leurs différentes, mais ils ne produisent pa. ces couleurs. La lumière est une, ses mané festations sont infinies , suivant la diversiü infinie des substances qu’elle éclaire. De mêm la force vitale est une, malgré ses manifesta lions diverses, subordonnées à la structure î variée des tissus organisés.

Voilà comment, les moyens, ou supports, o conducteurs, étant confondus avec le prineip ou la force, on est tombé dans un abîme san fond d’erreurs, de scepticisme et d’imperfeclibi. lité ; situation d’autant plus déplorable, qu’o n’en a pas la conscience, que la lumière qui doi découvrir cette fausse voie n’a pas encore brillé et que les chefs de tant d’aveugles travailleur creusent de plus en plus l’abime , en chantan l’hymne du progrès.

Laissant de côté, autant que cela est possible l’homme psychologique et social pour ne nou occuper que de l’homme physiologique ou indi viduel, c’est-à-dire de l’organisme animal , nou voyons cet organisme formé d’un assemblag d’appareils exclusivement destinés, les uns a développement et à la conservation de l’ind; vidu, les autres à sa reproduction. Composer d sang pour l’entretien de l’être existant, et de 1 semence pour la formation de l’être à exister être irrésistiblement porté à exécuter tous le actes nécessaires pour renouveler sans cesse 1 première de ces humeurs et dépenser la seconde perpétuer l’une par l’autre au moyen de la syn thèse séminale opérée par le mâle et de l’analys embryogénésique confiée à la femelle ; en u

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mot , se conserver vivant pendant un certain temps et ne cesser de vivre qu1 après avoir payé son tribut à la perpétuation de l’espèce, telle est la double destination de l’homme restreint à l’animalité.

Envisagé sous le premier point de vue, c’està-dire comme pourvoyant à son développement et à la conservation de son organisme, nous voyons l’homme exécutant une série d’actes ou de fonctions ayant toutes 1° pour but l’assimilation interstitielle , l’entretien des fonctions végétatives dont nous nous sommes déjà si longuement occupés ; 2° pour supports ou instruments, tout le système des appareils de la vie de relation et de la vie organique jusqu’aux parenchymes , appareils spéciaux accomplissant leurs fonctions spéciales sous l’influence de leurs nerfs et de leurs centres nerveux respectifs ; 3° pour stimulus, enfin, l’aliment dans toutes ses transformations et ses assimilations successives, depuis l’instant où, encore placé hors de l’animal, il est découvert , saisi et ingéré par lui , jusqu’à celui où, converti en chair coulante , en sang, il est propre à remplacer ici du tissu cellulaire, là du tissu muqueux, plus loin à devenir substance parotidienne pour sécréter de la salive, hépatique pour sécréter de la bile, nerveuse pour percevoir les impressions et conduire les sensations , musculaire enfin, pour se mouvoir en conséquence.

Les aliments proprement dits ( ingestci ) ne sont pas le seul stimulus de l’organisme animal en tant que vivant et se conservant; il faut y ajouter un gaz respirable , l’air atmosphérique. Nous avons déjà dit que l’alimentation complète embrassait l’absorption alimentaire et l’absorption gazeuse , confondues dans les organismes inférieurs, mais dont les appareils sont distincts dans les rangs supérieurs de l’échelle , pour des raisons qu’il n’est pas besoin de développer ici. Quand nous disons que les aliments sont le stimulus de l’organisme en tant que vivant, il est donc entendu que nous désignons sous ce seul titre les substances alimentaires à proprement parler et l’air atmosphérique.

Mais il est pour cet organisme des stimulus antérieurs aux précédents, et plus rigoureusement indispensables qu’eux, c’est-à-dire qui sont la première condition de viabilité, et sans l’influence préalable desquels l’air et les aliments seraient inutiles; il est question des stimulus qu’on peut appeler météorologiques, savoir, une certaine mesure dans l’état lhermoméirique,

hygrométrique et éleclrométrique de 1 atmosphère, un degré déterminé de calorique, d humidité et d’électricité , degré compris dans une latitude dont les limites, assez distantes les unes des autres, s’éloignent ou se rapprochent en raison des âges, des constitutions, etc., et qui ne souffrent pas d’ètre dépassées, sans que l’organisme succombe sous un excès de stimulation lorsque la chaleur s’élève trop haut, de tonification ou de dessiccation, lorsque l’électricité est accumulée ou l’humidité soustraite au delà de la mesure ; et réciproquement , sous un excès de sédation lorsque la chaleur ou la température s’abaissent excessivement ; d’alonification , de ramollissement ou de putréfaction, lorsque l’électricité est soustraite en excès ou l’humidité trop considérable.

Tels sont les stimulus dont nous nous étions proposé la recherche et qui font entrer en exercice le support de la vie physiologique, et par conséquent de la calorification par influx. Nous en exceptons le tissu cellulaire ou le support des fonctions végétatives et communes, dont nous avons achevé l’élude , sous le rapport de la part qu’il prend au phénomène de la calorification animale.

Les premiers de ces stimulus , c’est-à-dire les aliments , font entrer successivement en action tous les appareils de la vie de relation et ensuite tous ceux de la vie organique. Les seconds, c’est-à-dire le calorique et les autres stimulus météorologiques , agissent primitivement et exclusivement sur le tact général , espèce de sens générique et répandu partout, racine et condition fondamentale de tous les sens spéciaux , et qui, suivant M. le professeur Récamier, ne fait de l’organisme entier qu’un seul sens pour le plaisir ou la douleur.

L’homme animal vit par ces stimulus et ne vit que par eux. Toutes les actions qu’il exécute ont pour but de rechercher, de s’approprier et de s’assimiler ces agents; car se procurer des aliments et s’en nourrir, s’assurer, au moyen des vêlements et des habitations, une influence régulière et normale de la part des stimulus météorologiques , constitue , avec les actes qui ont pour but de repousser l’agression des choses nuisibles, délétères et menaçantes, l’universalité des opérations destinées au développement et à la conservation de l’être en tant que vivant.

Tout ceci se réduit donc à une assimilation et à une désassimilation continuelles, dont l’organisme entier est l’appareil. Or remarquons «pic

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plus les opérations qui concourent à cette longue élaboration des substances alibiles, laquelle commence à la recherche de l’aliment placé hors de l’animal, et finit dans l’intimité des parenchymes , que plus cette grande fonction est à son début, plus elle s’accomplit à l’aide de la sensibilité cérébrale et des mouvements à progrès sensible, dont la détermination part des eenties nerveux encéphaliques. Les stimulus ne sont d’abord modifiés que sous le rapport de leur situation et de leurs formes extérieures. Ils subissent, de la part des organes, des changements qui ne portent encore que sur leurs propriétés physiques. Ils sont déplacés , rapprochés de l’individu , divisés, préparés à recevoir des changements plus intimes; en un mot, toutes les actions mises en jeu, les choses auxquelles elles s’appliquent et leurs résultats , sont du domaine de la mécanique animale , c’est-à-dire que la force vitale fait mouvoir dans ce cas des instruments de l’ordre mécanique pour produire des effets immédiats, mécaniques aussi. Voilà pourquoi tous ces actes s’accompagnent de mouvements visibles, que l’œil suit dans l’espace, grossiers, pour ainsi dire, et du ressort de la contractilité locomotrice. Les choses sur lesquelles s exercent ces appareils des premiers mouvements de l’assimilation étant situées hors de l’individu, et à une distance plus ou moins éloignée de son corps , il fallait , pour les découvrir, les reconnaître , apprécier leurs qualités et constater leur nature alibile et salutaire, ou non alibile et nuisible ; il fallait, disons-nous, que la sensibilité chargée de ce soin fût perceptive ou animale, comme disait Bichat, c’està-dire qu’il était nécessaire que la sensation éprouvée fût transmise à un centre percevant, à un sensorium commune capable de la distingue?' et d’agir en même temps sur les organes de

(1) Ce que nous venons de dire sur la nécessité d’une sensibilité perceptive pour l’accomplissement des fonctions de relation, et ce que nous pourrons dire plus bas sur la nécessité d’une sensibilité non perceptive pour l’accomplissement des fonctions organiques et végétatives , semblera sans doute une espèce de pléonasme et de simplicité , ou de contradiction et d’incompatibilité dans les termes. Le fait général de la sensibilité embrasse toute l’étude du système nerveux , et rien jusqu’ici n’a été publié ou professé sur ce phénomène radical envisagé d’une maniéré absolue. On a ri du mot sensibilité organique de Bichat, et pourtant cette dénomination renferme un sens juste et profond, une sorte de secret

la locomotion , pour s’emparer des objets ot| s’en éloigner, les assimiler ou les repousser (1)1

Si , au contraire, nous considérons le stimulul parvenu au terme de ses nombreuses élaborai lions, nous le voyons soumis à des mouvement J imperceptibles, à des actions intimes, molécu-j laires et de l’ordre chimique. Au point de départ I les actions s’exerçaient sur les masses, mainte] nant elles portent sur les molécules. Au liei] d être , comme tout à l’heure , modifiée dans sel formes, sa situation, ses dispositions extérieu] res , par des appareils de mécanique , la matièrl ou le stimulus est travaillé dans sa compositioil chimique, altéré par une force pénétrante e] diffuse dont les mouvements sont cachés mai! réels , obscurs mais incessants.

Nul besoin n’est ici d’une sensibilité réfléchie 1 accumulée et pour ainsi dire condensée dans uri centre commun de perception , pas plus que d’uij réservoir commun d’influence motrice à irraf dieraux parties contractiles pour l’exécution di leurs mouvements. Ici point d’influx, de correspondances. Chaque fibre animée est touchée par une molécule de son stimulus , qu’elle tra-f vaille et s’assimile par sa propre puissance. Elli a en elle tout ce qu’il lui faut : sensibilité, con-j tractilité, qui, s’appliquant normalement à urf stimulus normal, engendrent caloricité et plasti-fi cité ou assimilation. Telle est notre calorifi-^: cation végétative produite à l’extrémité finale d(£ la longue série des fonctions assimilatrices, dont f l’extrémité initiale se trouve, comme on l’a vu plus haut, dans les fonctions de relation exté- S rieure exécutées par des instruments qui onlj hors d’eux-mêmes des foyers dans lesquels la| sensation s’amasse et se concentre , et desquel J le mouvement part et s’irradie pour donner lieufl en définitive, comme à l’extrémité opposée, il des actes de sensibilité et de contractilité, qui,!

physiologique que personne n’a essayé de pénétrer el n'a même soupçonné. Ce n'est pas le moment d'oser mettre le pied sur ce terrain encore vierge de la science de l’homme ; mais , si toutefois ce n’est pas trop présumer de nos forces, nous le ferons plus tard dans un travail particulier.

Trop souvent, dans cet essai sur la calorification , nous sommes réduits à de simples énoncés, parce que nous sentons que bien des développements nous sont interdits , que nous dépassons notre mission, puisque au bout du compte nous n’écrivons pas un traité de ihysiologie. Mais le lecteur nous absoudra de nos longueurs et de nosapparenls hors-d’œuvre, s’ils peuvent ui suggérer quelques idées cl le porter à réfléchir.

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s’appliquant à des stimulus normaux, produisent caloricité, ou assimilation. Telle est la calorification par influx et qui , on le voit maintenant, mérite cette désignation en raison du mode spécial suivant lequel est dégagée la chaleur qui accompagne l’exercice des fonctions spéciales dont l’accomplissement est confié à V influence du système nerveux.

Cette influence, comme le mot seul l’indique, est dégagée et transmise par des centres nerveux aux parties qui communiquent avec eux au moyen de certains conducteurs, les nerfs; et simultanément se dégage aussi la chaleur qui, comme nous le savons , en est inséparable.

On voit donc que le procédé de la calorification animale est essentiellement un, et que son produit , la chaleur organique , fait partie des quatre manifestations d’activité dont l’association synergique est nécessaire à la production de toute fonction, de tout phénomène physiologique , savoir , comme nous venons déjà de le dire, sensation , contraction , calorification , assimilation (ou désassimilation). Mais tandis que , au terme de la grande fonction assimilatrice , ce groupe d’actes synergiques se passe , si nous pouvons nous exprimer ainsi , de molécule à molécule et à l’aide des instruments et des lois de la chimie vivante , pour produire la nutrition interstitielle , les phénomènes végétatifs et intimes de l’économie, et simultanément la chaleur de même ordre ; on voit, au début de cette grande fonction , le même groupe d’actes synergiques se passer de masse à masse et à l’aide des instruments et des lois de la mécanique vivante, pour produire les mouvements visibles de relation , d’assimilation extérieure, grossière et préparatoire , les phénomènes de locomotion , de préhension , etc. , soumis à l’action de foyers influents , et simultanément la chaleur de même ordre.

Mais entre ces deux points- extrêmes , commencement et fin de l’assimilation, se déroulent des fonctions nombreuses, régulièrement subordonnées les unes aux autres et qui toutes ont invariablement pour objet la transformation successive des divers aliments en un suc nourricier identique.

En effet, à quelles élaborations ne faut-il pas que soit soumise celte matière qui vient d’être découverte , saisie et préparée par les instruments de la vie de relation ou d’assimilation extérieure, avant de devenir cet aliment homogène, fluide vivant qu’on nomme sang, et qui

n’a plus qu’une transfiguration à subir pour s’appeler pulpe nerveuse ou fibre musculaire , sentir ou se mouvoir? Il est inutile de parcourir et d’analyser tous les appareils d’assimilation placés entre la cavité digestive et la cellule organique , où s’accomplit le dernier phénomène de la plasticité. Disons seulement que , plus ces appareils sont rapprochés de ceux de relation , plus ils en conservent les caractères ; qu’ainsi , plus leur sensibilité est distincte , plus leur contractilité est évidente, plus leur caloricité est nerveuse ou par influx; parce que la force qui produit ces actes simples et radicaux émane de centres d’innervation, de foyers de sensibilité et de mouvement , d’archées , suivant l’expression poétique de Van Helmont. Ajoutons qu’au contraire, plus ils s’approchent des appareils de végétation intime et parenchymateuse, plus aussi ils en revêtent les caractères ; plus , par conséquent, leur sensibilité est confuse , leur contractilité obscure , leur caloricité intime et fermenlative ; parce que la force qui produit ces opérations n’émane plus de foyers de sensibilité et de mouvement , ce qui , ici , aurait été aussi inutile qu’indispensable tout à l’heure, à cause, dans le premier cas , de la faiblesse et de l’obscurité des mouvements à exécuter, et, dans le second , à cause de leur force et de leur étendue, proportionnées dans tous deux au volume et à l’homogénéité plus ou moins avancée des matériaux à élaborer.

C’est comme si nous disions qu’une certaine quantité de calorique se dégage par influx avec des torrents d’électricité , de nos batteries et de nos machines, au moyen de conducteurs appropriés pour mouvoir de grandes masses et produire les phénomènes à progrès sensible qui s’accomplissent dans l’espace sous l’influence de cette force, et que, d’un autre côté, on voit aussi du calorique se dégager d’une combinaison chimique , en l’absence de centres ou de foyers condensateurs d’où émane cette force d’affinité. Ici et là, pourtant, les causes et les phénomènes sont essentiellement les mêmes. L’appareil seul des moyens est changé.

Le mode suivant lequel est produite la chaleur animale dans l’état physiologique ne diffère donc pas de lui-même, et nous ne saurions trop le redire, de peur qu’on ne suppose que nous avons attribué à ce phénomène deux origines , et par conséquent deux natures distinctes. Si nous avons procédé à son élude sous des chefs différents , c’est , non pas pour indiquer une

112 MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE

différence naturelle , mais par rapport à la facilité d’examen. C’est aussi parce que l’esprit aperçoit d’abord dans ce grand fait de la calorification deux modes distincts de manifestation , en raison des centres nerveux qui existent d’une part et impriment aux phénomènes de leur activité des caractères particuliers que nous avons assez signalés; au lieu que, de l’autre, les opérations qui s’exécutent indépendamment de cette influence , et par la seule force vitale inhérente aux tissus organisés , ont un aspect et une phénoménisation très- tranchés qui ont frappé tous les physiologistes et servi de base à toutes les classifications de fonctions.

Nous ne nous arrêterons pas plus longtemps sur ce fait de premier ordre, savoir, l’absence indispensable , pour les appareils des fonctions vitales communes ou végétatives , de foyers d’activité , de centres nerveux où soient tenues comme en réserve leurs forces sensitive , motrice et pyrétogénésique , et au contraire la nécessité indispensable de l’existence de ces centres d’activité pour les appareils des fonctions vitales spéciales , d’autant plus qu’elles se rapprochent davantage des fonctions les plus extérieures , et d’autant moins qu’elles sont plus voisines des fonctions vitales communes , etc., etc.

Nous engageons seulement les lecteurs à ne pas perdre de vue ce fait culminant qui domine toute l’étude du système nerveux ; car c’est dans ce fait qu’ils trouveront la raison d’une foule d’anomalies pathologiques dont jusqu’ici on ne s’est nullement rendu compte. Ainsi, pour ne prendre qu’un exemple, ce qu’on nomme l’incohérence fonctionnelle, l’ataxie, est considérablement plus fréquente dans les appareils de la vie de relation que dans ceux de la vie organique ; et elle le devient d’autant plus qu’on s’élève davantage de celles-ci aux premières ; c’est-àdire que plus un appareil est spécial , plus l’ataxie y est fréquente , et qu’elle l’est d’autant moins qu’il est plus voisin des fonctions vitales communes. Cela se conçoit maintenant trèsbien , puisque les appareils des fonctions spéciales n’ont pas en eux-mêmes la force spéciale sous l’influence de laquelle ils agissent; que cette force est placée hors d’eux, dans des foyers plus ou moins concentrés et distincts , etqu’ainsi l’ensemble et l’harmonie des actes constitutifs

(1) Celte observation pathologique avait été faite il y a plusieurs années par l’auteur de ce travail , dans sa thèse inaugurale {Essai sur tes lois (le la

de la fonction , c’est-à-dire la synergie , est b/et»; moins garantie , bien plus susceptible d'êtrŒ rompue que dans des appareils tels que ceux de* fonctions végétatives , qui ont en eux toute lai vitalité qui leur est nécessaire, et ne sont pa» obligés de l’emprunter à des centres d’activité; placés hors d’eux-mêmes. Il nous parait très-f vraisemblable que, d’un côté, cette séparalioiJ et celte différence anatomiques entre l’inslru-t ment qui exécute immédiatement la fonction e» l’appareil central et animateur duquel cet in-f strument reçoit l’influence nécessaire à son ac-»i lion , doivent entraîner l’incohérence fonction-; nelle ou l’ataxie ; et que, de l’autre, l’idenlificafioil anatomique de tous les éléments organique» doit être une garantie de l’unité fonctionnelle oii de la synergie. Il y a encore, comme causes del cette anomalie pathologique, des conditions) autres que celles-là , mais elles sont du ressorti psychologique et ne doivent pas nous occuper].1 ici. Ce qu’il y a de certain , c’est que le fait: existe, et que l’étude anaiomique et physiologiJ que du système nerveux en fournit la raison et! l’explication pour ainsi dire toute faite (1).

Arrivés au terme de notre étude physiologique! de la calorification animale, si nous voulons! jeter un coup d’œil en arrière et résumer rapi-| dement les développements peut-être trop étendus dans lesquels nous nous sommes crus obligés d’entrer, nous voyons, 1° que le phénomène de la calorification végétative a pour support l’organe vital essentiel, le tissu cellulaire; pour stimulus le liquide nourricier, le sang ; pour force de capacité réciproque, le principe vital ; 2U que le phénomène de la calorification nerveuse ou par influx a pour support l’ensemble] du système nerveux, le cercle encéphalo-ganglionnaire et tous les appareils spéciaux que ce grand système ou plutôt celte réunion solidaire de petits systèmes nerveux anime de son influence spéciale ; pour stimulus l’aliment (proprement dit et l’air atmosphérique) dans toute la suite des transformations qu’il subit , depuis les appareils les plus spéciaux de la vie de relation, jusqu’aux plus rapprochés des fonctions végétatives , ainsi les vaisseaux capillaires inclusivement; pour force de capacité réciproque, enfin, la puissance spéciale fournie aux appareils de l’innervation par ceux des fonctions

force médicatrice. — Paris, 1835 [n° 36], p. 30); mais il n’avait pas vu la loi physiologique à laquelle ce fait semble se rattacher si naturellement.

MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE

vilales communes , d’après notre loi de subordination tirée de l’anatomie comparée cl de l’embryogénie , formulée définitivement à la page 102, et de laquelle nous aurons bientôt les plus importantes applications à faire à la pathologie et à la thérapeutique des maladies fébriles en général.

Maintenant nous sommes maîtres de rejeter notre division , d’embrasser simultanément et de dominer le sujet , de justifier enfin cette proposition générale par laquelle nous avons ouvert l’exposé de notre théorie (page 73) : tous les actes qui concourent au développement et à la conservation de l’ètre en tant que vivant s’accompagnent d’un dégagement de chaleur et contribuent à produire et à entretenir la température propre de cet être, etc.

Qu’il nous soit donc permis de représenter en quelques lignes tout ce qui précède , et de dire :

La chaleur organique se lie dans l’état physiologique à l’exercice de toutes les actions vitales. Ce phénomène a donc pour support ou appareil tout l’organisme , et pour stimulus tous les agents extérieurs que l’être doit s’assimiler pour son développement et sa conservation. (Nous omettons à dessein les stimulus venant de la puissance psychologique, parce qu’ils appartiennent à l’homme social, et ne sont pas relatifs à l’homme simplement physiologique, auquel nous désirons nous borner autant que possible dans ce travail.)

La caloricité fait partie indivisible des quatre manifestations d’activité vitale au moyen desquelles toute action s’opère , toute fonction s’accomplit. Ges quatre manifestations radicales et constitutives sont la sensibilité , la contractilité, la caloricité et la plasticité. La dernière est le résultat de l’action synergique des trois premières sur un stimulus à assimiler.

Ceux-ci sont d’abord des corps étrangers , des choses extérieures à l’individu et répandues çà et là sur la surface du globe. L’air atmosphérique seul entoure immédiatement l’animal et devait être sans cesse prêt pour l’intussusception qui s’en renouvelle si fréquemment. Quant aux autres stimulus matériels , tels que les aliments , par exemple , leur assimilation complète exige une longue suite d’opérations exécutées par un système d’appareils concourant tous au même résultat, par des actions essentiellement les mêmes , quoiqu’en apparence différentes , à cause de l’espèce de modifications qu’elles doivent imprimer à la chose à assimiler. La loi

3e PARTIE.

de ces divers appareils et de leurs opérations est à peu près celle-ci :

Lorsque les stimulus à assimiler sont encore étrangers à l’individu et placés hors de lui , les appareils destinés à agir sur eux et à commencer leur assimilation sont animés par des foyers d’activité distincts des instruments immédiats de la fonction , et qui dispensent à ceux-ci la sensibilité, la contractilité et la caloHcitè nécessaires pour consommer l’acte particulier d’assimilation dont ils sont chargés. Ces forces ainsi accumulées et transmises sont énergiques, mobiles , impétueuses et sujettes à l’intermittence d’action , à des intervalles de repos nécessaires à leur reconstitution. Alors la chaleur est dite nerveuse ou par influx , parce qu’elle est, comme on le voit, irradiée et transmise par les nerfs, d’un foyer d’activité aux parties qui lui sont soumises. C’est là le summum et le type de ce mode de la calorification organique.

Lorsque le stimulus, après avoir subi l’action de tous les viscères assimilateurs, n’a plus qu’un degré d’assimilation à éprouver pour faire partie des solides vivants, les appareils chargés de l’identifier ainsi avec eux-mêmes n’empruntent pas la sensibilité, la contractilité et la caloricité dont ils ont besoin , à des foyers d’activité situés en dehors d’eux. Ces facultés leur sont essentiellement inhérentes. Toute fibre vivante les possède pour son entretien particulier, et cette restauration incessante du solide organisé est précisément l’objet des fonctions vitales communes ou végétatives. Disséminées ainsi dans tous les parenchymes , sans foyers d’activité où elles s’accumulent et d’où elles puissent émaner, les forces en question sont faibles , obscures , mais fixes, opiniâtres en quelque sorte, et ne sont pas sujettes à l’intermittence d’action , à des intervalles de repos qui leur auraient été inutiles et auraient immédiatement compromis la vie qui repose en entier sur elles. La chaleur produite par l’exercice de ces fonctions est dite vitale ou végétative , et on voit assez pourquoi. C’est là le summum et le type de cet autre mode de la calorification organique.

Quant aux fonctions assimilatrices intermédiaires à ces deux termes , la chaleur liée à leur exercice a d’autant plus les caractères de la chaleur par influx, qu’elles sont plus extérieures et avoisinent davantage les appareils de relation • réciproquement, celle chaleur a d’autant plus les caractères de la chaleur végétative , (pie les fonctions auxquelles sa production se lie s’ap-

MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE

prochent davantage de celles qui accomplissent dans la trame générale des parenchymes les derniers phénomènes de la nutrition et de la plasticité.

La centralisation ou la spécialisation de la matière nerveuse pour constituer des foyers de sensibilité , de contractilité et de caloricité , est en raison directe de V hétérogénéité des stimulus sur lesquels doivent agir les appareils d’assimilation soumis à l’influence de ces foyers. Les actions animales sont aussi de l’ordre de la physique et de la mécanique vivante, la chaleur organique est de même nerveuse ou par influx , en raison directe de cette condition.

La centralisation ou la spécialisation de la matière nerveuse pour constituer des foyers de sensibilité , de contractilité et de caloricité, est en raison inverse de V homogénéité, des stimulus à assimiler par les différents appareils viscéraux , depuis les organes de la digestion , de la respiration, etc..., qui sont encore sous l’influence de centres nerveux, de moins en moins spécialisés, à mesure qu’on s’approche du terme définitif de l’assimilation , jusqu’à la trame générale des parenchymes , où ces foyers disparaissent, et où la matière nerveuse est disséminée et fondue dans la substance même des tissus. Les actions animales relèvent aussi des lois de la chimie vivante, la chaleur organique est de même vitale ou végétative , en raison directe de cette condition , c’est-à-dire de l’homogénéité du stimulus à assimiler.

Nous n’avons examiné que l’assimilation. On sent que les appareils et les fonctions qui président aux différents actes de désassimilation ou de décomposition s’accompagnent aussi, dans leur exercice , d’une certaine production de chaleur. Seulement l’ordre des phénomènes est inverse , c’est-à-dire qu’au lieu de commencer, comme l’assimilation aux fonctions de relation dirigées par des centres nerveux et produisant la chaleur par influx , pour finir aux fonctions vitales communes , en l’absence de centres nerveux et en produisant la chaleur végétative , la fonction de décomposition .commence par celles-ci pour se terminer aux premières, en suivant du reste les mêmes lois générales.

Les fonctions reproductives nous resteraient aussi à étudier comme sources et moyens de la calorification animale; mais nous nous en abstiendrons, car il ne faudrait rien moins que passer en revue toute cette face de la physiologie de l’homme, depuis l’époque de la formation

de la puberté dans les deux sexes , jusqu’à l’union sexuelle, la fécondation , la gestation, l’accouchement , la fièvre de lait , l’allaitement et la ménopause. Ce que nous venons de dire de la loi suivant laquelle s’accomplissent les fonctions de désassimilation peut d’ailleurs s’appliquer en grande partie aux divers actes dont se compose la vie de reproduction , puisqu’en définitive les fonctions qui constituent celte partie de notre être ne diffèrent de celles de la désassimilation qu’en ce que, par les premières , l’homme se sépare immédiatement, pour perpétuer son espèce , de ce qu’il y a en lui de plus vivant et de plus fécond , tandis que par les dernières il rejette , au profil du réservoir commun de tous les règnes, ce qu’il y a en lui de plus mortel de plus stérile.

Terminons par un exemple dans lequel on puisse successivement observer les deux modes de production de la chaleur animale , et s’en faire une idée favorable à l’intelligence ultérieure de ces phénomènes dans l’état pathologique, et surtout dans les fièvres.

Suivons un peu les procédés de la calorification chez un homme qui , affaibli par un jour d’abstinence, et par conséquent frileux , va enfin satisfaire au besoin de la réparation alimentaire.

A la vue seule des aliments , cet homme va éprouver un rayonnement de vie , de force , de chaleur, et cela soudainement. II aura presque le sentiment de la refocillation. S’emparer de ces stimulus, les ingérer, leur faire subir dans la bouche le premier degré d’assimilation digestive, puis les avaler , voilà une série d’actes exécutés sous l’influence des centres nerveux encéphaliques , par les instruments de la locomotion , et qu’accompagnera nécessairement le dégagement plus ou moins abondant de chaleur par influx.

Mais le bol alimentaire a franchi le cardia; il est reçu dans l’estomac, qui commence aussitôt à réagir sur lui. Désormais et jusqu’aux fonctions d’excrétion , le stimulus est soustrait à l’influence encéphalique , pour rester soumis à celle du système nerveux ganglionnaire. C’est alors surtout que la chaleur par influx se répand en un instant à toutes les parties; qu’elle anime, vivifie et réchauffe toute la périphérie. L’individu a la sensation trompeuse de sa restauration, par la stimulation qui vient d’être imprimée au support de la calorification par influx, c’est-à-dire à tout son système nerveux , au moyen des sym-

lis

MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE

patines normales de l’estomac. II est saisi , qu’on nous permette cette expression, d’une sorte de fièvre nerveuse physiologique: idée très-juste, car tel est le type et le procédé général d’un certain ordre de pyrexies nerveuses. C’est là , avons-nous dit, une fausse sensation de restauration; et en effet, bien que l’individu se sente réconforté, que sa puissance de calorification se soit réveillée, cette force et cette chaleur, spécieuses pour ainsi dire, feraient bientôt place à un nouvel affaiblissement de l’énergie vitale et de la calorification , si l’absorption chyleuse ne pouvait se faire, et si les appareils des fonctions végétatives ne pouvaient s’exercer sur un sang enrichi et renouvelé par le mélange du chyle qui se prépare. II n’y a jusqu’ici d’excité et de fortifié que le système nerveux, et encore ne l’est-il que par consensus , que par les sympathies nombreuses et puissantes qu’il entretient avec l’appareil gastrique , et non pas , comme il le sera tout à l’heure , par la réparation végétative de la matière nerveuse dont il est formé. La chaleur qui s’est répandue dans toute l’économie a été produite rapidement par des mouvements instantanés d’irradiation , caractères auxquels nous reconnaissons la calorification nerverse ou par influx.

Si. maintenant que la digestion gastrique est consommée, on veut observer ce qui va se passer, on trouvera le mode de la refocillation et de la calorification bien changé.

L’individu va sentir un frissonnement léger, mais profond , intime , vague , successif , pénétrant, comme si toutes les molécules de son corps étaient individuellement atteintes de refroidissement. Ce n’est plus , comme on aurait pu en observer lors des premiers actes de l’assimilation extérieure et gastrique , de ces frissons rapides , électriques, glaçant tout à coup la périphérie avec tremblement , horripilation convulsive , puis cessant brusquement , revenant de même, comme des soubresauts, et appartenant évidemment à des modifications de la calorification nerveuse soumises à des modifications correspondantes dans les foyers d’innervation; mais, au contraire, nous le répétons , une action , une impression s’établissant insensiblement , pénétrant intimement tout le corps , travaillant et remuant la matière en plein , suivant l’expression de Grimaud; ce sera une modification totius substantiœ.

Puis à ces phénomènes passagers de dépression succède une chaleur douce , intime , péné-

trant successivement toute la substance et semblant se dégager de toutes les molécules vivantes comme avait fait le froid précédent. Ce n’est plus celte chaleur s’élançant avec l’innervation du centre à la circonférence et ayant tous les caractères des phénomènes nerveux, c’est-à-dire l’impétuosité, la mobilité, la durée passagère et la superficialité , si l’on peut ainsi dire; celle-là, au contraire , se forme lentement , elle est stable , fixe et profonde. Elle s’accompagne d’une énergie réelle, d’un sentiment vrai de restauration. L’individu se sent porté au sommeil, ses tissus lui semblent pleins , turgides, repus, son économie est satisfaite. Son pouls, moins vif et moins fréquent que dans la période de calorification nerveuse, est en revanche plus plein et plus grand ; sa face se colore , la peau se dispose à une légère moiteur; les urines sont plus chargées , etc., etc. ; il semble saisi , qu’on nous permette cette expression , d’une sorte de fièvre humorale physiologique : idée très-juste, car tel est le type et le procédé général d’un certain ordre de pyrexies humorales.

Ici la calorification nerveuse s’est apaisée et a été dominée par la calorification végétative; et lorsque celle-ci sera moins active par suile de l’appauvrissement de son stimulus , la première reprendra le dessus en même temps que les centres nerveux de relation , et ainsi alternativement. Voilà donc que nous retrouvons dans l’étude de la chaleur animale la loi hippocratique : Sanguis moderator nervorum , qui, appliquée à la pathologie, donne le febris spasmos solvit, deux faits généraux d’une fécondité immense , et dont nous nous sommes déjà appliqués à tirer parti dans notre Médication tonique (voir 2e partie, p. 144 et suiv.,etlre partie, à \a Médication antispasmodique , pag. 65 et suiv.).

Ce n’est plus , dans ce dernier cas , le système nerveux qui a été le foyer et le propagateur de la chaleur animale. C’est un sang plus riche et plus excitant qui a porté à chaque fibre animée le stimulus de la calorification; et si on veut bien se rappeler ce que nous avons dit ( pages 96 et suiv. de ce chapitre) de l’absence des sympathies dans les parenchymes, de l’individualisme, qu’on nous permette l’expression , de chaque aréole vivante du tissu cellulaire, on comprendra parfaitement pourquoi la chaleur végétative a les caractères que nous venons de lui reconnaître dans la seconde fièvre de digestion , qui, pour anticiper un instant sur la pathologie , nous représente les fièvres humorales, tandis

M É L) I CAT I ON A N Tl P H LOG1ST I O U E .

que l’espèce de lièvre physiologique que nous avons vue accompagner la chymification est la racine physiologique des fièvres gastriques ou «aburrales , etc. , etc.

Si l’illustre professeur de pathologie générale de la faculté de Paris avait analysé, comme nous venons de le faire, la fonction de calorification, il n’aurait pas vu se produire el se propager par voie de sympathie toutes les inflammations et les fièvres humorales, faussé ainsi toute sa pa- Ihologie, et bâti un système de thérapeutique frappé de vice el d’étroitesse. De plus, de quelle physiologie est née une pareille physiologie? M. Broussais ne s’en doute guère. Nous allonsen deux mots la faire entrevoir à ses partisans. Eh bien ! une physiologie comme celle-là , quand on est fidèle aux principes fondamentaux qu’elle proclame, ne mène à rien moins qu’à soutenir qu’un homme peut se nourrir par des sensations , par des stimulations exercées sur son système nerveux ! Oui : admettez un instant que les phlegmasies peuvent se produire et se reproduire ou se propager par le moyen du système nerveux , par voie de sympathie, que les fièvres (à l’exception des fièvres nerveuses) sont aussi soumises au même mode de génération , et nous allons vous forcer à admettre, comme conséquence inévitable de ces dogmes , que le sang n’est pas nécessaire à la réparation des tissus organisés, qu’il n’est pas le stimulus des fonctions végétatives, et qu’on peut lui substituer des stimulations exercées sur les yeux par la lumière, sur l’oreille par les sons, sur l’odorat par des miasmes , sur la peau par des sinapismes ou des coups de fouet, sur le tube digestif par de l’alcool, de l’eau chaude, etc., etc !...

Toutes ces hérésies sont pourtant implicitement contenues dans la physiologie de la doctrine de V irritation. On n’a pas osé s’avouer de si étranges conséquences. Brown a été plus franc et plus logique; car ces incroyables assertions sont presque aussi nettement formulées dans ses fameux Éléments , que nous venons de le faire

Mais ne devançons pas l’ordre dans lequel doivent se produire ces déductions dont nous sommes encore séparés par des notions physiologiques capitales.

Car c’est bien véritablement dans la physiologie que sont renfermés 1rs prolégomènes de la pathologie; c’est bien la science de l’homme en santé qui doit ouvrir l’entrée de la science de l’homme malade et éclairer la clinique; c'est

bien l’hygiène qui conduit à l’étiologie. La physiologie que tout prosecteur d’anatomie ou

de vivisections traite en vassale, dès qu'il connaît tant bien que mal le mécanisme individuel des instruments de la vie, sans plus s’occuper de leur principe et de leur fin que les soldats qui se battent ne s’inquiètent de la cause et du but de

la guerre qu’ils font. L’hygiène que se

croit appelé à régenter tout physicien qui a appris le poids et la composition de l’air , de l’eau , des aliments, des gaz, des poussières ; les lois du calorique, de l’électricité; les tables de mortalité des diverses professions , la direction des vents, la sophistication des denrées, la meilleure construction des fosses d’aisance, la théorie du maillot et de l’inhumation, etc., etc., sans songer que ce n’est pas tout que de connaître les agents hygiéniques, les six choses non naturelles de Hallé, et que l’hygiène, comme la physiologie, comme la pathologie, comme la thérapeutique , se compose de trois parties indivisibles et qu’il faut considérer simultanément dans leur action mutuelle les unes sur les autres , savoir, l’étude des stimulus , celle de leurs supports ou instruments , et celle enfin de leurs capacités réciproques; ou, pour appliquer à l’hygiène ces expressions générales, que cette science embrasse : 1° l’étude des six choses non naturelles ; 2° celle de l’organisme humain; 5° celle de là vitalité. Or, nous en attestons les lecteurs , l’hygiène d’aujourd’hui ne se renferme-t-elle pas obstinément et infructueusement dans l’étude isolée des stimulus? Pour être physiologiste ou hygiéniste, il faut avant tout être médecin, c’est-à-dire être versé dans la science de l’homme, puis, si on le peut, être physicien et chimiste, ! mais dans de certaines limites , de peur que l’un ; ou l’autre de ces deux savants ne chasse le phy- i siologiste el le médecin.

Que voulez-vous que pensent les disciples, quand ils s’aperçoivent que la physiologie qu’on leur apprend n’éclaire en rien la pathologie qu’ils vont lire ou écouter un instant après ; que l’hygiène, dont ce soir ils recueillent les leçons, ne profite pas à la clinique du lendemain; quand la thérapeutique enfin sc pose à part , comme une étude distincte el indépendante de toutes les précédentes, et quand , en la professant, on ne leur rappelle pas plus les principes de la science:! de l’homme sain et malade que ceux de 1 astronomie el bien moins que ceux de la chimie?...*

Si nous avons dit vrai au commencement del ce travail (page 65). eu affirmant qu’une théorie!

MÉDICATION A NTI PH LOG I ST1QIT E .

de calorification animale d’où ne découlerait pas immédiatement et de soi-méme une bonne théorie de la fièvre et des fièvres, devrait être, sans plus d’examen , rejetée comme erronée et insuffisante, et réciproquement ; nous sommes obligés maintenant de justifier cette proposition, et «le déduire des faits et des principes «pie vient de nous fournir la physiologie , la notion de la fièvre et la classification naturelle de ses divers genres et espèces.

Ce n’est pas, comme tant de systématiques l’ont cru et professé, que les maladies ne consistent qu’en des actions organiques exaltées ou déprimées , et qu’il suffise, pour avoir une idée de la fièvre, par exemple , de supposer la calorification physiologique simplement en excès. Cette intensité accrue dans la force de calorification n’est pas plus la fièvre qu’un surcroît d’activité dans la nutrition d’un organe, ou d’une portion d’organe, ne constitue une inflammation. Car voilà encore un des vices fondamentaux et le plus grossier peut-être de toute la doctrine dite physiologique. Soyez, en effet, conséquent avec vous-même ; et si vous acceptez les premières propositions de ce système, vous êtes irrésistiblement entraîné dans cette erreur, que l'inflammation n’est autre chose qu’un surcroît d’activité de la nutrition ou de l’assimilation interstitielle d’une partie. Dans cette doctrine, le mot irritation fait partie du vocabulaire de la physiologie, et est rendu synonyme de force , d’activité, d’énergie vitale , etc. Nous verrons bientôt ce que c’est que l’irritation , ce mot si vague et si banalement employé, et quelle idée limitée et rigoureuse il faut dorénavant y attacher.

Un homme qui vient de se livrer à un exercice violent, qui dégage une chaleur abondante, dont le corps est couvert de sueur, la peau injectée , le pouls fort, plein et fréquent , cet homme a-t-il bien, comme Huxham l’a prétendu, une fièvre passagère? Non, cet homme n’est pas malade et n’a pas plus la fièvre qu’un homme (jui digère rapidement n’a une fièvre gastrique ou saburrale, qu’un homme qui conçoit vivement et s’exprime de même n’est affecté de manie aiguë, et que le priapisme provoqué par l’action des cantharides n’est l’érection et l’érotisme légitimes , excités par un sperme mûr et abondant.

Dans l’état physiologique, le stimulus, le support et la capacité réciproque d’un phénomène jouissent tous trois de leurs conditions normales,

et concourent avec harmonie a la fonction de l’appareil «jue constitue leur reunion. Dans 1 état pathologique, l’un de ces trois éléments constitutifs du phénomène est altéré, anomal; de sorte qu’on pourrait définir la maladie une lésion de l’un des trois éléments de toute action organique. En effet, il n’est pas une maladie qui ne puisse être comprise dans cette définition, et la nosologie la plus naturelle et la plus capable de tout embrasser sans confusion serait bien celle où les maladies seraient divisées et classées 1° en maladies par lésion primitive des supports ( partes moventes ou conlinentia d’IIippocrate); 2" maladies par lésion primitive du stimulus ( partes motœ ou contenta) ; 5° maladies par lésion primitive des capacités réciproques (spiritus infini ou enormonta.

Mais , «juelle que soit la lésion d’un ou de plusieurs de ces éléments constitutifs de tout phénomène , les lois qui président aux actions morbides sont les mêmes que celles par lesquelles s’accomplissent les actions physiologiques. Les procédés de la nature sont fondamentalement identiques dans l’un et l’autre cas; seulement, ces lois et ces procédés régissent et modifient des sujets différents dans l'état de santé et dans l’état de maladie, d’où la différence des phénomènes et des modificationsdans ces deux états. Ainsi, les lois de la combustion restent les mêmes, malgré les différences que peuvent offrir, soit le corps combustible, soit le corps comburant ou le gaz, slimulus de la combustion, soit leur force de capacité réciproque. Et voilà précisément en quoi la physiologie éclaire la pathologie, et comment celle-ci est inintelligible sans la première , laquelle nous donne la connaissance des lois vitales, lois immuables , malgré les nombreuses et variables altérations dont la vie ou ses milieux sont susceptibles dans les maladies.

C’est comme si nous disions que les lois politiques qui régissent un pays ou un gouvernement vivant sous le principe de la monarchie absolue restent les mêmes pendant la guerre que durant la paix, et ne changent pas malgré mille circonstances qui font varier considérablement les agents de ce royaume et les phénomènes de son activité sociale ; malgré, en un mol, les mesures accidentelles que peuvent provoquer une foule d’événements insolites, etc.... Ainsi, les agents ou instruments de ce gouvernement peuvent être modifiés; les slimulus ou les circonstances intérieures et extérieures peuvent varier

MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE

aussi et devenir extraordinaires, anomales,- les rapports ou capacités réciproques qui existent entre les hommes et les circonstances sont de même susceptibles d’être détruits ou altérés par les temps, les progrès, la diversité du but d’activité, etc. 5 et pourtant, ce sera toujours un pays gouverné par une monarchie absolue. On nous pardonnera cette comparaison en faveur de son incontestable et rigoureuse justesse.

Connaissons donc les principes généraux et absolus qui dominent et caractérisent la science de la vie, avant de pénétrer dans les parties de celte science où l’organisme humain est considéré dans les modifications que lui font éprouver les causes morbides ; qu’ainsi, la pathologie , d’abord empirique , s’élève par la physiologie à la hauteur d’une science, c’est-à-dire à l’autorité de Pà priori et de la prévision ; qu’ainsi, la thérapeutique, d’abord empirique, s’élève par la physiologie et la pathologie à la hauteur d’une science qui les résume , les étende et les utilise toutes deux, c’est-à-dire qu’elle acquière le droit de \'à priori et de la prévision, deux résultats caractéristiques d’une science et que le numèrisme n’atteindra jamais, parce qu’il confond l’analyse avec l’énumération ; que la synthèse lui est interdite par cela même, et qu’il prend sans cesse pour des observations les impressions que ses cinq sens reçoivent dans une salle d’hôpital ou dans un amphithéâtre de nécropsie , toujours en vertu de sa fidèle épigraphe : La vérité est dans les choses et non dans V esprit qui les juge !

Or, pour aborder l’étude de la thérapeutique des fièvres, il nous manque encore une donnée physiologique dont l’ignorance nous laisserait dans une obscurité et une incertitude profondes au milieu de la médication antiphlogistique et des maladies auxquelles elle est spécialement applicable. Nous allons donc terminer, aussi rapidemenpque possible, l’exposition des principes de physiologie de la plus haute importance qui doivent diriger notre marche ultérieure.

Dans tout le cours de ce travail, afin d’échapper au défaut de la plupart des conceptions scientifiques qu’on appelle systèmes , défaut qui consiste en ce que ces sortes de généralisations laissent en dehors de l’enceinte qu’elles tracent une plus ou moins grande partie des faits constitutifs de la science, nous avons pris pour guide et critérium cette loi philosophique universelle, que toute chose , tout ensemble, tout phénomène se compose d’un principe , d’un

moyen et d’une fin, et exige, pour être complètement conçu et analysé, qu’on considère succès- i sivement en lui ces trois conditions dont le \ concours et la simultanéité d’action le caractérisent dans son état normal. Nous avons appliqué I cette formule générale aux faits physiologiques,] lorsque nous avons dit que tout appareil organique fonctionnant était composé d’un stimulus, i d’un support et d’une force de capacité réci-> proque. Cette seconde formule, dont les lermesji diffèrent de la première, est pourtant par le fondi identique avec elle, et il est facile de voir queji le stimulus représente le principe, le support ltjj moyen, et la force de capacité réciproque la fini: ou le but.

D’un autre côté, nous avons précédemment essayé d’établir une loi physiologique dont l’a u il torité nous a déjà été utile dans la solution di questions spéciales fort importantes , loi qu$ nous allons^eproduire plus formellement , parc| que, telle que nous l’avons plusieurs fois énoni cée, elle manque du complément nécessaire ; la réalisation de toutes les conséquences et ap* plications qu’elle renferme et que nous voulons en tirer maintenant au profit de la médicatio: antiphlogistique.

D’abord , nous avons formulé cette loi de 11 manière suivante, parce qu’alors nous n’avionj, besoin d’elle que jusqu’à concurrence, poui ainsi dire , du fait négatif qu’elle exprime ainsil

Un appareil quelconque ne reçoit jamam son aptitude fonctionnelle ou sa raison d’att tivité d’un appareil postérieur à lui dan. l’évolution embryogènique et dans l’échelm zoologique.

Plus tard , et parce que la question que noUI voulions décider alors à l’aide de ce princiJ exigeait qu’il fût affirmatif et plus exprès, noife l’énonçâmes ainsi : Un appareil quelconqtm reçoit toujours son aptitude fonctionnelle ot sa raison d’activité de l’appareil qui lui et immédiatement antérieur dans l’èvolutü i embryogènique et dans l’échelle zoologiqui

Maintenant, il devient nécessaire que non ajoutions à la formule précédente son compU ment, et que nous disions : Un appareil quo. conque reçoit toujours son stimulus de l’a} pareil qui lui est immédiatement postérieu dans l’évolution embryogènique et dans l < • chelle zoologique.

Il résulte de là que tout appareil fonctionna»! • physiologiquement suppose trois conditions ina,; visibles et nécessaires, qui sont : 1 ' l’existen-

MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE

d’un organe ou instrument qui exécute immédiatement la fonction ; 2° d’un second organe ou instrument qui lui soit antérieur en existence dans l’échelle des animaux et dans l’évolution embryogénique, et d’où le premier tire sa raison d’activité, son aptitude fonctionnelle ou sa force de capacité réciproque; 5° enfin, d’un dernier organe ou instrument qui ait suivi le premier dans l’échelle des animaux et dans l’évolution embryogénique, et qui soit destiné à lui fournir, à lui préparer le stimulus sous l’influence duquel il entrera en action à l’aide de la force de capacité réciproque qu’il lient, comme nous l’avons dit, de l’organe antérieur en existence. Tout organe en exercice se trouve donc placé entre un organe antérieur à lui en existence et duquel il reçoit sa raison d’activité , sa force de capacité fonctionnelle , et un autre organe postérieur à lui en existence et duquel il reçoit son stimulus, c’est-à-dire ce qui le fait entrer en action, ce qui doit être assimilé par lui. Par tout ce qui précède, le lecteur doit être familiarisé avec ces idées et ces expressions.

Qui ne reconnaît ici dans l’organe ou instrument, agent immédiat de la fonction, notre support ou moyen? dans l’organe postérieur en existence au précédent , notre principe ou notre stimulus, c’est-à-dire l’organe qui fournit et prépare ce principe ou stimulus? enfin, dans l’organe antérieur en existence , celui d’où dérive notre force de capacité réciproque , laquelle résulte en même temps de la fin ou du but de la fonction ?

tn exemple va aussitôt rendre tout ceci sensible et incontestable.

Prenons-le dans l’appareil et la fonction de l’assimilation digestive. Cet appareil se compose de trois parties bien distinctes par les actes qu’elles exécutent : ce sont les organes de la mastication, de l’insalivation et de la déglutition qui s’étendent des lèvres à l’orifice supérieur de l’estomac; ceux de la chymification, comprenant l’estomac ; ceux enfin de la chylification et de l’absorption du chyle, c’est-à-dire le duodénum et l’intestin grêle proprement dit. Examinons d’abord la chymification.

L’appareil de celte fonction doit se composer d’après ce que nous avons dit :

1° D’un instrument, support ou moyen, qui soit l’agent immédiat de la fonction, c’est l’estomac ;

2« D’un autre organe dont le développement ou l’existence soient antérieurs au précédent

dans l’échelle zoologique et l’évolution embryogénique; dans la fonction duquel 1 action du moyen ou de l’estomac, c’est-à-dire la chymification , trouve son but et sa fin , et duquel agent cet estomac reçoive son aptitude fonctionnelle , sa raison d’activité ou sa force de capacité réciproque. On voit que ce second organe est l’intestin grêle qui a tous les caractères exigés , savoir, d’avoir précédé en existence l’estomac , et d’exercer une fonction qui est la fin ou le but de la chymification.

De plus, il est évident que c’est de la fin ou but d’un moyen que celui-ci tire sa raison d’activité ou son aptitude à agir. Il n’agirait pas en l’absence d’un but ; et si c’est parce qu’il a un but qu’il agit , c’est de ce but qu’il reçoit sa force de capacité fonctionnelle, c’est par ce but qu’il est déterminé à agir, et la preuve, c’est que, lorsque cette fin est remplie, ce but satisfait, son action cesse , et il refuse de réagir sur son stimulus , celui-ci n’ayant plus d’objet.

Ici , l’action de notre moyen, l’estomac , c’est la chymification , qui a clairement pour but la fonction dont est chargé l’intestin grêle, savoir, la chylification et l’absorption du chyle. C’est parce qu’il faut à cet intestin du chyle à absorber, que l’estomac confectionne du chyme ; et dès que l’organe de l’absorption chyleuse est satisfait, la chymification ne s’opère plus; sa force de capacité réciproque abandonne notre support ou moyen, l’estomac. C’est donc bien de l’intestin grêle, lequel a précédé l’esloinac dans l’échelle zoologique et l’évolution embryogénique, dont la fonction enfin détermine celle de l’eslomac, que celui-ci reçoit son aptitude à agir, sa force de capacité réciproque.

Notre rôle n’est pas de prouver ici que l’organe de l’absorption du chyle, l’intestin grêle , a précédé , dans l’évolution des animaux et dans celle de l’embryon, l’organe de la chymification ou l’estomac, pas plus que nous ne prendrons la peine de démontrer qu’un but préexiste au moyen qui doit l’atteindre. L’anatomie comparée et l’embryogénie n’affirmeraient pas la première de ces propositions , que les lumières seules du sens commun pourraient la mettre hors de doute. Avant qu’il existe un organe pour composer du chyle , il faut qu’il y en ail un pour l’absorber; autrement ce premier organe n’aurait point d’objet. Sans but il n’agirait pas, il ne serait même pas. Or c’est l’estomac qui prépare la masse alimentaire à la chylification , qui accomplit même en grande partie ce résultat. De

pins, no voyons-nous pas des animaux pourvus d’une cavité digestive, simple et unique, dans laquelle pénètre immédiatement le liquide au milieu duquel est plongé et vit l’animal, liquide nutritif aussitôt absorbé à la surface de ce sac alimentaire qui représente parfaitement un intestin grêle, en tant qu’organe de l’absorption chyleuse? Là, il n’y a pas d’estomac; pas de chymification, puisqu’un chyle, pour ainsi dire tout préparé par la nature, est immédiatement reçu dans une cavité d’où il va circuler aussitôt dans les aréoles communicantes du tissu homogène de l’animal pour pourvoir à sa nutrition. Voilà donc un appareil d’absorption alimentaire représentant notre intestin grêle, sans un appareil de chymification ou sans estomac. Ce fait est péremptoire, autant qu’il tombe sous le sens qu’un but doit préexister, comme nous l’avons dit plus haut, au moyen ou à l’agent destiné à le remplir.

5° L’appareil de la chymification ainsi pourvu de son moyen, l’estomac; de sa raison d’activité ou force de capacité réciproque qu’il reçoit de l’intestin grêle, dont la fonction, l’absorption du chyle , renferme son but ou sa fin : cet appareil manque encore d’une condition pour entrer en action, savoir, d’un principe qui provoque son aptitude fonctionnelle et lui fournisse une occasion de s’exercer, c’est-à-dire qu’il manque encore d’un stimulus.

Nous avons dit que le principe ou le stimulus d’une fonction était toujours fourni au moyen ou agent de cette fonction par l’appareil dont le développement suivait immédiatement le sien dans l’échelle zoologique , etc. Or cet appareil est celui de la mastication , de l’insalivation, de la déglutition, etc., lequel est bien, en effet, postérieur en existence à l’estomac, et transmet bien à celui-ci le stimulus normal, sous l’influence duquel il entre en action, et qu’il doit assimiler, savoir, le bol alimentaire, ou l’aliment broyé et insalivé.

Que cet appareil soit formé après celui de la chymification , c’est là un fait incontesté d’anatomie comparée. A quoi bon , par exemple , un appareil de mastication (ce qui suppose une alimentation solide) sans un estomac existant préalablement pour recevoir et élaborer le bol alimentaire préparé par cet appareil ? D’ailleurs , ne voyons-nous pas l’enfant n’avoir des dents que lorsque son esloma<e est capable de digérer des aliments solides et devant par conséquent être broyés?

Notre fonction de la chymification peut désormais s’accomplir. La voilà composée de ses trois conditions d’existence, c’est-à-dire lu de son support ou moyen , organe intermédiaire et exécutant immédiatement la fonction, l’estomac •

2° de ce que nous appelons indifféremment son aptitude fonctionnelle , sa raison d’activité , sa force de capacité réciproque ou sa cause finale , renfermée dans l’appareil antérieur en existence, l’intestin grêle ; 5° enfin , de son principe , stimulus ou cause déterminante , fourni par l’appareil postérieur en existence , la portion susdiaphragmatique du tube digestif.

Si maintenant on veut que nous placions la cause finale ou la force de capacité réciproque dans l’estomac , organe , comme nous venons de le dire , préexistant à la portion sus-diaphragmatique du tube digestif, nous aurons pour support, moyen ou organe intermédiaire, cette portion sus-diaphragmatique, et pour appareil postérieur en existence et fournissant le principe ou stimulus , les organes de la vie de relation, qui servent à l’animal à rechercher, saisir et ingérer ses aliments.

Changeons encore le rôle des appareils en descendant plus bas dans la grande fonction d’assimilation, et nous aurons pour support, moyen ou organe intermédiaire , l’intestin grêle, pour appareil antérieur en existence et renfer- j mant la cause finale, la raison d’activité ou force de capacité réciproque, l’appareil des fonctions végétatives, l’organe général de la nutrition interstitielle ; pour organe postérieur en existence au moyen et fournissant le principe ou stimulus, l’estomac, qui prépare à l’intestin grêle le sujet de son action.

Passant ainsi en revue , les unes après les autres , toutes les fonctions , soit subdivisées de cette manière, soit considérées dans leur ensemble, nous pourrions les décomposer exactement comme les précédentes. Ainsi la respiration, la circulation, les sécrétions, puis tous les appareils servant à la désassimilation, à la reproduction, aux relations extérieures de l’individu, etc., sont susceptibles de la même analyse philosophique.

En considérant l’organisme entier en tant que vivant , se développant et se conservant , comme un grand appareil d’assimilation , ce qu’il est en efltx , nous le voyons divisé par Grimaud en appareils soumis à la force qu’il appelle altérante ou digestive ; en appareils soumis à la force motrice interne ou force tonique; et enfin, en un troisième genre d’appareils soumis à la force

MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE

motrice interne. Nous avons vu plus haut aussi comment Grimaud avait très-bien spécifié ces trois ordres de fonctions et d’appareils, et nous avons trouvé sa classification très-légitime et très-naturelle. C’est qu’en effet elle se prête merveilleusement à l’application de notre analyse physiologique. Cela se juge au premier coup d’œil. La triple division est faite. 11 ne reste qu’à la subordonner à notre loi générale, ce qui nous donne : 1° pour support, moyen ou appareil intermédiaire , l’ensemble des viscères assimilateurs et désassimilateurs soumis à la force motrice interne. On voit assez que ce sont les appareils de la digestion , de la respiration , de la circulation, des sécrétions et dépurations diverses, etc. j 2° pour appareil antérieur en existence, renfermant la cause finale des fonctions du premier ou la raison de son activité fonctionnelle, nous avons la trame générale des parenchymes , exerçant les fonctions vitales communes , et soumise a la force que Grimaud désigne sous le nom d’altérante et nous sous celui de végétative ou plastique.; 5° enfin, pour appareil postérieur en existence, et fournissant au support le sujet de son action, son stimulus à assimiler , son principe , il nous reste l’ensemble des organes de la vie de relation, soumis à la force motrice externe de Grimaud.

Car il est plus qu’évident que l’appareil des fondions vitales communes , c’est-ù-dire de la nutrition, interstitielle a préexisté aux appareils viscéraux tels que ceux de la circulation , de la digestion, de la respiration, etc. ; et que les fonctions végétatives ou plastiques sont la cause finale ou le but de l’action des viscères en question. Le tissu cellulaire a précédé, dans l’échelle des êtres, les vaisseaux capillaires , ceux-ci les rameaux vasculaires, ceux-ci les troncs etceux-ci le cœur. Le cœur a sa raison d’activité , la cause finale de ses mouvements à l’extrémité périphérique ou capillaire de l’arbre artériel , de même «pie les centres nerveux l’ont aux extrémités périphériques des nerfs. 11 n’est pas moins certain (pie les viscères assimilateurs et les centres nerveux qui président à leurs actions ont précédé, dans l’échelle des animaux , les organes des sens et de la locomotion , que les centres nerveux splanchniques ou ganglionnaires ont préexisté aux ganglions nerveux encéphaliques , et que tous ces appareils de relation ont pour fonction de fournir au support les stimulus qu’il doit élaborer pour l’entretien des fondions végétatives.

Voilà la classification de Grimaud rendue aussi naturelle que possible, à l’aide de cette loi universelle qui semble en effet le calque le plus fidèle des procédés de la nature.

Le lecteur nous pardonnera de pousser plus loin encore l’application de cette formule à l’élude de l’homme.

Mais quoi! l’entendons-nous nous répondre, n’êtes-vous pas arrivé aux limites de ce sujet , du moment où vous avez embrassé dans votre analyse tous les appareils et toutes les fonctions de l’organisme humain? Organicistes, il est vrai que nous n’aurions plus rien à ajouter. Vitalistes, et de plus spiritualistes, l’homme, pour nous, ne finit pas là.

Il faut maintenant que nous prenions pour support ou moyen l’appareil des fonctions plastiques ou végétatives, et que nous recherchions ce qui est antérieur à lui, la cause finale ou le but d’où il reçoit sa raison d’activité fonctionnelle.

Cette puissance, nous la trouverons dans la force vitale , antérieure à tout organisme ou à tout instrument de manifestation, et qui a pour but ou fin la formation des appareils de la vie extérieure , le système nerveux encéphalique et toutes ses dépendances.

Tout le règne animal n’est donc que la série progressive des créations de plus en plus avancées par lesquelles le principe vital est passé et a préludé , pour ainsi dire , avant d’arriver à la formation parfaite et finale du système nerveux encéphalique et de ses dépendances chez l’homme.

Celle proposition, ainsi que les deux suivantes, ne peut effrayer que les matérialistes. Elle ne fera sourire d’une incrédulité moqueuse que cette école organiciste dont la fatuité seule égale l’ignorance , et qui professe naïvement que le principe et la fin sont renfermés dans le moyen , c’est-à-dire que l’homme , comme l’animal , vit pour vivre , et meurt pour mourir.

Continuant donc l’application de notre formule, nous avons désormais à envisager, non plus l’homme physiologique et individuel, nous venons de le former; mais l’homme psychologique et social. Notre support ou moyen est actuellement l’homme physiologique complet , doué des appareils nerveux de relation et de leurs dépendances. Le stimulus de ce support, l’agent qui le fait entrer en action et détermine ses nouvelles fonctions , c’est l'aine ou la puissance psychologique, le principe pensante! libre

122 MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE

postérieur en existence dans la création au principe vital et aux organismes, et <jue ne possèdent pas les animaux les plus élevés dans l’échelle, par une raison bien simple, c’est qu’ils n’ont aucun but d’activité qui exige l’intervention d’un pareil principe. Ce but d’activité qui existe pour l’homme seul , c’est la vie sociale, la nécessité pour lui de vivre en société et de perfectionner indéfiniment son intelligence; car son état naturel et obligé , c’est l’état social, sans lequel il serait au-dessous de la brute, qui, en tant qu’être simplement vivant, a, pour s’assurer ce résultat, des organes, des aptitudes et des instincts bien supérieurs à ceux de l’homme, dont le but est, nous le répétons, la perfectibilité sociale, tandis que le caractère le plus frappant de l’animal , c’est l’imperfectibilité.

N’est-il pas incontestable que le but ou la cause finale de l’homme , c’est la société , la perfectibilité humaine , le progrès moral et intellectuel ? N’est-il pas de même évident que c’est île ce but qu’il tire la raison de son activité psychologique? Est-il moins certain que cette puissance ne lui a été donnée que pour atteindre ce but; puisque, s’il eût dû vivre individuellement et sous le seul rapport physiologique , ce principe intellectuel libre et perfectible lui aurait été parfaitement inutile, comme cela nous est démontré par l’exemple des animaux (1)?

Nous venons , en quelques pages , de tracer le tableau général de toute la physiologie de

(1) Là s’arrêtent nos besoins ; mais le médecin doit aller jusqu’à ce degré dans la connaissance du sujet de son étude , puisque le stimulus de l’homme social, ou l’exercice de la puissance psychologique, est susceptible de lésions, d’aberrations , etc. , et par suite d’une influence anomale et morbifique sur l’organisme,— et réciproquement.

Il serait déplacé, dans un ouvrage du genre de celui-ci, de poursuivre encore l’application de notre loi au delà de ce qui, dans l’étude de l’homme, intéresse le physiologiste et le médecin. Ou’il nous soit néanmoins permis , à la faveur d’une note et sans nuire à la continuité et à l’enchaînement des idées du texte, de terminer par une dernière formule la hiérarchie des faits généraux que nous avons conduite jusqu’ici.

L’homme, avons-nous dit, vil et doit vivre en société dans un but de perfectibilité et de progrès, et c’est de ce but , avons-nous ajouté , qu’il tire sa raison d’activité morale et intellectuelle. Or prenons à présent pour support ou moyen cette société, c’està-dire cette réunion d’hommes ; pour stimulus, le concours de toutes ces intelligences perfectibles. Où

1 homme. Nous u ovons eu besoin pour celo quel d’un principe philosophique et de l’anatomiei comparée. Celte dernière science n’a jusqu’icii été pour la physiologie que d’une utilité très-se-3 condaire, partielle et de détail. On n’a pas rnêmei soupçonné la possibilité de son application à lai pathologie. Nous croyons avoir montré, dan» ce qui précède, de quelle lumière elle peut en- 1 tourer la science de l’homme en santé. On verra bientôt que la science de l’homme malade n’attend pas moins d’elle.

Les données physiologiques qui précèdent élan! ) admises et surtout comprises et bien senties nous allons par degrés , et sans quitter le terrait»sur lequel nous sommes placés , nous approche» de la pathologie.

Toules les fois qu’un appareil organique quel-; conque sera complet, c’est-à-dire réunira la tripla condition d’un agent ou support intermédiaire d’un organe antérieur en existence et dont lai, fonction soit sa cause finale ; d’un troisième posa lérieur en existence et qui lui fournisse un sti-i mulus normal à assimiler ; touteslesfois, disonsnous , qu’un appareil ainsi complet agira sun son stimulus propre et normal, il y aura synerÀ gie physiologique , il y aura fonction ou aclior: vitale; car une fonction n’est autre chose qu’un«| action ou une réunion d’actions tendant à uM but. Il n’y a pas fonction là où il n’y a pas prim| cipe, moyen et fin. Une action organique qui? manque de but ou qui ne s’accomplit pas sou

sera le but, la cause finale , la raison d’activité de c«i grand appareil de l’humanité?... Cherchez... Cetl< . source universelle doit, d’après notre formule, avoil préexisté. Qui donc est antérieur à l’humanité? Qui a-t-elle pour principe et pour fin ; car ici le princip ï et la fin se confondent pour fermer le grand cercle d j la création ? vous l’avez nommé : Died ! Et de que droit a-t-on banni ce nom de nos ouvrages moderne de physiologie et de médecine? J’ouvre les œuvres d’ tous les grands hommes qui ont illustré par des mo i numents impérissables ces deux sciences, et je trouv ce nom au commencement et à la fin... Serail-ce là h secret de la grandeur et de la durée de ces œuvres?.. >y Est-ce donc un mot antiscienlifique? Bacon, ce phi losophe par qui vous jurez si imprudemment , a di . que peu de science éloignait de Dieu, et qu'un ; science plus avancée en rapprochait. Qu’en pensez vous ? C’est pourtant un fait d’observation que le nu mérisme lui-même serait obligé d'avouer.

Quant à nous , nous vous dirons avec le docleu *’ Hollard (préface de son Précis d' Anatomie camp.) I « Dieu est aussi nécessaire à la science de la nalur j qu’à la nature elle-même. »

MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE

l'influence de son stimulus normal est une action pathologique.

Souvenons-nous , en outre, que toute action physiologique se traduit par les quatre manifestations suivantes : sensibilité, contractilité, caloricité et plasticité (assimilation ou désassimilation ). Ces quatre manifestations primitives sont inséparables chaque fois qu’une fonction est exécutée. Ainsi, le caractère le plus sûr d’une action vitale synergique ou finale, c’est qu’elle s’accompagne de ces quatre phénomènes confondus en un seul pour ainsi dire. S’il arrive qu’ils se dissocient, il n’y a plus synergie, il n’y a plus fonction, mais action déréglée, sans but, sans lois; on observe des phénomènes spasmodiques , selon la définition que nous avons déjà donnée du spasme en général , dans notre Médication tonique, savoir : Le spasme est un 'mouvement sans but.

Voilà ce qui constitue la transition la plus simple de l’état physiologique à l’état pathologique : c’est le cas où une action organique a lieu vainement, sans un but d’assimilation ou de désassimilation; le cas où un appareil agit, indépendamment d’un stimulus , à modifier , à travailler, et agit par conséquent sans tendance finale , puisque , étant destiné à assimiler , il n’assimile rien, s’épuise en une action inutile et ne remplit pas sa fin. Un exemple rendra ceci plus sensible que toutes les définitions ; servonsnous toujours de l’appareil digestif :

Un homme commence à sentir le besoin de l’alimentation. Jusque-là cette sensation est physiologique, puisqu’elle résulte de l’inanition des parenchymes résumée dans la région épigastrique, sensation suî generis , sur la nature de laquelle personne ne se trompe, qui cesse lorsque le besoin est satisfait, etc.; mais supposons que, dans ce cas , il ne le soit pas , que l’individu reste en proie à la faim. Le sentiment physiologique et d’abord agréable de ce besoin va devenir pénible et douloureux, l’estomac se contractera, entrera en action, mais à vide : nous touchons à l’état pathologique; car voilà la racine des névroses, des maladie sine materiâ : nous avons une névralgie et un spasme. Cet état pourra s’étendre à beaucoup d’autres appareils. Les spasmes et les douleurs se multiplieront ; des lésions de tout genredans la sensibilité, la contractilité et la caloricité seront produites. Mais rien ne sera synergique. Ces trois actes vitaux, n’ayant plus de tendance finale, de but, de fonction, se sépareront, se manifesteront individuellement pour

produire , comme nous venons de le dire , des spasmes, des douleurs , des fièvres locales, et cela sans enchaînement, sans simultanéité, sans règle et surtout sans résultat. Une fièvre générale pourra s’allumer. Mais confondrez- vous cette surstimulation spontanée de la calorification avec celle qui serait déterminée par la présence et la nécessité d’un stimulus à assimiler ?

Ces douleurs, ces spasmes, ces lésions de la calorification, nous donnent le type et l’idée la plus simple des affections dites spontanées, c’està-dire des maladies produites par une lésion primitive de la vitalité , et indépendamment de toute provocation de la part des stimulus propres des organes, ou de stimulus anomaux et morbifiques. Que voit-on, en effet, dans les phénomènes spasmodiques que nous venons de constater chez l’individu en proie à l’inanition? Un appareil dont l’aptitude fonctionnelle, la force de capacité réciproque, la vitalité spéciale, en un mot, est présente, vivace, pleine de virtualité, c’est-à-dire d’énergie en puissance; énergie puisée dans un but d’activité impérieux, le besoin de la réparation alimentaire ; énergie en vertu de laquelle l’estomac agit, c’est vrai, mais agit en l’absence de son stimulus normal , l’aliment , et ne donne lieu qu’à des phénomènes soit de sensibilité morbide, malaises ou douleurs ; soit de contractilité anomale, spasmes; soit de caloricité insolite et inutile, vapeurs.

Nous disons que ces phénomènes morbides sont spontanés, parce que nous ne voyons pas qu’ils aient été provoqués par le contact ou l’influence d’un stimulus, soit normal, soit anomal Us dérivent de la spontanéité de la force vitale. Il n’y a ici pour les déterminer ni modificateurs externes ni modificateurs internes. Telle est , il faut le répéter , la notion simple et fondamentale des maladies sine materiâ , des maladies que dans l’école de Montpellier on appelle affectives , à l’exemple de Galien.

C’est à bon droit , comme on le voit , qu'elles ont été nommées maladies sans matière, puisque effectivement il n’y a pas là de stimulus , de matière à élaborer , à assimiler ou à éliminer. Ces maladies ne sont donc jamais synergiques, car on n’y observe pas l’action simultanée de la triple condition de toute fonction , de tout appareil complet et ayant une fin à remplir. Les trois phénomènes radicaux de tout acte vital ne s’y associent pas pour produire le quatrième , puisque la condition essentielle de cette résultante

MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE

est la présence d’un stimulus à assimiler. Ainsi donc , quand dans un appareil le support ou le moyen , en vertu de sa cause finale ou de l’aptitude fonctionnelle qu’il possède et donl la raison réside dans l’organe antérieur à lui en existence, agit seul et sans le concours de l’organe postérieur en existence , qui devait lui fournir son stimulus ou le sujet de son action, il n’y a plus synergie; la sensibilité, la contractilité et la caloricité qui se développent simultanément ou isolément ne s’appliquant plus à un stimulus et n’ayant plus pour but son assimilation , l’harmonie fonctionnelle est rompue; les manifestations d’activité vitale sont insolites, anomales, irrégulières ; sans principe , elles ne tendent à aucune fin , et revêtent dès lors le caractère du spasme , de la douleur ou des vapeurs , des névroses en un mot, c’est-à-dire de. maladies non synergiques et non critiques. Telle est la notion précise et caractéristique sur laquelle doit reposer l’étude de toute une classe de maladies, la classe des maladies sans matière ou des névroses.

Mais qu’on n’étende pas abusivement le sens et l’intention véritables de ce que nous venons de dire sur la nature et le caractère pathognomonique des névroses ou maladies sans matière. Et c’est ce que ferait celui qui des propositions précédentes conclurait que, pour nous, les spasmes, les douleurs, les vapeurs, les névroses enfin , ont toujours , comme condition d’existence, l’aptitude fonctionnelle d’un organe faisant entrer cet organe en action en l’absence de son stimulus normal. Qu’on ne nous suppose pas une semblable opinion , car ce n’est pas là ce que nous avons voulu dire.

Comment pourrait-on soutenir , en effet , qu’une gastralgie, qu’une sciatique, qu’une attaque d hystérie , qu’une crampe d'estomac , qu’une colique, etc., viennent de ce que l’organe en souffrance entre en action , parce que son stimulus normal lui est refusé ; et que les phénomènes morbides qu’on observe ne sont autre chose que la vitalité physiologique, l’aptitude fonctionnelle d’une partie suscitant dans cette partie des actes vitaux en l’absence de son stimulus propre? Certainement qu’en pareille circonstance le spasme , la douleur , ne sont pas produits par l’aptitude physiologique de la partie frustrée de son stimulus normal. Nous ne disons pas que toutes les névroses de l’estomac sont dues à l’abstinence. Seulement , comme nous avons eu soin de l’exprimer , on trouve dans la

physiologie la racine et la loi des névroses, em ce sens que ces sortes d’affections sont toujoursi et invariablement caractérisées par un acte vital! sans but, une manifestation de la vitalité sans; stimulus à assimiler ou à éliminer.

Dans le cas que nous avons pris pour exem- j pie, de l’individu à jeun, les spasmes sont pourti ainsi dire physiologiques. Ils sont déterminésti par une cause de cet ordre. Ces manifestations» vitales non synergiques résultent de l’exercice)' d’une aptitude fonctionnelle physiologique em < l’absence des stimulus normaux qu’elle est des-, linée à modifier. Ces stimulus lui manquent, et, à leur défaut, la sensibilité, la contractilité, la caloricité de l’organe opèrent des phénomènes ,jj mais sans but , sans fruit et sans synergie. Si \&. stimulus normal de l’organe continue à lui être refusé , ces spasmes pourront devenir pathologiques, sansdoute ; mais ce n’est pas là la question.!

Maintenant , quelle que soit en patliologie la | modification de la vitalité qui suscite des mani-i festa lions non synergiques et donne lieu à unei névrose , la loi n’en sera pas moins la même , et > ce sera toujours un acte de contractilité, de sen-i sibilité ou de caloricité saris but; car , de même J qu’il y a des fonctions physiologiques , il y I a des fonctions pathologiques, et l’idée de la; synergie se retrouve dans la science de l’homme I malade comme dans celle de l'homme en santé. î Nous n’avons pas prétendu que les névroses n’é- 1 laient que des aptitudes fonctionnelles de Tordre a physiologique simplement exaltées et perverties | par la privation intempestive des stimulus normaux des organes. On sait assez , et nous avons ; bien pris soin de le déclarer, que nous ne re-| gardons pas les maladies comme des modifications en plus ou en moins de l’état physiologique; I ce qui n’empêche pas de reconnaître et de si- r gnaler tous les types des maladies dans les pro- i cédés de la nature chez l’individu non malade, ; puisque les phénomènes seuls sont changés, les ; lois restant les mêmes dans l’un et l’autre état. .

Qu’il nous suffise donc de savoir que dansl’or- j dre physiologique, en l’absence de son stimulus normal, un organe manifeste spontanément des . phénomènes de sensibilité , de contractilité et de caloricité (simultanément ou isolément), sans : fin et sans synergie; et que ce fait physiologique nous révèle le mode de développement et la loi des maladies sineniateriâ ou des névroses, qui sont aussi, dans L'ordre pathologique, des ma- i nifeslations spontanées d’activité vitale sans but et sans synergie.

MÉDICATION AN'

Quant à la cause prochaine qui peut changer et rendre pathologique un phénomène de spontanéité vitale, il est inutile, en ce moment, que nous la recherchions. En ne faisant qu’énoncer notre opinion sur ce point , nous craindrions de n’être point compris et d’être mal jugés. Pour la développer et découvrir les faits oh elle s’est formée , ainsi que les inductions tirées de ces faits et dont elle est née, il nous faudrait entrer dans de très-longues et très-difficiles controverses, traiter l’importante et vaste question de la force médicatrice, et c’est ce que nous lâchons d’éviter, toutes les fois qu’il ne peut pas en résulter un profit évident pour l’intelligence de la médication antiphlogistique. Si, dans l’occasion, il devenait utile de pénétrer un peu au sein de ce sujet neuf et ardu , nous le ferions accessoirement et en quelques lignes.

Nous avons fait le premier pas dans la pathologie, et nous voulons ne plus en sortir ; mais nous prions le lecteur de ne pas oublier le chemin qu’il vient de parcourir avec nous. Sans cela, il serait exposé ù se trouver sans guide au milieu d’un pays inconnu.

Si, après avoir considéré un appareil agissant en l'absence de son stimulus normal, nous observons son aptitude fonctionnelle s’appliquant à élaborer, à assimiler ou à désassimiler un stimulus anomal ou morbifique, la scène va changer, et nous voici en plein dans la pathologie. Si un appareil qui réagit sur son stimulus normal constitue une synergie physiologique, celte synergie ne fera que changer de nature ou plutôt d’objet, le stimulus étant devenu anomal: ce sera une synergie pathologique. Les fièvres et les phlegmasies sont devant nous.

L’appareil d’une fièvre vraie ou vitale et d’une phlegmasie est toujours complet, toujours formé d’un stimulus à assimiler, d’un support assimilateur et d’une raison d’activité , d’une force de capacité réciproque qui rend le support apte à assimiler le stimulus. Ces deux actes pathologiques ont donc le caractère d’une fonction ou d’une synergie. Le stimulus seul a changé, et cette simple circonstance a suffi pour modifier profondément les manifestations d’activité vitale généralement ou localement. Des hippocratistes plus zélés qu’attentifs ont dit que tout acte morbide était une fonction pathologique. S’ils avaient borné celte définition aux fièvres vitales et aux phlegmasies, ils n’auraient fait qu’exprimer une idée bien juste et bien féconde en thérapeutique ; mais ils l’ont faussée en l’appli-

l’I DH LOGISTIQUE.

quant à tous les étals morbides, puisque nous avons vu un certain ordre d’affections caractérisées par l’absence de synergie et de tendances finales en raison de l’absence d’une des conditions de l’appareil pathologique, à savoir, d’un stimulus (pii servit d’objet aux manifestations anomales de l’activité de la partie lésée.

La pathologie embrasse donc deux grandes classes de phénomènes ou de maladies : 1° celles où l’appareil pathologique est complet, et produit des phénomènes synergiques. Ces maladies ont un principe , un moyen cl une fin; ce sont bien de véritables fonctions morbides. Telles sont toutes les maladies critiques et avec matière , où la force médicatrice de la nature déploie toute sa puissance , et où il n’y a de différent de l’étal physiologique que le stimulus , c’est-à-dire la chose à assimiler, qui est un principe morbifique, lequel suscite une réaction en rapport avec sa nature, réaction au moyen de laquelle il est élaboré , assimilé ou éliminé selon la définition de tous les médecins hippocratistes, nous osons dire de tous les grands médecins : Naturœ conarnen materiœ morbificœ extern) mat ioue m , in œçjri salutem omni ope molientis (Sydenham). 2° Maladies dont l’appareil est incomplet, manque de l’une de ses conditions et où il n’y a pas de stimulus à assimiler, pas par conséquent de but, de synergie, de crises , de puissance médicatrice, de périodes enchaînées les unes aux autres, de solution calculable et régulière , etc. On ne peut pas les appeler des fonctions pathologiques.

Les premières sont les maladies réactives ou avec matière ; les secondes, les maladies spontanées ou sans matière; celles-ci non synergiques, les premières synergiques, etc.

Il est juste et indispensable de diviser en deux sous- classes les maladies sans matière non synergiques, car elles ne rentrent pas toutes dans celles que nous nommons spontanées. Celles-ci, pour appliquer à la pathologie la donnée physiologique dont nous avons tiré leur notion, traduisent une aptitude fonctionnelle morbide s’exerçant en l’absence d’un stimulus de même nature à assimiler ou à éliminer, comme nous avons vu que les spasmes de l’estomac d’un individu dans l’inanition traduisaient une aptitude fonctionnelle physiologique s’exerçant en l’absence d’un stimulus de même nature à élaborer ou à assimiler. Mais toutes les maladies nerveuses , spasmodiques ou sans matière ne sont pas produites ainsi. Il en est d’autres qu’il

126 MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE

faut attribuer à deux causes ou conditions différentes, savoir , l’éréthisme et la sympathie. En traitant de la Médication tonique, nous nous sommes assez étendus sur le premier de ces états pour n’être pas obligés d’y revenir ici. Quant à la sympathie comme cause de certaines affections spasmodiques , non synergiques ou sans matière, elle consiste en ce qu’un organe entre en action , non pas spontanément comme dans la première sous-classe, non pas sous l’influence d’un stimulus à élaborer comme dans les maladies synergiques, critiques ou avec matière , mais sous l’impression d’une stimulation quelconque exercée directement sur une autre partie du corps et transmise par voie de consensus pathologique ou de sympathie à une partie différente.

On conçoit très-bien que cette stimulation sympathiquement communiquée et ressentie ne produise toujours que des manifestations d’activité non synergiques, vaines et sans matière, puisqu’une pareille provocation est toute dynamique, nerveuse et incapable de faire entrer l’organe souffrant en fonction pathologique; ainsi, dans ce cas , la maladie , quoique provoquée et non spontanée par conséquent , n’en est pas moins une maladie spasmodique et sans matière , une maladie sans fin , sans raison d’activité; car elle n’est que le résultat passif et nécessaire du consensus qui lie entre elles toutes les parties d’un organisme.

La sympathie est donc essentiellement un phénomène de l’ordre pathologique et bien différent de la synergie. C’est l’opinion de Bichat : (i Pour peu qu’on réfléchisse aux phénomènes sympathiques, dit-il dans les considérations préliminaires de son Anatomie générale, il est évident que tous ne sont que des développements contre nature des forces vitales qui se mettent en jeu dans un organe par l’influence

(1) Nous croyons devoir mettre sous les yeux du lecteur quelques-uns des passages où Barthez a fondé cette importante distinction. Les expressions et les formules par lesquelles un homme de génie émet un principe fondamental , un fait général ignoré ou inaperçu avant lui , ont quelque chose d’original, de fort, de lucide et de sacramentel, que rien ne remplace, que le commentaire obscurcit ou affaiblit trop souvent , et qu’on doit respecter comme les anciens monuments:

«Mais la principale voie d’exclusion par laquelle il faut reconnaître si un fait doit être regardé comme

que cet organe reçoit des autres qui ont été U excités directement. »

Jamais un phénomène sympathique n’a dut*: raison d’activité, de but. C’est un retentissement! inutile et toujours plus ou moins fâcheux, parce i qu’il ne concourt à rien et ne fait pas partie deu la fonction pathologique. La synergie a des caractères tout opposés; elle appartient à l’ordre! pathologique comme à l’ordre physiologique.. Cela suffit pour faire discerner ces deux genres) de phénomènes trop souvent confondus ; confusion des plus déplorables , et qui , nous sommes en droit de le dire , est la plus fréquente et la plus funeste des causes d’erreurs thérapeutiques* Barthez, le premier, a bien séparé les synergies des sympathies. C’est peut-être le plus grand, service que cet homme illustre ait rendu à la science médicale. Personne pourtant ne lui ea tient compte, et notre époque est si étrangement! fourvoyée, que l’auteur d’une distinction entre le bruit de souffle du cœur et le bruit du frollement du péricarde est bien plus assuré aujour-j d’hui de l’immortalité que l’auteur des Élë-\ ments de la science de l’homme. Nous espérons! et nous sommes certains que le temps n’est pas éloigné où de si ineptes jugements seront igno-: minieusement cassés(l).

Pour nous résumer sur ce point , on voit que l’appareil d’un phénomène sympathique parait être formé d’un principe , d’un moyen et d'une fin, et pouvoir, sous ce rapport, être rangé parmi les affections synergiques ou finales , les fonctions pathologiques , enfin ; mais ce n’est qu’une apparence, et en réalité il n’y a dans.i tout phénomène de ce genre qu’un organe dont; la vitalité entre en action en l’absence d’un stimulus.

En effet, nous avons assez caractérisé l’essence de tout stimulus, en disant, à plusieurs reprises, qu’un stimulus était ce qui doit être assimilé

relatif à la sympathie particulière de deux organes , c’est de s’assurer qu’il ne puisse être rapporté à une synergie des forces de ces organes.

» Je désigne par ce mot de synergie un concours d’actions simultanées ou successives des forces des divers organes, concours tel , que ces actions constituent par leur ordre d’harmonie ou de succession la forme propre d'une fonction de la santé ou d'un genre de maladie , comme par exemple la forme générique d’une excrétion ou d’une inflammation.

» Dans toute excrétion ou dans toute inflammation, la nature fait concourir à produire ces affections des

MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE

par le support, le moyen ou l’organe intermédiaire de la fonction , tant dans l’ordre physiologique que dans l’ordre pathologique. Si cette définition du stimulus est exacte, et on ne saurait le contester , il s’ensuit que tout stimulus doit être , avant son assimilation , étranger à l’organisme ou à l’organe fonctionnant, puisque toute chose qui n’a pas cette condition fait partie de l’organisme et n’a par conséquent pas besoin d’être assimilée. Or le principe ou la stimulation sous l’influence de laquelle un organe entre en action de sympathie n'est pas une chose distincte de l’organisme ni qui lui soit étrangère ; ce n’est autre chose qu’une stimulation ressentie secondairement par un organe à l’occasion d’une stimulation exercée directement et primitivement sur une autre partie. Cette répétition de stimulation s’est opérée par l’intermédiaire de la puissance vitale , puissance qui , en raison de son unité et de son indivisibilité , est, pour ainsi dire , partout présente et fait merveilleusement communiquer entre elles toutes les parties d’une économie vivante. Ici , par conséquent, la cause sous l’inrluence de laquelle le support est entré en action n’est pas distincte de l’organisme ni de l’aptitude fonctionnelle mise en jeu , puisqu’elle n’est ellemême qu’une manifestation d’activité qui , au moyen de l’unité de la force vitale, a le pouvoir de retentir dans un lieu plus ou moins éloigné.

organes distincts de l’organe excrétoire ou enflammé. Ce concours peut exister indépendamment des sympathies proprement dites de ces organes , puisqu’il est dans l’ordre générique de ces affections du corps vivant.

» Cependant, les mouvements des organes dont la synergie est constitutive d’un genre de fonction ou d’affection particulière peuvent, sans doute, dans divers cas de ce genre , être adjoints à des effets de sympathies qu'ils occasionnent ou qui surviennent dans ces organes. Mais ces ensembles de mouvements synergiques sont toujours produits par des impulsions directes de la nature , qui suit des plans généraux dans les fonctions de la santé et dans les maladies.

» C’est ainsi qu’une douleur vers l’épaule droite peut survenir par une véritable sympathie à une inflammation du foie, dont elle n’est pas un symptôme constitutif.

» On doit regarder comme un phénomène relatif à la sympathie du rein avec l’estomac le vomissement qui est causé, souvent et non toujours, lorsque l’inflammation du rein a lieu , d’autant que la forme générique de cette action inflammatoire n’a point pour

Ce n’est donc pas un stimulus, une chose à assimiler. Il n’y a donc pas lieu à fonction, à opération synergique , puisqu’est absente une des conditions de l’appareil pathologique, savoir, un stimulus à assimiler. La sympathie, qu’on nous permette cette comparaison , est une sorte d’écho vital; et, ainsi qu’une cloche en repos placée dans la même tour à côté d’une cloche qu’on sonne, vibre sans être directement ébranlée sous les coups du marteau et retentit au moyen d’un frémissement dont est agitée la couche d’air ambiante et conductrice des ondes sonores à cause de sa continuité et de son unité, ou plutôt de sa qualité homogène ; ainsi plusieurs organes placés dans la même sphère d’activité vitale sont impressionnés l’un après l’autre, mais presque simultanément , au moyen de l’unité et de l’homogénéité du principe d’activité qui leur est commun , tandis qu’un seul d’entre eux est réellement entré en action sous l’impression d’un stimulus. Le principe de formation et de transmission des sons, savoir, l’air atmosphérique , était de même commun aux deux cloches, tandis que l’une d’entre elles seulement est entrée en action sous l’impression d’un stimulus réel.

Dans l’appareil d’une affection sympathique, il n’y a donc pas véritablement de stimulus ou de principe; partant, ni fonction pathologique, ni synergie ; puisqu’en définitive la force vitale

un de ses éléments un mouvement antipéristaltique de l’estomac.

» Les auteurs qui ont écrit sur les sympathies des organes les ont confondues avec les synergies.

» Cependant il est des médecins éclairés qui paraissent avoir quelquefois pressenti cette distinction, quoiqu’ils ne l'aient pas exprimée.

» Duret et d’autres anciens ont dit que les symptômes qui surviennent dans les maladies par sympathie, et non par succession sensible ( per transi lum) , n’opèrent jamais la guérison. » Etc., etc., etc.

Nous aurions bien à examiner la question du type ou de la racine physiologique des sympathies; mais il suffit à notre objet d’avoir indiqué que ces phénomènes morbides sont , pour la partie qui les éprouve, de fausses stimulations qui provoquent des manifestations d’activité inutiles, irrégulières et non synergiques, circonstances capitales et dont l'intelligence a une très-heureuse influence sur la thérapeutique des affections de ce genre. Il est aussi fort essentiel dans le traitement, des maladies sans matière de bien distinguer celles qui sont spontanées de celles qui dépendent de l’éréthisme ou des sympathies.

MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE

n’est pas différente d’elle-même cl ne peut pas être assimilée par la force vitale ; et que , dans toute fonction , le principe et la fin doivent être distincts l’un de l’autre , et tous deux distincts du moyen.

On ne tardera pas à s’apercevoir combien est légitime et fondé le soin , en apparence minutieux et déplacé , avec lequel nous avons voulu tirer une ligne de démarcation bien profonde entre les maladies synergiques ou avec matière et les maladies non synergiques ou sans matière, et dans ces dernières, entre celles qui sont spontanées , celles qui sont sympathiques et celles par éréthisme. Les indications thérapeutiques qu’elles présentent étant toujours différentes et très-souvent opposées , la médication antiphlogistique qui peut convenir dans les unes est ordinairement si funeste aux autres , que cette distinction est la plus fondamentale de la médecine pratique. C’est sur elle que repose l’art hippocratique tout entier.

C’est elle aussi qui nous servira de guide et de point de repère dans l’étude des indications et contre-indications de la médication antiphlogistique. Cette méthode curative si principale est surtout importante à considérer dans les indications que présentent pour elles les maladies comprises dans la classe des synergies ou avec matière, nous voulons dire les fièvres et les phlegmasies. Quant aux affections non synergiques ou sans matière , les névroses , elles forment pour ainsi dire le chapitre des contre-indications dans l’étude de la médication antiphlogistique.

La lésion de la calorification animale accompagnant et caractérisant tous les états morbides dont nous avons à nous occuper, soit qu’ils appartiennent à notre première classe de maladies, soit qu’ils fassent partie de la seconde , la dénomination de fièvres ou affections fébriles leur conviendrait à toutes. Si on veut faire dériver le mot fièvre Av fervere, il faut l’appliquer indistinctement à toutes les maladies où la calorification animale est pathologiquement surstimulée , que ces maladies soient humorales ou nerveuses, avec ou sans matière, critiques ou non critiques; mais si , à l’exemple de plusieurs auteurs, on veut faire signifier ù ce mol fièvre une opération morbide dépuraloire, critique, un travail de la nature salutaire et purificateur quant à son but, du mol latin fcbruarc, alors il est évident qu’il ne faut l’employer que pour désigner les maladies de la première classe , les

maladies synergiques et avec matière , c'est-àdire les fièvres humorales et les inflammations. Nous conserverons néanmoins cette dénomination pour les maladies de l’autre classe dans lesquelles la calorification est lésée; seulement nous les appellerons indistinctement fièvres nerveuses, fausses, spasmodiques ou non synergiques, par rapport aux premières, que nom nommerons indifféremment fièvres humorales vraies , critiques ou synergiques. Ce qu’il élai essentiel de rappeler, c’est que la lésion de calorification formera toujours le caractère pa- thognomonique des affections dans le trailemeni desquelles il sera important de discuter le plu* ou moins d’opportunité de la médication antiphlogistique.

On peut dire que les premières maladies don: nous allons nous occuper forment presque 3] elles seules le domaine des maladies aigues. Les fièvres vraies elles inflammations aiguës, s; rarement séparées , résument pour ainsi dire toute celte classe d’affections. La fièvre et les phlegmasies, celles-ci surtout, se retrouvent bien encore dans les maladies chroniques; mais l’étiologie , la symptomatologie, le pronostic et le traitement des inflammations passées à celi état ou l’ayant primitivement revêtu, n’ont; presque plus aucune analogie avec les mêmes! affections à l’état aigu , comme on le verra pai la suite.

Les fièvres synergiques et les inflammalionaj aiguës sont donc des fonctions pathologiques ; parce que toutes sont accomplies par un appareLj complet. Toujours elles sont constituées paqi une raison d’activité ou une cause finale ; pan! un moyen, support ou agent intermédiaire eü| fonctionnant, et un stimulus ou principe à assi-j miler ou à éliminer. La cause finale, le but oi» la raison d’activité, sont précisément l’assimila-j lion ou l’élimination de ce stimulus hétérogène.; mobile de tous les phénomènes fébriles opéré pan l’organisme ou une de ses parties. On voit qu’in-j vinciblement et par la force suprême de la logi-J que et de la philosophie générale, nous sommes] pour ainsi dire à notre insu, ramenés à la défi ) nilion de la fièvre telle qu’elle est donnée deuuiaj plus de deux mille ans par tous les médecin.4 hippocratistes, et telle qu’on peut la résumeij dans celle du grand Sydenham : Primà quidenm adverto , inordinatam illam massœ san guineœ commotioncm, febris hujus seu eau- i sam , seu comitem , à naturâ concitari , vc& ut heterogenea quœdam matériel in eâde»^

MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE

conclusa tic ipsi inimica secernatur; vcl ut i avec de la chimie , de la physique , de la physiosanguis in novam aliquam diathesimimmu- logie anatomique et du surnaturalisme, vous

tetur.

Les définitions des autres médecins hippocratistes sont, par le fond, identiques à celle-là, toutes les fois que ces médecins n’ont pas fait contracter aux dogmes hippocratiques des mésalliances avec le mécanisme, le chimisme, le pneumatisme , l’animisme, etc. Dans ces derniers cas, on voit bien toujours qu’ils ont fait reposer la définition principalement sur la raison d’activité de la fièvre ; mais alors ils y ont mélangé des suppositions favorables à leurs hypothèses artificielles. Ainsi Willis, tout à la fois iatro-ehimisle et iatro-pneumaliste, donnet-il la définition suivante : Videtur enitn quàd febris sit tantum fermentatio seu effervescentia immodica sanguini et humoribus inducta. Hujus nomen à februo ( seu purga-

ofFrironl aussi la notion du principe, du moyen et de la raison d’activité de la fièvre ; seulement ces médecins ont eu le plus souvent des idées Irès-fausses sur les moyens par l’intermédiaire desquels ce but était atteint et sur la nature des opérations instrumentales de la fièvre, cela parce qu’ils ont demandé aux sciences dites exactes des lumières qu’il 11e faut chercher que dans l’étude de la vie elle-même, que dans l’observation philosophique des phénomènes do l’organisation vus sous toutes leurs faces , examinés et comparés dans toutes les circonstances et dans toutes les phases de leur durée , sous toutes les formes de leur activité , etc.

Mais ce qu’il y a de fort remarquable, c’est que tous les auteurs qui n’ont pas fait reposer leurs définitions de la fièvre sur la raisond’acfi-

mento, quàd etiam à ferveo derivatur) ortum vité , et la cause finale de cet état des corps orducit : quœ quidem vox commodè omninb ganisés , 11’en ont vraiment pas donné de febri imponitur, eo quod sanguis in hoc définition véritable et sérieuse. Qu’on nous en morbo effervescit, et insuper fervore suo , montre une seule dans les ouvrages publiés develut mustum efflorescens , à sordibus pur- puis quarante ans par l’école de Paris! Comme gatur. Pour un iatro-mécanicien , comme Bel- nous l’avons dit plus haut, on a eu l’ingénuité fini, Pitcairn , Boerhaave, Hecquel, ce sera un de donner pour telles des énumérations plus ou effort destiné à vaincre quelque obstacle et à 1 moins étriquées , ou bien des explications phérétablir , d’après les lois de l’hydraulique, la I noménales de second ordre empruntées à la circulation obstruée en quelque point. L’animiste physiologie anatomique , explications qui n’exy \crra une prévoyance de l’âme occupée à ra- I pliquent rien , 11’ont jamais suffi pour caractémener l’ordre troublé. L’école solidiste et bip- riser la fièvre, et consistent par exemple en des pocratiste tout ensemble, représentée par Hoff- naïvetés comme celle-ci : La fièvre est une man, fodius, Cullen, etc., trouvera toujours surexcitation de l’appareil circulatoire, etc.; dans 1 étude de la fièvre quelque raison de au surplus , dans cette école , on n’a jamais rien démontrer que son objet, sa raison d’activité, défini par la raison que nous disions tout à sont la nécessité de résoudre un spasme, de l’heure. Les chefs 11e savent pas d’où ils vieniclâcher un strictum , de restituer à la peau, | nent , où ils sont ni où ils vont. Comment défi-

au moyen d’efforts expansifs et du rétablissement de la diaphorèse, ses fonctions troublées ou empêchées par l’oblitération spasmodique des orifices exhalants, etc., etc. Quant aux médecins de l’école organiciste, physiologi-

mr quelque chose dans cette situation ténébreuse?Comment surtout oser parler de progrès?

Toutes ces choses, tellement simples qu’il n’a rien moins fallu que trente ans d’aberration et de sophismes pour les rendre étranges,

que, 1 s n ont jamais donné de définition de la insolites et pour quelques-uns ridicules, nous fièvre, quoiqu ils s y soient essayés souvent; mais conduisent très-naturellement à nous demander 1 s ont pris des descriptions pour des définitions, si on ne se serait pas trop pressé de desessentiaet encore leurs descriptions n’ont-elles jamais User les fièvres, pour nous servir d’une expresete complétés. I ne définition doit embrasser | sion créée par le fanatisme physiologique.

Qu’est-ce donc qu’une fièvre essentielle, cette

l’indication du principe, du moyen et de la fin de la chose définie. Les médecins modernes n’ont pas senti cela. Voyez celle des médecins hippocratistes résumée dans celle de Sydenham , vous y trouverez l’idée de ces trois choses : celles des médecins qui ont sophistiqué l'hippocratisme

3e PARTIE.

sorte d’énormité scandaleuse et proscrite dont on se lave les mains avec un scrupule presque superstitieux j cette entité chimérique et surannée avec laquelle on fait rire la foule irréfléchie et immobilisée des adeptes; ombre qu’on évoque

MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE

comme pour effrayer les élèves qui n’ont pas encore osé mettre en doute la parole qui tombe d’une chaire officielle? Il est fort incertain que ceux-là mêmes qui depuis si longtemps se déchaînent contre l’essentialité des fièvres aient une idée exacte de la chose qu’ils méprisent ou qu’ils attaquent. Ce qu’il y a de très-sûr , c’est qu’on chercherait en vain dans leurs paroles et dans leurs écrits une réponse précise à la question que nous venons de nous faire : Qu’est-ce qu’une fièvre essentielle? Ils ont dit à satiété, avec le vague oiseux d’une critique plus facile que consciencieuse, que la fièvre essentielle était pour les anciens un être de raison , une conception abstraite et purement nominale de la vieille ontologie , une maladie sans corps, sans siège, sans support, une essence existant par ellemême et indépendamment de l’organisme ou des tissus vivants, quelque chose de métaphysique et d’idéal , un principe surnaturel et distinct de l’économie; que sais-je encore? Nous avons entendu un médecin entouré d’un nombreux auditoire dire , avec satisfaction , que la fièvre n’était qu’un mot, et que traiter une fièvre, c’était tout simplement traiter un mot ; qu’il fallait donner un siège à la fièvre , la rattacher à un organe ou à un appareil, l’appeler désormais une cardo-enlérite aiguë; que, dès lors, on savait à quoi s’attaquer, qu’on ne traitait plus un mot, mais une chose, savoir, la membrane interne de l’appareil circulatoire enflammée , etc. , etc.

C’est peut-être de cette manière qu’on plaît et qu’on se fait lire par un grand nombre d’esprits crédules et paresseux ; mais à coup sûr ce n’est pas ainsi qu’on témoigne de son amour pour le vrai.

Qui ne sent que nous aurions les mêmes droits que nos adversaires à dire de l’irritation et de l’inflammation ce qu’ils disent de la fièvre et des fièvres essentielles ? Nous nous en garderons bien ; car ces mots expriment des choses trèsréelles, des modifications particulières et bien caractérisées des tissus vivants , comme le mot fièvre exprime un état particulier et parfaitement caractérisé des organismes vivants ; état dont la notion et l’idée sont distinctes de tout autre, à ce point, que nous défions les médecins organicistes de substituer à ce mot une dénomination équivalente qui soit acceptée, qui devienne universelle comme celle de fièvre, qui rende la même idée, qui ne soit pas incomplète et fausse. Bien plus , nous les défions de se ser-

vir en public de ces expressions concrètes et ex-1 trêmement intelligibles qu’ils ont inventées pour remplacer l’abstraction qui les offusque et pourtant les satisfait plus que la spécieuse précision de leurs néologismes. Nous allons plus loinj encore , et nous les conjurons de nous dire fran-i chemenl si jamais ils se sont surpris à se servie avec eux-mêmes des dénominations plus oui moins insuffisantes par lesquelles ils ont voulu dans leurs rêves de matérialisme ou de prélendtj positivisme, faire oublier le mot fièvre! lh auront instinctivement senti que l’idée et la chose étaient comme incorporées à l’expression et jamais, en éprouvant le malaise fébrile si spécial , cette lésion si caractéristique de la ca lorification et de la vie qui précèdent les trouble: de la grande circulation , etc. , jamais il n< leur sera arrivé de se dire : J’ai la cardo-enlérit1 aiguë ! — Ils ne se seraient pas compris eux mêmes.

Tout ceci est plus sérieux qu’on ne pense , e prouve à sa manière combien sont inébranlables consistants et constants ces principes et ces idée qu’on traite de chimères et qu’on voudrait effa cer de la médecine pour faire place à des inna valions rétrécies et stériles qui ne rendent pa plus compte des faits de la science de l’homm malade , que l’anatomie toute seule ne rend ra son des faits de la science de l’homme en santé-

Si, au lieu de ce dénigrement et de celte cr tique si commodes , on eût examiné de plus pré ce dogme des fièvres essentielles ; si on avait eu comme on le devait, une idée bien exacte dl fait ou des faits que ce dogme représente, c*. se serait bientôt aperçu des raisons de sa pérem nité, on n’aurait pas tardé à comprendre à quell: hauteur scientifique ont su s’élever ceux qà l’ont établi , et à quelle distance ce point didai tique de l’art ancien ou hippocratique lais: derrière lui la critique superficielle qui , de n« jours, a essayé de l’atteindre et de le détruir

Une fièvre essentielle, pour nous en len d’abord au sens rigoureux du mot, c’est une fi vre qui existe par elle-même, qui a en soi raison suffisante de son existence , des manife» tâtions d’activité ou des phénomènes qui la co stituent. Expliquons-nous; car en disant que t qui caractérise une fièvre essentielle, c’est d’êl! ce qu’elle est par elle-même, et de se manifesl comme telle primitivement , on pourrait croit que nous la concevons comme un effet sans cau:i

Une fièvre essentielle est une fonction me! bide, une synergie pathologique, c’est-à-di

>1 É I) ICATION A NTIPHLOGISTIQÜE .

qu’on y retrouve toujours trois conditions que l’esprit peut considérer à part ou abstraire par l’analyse pour mieux étudier l’appareil qu’elles forment , mais qui, dans le fait, coexistent indivisiblement. Toujours elle se compose d’un principe, d’un moyen et d’une fin : d’un principe qui est un stimulus anomal, une matière morbifique à assimiler ou à éliminer; d’un moyen, instrument ou support, qui est l’organisme ou l’appare" .‘ganique fébricitant; d’une fin, qui est la raison d’activité du mouvement fébrile , le but ou la cause finale des manifestations d’activité pathologique qui constituent la fièvre; raison d’activité, cause finale ou but qui ont préexisté à l’appareil fébrile et ne sont autres que l’assimilation ou l’élimination du stimulus anomal, delà matière morbifique.

Toute fièvre essentielle exige donc, pour se développer et s’accomplir , trois conditions indispensables, savoir : 1° un appareil ou un organisme vivant; 2° une matière morbifique ou cause déterminante ; 5° enfin une cause finale ou raison d’activité qui soit l’élaboration assimilatrice ou le travail éliminateur de celte matière morbifique. Ainsi, toutes les fois qu’un appareil organique ou l’organisme entier entreront en action pathologique ou anomale, pour assimiler ou expulser un agent pathologique ou anomal, il y aura fièvre essentielle, locale dans le premier cas, générale dans le second.

Voilà pourquoi nous avons dit qu’une fièvre essentielle était une fièvre qui avait en elle-même et sans sortir, pour ainsi dire, de l’appareil qui la représente et la phénoménise , la raison entière et suffisante de son existence. En effet, avant elle , rien n’existe ; et pourquoi pas ? Il faut bien que toute maladie commence une fois. En vertu de quelle loi la fièvre seule ne serait-elle pas dans ce cas ? On veut qu’elle soit toujours symptomatique, c’est-à-dire l’effet .d’une autre maladie préexistante; que constamment elle soit consécutive à une inflammation. Mais sur quelle loi physiologique cette proposition fondamentale du physiologisme est-elle appuyée ? Si, forts de ce principe inouï et arbitraire, nous contestions à l’inflammation le privilège qu’on refuse à la fièvre générale , qu’aurait-on à nous répondre ? Nous ne ferions pourtant qu’user rigoureusement de la philosophie de la célèbre doctrine ; car l’inflammation est une fièvre locale qu’on ne devrait pas plus facilement concevoir primitive et essentielle que la fièvre de ce nom.

L’inflammation, tout comme nous venons de le

faire voir plus haut pour la fièvre générale essentielle, exige pour son devoloppement et son accomplissement la triple condition du principe, du moyen et de la fin. Elle n’existe, ainsi qu’on peut le pressentir en se rappelant notre étude du phénomène de la calorification végétative, qu’en vertu d’une matière morbifique ou d’un stimulus irritant; d’un support, consistant en une portion plus ou moins considérable de tissu cellulaire irrité; et enfin d’une raison d’activité ou d’une cause finale , d’où le support tire son aptitude fonctionnelle morbide , pour l’assimilation ou l’élimination du stimulus ou de la matière pathogénique , et la réparation de la portion de tissu détruite par l’action du stimulus quand cette destruction a été opérée , circonstance qui se rencontre toujours dans les phlegmasies qui parcourent toutes leurs périodes , ce qui caractérise l’inflammation dite phlegmoneuse, comme on le verra plus bas.

Ainsi donc , en suivant les errements de la doctrine dite physiologique, c’est-à-dire si on nie l’existence des fièvres essentielles , on est forcément amené.à nier celle des inflammations primitives, qui , sous le rapport de la question qui nous occupe, ne diffèrent des fièvres essentielles générales , qu’en ce que dans celles-ci tout l’organisme est anomalement surstimulé par la présence d’un agent morbifique, et pour l’assimilation ou l’élimination de cet agent; tandis que dans les premières , on n’observe qu’une portion de tissu vivant anomalement surslimulée par un agent morbifique, et pour l’assimilation ou l’expulsion de cet agent.

Qui donc empêcherait d’admettre l’essentialité des unes comme celle des autres ? Serait-ce la difficulté de concevoir un stimulus , une matière morbifique agissant sur tout l’organisme pour le surstimuler et provoquer un travail d’assimilation et d’élimination? La physiologie nous a pourtant présenté ce fait dans la surstimulation normale que développe la pénétration du chyle dans les secondes voies après la digestion stomacale, par sa diffusion moléculaire dans la trame générale des parenchymes, au moyen du sang auquel il est mélangé. Ce liquide n’estil pas l’excitant normal de tous les tissus? Où sont ceux qui échappent à son contact vivifiant, réparateur et pyrélogénésique? Est-ce sympathiquement ou consécutivement à d’autres, que des portions de la trame générale reçoivent celte influence? Le liquide nourricier n’est-il pas simultanément partout, et la stimulation

M INDICATION AN Tl PII LOG I ST 1 QU E .

qu’il exerce partout 11’esl-elle pas simultanée? Toutes les parties de l’organisme, toutes les parties de ces parties , toutes les molécules de ces parties ne doivent-elles pas réagir particuliérement et simultanément? Or cette réaction simultanée et primitive de toute fibre sensible et contractile, ce travail général de la plasticité, de l’assimilation , de la désassimilation et de la calorification, qui résulte du travail individuel de plasticité , d’assimilation, de désassimilation et de calorification de chaque aréole vivante, excitée par son stimulus normal , le sang, voilà la fièvre générale essentielle.

Non-seulement il n’est pas besoin, pour qu’elle se développe, de l’existence antérieure d’une phlegmasie dans un point de l’organisme, phlegmasie qui , selon vous , agissant sympathiquement sur les centres nerveux encéphaliques , et par eux sur le cœur, imprime à ce viscère des mouvements plus énergiques et plus rapides , ce qui paraît vous suffire pour constituer la fièvre ; et il n’en est pas besoin pour plusieurs raisons, toutes plus exclusives les unes que les autres de votre inconcevable supposition. D’abord, comme nous l’avons surabondamment démontré en traitant de la calorification , parce qu’il ne suffit pas d’une vélocité accrue dans les mouvements du centre circulatoire, d'une vitesse plus grande imprimée au cours du sang, pour accroître et modifier la force de calorification. Ensuite, parce que l’inflammation primitive, que vous invoquez envers et contre toute observation clinique, est aussi inconcevable, en raisonnant comme vous le faites , que la fièvre primitive qu’il ne vous convient pas d’accepter. Enfin, pour passer sous silence toutes les autres impossibilités de votre hypothèse, parce qu’un retentissement sympathique n’est pas un stimulus , puisqu’un stimulus c’est ce qui doit être assimilé par un organe ou par l’organisme , et qu’une action vitale ne saurait être assimilée ; parce que tout ce qui a une fin, une raison d’activité (et une fièvre essentielle , une phlegmasie , sont dans ce cas), doit avoir un principe, et que le principe et la fin d’une fonction quelconque sont toujours en dehors d’elle et du moyen ou de l’instrument qui l’exécute.

Quoi de plus facile à acquérir que la notion mère d’une fièvre essentielle? Interrogez-vous vous-même. Vos tissus sont chauds, des phénomènes de végétation , d’assimilation et de désassimilation s’y opèrent sans cesse ; votre cœur bat , etc. Vous vivez par une fièvre physiolo-

gique continuelle. Celte fièvre physiologique essentielle ou cette vie sont-elles sympathiques ou, si vous voulez, n’exislenl-elles pas par elles-: mêmes , et sans avoir reçu leur impulsion d’urj point de l’organisme stimulé et vivant avant ld reste ? Le principe , le moyen et la fin ne sont-il: pas de même date et antérieurs à tout auln phénomène ? Médecins physiologistes , vous de: vriez retrouver dans la science de l’homme ci santé la racine et le type de tous les faits de 1 science de l’homme malade. Essayez de cherche dans la physiologie le type et la raison de vo fièvres symptomatiques mises à la place de fièvres essentielles ! Ce n’est pas que nous reje tions l’existence des fièvres symptomatiques mais leur notion est très-distincte de celle de fièvres primitives et synergiques , comme non le montrerons dans un instant, et comme est facile de le prévoir, d’après ce que nou avons dit (page 127) de la nature et des lois de actions sympathiques.

Comment, en vertu de quoi , à quelles coud tions existe et s’entretient la fièvre physiologj que essentielle ou la vie que nous venons d constater et d’observer tout à l’heure , dans l’il nique intention de nous initier plus méthodique ment et plus scientifiquement à la connaicsanc du mécanisme des fièvres générales essentielles On sait quels sont ses stimulus : nous l’avor assez dit. Faisons abstraction de ces stimule avant leur conversion en fluide nourricier , e sang, et ne considérons que celui-ci comni: cause déterminante ou agent normal devant êli assimilé , et provoquant dans ce but tous !> phénomènes de la composition et de la décora position nutritives. Le support ou moyen se conséquemment la trame générale dçs parcnch mes , les glandes , les vaisseaux capillair exhalants et absorbants, et l’appareil de grande circulation. La raison d’activité ou eau finale des phénomènes exécutés par les organ et les tissus précédents sera, comme nous l’avo dit , l’assimilation et la désassimilation ince santés du stimulus , et en définitive la conserv tion de l’organisme , et sa préservation conl la putréfaction à laquelle il est si éminemmr disposé par sa composition, ou, ce qui revir au même, le maintien de la vie. suivant la défi» tion qu’en donne Stahl : Fila, quatenùs < corpore dicitur , propt'iissitnè est conservait corporis in plenâ suâ poteutiâ coiruptih litatis.

Telle est, nous le répétons, l'idée ou plutôt

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donnée d’une fièvre générale essentielle tirée de la physiologie. Certes , ici, l’appareil que nous venons d’analyser se suffit bien à lui-même pour entretenir et motiver ce cercle d’opérations synergiques qui nous présente l’image la plus naturelle de l’état pathologique que nous étudions. Pour que ces fonctions végétatives, plastiques, pyrétogénésiques , sécrétoires et circulatoires physiologiques et essentielles , revêtent le mode pathologique et deviennent proprement fébriles; pour que la synergie du type normal passe au type morbide, que faut-il maintenant? Une seule chose : que son but d’activité soit changé. Comment peut-il l’être? Et d’abord, rappelons-nous ce qu’il était , l’assimilation continuelle d’un stimulus, d’une matière physiologique , d’un sang normal ; la désassimilation continuelle aussi de la matière organique suranimalisée, inassimilable et désormais impropre et nuisible, et par ce double mouvement incessant , la conservation du corps vivant. Tant que ce stimulus , ce sang , sera normal et physiologique, il n’y aura pas lieu à ce que le but d’activité en question soit autre. Mais qu’il s’altère , et on ne nous fera pas difficulté d’admettre celte altération, soit par des principes étrangers, inassimilables et nuisibles venus du dehors , soit par l’absorption de principes inassimilables, suranimalisés, excrémentitiels puisés dans l’organisme même , cela primitivement et d’emblée pour les premiers , et pour les seconds sans qu’il soit besoin nécessairement d’une phlegrnasie pour les engendrer et compliquer la situation, etc., voilà un stimulus anomal, une matière nutritive devenue morbifique , ou à laquelle sont incorporées des matières morbifiques , impropres, délétères et dont le contact avec les tissus vivants ne peut plus déterminer des réactions physiologiques, une assimilation physiologique , une désassimilation physiologique. Le but d’activité n’est donc plus le même, ne peut , ne doit plus être le même. Quel est-il, quel doit-il être désormais ? L’élaboration , la cochon ( pepsis , tmra^/Atç. Hippocr.), la digestion , pui3 l’élimination de celle matière morbifique, de cet hétérogène fébrifiquemêlé au sang, ou la reconstitution de la crase de ce sang altéré , ut sanguin in novam diathesim ùnrnutetur (Sydenh.), et en définitive la conservation du corps vivant.

Cette seule modification du principe ou stimulus a suffi pour modifier profondément la fin ou le but d’activité, ainsi que les phénomènes

vitaux exécutés par le support ou l’organisme, en raison de la nouvelle fonction dont il est chargé.

Et maintenant interrogez-vous ! sentez-vous vivre : assistez à la nouvelle existence qui vient pour ainsi dire de se développer en vous ! Vous n’étes plus, comme tout à l’heure, une intelligence servie par des organes. Votre système nerveux encéphalique, cet instrument et ce moyen de manifestation de l’âme, ne se prête plus à l’exercice de l’intelligence et de la pensée. Le but nouveau et insolite d’activité absorbe tout l’organisme. La nature, la vie seules régnent sur votre économie : unico natura incumbit labori. Si vous êtes une intelligence supérieure, un esprit au-dessus du vulgaire, peu importe: la fièvre a nivelé votre organisme; elle l’a salutairement égalé à tous les êtres de votre rang zoologique. Vous n’êles plus qu’un homme vivant et individuel, mais apte à redevenir pensant et social ; car l’intelligence seule est perfectible : il est dans l’essence du principe de vie de ne l’être pas. — Mais remarquez bien que si l’intelligence se tait, c’est par une loi admirablement providentielle et bienfaisante ; on sait combien les préoccupations delà pensée, les affections morales, enrayent et troublent fâcheusement la synergie fébrile. D’ailleurs, le but d’activité de l’organisme fébricitant n’étant plus le progrès moral et intellectuel de l’individu , mais son salut et sa conservation purement physiologiques , toute manifestation , tout phénomène d’un ordre autre et supérieur devenait inutile et par cela même nuisible , car c’est la loi de la nature. Tout ce qui dans l’économie pouvait concourir à l’accomplissement de la fin pathologique devait entrer en action, mais rien de ce qui n’avait pas ce caractère ; car , encore une fois, dans l’organisme, l’inutile touche au nuisible. C’est pourquoi nous verrons dans la fièvre toutes les fonctions au service de l’intelligence être réduites au silence et à l’inertie ; preuve de plus que c’est de sa fin qu’un appareil organique lire son aptitude fonctionnelle.

1° Des instincts et des mouvements nouveaux surgissent, appropriés à vos nouvelles fonctions. D’abord c’est un malaise général, intime, indéfinissable, un sentiment de faiblesse extraordinaire qui n’émane d’aucune partie pour se communiquer aux autres, mais qui existe simultanément partout , accompagné d’une sorte d’endolorissement contusif des membres et du tronc; lassiludines spontè obortœ niorbos dcnun-

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liant (Hipp. ). Les aptitudes fonctionnelles physiologiques s’engourdissent et s’éteignent. L’influence des agents hygiéniques et des stimulus internes n’est plus sentie comme d’habitude; elle est pénible et impatiemment supportée. Le sommeil est nul et imparfait, troublé et non réparateur; tous les appétits languissent, etc. L’organisme est sur le point de ne vivre plus de sa vie normale ; et il prélude à celte période d’activité extraordinaire en ne plus sentant comme il sentait, parce qu’il ne va plus , temporairement, se mouvoir et réagir comme il se mouvait et réagissait ( aussi avons-nous placé la sensibilité en tête des trois phénomènes qui concourent simultanément à tout acte d’assimilation ou de désassimilation ) : il semble , en un mot, se préparer à un nouveau mode d’existence. C’est la période d'opportunité fébrile.

2° La fonction pathologique débute par un phénomène de dépression et d’atteinte portée au principe de vie. La force de calorification vitale ou végétative est frappée d’une débilitation plus ou moins profonde. C’est , du reste, ce qui a lieu toutes les fois qu’un agent hétérogène pénètre dans l’organisme et surtout dans les secondes voies. Le chyle lui-même n’est pas exempt de causer cette impression, quoiqu’il soit la matière la plus homogène possible avec le sang. Que sera-ce donc lorsque cette matière sera un principe iuassimilable, antivital , délétère? Aussi le frisson est-il quelquefois d’une intensité et d’une durée considérables au commencement des fièvres humorales ou générales et essentielles; et ce n’est pas là un froid ordinaire tel que celui qui est produit par l’abaissement de la température atmosphérique chez un sujet bien portant. C’est un froid étrange, plus incommode que vif, plus pénible par sa qualité et par sa nature que par sa violence. La chaleur extérieure le dissipe difficilement. Est-ce que les pneumato-chimistes, que nous avons combattus, oseraient attribuer une pareille réfrigération à l’abondance de l’évaporation cutanée et pulmonaire? Nous leur ferions observer que dans ce cas la peau est sèche et sans perspiration , la respiration brève et imparfaite.

Mais à la dépression et au froid succèdent bientôt la réaction et la chaleur. La fièvre proprement dite s’allume, absorbe et résout tous les spasmes, tout l’éréthisme, toutes les inquiétudes du stade d’opportunité. C’est une chaleur qui non-seulement est plus élevée que celle de l’état physiologique, mais qui , de plus , est au-

tre , et n est pas plus un excès de la chaleur nor male que le sang alors n’est un sang plus riche! et que le but d’activité qui détermine celte fièvre n’est le besoin d’une nutrition plus énergique e| plus prompte. L’appareil de la grande circulai lion est animé d’une surstimulation extrême, et les modifications survenues dans les mouve menls de systole et de diastole des artères qu constituent le pouls annoncent que, de mêm que la fonction de calorification, la fonctio circulatoire est tout ensemble plus énergique e autrement énergique.

Tous les tissus sont turgides et injectés, le membranes exhalantes et les glandes sont comm taries. Le désir des aliments est aboli; au cor traire, celui des boissons qui délayent et teir pèrent est impérieusement accru. Les surface sensitives générales et spéciales ne perçoiver plus que bizarrement et avec fatigue ou répi gnance leurs stimulus physiologiques ; elles soi fréquemment hallucinées. Les organes de la le comotion sont plongés dans la torpeur, la pro; tration, l’impuissance, signes auxquels quelqui pathologistes, ou plutôt quelques nosographe. qui comme Pinel étaient tout,- excepté observî teurs et médecins, ont cru reconnaître une fa blesse, une adynamie générale proportionm et indiquant des moyens thérapeutiques de classe des excitants et des toniques. Le cenu sensible et pensant , enfin , et tous ses phén« mènes d’activité intime et extérieure, sont o^ primés et enchaînés, ou pervertis et délirants.

Ici deux choses se présentent à observer : pr mièrement, comme nous l’avons fait pressenti plus haut, l’activité et le travail extraordinair de tous les organes , de tous les appareils qj peuvent coopérer aux fins nouvelles et insolit de l’économie , et réciproquement la lenteur l’oppression de tous les organes et appareils q ne sauraient concourir à cette fin et ne poi raient au contraire que suspendre et romj: l’harmonie des premiers. Ensuite, l’ordre asce danl dans lequel les organes et appareils ont p part au mouvement fébrile, à commencer par fonctions les plus rapprochées de celles que ne avons nommées végétatives ou vitales comir nés, pour finir à celles qui en sont le plus éli gnées , après avoir suivi entre ces deux lern la hiérarchie de leur évolution dans fléchi zoologique et le développement embryonnai Et si l’on veut bien se rappeler notre premi > loi de la subordination des appareils organiqi* tirée de l’anatomie comparée et de l'embryofl

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nie , laquelle loi enseigne que tout appareil ne peut recevoir son aptitude fonctionnelle que de l’appareil qui l’a précédé dans l’échelle animale, et jamais de celui dont la formation a suivi la sienne dans cette même échelle, on se convaincra bientôt que non-seulement ce que nous venons de dire de l’ordre selon lequel s’accomplit l’évolution fébrile est tel, mais ne saurait être autre. Nous laissons au lecteur le soin de constater la justesse de cette application, à l’aide du critérium et du principe que nous lui avons fournis pour procéder à sa vérification.

Pendant un temps plus ou moins long, suivant la quantité plus ou moins considérable et la qualité plus ou moins hétérogène du stimulus ou de la matière morbifique , l’appareil phénoménal dont nous venons de tracer en grand le tableau se développe et prend de l’accroissement. La longueur de ce temps varie aussi en raison de la constitution plus ou moins sthénique ou asthénique du fébricitant. Cet intervalle comprend les périodes d 'invasion, d'augment , et d 'irritation ou de crudité.

5° Après s’ètre graduellement élevée jusqu’à une certaine mesure , cette réaction synergique reste stationnaire; la chaleur est encore trèsabondante, mais elle est plus supportable et moins âcre ; le sentiment de strictum et de tonicité fibrillaire qui semblait tenir tous les tissus dans un état de tension et d’efTort incommode et pénible, se modère et fait place peu à peu à un commencement de détente générale et quelquefois de sensation gravalive dans un point particulier correspondant à une surface exhalante ou à quelque organe de dépuration. La peau et les membranes muqueuses deviennent de moins en moins arides; les enduits spéciaux dont cellesci ont pu se recouvrir, s’humectent et ne sont plus aussi adhérents. Les instincts et les habitudes organiques de l’individu reprennent leurs droits. Ainsi les pandiculations, les attitudes ordinaires du coucher, le bâillement, l’éternument , les préoccupations sociales , le souci des affaires domestiques , etc. , renaissent chez le fébricitant qui n’est plus , comme hier , passif et indifférent, mais veut s’occuper de lui-même et des autres.

La matière morbifique est atténuée ou digérée. Ses qualités ne sont plus irritantes ; elles ont été rendues douces et homogènes par le travail altérant dont nous venons de suivre la marche. Les humeurs ou les liquides excrémenlitiels , résultat du travail de digestion des secondes voies

et des parenchymes, sont mobiles, c est-à-dire prêles à être évacuées. C’est la période d état et de maturation ou de coction.

4° Celte coction est opérée. L’absorption récrémentilielle et décomposante entre dans une activité considérable; les parenchymes, surtout celui qui sécrète la graisse, se sont plus ou moins atrophiés, l’individu a maigri; et soit par des sueurs générales, soit par la sécrétion plus abondante, plus animalisée et plus dense d’un liquide de sécrétion granduleuse, soit par une exhalation de matières et de mucosités épaisses, homogènes , bien liées , opaques, cuites, douces, se faisant sur une plus ou moins grande étendue des membranes muqueuses , pendant un temps plus ou moins long, etc., etc., ce qui nuisait est peu à peu éliminé (lysis), ou rejeté en masse ( crisis ). C’est la période de résolution, d'évacuation, ou critique.

Très-souvent , une ou plusieurs phlegmasies critiques se développent sur le tégument interne ou externe, et remplacent les crises humorales. Mais alors ces phlegmasies , espèces de fièvres locales , doivent passer , pour se terminer , par toutes les périodes que vient de traverser l’organisme par le mouvement fébrile. Elles ont une période d’irritation ou de crudité , de maturité ou de coction, d’évacuation ou de crise, quand des produits se sont formés, ou de résolution pure et simple en l’absence de cette dernière circonstance.

5” Enfin, l’élimination est sur le point d’être accomplie entièrement. La fonction pathologique est consommée. La fièvre (febmatio) n’a plus de motifs. Le but de son activité vitale naturelle est restitué à l’économie. Les forces sensitives et locomotrices demandent et cherchent des occasions de s’exercer , sont avides d’être rendues à leurs stimulus physiologiques. L’intelligence retrouve la pensée et se montre impatiente de reprendre la série de ses travaux suspendus au profit de la vie. Le désir des aliments reparaît impérieusement, et une sorte d’aversion pour les boissons délayantes et inertes ramène instinctivement l’appétence de liquides plus sapides et plus fortifiants. L’absorption chyleuse redevient des plus promptes et des plus légitimes. Le besoin d’une atmosphère abondante et pure , d’une oxygénation copieuse du sang dans la respiration , n’a jamais été plus actif. C,’est un des sentiments les plus vifs du convalescent. Les parenchymes se gorgent de nouveaux sucs et de nouvelles substances spéciales. L'embonpoint,

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renaît et les fonctions plastiques jouissent d’une énergie inaccoutumée et florissante. C’est la période de convalescence , de réparation ou de restauration.

Ici, comme plus haut, deux choses se présentent il observer :

1° Le retour à leur activité physiologique des appareils qui avaient dû rester dans l’inaction pendant la synergie fébrile , parce que leur concours lui était inutile et pouvait lui devenir nuisible et la contrarier. Mais le but d’activité de la fonction pathologique une fois atteint, il était très- nécessaire que ces appareils , tout à l’heure condamnés à une inertie salutaire, reprissent les premiers leurs fonctions, pour procurer aux viscères de la vie nutritive les stimulus physiologiques dont ceux-ci vont avoir besoin pour satisfaire leurs aptitudes normales et rentrer dans l’exercice de leurs assimilations et désassimilations ordinaires.

2° L'ordre descendant dans lequel tous les appareils reprennent leurs fonctions physiologiques et sont successivement exempts de la fièvre , sorte de résolution fébrile qui commence par les appareils les plus élevés de l’organisme , c’eslà-dire les plus éloignés de ceux des fonctions végétatives, et finit à ceux-ci, après avoir abandonné les organes intermédiaires à ces deux termes , dans un ordre inverse de celui où cette même fièvre les avait occupés dans son développement, ordre directement opposé à celui de leur évolution dans la série zoologique et l’embryon.

Et si on veut bien se rappeler notre seconde loi de la subordination des appareils organiques tirée de l’anatomie comparée et de l’embryogénie, laquelle loi enseigne que tout appareil ne peut recevoir son stimulus que de l’appareil qui l’a suivi dans l’échelle animale, etc., on se convaincra bientôt que non-seulement ce que nous venons de dire de l’ordre selon lequel la fièvre abandonne les organes est tel , mais ne saurait être autre.

En effet , nous venons de voir dans le tableau des fonctions pathologiques qu’un but d’activité nouveau fait naître dans l’organisme, que, du moment où les appareils chargés du travail fébrile commencent à entrer dans la période de maturation et sont prêts pour celle d’évacuation, les appareils de la vie de relation , dont l’action avait été et avait dù être enchaînée pendant les périodes antérieures , renaissent à leurs aptitudes fonctionnelles. Cette observation est

on ne peut plus confirmative de cet autre fait Plus général que nous avons érigé en loi physiologique, savoir, que c’est de sa fin ou de sa raison d’activité que tout appareil lire son aptitude fonctionnelle, et que la raison d’activité de cet appareil est toujours renfermée dans celui qui lui est immédiatement préexistant. Ici, par exemple, il est sensible que les organes de la vie de relation retrouvent leurs aptitudes normales, parce que ceux de la vie nutritive, dont, comme on le sait, ils tirent leur raison d’activité, commencent à être délivrés du travail insolite que nécessitaient de leur part l’assimilation et l’élimination d’un stimulus anomal et morbifique. Tant qu’a duré ce travail , les organes de la vie de relation ont été réduits à un repos forcé, parce que leur action aurait été sans but et par conséquent nuisible, puisque les viscères ou les appareils de la vie organique et végétative, instinctivement et nécessairement déterminés ù réagir sur un stimulus anomal, n’avaient rien à demander aux appareils destinés, dans l’état physiologique , à leur fournir leurs stimulus naturels, tels que les aliments , etc.

Mais la fonction pathologique touche à son terme, et les organes qui y travaillaient commençant à rentrer dans leurs attributions physiologiques, ceux qui sont préposés à la recherche et à l’assimilation première de leurs stimulus normaux , c’est-à-dire les appareils de la vie de relation , sont et devaient être les premiers rendus à leurs aptitudes fonctionnelles, pour être aussitôt capables de procurer à la nutrition et à tout l’organisme les substances et les choses qui réparent les pertes , restituent les forces , et assurent le retour de la santé; aussi voyons-nous ces appareils exempts de la fièvre et dispos quand les sécrétions , les excrétions, la nutrition , les fonctions de l’assimilation et de la dé- : composition intimes, n’ont pas encore recouvré leur état primitif, et n’ont pas entièrement consommé les opérations extraordinaires qu’elles ont été temporairement chargées d’exécuter.

Nous avons désiré retracer exactement et avec scrupule le tableau d’une fièvre générale essentielle ou humorale , et nous sommes certains d’y i avoir réussi, bien que nous n’ayons pas fait j’ poser devant nous tel malade couché au numéro fi de tel lit , dans tel hôpital. Pourtant on ne peut > pas nier que cette description ne soit prise dans la nature. Bien plus, ce tableau général, ainsi i individualisé , ou plutôt ce cas particulier ainsi i généralisé , possède une autorité bien autrement i

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réelle et puissante que le relevé d’un fait clinique, avec l’àge, les noms, etc., du fébricitant ; car il résulte de la comparaison et de l’élude d’un nombre infini de malades observés sous toutes leurs faces, dans tous les temps, dans tous les lieux, etc. C’est un fait logique et scientifique, c’est-à-dire qui porte avec lui sa raison et sa loi; en un mot, considérer et décrire une maladie comme nous venons de l’essayer , c'est observer.

Observer! opération active et physiologique de l’intelligence rapelissée et réduite par l’école numériste aux proportions du mécanisme plus ou moins exercé de l’action des cinq sens ! Cette école, en efFel, s’est imaginé qu’observer, c’était tout simplement constater l’existence matérielle des faits à mesure qu’ils se produisent, et prendre acte des phénomènes tels qu’ils frappent nos sens , puis dire et écrire : Nous avons reconnu que cela est , que ceci n’est pas ; telle maladie dure , terme moyen , tant de jours ; tel symptôme s’y manifeste, terme moyen , tant de fois ; l’ouverture des sujets morts de celte maladie montre que telle altération n’en est pas inséparable, car on ne la rencontre que quatorze fois sur vingt, etc., etc., et tout ce que l’école en question nous donne, avec une bonne foi dangereuse, pour de l’observation. Tout cela n’est pas observer ; c’est seulement recueillir les matériaux premiers sur lesquels l’observateur doit s’exercer pour en trouver la valeur, le sens et la loi. Observer, ce n’est pas seulement voir et noter les phénomènes, appliquer ses sens pour en être témoin , besogne à laquelle chacun est apte toutes les fois que son centre sensible est exempt d’altérations et servi par des organes non infirmes ou non oblitérés. Hippocrate reprochait aux médecins de l’école de Cnide de ne faire que ce premier pas et de ne pas s’avancer plus loin dans l’observation, qui , ainsi bornée, ne mérite pas encore ce nom , et peut' être confiée , disaitil avec une franchise et une vérité dont nous voulons lui conserver l’initiative, à des personnes parfaitement ignorantes en médecine. Nous tenons à reproduire textuellement ce passage déjà traduit au commencement de ce chapitre: Qui Cnidias appellatas sententias scriptis tradiderunt, ii sanè , quœ in singulis morbis cerjri patiuntur et quomodà eorum nonnula ipsis eveniant , rcct'e conscripserunt , et hue usquè quidem quœ quivis eliam medicinæ ignarus rectè scribere potueril, si probe ex unoquoque œyro quœpatiatur resciverit, etc.}etc.

(Hippocr., De rat. vict. inacut). On voit que ces choses et ces personnes n’ont pas même le mérite d’être nouvelles dans l’histoire de l’art. Tout au contraire , c’est par là que celui-ci a commencé et a dû commencer ; car , avant tout, il faut voir, s’assurer que ce que l’on voit n’est pas fortuit et se reproduit un assez grand nombre de fois pour être accepté comme constant et caractéristique; c’est ce que faisait l’école de Cnide, ce que fait aujourd’hui l’école numériste, en tout fidèle imitatrice de son antique devancière ; car à Cnide aussi on comptait , précisément parce qu’on n’observait pas encore.

(Voir à la page 61 de cette 5e partie.)

Puis ensuite, appuyé sur celte première acquisition , on observe, c’est-à-dire qu’on recherche la causalité des faits, leurs rapports, leur signification , leur raison , leurs lois. C’est ce que fit l’école de Cos, qui rejeta les chiffres ou plutôt les laissa pour ce qu’ils valenL, et les relégua à l’entrée de l’observation. Voilà à quoi se réduit en dernière analyse cette fameuse question de la méthode utile et indispensable au point de vue cnidien où on ne fait encore que recueillir les matériaux de l’observation , aveuglément, pour ainsi dire , comme le prescrivent de nouveau les numéristes de nos jours ; mais insuffisante, insensée et mortelle pour l’art, quand elle prétend diriger l’observation, se faire l’instrument de l’esprit médical et régler la marche et les destinées de la science. Non , il n’est pas besoin, comme l’a dit Hippocrate, d’être médecin pour faire ce que faisaient les Cnidiens, pour faire ce que renouvelle aujourd’hui cette école numériste qui n’est que trop ambitieuse , et devrait, pour être utile, ne pas s’exagérer sa mission et ses pouvoirs.

Notre intention , dans ce qui précède , a été de répondre par anticipation aux exclamations que ne pourra pas contenir le numérisme, en nous entendant dire que, plus haut, nous avons voulu retracer avec exactitude le tableau d’une fièvre , et que, dans notre description, nous sommes restés scrupuleusement fidèles à l’observation et à la nature. Vous ne vous êtes pas contentés de rapporter les faits, nous diront-ils, vous les avez expliqués, vous en avez donné l’interprétation ...

Une observation bien faite, avons-nous avancé plus haut, doit porter avec elle sa raison et sa loi ; et c’est là précisément le caractère que nous nous sommes efforcés d’imprimer à notre description; car, selon nous , une bonne théorie

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n'est autre chose qu'une observation complète. En effet , observer , c’est retracer exactement l’ordre et la filiation des phénomènes qui composent un fait , afin de découvrir dans ce fait : 1" sa cause déterminante ou son principe; 2° son support ou ses moyens de manifestation, c’est-à-dire les instruments et les açtes par lesquels le fait se phénoménise ; 5° enfin son but d’activité , ou la cause finale en vertu de laquelle le moyen agit sur le principe pour accomplir et consommer la fin, et constituer ainsi un fait ou un appareil complet. Quand un fait a été observé ainsi ( et on n’a réellement observé que lorsqu’on a satisfait aux conditions précédentes), sa théorie ou sa loi sont connues : l’observation est complète. On voit que l’école numérisle est loin de compte , et qu’elle s’arrête à la porte de l’observation sans y pénétrer , après avoir toutefois amassé et compté des matériaux, ce qui est aussi indispensable que du marbre pour élever un temple, mais ce qui se réduit à rien , quand on proclame qu’il faut en rester là , et quand on prétend qu’il suffit de placer à côté les uns des autres ces matériaux , pour que l’édifice s’élève de lui-même. Jusque-là on n’est pas médecin, puisqu’il ne faut encore que volonté et patience : Quœ quivis etiam medicinœ ignarus , etc.

C’est Hippocrate qui , le premier , a su tracer des tableaux de maladies dans le genre que nous venons de dire ; aussi sa doctrine est-elle toute renfermée dans les observations qu’il rapporte et sans qu’il soit nécessaire de commentaires pour l’en déduire. Voilà pourquoi l’auteur de cet article se faisait, il y a plusieurs années, les

(1) A ce sujet , il n’est pas inutile de rapporter ce que dit avec une si haute puissance de raison et de style un des médecins les plus distingués de ce siècle, et dont nous déplorons la mort prématurée comme un des plus grands malheurs de la science à notre époque, Bérard de Montpellier, dans sa Doctrine médicale de l’école de Montpellier , et comparaison de ses principes avec ceux des autres écoles d’ Europe , ouvrage qui devrait être entre les mains de tous les étudiants : « Hippocrate est loin de croire que les changements que les humeurs subissent doivent être expliqués d’une manière chimique , ou plutôt il n’élève pas même de pareilles questions. La notion qu’il se fait de l’altération des humeurs , de leurs changements et de leur action , n’est qu’une conception métaphorique. La nature vivante, qu'il représente si heureusement sous le nom de chaleur vitale, imprime aux humeurs ces qualités douces et cette consistance moyenne que la chaleur physique communique par la

questions suivantes , à propos des faits que nous a transmis le père de la médecine : u J’ai souvent cherché le secret de l’intérêt puissant et indicible qui s’attache aux observations d’Hippocrate et de ceux qui ont marché sur ses traces. Comment son premier coup de crayon a-t-il été toute une doctrine? Comment a-t-il vivifié la clinique? Comment l’a-t-il dogmalisée , sans avoir besoin pour cela d’un seul développement , de la plus petite déclaration de principes? C’est que ses descriptions sont la révélation la plus immédiate de la nature prise sur le fait de son œuvre, des lois de son action, et, comme le dit Baglivi : Fideliter et ad vivum , prout ab ipsâ rei naturâ procedebant. » (Journal des connaissances médico-chirurgicales , tome ni , page 21 . ) Nous nous sommes servis à dessein des mots crudité, coclion, maturation, humeurs , etc., etc., pour montrer qu’il ne faut ni s’effrayer de ces expressions , ni en rire , ni les bannir orgueilleusement du langage médical; car elles représentent des idées très-justes et très-concrètes, parce qu’elles cachent un sens profond, et qu’en les proscrivant on proscrit avec dommage des faits et des lois. Nous devrions admirer plutôt le génie des grands médecins qui ont consacré ces dénominations. Ils étaient bien plus près de la nature que nous, et bien plus que nous initiés aux secrets de la science de l’homme (1).

Dans l’exemple choisi pour prouver la réalité de la fièvre essentielle , on a vu l’organisme passer de l’état normal et physiologique des fonctions de calorification , de nutrition , de dé-

coction aux substances qui nous servent d’aliments. Je défie même qu’on puisse se passer de celte expression. Si on croit devoir la remplacer par une autre, celle-ci ne vaudra pas mieux ou même peut-être moins encore. Si l’on rejette la chose sous prétexte que le mot n’est pas exact , comme l’ont fait tant de sectes anciennes et modernes, on écarte une des plus grandes et des plus importantes vérités de la médecine pratique. Le père de l’art aurait pu se servir d’un langage abstrait, plus parfait peut-être, mais plus difficile à manier et plus dangereux, surtout dans les premiers temps , puisqu’il pouvait détourner l’attention des phénomènes eux-mêmes , pour la porter sur des idées métaphysiques dans lesquelles l’esprit ne sc plaît que trop ; et qui souvent détruisent à la fin toute science. La langue théorique d’Hippocrate est plus favorable à l’observation; elle offre le tableau-animé de la nature: ce sont des raisonnements qu on sent , des abstractions qu’on touche; ce sont les sens qui

culation capillaire, de sécrétion , de circulation générale , etc. , à l’état anomal et pathologique de ces mêmes fonctions, par la seule modification de leur stimulus commun , le liquide nourricier; puis revenir à sa première condition , dès que , par le travail morbide, se sont trouvées accomplies rassimilalion et l’élimination de la matière dont le sang était chargé et dont la présence avaiL nécessité la série des opérations fébriles.

Une fièvre essentielle , dans l’acception la plus générale de l’expression et de la cliose exprimée , doit donc représenter à l’esprit l’idée d’un organisme vivant, dont le mode de réaction vitale est changé , parce qu’un but d'activité accidentel et nouveau s’est développé en lui par la présence d’un stimulus accidentel et nouveau, et pour l’assimilation ou l’ élimination de ce stimulus.

Cette définition nous paraît exacte et complète, parce qu’elle renferme très-substantiellement l’idée du principe, du moyen et du but d’activité de la chose définie. Si nous appliquions celte formule à une portion de tissu cellulaire ou parenchymateux, considéré en tant que ne jouissant que des fondions vitales communes , nous aurions une définition de l’inflammation ; car celle-ci n’est autre chose qu’une espèce de fièvre essentielle, une fièvre essentielle de tissu, comme nous le verrons plus bas, en même temps que nous signalerons le caractère unique que lui imprime cette circonstance , d’avoir pour support ou moyen une portion de tissu cellulaire réduit à son existence vitale commune.

Nous avons donc peine à concevoir la répugnance que soulève le dogme de l’essentialilé de la fièvre et des fièvres. Bien loin que l’existence de ces fièvres implique quelque chose d’obscur et de contraire aux lois de l’organisme, leur notion constitue ce qu’il y a en pathologie de plus simple , de plus nécessaire , de plus élémentaire enfin. C’est , dans la science de

raisonnent, si je puis m’exprimer ainsi. Cette manière , qui tient à des notions si vraies et si profondes sur l’entendement humain , n'est propre qu’à Hippocrate et à son école : j’ose dire qu’on ne la retrouve dans aucun auteur moderne. Je n’en vois que quelques traces imparfaites dans Sydenham , et c’est par cette raison qu’il a obteuu le nom glorieux d'Hippocrate anglais. Les autres médecins semblent raisonner lors même qu'ils observent; leurs expressions sont vagues et indéterminées, souvent même prises de pures hypolhèses. Le vieillard de Cos, au contraire,

loO

l’homme malade , le premier fait , 1 affection type, le phénomène cardinal : c est , si on peut ainsi parler, la maladie la plus naturelle et la plus physiologique. La fièvre essentielle est en effet la seule maladie qui soit commune à tous les êtres vivants ; car tout ce qui vit , étant susceptible de réaction contre des agents nuisibles et inassimilables , est par cela même susceptible de fièvre. La notion de la fièvre essentielle n’est donc pas plus difficile ù concevoir que la notion de la vie; toutes deux sont de même ordre, de même nécessité et de même origine. Un organisme vivant quelconque ne peut être imaginé avec un privilège d’immunité pour la fièvre essentielle; tandis que , comme nous le verrons plus bas, certaines organisations échappent à la fièvre sympathique ou symptomatique ù laquelle M. Broussais a voulu ramener toute la pyrétologie.

La vie est une fonction qui se présente sous deux aspects. Sous le premier de ces aspects , cette fonction a pour moyen ou support un organisme; pour stimulus ou principe , des agents dits hygiéniques; pour raison d’activité immédiate ou prochaine, l’assimilation de ces stimulus par cet organisme, et, pour raison d’activité médiale ou éloignée , la conservation du même organisme et la création successive , au moyen des degrés d’organisation de plus en plus élevés qui composent l’échelle zoologique, d’un être , l’homme, destiné à servir d’instrument à l’âme. — C’est la santé.

Sous le second de ces aspects , la vie est une fonction qui a pour moyen ou support un organisme; pour stimulus ou principe, des agents dits morbifiques ; pour raison d’activité immédiate ou prochaine, l’assimilation ou l’élimination de ces stimulus par cet organisme , et pour raison d’activité médiale ou éloignée, le salut ou la restauration de cet organisme j lésé, etc. C’est la fièvre essentielle ou la maladie;

plus des sensations que des idées ; il peint tout en l raisonnant ; ses expressions font image et elles donnent toujours à penser, parce qu'elles reproduisent les choses ; c’est l’original même. Les écrits des autres médecins ne sont que des copies, souvent inexactes , et toujours sans couleur et sans vie. Au reste , presque tous les auteurs anciens doivent partager cet éloge : ils étaient plus près des objets que nous ; nous ne les voyons que dans le lointain et à travers les

nuages de l’abstraction. » ( Ouv. cil., p. 265 etsuiv.) A côté de celte manière d’observer , mettez la maparalt observer lors mémo qu’il raisonne : il combine ; nière de l'école de M, Louis : comparez et jugez I

MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE

car , encore une fois, la fièvre essentielle , c’est la maladie par excellence , la seule maladie naturelle et nécessaire.

Étrange contradiction ! on veut bien comprendre qu’un sang normal détermine et entretienne primitivement et essentiellement dans un organisme des phénomènes de sensibilité , de contractilité, de caloricité et de plasticité physiologiques dont l’appareil constitue celle forme de la vie qu’on appelle la santé ; et on ne veut pas comprendre qu’un sang anomal détermine et entretienne primitivement et essentiellement dans ce même organisme des phénomènes de sensibilité, de contractilité, de caloricité et de plasticité pathologiques dont l’appareil constitue cette autre forme de la vie qu’on appelle la fièvre ou la maladie! Pour être conséquents, acceptez les deux faits , ou n’acceptez ni l'un ni l’autre.

Les fièvres essentielles ainsi ramenées à leur simple et véritable notion , quel sens a désormais cette fameuse locution : le siège des fièvres? Dites-nous quel est ce siège? essayez de le localiser; mais avant, faites-en autant pour la vie; assignez-lui un siège; localisez-la!,.. Si vous ne le pouvez , nous sommes autorisés à regarder votre prétendue localisation ou désessentialisalion des fièvres comme un roman scientifique très-brillant, une sorte de gageure héroïquement soutenue.

Plus bas, nous essayerons de déterminer les caractères et les procédés de la fièvre sympathique ou symptomatique. Nous allons y arriver naturellement et cliniquement, pour ainsi dire, après avoir suivi rapidement l’échelle ou la classification la plus physiologique des fièvres essentielles.

Disons d’abord que toute fièvre essentielle n’est pas nécessairement générale et humorale comme celle dont nous avons plus haut tracé la description. La définition de cette fièvre telle que nous l’avons donnée peut s’appliquer aussi bien à un appareil, quelque circonscrit qu’il soit, à un organe , etc., qu’à l’organisme entier ; et on le comprend sans peine. Le stimulus général de cet organisme, le sang , avant d’être ainsi un stimulus unique , homogène et commun à tous les tissus , a été puisé dans les ingesta et les circumfusa de l’individu , lesquels ont été les stimulus spéçiaux d’un grand nombre d’appareils spéciaux , avant de se fondre en une seule substance, le sang, et d’être devenus de celte manière le stimulus commun des appareils généraux.

11 résulte de là que, si nous voulons suivre les

modifications successives, les élaborations de plus en plus avancées que subissent les stimulus alimentaires depuis la digestion gastrique jusqu’à la nutrition interstitielle et aux actes de la vie végétative , nous aurons la chymification ou digestion stomacale; la ehylification, l’absorption chyleuse et la défécation ou la digestion intestinale; la respiration ou l’hématose artérielle ; les sécrétions et exhalations diverses; les fonctions trophiques (qui président à la composition et à la décomposition des substances propres des parenchymes, telles que la substance propre du foie , du rein, du cerveau, des muscles, etc., etc.) et l’hématose veineuse; enfin les fonctions vitales communes ou celles qui président uniquement à la formation et à l’entretien du tissu vital commun ou tissu cellulaire. On voit que , dans cette énumération , nous n’avons pas fait entrer les fonctions circulatoires , parce que nous ne pensons pas que, par elles-mêmes , elles impriment des modifications intimes aux fluides qu’elles ne sont chargées de modifier que sous le rapport de leur situation. Ce sont de purs appareils de transport, de circulation en un mot.

Maintenant, si nous voulons supposer, ce qui arrive fréquemment, qu’un stimulus anomal, un aliment de mauvaise qualité, une matière morbifique ou inadmissible quelconque, soit déposé dans les premières voies, nous allons voir la série des fonctions assimilatrices et désassiinila- Irices physiologiques, depuis la chymification jusqu’aux fonctions vitales communes, être remplacée par une série de fonctions assimilatrices ou désassimilatrices pathologiques, ou, si l’on aime mieux, par une série de fièvres essentielles de moins en moins spéciales, de plus en plus générales.

D’abord , les forces digestives et gastriques , s’exerçant sur un stimulus anomal dans le but de l’assimiler ou de l’expulser, produiront une synergie morbide appelée indigestion si le stimulus hétérogène est aussitôt rejeté par les mouvements antipéristaltiques du vomissement , et qu’on nommera fièvre gastrique ou saburrale, si la matière morbifique séjourne dans les voies digestives et y est soumise à une sorte d’élaboration, de chymification pathologique ou de coction ( pepasmos ) avant son élimination par les déjections alvines : telles sont les saburres bilieuses, muqueuses ou alimentaires , qui causent les fièvres de ces noms, lesquelles, de nos jours , ont été réduites antiphysiologiqnement à la gastrite et à la gastro-entérite aiguës.

MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE

Qu’une quantité plus ou moins considérable de ces matières morbifiques soit absorbée et passe ainsi dans les secondes voies ; les appareils de la circulation capillaire, des exhalations, des sécrétions diverses, en un mot , les instruments des dépurations accomplies soit par les corps glanduleux , soit à la surface des téguments internes ou externes , tous appareils d’où le cœur et l’appareil de la grande circulation tirent leur raison d’activité et, par conséquent, leurs aptitudes fonctionnelles, ce vaste système , déjà presque général, sous l’influence d’un stimulus insolite, entrera aussi dans une activité pathologique ayant pour objet l’élaboration extraordinaire, puis l’élimination de produits anomaux ; des phlogoses ou des irritations plus ou moins légères pourront se développer sur la peau et les membranes muqueuses, etc. Dans cet ordre de synergies pathologiques seront comprises les fièvres hémorragiques, catarrhales, sudaloires et sécrétoires ou eccritiques essentielles , lesquelles consistent , pour le répéter , dans la surexcitation morbide des appareils de la circulation capillaire, des exhalations et des sécrétions par un stimulus morbifique et pour l’élaboration et l’élimination de ce stimulus. Ces fièvres s’accompagneront souvent de cet état des téguments internes ou externes qu’on nomme phlogose , phlegmasie Mtarde, catarrhale, etc.

Si l’usage d’aliments de mauvaise qualité a été habituel et prolongé, l’appareil des fonctions trophiques , c’est-à-dire des fonctions chargées de l’entretien et de la restauration incessante des substances propres déposées dans les parenchymes, cet appareil pourra changer son mode d’action, et, s’exerçant sur des stimulus anomaux et viciés, entrer dans une synergie nutritive pathologique par laquelle seront élaborées , altérées et plus ou moins, renouvelées les matières organiques sécrétées dans la trame des parenchymes spéciaux, ce qui donnera lieu à des fièvres essentielles, cachectiques , paratrophiques, ou récorporatives. Nous pouvons dire ici, par anticipation , que c’est dans cette classe que nous semblent devoir être placées la plupart des fièvres typhoïdes de tous les genres, soit communes , soit spécifiques , soit simples, soit graves, soit spontanées ou sporadiques, soit épidémiques ou communiquées , bien que toute fièvre, dans quelque appareil qu’elle ait pris naissance , soit susceptible de revêtir l’aspect typhoïde , en raison de la qualité plus ou

moins septique, suranimalisée et délétiic du stimulus fébrifique ou de la matière moi bifique.

Nous reviendrons sur ce point lorsque nous aborderons les rapports de ces fièvres a\ec la médication antiphlogistique. Seulement nous sentons ici le besoin de prévenir le lecteur qu il ne doit pas conclure , de ce qui vient d’èlre dit , que nous regardons une mauvaise alimentation comme la cause éloignée des fièvres typhoïdes avec entéro-mésenlérite aiguë qu’on observe tous les jours dans nos hôpitaux. Pour le moment, nous avons voulu avancer une seule chose, savoir , que c’est dans l’appareil des fonctions trophiques ou de la sécrétion des substances organiques propres des parenchymes, que nous paraissent prendre naissance les fièvres typhoïdes proprement dites, celles par exemple qui déciment l’adolescence et les premières années de l’âge adulte dans nos pays, fièvres, qui, ainsi considérées sous leur forme sporadique principalement, seraient, à nos yeux, de véritables fièvres récorporatives spontanées . Cette proposition, nous le comprenons à merveille, a besoin , uniquement pour ne pas provoquer d’abord la réprobation et même le ridicule, de développements immenses, d’un enseignement général et spécial clair et logique. Plus bas , sans avoir la prétention de traiter à fond celle question et de convaincre parfaitement les esprits, nous indiquerons sommairement les raisons nombreuses que nous avons pour considérer, sauf meilleur avis, notre fièvre typhoïde sporadique comme une fièvre récorporalive spontanée. C’était, comme nous le ferons voir, l'opinion assez formelle de Sydenham , cette grande autorité tous les jours invoquée par des adversaires peu conséquents, dont, s’il vivait, il ne manquerait pas de répudier l’adhésion.

Descendons plus bas encore dans l’échelle des fièvres essentielles , et supposons que l’hétérogène morbifique , quel qu’il soit , porte sa surstimulation pathologique sur le tissu cellulaire général en tant que siège de cette exhalation universelle qui s’opère dans ses aréoles, depuis les plus grandes, qu’on nomme cavités ou membranes séreuses , jusqu’aux plus petites, dont l’innombrable réunion forme la trame ou le canevas général de l’organisation. Le fluide si simple et si ténu qui est le produit normal de cette exhalation, cette sorte de vapeur condensée , de rosée , que Bordeu , dans son style pittoresque , appelait un épais brouillard renfermé dans des vessies, celte, sérosité enfin, sous

MÉDICATION AN TIPHL0G19TIQÜE.

l’influence de l’espèce d’irritation superficielle déterminée dans les tissus qui la forment et la déposent , va acquérir un degré de plus d’animalisalion ou d’organisation; elle sera plus riche en albumine, par conséquent plus concrescible, plus plastique, plus organisable ; elle tendra à passer à l’état fibrineux, donnera à la sérosité du sang plus de densité et de viscosité , et, sous l’influence du repos , se séparera en une substance solide, d’un blanc jaunâtre , supérieure à la fibrine cruorique, etc., etc., ce qui forme la couenne du sang, Vhëmite ou l’état inflammatoire de ce liquide animal. La synergie pathologique active , aiguë , déterminée par l’abondance excessive et les qualités plus stimulantes de cet élément du liquide nourricier et pour son atténuation, son élimination et son retour à sa crase physiologique , constituent la fièvre inflammatoire franche, ou angioténique essentielle.

Enfin, après avoir jusqu’ici parcouru de haut en bas la série des appareils de l’assimilation, et classé physiologiquement et naturellement les fièvres essentielles ou les fonctions pathologiques d’après cet ordre , nous arrivons au dernier et au plus général de ces appareils, la trame vitale, le tissu générateur ou cellulaire considéré en tant qu’appareil des fondions vitales communes. Or ces fonctions n’ont d’autre but immédiat que la formation et l’entretien de leur propre support, du tissu cellulaire lui-même, indépendamment de toute fonction spéciale. La fonction physiologique de cet appareil , c’est d’exister , c’est de vivre , c’est de se maintenir dans son état normal. Dans noire étude de la calorification végétative , nous avons analysé cet appareil , et avons assez fait voir alors qu’il avait pour support ou moyen tout tissu organisé; pour principe ou stimulus un liquide nourricier devant être assimilé; pour aptitude fonctionnelle la force vitale dont nous avons aussi déterminé la raison d’activité ou la fin.

Cela étant, de quelle manière un tel appareil, de telles fonctions peuvent- ils revêtir le type morbide et passer de l’état de fonction physiologique à celui de fonction pathologique? La réponse à celte question va nous donner la dernière des fièvres essentielles en même temps qu’une définition de l’inflammation, car la dernière des fièvres essentielles ou des fonctions pathologiques dans l’ordre que nous avons suivi, c’est l’inflammation , comme les fonctions vitales communes sont dans l’homme , dans l’échelle zoologique et dans l’embryon , les der-

nières des fonctions physiologiques en procédant des plus hauts degrés de ces trois séries vers les plus inférieurs.

Jusqu’ici , le stimulus pathologique ou la matière morbifique avait lésé les appareils en tant que doués de fonctions spéciales digestives , exhalantes, sécrétoires et trophiques; mais il les avait laissés intacts et non lésés en tant que vivant de la vie commune , en tant que formés par un tissu organisé , c’est-à-dire que le support lui-même de ces appareils, l’instrument matériel de leur activité spéciale, n’avait reçu aucune atteinte dans son organisation et dans sa texture; car on sait que les fonctions gastriques peuvent être altérées, troublées, sans que les tissus dont se compose l’estomac soient lésés; que les fonctions des vaisseaux capillaires, des appareils des exhalations et des sécrétions peuvent de même être dans un état anomal sans lésion des tissus de ces appareils, etc. Maintenant il n’en est plus ainsi, et la matière morbifique vient à porter son action sur l’appareil lui-même des fonctions vitales communes, sur le support ou l’instrument de ces fonctions , c’est-à-dire sur le tissu primitif ou cellulaire.

Pour que ces fonctions soient lésées, il faut, de toute nécessité , que le stimulus anomal ait agi d’une manière chimique ou d’une manière mécanique. Ici , en effet , la fonction n’est autre chose que la vie et la conservation du tissu ; elle ne peut donc recevoir de lésion indépendamment de ce même tissu. Or nous ne concevons qu’un seul mode possible de lésion pour un composé matériel en tant que tel , que ce composé soit un corps brut ou un corps organisé : c’est une lésion opérée mécaniquement ou chimiquement. En d’autres termes , le tissu cellulaire est l’ouvrage, le produit des fonctions vitales communes ; sa création et sa conservation constituent ces fonctions elles-mêmes. Cet ouvrage, ce produit , ces fonctions, étant le tissu cellulaire luimême , ne peuvent être lésés sans lui, pas plus que lui sans eux. Mais un tissu quelconque, vivant ou non vivant, n’a qu’une manière d’être lésé ou attaqué, et c’est mécaniquement ou chimiquement. Donc , pour que les fonctions vitales communes soient lésées , il faut un agent mécanique ou chimique.

Pour qu’une synergie pathologique ou une fièvre essentielle se développe dans l’appareil des fonctions vitales communes , trois choses sont donc nécessaires : 1° un stimulus anomal ou un agent irritant; 2° un support irrite ou une

MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE

portion de tissu cellulaire attaquée ou modifiée dans sa texture par cet agent; 3° une fin ou raison d’activité de la fonction morbide , raison d’activité qui est double, et se compose, 1° de l’élaboration et de l’élimination du stimulus ou de la matière morbifique ( spina metaphysica ); 2° de la réparation ou régénération de la portion de tissu lésée, détruite ou désorganisée par le stimulus.

Telle est l’inflammation ou fièvre vitale essentielle qui, comme on le voit, peut être définie ainsi : une synergie pathologique développée dans tout tissu vivant par un stimulus anomal ou irritant, et ayant pour but d’activité l’élaboration ou l’expulsion de ce stimulus et la réparation de la portion de tissu détruite ou désorganisée par lui.

De tout temps on a divisé les inflammations en deux classes : la première , comprenant les inflammations qui ont été indifféremment nommées incomplètes , érythémateuses, fausses , hâtantes, catarrhales, rhumatismales , èrésipélateuses, etc., et la seconde, renfermant celles qu’on désigne sous les noms d’inflammations vraies, complètes, phlegmoneuses, etc. Cette division est juste et fondamentale. Son motif se déduit clairement et naturellement delà notion du double but d’activité de tout appareil inflammatoire. II est évident en effet que ce double but répond au double mode d’action du stimulus inflammatoire. Une phlegmasie vraie, complète et phlegmoneuse suppose toujours que l’agent morbifique a non-seulement irrité le tissu, mais qu’il l’a détruit, désorganisé, altéré dans sa texture, de manière à ce qu’une période de réparation soit devenue nécessaire. Dans ce cas, la fonction pathologique ou l’inflammation a donc deux raisons d’activité qui la font consister en deux périodes, 1° une période d’élaboration et d’élimination de l’agent irritant ; 2° une période de réparation ou de cicatrice pour la restauration de la partie au moyen de la création d’un tissu nouveau et accidentel. Voilà pourquoi, dans toute inflammation vraie et complète, il y a formation d’une hématose nouvelle et indépendante de la grande circulation du sujet.

Les phlegmasies fausses , bâtardes , incomplètes, catarrhales, etc., ne se composent au contraire que d’une seule période, parce qu’alors la fonction pathologique n’a qu’un seul but d’activité, savoir, la période d’irritation ou d’éla- ; boration et d’élimination. L’agent inflammatoire

n’ayant pas attaqué les tissus assez profondément pour les désorganiser ou les détruire , la seconde période est pour ainsi dire supprimée : elle n’aurait aucun but.

Par oposilion à ces dernières phlegmasies, il en est d’autres, dans lesquelles on n’observe pas la première période , par la raison bien simple et péremptoire qu’elle ne devait pas avoir lieu, parce qu’elle n’avait aucun but d’activité, aucune cause finale pour motiver et déterminer i son existence. Ce sont les inflammations traumatiques , telles que les plaies faites avec des instruments tranchants bien acérés, et qui se réunissent , comme on le dit depuis Galien , par première intention. Où serait ici la raison d’activité d’une première période? L’agent irritant ou vulnérant n’est pas resté fixé dans la partie. Il s’est retiré immédiatement après avoir agi. i II n’y a donc pas lieu au travail d’élaboration et d’élimination qui constitue la première période d’une inflammation vraie et complète, et l’unique période d’une inflammation fausse ou incomplète. L’irritation très-vive causée par l’instrument vulnérant ou le stimulus morbifique a immédiatement donné lieu à l’exhalation d’une lymphe plastique et organisable qui, contractant aussitôt la vie par contiguïté , s’est interposée aux deux lèvres de la solution de continuité , et les a réunies au moyen d’un tissu nouveau , tissu parasite , mais pourvu d’une hématose et d’une circulation particulières, puisqu’il ne dépend de l’organisme que par l’absorption des fluides qu’il puise dans ce torrent commun.

Dans ce cas, comme on le voit , la période de réparation a été unique et immédiate; dans les inflammations complètes et vraies , celte période a été précédée de la période d’élaboration et d’élimination ; dans les inflammations fausses , bâtardes ou incomplètes , tout s’est borné à cette première période.

On comprend maintenant comment et dans quelles limites les fièvres peuvent et doivent être comparées aux inflammations. Les médecins de l’école hippocratique ont toujours senti qu’il y avait entre ces deux états une analogie fondamentale qu’ils ont voulu exprimer en disant que l’inflammation était une fièvre locale , et la fièvre une inflammation générale. Le lecteur est à même , par tout ce qui précède , d’apprécier ce qu’il y a tout à la fois de vrai et de faux dans cette proposition de pathologie générale. Oui , l’ensemble des appareils de la vie nutritive , des organes de l’assimilation et de la désassimilation

M ÉDICAT10N ANTIPHLOGISTIQUE.

est, dans une fièvre essentielle, ce qu’un faisceau de vaisseaux capillaires, ce qu’une masse de tissu cellulaire sont dans une phlegmasie fausse et incomplète, c’est-à-dire dans une phlegmasie composée seulement de la première période des phlegmasies vraies et complètes. De part et d’autre un stimulus morbifique est élaboré et éliminé. Mais là s’arrête la légitimité de l’analogie; car, dans la fièvre essentielle et vraie, on ne voit pas, comme dans l’inflammation vraie , une période de régénération, puisque aucune atteinte n’a été portée à l’intégrité des (issus, et qu’une pareille opération n’aurait eu aucun but d’activité.

Dans toute fièvre proprement dite , il n’y a jamais lésion des fonctions vitales communes ni de leur appareil. Le stimulus morbifique ( on sent que nous ne parlons que des fièvres synergiques et avec matière ) ne porte son action que sur des appareils plus ou moins généraux , depuis ceux des fonctions digestives , comme on l’a vu plus haut , jusqu’à ceux des sécrétions et exhalations diverses qui sont les pénultièmes des appareils organiques, et n’ont plus au-dessous d’eux que l’appareil des fonctions vitales communes ou la trame vitale, le tissu cellulaire, quelles que soient sa forme ou ses dispositions. Ce n’est que lorsque cet appareil est attaqué par l’agent morbifique qu’il y a inflammation.

Si cet agent n’a modifié le tissu qu’en tant que stimulus anomal et impropre à une assimilation physiologique , il y aura phlegmasie fausse, incomplète et limitée à la première période, comme dans un érythème simple quelconque , une phlegmasie rhumatoïde, etc. Voilà ce qui peut être comparé dans son genre à une fièvre essentielle. Mais si le stimulus a agi par des qualités mécaniques ou chimiques qui aient compromis l’organisation du tissu vivant , alors l’analogie en question est abusive et mérite cette critique qu’on lui adresse tous les jours , savoir, qu’un organisme fébricitant n’est pas un organisme enflammé, car un état tel que celui dans lequel se trouve une partie enflammée ne saurait s’étendre à toute l’économie , qui n’y résisterait pas , etc. Cette objection est tout ensemble juste et fausse , avec la distinction que nous avons établie plus haut.

Il nous en coûte d’être sur ce point en désaccord avec notre illuslre maître , M. le professeur Récamier, qui professe que, dans la fièvre comme dans l’inflammation , il y a lésion des fonctions vitales communes, et définit la pre-

mière une surslimulalion générale des fonctions vitales communes, et la seconde une surstimulation locale de ces mêmes fonctions. De ces deux définitions , la dernière seule est, selon nous, vraie sous le point de vue qui nous occupe bien qu’elle soit défectueuse à d’autres égards. Quant à la première, nous ne saurions l’admettre sans bouleverser et nier tout notre travail , et surtout sans violer des principes de physiologie et de pathologie générales que M. Récamier luimême professe et que nous croyons irrécusables.

Nous avons dit que la définition de l’inflammation telle que la donne le profond pathologiste que nous venons de nommer , quoique vraie sous le rapport dont nous nous sommes occupés, était défectueuse à d’autres égards. Deux mots suffisent pour motiver ce reproche.

La définition en question est imparfaite , 1° parce qu’elle ne renferme pas l’idée de maladie , et que , comme nous l’avons déjà répété bien souvent , un e sur stimulation des fonctions vitales communes n'est pas plus une inflammation , qu’une surstimulation de l’estomac par un aliment très-sapide et très-excitant n’est une fièvre gastrique , qu’une surstimulation du cerveau par un sujet de pensée fort intéressant n’est un délire, etc. Il faut dire : surstimulation pathologique ou anomale , parce que ce seul mot empêche de confondre la fonction morbide j ou l’inflammation avec la fonction physiologi- j que ou la nutrition , et fait aussitôt supposer j l’existence d’un stimulus morbifique à la place ! d’un stimulus naturel et normal.

2° Cette définition pèche encore en ce qu’elle ne repose pas sur le but d’activité de la chose j définie, condition sans laquelle , comme nous ! l’avons dit plus haut ( page 129 ) il n’y a pas de | définition complète et satisfaisante. L’inflamma- i tion ayant, comme tout appareil phénoménal: complet, un principe, un moyen et une fin oui but d’activité, doit être définie d’après ce but. ; Autrement, la définition ne donne vraiment pas j une notion suffisante de la chose définie.

La différence que nous signalons ici entre l’opinion de M. le professeur Récamier et la nôtre j vient déplus haut. Chacun de nous est resté’ fidèle dans la pathologie aux idées principales i qu’il a émises en physiologie. Ainsi, pour M. Récamier , qui regarde l’appareil des fonctions vi- i laies communes comme la seule source de la f chaleur animale, dans toute fièvre cet appareil» doit être lésé , puisque toute fièvre est essentiel- f lemcnl caractérisée par une lésion de la calori-i

MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE

ficalion organique. Pour nous , au contraire , qui considérons la caloricité comme faisant partie de toute manifestation d’activité vitale, quel que soit l’appareil qui en soit le siège, et pour qui tout phénomène organique complet suppose l’exercice de la sensibilité, delà contractilité, la production de la chaleur ou la caloricité , et enfin la plasticité ou l’assimilation , quand les facultés précédentes s’appliquent à un stimulus ou à une matière hygiénique ou morbifique, nous n’avons pas nécessairement besoin, comme M. le professeur Récamier, de la lésion des fonctions vitales communes pour concevoir la fièvre, mais seulement pour concevoir l’inflammation; et cela suffirait pour nous donner confiance en notre opinion , si elle n’était d’ailleurs appuyée sur d’autres motifs. Tout appareil spécial est susceptible de fièvre; l’appareil seul des fonctions vitales communes est susceptible d’inflammation.

Nous avons achevé le tableau des fièvres essentielles , au moins quant au but que nous nous élions proposé ; car ce tableau des fièvres n’est pas plus complet que le tableau des fonctions physiologiques de l’homme n’est complet, quand on n’a fait qu’exposer la subordination et le rôle des viscères assimilateurs. On sent qu’il reste après cela à étudier les appareils et les fonctions de la vie de relation , ainsi que ceux de la reproduction , sous le rapport des fonctions pathologiques ou des fièvres essentielles dont ils sont susceptibles tout aussi bien que ceux que nous venons de passer en revue. C’est ce que nous ne ferons pas, parce que notre objet n’est pas un traité de physiologie et de pathologie; que nous désirons seulement établir des principes généraux à l’aide desquels le lecteur puisse achever ce que nous ne faisons qu’indiquer, toujours dans l’intention d’éclairer les applications de la médication antiphlogistique au traitement des affections inflammatoires et fébriles.

Certes, si nous avions été assez heureux pour trouver dans les traités de physiologie et de pathologie qui sont en faveur dans l’enseignement les principes de la médecine de vingt-deux siècles, les dogmes de la science et de l’art hippocratiques , on peut croire que nous nous serions dispensés de 1’inlroducfion physiologique et pathologique dont nous avons regardé comme un devoir de faire précéder l’élude de la médication antiphlogistique. Nous aurions renvoyé à ces ouvrages , et de suite nous serions entrés en ma-

liere; mais, privés de telles bases, nous avons dû y suppléer, quoique fort insuffisamment; car si nous n’avions pas pris ce soin, les règles generales que nous donnerons sur la méthode de traitement des fièvres et des phlegmasies par les moyens antiphlogistiques n’auraient eu ni sens, ni raison, ni moralité aux yeux du lecteur. Bientôt, au contraire , quelques énoncés généraux, quelques principes constants et logiques , suffiront pour que les indications et contre-indications de la médication antiphlogistique se déduisent comme d’elles-mèmes de la doctrine qui précède. — Et notre temps n’aura pas été perdu.

Tout en déclinant , pour les raisons que nous venons de dire, la tûche d’étudier les lois des fonctions pathologiques ou des fièvres essentielles dans les appareils de la vie de relation et de reproduction , nous voulons néanmoins esquisser en quelques mots la manière dont ces fièvres doivent être conçues, pour les fonctions de la vie de relation tout au moins. Quant aux fièvres essentielles que peuvent présenter les appareils de la reproduction dans les deux sexes, on peut s’en faire plus facilement une idée d’après celles dont nous avons suivi la série dans les appareils de la nutrition proprement dite.

Les appareils de la vie de relation chez l’homme ont une fin double, une double raison d’activité, par conséquent deux sortes d’aptitudes fonctionnelles , et partant, deux ordres de stimulus ou de principes pour déterminer leurs actions. La première de ces raisons d’activité, la première de ces aptitudes fonctionnelles leur est commune avec les animaux doués des mêmes appareils. Cette aptitude fonctionnelle se rapporte à la conservation de l’homme en tant que vivant et se reproduisant. Elle a sa raison d’activité dans les appareils préexistants qui sont les viscères assimilateurs , depuis les fonctions de l’intussusceplion alimentaire et gazeuse jusqu’aux appareils des fonctions vitales communes. Celte raison d’activité, c’est de fournir à ces appareils les stimulus de l’homme en tant que vivant, les agents hygiéniques de l’animal. Or de même que les fonctions physiologiques des appareils de la nutrition proprement dite sont devenues des fonctions pathologiques ou des fièvres essentielles , par la seule viciation de leurs stimulus ou des agents qu’ils doivent assimiler , de même aussi les fonctions physiologiques de relation extérieure deviendront des fonctions pathologiques ou des fièvres essentielles, lorsque leurs stimulus propres ou les agents qu’elles sont des-

tinées à assimiler seront anomaux, viciés, offensifs, nuisibles, dangereux pour l’organisme, etc.

On voit que nous restons dans la notion générale sur laquelle repose l’étude de toute fonction pathologique ou de toute fièvre essentielle. D’après cette idée , formons maintenant notre appareil morbide.

Le support ou moyen fonctionnant, c’est l’ensemble des appareils sensitifs et locomoteurs qui constituent les organes de la vie de relation. Le principe déterminant de la fonction ou le stimulus, ce sont les influences extérieures, les causes ambiantes qui peuvent porter atteinte à la conservation de l’organisme. La fin ou raison d’activité, c’est l’élaboration et l’élimination de ces agents nuisibles et en définitive la conservation de la vie menacée par eux.

Un exemple va nous faire retrouver dans la fonction insolite de cet appareil morbide, toutes les conditions et toutes les phases d’une fièvre essentielle humorale telle que nous l’avons décrite plus haut.

Supposons un individu surpris par la rencontre d’une chose extérieure nuisible , d’un obstacle ou d’un danger menaçants pour sa vie; d’un être passif ou actif, animé ou inanimé, dont l’action sur lui soit capable de porter atteinte à son existence, d’altérer ou de détruire son corps, etc. Dès que ses sens auront été impressionnés par la présence de cet agent inassimilable , de cette chose ennemie de la vie, l’individu va être saisi d’une dépression subite accompagnée d’une atteinte semblable portée à la fonction de calorification et qu’on nommera crainte, sentiment de peur, d’effroi. Il frissonnera de tout son corps , pâlira et sera d’abord frappé d’impuissance et de découragement devant la cause du danger. Si tout à l’heure des besoins d’assimilation ou de désassimilation physiologiques se faisaient sentir et poussaient impérieusement les appareils de la vie de relation à entreren mouvement pour satisfaire ces besoins, ces sensations normales , quelque vives qu’elles pussent être , vont se suspendre ; et cela se conçoit, cela est admirablement nécessaire; car, puisque la raison d’activité est changée, les aptitudes fonctionnelles doivent l’être aussi, et les plus pressantes veulent s’exercer les premières. Il est facile de reconnaître , dans l’ensemble des phénomènes que nous venons d’observer, une période parfaitement analogue au stade d’opportunité et d’invasion des fièvres humorales.

Mais , comme dans celles-ci , à la période de dépression succède la période de réaction et d’irritation, si l’individu a pu soutenir la première et n’y a pas succombé. Une chaleur impétueuse et par influx remplace promptement le frisson de même nature du stade précédent. Le sentiment de faiblesse, d’anéantissement et de crainte a disparu, et maintenant l’individu est pénétré d’une force , d’une activité et d’un courage incroyables et inaccoutumés. Par une synergie d’efforts musculaires instinctifs et médicateurs merveilleusement coordonnés, il atténue, il élabore, il travaille à dompter l’agent nuisible et périt souvent dans la lutte. Celte seconde période répond au stade d’augment, d’irritation ou de crudité des autres fièvres.

Mais ses efforts l’emportent sur la résistance de l’être ennemi. II est parvenu à le vaincre, à le mettre hors d’état de nuire. Alors il l’éloigne de lui, le repousse , l’élimine enfin : la fonction pathologique, la fièvre essentielle, qu’avait provoquée dans les appareils de la vie de relation le stimulus anomal et fébrifique, n’a plus de raison d’activité. L’organisme revient à ses aptitudes fonctionnelles physiologiques. Ses besoins suspendus se font sentir de nouveau et plus impérieusement encore. L’individu est rétabli. Voilà le pendant en quelque sorte de la période de maturation, décoction, d’élimination ou de crise des fièvres du cadre nosologique.

Car nous ne prétendons pas introduire dans ce cadre un ordre de fièvre formé avec lesgroupes variés des actions , des mouvements et des instincts conservateurs accomplis par les appareils; de la vie de relation pour l’élimination des agents extérieurs qui menacent l’homme ; nous avons;} voulu montrer seulement que notre loi des fonc-'; tions pathologiques, notre manière de concevoir les fièvres essentielles, est justifiée par l’univer-j salilé de ses applications , et, si on peut s’expri-; mer ainsi , par sa capacité pour embrasser,; contenir et éclairer tous les faits de l’organisation.} tant dans l’ordre physiologique que dans l’ordrej pathologique. C’est là un critérium fondamental et dont les auteurs ne sont en général pas asseii jaloux. Si celle loi déclinait sa compétence devant un fait quelconque bien observé, nous Ici regarderions comme erronée ou tout au moin?* comme secondaire, tandis que jusqu’ici nou;| n’avons aucune raison pour ne pas la considéreit comme principe général et générateur.

Dans l’exemple précédent , aussi bien qu«r dans le tableau que nous avons tracé plus liait

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d’une fièvre humorale essentielle, nous nous sommes strictement bornés à l’observation des faits, c’est-à-dire que nous avons non-seulement exposé l’ordre de succession, mais encore l’ordre de filiation ou de génération des phénomènes. Personne ne peut nier l’identité fondamentale de ces deux groupes synergiques d’actions anomales. Les lois, ici et là, sont les mêmes; ce sont les mêmes actes exécutés par des instruments différents , s’appliquant à des stimulus différents aussi , mais dans un but analogue.

Dans ces deux séries de phénomènes, nous voyons la sensibilité des appareils organiques d’abord frappée et recevant l’impression d’un agent ou stimulus anomal; puis, dans toutes deux , la contractilité s’exerçant sur ce stimulus pour accomplir un acte de plasticité ou d’assimilation et de désassimilation anomales, non physiologiques et par conséquent pathologiques ; le dégagement du calorique , enfin, être le produit inséparable de ces manifestations d’activité vitale. Or, si on donne le nom de fièvre à l’une de ces opérations synergiques, à celle où les phénomènes se sont passés dans les appareils de la circulation des exhalations et des dépurations , pour l’élaboration et l’évacuation critique d’une matière morbifique introduite dans les secondes voies et mélangée au sang, on ne pourra logiquement refuser ni ce nom , ni l’idée qui y est attachée , à la seconde de ces opérations synergiques, celle où les phénomènes se sont passés dans les appareils des rapports extérieurs pour l’élaboration et l’élimination salutaires et critiques en quelque sorte d’un agent nuisible, et menaçant de compromettre et de détruire l’existence de l’organisme. Qu’on se reporte à ce que nous avons dit précédemment (page Tl 5), et cela est important, sur l’unité du principe de vie et sur l’unique raison des différences anatomiques des appareils organiques, différences exclusivement déterminées par la nature des fonctions de ces appareils et par celle des stimulus qu’ils ont à assimiler, et on comprendra de suite en quoi consiste la seule distinction admissible entre ces deux sortes de fièvres. Nous le répétons : cette distinction ne peut être fondée que sur la différence qu’impriment à l’appareil phénoménal, ou à l’ensemble des symptômes, la forme des instruments assimilateurs et celle des stimulus à assimiler.

Mais les appareils de la vie de,re1ation chez l’homme ne sont pas bornés , avons-nous dit, à celle seule raison d’activité, et par conséquent

à cette seule aptitude fonctionnelle qui nous assimilerait au plus parfait des singes, à des bipèdes ou bimanes et rien de plus, comme l’orangoutang est un quadrumane et rien de plus. Il est évident que les appareils de la vie de relation de l’homme ont un autre but que celui de procurer à son corps les moyens de se développer et de se conserver en tant que vivant et se reproduisant. Nul ne peut le nier sans abjurer volontairement son caractère et sa dignité. Nous avons dit plus haut (page 120 et suiv.) quelle est celte autre raison d’activité , et quelle est la nouvelle puissance , le stimulus nouveau et donné à l’homme seul, qui fait entrer en action ses appareils delà vie de relation pour accomplir cette fin interdite à l’animalité.

Cette raison de l’activité humaine , celle fin pour l’exécution de laquelle ont été créés, au moyen de l’échelle zoologique, nos appareils de la vie de relation ; ce seul et unique but des manifestations d’activité progressives et innombrables par lesquelles la force vitale se phénoménise à la surface du globe avant d’arriver à la consommation de son œuvre, savoir, la formation de l’organisme humain ; cette raison d’activité, cette fin, ce but, ne sont autres que le progrès moral et intellectuel de chacun, pour concourir à l’accomplissement de la fonction de l’humanité sur la terre.

Ainsi les moyens ou supports restent les mêmes : ce sont encore, comme plus haut, les appareils de la vie de relation. Mais la raison d’activité est changée , et nous savons par tout ce qui précède que ce changement est toujours déterminé par celui du stimulus de l’appareil. Jusqu’ici le stimulus de nos divers appareils , tant dans l’ordre physiologique que dans l’ordre pathologique, ont été matériels. Ils ont toujours pu être ramenés aux six choses non naturelles de Galien et de Halle , et aux divers produits qui en résultent par l’élaboration des fonctions assimilatrices et désassimilalrices de l’organisme. Ils ont toujours pu être ramenés à ces agents , avons-nous dit. Oui , à tous.... , moins un seul pourtant. Quel est celui qui n’est pas matériel ou de l’ordre physique? C’est celui qui , dans la classification de Hallé , est désigné sous la dénomination de PERCErrA , et convient à l’homme exclusivement.

Avant d’aller plus loin, et sous peine d’entrer volontairement dans des embarras funestes, desquels plus lard il serait difficile de sortir , nous devons au lecteur un aveu dont il nous saura gré,

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et le signalement d’une erreur qui, loin de porter la moindre atteinte à notre principe , ne sert au contraire qu’à le vérifier et à lui imprimer une nouvelle sanction. Celte erreur ne vient que de nous, qui avons commis (page 121 ) une infidélité flagrante dans l’application de notre principe général à la détermination de la loi des appareils de la vie de relation chez l’homme, en tant que ces appareils servent d’instruments et de moyens de manifestation à l’âme. La plus légère attention suffit pour découvrir cette inadvertance de notre part , et sans doute qu’elle n’a déjà pas échappé à plus d’un esprit.

En effet, nous avons dit à plusieurs reprises et d’une manière générale que , dans la constitution d’un appareil , le stimulus était ce qui fait entrer en action l’aptitude fonctionnelle , ou , mieux encore , ce qui est assimilé par le support ou moyen , à l'aide de cette aptitude fonctionnelle. Nous avons dit aussi que celle-ci résidait dans la raison d’activité de l’appareil, et que cette raison d’activité préexistait toujours aux moyens par lesquels elle est remplie. Puis, venant à appliquer cette formule à l’étude des organes par le moyen desquels , chez l’homme, l’âme manifeste son activité et ses phénomènes , nous intervertissons, par le plus inexplicable des lapsus, les attributions des éléments constitutifs de l’appareil , et nous donnons à l’âme ellemême la fonction ou le rôle du stimulus de cet appareil !

Au seul énoncé de celte proposition , on voit en quoi elle viole notre loi générale. 11 est inutile de faire remarquer que si , comme on ne saurait en douter , le stimulus est bien ce qui fait entrer en action l’aptitude fonctionnelle , ou , mieux encore, ce qui est assimilé par le raojen ou l’instrument doué de cette aptitude, un pareil rôle ne peut appartenir à l’âme qui est bien plutôt et bien indubitablement la puissance qui confère au support celte aptitude fonctionnelle ellemême. Comment douter que l’âme soit la force active qui exécute au moyen du cerveau, etc. , tous les phénomènes intellectuels ou psychologiques ? L’âme ne peut être son propre stimulus, ne peut se faire entrer en action elle-même, ne peut être assimilée par elle-même , etc.

Si l’âme n’est pas le stimulus de l’appareil des fonctions psychologiques , quel est donc ce stimulus? sous quelle influence entrent-elles en action? Nous l’avons dit fout à l’heure, dapiès Hallé : VERCErTA ; et c’est là une notion vulgaire de métaphysique que personne ne songera à con-

tester. Qu’on pèse bien le mot percepta et qu’on se garde de le confondre avec les impressions ou les sensations , car alors on serait en droit de nous dire que les animaux aussi jouissent de cet ordre de stimulus, puisqu’ils ont des sens, un cerveau , et reçoivent ainsi des impressions ; que s’ils jouissent de tels stimulus , ils doivent par conséquent être doués d’une aptitude fonctionnelle correspondante, puisqu’il n’y a jamais de stimulus sans une force pour les élaborer 5 et on nous conduirait de cette manière à nier l’ânve humaine ou à accorder aux animaux un degré, une dose quelconque de cette puissance.

Mais percepta signifie toute autre chose qu’impression ou sensation. Il signifie les choses perçues , les perceptions , en un mot les idées; les perceptions qui ne sont autre chose que des sensations transformées en idées par un acte de l’esprit, par l’intervention de l’âme. Et voilà précisément pourquoi les animaux qui reçoivent des impressions n’ont pas d’idées , parce que la formation de celles-ci suppose l’opération d’une puissance, d’une faculté, d’une aptitude fonctionnelle étrangère aux animaux bornés à la sensation sans perception. Les animaux ont la sensibilité purement vitale, ou, pour parler plus rigoureusement, l’impressionnabilité, faculté qui répond à l’impressionnabilité non perçue de notre estomac ou de notre intestin lorsque leurs stimulus viennent à agir sur eux et à provoquer leur action; mais ces êtres sont privés de la sensibilité perçue tout comme en sont privés notre intestin ou notre vésicule biliaire dans j l’état normal. Pour nous résumer: les animaux, qu’on nous permette cette expression, n’assistent pas au spectacle de leurs sensations, de leurs souffrances, etc. Nous demandons grâce pour cette petite excursion dans la métaphysique, en faveur de sa nécessité. En définitive, l’homme est le sujet de la médecine ; et il esL impossible de séparer de l’étude de cet être ce qui le caractérise le plus , et de faire abstraction dans la science de la vie de ce qui imprime des modifications si profondes à notre organisme humain, tant dans la santé que dans les maladies. Ce serait par trop confiner l’art vétérinaire.

Rétablissons donc, en nous conformant plus fidèlement au principe général que nous avions mal appliqué, rétablissons la loi de l’appareil des fonctions psychologiques de l’homme telle qu’elle doit l’être, et nous aurons définitivement poui support ou moyen de manifestation de cet appareil l’encéphale et ses dépendances , pour sli U

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raulus les idées, et pour aptitude fonctionnelle la puissance spirituelle , l’âme , qui reçoit sa raison d’activité de la nécessité de la vie sociale et du progrès intellectuel et moral de la société , opéré par la réunion ou le concours de toutes ces âmes pour l’accomplissement de la fonction de l'humanité. Or, pour arriver enfin à notre objet, cet appareil aussi est susceptible de sa fonction palhologique.de sa fièvre essentielle. Pour cela , il n’est besoin que d’une seule modification apportée dans l’une des conditions d’exercice de l’appareil. Que le stimulus devienne anomal , et vous pourrez voir se développer une véritable fièvre, une véritable fonction morbide dans son genre.

Supposons qu’au lieu de recevoir des idées ou des percepta convenables à sa nature, à ses aptitudes, à son développement, des idées favorables au cours de ses opérations habituelles, de ses penchants, etc. , l’âme soit alfectée par des idées pénibles, ingrates, contraires à sa nature, à ses inclinations , tendant en un mot à empêcher , contrarier ou troubler son activité normale; voila pour l’appareil psychologique un stimulus morbifique , qu’on nous passe celte expression pour le maintien de l’analogie. Celte modification dans le stimulus en apporte nécessairement de profondes dans les manifestations d’activité de l’appareil. Ces manifestations d’acvilé , qui avaient tout à l’heure pour but le progrès moral et intellectuel de l’individu , et en définitive le progrès social , sont changées en une activité psychologique dont les efforts sont uniquement concentrés vers le but nouveau ou insolite, savoir, l’élaboration et l’élimination de l’idée anomale, nuisible et contraire aux fins naturelles de l’activité humaine ; enfin le rétablissement de l’âme dans la série de ses opérations ordinaires.

Quand la puissance psychologique ne peut, par sa propre activité et ses efforts intimes , triompher de la cause ingrate qui est venue l’affecter, les appareils extérieurs de la vie de relation sont souvent entraînés dans une série de mouvements extraordinaires. Ainsi les appareils sensitifs externes et internes, ceux de la locomotion et de la parole , entrent dans une suractivité anomale qui constitue les convulsions, les cris, les délires, la colère et tous les actes qu’elle produit. 11 est aussi dans ces cas un appareil de sécrétion , dont l’action semble venir au secours de l’appareil psychologique comme pour être la crise des affections morales, c’est l’appareil sé-

créteur des larmes , etc., etc. Personne n’ignore combien , chez les individus vils , susceptibles , impressionnables et dont l’âme n est pas exercée ù modérer, à réprimer et à combattre victorieusement les affections qui lui sont contraires, combien, disons-nous, les accès de colère, les cris, les apostrophes , en un mot la suractivité comme fébrile des organes de la pensée, de la locomotion , de la parole et de la sécrétion des larmes , sont puissants pour mettre fin à des sentiments désagréables, fâcheux, etc., et pour résoudre et éliminer en quelque sorte l’idée ou la cause morale ingrate et offensante qui avait blessé l’âme et contrarié la série de ses opérations normales. On sait aussi combien sont plus péniblement et plus longuement affectés par ces causes ceux que des circonstances quelconques ont empêchés de donner cours aux mouvements extraordinaires dont nous venons de parler. Des maladies nerveuses graves, l’hystérie, la manie , etc., peuvent en être le résultat. Des larmes abondantes préviennent plus d’accès d’hystérie ou de mélancolie que tous les remèdes pharmaceutiques. Les convulsions hystériques ellesmêmes sont souvent la solution bienfaisante d’affections morales qui, concentrées ei silencieuses, pour ainsi dire, auraient pu plus tard causer des mélancolies ou autres affections graves.

Tous les grands médecins ont observé ces faits , les ont reconnus comme réels , incontestables. Ces notions font partie de toute pathologie complète. M. le professeur Broussais est sans contredit l’auteur qui a le mieux observé ces choses , et il a répété en cent endroits de ses œuvres que les larmes, les convulsions, etc., étaient la crise des affections nerveuses par causes morales. Quelquefois c’est une véritable pyrexie , dans laquelle viennent s’absorber et s’éteindre tous les mouvements spasmodiques, toute l’activité insolite des fonctions de la vie de relation ; et c’est encore là une des solutions les plus absolues et les plus définitives de toutes les anomalies de la sensibilité et du mouvement qui ont été provoquées dans les appareils encéphaliques et leurs dépendances, par l’action des causes morales. La loi hippocratique , febris spasmos solvit , trouve encore ici une de ses plus réelles applications. On se rappelle ce que nous avons déjà dit de tout cela à propos de la médication antispasmodique (voir lro partie, p. 54).

Précédemment, nous avons souligné, non sans raison, comme on va le voir, une exprès-

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sion dont il est bon maintenant de faire sentir la valeur.

Que le stimulus de l’appareil des fonctions psychologiques soit changé et devienne anomal, avons-nous dit, et vous pourrez voir se développer une véritable fièvre, une véritable fonction morbide dans son genre.

*Ce n’est pas sans intention que nous nous sommes servi de ce mot vous pourrez, parce que réciproquement il se pourra très-souvent que rien ne s’observe , et que l’action du stimulus anomal soit sans effet, ou sans effet apparent au moins , sans réaction évidente , ou sans manifestation d’activité anomale de la part de l’appareil en question. C’est que la puissance spéciale qui donne à cet appareil son aptitude fonctionnelle n’est pas instinctive, mais intelligente ; n’est pas fatale et nécessaire dans ses réactions, mais libre, volontaire et réfléchie. Elle sait et peut , quand elle le veut , résister à l’influence de ses stimulus et n’obéit pas aveuglément et irrésistiblement à l’action des modificateurs qui la provoquent. Et cette circonstance imprime aux fonctions de cet ordre des caractères particuliers, étrangers à ceux qui distinguent les fonctions vitales. Les aptitudes fonctionnelles ne «ont plus les mêmes , et ici commence une autre science, la psychologie ou la métaphysique , c’est-à-dire la science des choses qui sont au delà ou au-dessus de la nature (<pu<tis), etc.

Dans les fonctions morbides régies pâr la force vitale, au contraire, quand le stimulus a agi, la réaction est nécessaire, fatale, dirigée par des lois fixes et immuables. Qu’un agent mécanique ou chimique irrite nos tissus , une fièvre locale, une phlegmasie sont nécessaires. Qu’une matière morbifique , délétère , soit introduite dans les premières ou dans les secondes voies, une fièvre humorale ou un vomissement vont se développer sans la participation ou l’influence du moi , c’est-à-dire d’une manière certaine , calculable et prévue d’avance. Qu’une cause extérieure de danger menace l’existence de l’animal ; et à son insu, par des instincts puissants, spontanés , irrésistibles, mais imperfectibles, la cause de danger sera combattue. Natura , disait Hippocrate , à nullo edocta et citrà disciplinant, omnia quœ conveniunt e/ficit. C’est le triomphe de la première de ces puissances sur celle-ci qui élève et ennoblit l’homme. C’est le triomphe de celle-ci sur la première qui l’abaisse et l’avilit.

One remarque fort intéressante et qui peut être érigée en loi pathologique des plus constantes et des plus précieuses dans la formation du diagnostic et par conséquent dans la recherche des indications thérapeutiques, une remarque nous reste à faire. C’est celle-ci.

Les fonctions pathologiques ou les fièvres essentielles dont nous venons de dérouler la série complète se rapprochent d’autant plus du type intermittent qu’elles affectent des appareils plus voisins de ceux des fonclious de relation jusqu’à ceux-ci inclusivement, dont les fièvres offrent ce type au degré le plus marqué. Réciproquement', elles se rapprochent d’autant plus du type continu , qu’elles affectent des appareils plus voisins de ceux des fonctions vitales communes , jusqu’à celles-ci inclusivement, dont les fièvres offrent ce type au degré le plus marqué. Entre ces deux termes de la série, elles sont d’autant plus rémittentes qu’on les observe dans des appareils plus voisins du premier • et d’autant moins rémittentes, qu’on les observe dans des appareils plus voisins du dernier.

Souvenons-nous qu’il n’a été jusqu’ici question que des fièvres essentielles , fonctions pathologiques qui supposent toujours une synergie , c’està-dire un appareil complet $ qu’ainsi ce sont, sans exception, des maladies avec matière. Nous nous empressons d’ajouter cela , parce qu’on pourrait nous objecter l’exemple des fièvres intermittentes proprement dites , qui sont si fréquentes dans les pays marécageux et qu’on guérit si sûrement avec le quinquina , et qu’on ne manquerait pas de trouver que ces fièvres donnent un démenti à la loi précédente, puisqu’elles sont intermittentes par excellence , et que pourtant elles n’affectent pas les appareils de la vie de relation , etc. Nous faisons observer que ces fièvres forment une classe à part, qu’elles ne nous semblent pas devoir être rangées dans les fièvres avec matière , dans les fonctions pathologiques dont l’appareil est complet et dans lesquelles il y a toujours un stimulus ou une matière morbifique dont l’élaboration et l’élimination constituent la raison d’activité de celte fonction, etc. Bientôt, nous essayerons de montrer en quelques mots qu’elles méritent plutôt d’être rangées dans la classe des affections spontanées ou sans matière. Elles n’ont donc rien à prétendre dans le cadre que nous venons d’établir , et dont elles ne sauraient ni violer la théorie ni rompre l’ensemble.

Quant à la vérité de la loi précédente , elle est

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facile à constater. Et d’abord , sans prétendre inaugurer dans la nosologie des fièvres telles que nous en ont offert les appareils de la vie de relation envisagés sous le double rapport de leur raison d’activité physiologique, individuelle ou vitale, et de leur raison d’activité morale, sociale ou psychologique , il est permis de faire remarquer que les fonctions anomales ou pathologiques que ces appareils sont susceptibles d’exécuter et qui doivent rationnellement et très-rigoureusement être assimilées aux fièvres essentielles en général , il est permis de faire remarquer que ces sortes de fièvres sont néces sairement et de leur nature intermittentes , c’està-dire plus sujettes que toutes les autres fièvres essentielles à s’accomplir en plusieurs actes, à présenter dans leur cours des intervalles de repos plus ou moins longs et plus ou moins irréguliers , ou tout au moins des rémissions trèsmarquées. Et si les classifications pyrétologiques (ce que nous sommes loin de blâmer) n’ont pas de place pour recevoir ces groupes de synergies anomales, en pathologie générale, l’esprit doit néanmoins les concevoir et les assimiler à toutes les autres fièvres dont elles complètent rationnellement le tableau. C’est sous le rapport pratique qu'elles doivent en être exclues. La théorie physiologique doit les y introduire à titre de complément et de conséquence logique des lois et des principes généraux.

Après elles , dans l’ordre indiqué, viennent les fièvres gastriques. Il est inutile de rappeler qu’un des caractères constants de ces fièvres , c’est la forme rémittente , et quelquefois même assez bien intermittente , qu’elles offrent à un degré plus prononcé qu’aucun autre genre de fièvres essentielles du cadre nosologique. Puis, nous passons aux fièvres catarrhales , dont une des particularités les moins contestées consiste en ce que ces fièvres sont formées d’une série nombreuse de courtes rémissions et d’exacerbations fréquentes et irrégulières , de frissonnements et de réactions successives et éphémères, etc. Elles sont moins rémittentes que les fièvres gastriques; mais elles le sont beaucoup plus que les fièvres synoques qui viennent après elles, et dans lesquelles nous rangerons les fièvres typhoïdes et inflammatoires. Le nom de synoques ou de fièvres continues par excellence, qui leur a été de tout temps imposé, atteste assez que le type continu est un de leurs attributs fondamentaux. Mais ce type n’est pas encore absolu et complet , à ce point qu’elles ne

présentent pas de légères rémissions et des phases assez bien réglées de récrudescence , ce qu’on observe surtout au déclin du jour pour celles-ci, et au lever du soleil pour celles-là. Elles ne justifient donc pas entièrement la dénomination de continentes, c’est-à-dire d’une égale intensité dans toutes leurs périodes.

Ce type n’appartient réellement qu’aux dernières de nos fièvres essentielles , qu’à celles qui achèvent la série des fonctions pathologiques commencée aux appareils de la vie de relation , nous voulons dire les inflammations , qui seules ont une teneur et une égalité pour ainsi dire toniques et fixes dans toute la durée de chacune de leurs périodes , lorsque rien ne vient suspendre ou troubler leur marche. Les phlegmasies sont donc les seules fièvres parfaitement continentes.

Celle loi pathologique est toute fondée sur une loi physiologique correspondante. En effet, un des caractères les mieux reconnus des fonctions de la’ vie de relation , c’est rinlerraillence d’action. Le sommeil auquel seules elles sont sujettes en est la preuve la plus frappante. L’appareil des fonctions digestives n’est pas toujours en activité. L’exercice de cette activité est pourtant bien moins souvent et bien moins complètement suspendu que dans les appareils précédents. Il est rarement sans aucun travail, et jouit souvent de rémissions plus ou moins complètes ; mais il a, aux moments de la digestion , des exacerbations physiologiques bien évidentes. Les appareils des fonctions dépuralives , soit par sécrétion, soit par exhalation, sont dans un travail incessant, mais dont pourtant l’énergie redouble à l’époque de la digestion des secondes voies, et se ralentit au contraire lorsque l’organisme est à jeun. Ces fonctions sont beaucoup plus continues que celles de la digestion gastrique ; mais elles le sont moins que celles de la composition et de la décomposition non interrompues des substances propres des parenchymes et des exhalations et résorptions cellulaires. Enfin le plus uniformément agissant de tous est l’appareil des fonctions vitales communes, qui est en quelque sorte le dépositaire de la force vitale, à la conservation de laquelle il veille au moyen de la régénération assidue de la trame organisée et vivante.

Déjà nous avions observé ces faits généraux ou celte loi physiologique, lorsque nous avons résumé notre théorie de la calorification animale. Aux pages 1 13 et 114, nous avions assigné à la chaleur par influx les mêmes caractères que

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nous avons retrouvés dans les fièvres nerveuses ou de relation, ainsi que dans l’exercice des fonctions physiologiques confiées à ces appareils; et à la chaleur vitale ou végétative , nous avions aussi assigné les mêmes caractères que nous venons de faire remarquer de nouveau dans les fièvres humorales synoques et dans les phlegmasies.

Nous tenons singulièrement à signaler ces concordances , comme des arguments puissants en faveur de l’unité et de la vérité de notre doctrine.

Ainsi achevé, le tableau des fièvres essentielles ou des fonctions pathologiques est donc complet, tant sous le rapport de l’art que sous le rapport théorique. Après cela , il nous importe extrêmement défaire une remarque.

En donnant pour stimulus ou matière morbifique de tous nos appareils fébriles un aliment vicieux auquel nous avons fait jouer le rôle de cause déterminante de nos fièvres essentielles , depuis les fièvres gastriques jusqu’aux phlegmasies , nous n’avons pas prétendu professer que telle soit toujours la matière morbifique dont l’élaboration et l’élimination constituent le but d’activité des appareils fébriles essentiels ou des fonctions pathologiques. En procédant ainsi ( et nous en étions les maîtres , puisque nous faisons de la pathologie générale et non de la clinique ; que nous discutons les faits généraux ou principes, et non les faits spéciaux ou les applications), nous n’avons voulu que montrer la subordination physiologique et l’analogie fondamentale de toutes les pyrexies essentielles. Maintenant que cet objet est rempli , nous pouvons et nous devons ajouter que , bien que cette série physiologiquement subordonnée et descendante des fonctions pathologiques ou des fièvres soit possible cliniquement et s’observe même quelquefois avec plus ou moins de régularité , cependant, le plus souvent, chacune de ces fièvres est directement produite par la viciation immédiate du stimulus de l’appareil fébricitant. Expliquonsnous. '

L’appareil des fonctions d’exhalation , etc. , peut revêtir le mode fébrile par une viciation directe et primitive de son stimulus ; c’est-à-dire que les fièvres catarrhales peuvent être engendrées directement et primitivement par l’altération immédiate^es fluides qu’elles sont chargées de séparer du sang et d’éliminer. C’est ainsi que, lorsque l’exhalation de ces fluides est empêchée par quelque cause que ce soit , leur retour dans 1

le sang ou la suspension de leur évacuation régulière font que le sang en est intempestivement surchargé. Ils acquièrent alors un degré de suranimalisation qui les change en stimulus anomaux , en matières morbifiques. Les appareils exhalants ou sécréteurs sont provoqués à une série d’opérations ayant pour but l’élaboration et l’élimination de ces matériaux altérés, et c’est là ce qui constitue les fièvres catarrhales et inflammatoires. Nous reviendrons plus bas sur ce point. L’impression du froid, et surtout du froid humide, à certaines époques de l’année principalement, est la cause la plus commune et la plus puissante pour empêcher et troubler les fonctions d’exhalation soit muqueuse , soit cutanée , et produire ainsi médiatement les maladies catarrhales et inflammatoires.

Ce que nous venons de dire pour les fièvres catarrhales, il faut l’entendre de toutes les autres fièvres humorales essentielles dans lesquelles le stimulus morbifique peut être engendré immédiatement, de quelque manière que ce soit, sans être le résultat d’élaborations pathologiques antérieures.

Les matières morbifiques venant de l’extérieur peuvent ou pénétrer par les voies digestives ou bien être immédiatement introduites dans les secondes voies par les surfaces cutanée et pulmonaire. Très-souvent, au contraire , elles sont engendrées dans l’économie et sont le produit d’assimilations ou de désassimilations vicieuses, etc. Comme les indications delà médication antiphlogistique peuvent recevoir d’importantes modifications en raison de toutes ces circonstances, nous en tiendrons compte de nouveau lorsque nous arriverons à ce point essentiel.

Mais ce sur quoi nous tenons à insister maintenant, c’est la nécessité sine quâ non d’un stimulus matériel, d’un agent morbifique, d’une matière, d’un levain fébrile pour la production des pyrexies essentielles ou des fonctions pathologiques depuis les fièvres nerveuses de relation jusqu’aux fièvres vitales communes, c’est-à-dire jusqu’aux phlegmasies. Et c’est à l’occasion des phlegmasies précisément , que nous désirons reprendre cette question si pleine d’intérêt, de nouveauté et de conséquences pratiques. Oui , cette question est pleine de nouveauté , bien que nous sortions à peine d’une phase médicale qui a fait rouler toute la pathologie sur le phénomène de l’irritation et de l’inflammation. Etc’est précisément parce qu’on a eu de ce grand fait

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l'idée la plus fausse qui se puisse concevoir, c’est précisément parce qu’on s’est mépris sur sa nature et son étiologie, sur son mode de génération et de propagation, de la manière la plus grossière et la plus opposée aux notions fondamentales de la physiologie , qu’on en a fait le pivot de toute la science des maladies et de toute la médecine pratique. Voilà pourquoi il est permis de dire avec toute vérité que celle question est plus neuve que jamais, et qu’on avait sur l'inflammation des idées beaucoup plus saines avant l’usurpation du physiologisme que depuis la perturbation prodigieuse jetée dans la médecine parce système aussi superficiel et aussi faux dans ses principes que hardi et logique dans ses conséquences.

On peut établir que toute la doctrine dite physiologique repose sur une théorie vicieuse des sympathies morbides. Dans cette doctrine , on fait d’abord intervenir des modificateurs externes qu’on ne justifie pas et dont on ne définit pas le mode d'action observable ( on verra plus tard combien cette précaution est habile et commandée).

Ces modificateurs externes, par leur propre puissance et sans aucun intermédiaire, irritent ou enflamment quelque portion de tissu vivant. Cette modification locale une fois produite, tous les accidents généraux ou locaux qui naissent ensuite sont des retentissements sympathiques , d’abord de la première irritation ou inflammation , puis bientôt de la seconde qui en engendre sympathiquement d’autres, celles-ci d’autres encore, etc., etc. La fièvre, les phlegmasies de seconde génération, les lésions organiques, comme les phénomènes purement dynamiques , les troubles fonctionnels et les lésions de tissu quelconque, etc., tout cela est le résultat, par voie de sympathie, d’inflammations ou d’irritations locales antérieures. Voilà la pathologie.

Découvrir l’irritation locale génératrice , remonterai! premier foyer inflammatoire, l’éteindre

le plus promptement possible (on sait comment) : voilà la thérapeutique.

Aux assertions pathologiques précédentes sur lesquelles est construit tout le physiologisme, nous opposons la proposition suivante :

Une inflammation on une irritation quelconque n’est jamais sympathique, mais toujours idiopathique ; jamais symptomatique ( dans le sens où ce mot est pris de nos jours), mais toujours essentielle. En celte qualité elle ne peut, en aucun cas, être produite que

par un stimulus matériel agissant sur le lieu même de l’irritation ou de l* inflammation.

Tout tissu enflammé forme un appareil complet et exécute par conséquent une fonction de l’ordre pathologique , de même que tout tissu sain et vivant forme un appareil complet et exécute une fonction de l’ordre physiologique. Or un appareil complet et synergique ou une fonction n’existent qu’à la condition d’un support ou moyen, instrumentde la fonction ; d’un stimulus, ou principe déterminant de la fonction ; d’une raison d’activité, ou cause finale delà fonction. Toutes les fois qu’ily a cause finale on raison d’activité, il y a stimulus on principe déterminant. La première de ces deux conditions entraîne forcément la seconde, de même qu’elle implique l’idée de fonction avec la même nécessité logique; car une fonction, c’est une activité quelconque qui a un but.

Pour qu’une inflammation puisse être regardée comme une fonction pathologique ou accidentelle (par opposition avec la fonction physiologique et normale que remplissait le tissu vivant avant son inflammation ), il faut donc que nous lui reconnaissions un but d’activité. Si nous lui reconnaissons un but d’activité, nous serons forcés de la regarder comme une fonclion. Si nous la considérons comme une fonction, c’est-à-dire comme une activité ayant un but, il est impossible et il serait absurde de ne pas lui supposer un principe déterminant qui soit tout à la fois et la cause provocatrice propre à faire entrer en action l’appareil fonctionnant , et le sujet sur lequel doive s’exercer l’aptitude fonctionnelle de cet appareil, pour remplir le but ou la raison de son activité. Mais dans tous les appareils d’un organisme considéré en tant que vivant et sous le point de vue purement physiologique , le but d’activité consiste exclusivement en des phénomènes d’assimilation et de désassimilation. Il n’est pas un seul appareil, depuis ceux de la vie de relation jusqu’à ceux des fonctions vitales communes ou plastiques , qui n’ait pour raison d’activité un fait d’assimilation ou de décomposition organiques. Or le stimulus d’un appareil d’assimilation ou de désassimilation, ou la chose qui fait entrer en action un tel appareil, ne peut être qu’un principe assimilable ou désassimilable, par conséquent matériel, et par là même impropre à être transmis par voie de consensus ou de sympathie, ne pouvant donc agir que sur le lieu où il est appliqué et non autrement. Donc, une inflammation ne peut être produite que par

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un stimulus matériel portant son action sur le tissu enflammé.

Si maintenant nous démontrons qu’une inflammation est une activité ayant un but, et par conséquent qu’une inflammation est une fonction pathologique , il n’y aura, que nous sachions, rien à opposer au raisonnement par lequel nous avons préparé la conclusion qui précède. Nous allons le démontrer; puis nous y ajouterons, pour ceux dont l’adhésion serait réfractaire, plusieurs aulresargumentsnon moins péremptoires.

Lorsqu’un agent mécanique ou chimique a blessé nos tissus, en quoi consiste la série d’opérations qui s’accomplissent dans la partie lésée depuis l’instant de sa lésion jusqu’à celui de son rétablissement? Quelle idée un esprit droit, libre de préoccupations, un observateur exempt des préjugés de l’école, devra-l-il se faire des phénomènes constants, invariables, assujettis au même ordre de succession , dont il pourra constater l’identité et la marche essentiellement uniforme dans cent mille cas s’il le veut ? Supposons que la cause morbifique agissant par des propriétés chimiques ait eu assez de puissance pour désorganiser et frapper de mort une petite portion de tissu vivant, ou qu’agissant par des propriétés mécaniques, elle ait opéré un déchirement, une solution de continuité avec une légère perte de substance, puis, qu’après avoir produit le dommage , cette cause matérielle soit restée enfoncée dans le tissu ainsi lésé. L’étiologie étant acceptée de l’une des deux façons que nous venons de déterminer, nous nous abstiendrons de faire ici la description des phases successives d’une inflammation traumatique franche et complète, depuis la période d’irritation et de fluxion, jusqu’à celle de cicatrisation définitive. Rien n’est mieux connu.

Pour un observateur (nous ne parlons pas d’un numériste) , quelles sont les circonstances principales, intéressantes, dominantes en quelque sorte, qui caractérisent ce fait et en constituent la loi?

II constate d’abord qu’avant sa lésion le tissu vivant était une synergie , un appareil fonctionnant, dont les conditions constitutives nous sont assez connues, savoir, un liquide organisable pour stimulus ou principe, un tissu organisé pour support ou moyen, l’entretien et le renouvellement continuels de cette trame organisée pour fin ou raison d’activité ; puis il voit qu’un stimulus anomal et accidentel vient agir sur ce tissu vivant , et que dès lors ses manifestations

d activité vitale sont totalement modifiées. Une série d’opérations inaccoutumées se passe dans la partie, et, à la suite de ces opérations, il observe constamment deux choses, savoir, l’élimination du corps étranger ou du stimulus anomal, et la réparation, au moyen d’un produit organique nouveau , de la perte de substance éprouvée par le tissu.

L’appareil fonctionnant physiologiquement avait un résultat que nous connaissons. Son stimulus devait donc être une matière assimilable. Ce résultat est changé; et au lieu d’être simple et unique, et de consister dans l’entretien continuel et normal du tissu dans son état de vie , il est maintenant double et compliqué, et consiste dans l’élimination du stimulus anomal, puis après cela dans la production d’un tissu nouveau pour remplacer le tissu détruit. Voilà un résultat certain, toujours le même et aussi constant dans son genre que l’était le résultat physiologique dans le sien. L’opération au moyen de laquelle ce dernier résultat était obtenu s’appelait une fonction , parce qu’elle avait un but d’activité, une fin, savoir, le développement et la conservation de l’organisme vivant; il est donc juste et logique d’appeler ainsi la dernière, puisqu’elle a aussi un but d’activité , une fin, savoir, l’élimination d’un agent nuisible , la réparation du dommage causé parlui, et, en définitive, commedans la fonction physiologique, la conservationi de l’organisme vivant. Ainsi, le résultat ou 1er but immédiat sont différents : le résultat ou le but médiat et éloigné sont identiques. En d’autres termes, le même but final est atteint dans»; les deux opérations , par des moyens différents J en raison de la différence des stimulus et des^ opérations immédiates que l’action de cestimu-i lus fait naître. Mais si le résultat éloigné ou le* but d’activité définitif sont les mêmes, et si vous avez accordé la qualité de fonction à la première; des deux opérations comparées, vous ne pouvez pas , non , vous ne pouvez pas la refuser à la seconde de ces opérations, savoir, l’inflammation J Car une activité quelconque doit être définie , non par l’indication des moyens, mais par cellei de la fin ; c’est par son but et non par les phé| nomènes manifestés pour atteindre ce but quoi tout appareil doit être connu; autrement il ini l’est pas : cela se réduil à une vérité de sem commun.

Or, ici, les phénomènes seuls diffèrent ; wari c’est la même force, mue par des lois semblâ t blés, qui opère dans les deux cas, parce qui*-

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lu raison d’ activité est la même. L’une de ces conditions entraîne l’autre, et nous avons assez insisté ( pages 1 19 et suivantes ) sur ce fait fondamental auquel on ne saurait trop réfléchir , savoir, que c’est de sa raison d’activité qu’un appareil quelconque lire son aptitude fonctionnelle, c’est-à-dire la force à l’aide de laquelle il remplit sa fonction. Et ici cette force ou cette aptitude fonctionnelle n’a pas changé, puisque sa raison d’activité est restée la même. C’est toujours la force vitale qui, nous le savons, n’a dans toutes ses manifestations qu’un seul but d’activité, le développement et la conservation des organismes. Quel que soit l’aspect sous lequel elle se phènoménise, elle n’a pas d’autre raison, et elle ne saurait y parvenir par des lois différentes.

Serait-ce la diversité des phénomènes , des actes vitaux manifestés dans la nutrition et dans l’inflammation, qui pourrait obscurcir l’idée que nous voulons faire accepter et qui retiendrait l’esprit dans le doute et dans l’obstination? Mais qu’importe cette différence pour la notion que nous cherchons à acquérir? Il nous suffit que la force ou l'aptitude fonctionnelle et que la raison d’activité soient les mêmes. Or cela est. La diversité des phénomènes dans les corps organisés n’est jamais relative qu’à celle des stimulus, et jamais à celle des forces, des aptitudes fonctionnelles ou des buts d’activité. Qu’il nous suffise donc de savoir qu’ici ces dernières conditions ne sont en rien changées , puisque de part et d’autre, c’est-à-dire dans la nutrition et dans l’inflammation, la cause finale ou la raison d’activité dernière est toujours la conservation de l’organisme ou du tissu vivants.

Voyons pourtant à quoi lient et en quoi consiste cette différence dans les phénomènes , qui s’est toujours opposée à ce que l’idée que nous tenons à faire prévaloir soit comprise et accueillie ; différence d’où on a tiré toutes les objections adressées aux hippocratistes contre la doctrine que nous professons.

Lorsque , dans un appareil , la force ou l’aptitude fonctionnelles restent les mêmes , la raison d’activité ou la fin restent également les mêmes, et réciproquement. Le stimulus de l’appareil peut changer, sans que cela entraîne en rien le changement ni de l’aptitude fonctionnelle , ni par conséquent du but d’activité de ccl appareil. Qu’y a-t-il donc de changé dans l’appareil par suite du changement du stimulus, car ce changement doit de toute nécessité y apporter

des modifications quelconques? Ce qu il y a de changé, ce sont tout simplement les manifestations, les phénomènes d’activité de l’appareil, bien que l’aptitude fonctionnelle et la raison d’activité soient immuables. El cela se conçoit à merveille dans le sujet qui nous occupe.

Dans l’appareil normal des fonctions vitales communes ou dans la nutrition , la raison d’activité immédiate est une et simple ; c’est l’assimilation d’un stimulus assimilable, et par ce moyen la conservation du tissu vivant ; car ce stimulus assimilable, c’est un agent matériel, c’est le fluide nourricier. Ce stimulus n’agit donc que d’une manière, et par conséquent le but médiat et éloigné, qui est toujours unique, est rempli à l’aide d’un seul genre d’opération , savoir, l’assimilation. Ces manifestations d’activité sont simples et normales pour correspondre à ce genre de travail lui-même simple et normal.

Mais dans l’appareil anomal et pathologique des fonctions vitales communes ou dans l’inflammation, la raison d’activité immédiate est double et complexe, c’est d’abord la désassimilation d’un stimulus inassimilable; ensuite la réparation de l’atteinte avec désorganisation qu’ont dû subir les tissus vivants; et par ce double moyen, la conservation de ces tissus: car ce stimulus inassimilable , c’est un agent matériel , un corps étranger. Ce stimulus a donc agi de deux manières, d’abord comme corps inassimilable et devant être éliminé; ensuite comme puissance désorganisatrice , nécessitant par cela même un travail de réorganisation. Conséquemment le but médiat et éloigné, qui est toujours unique, est rempli à l’aide de deux genres d’opérations , savoir , l’élimination , puis la cicatrisation. Les manifestations d’activité sont complexes et anomales , pour correspondre à ce genre de travail lui- même complexe et anomal.

On remarquera que dans l’énoncé en quelque sorte parallèle des deux séries de faits que nous venons de faire, nous avons avec intention transporté à l’une les expressions par lesquelles nous avions traduit l’autre, afin d’ajouter encore par l’identité fondamentale des formules à l’identité fondamentale des choses formulées.

Ainsi donc, dans ces deux appareils , le but final d’activité étant absolument le même , la force qui produit les phénomènes ne peut non plus avoir changé. Les phénomènes ou les actes organiques seulement ont un autre aspect en

raison des nouvelles opérations qu’a suscitées dans l’appareilla présenced’un stimulus extraordinaire. El ce que nous disons est si vrai , qu'il n’est personne qui osât soutenir que ce n’est pas la même force qui se manifeste et dans les actes de la nutrition , et dans ceux de l’inflammation. La nature de cette force n’est non plus contestée par personne : c’esL la force vitale, qui ne saurait changer de nature ni de lois toutes les fois que les stimulus qui la font entrer en exercice varient dans leurs modes d’action. Mais si c’est la même force qui préside et aux phénomènes de la nutrition et à ceux de l’inflammation , il s’ensuit rigoureusement que ces deux opérations ont le même but définitif d’activité , car deux buts d’activité identiques supposent la même force agissante; et partout où la même force agit, les raisons dernières d’activité sont identiques. Donc si la nutrition est une activité ayant un but, ou, en d’autres termes, si la nutrition est une fonction , l’inflammation aussi est une activité ayant un but, ou, en d’autres termes, l’inflammation est une fonction.

Maintenant, qu’on veuille bien se rappeler la première proposition dans laquelle nous avons, pour ainsi dire, posé les prémisses de notre démonstration, et on saura que la conclusion par laquelle nous venons de l’achever contient implicitement l’espèce de théorème par lequel nous avons commencé, et qui n’était en quelque sorte que la conséquence anticipée de toute l’argumentation qui a suivi.

En effet, si une inflammation, comme un acte de nutrition, a un appareil complet composé d’un stimulus, d’un support et d’une raison d’activité; et si, par conséquent, une inflammation est une fonction ; si, de plus, la force en vertu de laquelle cette fonction s’exécute est la même dans l’inflammation que dans la nutrition, c’est-à-dire si c’est la force vitale, le stimulus de cette fonction pathologique ne peut être que matériel; car toute fonction vitale ou organique, ayant pour but d’activité un acte d’assimilation ou de désassimilation, exige pour s’exercer un stimulus à assimiler ou à désassimiler ; or un tel stimulus ne peutêtreque matériel. Donc, une inflammation quelconque ne peut être produite que par un stimulus matériel agissant sur le lien même de V inflammation ; et, par conséquent, une inflammation n’est jamais sympathique, mais toujours idiopathique; jamais symptomatique , mais toujours essentielle.

Nous nous retrouvons donc à notre point de

départ après avoir parcouru un chemin difficile et peu hattu , mais en définitive droit et sans so lulion de continuité. Nous n’avons laissé qu'une seule proposition sans démonstration, parce que) plusieurs fois dans les cour de ce chapitre (prin-1 cipaleinent aux pages 9o, 109, 150, etc., etc. nous l’avions surabondamment développée e mise au-dessus de toute contestation : nous vou Ions parler de cette proposition, savoir, que tou les appareils de l’homme, considéré en tant qiu vivant et se reproduisant , ont pour but d’ac tivité des actes d’assimilation ou de désassimila tion. Nous défions qu’on nous montre une seul fonction, depuis celles de la vie de relation jus: qu’à celles de la nutrition interstitielle , qu n’accomplisse et ne soit destinée à accomplir u des deux phénomènes que nous venons de dit" ou tous les deux ensemble. Si toute fonclio physiologique a un stimulus normal à assimile ou à éliminer, toute fonction pathologiqu doit avoir un stimulus anomal à assimiler et éliminer; et pour nous en tenir à l’appareil de fonctions vitales communes dans lesquelles s passent et la nutrition interstitielle et l’inflam mation, ou, si l’on veut, la plasticité physiolc gique et naturelle et la plasticité , palhologiqu et accidentelle , il est de toute évidence que dai: les deux cas il faut à cet appareil ou un stinu lus plastique et organisable, quand il exécute ai fonction physiologique, ou bien un slimulu non plastique et désorganisateur , quand il ex* cutesa fonction pathologique.

Après tout, la force vitale , ayant pour raisai d’activité la formation des matières organisées) et , par ce moyen , la création et le développ j ment des organismes (comme nous l’avons d* montré page 121 et ailleurs), ne peut etnployi dans ce but que des appareils d’assimilation o> ganique, lesquels ne peuvent avoir pourstinn lus que des matières organisâmes ; car, le m« ment est venu de nous le rappeler, le stimulu c’est ce qui est assimilé par l’instrument a l’organe de la fonction.

Nous avons reconnu dans une inflammatic traumatique trois choses : 1° une force agissant la force vitale ; 2° des manifestations d’activit savoir, les phénomènes inflammatoires ; 5° enfi un stimulus anomal ou un corps étranger iri tant. Nous avons reconnu, de plus, que les m nifestatious d’activité ou les phénomènes infian maloires avaient été déterminés parce stimulu Or toutes les fois qu’une force, qu’une aplilm fonctionnelle quelconques, agissent sur un si

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mulus, il y a un but d’activité. Mais toutes les fois qu’il y a but d’activité, il y a fonction. Donc une inflammation traumatique est une fonction.

Toute notre démonstration est résumée et contenue dans ce dernier argument.

Quand notre observateur a ainsi déterminé que toute inflammation traumatique est une fonction pathologique, et exige par conséquent pour sa production faction d’un stimulus matériel non plastique et désorganisaient’ sur le tissu rivant , supposons qu’il assiste à des expériences faites sur des animaux ; et dans lesquelles des liquides inassimilables quelconques sont immédiatement introduits dans les secondes voies, et vont de celte manière altérer le sang.

Un espace de temps plus ou moins longs’écoule depuis le moment de celte opération, selon que la quantité de substance hétérogène a été plus ou moins abondante , ou ses qualités plus ou moins délétères, et alors il voit, soit dans la profondeur des tissus , soit à la surface des membranes d’élimination internes ou externes , il voit naître , se développer et se terminer une ou plusieurs inflammations essentiellement semblables à celles dont il avait été témoin dans le cas de traumatisme.

11 y a une période d’irritation et de fluxion , une période de suppuration et d’élimination, enfin une période de restauration ou de cicatrisation. 11 ne lui manque, pour constater l’identité de celle inflammation avec la précédente, qu’un stimulus anomal , un corps étranger irritant et désorganisateur. Il se rappelle alors que, la veille ou quelques jours auparavant, un liquide inassimilable a été mélangé au sang de l’animal. La physiologie vient à son secours , et lui apprend que le tissu cellulaire ou plutôt toute trame vivante est le siège ou le support de la nutrition , et que le sang est le stimulus qui fait entrer en action ce support pour l’accomplissement des phénomènes plastiques ou nutritifs. Mais ce sang contient maintenant des substances impropres à la nutrition , puisqu’on y a mélangé un liquide inassimilable. Au lieu d’être le stimulus normal de l’appareil de la nutrition interstitielle, il est pour cet appareil un stimulus anomal et morbifique, c’est-à-dire irritant. Puisqu'il y a eu une période de désassimilation et une période de réorganisation , c’est que là a agi un stimulus inassimilable et désorganisa leur, soit chimiquement, soit mécaniquement , car ce qui désorganise un tissu doit toujours agir de

l’une de ces deux manières, lin un mot , comme dans l’inflammation traumatique, il \oit dans cette inflammation de cause interne un but d activité rempli, savoir, une élimination , une cicatrisation , puis le rétablissement et la conservation du tissu malade; et il en conclut fort rigoureusement qu’un stimulus inassimilable, irritant et désorganisateur, a été nécessaire, puisque toute raison d’activité dans un appareil y suppose un stimulus. Or tout appareil qui a une raison d’activité étant une fonction, il est invinciblement amené à reconnaître que les inflammations produites par des matières hétérogènes mêlées au sang sont des fonctions pathologiques.

11 observe ensuite des inoculations de virus divers ; les mêmes phénomènes se présentent à lui. Puis, bientôt il ne lui esL plus donné de voir, de toucher et d’introduire lui-même dans le sang des matières hétérogènes ou virulentes ; mais des inflammations ne différant essentiellement en rien de toutes celles suivies jusqu’ici et dont le principe déterminant tombait sous les sens, s’accomplissent sous ses yeux, et il apprend que les malades ont été en contact avec des sujets affectés des mêmes inflammations, ou ont respiré l’atmosphère de ces sujets , ou bien encore, que les malades se sont nourris de substances malsaines, ont bu des liquides malfaisants, vénéneux, etdont l’introduction immédiate dans les voies circulatoires produit d’habitude des phlegmasies analogues à celle qu’il observe. Ailleurs, il constate que sous l’impression du froid, le corps étant échauffé et en sueur, ou même en l’absence de celte dernière condition , la perspiration cutanée, etc., a été arrêtée; qu’une exhalation , une sécrétion ou tout autre flux, etc., ont été supprimés sous l’influence d’une émotion morale ou d’une cause quelconque ; que par conséquent, dans tous ces cas, des matières excrémenlilielles sont restées mêlées au sang dont elles devaient être éliminées, etc. ; toujours , en un mot , en présence d’une inflammation, il découvre une circonstance qui a dû altérer et a en effet altéré le stimulus normal des fonctions plastiques, qui a dû rendre et a rendu en effet le sang inassimilable et devant subir une dépuration , au lieu d’être assimilable et devant subir une assimilation, etc.

Quelquefois la phlcgmasie n’est composée que d’une seule période, celle d'irritation et d’élimination ou de crise , et il n’observe pas de période de régénération de tissu ou de cicatrisation ; et

*1 en conclut que, dans ccs cas, le stimulus anomal ou inflammatoire n’a agi que d’une seule manière, comme agent irritant, simplement hétérogène et impropre à l’assimilation, puisque les manifestations d’activité n’ont abouti qu è un seul résultat, savoir, la crise ou l’élimination. L inflammation a donc été fausse, incomplète, catarrhale, etc.; car si la matière moi bifique a\ait en même temps agi comme stimulus désorganisateur , il y aurait eu deux raisons d’activité, l’élimination et la cicatrisation ; I inflammation aurait été alors vraie, complète, phlegmoneuse, ou gangréneuse, ou ulcéreuse , etc. Tout jusqu’ici lui révèle donc encore une fonction.

Mais voici que chez d’autres sujets des phlegmasies isolées ou multiples , complètes ou incomplètes , se développent simultanément ou successivement. L’observateur cherche avec attention pour s en rendre compte à saisir une circonstance appréciable qui, comme tout à l’heure , ait favorisé ou produit l’introduction d un agent inassimilable dans les secondes voies, ou bien qui ait troublé, ralenti ou empêché l’élimination et la dépuration d’un liquide d’exhalation, de sécrétion ou d’excrétion quelconques; mais c est en vain qu’il cherche ; il n’en découvie aucune. Tout à l’heure, la cause était sous ses yeux palpable et matérielle comme l’effet; et le rapport qui liait l’un à l’autre s’établissait comme de lui-même en procédant, ainsi que nous l’avons fait , du connu à l’inconnu , de ce qui est incontestable et évident à ce qui est contesté et moins frappant; en passant dans l’étude de l’objet observé, du point de vue cryptoristique au point de vue troponomique ; en s’élevant de la chirurgie à la médecine. Maintenant , au contraire , l’effet seul le frappe. Voilà bien une inflammation avec tous les caractères, la marche, les résultats qu’elle présentait lorsqu’il pouvait la produire à volonté, lorsqu’il tenait dans ses mains la cause déterminante ou le stimulus, et pourtant cette cause déterminante, ce stimulus lui échappent. Il est malgré lui placé dans l’étroite et inexorable alternative de supposer que cette inflammation n’a pas de cause ou bien qu’elle en a une ; et comme il ne peut s’arrêter qu’à celle dernière supposition , il est invinciblement entraîné à affirmer que cette cause est matérielle. S’il la niait, il serait forcé de le nier aussi pour les inflammations qu’il a produites lui-même en introduisant dans le sang des matières hétérogènes ; et s’il le nie pour celle-ci,

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il ne sera que conséquent en le niant pour les cas où, tenant en main et dirigeant lui-même agent inflammatoire, il a déterminé des phlep masies traumatiques. Or , forcé d’accorder nue ces dernières ont eu pour stimulus ou cause dé terminante un agent matériel, il commettrait le Plus grossier contre-sens et tomberait dans la contradiction la plus choquante , s’il hésitait à admettre la même étiologie pour d’autres dont la cause en tant que tangible et visible se soustrait à ses sens , mais que son esprit voit et touche par l’induction, instrument aussi fidèle que l’œil, bien que, comme lui, il ait ses illusions. Quand on sait s’en servir, il ne trompe pas. Seulement, c’est plus difficile que de regarder et de compter.

Et cette induction n’a rien que de légitime : nous disons plus , elle est nécessaire et s’impose d’elle-même. En effet, du moment où notre observateur constate que ces phlegmasies auxquelles il ne peut assigner de cause déterminante appréciable sont en tout semblables à celles où cette cause se révélait avec évidence, il avoue par là , et il ne saurait s’en dispenser , qu’elles sont de véritables fonctions, car il est forcé de leur reconnaître un but d’activité; mais il n’ignore pas que cette dernière condition entraîne celle de V action d’un stimulus ; or toute fonction organique ayant pour but un’ fait d’assimilation ou de désassimilation exige, pour entrer en action et s’accomplir, un stimulus assimilable, et par conséquent matériel. On voit que nous aboutissons toujours au même argument.

Quand on observe des phénomènes d’irritation, de fluxion, d’élimination et de régénération de tissu, de réorganisation ou de cicatrisation, force est bien de supposer, quoiqu’on ne puisse le voir et le toucher, un stimulus irritant, inassimilable et désorganisateur, c’est-à-dire matériel; or on observe tout cela dans les phlegmasies en question ; donc elles sont produites, comme les phlegmasies traumatiques auxquelles elles sont essentiellement semblables , par des causes matérielles. Nous ne voyons pas ce qu’il y a à répondre à ce raisonnement ; car, encore un coup, si , pour opérer des actes d’assimilation et de désassimilation physiologiques ou de plasticité normale, il faut un stimulus assimilable, plastique et partant matériel, pour opérer des actes d’assimilation , de désassimilation pathologiques et de plasticité anomale , il faut un stimulus inassimilable , non plastique, désorganisateur et partant matériel.

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Mais il est invisible : nous n’avons pas assisté à son action , notre œil n’a pas suivi et constaté la réalité et la matérialité de son agression, comme il avait suivi et constaté celle du corps vulnérant dans les cas d’inflammation traumatique. Qu’importe? L’identité des effets n’implique-t-elle pas l’identité des causes? Où en seraient les sciences, si l’esprit n’admettait que ce qui peut frapper les cinq sens? Avez-vous vu le virus varioleux, le virus syphilitique se diriger vers le tissu de la peau et y produire l’un des pustules varioleuses, l’autre des pustules syphilitiques? F.n êtes-vous moins sûr du rapport d’effet à cause qui lie ces deux faits? Si le tartre stibié, c’est-à-dire un agent matériel agissant par des propriétés chimiques, appliqué sur la peau , y produit des pustules , n’admettrez-vous pas que le virus varioleux que vous avez introduit vous-même dans le sang, et dont l’inoculation est suivie après quelques jours du développement de pustules à la peau , a agi sur ce tissu de dedans en dehors , comme le tartre stibié avait agi sur ce même tissu de dehors en dedans? Et si, après avoir été forcé de faire ce rapprochement, vous voyez survenir sur la peau du même individu des pustules diverses que vous appellerez acné, impétigo, teigne, etc., bien qu’alors vous n’ayez appliqué sur la peau ni corps irritant, ni inséré dans le sang aucun virus, en serez-vous moins conduit à supposer que le sang de cet individu a contracté une crase particulière. une composition vicieuse , soit par des assimilations vicieuses , soit par des désassimilations imparfaites , et qu’ainsi la peau , organe d’exhalation et de dépuration, a reçu avec le sang , qui lui arrive incessamment , des principes inassimilables, irritants, qui n’ont pu être déposés à sa surface et être éliminés sans attaquer son tissu, le phlogoser et le désorganiser? Dans l’acné punclala , ne prenez-vous pas sur le fait , pour ainsi dire , cet agent irritant et matériel ? Dans la pustule vaccinale, variolique, dolhinentérique , dans le furoncle , etc., ne touchez-vous pas du doigt la matière dont la présence dans les tissus vivants a causé toute la série des opérations inflammatoires de la fonction pathologique, de la fièvre essentielle de tissu? Est-il dans les organismes quelque chose de plus mobile et variable dans sa composition que le sang, dont la constitution est à tout instant modifiée par des absorptions vicieuses ou des dépurations incomplètes, et dont la crase physiologique sc rétablit incessamment par des

excrétions diverses, c’est-à-dire des dépurations normales et physiologiques ou par des dépurations anomales et pathologiques, c’est-à-dire des hémorragies, des flux, des fièvres et des phlegmasies?

Dans tous ces cas et dans mille autres, l’agent matériel , le stimulus inflammatoire ne vient plus du dehors ; il se forme au dedans et n’en est pas moins réel et matériel pour cela. C’est toujours une épine qui se fixe dans les tissus et les irrite ; mais au lieu de s’enfoncer de dehors en dedans, comme dans les cas de traumatisme, elle s’enfonce de dedans en dehors comme dans les inflammations de cause interne; alors elle prenait, pour Vanhelmont, le nom d’épine métaphysique, spina metaphysica , parce qu’elle échappait aux regards; car ici et dans la pensée de Vanhelmont , le mot métaphysique ne signifie pas autre chose. Quand Hippocrate disait : ubi stimulus , ibifluxus , à n’en pas douter il avait en vue la fluxion inflammatoire et voulait parler d’un stimulus irritant, et par conséquent matériel, ou d’une épine visible, agissant de dehors en dedans, ou d’une épine invisible et agissant de dedans en dehors. Ceux qui ont substitué le mot dolor au mot stimulus , et ont fait dire à Hippocrate : ubi dolor , ibifluxus, ceux-là se sont, à leur insu , j’espère, moqués du père de la médecine; car ils l’ont supposé assez peu observateur pour lui faire dire qu’une douleur, c’est-à-dire une modification anomale de la sensibilité , pouvait être le stimulus ou la cause déterminante d’une inflammation. Or Hippocrate savait à merveille qu’un désordre de la sensibilité ou de la contractilité , qu’une douleur, par exemple , était par elle-même et en l’absence d’un stimulus matériel , incapable de produire une fluxion inflammatoire. Il n’ignorait pas qu’une névralgie, ce type de la plus violente douleur, quand elle est simple et exquise , peut occuper un tissu pendant plusieurs années sans y causer la moindre inflammation , la fluxion la plus légère; que très-souvent même la partie douloureuse est pâle , comme dèfluxionnèe , et que quelquefois aussi , une fluxion inflammatoire venant à s’y développer, la douleur se calme ou se dissipe , etc., etc.

Pour qu’il y ait fluxion inflammatoire, fluxus, il faut donc qu’il y ait stimulation irritante et matérielle, stimulus. Mais si toutes les fois qu’il y a stimulus il y a fluxus , on peut et on doit dire réciproquement que toutes les fois qu’il y a fluxus il y a stimulus.

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