‹ Traité de thérapeutique et de matière médciale [sic]Chapitre 221 sur 242 · GO · texte numérisé non relu

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On a vu que la longue argumentation qui précède n’a eu pour objet que la démonstration d’un seul point, savoir: une inflammation, quelle qu’elle soit, a-t-elle les caractères d’une fonction anomale? Nous ne pensons pas, d’après tout ce qui a été dit , qu’on puisse à cette question répondre autrement que par l’affirmative. Or celte réponse affirmative renferme, comme on le sait , la preuve logique et nécessaire de la proposition qu’il fallait démontrer, savoir, qu’une irritation ou une inflammation quelconques ne peuvent être produites que par un stimulus matériel agissant sur le lieu même de l’irritation ou de l’inflammation. Nous pourrions très-bien nous contenter d’avoir exposé et déduit les preuves de cette première partie de notre proposition , car si la vérité de ce premier fait général a été suffisamment établie , l’évidence et la certitude de l’autre ne sauraient être contestées. On se rappelle que ce complément de notre proposition est celui-ci : une inflammation n’est jamais sympathique , mais toujours idiopathique ; jamais symptomatique ( ou produite par voie de sympathie ), mais toujours essentielle.

Sans doute que les preuves de cette assertion sont renfermées dans celles de la première proposition, puisque, s’il est vrai qu’une irritation ou une inflammation ne peuvent se développer que sous l’action d’un stimulus irritant et matériel , il est conséquemment hors de doute qu’elles ne sauraient se produire ni se propager par le moyen des sympathies et des correspondances que le système nerveux établit entre les divers points du corps. En démontrant donc directement cette dernière proposition , nous ne ferons que fortifier indirectement la vérité de celle que nous venons de prouver, comme en démontrant directement celle-ci , nous avons indirectement donné les preuves de l’autre.

Dans l’école dite physiologique , on ne se sert que de locutions comme celles-ci : l’irritation ou l’inflammation de l’intestin a réagi sur le poumon et a produit une pneumonie; sur la plèvre, une pleurésie , etc. ; la gastrite a réagi sur la peau et a produit l’érésipèle; l’irritation tuberculeuse des poumons a réagi sur le mésentère et a produit le carreau, ou réciproquement; en un mot, on fait voyager l’irritation et l’inflammation dans l’économie au moyen des sympathies , le long des nerfs : c’est l’innervation qui est chargée de produire et de propager les phlegmasies, car on dit et on ne fait que cela :

1 inflammation de l’estomac a été communiquée au cerveau par le moyen du nerf pneumogastrique , et ce même nerf 1 a ensuite transmise du cerveau au poumon. Les plexus nerveux ganglionnaires surtout sont représentés comme des espèces de batteries lançant l’inflammation sur les viscères. Le plexus coronaire stomachique foudroie le foie, qui par le plexus hépatique foudroie la rate, qui par le plexus splénique foudroie les intestins , qui par les plexus mésentériques foudroient... Pour le ganglion semi-lunaire, il procède par explosions immenses qui peuvent semer l’inflammation dans des points nombreux et incendier tout l’organisme. Le cerveau irrité a le même droit on le fait régner ainsi sur les fonctions plastiques , parce qu’on en a eu besoin , de même que, si on n’a pas fait régner les fonctions plastiques sur le cerveau , c’est qu’on n’en a pas eu besoin. Voilà où conduit un principe faux , logiquement développé : à bâtir une pathologie à l’usage de ce principe, et une physiologie à l’usage de cette pathologie.

Mais un esprit puissant et fait pour la vérité est mal à son aise dans l’erreur. Il lui est difficile de soutenir contre le vrai une lutte opiniâtre sans céder quelquefois et à son insu aux attractions sympathiques qu’exerce sur lui la force en dehors de laquelle il a voulu se créer un empire.

C’est ce qui est arrivé bien souvent à l’illustre professeur que nous n’osons attaquer qu’au nom de la médecine de vingt-deux siècles. Principes d’aujourd’hui contre principes delà veille, un contre un , nous tremblerions dans notre faiblesse devant celui qui a tenu en France pendant quinze ans le bâton d’Esculape; mais nous avons derrière nous une noble et imposante lignée qui d’Hippocrate à nos jours a transmis inviolable le dépôt des dogmes que nous défendons , et, ainsi grandis par l’élévation de notre base , nous dominons celui qui n’est grand que par l’élévation de son génie et non par celle d’une doctrine qui, entre les mains de ses élèves , ne mérite pas une réfutation sérieuse.

La doctrine dite physiologique lient à son auteur , elle vit par son immense talent ; car par elle-même elle n’a aucune condition de solidité et de durée. Les élèves ne savent rien en tirer. Us n’ont pas assez d’art et d’habileté pour en dilater l’étroitesse et draper la maigreur et la nudité. Une telle doctrine est incarnée à son auteur. Celui qui de rien a su faire quelque chose, peut seul entretenir cette vie factice à force de la réchauffer de son souffle ardent et de la restaurer

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sans cesse par les inépuisables artifices de sa dialectique, etc. La médecine hippocratique, au contraire, vit de sa vie intrinsèque. Sa vérité et sa force sont indépendantes des hommes qui la professent. Ils meurent, elle survit; s’ils sont faibles, elle leur prête son crédit et son autorité ; même entre leurs mains , elle sait se soutenir; seulement ils ne la fécondent pas. S’ils sont forts, elle leur inspire de ces œuvres que le temps respecte, que les faux systèmes éprouvent , mais qu’ils retrempent; de ces œuvres où toutes les découvertes d’une époque viennent se concentrer comme dans un foyer commun pour s’y fondre et en rejaillir fécondées sur l’art et sur la science.

M. le professeur Broussais se sert donc des sympathies et de l’innervation pour expliquer le mode de production et de propagation des phlegmasies. Le système nerveux est donc pour lui l’instrument de cette propagation et le stimulus de cette génération. Nous l’avons dit , toute sa

(1) A l’instant même où nous venions d’écrire ces lignes, nous apprenons la mort de l’illustre professeur de pathologie et de thérapeutique générales de la faculté de Paris.

L’Europe médicale est, depuis quelques heures , veuve de sa plus grande renommée... La médecine française n’a même plus de représentant... L’histoire vient d'ouvrirsespagesà la doctrine physiologique !... C’est là seulement que la postérité la trouvera , mais toujours identifiée à son auteur , toute en lui et par lui ; car , ici , la force de l’œuvre ne représente que celle de l’auteur , et c’était une force prodigieuse.

Honneur à celui qui a ébranlé d’une main si puissante les fondements de la médecine de vingt-deux siècles! parce que (et la loi immuable du progrès nous le garantit) il n’aura pas été permis que de si admirables efforts aient usé toute une vie, consumé le plus beau génie, pour enfanter et défendre une conception ingénieuse, enrichir la littérature médicale et graver l’épitaphe d’unë illustre tombe. Des combats si glorieusement soutenus pendant trente années produiront, croyez-le , d’autres fruits que ceux d’avoir légué à l’avenir un système artificiel qui ne serait pas sorti viable du cerveau même du plus fameux des élèves de M. Broussais qu’il vous plaira nous nommer.

Dans les sciences , le progrès est une sorte de fonction soumise à la loi universelle du principe, du moyen et de la fin. A une époque donnée, celte fonction a des principes ou des circonstances qui la déterminent ; des instruments ou des intelligences qui l’exécutent ; puis une fin antérieure à toute cette activité , car elle en est le motif et la raison dernière.

doctrine pathologique, toute la thérapeutique qui en découle, sont appuyées sur ces principes ainsi que sur ceux des fièvres essentielles par le même mécanisme. C’est une restauration brillante du vieux solidisme, préparée en pathologie par le scepticisme de Pinel, essayée en psychologie par le matérialisme de Cabanis, assise sur de nouveaux fondements par les travaux anatomiques de Bichat, enfin, à l’aide d’une extension abusive de la doctrine des sympathies physiologiques de ce dernier, consommée par M. Broussais , et devenue sous sa forte plume ce que le solidisme n’avait pas encore été, un système complet, lié, fortifié sur tous les points, séduisant par sa simplicité , et concluant logiquement à une thérapeutique qui , dans ce moment encore, domine la médecine clinique, et asservit dans leur pratique ceux-là mêmes qui ne partagent plus la doctrine (1).

Et pourtant cette Ihérapeulique est entièrement fondée sur l’erreur que nous venons déjà «

Quand ce but est éloigné et difficile , tous les instruments de la fonction , toutes les intelligences employées à cette grande œuvre du progrès, ne l'aperçoivent pas. La période d’élaboration a plusieurs phases, et il est rare que les esprits qui sont préposés à la consommation des premières aient le secret du résultat définitif auquel pourtant ils travaillent.

Dans la phase d’invasion de cette sorte de synergie sociale, les mouvements sont impétueux, ardents; ils profanent, attaquent, débordent tout, et sont en apparence destructeurs des idées préexistantes qui , pour un instant dispersées et presque anéanties, doivent pourtant sortir éprouvées et plus fortes des commotions terribles et fécondantes qui menaçaient d'abord de les renverser à jamais.

M. Broussais, — gloire lui en soit rendue ! — a accompli avec une énergie et un succès admirables cette réaction qui avait eu sa période de préparation et d’opportunité , si on peut ainsi dire , dans les travaux de Haller, Pinel, Cabanis et Bichat. 11 a si puissamment agité la science , il a soumis le minerai à un tel feu , qu’il l’a , ce n’est pas trop dire , incinéré ; et il fallait qu’il le fût, pour que le métal purifié et mis à nu pût recouvrer son ancien éclat, son homogénéité native , enfin la solidité qu'il emprunte sans cesse au temps et aux progrès partiels.

Depuis quelques années déjà ce travail herculéen était achevé , et son immortel auteur , qui croyait le but définitif atteint, s'indignait amèrement en voyant l’éclectisme chercher à reconnaître et à choisir les bonnes parcelles, et le nutnérisme exclusivement occupé à les ranger les unes à cèté des autres cl à les compter... El cc grand homme avait raison , lui pour

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de combattre et que nous allons attaquer de nouveau en nous servant de la physiologie de M. Broussais pour réfuter sa médecine physiologique.

Le lecteur se rappellera qu’en discutant (page 08) la question du mode de production de la chaleur végétative , nous avons invoqué à l’appui de notre opinion un des passages les plus remarquables de la physiologie de M. Broussais, dans lequel l’illustre professeur démontre, avec toute la force de sa logique, que le tissu cellulaire et les fonctions de la nutrition interstitielle ou , comme il dit , de la chimie vivante, qui se passent en lui , préexistent à tout système nerveux. La conclusion de ce fait incontestable, en

qui la fin était consommée par la publication du quatrième volume de VExamen ; tandis qu’une troisième période de la fonction ne faisait que commencer : la période de séparation et de vérification du point de vue purement cnidien et numérique. On conçoit , en effet , qu’une telle opération était devenue nécessaire après la dissolution de tous les éléments et au milieu des ruines entassées de la vieille science. En conséquence, il disait à ces travailleurs d’un autre ordre : Que choisissez-vous? que comptez-vous? La science est constituée, — le but est atteint. La médecine physiologique est la vérité promise , le progrès conquis partant de labeurs. Tout est vérifié : je vous donne des principes certains ; je m’appuie sur l’anatomie et la physiologie ; je conclus à une prophylaxie et à une thérapeutique simples et facilement déductibles de ma pathologie : j’en ai même tiré une psychologie nouvelle et ainsi la doctrine physiologi-

que refait et inaugure toute une science de l’homme!. .. — Mais sa grande tâche était accomplie , et avec elle sa vie brillante et tourmentée. L’avenir ne lui appartenait pas directement : il n’avait dû en être que le précurseur.

Ce serait donc une grave erreur que de penser que la véritable fonction de Broussais, dans le nouveau progrèsdes sciences physiologiques etmédicales, a été la poursuite et la réalisation de sa conception systématique. Il faut s'élever plus haut , et ne pas ainsi restreindre la mission et les pouvoirs de cette rare et supérieure intelligence.

La doctrine de Y irrita lion , etc., n’a été qu’un aliment à son activité , qu’une sorte d’appât offert à son génie, qu’un moyen de stimuler son ardeur et de lui faire entreprendre et exécuter ces beaux travaux critiques qui n’ont encore produit que leurs fruits immédiats , mais qui plus tard auront leur véritable fin en dehors d’eux-mêmes: car, nous le savons, en toute chose la fin doit exister en dehors des moyens. C’est une loi générale.

Oui , la fonction continue , le but n’est pas atteint.

laveur des idées que nous soutenons, est bien naturellement celle-ci : Le tissu cellulaire est le siège de toute inflammation; le système nerveux l’instrument de toute sympathie. Mais le tissu cellulaire est antérieur en existence au système nerveux (même ganglionnaire). Or nous savons qu’un appareil ou qu’un tissu quelconques n’ont jamais leur raison d’activité , et par conséquent ne puisent jamais leur aptitude fonctionnelle dans un tissu ou dans un organe postérieurs à eux dans l’évolution embryogénique et dans l’échelle zoologique.

Donc le système nerveux, instrument des sympathies , n’a aucune action sur le tissu cellulaire, appareil des fonctions vitales communes

Oui oserait croire qu’il l’est ou qu’il puisse l’être par l’éclectisme, le numérisme et la médecine exacte ? Celui dont la mort vient de nous remplir d’une si profonde émotion savait bien que non ; et c’est, à notre avis , faire de lui un éloge plus vrai et mieux senti que tous ceux dont ses élèves vont fatiguer sa cendre, que de dire en quelle pitié il prenait cette philosophie médicale qui se compose de chiffres et de tableaux statistiques, de formules, d’empirisme, de médecine exacte, en un mot de tout ce qui peut rendre la science et l’art essentiellement antiphilosophiques et improgressifs, de tout ce qu’il n’avait cessé de combattre, d’étouffer ou de flétrir lui-même. Qu’il a dû s'indigner souvent, en pensant que la clinique médicale de la Charité était généralement regardée comme l’héritière de sa gloire, la dépositaire de ses idées et l’instrument actuel du développement dont il les croyait encore susceptibles !

Nous devons à sa mémoire ce dernier hommage , de dire que nous ne l’avons jamais pensé.

Et maintenant, le moyen le plus digne. d’honorer Broussais , c’est de profiter de ses salutaires erreurs ; car si l’erreur est toujours stérile et obscure considérée dans ses résultats immédiats, elle est souvent dans ses résultats et dans l’accomplissement laborieux de la fonction du progrès , féconde et lumineuse. Et qui ne sait que l’auteur de l 'Examen éclaire ceux qu’il n’égare pas? Que ceux qui croient à la science cherchent à cetle lumière le but et l’avenir , et qu'à défaut du génie qui meurt ils s'appuient sur la vérité immortelle !

Celui qui dégagerait ce but des nuages qui le cachent, et saurait le montrer ce qu’il est, aurait bien mérité de la science; car on ne le dédaigne que parce qu’on ne le connaît pas. Qu’il soit aperçu dans toute sa grandeur ; qu'on vienne seulement à soupçonner qu’il résume tous les progrès passés , féconde les ac- 1 quisitions modernes et contient tous les progrès fu- B turs, et vous verrez s’élancer vers lui toute la gène- Pration médicale qui s’avance.

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et de l’inflammation. Donc les inflammations ne peuvent ni ôtre engendrées , ni être propagées par la voie des sympathies.

Nous avons la confiance que tout homme qui voudra affranchir son esprit des erreurs d’une éducation médicale faite sous le prestige du physiologisme , et qui examinera mûrement l’argument que nous venons de présenter , le trouvera absolu et concluant.

Faut-il prouver la vérité de cette loi, déjà tant de fois invoquée, et que nous venons encore d’appeler à juger la question qui nous occupe, qu’un appareil quelconque ne reçoit jamais son aptitude fonctionnelle de ceux qui lui sont postérieurs dans l’échelle zoologique, etc.? Nous y répugnons presque , parce que, dépouillée de sa gravité scientifique , celte loi se réduit à une assertion du plus grossier sens commun, à une banalité dont la preuve ne se donne plus; car c’est dire simplement qu’un organe qui existe et remplit ses fonctions, alors qu’un autre organe n’existe pas encore , peut bien se passer de l'action de ce dernier pour exister et remplir ses fonctions ; ce que personne ne sera tenté de contester. C’est dire tout simplement, par exemple, que la cavité digestive ne reçoit pas son aptitude fonctionnelle des hémisphères cérébraux, par cette trop concluante raison , qu’il y a de nombreux animaux dépourvus d’hémisphères cérébraux et qui ont une cavité digestive douée des mêmes aptitudes fondamentales et caractéristiques que celle des animaux qui ont un cerveau avec des hémisphères, etc., etc. C’est dire que la nutrition peut s’opérer sans les yeux, les oreilles et les appareils de la vie de relation , puisqu’il y a desêlres vivant et se nourrissant en l’absence de tous ces appareils. C’est dire enfin qu’un être ne tient passa vie ni ses aptitudes fonctionnelles des êtres qui sont nés après lui ; c’est presque prendre la peine de prouver que ce qui engendre est antérieur à ce qui est engendré, que la matrice existe avant l’œuf; car le tissu cellulaire et les fonctions plastiques sont la matrice de toutes les organisations spéciales, et de toutes les fonctions spéciales placées au-dessus d’eux. Or, pour engendrer, il faut jouir de toutes ses aptitudes fonctionnelles et ne pas les attendre de ce qui va être engendré : d’où il suit rigoureusement quece qui engendre n’a rien à recevoir et ne reçoit par conséquent rien de ce qui est engendré. Si on retourne la proposition, on aura le complémentde la loi par cet autre axiome , qu’un appareil quelconque reçoit toujours sa raison d’activité et

son aptitude fonctionnelle de celui qui l’a précédé dans l’évolution embryogénique et dans l’échelle zoologique.

Ces propositions paraissent triviales à force de vérité, et chacun croira les avoir trouvées, car elles sont en puissance dans tous les esprits. Seulement il fallait les réaliser, les rendre effectives, les formuler , et surtout sentir la possibilité et l’importance de leur application à la physiologieüt à la pathologie. Nous pouvons nous tromper; mais ces lois nous semblent destinées à résoudre bien des questions obscures ou litigieuses , une fois qu’on aura compris qu’il faut hardiment sortir de la phase cnidienne où n’est pas la science.

On pourra objecter qu’on est à la vérité forcé de convenir que le tissu cellulaire , appareil des fonctions plastiques accidentelles ou de l’inflammation , ne reçoit pas son aptitude fonctionnelle du système nerveux ; mais que l’influence de celui-ci peut se faire sentir sur le tissu cellulaire , le surstimuler, le congestionner, exciter sa vitalité jusqu’à le faire entrer dans un orgasme inflammatoire, et devenir ainsi , sinon la force propre de cet appareil , au moins un instrument de stimulation qui l’irrite et le fluxioune, etc. , etc.

Le système nerveux, même ganglionnaire, n’a aucune influence directe sur l’appareil du tissu cellulaire et ses fonctions. Son influence s’étend jusqu’aux fonctions spéciales les plus rapprochées des fonctions vitales communes, telles , par exemple , que l’action du système capillaire, des vaisseaux exhalants et absorbants, sécréteurs et excréteurs, jusque même aux fonctions trophiques inclusivement; mais là s’arrête cette influence, et le tissu cellulaire y est soustrait. De plus, le système nerveux ganglionnaire ne fournil pas à tous ces appareils spéciaux leurs stimulus, mais seulement l’innervation, c’est-à-dire la puissance spéciale à l’aide de laquelle ils accomplissent leurs fonctions spéciales de circulation capillaire, d’exhalation, d’absorption , de sécrétion, d’excrétion, etc.

Dans tout appareil de ce genre, comme dans tous les appareils spéciaux , il faut soigneusement distinguer deux choses : premièrement, le tissu dont sont composés ces appareils , qui jusque-là ne jouissent que des fonctions vitales communes , et ainsi n’exécutent que les actes vitaux nécessaires à l’entretien et à la conservation du tissu qui les forme.

L’intervention d’un système nerveux n’est pas encore nécessaire ; mais dès qu’elle aura lieu,

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d’appareil , outre les fondions vitales communes dont il jouissait en tant que formé d’un tissu organisé, sera capable de fonctions spéciales qui ne peuvent s’exercer qu a la condition d une organisation antérieure et ne peuvent s’en passer', tandis que celle organisation et les fonctions plastiques qui s’y rattachent peuvent exister en l’absence de l’innervation, qui ne fait qu’ajouter i) l’appareil une aptitude fonctionnelle spéciale pour l’accomplissement d’actes spéciaux de digestion , de circulation , d’absorption , etc. ; ce qui revient à dire qu’un organe paralysé n’est pas un organe privé de vie. Le mot paralysie ne convient qu’à l’abolition des aptitudes fonctionnelles spéciales d’un appareil , qui conserve malgré cela ses aptitudes vitales communes; car la paralysie de l’appareil des fonctions vitales communes , c’est la gangrène, état qui abolit et les fonctions vitales communes , et à fortiori les fonctions vitales spéciales d’un appareil; tandis que la paralysie proprement dite éteint celles-ci, sans toucher aux premières : preuve de plus qu’un appareil organique reçoit son aptitude fonctionnelle avec sa raison d’activité de celui qui le précède en existence et non de celui qui le suit. Telle est donc la loi de génération des appareils et des phénomènes dans les corps organisés.

Le système nerveux , non-seulement, on le voit, ne fournit pas son stimulus à l’appareil des fonctions vitales communes , mais il ne le forint pas même à ceux des fonctions vitales spéciales. Le stimulus de tous ces appareils , c’est ce qui est assimilé par eux , pour le développement et la conservation des tissus et de l’organisme. Or l’innervation n’a pas cette qualité, puisqu’elle ne dispense que des aptitudes fonctionnelles spéciales capables de s’exercer sur ces stimulus pour les assimiler ou les désassimiler. Lorsque, dans un appareil spécial, l’aptitude fonctionnelle spéciale ou l’innervation seule agit, même avec excès , on sait ce qu’il en résulte : des affections dites spontanées ou des maladies sans matière, des douleurs , des spasmes ou des vapeurs; mais jamais de maladie synergique, essentielle , jamais de fonction pathologique. Pour observer ce dernier cas , il faut de toute nécessité un stimulus ou une matière assimilable. A plus forle raison en est-il ainsi pour l’appareil des fonctions vitales communes , d a bord parce qu’il est soumis à la loi générale de tous les appareils; ensuite , parce qu’il manque d’aptitude fonctionnelle spéciale et n’exerce que les fonctions communes. 11 est donc soustiait

à l’inlluence directe de l’innervation et par conséquent à celle des sympathies.

Nous avons déjà implicitement traité celle question , lorsque ( pag. 96 et suiv.) il a fallu montrer que non-seulement il n’y avait pas dans le tissu cellulaire de correspondances sympathi- i ques , mais de plus qu’il ne devait pas y en exister, par celte raison bien simple que, dans cet appareil, toutes les actions, étant identiques, : n’ont nullement besoin de liens physiologiques; car ces liens physiologiques ou ces sympathies ne sont utiles que pour associer entre eux les appareils chargés de fondions différentes , et les faire concourir synergiquement aux mêmes résultats; or il est plus qu’évident que le tissu cellulaire n’est pas dans ce cas, soit qu’il exécute des actes de plasticité normale , ou de plasticité anomale, c’est-à-dire d’inflammation.

Un phénomène morbide sympathique ne se manifeste jamais et ne peut jamais se manifester que par des lésions diverses simultanées, isolées ou successives de la sensibilité, de la contractilité ou de la caloricité. Et commenl pourrait-il en être autrement? ces trois manifestations d’activité vitale sont les seules possibles. Nous n’en connaissons pas une quatrième , car la plasticité (qui ici doit être entendue de tout acte d’assimilation ou de désassimilation par quelque appareil qu’il soit exécuté) n’est que le résulta! de l’action de ces trois facultés sur un stimulus ou une rnatière à assimiler ou à désassimiler Mais en l’absence de celle condition, il n’y s de possibles dans les corps organisés que le; trois manifestations d’activité vitale que nou venons d’énumérer; et comme une influent-. ; sympathique n’est déjà elle-même qu’une de ce manifestations , elle ne saurait produire auli chose. Un phénomène de ce genre n’a jamais d raison d’activité. Examinez plutôt ! S’il n’a pa de raison d’activité, on peut porter le défi de lu trouver un stimulus ou une cause déterminante car toute raison d’activité de quelque apparei organique que ce soit, tant dans 1 ordre patho logique que dans l’ordre physiologique, étau invariablement un acte d’assimilation ou de dés assimilation, tout stimulus d’un tel appaie doit être invariablement une matière assimilai) ou désassimilable. L’existence de l’une de ce, deux conditions entraîne forcément celle ( l’autre, comme l’absence de la première entraii l’absence de la seconde , et réciproquement. P; cela même que nous avons reconnu à tout ap pareil inflammatoire une raison d’activité , noi

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