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lui avons donc reconnu un stimulus ou une cause déterminante matérielle. De plus, nous pouvons dire avec la même rigueur que, du moment où nous avons reconnu (pie les phénomènes sympathiques s’accomplissent sous l’impression du système nerveux, nous avons prouvé qu’ils n’ont pas de raison d’activité ; car la raison d’activité de tout appareil organique étant un acte d’assimilation ou de désassimilation, et une telle fonction ne pouvant avoir pour stimulus ou cause déterminante qu’une matière assimilable ou désassimilable, on sent qu’il répugne de faire jouer au système nerveux ou à l’innervation le rôle d’un stimulus matériel, et par conséquent on est irrésistiblement forcé de conclure qu’une inflammation n’est pas de l’ordre des phénomènes sympathiques , et qu’elle ne peut, en sa qualité de fonction pathologique, qu’être idiopathique ou essentielle.
Il y a autant d’inconséquence à dire qu’une inflammation peut se produire et se propager sympathiquement , qu’il y en aurait à soutenir que la digestion gastrique peut s’opérer sous l’influence de stimulations sympathiques éprouvées par l’estomac à la suite d’une excitation ressentie dans un autre organe , et que, par conséquent, on peut nourrir un individu en stimulant une surface sensitive quelconque de son organisme ; et , pour rendre l’inconséquence encore plus choquante, en prenant pour exemples des faits plus analogues à ceux dont nous nous occupons , admettre la production et la propagation des phlegmasies par voie de consensus pathologique ou de sympathie, c’est conclure que la nutrition interstitielle peut s’opérer sympathiquement sous l’influence de stimulations exercées sur la surface de l’estomac par des impressions excitantes, comme celles produites par des liquides très-sapides, etc., et qu’il n’est pas nécessaire de l’absorption du chyle et du transport du sang aux tissus pour les nourrir. C’est dire que la nutrition du bras droit produit sympathiquement la nutrition du bras gauche ; que la nutrition de la peau s’opère sous l’influence sympathique de celle des membranes muqueuses, etc. ; c’est-à-dire que la nutrition n’est pas une fonction. Il est impossible d’échapper à cette absurde conséquence : la nutrition se produit et se propaye sympathiquement d’une partie à l’antre!! Pour qu’une inflammation ait lieu , il faut, sur le lieu même de l’inflammation , lo contact d’un stimulus hétérogène et inassimilable, comme, pour que la
nutrition ait lieu, il faut, sur le lieu même où elle s’opère, un stimulus homogène et assimilable. .
Pensez-vous que, dans une conception double
et dans une gestation et un développement embryonnaire doubles et multiples, etc., les ovules soient sympathiquement fécondés? qu’un ovule placé dans l’ovaire droit féconde sympathiquement un autre ovule placé dans l’ovaire gauche? Ne croyez-vous pas plutôt qu’il a fallu à chaque ovule fécondé le contact d’une molécule de semence? Vous n’en doutez pas; et pourtant vous admettez qu’une pustule qui existe au front produit sympathiquement une pustule qui existe sur le dos. Il n’y a pas plus d’absurdité pourtant à admettre la fécondation sympathique des ovules. Sur un arbre , il y a mille bourgeons ou mille fleurs ; est-ce que vous supposez que ces fleurs ou ces bourgeons se sont multipliés sympathiquement? Sur un chêne exotique, il y a cent noix de galle : pensez-vous qu’il ail suffi d’un seul insecte pour les produire toutes , et que la première ait engendré sympathiquement la seconde, etc. ? N’a-t-il pas fallu un insecte pour produire chaque excroissance? Dans la variole , les pustules de la face produisent-elles sympathiquement celles qui le lendemain se développent sur les mains ? celles-ci, celles qui, le lendemain encore, apparaissent aux pieds , etc.? Le coryza de la rougeole, l’angine de la scarlatine, produisent-ils sympathiquement les éruptions morbilleuse et scarlatineuse dont plus tard la peau se couvre? Nous aimerions autant qu’on dit que, chez un homme qui vient d’être fusillé, les plaies dont la poitrine est criblée ont produit sympathiquement celles du ventre ; celles-ci , les fractures du crâne, etc.
u On parle , dit M. le professeur Récamier, du passage de l’irritation d’un organe à l’autre, comme si l’irritation était autre chose que l’état de surslimulalion d’un organisme vivant sous l’influence d’un stimulus. Or remarquons, ici comme ailleurs , que l’organe étant inamovible, son irritation est également inamovible ; il n’en est pas ainsi des stimulus , qui , dans les diverses périodes de la même maladie, peuvent être offerts successivement à plusieurs organes différents par l’appareil de la grande circulation qui leur est commun, etc. » (Ouv. cit. , p. 092.) 11 est impossible de mieux formuler la chose , et pourtant M. Récamier a quelquefois oublié celle loi générale , et on y trouve quelques contradictions dans le livre que nous venons de citer ;
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cependant , si la proposition précédente est vraie , comme on ne peut en douter , elle ne doit souffrir aucune exception. C’est d’après notre théorie de la calorification que nous sommes conduits logiquement à ne pas violer cette loi; comme c’est la théorie de la calorification du grand maître que nous venons de citer qui l’a rendu infidèle à cet axiome de pathologie qu’il avait si nettement et si exclusivement énoncé ?
Subordonner la génération et la reproduction des phlegmasies dans l’organisme à l’action du système nerveux, et parler d’une irritation ou d’une inflammation sympathiques, sont donc des non-sens physiologiques incroyables. On peut mesurer l’habileté profonde et la puissance de dialectique d’un homme , par le talent qui a été nécessaire pour imposer à des masses de médecins et de savants une doctrine qui repose entièrement sur l’erreur que nous réfutons. Le joug est encore si pesant, quoique chacun feigne de l’avoir secoué , que personne ne révoque le point de doctrine en question , et que la langue médicale est complètement viciée par des locutions qui reviennent à toute ligne , et attestent que les idées sont aussi fausses que le langage.
Il faut appliquer au phénomène de l’irritation tout ce que nous avons dit de l’inflammation ; car ces deux choses ne diffèrent que par le degré d’hétérogénéité ou de qualité inassimilable et désorganisatrice du stimulus morbifique. Si ce stimulus ne fait qu’agir comme matière inassimilable, et qu’il ne désorganise pas les tissus, il n’y a qu’irritation , phlogose légère ; tandis qu’il y aura inflammation vraie et complète si le stimulus a été non-seulement inassimilable , mais encore désorganisateur. Les phlogoses et les irritations sont plutôt le partage des surfaces légumenlaires internes ou externes , et les inflammations vraies occupent de préférence les parenchymes ; ce qui se conçoit en raison des fonctions naturellement éliminatrices de la peau et des membranes muqueuses.
Quoi qu’il en soit , pour qu’il y ait irritation , il faut admettre un irritant. Pour qu’il y ait réaction , il faut un sujet de réaction. Les tissus vivants, ainsique tous les appareils organiques, ne réagissent que contre ce qui n’est pas eux, soit pour s’assimiler, soit pour éliminer cette chose plus ou moins hétérogène. Nous avons assez fait voir que , dans une action sympathique , il n’y avait jamais réaction , car la vie ne peut réagir contre elle-même. Si cela est, une affection sympathique n’est pas une affection réac-
tive, puisqu’elle n’est autre chose qu’une action vitale déterminée par une autre action vitale qui se passe dans une partie différente. Le même ne peut réagir contre le même. On s’exprime donc de la manière la plus vicieuse et la plus contradictoire, lorsqu'on dit : L’inflammation de telle partie a réagi sur le cœur ou sur l’estomac et a produit une surexcitation de la circulation ou un vomissement. Il faut dire : La partie enflammée a exercé sur le cœur et l’estomac des sympathies morbides , etc. Une partie enflammée réagit sur le stimulus anomal qui détermine son inflammation , et pas plus.
Si une phlegmasie peut se produire et se multiplier par le moyen du système nerveux et des sympathies, il s’ensuit nécessairement qu’elle peut cesser et être suspendue par cette même voie. Ainsi toute révulsion s’opérant par l’intermédiaire du système nerveux et des sympathies doit pouvoir agir sur une phlegmasie pour la détourner et l’arrêter. C’est ce qui n’est pas. Les révulsifs détournent les flux , les congestions , les accidents , en un mot , qui s’accomplissent sous l’influence du système nerveux; mais ils n’agissent pas sur les phlegmasies. On le conçoit : une action révulsive ne peut pas arracher une épine inflammatoire ni dissiper une matière morbifique. C’est là un argument des plus péremptoires; car, du moment où vous attribuez au système nerveux la faculté de produire et de transmettre les inflammations, vous avouez conséquemment qu’on peut les empêcher et les dissiper par le même mécanisme ; or vous n’avez réellement pas ce pouvoir; donc vous êtes: ^ réduits à la même impossibilité quant à la production du phénomèneque quant à sa révulsion.
Dire que les phlegmasies peuvent être produites par action nerveuse et propagées sympathiquement et le long des nerfs, c’est affirmer cette autre fausseté, que toute inflammation est douloureuse ; car, dans l’état physiologique , c’est par l’intermédiaire de la sensibilité que s’opèrent les consensus et les associations normales; et dans l’état pathologique, c’est par la sensibilité morbide, par la douleur , que s’opèrent les associations morbides ou les sympathies. Nous prions le lecteur de supposer démontrées ces deux propositions, parce que,fe malgré leur apparente simplicité et la naïveté* en quelque sorte de la vérité qu’elles expriment,® leur démonstration nous obligerait à remonter® très-haut dans la physiologie, et à donner enr outre la preuve de toutes les propositions géné-
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riques dont il nous faudrait invoquer l’appui. Mais si les sympathies ne peuvent s’exercer que par l’intermédiaire d’une lésion de la sensibilité ou que par une douleur, il est impossible d’accorder cette voie de propagation aux phlegmasies qui se développent et se multiplient si fréquemment sans aucune douleur et à l’insu des malades. Combien d’inflammations qui ne se révèlent que par des signes physiques seuls, et souvent même que par l’autopsie! 11 répugne donc d’appliquer aux phlegmasies celte loi hippocratique sur laquelle est fondée la médication révulsive : Duobus doloribus sitnul obortis , non in eodern loco, vehementior obscurcit alterum; l’observation s’y oppose invinciblement. Voilà pourquoi, lorsqu’on substitue aux mots duobus doloribus les mots duobus laboribus , cet aphorisme n’a plus de sens ; il devient même aussi erroné qu’il était vrai.
au reste cet argument, tiré de la nécessité d’une lésion de la sensibilité ou d’une douleur pour la détermination d’un phénomène sympathique, rentre dans le précédent que nous avions emprunté à la théorie de la révulsion. Ils ne font qu’un et se supposent mutuellement ; car si tout phénomène sympathique ne peut s’opérer que par l’intermédiaire de la douleur, toute révulsion exige, pour être produite, la même condition ; et c’est ce qui a lieu effectivement.
Pour être conséquents, les médecins de l’école physiologique devraient donc pouvoir détruire une inflammation par une autre ; guérir une brûlure du front, par exemple, par une brûlure plus intense ou plusétendueproduite sur le pied. Or nous les en défions. Et ici, la distinction radicale du mode des révulsifs et des dérivatifs, si bien conçue et établie par les anciens nos maîtres , est très-propre à éclairer le point que nous discutons.
Les révulsifs, avons-nous dit, agissent par la voie des sympathies, et. conséquemment parle moyen de la douleur. Les dérivatifs, au contraire, agissent non plus par la voie des sympathies ni par le moyen de la douleur; bien au contraire, jamais ils n’ont moins d’efficacité que lorsque accidentellement ils en produisent. Leur action ne s’établit que lorsqu’ils n’en causent plus. Ils sont utiles par la spoliation lente et incessante qu’ils occasionnent; et les bons cautères sont ceux qui donnent le plus , et non ceux qui font souff rir ; car alors ils donnent peu.
Ou emploie les révulsifs dans les cas d«f congestions aiguës, menaçantes, de fluxions com-
mençantes , de flux , d’hémorragies , de douleurs, de spasmes , en un mol dans les cas de lésions isolées ou simultanées de la sensibilité , de la contractilité ou de la caloricité, mais jamais dans ceux où les forces plastiques, où un travail anomal de nutrition s’est emparé d’une partie, jamais dans les cas où une inflammation est irrémissiblement déclarée, et où l’épine physique ou métaphysique , visible ou invisible, externe ou traumatique, interne ou spontanée, est enfoncée dans une partie.
Les dérivatifs, au contraire, s’emploient dans les cas de phlegmasies ou de lésions organiques fixées , inamovibles, etc. C’est qu’alors des révulsifs seraient insuffisants, contradictoires ; car, dans tous ces cas, il y a une matière morbifique, une inflammation vraie, un stimulus matériel qui ne peut pas être révulsé , détourné, ni atténué par la voie des nerfs ou des sympathies ; mais qui peut être lentement altéré , détruit et éliminé par une spoliation graduelle et continuelle. Et ceci nous ramène à de vieilles idées injustement proscrites. En effet , pourquoi ne vient-il à l’esprit de personne de traiter une phlegmasie traumatique, une brûlure, une plaie de cause externe, etc., par des moyens dérivatifs ? C’est qu’il n’y a plus là de matière à éliminer, pas d 'humeur à détourner et à évacuer. Le stimulus inflammatoire n’existe plus ; il s’est retiré après son action , et l’étal inflammatoire qu’on observe n’a plus d’autre raison d’activité que la régénération de tissus nouveaux pour remplacer ceux qui ont été désorganisés ou enlevés.
Mais tous les médecins, à quelque école qu’ils appartiennent, appliquent des dérivatifs, des cautères, des sétons, des moxas et des vésicatoires à demeure , dans les cas de phlegmasies chroniques et fixes , et dans ceux de phlegmasies aiguës, mais sujettes à des retours fréquents, à des métastases, à des réapparitions sous diverses formes et à des époques régulières ou irrégulières , dans les cas aussi de lésions organiques , etc. Et tous ces moyens agissent souvent très-efficacement; cela indépendammentde toute douleur, de toute influence sympathique, mais par la spoliation lente et durable qu’ils exercent sur le sang, à qui ils enlèvent les matières hétérogènes, morbifiques, qui produisaient les phlegmasies chroniques , les dartres, etc. Nous le répétons, jamais ces moyens ne sont utiles dans les cas de phlegmasies de cause externe ; et, au contraire, ils constituent
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dos moyens puissants dans ceux de phlegmasies chroniques de cause interne; ce qui ne peut s’expliquer que par l’hypothèse d’une matière morbifique. S’ils agissaient, comme on le prétend dans l’école moderne , en fixant ailleurs l’irritation, ils seraient aussi efficaces dans les cas de traumatisme que dans les cas de phlegmasies par cause interne et de lésions organiques, ce qui n’est pas. Ils agissent non en déplaçant l’irritation, mais la cause toujours matérielle de l’irritation et de la phlegmasie.
Ce sont les révulsifs , dont le mode d’action a pour résultat le déplacement des mouvements organiques, mais jamais la cause matérielle de ces mouvements. Personne ne s’avise de les employer dans les cas où nous avons dit que réussissent les dérivatifs, si ce n’est lorsqu’une congestion accidentelle, un mouvement fluxionnaire insolite, se manifestent autour de la phlegmasie ou de la lésion organique. Us peuvent révulser ces accidents , mais non leur cause. Aussi ne les met-on jamais en usage qu’au début des affections, alors qu’on ignore encore si c’est une simple congestion ou une inflammation qui se déclare.
Ainsi , c’est par une méthode philosophique d’observation , c’est par une saine et complète application des lois de la vie à la pathologie, que nous nous voyons , presque à notre irisu , et comme par une nouvelle invention ou plutôt par une vérification rigoureuse et positive, ramené à la médecine hippocratique et à la théorie des vices humoraux , des matières 'morbifiques, des âcres, etc. Car Hippocrate déjà exigeait autre chose qu’un afflux de sang pour concevoir l’inflammation. Il disait qu’il y a inflammation, si fluxio multa et acris aliquam ■partent invaserit , manseritque acris et glutinosa ; voilà pour les phlegmasies aiguës. Itemque , ajoute-t-il, sipituilosa et multa ac lenta etiam fuerit fluxio ; voilà pour les phlegmasies chroniques.
Celle idée a dominé chez tous les médecins hippocratistes, et nous pourrions traiter celle question du point de vue historique. C’est ce que nous ferons dans un autre travail où toutes ces opinions seront abordées ex professo. Mais aucun de ces médecins n’est resté inébranlablement fidèle à l’idée première, faute sans doute d’une physiologie complète et d’une loi de génération des phénomènes dans les corps organisés. Nous qui croyons avoir formulé cette loi dans ce travail, nous nous sommes donné un guide sûr et
un préservatif non moins assuré contre les contradictions.
Ettmuller, par exemple, pose en principe qu’il faut toujours un stimulus irritant pour que se produise une inflammation ou une irritation. Puis, plus tard , il dévie et se dément. Borsieri qui en général est très-explicite à cet égard, établit d’abord des propositions qui semblent exclusives, et quelques lignes après, lorsqu’il entre dans la pathologie spéciale, il abandonne ses principes. Ergo , dit-il , stimulo, irritamento, vellicatione opus est prœter sanguinis uberiorem influxum ut inflammatio fiat. Plus loin : Ergo , stimuli ope, planum expedituni « que illud conficitur , quod in inflammation e explicandâ videbatur difficillimum. Plus loin encore : Inierdùm tamen istius modi stimulus non tantum parti alicui peculiari insidet 3 verùm etiàm cum universo sanguine communicatus aut per totum corpus diffusas, omnia vasa et cor prœsertim afficit. Tune febris à diffusion inflammationis fomite excilari videtur.
On comprend par tout ceci comment les phlegmasies disséminées et successives sont si communes dans le cours des fièvres essentielles ou avec matière. Ces fièvres sont d’abord , comme nous le savons , déterminées par un hétérogène mélangé au sang , et pour l’élimination de cette matière inassimilable. Mais il arrive très-souvent que cette matière, portée sur les surfaces de dépuration, irrite et enflamme ces surfaces ou tout autre tissu , etc.
Depuis quelque temps, l’observation de ce fait général est revendiquée pour son chef par l’école numérique, école qui , comme on lésait, se fait remarquer, entre autres caractères, par une ignorance profonde et une affectation de dédain superhe autant qu’inintelligent pour les travaux du passé , sous prétexte que dans ce temps on ne savait pas encore observer.
A cette absurde prétention il n’y a qu’une chose à répondre : c’est que le fait dont on revendique l’observation pourM. le docteur Louis est aussi ancien que la médecine hippocratique; que c’est sur ce fait philosophiquement observé , et non numériquement et fortuitement reconnu, que repose tout entière la médecine de vingt-deux siècles; que tous les grands médecins de celte école l’ont proclamé à l’envi et en ont largement su déduire et leur pathologie et leur thérapeutique; à ce point, que nous nous engageons à prendre dans une bibliothèque hippocratique un
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livre quelconque, à l’ouvrir ou à le feuilleter au hasard, et, sur vingt pages, à rencontrer cinq ou six fois l’énoncé explicite ou implicite de la loi en question. Et cela n’a rien de plus étonnant que si nous disions qu'en ouvrant au hasard un livre de l’école dite physiologique , nous sommes assurés d’y lire presqu’à chaque page la théorie de l’irritation et des inflammations que nous combattons en ce moment , la localisation des fièvres, etc. ; puisque la différence la plus capitale qui sépare l’école de 31. Broussais de l’école hippocratique, c’est que dans la première on considère les maladies comme primitivement locales et identiques à elles-mêmes, puis se généralisant ultérieurement au moyen des sympathies ; tandis que dans la seconde on croit au coutraireque les maladies sont différentes d’elles • mêmes , selon la nature de leurs causes déterminantes et prochaines, qu’elles sont d’abord générales et qu’elles se localisent consécutivement; en sorte que ce qui est cause dans l’une est regardé comme effet dans l’autre , etc.
Et les élèves de M. Louis viennent nous dire que leur maître a proclamé une loi nouvelle, observé un fait ignoré, etc. !
D’abord , 31. Louis n’a rien observé. Il a tout simplement constaté l’existence et la répétition d’un fait. 31. Louis a vu que des malades qui avaient primitivement de la fièvre sans aucune phlegmasie, avaient plus tard , avec cette fièvre, une ou plusieurs phlegmasies; c’est-à-dire qu’il s’est assuré de P ordre de succession de ces deux faits, sans se préoccuper de leur loi de génération : évitant même , selon ses propres principes, de rechercher cette loi, comme pour ne pas se rendre coupable de ce qui est à ses yeux un crime de lèse-observation. De sorte que, ne sachant ou ne voulant pas observer ; que , rejetant la philosophie comme un roman à l’usage des amateurs , la connaissance des lois de la vie comme un guide dangereux, la pathologie générale comme une science fabuleuse et impossible; que de plus, persuadé que l’esprit humain n’est pas une activité , que la vérité est dans les faits , et qu’il suffit de les placer les uns à côté des autres pour l’en voir sortir d’ellemème, etc., etc., 31. Louis , en disant d’une manière générale et absolue que l’état fébrile engendre des phlegmasies ou est suivi de phlegmasie* , a énoncé un fait qui , séparé de la loi qui le régilet l’explique, est complètement stérile et insignifiant , parce qu’il est erroné.
En effet, toutes les fièvres ne produisent pas
des phlegmasies ; dans le cours de tous les états fébriles , on ne voit pas se développer des inflammations. Il faut ici établir une importante distinction qui renferme en elle toute la pathologie et les fondements de toute saine thérapeutique. Les fièvres se divisent et doivent être divisées, nous l’avons déjà dit, en fièvres essentielles ou avec matière et en fièvres non essentielles ou sans matière. Or qu’une fièvre essentielle, synergique ou avec matière se développe dans les appareils généraux de la nutrition , et elle n’aura pas duré quelques jours qu’on verra naître en un ou en plusieurs points des hémorragies, des flux, des exhalations morbides diverses, ou bien une ou plusieurs phlegmasies . La raison en est simple et évidente. Nous ne reviendrons pas sur un sujet dont nous avons épuisé les preuves principales.
Par opposition : une fièvre non essentielle, non synergique ou sans matière, c’est-à-dire une fièvre nerveuse, soit spontanée, soit sympathique , soit par éréthisme , peut affecter un organisme pendant des mois et des années (comme nous en avons observé de nombreux exemples), sans qu’on puisse constater la moindre altération humorale ni la production de la plus légère phlegmasie. Que s’il en survient, c’est que des matières morbifiques se seront accidentellement introduites dans l’oi-ganisme ou s’y seront formées, comme cela peut arriver par mille causes. La fièvre nerveuse n’y aura jamais contribué , directement au moins. C’est que, dans ces sortes de fièvres, il n’y a pas de matière morbifique, de cause déterminante matérielle comme dans les précédentes ; et on sait que celte condition est indispensable pour la production des phlegmasies.
Le lecteur est assez édifié sur la signification et la physiologie de ce second ordre de faits, pour que nous nous dispensions d’y revenir.
Voilà à quoi on s’expose, quand on confond l’opération de voir et l’opération d’observer , et qu’on croit que la vérité est dans les faits et non dans l’esprit qui les juge : on s’expose à donner pour lois des faits isolés, qui n’ont par eux-mêmes aucune vérité , et n’acquièrent du sens, de la valeur et de la vérité que quand l’esprit les a jugés .
On voit que cette discussion incidente rentre dans la question principale qui nous occupe, et l’éclaire toujours dans le même sens, c’est-à-dire en apportant de nouveaux faits pour prouver qu’un stimulus matériel est nécessaire à la pro-
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duction des phlegmasies , et que ces lésions ne peuvent être ni engendrées ni propagées par la voie du système nerveux ou des sympathies. De plus , nous avons par là un moyen naturel de transition pour arriver à quelques points qu’il est important d’éclaircir et de résoudre avant de quitter ce sujet.
L’influence du système nerveux et par conséquent l’action des sympathies n’est pas, avonsnous dit , directe sur l’appareil des fonctions vitales communes, le tissu cellulaire ; mais cette influence et cette action sont directes et trèspuissantes sur des appareils généraux immédiatement postérieurs au tissu cellulaire dans l’évolution embryogénique et dans l’échelle zoologique. Or , de même que les appareils sont voisins, les fonctions ont aussi de certaines analogies , et il serait facile d’attribuer aux unes ce qui appartient aux autres. Par exemple , en voyant s’accomplir sous l’influence incontestable de l’innervation, et par l’intermédiaire des sympathies, plusieurs phénomènes qui entrent comme éléments dans la formation des inflammalions, on peut croire que l’influence qui a produit ces phénomènes est capable de donner naissance aux phlegmasies, et nous objecter ainsi des faits très-spécieux.
On sait qu’il est très-commun de voir sous l’impression d’une émotion , d’une frayeur, d’un sentiment violent quelconque, d’une douleur très-vive, en un mot sous l’influence d’une perturbation profonde, il est commun, disons-nous, de voir se produire une hémorragie ou une hémorragie se supprimer , une sécrétion ou une exhalation devenir tout à coup d’une abondance excessive ou bien des flux se tarir, des résorptions s’opérer avec la même soudaineté, des congestions considérables ou des pâleurs se former; bien plus, des produits de sécrétion s’altérer, comme cela se voit pour la bile, les larmes, la salive, le lait, dans plusieurs circonstances du genre de celles que nous avons signalées, telles que la colère, la peur, etc. La puissance de calorification est aussi susceptible d’une foule d’aberrations , de suractivité et d’asthénie, sous l’influence de causes semblables. Il n’est pas permis de douter que ces modifications ne soient produites par des causes qui ont primitivement agi sur le système nerveux, et par conséquent que toutes ces lésions ne doivent être attribuées à l’innervation et à la puissance des sympathies.
Or, pourra-t-on dire , ces phénomènes se pas-
sent dans la trame des tissus; quelques-uns d’entre eux font partie de l’appareil d’une irritation ou d’une phlegmasic; il en est même qui attestent une action de la chimie vivante, etc. Donc la cause qui a pu les produire peut aussi déterminer des irritations et des inflammations , et, comme celte cause a porté son impression sur le système nerveux et s’est propagée par son intermédiaire, il est naturel de penser que les causes des inflammations peuvent agir sur le même appareil et être transmises et multipliées par lui. ^
Rien ne serait moins rigoureux et plus faux qu’une pareille conséquence tirée de semblables faits. Que voit-on , en effet, dans tous les phé- j nomènes en question ? Des modifications isolées ou réunies de la sensibilité , de la contractilité et delà caloricité. Le mouvement péristaltique, j la motilité latente des vaisseaux capillaires sanguins , des vaisseaux exhalants, absorbants , sécréteurs, excréteurs, etc., lésés, dans un état de perturbation et de spasme, de tonicité accrue ou de relâchement excessif , et, par conséquent, des congestions ou des injections rapides et considérables dans les petits vaisseaux , puis des pâleurs, des flux ou des résorptions, des vapeurs, des battements , des douleurs , en un mot mille phénomènes nerveux, non synergiques, et jamais i un acte de plasticité, jamais une opération de la force végétative , jamais de raison d’activité,' jamais de but atteint, etc. ; par conséquent, pas de fonction pathologique, pas de stimulus ; partant pas d’inflammation.
Nous savons très-bien qu’une action sympathique peut congestionner un tissu , une mem-4brane : témoin l’injection du front et des joues» dans la pudeur ou la honte, celle des yeux, desj lèvres et du cou dans la colère ou l’érotisme , etc. ; mais rien de tout cela, rien de tous les phénomènes analogues , ne peut être rapproché de l’inflammation, dans laquelle il y ai toujours élimination d’une matière morbifique et, lorsqu’elle est complète, formation d’undb hématose nouvelle , puis création d’un tissu ac i cidentel.
Dans les hémorragies du genre de celles dont | nous parlons, et qu’on peut et doit appeler spasmodiques ou nerveuses, par opposition à d’autre! l hémorragies qui sont formées d’un apparei complet et où existe un stimulus matériel , uni matière à évacuer, et qu’il faut conséquemmen nommer pour cela synergiques ou essentielles dans les premières de ces hémorragies , que se,' -
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passo-t-il ? Une impression profonde a frappé t’encéphale. Si l’objet de cette impression intéressait la conservation physiologique ou sociale de l’individu, la sensation a été sympathiquement transmise aux centres nerveux viscéraux ou ganglionnaires, et par ceux-ci à un ou ù plusieurs des appareils soumis ù leur influence. Si c’est au cœur, des palpitations ou une syncope; à l’estomac, un vomissement ou une lien térie soudaine; au foie, un ictère ou un flux bilieux ; à la peau , une sueur abondante ; aux glandes lacrymales, des pleurs, etc. ; mais le système des vaisseaux capillaires comme celui des sécrétions, des exhalations , relève aussi de l’innervation ganglionnaire ; et si c’est sur lui que porte et se réfléchit le trouble né dans les centres et propagé par les cordons nerveux , il s’ensuivra un spasme péristaltique ou antipérislallique de ces vaisseaux, et on aura ou une congestion , ou une pâleur, ou une exhalation de sang, une hémorragie ou une hémostase, par exemple, une métrorragie ou une suppression menstruelle, etc.
D’autres fois, on observe des frissons rapides et par influx , ou des chaleurs rapides et par influx , des bouffées, comme on dit , ou encore ce qu’on appelait autrefois des vapeurs. Ailleurs, ce seront des lésions de la sensibilité, des malaises, des sensations singulières, des percussions, des formications, des pulsations, etc., toutes aberrations de la sensibilité qui portent sur le tact général, sorte d’appareil nerveux commun à tout l’organisme, et qui précède dans l’évolution zoologique les cordons nerveux et à plus forte raison les centres de ces appareils. Ce tact général résille dans les dernières expansions des deux systèmes nerveux, partout où ces expansions ne jouissent pas d’un tact spécial, pour présider à l’accomplissement d’une fonction sensitive spéciale, comme dans l’œil, l’oreille, le nez, la langue , etc. 11 est de deux sortes, ganglionnaire et cérébro-spinal : le premier, qui est le tact général confus, tel que celui dont sont douées les membranes muqueuses; le second , qui est le tact général distinct, et qui appartient aux surfaces externes de rapport, telles que la peau et les ouvertures extérieures des membranes muqueuses, etc.
Or ce tact général, celui au moins qui forme les expansions du système nerveux viscéral , préside aux fonctions des appareils immédiatement placés au-dessus de celui des fonctions vitales communes , tels que ceux de la motilité capillaire, des exhalations, sécrétions, etc., et
c’est par lui que ces appareils communiquent avec les centres nerveux viscéraux, et reçoivent ainsi sympathiquement les impressions vives qui agissent sur ces centres. Mais, en définitive, rien dans tout cela qui puisse être comparé aux phlegmasies. Ce sont uniquement des troubles de l’innervation et par conséquent de la sensibilité, de la contractilité et de la caloricité, s’exerçant en l’absence de stimulus , sans raison d’activité; n’ayant pour lors aucun des caractères d’une fonction' pathologique.
Ces spasmes pourtant peuvent devenir des causes indirectes d’inflammation. Voici de quelle manière. Si les liquides, tels que le sang ou quelque produit d’exhalation ou de sécrétion , qui se trouvent mis en mouvement extraordinaire par les spasmes des vaisseaux où ils sont contenus, si ces liquides viennent à s’extravaser, à rompre , par l’impétuosité de l’afflux , les parois vasculaires dans lesquelles ils circulent normalement, et qu’ainsi ils s’épanchent et stagnent au sein des tissus, etc.; alors il y a traumatisme, désorganisation , épine matérielle ; et de cette manière, des phlegmasies peuvent se déclarer ; mais on sent que ces faits , loin d’infirmer notre doctrine, la confirment bien plutôt.
Appliquez une ventouse sur la peau. Si l’impétuosité avec laquelle le sang s’est précipité dans les tissus soustraits à la pression atmosphérique n’a pas été trop violente ; si la ventouse n’est pas restée appliquée trop longtemps, la partie se décongestionnera bientôt après la levée de l’appareil, et aucune phlegmasie ne s’y manifestera; mais que la fluxion ait été d’une rapidité et d’une abondance extraordinaires , les tissus très-fragiles, la soustraction de la pression atmosphérique très-longue; alors la ventouse levée , une phlegmasie , des phlyclènes pourront persister, parce qu’il y aura eu rupture de vaisseaux, extravasation de liquides, décollement d’épiderme, etc,, et nous rentrons dans les cas de traumatisme.
Dans certains accès de névralgie oculaire , il arrive souvent que, pendant une journée entière , la conjonctive est horriblement congestionnée, au point qu’un chémosis considérable se développe, etc. Pourtant le lendemain, l’accès terminé, la conjonctive est décongestionnée, sans rougeur et sans phlegmasie. Ces fluxions spasmodiques, sans matière, sont des espèces de fièvres nerveuses locales ; et cela est surtout parfaitement vrai pour certaines fièvres in-
MEDICATION ANTIPHLOGISTIQUE.
termitlentes larvées , comme celles où l’œil est affecté de névralgie intermittente avec chémosis ; le cerveau pris de coma ou de délire avec congestion cérébrale; l'utérus de douleurs violentes avec fluxion, engorgement et développement considérable de son tissu, etc., etc., et tout cela sans inflammation aucune. Dans mille autres circonstances semblables, il n’y a que des lésions de la sensibilité, ou de la contractilité, ou de la caloricité , jamais de la plasticité , parce qu’il n’y a ni stimulus à éliminer, ni raison d’activité, ni par conséquent fonction.
Voilà pourquoi le système nerveux et les sympathies peuvent très-bien être les moyens de transmission de pareilles affections , qui ne sont après tout que des maladies non synergiques et nerveuses dans des appareils spéciaux.
Ce qui peut en imposer ici à ceux qui ne seraient pas parfaitement imbus de nos principes physiologiques, c’est que, dans les cas qu’on nous opposerait, il y a mouvement, afflux de liquides contenus dans de petits espaces; la contractilité organique insensible, comme disait Bichat , est lésée ; ce qui peut donner à ces phénomènes un certain air de ressemblance avec les fluxions inflammatoires.
Mais il ne faut pas se laisser imposer par la forme des appareils et l’aspect que cette forme imprime aux manifestations d’activité. Il faut considérer la nature des phénomènes. Nous avons assez insisté sur ce point fondamental de physiologie , l'unité vitale, d’où résulte que tout phénomène organique a pour raison d’activité un acte d’assimilation ou de désassimilation, et pour cause déterminante ou stimulus, une matière assimilable; et que tout appareil, depuis ceux de la vie de relation jusqu’au tissu cellulaire, exécute des opérations essentiellement semblables , sous la direction de la même force et des mêmes lois. On doit donc appliquer aux appareils de la circulation capillaire , des exhalations, des sécrétions , ce qu’on dirait de l’appareil digestif dans des cas analogues. Or , si pendant que des aliments circulent dans cet appareil et sont, dans ses diverses portions, élaborés suivant des modes différents depuis l’œsophage jusqu’au rectum; si, pendant qu’un homme mange et digère , il est tout à coup saisi d’une émotion profonde , des vomissements subits ou bien une lientérie considérable et soudaine vont se manifester. Direz-vous que cet homme digère, que la fonction de l’assimilation gastrique et intestinale s’accomplit, parce que
la sensibilité et les mouvements du tube alimentaire auront été tout à coup modifiés et excessivement accrus? Ici , il n’y a pas fonction, nulle raison d’activité ; car la sensibilité du tube digestif a été primitivement et sympathiquement modifiée par le système nerveux et non par un vice de ses stimulus propres, les aliments. Ce (pii s’est passé est précisément le contraire d’une fonction, car la rapidité avec laquelle les matières alimentaires sont agitées et éconduites ne permet pas à la fonction de s’exercer, puisque cette fonction étant, comme partout, une assimilation et une désassimilation , ne peut s’accomplir qu’autant que son stimulus lui est soumis pendant un certain temps , pour subir les élaborations profondes qui doivent le transformer graduellement en liquide nourricier. 11 n’y a donc encore ici que lésion primitive de la sensibilité et de la contractilité ; spasme, affection non synergique.
Mais si des matières indigérées stagnent dans le tube digestif , dans l’estomac, par suite de l’asthénie portée sur ce viscère par l’affection nerveuse , le stimulus se viciant, une fièvre gastrique ou saburrale peut se développer ; et voilà comment une affection spasmodique, sans raison d’activité, une sorte de fièvre nerveuse de l’appareil , peut devenir la cause indirecte d’une maladie synergique, d’une fièvre essentielle du même appareil.
Nous pouvons appliquer tout cela aux congestions nerveuses , aux hémorragies, aux délitescences , aux flux , aux modifications des sécrétions, etc. Sous la même influence que plus haut, la sensibilité et la contractilité des vaisseaux capillaires est modifiée , le sang s’y accumule rapidement, ou bien ces vaisseaux se vident, ou bien les exhalant s donnent passage au sang, etc. Voilà des congestions , des pâleurs ou des hémorragies qui répondent parfaitement aux vomissements, à la lientérie ou aux stases observés dans le tube digestif. Il n’y a de changé que le volume et les formes de l’appareil ainsi que la nature des stimulus qui sont à des degrés divers d’assimilation ( Voir, pour les lois physiologiques de ces divers appareils, leurs rapports et leurs différences , etc. , la page 114); mais les actes , les opérations et leurs lois sont essentiellement les mêmes.
Dans ces congestions , ces hémorragies, ces résorptions, ces flux, il n’y a d’intéressées, comme nous l’avons vu pour le tube digestif, que la sensibilité et la contractilité des vais-
M EDI G AT ION A N Tl PH LOGISTIQ UE.
seaux ; par conséquent les liquides qui y sont contenus sont nuis en divers sens , repoussés, éconduits, retenus; mais ils n’ont subi que des changements de situation , aucun changement de nature.
Pourtant s’ils s’extravasent, si par leur séjour insolite dans des parties où ils ne doivent pas rester ils contractent des qualités autres , s’ils s’altèrent , ils deviennent ainsi des matières morbifiques, des causes de phlegmasies, des épines irritantes et inflammatoires , comme plus haut nous l’avons vu pour le canal alimentaire.
Mais tant qu’ils n’ont pas contracté ces altérations, tant qu’il n’y a encore d’intéressées dans les divers appareils que la sensibilité et la contractilité, il n’y a pas fonction pathologique. La nutrition même est dans des conditions trèsdéfavorables pour s’exercer ; la plasticité est peu puissante , car cet excès de mouvement dans les liquides, celte inquiétude continuelle des stimulus, si nous pouvons ainsi parler, ne permet pas à la force plastique de les retenir et de leur faire subir les opérations lentes et calmes de la dernière assimilation. Aussi les personnes nerveuses sont-elles le plus souvent maigres et sèches. Chez elles, la nutrition interstitielle est très-peu active. La sensibilité, la contractilité, la caloricité par influx , y sont au contraire mobiles et très-développées , et c’est ce qui caractérise les tempéraments nerveux.
Chez ces personnes, par la même raison, les phlegmasies , les fièvres synergiques, etc., sont plus rares que chez les individus où dominent la force assimilatrice et les fonctions nutritives. Ainsi donc , les faits qu’on nous opposerait sont plutôt des conditions défavorables que favorables à la production des phlegmasies. fit ce que nous disons est si vrai , que si , au milieu de ces congestions , de ces hémorragies , etc. , en un mot au milieu de ces lésions de la sensibilité et de la contractilité dans les appareils de la circulation capillaire, des exhalations et sécrétions, survient une fluxion véritablement inflammatoire , parce qu’une épine matérielle se sera fixée dans les tissus , alors les phénomènes changent d’aspect. Les flux se suspendent, les hémorragies s’arrêtent, les spasmes sont enchaînés, les liquides stagnent au lieu de circuler si rapidement ; la chaleur de nerveuse devient végétative ; la sensibilité, la contractilité, la caloricité, concourent à des opérations plastiques. Il y a une raison d’activité; une fonction commence. Pourquoi? parce qu’il y a désormais un stimulus
matériel à éliminer. Febvis spus)nos solvit.
Voilà les sympathies et les synergies , les maladies nerveuses ou sans matière , et les maladies finales ou avec matière, mises en présence. Voilà la limite des congestions , des hémorragies, des flux spasmodiques,, et des irritations et des phlegmasies. Elle se présentera encore lorsque nous signalerons la différence capitale qui sépare les fièvres essentielles des fièvres symptomatiques. Toujours nous retrouvons ces deux grandes classes de maladies : maladies qui ont un but d’activité; maladies qui n’ont pas de but d’activité. C’est que celte division fonde la nosologie la plus pratique et par conséquent la plus complète et la plus vraie. Nous nous en convaincrons bienlôt.
11 était important de résoudre les objections qu’on pouvait tirer de ces faits contre notre opinion, touchant le mode de génération et de propagation des irritations et des phlegmasies , et sinon de répondre particulièrement à toutes, au moins d’indiquer le côté faible de ces objections et l’argument général à l’aide duquel toutes peuvent être réfutées.
Ce n’est pas indifféremment et sans un calcul profond que M. Broussais fait constamment intervenir pour la production des phlegmasies l’action des modificateurs externes , dont l’effet est toujours le développement d’une irritation ou d’une inflammation. Plus haut , à l’égard de ce mode étiologique, adopté dans la doctrine dite physiologique, nous avons dit deux choses (page 155) : d’abord, que M. Broussais ne prenait jamais la peine de justifier l'action de ces modificateurs externes, c’est-à-dire d’en démontrer la réalité , la légitimité , non plus que d’éclairer par la physiologie la nature et le mécanisme de leur influence. Ensuite, nous avons ajouté que celte manière de poser arbitrairement l’étiologie des irritations et des phlegmasies , sans s’en expliquer plus en détail, était une précaution des plus habiles et impérieusement commandée dans l’intérêt de l’unité et de l’ensemble de la célèbre doctrine. On va voir comment.
Lorsque M. Broussais a découvert ou cru découvrir chez un sujet un premier point d’irritation , il n’invoque désormais plus ni modificateurs externes ni modificateurs internes : les sympathies lui suffisent pour expliquer la dissémination et la reproduction de cette phlegmasie; rien de plus simple; tout va de soi-même: la pathologie est singulièrement abrégée ; la re-
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cherche des indications se réduit au travail le plus facile; la thérapeutique n’est plus embarrassante , car on ne peut guère se tromper ; enfin les esprits faibles et paresseux sont soulagés et rendus forts.
Mais ce premier.poinl d’irritation ou de phlegmasie, d’où est-il né? qui l’a produit? Il lui faut trouver une cause. l)’où M. Broussais fera-t-il venir cette cause? quelle nature et quel mode d’action lui supposera-t-il? car il faut une habileté inouïe, quand on est dans l’erreur, pour ne pas laisser s’y glisser quelque vérité qui la démente et la signale , ou plutôt qui , aux yeux de la fouie , vienne remplacer l’éclat séduisant, la clarté trompeuse de ce qui est faux , par l’aspect sévère et ardu de ce qui est vrai. Celte cause, de toute nécessité, doit être cherchée dans l’organisme ou en dehors de l’organisme; dans les modificateurs ou les stimulus internes , ou bien dans les modificateurs ou stimulus externes , hygiéniques.
Parmi les stimulus internes, nous ne trouvons que des agents matériels , des liquides , des humeurs; car on ne peut regarder l’innervation comme un stimulus, puisqu’elle-même , pour s’exercer , a besoin d’être excitée par l’influence d’un stimulus interne ou externe, soit par une des six choses non naturelles , soit par l’impression d’un liquide organique, d’une humeur, etc. Les modificateurs internes n’offraient donc à M. Broussais que des fluides organiques, des humeurs, des matières morbifiques , etc. Mais c’était tomber en flagrant délit d’hippocratisme et d’humorisme; c’était renverser le dogme si fondamental et si nécessaire des sympathies morbides; c’était renoncer à la doctrine nouvelle.
Restait l’influence des modificateurs externes, des agents hygiéniques. Il y a , selon nous, trois manières de concevoir leur influence et leur mode d’action dans la production des irritations ou des phlegmasies. Dans la première, ils agissent sur nos tissus par des propriétés mécaniques ou chimiques, et les blessent, les détruisent, les divisent, les brûlent, les désorganisent, etc. En pathologie interne , on n’a pas à s’occuper de ce mode d’action. Cela regarde la chirurgie. Le second mode d’action des modificateurs externes , dans la production des phlegmasies, ne peut se comprendre qu’en admettant ou que ces agents introduisent directement par les surfaces digestive , respiratoire ou cutanée des matières nuisibles, des stimulus matériels et morbifiques,
des principes délétères , etc. ; ou bien que , lorsqu’ils ne sont pas les véhicules de matières nuisibles, de stimulus morbifiques, de virus de vapeurs irritantes, etc. , ils modifient par leur impression la vitalité des surfaces dépuratoires et exhalantes , de manière à troubler , à suspendre ou à diminuer l’élimination de liquides organiques excrémentiliels qui sont continuellement rejetés par ces surfaces, et à retenir ainsi dans le sang des matériaux nuisibles, et par conséquent des stimulus irritants, des matières morbifiques, etc. Réciproquement, ils produisent souvent le même effet, en provoquant , par leur action sur l’organisme, des exhalations ou des flux trop abondants , en dépouillant le sang de matériaux dont la combinaison avec les autres éléments de ce liquide était la condition de sa crase ou de sa composition physiologique, et en le rendant ainsi anomal , en l’altérant , en lui imprimant des qualités nuisibles , irritantes et capables d’agir comme stimulus ou matière morbifique déterminant des irritations , des fièvres essentielles ou des phlegmasies.
Il n’y a , nous le répétons , que ces trois manières de comprendre physiologiquement l’action des modificateurs externes ( ingesta , circumfusa , applicata , excreta , gesta , percepta ) dans la production des irritations ou des phlegmasies , lorsque ces modificateurs n’agissent pas iraumatiquement, c’est-à-dire en attaquant immédiatement les tissus vivants par des propriétés chimiques ou mécaniques.
Mais M. Broussais ne pouvait pas plus vouloir de ces différents modes d’action que des précédents, puisque c’était toujours accepter l’humorisme hippocratique , et qu’il n’échappait pas mieux aux matières morbifiques , aux virus, aux causes spécifiques des irritations et des phlegmasies dans cette manière d’observer l’influence des modificateurs externes , qu’en admettant les mêmes causes déterminantes formées d’emblée dans l’organisme.
Il fallait donc , de toute nécessité, que, pour fonder tout son système sur la production des irritations et des phlegmasies par l’action des modificateurs externes , M. Broussais prêtât à ceux de ces modificateurs qui n’agissent pas sur nos tissus par des propriétés mécaniques ou chimiques un mode d’influence complètement imaginaire et impossible. C’est ce qu’il fit.
Ainsi , pour M. Broussais , le froid , le chaud et leurs vicissitudes , le sec , l’humide et leurs viccissiludes , en un mot les influences méféoro-
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logiques; puis les aliments et les boissons, l’exercice et les fatigues , les impressions morales, les émotions , les sentiments violents , les passions, la suractivité de l’intelligence, etc., les six choses non naturelles enfin, déterminent immédiatement et par elles-mêmes, c’est-à-dire par leur influence directe, unique et sans intermédiaire, déterminent sur l’économie , disonsnous , des irritations et des phlegmasies. Cela admis, les sympathies font le reste.
Mais il ne faut pas l’admettre , et alors , les sympathies ne pouvant rien, comme nous le savons , dans la production des irritations et des phlegmasies, la doctrine, privée de ses deux seules hases , croule d’elle-même.
Comment admettre , en effet , que l’influence du froid et du chaud , de l’humidité et de la sécheresse, qui constituent les vicissitudes atmosphériques , comment croire que de tels agents produisent par eux-mêmes des phlegmasies? Nous ne parlons pas, c’est bien entendu, du calorique accumulé ou soustrait en si grande quantité, qu’il désorganise et mortifie les tissus par brûlure ou congélation. Ces cas , encore une fois, rentrent dans le traumatisme; mais nous parlons des alternatives de chaud et de froid , de sec et d’humide de l’atmosphère , telles que celles d’où naissent les rhumatismes , les phlegmasies des poumons , des membranes muqueuses et séreuses , etc. ; les inflammations catarrhales de l’hiver, les inflammations franches du printemps, les irritations et les phlegmasies des voies digestives et de leurs annexes , qui régnent surtout en été et en automne , etc. Le froid , quand il ne congèle pas , le chaud , quand il ne brûle pas , ne produisent pas immédiatement, mais médiatement, les phlegmasies. Un homme est eu sueur : il s’expose , non pas à un froid capable de congeler, mais à un courant (l'air frais , il ôte ses vêtements dans cet état de suractivité de l’exhalation cutanée. Le lendemain , ou plusieurs jours après , il est pris de malaise général , de courbature , de frisson , de fièvre, de point de côté, de toux, etc. ; il a une pleurésie ou une péripneumonie ; ou bien une angine , un rhumatisme articulaire aigu , un torticolis, etc., sc manifestent.
Serait-ce l’impression du frais qui , par ellemême , aurait produit ces diverses phlegmasies? Cette impression est-elle ici cause prochaine et suffisante par elle-même , ou seulement cause éloignée et insuffisante par elle-même? II est évident que c’est par ce second mode d’action
que le frais ou le froid ont exercé leur influence , et qu’entre cette influence immédiate et le développement de la phlegmasie s’est interposée une cause prochaine et suffisante, savoir, la suppression de l’évacuation d’un liquide excrémentitiel , la transpiration cutanée , laquelle, retenue intempestivement dans le sang, y a créé une matière morbifique, cause prochaine, matérielle et stimulus de la fonction inflammatoire.
Si le froid eût agi ici par lui-même , son effet, la phegmasie , se fût immédiatement développé, comme on le voit toutes les fois que le chaud ou le froid agissent par eux-mêmes, et comme causes suffisantes , dans les congélations ou les brûlures. L’effet est, on le sait, immédiat et nécessaire. Personne n’y échappe. Vingt personnes sont touchées par un fer rouge ou de l’eau bouillante , et vingt personnes sont brûlées identiquement. Vingt personnes ont une partie de leur corps exposée au degré de froid qui solidifie le mercure, et vingt personnes ont cette partie sphacélée , cela toujours directement et immédiatement. Mais ces vingt personnes s’exposent au froid humide, à un courant d’air frais , etc., et il n’y en a pas une qui en ressente la moindre atteinte. Si chez quelqu’une d’entre elles une phlegmasie se développe , non sur la partie qui a été frappée par le courant d'air, mais sur la plèvre , le péricarde , les membranes synoviales, etc., ce n’est pas immédiatement que cette inflammation se manifeste , c’est plusieurs heures , plusieurs jours après. Il y a une période d’opportunité et d’incubation. Pourquoi cela, si le froid a agi dynamiquement par lui-même , ou par l’intermédiaire des sympathies? Voilà qui est inexplicable dans les idées du physiologisme. Au contraire , tout cela se comprend , tout cela même est nécessaire , si l’impression du froid a agi en supprimant une évacuation physiologique, en engendrant ainsi dans le sang une matière morbifique , et en produisant ainsi médiatement une ou plusieurs phlegmasies. Car il faut un temps d’incubation et d’opportunité plus ou moins long pour que cette matière se suraniinalise et conlracle les qualités d’un stimulus inflammatoire, etc. II en est ainsi lors de l’introduction dans le sang de tous les principes morbifiques, de tous les virus. C’est une loi pathologique des plus constantes.
Nous pourrions dire du chaud ce que nous venons de dire du froid , savoir , que quand il n’agit pas en brûlant , les phlegmasies que son influence prolongée produit , comme on le voit
dans les saisons et les climats chauds , ces phlegmasies sont causées médiatemenl et à la la longue par les modifications vicieuses que font naître dans le sang et les autres humeurs des évacuations excessives , des sueurs , etc. , ainsi que certaines altérations qui sont les effets prochains de la chaleur et les causes prochaines de ces phlegmasies d’une autre nature que les précédentes , et que cet agent impondérable, le calorique , ne détermine , comme on le voit, que médiatemenl.
Les percepta sont dans le même cas ; ils perturbent les centres nerveux , puis , par là, les fonctions assimilatrices en particulier ou en général, et de ces perturbations naissent ou peuvent naître des matières morbifiques. C’est encore médiatement et non par eux-mêmes que ces modificateurs externes d’un ordre différent produisent des irritations ou des phlegmasies, quand ils en produisent. Toujours, et nous nous en sommes assurés , il faut pour cela un stimulus matériel. Or tous les modificateurs externes que nous venons de citer sont des impondérables, qui n’agissent que dynamiquement, et sont par conséquent incapables de fournir, si ce n’est médiatement , les stimulus matériels indispensables à la production des irritations et des phlegmasies.
L’électricité n’a pas d’autres privilèges , si ce n’est lorsque , considérablement condensée et accumulée, elle se dégage en masse , foudroie les tissus et les désorganise ; mais c’est encore du traumatisme.
Plus on y songe , plus on est porté à se demander s’il est bien vrai qu’il faille être réduit à démontrer à grands frais que les influences en question , de même que l’innervation , sont incapables de pr oduire par elles-mêmes des irritations et des phlegmasies?... Mais, répondrat-on, M. Broussais , qui, il est vrai , ne s’est pas assez expliqué sur la manière dont il concevait l’action de ses modificateurs externes dans la production des phlegmasies, parle pourtant de congestions viscérales , de refoulement du sang à l’intérieur, de stases dans les parenchymes à la suite de l’action du froid sur la peau , par exemple , et par suite de ces congestions , d’irritations et de phlegmasies, qui sont ainsi, comme vous le voulez , des effets médiats et non immédiats de llinfluence des modificateurs externes , etc.
Celte objection peut se réduire à ceci : M. Broussais fait intervenir les sympathies,
1 action du système nerveux même lorsqu’il admet 1 ac tion des modificateurs externes dont la puissance est dynamique. El cela prouve à quel point le chef de l’école du Val-de-Grâce sentait l’insuffisance et le vice de son étiologie ; car, s’apercevant très-bien que les percepta, les circumfusa et les autres modificateurs hygiéniques étaient incapables par leur action immédiate de causer des irritations etdes phlegmasies, il avait été forcé , pour obtenir ce résultat , de les faire agir par la voie des sympathies. Ainsi , voyant que tous ces modificateurs, lorsqu’ils produisaient des irritations, les produisaient loin du lieu de leur action immédiate , il devenait nécessaire que, pour expliquer cette influence, il invoquât le pouvoir mystérieux et commode des sympathies. Alors on parle de refoulement du sang , de congestion dans les gros vaisseaux et les parenchymes profonds ; et ainsi on se satisfait et on s’aveugle; puis on procède de làcommed’une vérité de fait inattaquable; et par la force indomptable de salogique eide sa verve, on entraîne dans les conséquences les plus lointaines et les plus rigoureuses tous ceux qui n’ont pas demandé raison et justice de la majeure.
II est inutile de montrer que cette condition ajoutée à la théorie de l’action des modificateurs externes dans la production des phlegmasies ne rend pas mieux compte des faits que la précédente, car si une sympathie, c’est-à-dire l’action des nerfs , est incapable de transmettre une inflammation d’un lieu à un autre , et s’il faut de toute nécessité pour cela , comme nous croyons l’avoir surabondamment prouvé, un stimulus matériel agissant sur le tissu lui-même, on ne peut pas mieux concevoir que cette puissance des sympathies, mise en activité par l’impression des modificateurs externes sur l’organisme, aille produire des phlegmasies dans des lieux éloignés de ceux qui ont été frappés par l’impression extérieure. C’est toujours du dynamisme, toujours un agent impondérable, la force vitale qui, à cause de son unité, propage ses manifestations d’activité d’un point à un autre et se traduit par des phénomènes de sensibilité, de contractilité ou de caloricité, lesquels, en l’absence d’une matière à assimiler ou à éliminer , ne sauraient produire des opérations plastiques du genre de l’inflammation. Nous avons dit assez que des congestions, des flux, des pâleurs, etc., n’indiquaient, lorsqu’ils ne sont pas déterminés par une épine irritante , n’indiquaient qu’une lésion de la contractilité
MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE
des petits vaisseaux , n’étaient que des phénomènes nerveux et spasmodiques. Le sang a beau être refoulé à l’intérieur par des impressions dynamiques , par l’action des sympathies , comme on le voit dans des frayeurs , dans l’action d’un bain frais, etc., etc., jamais il n’en résulte de phlegmasie si ces influences n’ont pas fait naître dans le sang des matières morbifiques, etc.
En définitive , on revient toujours aux sympathies, soit pour expliquer les irritations primitives produites par l’action des modificateurs externes, soit pour expliquer les irritations consécutives produites par d’autres irritations. Or nous savons ce que peuvent et ce que ne peuvent pas les sympathies : ce qu’elles peuvent , c’est déterminer ( par V intermédiaire de la sensibilité, qui dans tous les actes vitaux a V initiative), dans un lieu plus ou moins, éloigné de celui qui a reçu une impression quelconque , des manifestations isolées ou réunies de la sensibilité, de la contractilité et de la caloricité; ce qu’elles ne peuvent pas , c’est déterminer une manifestation de plasticité , laquelle a toujours pour cause déterminante un stimulus matériel dont les nerfs ne sauraient être le véhicule.
Qu’on essaye , avec tous les modificateurs hygiéniques connus , d’exciter sur tous les points la sensibilité d’un individu , de manière à réveiller toutes ses sympathies et à ne faire de son système sensitif entier qu’un seul sens pour la douleur, de ses fonctions motrices entières qu’un seul instrument pour les spasmes , de sa force de calorification en général qu’un seul foyer pour la fièvre ou les vapeurs; et nous défions qu’on parvienne ainsi à développer une seule phlegmasie. Les personnes affectées de névroses n’en fournissent-elles pas tous les jours l’exemple le plus irrécusable ? Ces malheureuses femmes dont tout le système nerveux est dans un éréthisme effrayant, qui ne peuvent recevoir la plus faible impression de la part des modificateurs externes sans que toute leur économie en soit bouleversée, tous leurs sens ébranlés ; qui à la moindre stimulation souffrent en mille endroits, entrent en convulsions , sont prises de fièvre nerveuse , etc. ; ces femmes sont-elles plus sujettes que d’autres aux phlegmasies? Toutes ces excitations sympathiques disséminent-elles des inflammations, etc.? Chacun sait lecontraire, malgré les efforts qu’a faits et qu’a dû faire M. Broussais pour rallier les névroses auxirritations chroniques, aux subinflammations, etc., et ces efforts
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étaient une nécessité ; car si on laissait en dehors des irritations tous ces phénomènes morbides si éminemment sympathiques , on ruinait le principe, et le système n’avait plus d’unité ni de force.
Malgré l’extrême activité des sympathies chez les personnes affectées de névroses , on ne voit pas plus et souvent moins de phlegmasies chez elles que chez d’autres sujets. Dans ces cas , le système nerveux est toujours en état de surexcitation , même en l’absence de stimulations externes; ce ne sont donc pas des irritations, car une irritation suppose deux choses au moins, savoir , une puissance irritée et une cause irritante. Or , dans le cas de phénomènes sympathiques , il n’y a en jeu qu’une de ces deux conditions, savoir, la puissance , l’activité vitale , qui dans un lieu de l’organisme manifeste des phénomènes insolites , à l’occasion d’un autre ébranlement éprouvé ailleurs par cette même force vitale. C’est le même qui agit sur le même, mais qui par conséquent ne réagit pas. La force vitale , en tant que douée d’unité et d’indivisibilité , comme toutes les forces qui président aux phénomènes de l’univers dans quelque règne que ce soit, la force vitale n’a pas besoin , pour se manifester en dix points d’un organisme , de dix causes provocatrices. Une seule suffit, car l’indivisibilité du principe garantit l’indivisibilité de ses manifestations d’activité. Sans cela , il n’y aurait ni consensus physiologique , ni consensus pathologique , ni sympathies.
Mais ces phénomènes sympathiques résultant de l’unité du principe de vie, et n’étant en quelque sorte que le témoignage de cette unité , ne supposent par conséquent pas l’action d’un stimulus dans le lieu où se passe le phénomène , mais seulement dans un lieu plus ou moins éloigné. Ils ne constituent donc pas des irritations, car il leur manque pour cela une condition , savoir , un sujet , une cause d’irritation ; et toute irritation étant la première période d’une fonction pathologique, c’est dire que, pour être des irritations , il leur manque un stimulus matériel à élaborer et à éliminer. Us n’ont donc pas de raison d’activité ; et , en effet , les névroses , nous l’avons dit , sont des maladies non synergiques, sans matière, par conséquent sans but. Aussi sont-elles incalculables dans leur marche et dans leurs allures ; car du moment qu’elles existent sans stimulus ou sans sujet d’assimilation, ou de désassimilation , elles sont sans raison d’activité ; l’une de ces deux conditions suppose l’autre , cl réciproquement.
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La force vitale , qu’on nous permette cette locution , ne peut s’irriter contre elle-même; or les névroses consistent en des actions de la force Vitale sur elle-même en raison de son unité ; donc les névroses ne sont pas des irritations. Mais l’existence des névroses repose entièrement sur la notion et le fait des sympathies et des troubles de l’innervation ; donc les sympathies sont incapables de produire des irritations.
Nous avons vu qu’il répugnait aux notions de la plus simple physiologie, et nous aurions pu dire du plus vulgaire sens commun , de faire voyager l’irritation et les phlegmasies le long des nerfs ; et que l’appareil des sympathies , que les conducteurs de l’innervation , étaient aussi incapables de transporter les causes et les stimulus des inflammations qu’ils le sont de transporter les causes et les stimulus de la nutrition ; qu’on pouvait , aussi longtemps qu’on le voudrait , exciter les sympathies sans produire autre chose que des manifestations insolites isolées ou réunies de la sensibilité , de la contractilité et de la caloricité, c’est-à-dire des douleurs , des spasmes et des vapeurs , lesquels ne sont jamais que des activités sans but et par conséquent sans principe , etc.
Maintenant , qu’à côté de ces expériences on en commence une autre série , dans lesquelles on modifie, non plus directement et dynamiquement l’innervation , mais le stimulus général des fonctions nutritives , le sang ; qu’à l’aide des agents de la toxicologie et de la matière médicale on introduise dans les premières et dans les secondes voies des stimulus impropres et inassimilables ; et , de même qu’en agaçant de toutes manières le système nerveux par des impressions externes et des impondérables on n’était jamais parvenu à développer une phlegmasie, de même, en modifiant la nature des stimulus ( ou de ce qui doit être assimilé par les supports), on va semer partout l’inflammation.
Comment , en présence de tels faits, comment, lorsqu’on peut constater par mille expériences naturelles et artificielles que, d’une part, en modifiant de toutes façons le système nerveux et en réveillant ainsi toutes les sympathies, on n’arrive jamais à déterminer une phlegmasie ; et, d’autre part , lorsqu’on constate aussi qu’en modifiant les stimulus de l’animal et en changeant en matières morbifiques ou inassimilables ses matériaux physiologiques ôu assimilables , on produit à volonté toutes les formes d’inflammations ; comment , disons-nous , a-t-on pu
embrasser l’étiologie des phlegmasies parles sympathies et rejeter l’étiologie de ces mêmes phlegmasies par les matières morbifiques et les épines inflammatoires ? Car , encore une fois , avec des matières animales , végétales en dissolution , avec tous les agents de la pharmacologie et de la toxicologie introduits dans les premières et dans les secondes voies , on détermine à son gré des inflammations catarrhales, érythémateuses, vésiculeuses, bulleuses, papuleuses, pustuleuses, gangréneuses, phlegmoneuses, ulcéreuses, etc., etc.
Comment l’a-t-on pu ?
On l’a pu et on l’a dû... : parce qu’il faut bien, pour expliquer de pareilles inadvertances , admettre qu’à certaines époques du progrès des sciences les travailleurs ont , ou peut-être doivent avoir un bandeau sur les yeux pour remplir avec plus de hardiesse , de fougue et d’obstination leur mission de destruction et de perturbation devenue nécessaire ; on l’a pu et on l’a dû , parce qu’à la faveur de ce bandeau providentiel on a laissé passer , et par conséquent on a semblé accepter cette première proposition, base de toute la doctrine dite physiologique :
« La vie de l’homme ne s’entretient que par les stimulants extérieurs ; et tout ce qui augmente les phénomènes vitaux est stimulant. »
On l’a laissé passer , et force a été alors de subir toutes les autres, depuis la deuxième jusqu’à la quatre cent soixante-huitième.
Mais attaquez et annulez la première ; et les suivantes , et tout le système , n’ont plus aussitôt ni sens , ni logique , ni appui , ni moyens de séduction et de durée.
Il est essentiellement faux de dire que la vie de l’animal ne s’entretient que par les stimulants extérieurs. C’est (quile croirait jamais!) sur cette préposition par que repose tout le système de M. Broussais. En tête de ces stimulants extérieurs, il place avec raison le calorique. S’il est vrai que la vie ne s’entretienne que par les stimulants extérieurs, et que les modificateurs externes qui entretiennent la vie de l’animal n’agissent qu’en le stimulant , il s’ensuit rigoùreusement que les matériaux de l’intussusception alimentaire et gazeuse n’agissent qu’en stimulant , puisque c’est par eux que s’entretient la vie de l’animal. Ainsi on arrive à celte conclusion que, pour entretenir la vie d’un animal, on peut substituer un stimulant à un autre {car toute stimulation est identique à ellemcnie par sa nature et ne peut varier que par son intensité) et le nourrir avec du calorique ,
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de l’électricité, de la lumière , des sons, etc., etc.
Oti n’a pas osé dire cela , bien que la première proposition de la doctrine le renferme virtuellement; mais on en a tiré, nous le savons, des conséquences ni plus ni moins erronées : ce sont celles relatives à la production des phlegmasies par voie de sympathie et sous l’influence d’agents purement dynamiques , etc.
Il faut dire :
La force vitale ne se manifeste et ne s’entretient dans un organisme qu’à la condition préexistante de l’influence des forces générales de la nature inorganique , et par l’assimilation et la désassimilation continuelles de substances assimilables ou alibiles.
Dans l’univers, il y a trois sortes de forces ou de principes , partant trois ordres de phénomènes ou de manifestations d’activité. Il y a d’abord une force qui préside aux phénomènes inorganiques , force que nous appellerons physique ou newtonienne; une seconde force qui préside aux phénomènes du règne organique , et que nous appellerons vitale; une troisième enfin, qui produit les phénomènes du monde intellectuel et moral , et qui doit être nommée force ou principe spirituel. Dans l’homme, ces trois forces sont réunies : car on observe chez lui des phénomènes physiques, mécaniques, chimiques, etc., des phénomènes vitaux et des phénomènes intellectuels et moraux. Chez l’animal, on n’observe que deux de ces forces, la force newtonienne et la force vitale. Dans les minéraux , il n’y en a plus qu'une, la force netvtonienne ou brute, parce que là il n’y a plus que des phénomènes physiques et chimiques.
Or la force vitale ne peut exister qu’à la condition préexistante de la force newtonienne, et la force spirituelle ne peut exister qu’à la condition préexistante des deux forces précédentes.
Il ne s’agissait, dans la proposition que nous combattons , que de l’animal , que de la vie. Il n’y avait donc à supposer, pour le développement et l’entretien de cette vie, qu’une seule condition préexistante, savoir, l’action de la force newtonienne qui, comme on le sait, a préexisté à la force vitale, puisque le règne organique est postérieur en existence au règne inorganique. De même la force spirituelle est postérieure en existence aux forces newtonienne et vitale, puisque les végétaux et les animaux ont précédé l’homme en existence.
Mais c’est tomber dans un abîme d’erreurs que de dire que la vie de l’animal ne s’entretient
que par les stimulants extérieurs , parce que c’est dire que l’action de la force newtonienne, dans laquelle sont compris le calorique , l’électricité , la lumière , suffit à entretenir la vie de l’animal. L’action de ces agents est une condition sans laquelle la force vitale ne peut se manifester ni se maintenir dans un organisme, puisque cet organisme est , avant tout , formé de matière; que cette matière a des manifestations d’activité produites par une force antérieure à la force vitale , et que celle-ci vient seulement dans les corps organisés modifier et dominer en quelque sorte la force newtonienne.
Pour que la vie se développe et se manifeste , il faut donc une condition préexistante indispensable, la matière et son principe d’activité, par conséquent l’action du calorique , etc. ; comme pour que la force spirituelle se développe et se manifeste, il faut deux conditions préexistantes indispensables, une matière douée de la force newtonienne , ensuite animée par la force vitale ; mais on ne peut pas plus dire que la force vitale ou la vie s’entretient par les stimulus extérieurs tels que le calorique , l’électricité , la lumière, etc. , qui ne sont que des modes d’activité de la force newtonienne, qu’on ne peut dire que la force spirituelle, l’âme humaine, s’entretient par la sensibilité , la contractilité , etc. , qui ne sont que des modes d’activité de la force vitale.
Il est évident qu’un organisme humain doué de sa force vitale, manifestée, comme on sait, par la sensibilité, la contractilité, etc. , qui en sont les modes d’activité , n’est que la condition préalable et le support des manifestations de la force spirituelle, et que cette force ne s’entretient pas par la vie. L’organisme vivant , la vie, n’est qu’une condition préexistante de manifestation, et non une condition d’existence de la force spirituelle. De même la matière, et la force newtonienne qui la phénoménise, n’est qu'une condition préexistante de manifestation , et non une condition d’existence de la force vitale.
Pour résumer la discussion à l’aide de notre formule générale , on peut dire que, dans l’étude de l’appareil de la vie, M. Broussais a confondu le moyen avec le principe, et a pris la condition du support pour la condition du stimulus. En effet, nous savons que, dans un appareil vivant, la force vitale, qui constitue l’aptitude fonctionnelle, a pour moyen de manifestation une matière qu’elle organise, à laquelle elle imprime des modes d’activité nouveaux, mais qui jouissait et devait jouir antérieurement de tous les
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modes d’activité de la force newtonienne dans lesquels nous retrouvons le calorique, etc., et tous les stimulants extérieurs par lesquels M. Broussais veut que la vie de l’animal s’entretienne. Voilà donc constitués la force et le moyen de manifestation de cette force ; maintenant, pour achever la formation de cet appareil, il manque ce par quoi ils s’entretiennent : or cette condition est remplie par le stimulus que nous avons défini ainsi : ce qui est assimilé par le support vivant. Mais ce qui est assimilé par le support vivant, ce sont les matériaux de l’intussusceplion alimentaire et gazeuse; donc ces substances sont les stimulus de l’animal , et c’est par eux que la vie s’entretient.
Donc, la vie de l’animal s’entretient par une assimilation et une désassimilation continuelles de substances assimilables ou alibiles (assimilation et désassimilation alimentaire et gazeuse), mais avec la condition préexistante de l’action des forces générales de la nature inorganique.
La première proposition de la doctrine de M. Broussais, que nous venons de repousser et de convaincre d’erreur, engendre logiquement tout le système de physiologie, de pathologie et de thérapeutique qui constitue ce qu’on appelle la médecine physiologique. Modifiée comme nous venons de le faire, cette même proposition engendre aussi logiquement le système de physiologie , de pathologie et de thérapeutique qui constitue ce qu’on appelle la médecine hippocratique.
Démontrer la vérité de celte dernière assertion , ce serait entreprendre un traité complet de physiologie , de pathologie et de thérapeutique générales. C’est à l’accomplissement de cette immense tâche que nous voulons consacrer notre vie entière.
Fort de sa proposition capitale qu’on acceptait, M. Broussais en fit découler le système dont nous venons de réfuter une des hases , on peut même dire la hase fondamentale. L’action des stimulants extérieurs , telle qu’il l’entend , ne pouvant varier que d’intensité et non de nature , il renversa ainsi la doctrine des causes spécifiques et des méthodes thérapeutiques spécifiques. L’irritation est toujours identique avec ellemême; elle doit toujours être attaquée par les mêmes moyens. 11 n'y a qu’une ou presque qu’une seule maladie, laquelle ne peut changer que de siège. Aussi les modifications de la thérapeutique portent-elles presque exclusivement sur le choix du lieu pour l’application des moyens
de traitement. Plus de matièies morbifiques, plus de stimulus , par conséquent jamais de bul d’activité dans les maladies : proscription absolue de l’hippocratisme , ainsi que des causes spécifiques et de l’humorisme qui ne sont que certains points de vue de l’hippocralisme ; et il fallait bien supprimer ces deux points de vue de la science et de l’art, car des causes humorales, des agents spécifiques ne peuvent voyager par la voie des sympathies et le long des nerfs, puisque ce sont des stimulus matériels, et que les nerfs ne peuvent être que les conducteurs d’un principe immatériel ; que de plus ce principe ne peut être sujet qu’à des modifications d’intensité et non de nature , et que la spécificité au contraire consiste dans les modifications de nature des causes morbifiques , et non dans leurs modifications d’intensité.
Pour M. Broussais, la différence des maladies gît uniquement dans la différence de leur siège. Ainsi est justifiée la fameuse épigraphe : Qu’est l’observation si on ignore là où siège le mal ? maxime qui , si on veut prendre la peine de s’en assurer au moyen des principes que nous avons développés dans notre critique, découle trèsrigoureusement de la première proposition de la doctrine dite physiologique. Nous croyons juste de lui substituer cette autre maxime : Qu’est l’observation, si, connaissant le siège du mal, on en ignore la nature? car elle ne découle pas moins rigoureusement de la même proposition , telle que nous l’avons modifiée plus haut.
Aussi, c’est M. Broussais qui a introduit dans la médecine de l’école de Paris le vice funeste et antimédical de ce que nous appellerons le diagnostic du fait accompli, vice qui a surtout ses déplorables effets dans le diagnostic, et par conséquent dans le traitement des maladies chroniques , bien qu’il y ait quelques maladies aiguës où il ne soit guère moins fâcheux et absurde. Ainsi , une lésion organique quelconque existe : on la constate , et puis voilà tout.
Mais jusque-là vous n’avez fait que la centième partie, la moins importante et la plus facile partie du diagnostic ! Vous avez constaté un fait accompli, mais vous n’en connaissez ni les causes prochaines, ni la nature, ni les conditions d’existence, ni rien de ce qui conduit aux indications thérapeutiques; car le diagnoslic, comme l’auteur de ce travail l’a déjà écrit quelque part, c’est l’art de découvrir les sources des indications thérapeutiques. Or quelles sources d’indications thérapeutiques vous ouvre
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le diagnostic rfw fait accompli? Aucune ou presque aucune, vous en conviendrez. Jusque-là, vous avez rempli une besogne facile , où tous sont également habiles avec quelques mois d’habitude 5 une besogne qui, quelque adroitement que vous vous en soyez acquitté , ne vous donne pas encore le titre de médecin ; car médecin, médiats, signifie qui porte remède, et après avoir établi votre diagnostic avec une si remarquable précision , vous n’avez pas plus qu’avant le droit de porter remède ; nam tnorbi dignotio et curatio , dit Galien, pendent ex intellectione affectas et non partis affectœ.
M. Broussais avait senti plus lard tout ce qu’il y a d’étroit et de stérile dans celte manie de ne diagnostiquer que le lieu malade , le fait accompli, et dans son quatrième volume de Y Examen il l’a justement et énergiquement réprouvée. Cette réprobation était pourtant déplacée sous sa plume; car il était en quelque sorte, et à son insu , le père de cette médecine grossière qui ne conclut à aucune pratique et a fait oublier de nos jours Vart de guérir.
Possibilité d’entretenir la vie d’un animal ù l’aide des impondérables extérieurs et par le moyen des sympathies. — Désessentialisalion des fièvres ou réduction des fièvres essentielles en fièvres symptomatiques de phlegmasies locales.—Génération et propagation de ces phlegmasies par l’intermédiaire du système nerveux. — Identité de toutes les phlegmasies et par conséquent de toutes les maladies. — Proscription de la spécificité , des matières morbifiques et de l’humorisme. — Négation d’un but d’activité dans les maladies. — Distinction des maladies, soit aigués, soit chroniques , par leur siège et leur intensité seulement. — Jamais par leur nature. — Uniformité et simplification de la thérapeutique en raison de toutes les conditions précédentes, etc., etc. Il n’est pas une de ces huit propositions qui ne renferme les sept autres , de même qu’elles sont toutes huit virtuellement et rigoureusement contenues dans la première proposition qu’on trouve en tête de l 'Examen des doctrines. Oui , tout cela y est contenu , et tout cela (moins pourtant la première conclusion, qu’on n’a sans doute pas aperçue, bien qu’elle ne soit pas moins logique que les suivantes) en a été déduit et devait en être déduit ; car une fois qu’avec ce dialecticien puissant et terrible, on avait franchi le seuil de l’erreur , on n’avait plus de moyens de revenir sur ses pas, et force était de le suivre jusqu’au bout dans ce dédale
séduisant qu’il a appelé Médecine physiologique. Les esprits paresseux s’y reposent si ù l’aise ! les autres s’y trouvent si au large !
Nous ne demanderons pas pardon au lecteur de nous être étendus si longuement sur la question des fièvres essentielles et du mode de génération et de propagation des irritations et des phlegmasies, deux questions qui n’en font véritablement qu’une , car la solution de la première renferme la solution de la seconde, et réciproquement. Il était trop important d’y rappeler l’attention et de montrer comment la confiance scientifique avait été surprise et égarée par des principes spécieux dont les conséquences sont poursuivies avec uiTenchaînement et une force irrésistibles , pour que nous nous repentions d’y avoir consacré tant de pages , surtout lorsqu’il s’agit, en définitive, d’une conclusion thérapeutique qui doit reposer entièrement sur l’opinion qu’on adoptera entre les idées du physiologisme et celles que nous avons essayé de leur substituer. Nous espérons , sinon avoir converti les esprits sur ces deux questions, au moins les avoir portés à réfléchir et à douter. Ce résultat serait déjà si considérable !
Après avoir emprunté nos arguments à la physiologie et à la pathologie générale, nous aurions pu facilement , et sans autre embarras que celui du choix, les prendre dans la pathologie spéciale et dans la clinique ; mais comme nous 11e pouvions, en raison du peu d’espace qui nous est accordé pour de pareilles digressions dans un ouvrage de la nature de celui-ci , offrir que l’une de ces deux sortes de preuves, nous avons dû préférer les preuves générales et radicales à celles tirées des faits particuliers, puisqu'on définitive celles-là découlent de celles-ci, dont elles ne sont que l’expression la plus abrégée et la plus philosophique. Mais loin de redouter qu’on les vérifie de nouveau par la clinique qui les a produites, nous provoquons de tous nos vœux celte vérification, et y convions tous les esprits libres et sérieux. Si la synthèse est vraie, c’est que l’analyse a été bien et sévèrement faite. Ce qui descend de l’observation de l’homme en santé et de la clinique, ne doit pas craindre d’y remonter. Si ces idées ont traversé vingt-deux siècles, c’est, n’en douiez pas, qu’elles sont filles de l’observation et reflètent fidèlement la nature. Dites-nous combien d’années a duré chaque système artificiel !
Nous 11’avons pas nié les fièvres symptomatiques ou sympathiques. Seulement nous les ré-
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duisons à leur juste notion et nous leur restituons leur caractère physiologique et véritable. Cette question se rattachant de la manière la plus intime à celles que nous venons de traiter, il suffira d’une courte explication et de quelques exemples pour la préciser et la résoudre.
M. Broussais a dit : Les fièvres essentielles ne sont autre chose que des fièvres sympathiques ou symptomatiques de phlegmasies locales. D’abord, tout le monde l’a cru. Puis, plus lard, quelques médecins l’ont nié. Peu à peu ce petit nombre est devenu majorité, car maintenant c’est la minorité , et une très-faible minorité , qui professe intégralement et dans sa pureté originelle la proposition que nous venons d’énoncer.
Mais cette majorité, qui, d’après l’évidence clinique et l’autorité du scalpel , a rejeté la localisation des fièvres , n’est guère plus avancée pour cela. De la non-admission de cette localisation, elle n’a pas conclu à la réhabilitation des fièvres essentielles telle que nous l’avons tentée plus haut. En un mot, elle sait bien ce qu’elle ne veut pas, mais elle ne sait pas encore ce qu’elle veut. Interrogez à cet égard les petits et les grands : vous apprendrez d’eux qu’il faut bien se garder de croire, avec M. Broussais, que toute fièvre est le résultat sympathique d’une irritation locale ou d’une phlegmasie ; mais ils ne vous diront pas pourquoi , ni la notion plus complète et plus vraie qu’il faut substituer à la notion incomplète et fausse du physiologjsme ; et leur thérapeutique traduit fidèlement cette incertitude , car elle n’est plus la thérapeutique du Yal-de-Grâce; mais c’est une thérapeutique de doute, de tâtonnement, d’éclectisme, d’essais, d’expérimentations , une thérapeutique qui s’appuie sur un tiers de numérisme ou d’empirisme, sur un tiers de physiologisme et sur un tiers d’hippocratisme. Il est difficile et très-difficile de j uger si cette méthode mixte et éclectique vaut mieux que de purger quand même, de saigner quand même, ou d’expecter quand même; car cela se réduit à décider s’il vaut mieux n’avoir pas de principes que d’en avoir de mauvais. Question , nous le répétons , grave et difficile ! Heureusement que, pour les malades placés entre ce doute et cet éclectisme d’un côté, cette assurance présomptueuse et empirique de l’autre, la nature, qui ne varie pas , continue à lutter et contre le mal, et contre les mauvais traitements.
Nous avons dit ce qu’il fallait entendre par une fièvre essentielle, et avons fait prévoir en quoi elle différait d’une fièvre symptomatique
ou sympathique. Donnons d’abord quelques exemples , pour trancher nettement celle différence ; et, selon notre habitude, passons parla physiologie , pour y prendre le type radical de cette distinction , et le trouver ensuite réalisé sous une autre forme dans la pathologie.
11 faut, pour cela , que nous reproduisions ici une observation déjà tracée dans un autre but, lorsque (pages 114,115) nous avons voulu faire apprécier la différence qui existe entre la chaleur par influx et la chaleur végétative.
Suivons en effet l’enchaînement des phénomènes qui ont lieu, depuis la chymification jusqu’à la nutrition interstitielle, chez un homme qui , pressé par la faim , fait un copieux repas. Supposons , pour rendre les phénomènes plus explicites , que ce repas se compose de mets trèsnourrissants et très-sapides , assaisonnés un peu chaudement et arrosés , comme on dit , avec un vin généreux et des liqueurs spiritueuses.
Les aliments et les boissons arrivent dans l’estomac et l’opération de la chymification commence. L’estomac remplit une fonction physiologique. Sa sensibilité, sa contractilité et sa caloricité ont un but d’activité, puisqu’elles s’appliquent à l’élaboration d’un stimulus. Il y a synergie et une sorte de fièvre physiologique locale et gastrique. Cette suractivité synergique de l’estomac est propagée (mais non sa cause !) à tout l’organisme au moyen des sympathies physiologiques et de l’innervation. A la faveur de ce consensus établi par l’unité vitale, tous les autres appareils de l’économie sont excités dans leur sensibilité, leur contractilité, leur caloricité (mais non dans leur plasticité ou dans leur force assimilatrice, car l’innervation qui vient de leur imprimer un mouvement vital plus vif ne leur a pas transmis un stimulus plastique ou assimilable) ; et il en résulte une fièvre physiologique sympathique ou symptomatique. La chaleur est plus élevée, le pouls plus fréquent , les appareils de la vie de relation plus disposés à l’action , le centre pensant doué de plus d’aptitude, d’énergie, de vivacité, etc. etc. ; enfin, au moyen de l’innervation et par la voie des sympathies, un surcroît de vie et de chaleur a rayonné de l’estomac vers toutes les autres parties du corps. C’est, nous le répétons , une véritable fièvre physiologique nerveuse , par influx, sympathique ou symptomatique, comme on voudra. Au milieu de tout ce mouvement , il n’y a que l’estomac qui fonctionne essentiellement, et, si on peut ainsi parler, primitivement
et idiopathique ment, car lui seul élabore un stimulus nouveau dont jusqu’ici les autres appareils sont privés. Tous excepté lui se meuvent sympathiquement : sa seule activité est primitive et essentielle.
Observez cet homme trois ou quatre heures après son copieux et généreux repas. Voici un nouveau mode de suractivité dans la sensibilité, la contractilité et la caloricité de l’organisme entier. Les appareils généraux sont maintenant ce que tout à l’heure était un appareil local et spécial, l’estomac. La fièvre physiologique symptomatique a fait place à une fièvre physiologique essentielle et générale; car le sang est recomposé, cha rrieun chyle récent et porte à toutes les aréoles, à toutes les fibres vivantes un stimulus nouveau. Tous les tissus assimilent comme deux heures auparavant l’estomac assimilait, et ce n’est pas l’appareil nerveux qui , comme précédemment, a transmis et a irradié cette cause de stimulation, c’est l’appareil circulatoire. Ici il n’y a plus de sympathies physiologiques à invoquer ; elles sont même enchaînées et assoupies, et cela doit être, puisque nous savons qu’il y a d’autant moins de mobilité et de nervosité dans un organisme que la force plastique s’y exerce avec plus de puissance, et vice versa : Sanguis moderator nervorum. La chaleur abondantequi s’observe n’est plus par influx, mais végétative. Partout il y a fonction et synergie, partout un but d’activité. Voilà l’image physiologique d’une fièvre d’abord symptomatique , puis devenant essentielle et générale consécutivement. Avec cette donnée fondamentale, abordons la pathologie. (Pour un tableau plus complet de ces deux types physiologiques, retournez aux pages susindiquées.)
Nous pourrions , parallèlement à ce qui précède, tracer la description d’une fièvre bilieuse gastrique , d’abord symptomatique , puis devenant, par le mécanisme que nous venons de faire saisir , bilieuse générale et essentielle. Nous n’aurions pour cela qu’à substituer au bol alimentaire une surcharge bilieuse qui , stimulant l’estomac, exciterait par la voie des sympathies tout l’organisme, le système circulatoire en particulier, et donnerait lieu ainsi à une fièvre sympathique ou symptomatique; puis à supposer, ce qui arrive très-souvent , qu’une plus ou moins grande partie de ces saburres fût absorbée, et que, mélangé au sang, ce stimulus anomal , celte matière morbifique, allât de cette manière porter la fièvre essentielle ou la fonction pathologique dans les appareils les plus
généraux, etc. Nous n’inventerions rien , nous ne supposerions rien , et ceux qui veulent s’en convaincre n’ont qu’à lire la description de l’épidémie de Tecklembourg , par Finke; ils y trouveront une irritation gastrique bilieuse produisant une fièvre symptomatique ; de même qu’en lisant la description de l’épidémie de Lausanne , par Tissot , ils reconnaîtront une fièvre bilieuse générale et essentielle. M. Gendrin a très-bien fait ressortir celte différence dans son excellent ouvrage qui a pour litre : Nature et cause prochaine des fièvres (tome II). Mais prenons un exemple plus frappant encore pour l’élucidation du sujet qui nous occupe.
Un individu vient de subir une grande opération, l’amputation d’un membre principal, de la cuisse, si vous voulez. Allez observer cet amputé lorsque, les ligatures appliquées et le pansement terminé, on vient de le replacer dans son lit. Il a la fièvre. L’irritation si violente, la lésion si profonde portées par le fer sur les tissus vivants , l’impression de l’air sur les extrémités nerveuses coupées et mises à nu, la douleur, l’activité nouvelle qui commence à se développer dans les parties divisées , en un mot le désordre local si considérable que vient de subir une masse énorme des chairs , etc., etc., tout cela a d’abord violemment ému et perturbé l’organisme ; la lésion de la sensibilité , la douleur locale surtout, a excité syrapathiquementl’appareil circulatoire, et vous trouvez le pouls agité, une chaleur de la peau plus ou moins élevée, de la céphalalgie, delà soif quelquefois, en un mot une stimulation fébrile évidente. Mais tout cela est nerveux , les chirurgiens le savent bien. Du délire peut survenir, délire nerveux encore. Il n’est pas douteux que toute cette excitation générale, cette fièvre, ne soit symptomatique de la blessure, et que celle-ci n’ait engendré sympathiquement l’état fébrile dont est saisi le malade.
Si maintenant vous tiriez du sang à cet individu, pensez-vous que vous le trouveriez modifié dans sa crase, changé dans la proportion de ses éléments, etc. ? Pensez-vous que vous apaiseriez la fièvre symptomatique? D’abord , vous ne constateriez aucun changement dans la constitution du sang. II n’y aurait aucune raison pour cela , rien n’y a été ajouté, rien n’en a été retranché. Ses qualités sont les mêmes. Sa quantité peut toutefois être moindre, si le malade en a perdu beaucoup dans l’opération , et cette hémorragie peut avoir et a presque toujours fait dominer
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dans ce liquide l’élément séreux. Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Jusqu’ici ce stimulus général n’a pas été altéré; il n’y a pas en lui de matière morbifique, de principe nuisible. La fièvre observée est purement symptomatique, et nous savons que, dans ce cas , les appareils fébricitants n’ont pas revêtu le mode fébrile par une lésion de leur stimulus , mais simplement par un retentissement sympathique propagé par l’innervation. En saignant cet individu , vous ne ferez que le rendre plus impressionnable et conséquemment plus susceptible de fièvre sympathique. C’est ce qui s’observe chez les opérés qui ont perdu beaucoup de sang.
Voyez ce malade de nouveau, trois, quatre ou cinq jours après l’opération. Il a encore la fièvre, ou plutôt il a une autre sorte de fièvre. Des produits nouveaux se sont formés sur la surface divisée, maintenant enflammée et suppurante, et autour d’elle, dans un rayon plus ou moins étendu , les tissus sont infiltrés de lymphe plastique et organisable. La circulation étant trèsactive à la circonférence du foyer inflammatoire et dans cette étendue de tissus irrités oit se forme précisément ce fluide plastique, une quantité variable de ce fluide est absorbée, entre dans le torrent de la circulation, se mélange au sang et lui imprime cette crase particulière qu’on appelle diathèse inflammatoire du sang, et qui a reçu récemment de M. Piorry le nom d 'hémiie. Présentée ainsi à tous les tissus , à tous les appareils d’exhalation , de sécrétion, en un mot de la nutrition générale, ce fluide, cette matière morbifique, ce stimulus fébrile et inflammatoire y fait naître une assimilation et une désassimilation anomales et pathologiques, des fonctions extraordinaires et morbides dont le but est l’élaboration etl’évacuation de cette matière morbifique, etqui, enfin, constituent une fièvre inflammatoire essentielle.
On le voit : du moment qu’il y a stimulus matériel, il y a fonction morbide, fièvre essentielle. Ce n’est pas par sympathie que cette seconde fièvre a été produite. Ce ne sont pas les nerfs , mais le sang qui en a transporté et disséminé la cause. Aussi le mode fébrile est-il tout différent de ce qu’il était. La mobilité des sympathies est remplacée par la torpeur du système nerveux. La chaleur est plus fixe, plus uniforme, le pouls plus plein et plus élevé, le malaise plus intime, plus profond et plus général. Les fonctions de relation (excepté les cas de délire) sont dans l’accablement et l’impuissance. Les fluides ex-
hales ou sécrétés ont une autre odeur un aspect plus animalisé et plus dense. Si vous tirez du sang, il se recouvre bientôt d’une couenne inflammatoire, le caillot en est résistant , ia sérosité plus visqueuse. Le malade est soulagé • tous les symptômes fébriles en sont tempérés, etc., etc. Confondrez-vous cette fièvre avec celle qui a accompagné et immédiatement suivi l’opération ? Ce serait absolument comme si vous prétendiez que l’excitation générale et par influx qui résulte de la présence des aliments dans l’estomac , et du travail de la chymification , est la même que l’excitation générale et végétative dont est uniformément et simultanément pénétré tout l’individu, lorsque, la digestion achevée, l’absorption chylifère a mêlé à son sang, et livré à tous ses parenchymes un sang plus stimulant et plus réparateur^ une matière physiologique nouvelle à assimiler, etc. Il faut le répéter jusqu’à satiété , ces deux faits sont essentiellement semblables et assujettis au même mode , à la même loi de génération.
Dans le premier, l’excitation locale d’un appareil par son stimulus physiologique est irradiée à tout l'organisme et partagée sympathiquement par tout le système nerveux ; mais au milieu de celte stimulation de tous les organes, un seul, l’estomac, est stimulé primitivement et essentiellement ; les autres ne le sont que par sympathie et à la faveur de l’unité et de l’indivisibilité de la force vitale, conspiratio una. L’estomac fonctionne et travaille pour tous; il prépare à tous les appareils le stimulus assimilable qui va bientôt leur parvenir ; et tous les appareils, excités sympathiquement par celte suractivité fonctionnelle de l’estomac , entrent eux-mêmes dans un surcroît de mouvement vital pour soutenir l’appareil gastrique et lui prêter en quelque sorte leur secours dans la fonction importante qu’il remplit. C’était la pensée d’Hippocrate lorsqu’il disait de l’estomac : Omnibus dat et ab omnibus accipit. C’est sur ce fait que repose, comme nous le verrons plus bas , la différence qui sépare les phénomènes sympathiques par éréthisme, de ceux que nous étudions maintenant.
Mais voilà que bientôt l’appareil digestif fournit leur stimulus physiologique et assimilable à tous les appareils antérieurs à lui dans l’évolution embryogénique , etc., c’est-à-dire aux appareils de la circulation des sécrétions , des exhalations, des fonctions trophiques et des fonctions vitales communes. Tous ces appareils,
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sous l’influence de ce stimulus, entrent en activité, chacun pour son propre compte, si nous pouvons ainsi dire ; ce n’est plus sympathiquement , mais essentiellement et primitivement que chaque appareil est en travail physiologique. Tous fonctionnent ; et comme ces appareils sont généraux et ont pour cause finale et immédiate la réparation nutritive de tous les tissus, et pour cause finale médiate ou éloignée la conservation de l’organisme vivant, il n’est pas une molécule organique qui ne fonctionne physiologiquement, pas un point de l’organisme qui ne végète et n’exécute primitivement et essentiellement des actes de sensibilité, de contractilité, de caloricité et de plasticité physiologiques.
Voilà la sympathie et l’essen lialité physiologiques clairement distinguées par un exemple dont l’interprétation est simple et ne peut soulever de difficultés.
Dans le second fait , l’irritation et la lésion locales d’une grande étendue de tissus vivants par un stimulus morbifique, un instrument désorganisateur (te fer chirurgical) , cette stimulation locale pathologique est irradiée à tout l’organisme et partagée sympathiquement par tout le système nerveux; mais au milieu de cette stimulation anomale de tous les organes par le système nerveux, une seule partie, la surface amputée, a été irritée primitivement et essentiellement, et continue à l’être par le travail insolite nouveau dont elle devient le théâtre, c’est-à-dire par l’inflammation traumatique. L’excitation morbidecausée localement par cette phlegmasie (mais non la phlegmasie elle-même) est transmise sympathiquement aux autres appareils par la voie de l’innervation , et à la faveur de l’unité et de l’indivisibilité de la force vitale. L’excitation seule est transmise, et non la cause matérielle de cette excitation. Cette cause le sera bientôt, mais par une autre voie et pour produire d’autres phénomènes. Tant que l’excitation seule est propagée, et non sa cause, elle ne détermine et ne peuL déterminer dans le système circulatoire et ailleurs que des troubles de la contractilité et de la caloricité, ce qui suffit pour produire une fièvre nerveuse ou sympathique, mais non, comme nous le savons, une fièvre essentielle, qui demande, pour première et unique condition d’existence, un stimulus ou une matière morbifiques.
Celle condition ne se fait pas attendre longtemps : elle s’est réalisée dans la partie enflammée et autour d’elle. Une matière morbifique
est incessamment absorbée dans les tissus qui environnent la surface traumatique , et ainsi se trouve mis en contact avec tous les appareils généraux de l’assimilation un stimulus anomal, une matière qui va y provoquer des actes d’assimilation et de désassimilation pathologiques. Tous ces appareils, sous l’influence de ce stimulus, entrent en activité chacun pour son propre compte. Ce n’est plus sympathiquement mais essentiellement ci idiopathiquement, que chaque appareil est en travail pathologique. Tous fonctionnent , et comme ces appareils sont généraux et ont actuellement et accidentellement pour cause finale immédiate l’élaboration interstitielle d’un sang vicié et l’élimination d’une matière morbifique , et pour cause finale médiate ou éloignée la conservation de l’organisme vivant , il n’est pas une molécule organique qui ne fonctionne pathologiquement , pas un point du corpsqui ne végète et n’exécute primitivement, idiopathiquement et essentiellement, des actes de sensibilité, de contractilité, de caloricité et de plasticité pathologiques. Il y a maintenant fièvre inflammatoire générale et essentielle, comme plus haut il y avait nutrition interstitielle et générale.
Voilà la sympathie et l’essenlialité pathologiques ou fébriles clairement distinguées par un exemple dont l’interprétation est simple et ne peut soulever de difficultés.
Si , par le fait d’une constitution médicale particulière , de l’entassement des blessés dans la salle d’hôpital où est couché notre amputé , ou encore par une viciation du pus de la plaie par le contact de l’air aidé de quelques circonstances individuelles ou ambiantes mal connues, etc., etc., une suppuration séreuse, grisâtre et fétide, des produits de mauvaise nature étaient absorbés à la surface de la plaie et infectaient ainsi le sang, au lieu d’une fièvre franchement inflammatoire, on observerait une fièvre inflammatoire putride ou même d’emblée putride , sidérante et comme pestilentielle. Et cette différence entre la fièvre franchement inflammatoire de tout à l’heure et la fièvre putride actuelle, tient uniquement à la différence de nature des matières morbifiques. On peut s’en assurer en injectant dans les veines d’un animal ces deux sortes de matières. Voilà un fait qu’on n’expliquera jamais dans l’hypothèse du physiologisme; car la stimulation pure et simple, comme on la veut dans cette doctrine, ne peut varier que d’intensité, et jamais de nature. Or, entre une fièvre
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inflammatoire primitive et une lièvre putride primitive , il y a , non pas différence d’intensité , mais différence de qualité dans les stimulus.
Si maintenant nous nous transportons dans le domaine de la pathologie interne, les faits et leurs lois de génération ne changeront pas , au moins fondamentalement.
Autrefois on disait: une fièvre péripneumonique , une fièvre pleurétique , une fièvre cérébrale, une fièvre rhumatismale , varioleuse , miliaire, rubéoleuse, scarlatineuse , érésipélateuse, etc., etc. Aujourd’hui on dit: une péripneumonie , une pleurésie , une méningite , un rhumatisme, une variole, une rougeole, un érésipôle, etc. Toute la différence si prodigieuse qui sépare l’école de Paris de l’école hippocratique, gît dans la différence en apparence si insignifiante de ces dénominations. Les mots ont plus d’importance qu’on ne croit. Dans ce changement , où est le progrès tant vanté ?
Ce progrès consiste à croire que la fièvre qui a précédé un érésipèle de la face est symptomatique de cet érésipèle ; que la fièvre qui a précédé un rhumatisme articulaire, ou qui est de même date que lui , est symptomatique de cette arthrite aigue ; de même pour l’angine, de même pour la péripneumonie , etc. ; et ce qu’il y a de plus singulier , c’est qu’on ne croit pas cela de la variole et des autres fièvres exanthématiques. On veut bien accorder que, dans ces maladies, la fièvre dite d’incubation n’est pas symptomatique des phlegmasies cutanées ou catarrhales qui se développent plusieurs jours après elle. Mais une fois sorti delà variole, de la rougeole et de la scarlatine , on le nie pour toutes les autres affections fébriles et inflammatoires aiguës. Nous ne connaissons rien qui atteste à un degré plus fort l’empirisme , l’absence totale de principes , de croyances, d’idées, que cette distinction irrationnelle , fortuite et irréfléchie !
Dans les maladies aiguës du domaine de la clinique interne, les fièvres symptomatiques, telles que nous les concevons et telles que nous avons prouvé qu’il fallait les concevoir, sont assez rares. Presque toujours la fièvre qu’on observe dans ces affections ( surtout lorsqu’elle a quelque intensité et quelque gravité) est essentielle , soit primitivement, soit consécutivement. Nous avons en effet démontré que toute phlegmasie non traumatique , non produite par des causes externes agissant mécaniquement ou chimiquement, était due à une matière morbifique lentement formée dans l’organisme ou résultant
tout à coup de la suppression d’une évacuation habituelle par une cause extérieure , comme le froid , etc. ; ou bien encore , dans d’autres circonstances très-spéciales, de l’absorption de matériaux nuisibles, hétérogènes, ou de virus, etc.; qu’en un mot il y avait toujours, dans ces cas, l’action d’une matière morbifique, d’une épine irritante ou inflammatoire.
Lorsque cette matière est très-abondante et doit produire une ou plusieurs phlegmasies considérables et très-aiguës, il y a presque toujours, on peut même dire toujours, ou une fièvre préalable ou tout au moins un état général qu’on appelle période de prodromes ou d’opportunité, et dans les fièvres exanthématiques spécifiques , appelé période d’incubation. Cette fièvre est bien incontestablement essentielle , et nous savons pourquoi. Quand elle n’existe pas , on observe à sa place un malaise général , une courbature, de l’insomnie , de l’inappétence , en un mot, cet état difficile à décrire qui précède les maladies aiguës et que nous avons fait connaître plus explicitement (page 135), en exposant le tableau général d’une fièvre essentielle. Dans ces cas , on voit la phlegmasie débuter sans fièvre préalable proprement dite , mais à la suite d’une durée plus ou moins longue de cette période d’opportunité générale. Alors , peu de temps après le développement de l’inflammation , une fièvre violente s’allume qui a tous les caractères d’une fièvre essentielle consécutive, c’est-à-dire d’une fièvre produite par l’absorption de lymphe plastique organisable autour du foyer inflammatoire. Ou bien , cette fièvre se déclare très-peu de temps avant l’inflammation, ou simultanément ; el alors elle est due à ce que la matière morbifique, l’hémite , la diathèse couenneuse du sang (en supposant qu’il s’agisse d’une fièvre inflammatoire) , a déterminé la réaction fébrile essentielle en même temps que la réaction d’une portion des tissus vivants irrités par une infiltration interstitielle de la matière morbifique, c’està-dire en même temps qu’une inflammation.
On voit donc que , soit primitivement , soit consécutivement, la fièvre est dans ces cas presque toujours essentielle, car le stimulus morbifique qui peut produire une vaste inflammation peut bien déterminer une fièvre idiopathique ou essentielle.
Dans les fièvres exanthématiques, on voit celte fièvre tomber lorsque l’éruption est achevée , parce que la matière morbifique est entièrement évacuée. Puis, comme cela s’observe dans la
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variole légitime, au troisième ou quatrième jour de l’éruption , alors qu’une auréole inflammatoire vient à entourer chaque pustule , et que la suppuration éliminalrice commence à se former, il se déclare un mouvement plus ou moins aigu de fièvre symptomatique qui tombe bientôt et n’est même que très-peu marqué chez la plupart des sujets. Quant à la fièvre qui dans les varioles confluentes persiste même après l’éruption, malgré l’opinion générale , nous ne la croyons pas symptomatique , parce que nous ne pensons pas que dans ces sortes de varioles l’éruption confluente de la face consomme et achève l’évacuation de la matière morbifique , laquelle se continue par la salivation ou la diarrhée. Du reste, dans les varioles discrètes où une nombreuse quantité de pustules est répandue uniformément sur tout le corps , la fièvre tombe après l’éruption , et certes dans ces cas la phlegmasie cutanée est bien aussi étendue et aussi profonde que dans certaines varioles confluentes qui ne sont telles que parce que sur la face les pustules se confondent, tandis qu’elles sont ou peuvent être très-rares sur tout le reste de la surface cutanée.
Dans la période de suppuration des varioles confluentes , lorsque cette période est longue , laborieuse, que des clapiers ou des décollements de la peau se forment ainsi que des abcès multiples , il peut s’opérer des résorptions purulentes qui donnent lieu à une autre forme de fièvre, toujours essentielle, mais purulente ou putride , en raison de la différence du stimulus morbifique.
On peut dire, en général, que les fièvres symptomatiques des phlegmasies ne se rencontrent guère que lorsque dans ces phlegmasies prédomine l’élément douleur. Ainsi, on voit les inflammations de cause interne les plus étendues , les plus aiguës, ne donner lieu à aucune fièvre symptomatique, parce qu’elles sont indolentes ; tandis qu’un petit panaris, une brûlure au premier degré , en un mot une phlegmasie de peu d’étendue , mais très-douloureuse , produisent une fièvre symptomatique des plus intenses avec céphalalgie, délire même, etc.; et ce fait comparé est, parmi tous les faits de la pathologie , celui qui est le plus digne d’arrêter un esprit observateur et de convertir à l’hippocratisme, par exemple, un médecin imbu des idées modernes. Quoi en effet de plus significatif, de plus frappant que cette observation ! Voilà deux individus: l’un a toute lu surface cutanée envahie par une inflammation pustuleuse profonde , une inflam-
malion avec suppuration , phlegmoneuse, affectant toutes les couches du derme; cette inflammation est rutilante, active, des plus aiguës, etc., et l’individu est sans fièvre, son pouls est calme, souvent très-lent ; il mange et se lève , dort bien , en un mot ses fonctions générales et particulières ne sont en rien troublées par l’effroyable phlegmasie dont tout son corps est couvert. Bien plus, une fièvre préalable très-forte est tombée quand cette immense phlegmasie cutanée est apparue, et le salut du malade est d’autant plus assuré, que cette inflammation est plus active, plus soutenue; si elle pâliL ou se résout, les jours du malade sont menacés. Remarquons que cette phlegmasie est indolente.
A côté de lui est un autre individu affecté d’une brûlure au même degré de profondeur , à un degré même beaucoup moindre , et surtout dans une étendue d’un pied carré par exemple , ce qui est beaucoup pour une brûlure , mais ce qui est très-peu en comparaison de l’immense surface envahie par l’inflammation varioleuse. Cet homme est cependant en proie à une fièvre démesurée, fièvre purement symptomatique, car la phlegmasie cutanée n’a pu encore fournir aucun produit à la résorption, et souvenl même, en raison de sa superficialité , elle n’en fournira pas. La fièvre est donc intense ; du délire s’empare fréquemment du malade, la mort quelquefois (nous l’avons vu dans deux cas de brûlure au premier et au second degré n’occupant pas plus d’un pied à un pied et demi carré de surface) est le terme des douleurs atroces , des convulsions et même du tétanos qui se sont déclarés après cette brûlure. On peut en dire autant de certaines piqûres, de plaies de la plante du pied par des instruments piquants, de déchirures ou sections incomplètes de branches ou de filets nerveux , etc.
Pourquoi cette si profonde différence ? On voudra l'expliquer par des surfaces nerveuses attaquées , irritées dans un cas et respectées dans l’autre ; mais on ne fait que reculer la difficulté; car pourquoi cette sorte de siège électif, d’affectation en quelque sorte de la phlegmasie de cause interne , de respecter les filets nerveux , etc. ? Toujours est-il que les inflammations dites spontanées ou par épine métaphysique sont presque toujours indolentes , et ne causent (pas même toujours) que delà gêne et un sentiment de malaise et d’incommodité dans la partie enflammée ; que les fièvres s7»tj3/oma%ttesousympalhiques de ces inflammations sont très-obscures ou même
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milles ; tandis que les phlegmasies de cause externe , surtout lorsqu’elles affectent les surfaces de rapport , sont horriblement douloureuses, et produisent des fièvres sympathiques très-violentes. Nous défions qu’on rende un compte satisfaisant de celte différence, si on ne considère pas les inflammations de cause interne du point de vue d’une fonction pathologique.
C’est a la suite des réflexions que nous ont inspirées ces deux ordres de faits comparés, qu’il y a cinq ans nous avons commencé à sortir de la voie stérile, oiseuse et sans issue de l’organicisme et du physiologisme.
Dans les maladies aiguës et inflammatoires que nous offrent tous les jours nos cliniques médicales, la fièvre est donc très-rarement symptomatique. Quand elle existe, elle est légère et jamais grave , à cause de l’indolence habituelle des phlegmasies de cause interne , laquelle absence de douleur ne permet pas de fièvre symptomatique bien intense. Une preuve de cela , c’est que toutes les fièvres concomitantes de ces phlegmasies aiguës , comme dans les pneumonies , les pleurésies , les rhumatismes , les érésipéles, etc., offrent en elles-mêmes les caractères des fièvres essentielles, savoir , la chaleur végétative fixe , l’accablement, l’impuissance des fonctions de relation , la sécheresse des membranes muqueuses, l’altération de leurs produits , ainsi que de l’odeur de la sueur et de l’haleine des malades , la qualité des urines , l’ état couenneux du sang , les modes de terminaison de la fièvre, etc., toutes circonstances qui indiquent l’élaboration d’une matière morbifique et l’accomplissement d’une fonction pathologique de la part des appareils de l’assimilation générale ; car ces circonstances ne s’observent et ne peuvent jamais s’observer dans une fièvre sympathique, où , le sang n’étant pas changé dans sa composition, il ne saurait y avoir lieu à des lésions dans ses produits ni dans les forces chargées de l’assimiler.
Dans ces fièvres inflammatoires accompagnées de diverses plegmasies , comme celles qui naissent au printemps par la suppression des fonctions de la peau , etc. , et dans lesquelles le fait le plus important et le plus caractéristique est cet état inflammatoire et couenneux du sang, on ne peut méconnaître ni l’accomplissement d’une grande fonction pathologique , ni par conséquent refuser une raison d’activité très-évidente aux phénomènes fébriles qui se développent. En effet , supposons que , sans tirer de sang à un de
ces malades, vous l’abandonniez h lui-même, en ayant seulement soin de le tenir à la diète de lui fournir des boissons délayantes et d’écarter de lui toutes les influences nuisibles. Deux ou trois jours après l’invasion de la fièvre (qu’elle soit péripneumonique ou rhumatismale peu importe), soustrayez-lui une once de sang seulement, pour vous assurer que sa crase est singulièrement modifiée, et qu’il contient une très-grande proportion de couenne, c’est-àdire d’albumine de la sérosité de ce sang trèsconcrète et passant à l’état fibrineux; car la couenne pleurétique vient de la partie séreuse du sang, et non de sa partie fibrineuse.
Au bout d’un , deux ou trois septénaires de fièvre , cet homme entre en convalescence. Vous lui (irez du sang , et alors ce liquide vous paraît rendu à ses conditions normales. Il n’y a plus de couenne. Le caillot est même peu résistant, la sérosité assez ténue et abondante; en un mot, c’est le sang moyennement riche d'un individu bien portant. Qu’est devenue cette matière fibrineuse? Les anciens disaient qu’elle avait élé atténuée , élaborée, digérée par le mouvement fébrile , puis évacuée peu à peii ou en masse par divers émonctoires. Telle est la fonction morbide , tel est le but d’activité; et nous ne voyons pas de quelle manière on pourrait expliquer cette disparition de la matière couenneuse, cette réintégration du sang dans ses qualités physiologiques , si ce Ji’est en étudiant le fait du point de vue hippocratique où nous nous sommes placés.
Les crachats , les sueurs , les selles , évacuent cette matière lorsqu’elle a été suffisamment atténuée , cuite par les forces plastiques des appareils généraux de l’assimilation. Les urines surtout s’en chargent abondamment. Tels sont ces dépôts qu’observait déjà Hippocrate , d’une matière crémeuse , homogène ou comme pulvérulente que nous voyons encore tous les jours dans les urines et qui se rapproche beaucoup de la nature du pus. Voilà un des faits les plus intéressants de la pathologie et qu’avait admirablement saisi et analysé Ouesnay , dont les recherches sur le sang, la fièvre, les inflammations, etc. , sont pleines de si excellentes remarques , de si profonds aperçus; Quesnay , observateur trèsdistingué , et dans les œuvres de qui un célèbre énumérateur, le chef de l’école cnidienne moderne, M. Louis, n’a rien pu trouver que des choses pitoyables et indignes de figurer dans ce chef-d’œuvre de scepticisme et d’empirisme si
dangereux qu’il a publié il y a quelques années, sous le titre de Recherches sur les effets de la saignée , etc.
Celle fonction d’une fièvre angèiotènique qui a pour but d’aetivité l’élaboration , l’atténuation et l’élimination de la matière inflammatoire et la résolution de Vhèmite , cette fonction suppose les évacuations critiques , et on ne peut observer de ce point de vue sans admettre la doctrine des crises. Et pourquoi les rejeter? Nier les crises, c’est nier la pathologie , de même que nier les évacuations physiologiques , espèces de crises normales, c’est nier la physiologie. 11 est impossible d’avouer les lésions des stimulus (c’està-dire de ce qui doit être assimilé par le support) sans avouer les crises. Les stimulus, dans l’état normal , sont louables , assimilables ; les évacuations sont telles. Dans l’état pathologique, dans les fièvres essentielles , les fonctions morbides , les stimulus , au contraire , sont impropres, inassimilables ; les évacuations sont modifiées dans la même proportion. Voilà la notion de la crise. Mais on s’attache à la lettre et on méprise l’esprit. On veut des jours décrétoires , des jours pairs, des jours impairs, des jours indicateurs, des jours critiques, etc. Nous ne voulons pas nous engager dans cette discussion et chercher jusqu’à quel point nos habitudes thérapeutiques, nos temps et nos lieux, nous permettent de décider la question des jours critiques. Quant à la question générale des crises , elle ne peut guère être mise en doute par un observateur libre; car elle se réduit à constater si, dans les fièvres , les évacuations , les exhalations , les sécrétions , fournissent des liquides pathologiques , des produits autres que ceux de la santé. Si on répond affirmativement, la question des crises est jugée.
Mais il n’y a jamais de crises dans les fièvres symptomatiques. Pour qu’il y ait crise , il faut une fièvre essentielle , ou une fièvre qui ait pour principe déterminant un stimulus, une matière morbifique , c’est-à-dire qu’il faut une fonction morbide. Et si nous avions besoin de nouvelles preuves pour affirmer l’existence de ces fièvres, nous les trouverions irréfragables dans le fait évident des modifications très-sensibles et souvent profondes que présentent dans le cours et surtout vers la terminaison des fièvres essentielles tous les produits des sécrétions et des exhalations. Dans les fièvres sympathiques, on n’observe rien de tout cela. La contractilité et la caloricité des appareils assimilateurs a été sti-
mulée , exagérée; les liquides contenus dans les vaisseaux, etc., ont été agités, mus plus rapidement; ils ont subi des changements de situation, mais aucun changement de nature. Les forces plastiques n’ont pas été modifiées, car elles n’ont pas eu d’autre objet, d’autre stimulus à élaborer. Les évacuations ont pu être plus abondantes en raison de la suractivité des phénomènes vitaux, mais elles n’ont pu être autres. Lorsqu’il y a des altérations de nature dans les produits , il faut qu’il y en ait eu dans les stimulus. Nous avons plus haut (page 178) déduit cela des expériences qu’on peut faire et qu’on a souvent faites sur les animaux. Excitez à votre gré le système circulatoire , produisez pendant aussi longtemps qu’il vous plaira une fièvre sympathique en excitant de toutes manières et par la voie des sympathies le système nerveux, etc., et jamais vous n’observerez de changements dans les produits des exhalations et sécrétions ; jamais vous ne produirez de crises. Un peu de matière hétérogène injectée dans le système circulatoire va aussitôt produire une fièvre essentielle, une fonction morbide. Les produits de la désassimilation vont subir des modifications remarquables, et vous aurez de véritables crises.
Voilà ce que dit l’observation. Que penser après cela de cette pyrélologie moderne, qui veut faire de toute fièvre une irritation de la membrane interne du cœur et des gros vaisseaux? Nous savons maintenant ce que c’est qu’une irritation. Nous savons que c’est un état des tissus vivants qui ne peut être produit que par le contact d’un stimulus irritant et matériel. Une irritation de la membrane interne du cœur ou des gros vaisseaux, une endo-cardite , une endo-angile , suppose donc toujours la présence d’une matière morbifique; et quand, dans le cours d’une fièvre, on observe ces irritations , la fièvre n’en est pas le résultat , mais elle est produite par la même cause matérielle qui a déterminé les irritations en question. Au reste, il est impossible de concevoir comment une irritation de la membrane interne du cœur peut, par ellemême , donner lieu aux fièvres en tète desquelles on la place. Une telle irritation peut imprimer au cœur, à tout le système artériel, des mouvements plus rapides et plus énergiques; mais jamais celle activité plus énergique dans les contractions du cœur n’a été une fièvre. Le supposer, c’est commettre un de ces lapsu s d’observation dont le plus petit instant de réflexion devrait faire repentir. Une rapidité accrue dans
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le cours du sang (et nous le répétons , une irritation du cœur ne peut produire que cela) n’est pas plus une fièvre inflammatoire , qu’une circulation capillaire et aréolaire plus active n’est une inflammation.
Pour soutenir cela, il faut fermer les yeux ù ce qui se passe au début d’une fièvre. Ce n’est pas par le grand appareil circulatoire que l’état fébrile commence. Plusieurs jours souvent avant que cet appareil soit surexcité , le malade éprouve des symptômes généraux qui ne relèvent en rien d’une lésion qui puisse lui èlre rapportée. Nous avons vu que les fièvres essentielles générales suivaient dans leur évolution, et dans l’ordre selon lequel les appareils y participent , la même hiérarchie que ces appareils ont suivie dans leur développement soit embryonnaire, soit zoologique. Ainsi les fièvres inflammatoires, les fièvres avec hémite , débutent , comme nous l’avons montré plus haut ( voir la page 142 ) , dans l’appareil cellulaire considéré en tant que siège de cette exhalation de sérosité ténue qui humecte toutes ses aréoles, toutes ses cavités. C’est dans la concrescibilité plus grande de cette matière séreuse (qui représente le sérum du sang dont elle ne diffère en rien), dans la tendance de l’albumine qu’elle contient à passer à l’état fibrineux , que consiste l’état inflammatoire et couenneux du sang.
Ces faits généraux rappelés à la mémoire, suivons le mode de développement d’une fièvre inflammatoire franche, soit que le parenchyme pulmonaire, soit qu’une surface séreuse , etc. , doive devenir le siège de la phlegmasie qui se déclarera.
Par une cause quelconque , mais surtout sous l’influence du froid à certaines époques de l’année , l’exhalation cutanée est diminuée ou supprimée. Quelques heures ou quelques jours après cet accident , une fièvre inflammatoire péripneumonique ou rhumatismale , etc., se développe. Que s’est-il passé? L’évacuation d’une matière excrémentitielle a été empêchée. Quelle est cette matière ? C’est le même liquide que celte sérosité dans laquelle nagent les globules fibrineux et cruoriques du sang ; le même liquide encore que cette sérosité dont sont humectés et le tissu cellulaire et les cavités séreuses , qui ne forment ensemble qu’un seul et même système organique. Remarquons bien ces données et ne les oublions pas.
Voilà donc la sérosité du sang modifiée et altérée par son mélange avec une matière qui
devait en être éliminée et ne peut par conséquent faire partie du fluide nourricier, ni séjourner dans l’organisme sans que d’autres émonctoires physiologiques s’ouvrent pour l’expulser, ou sans qu’une fonction pathologique ou une fièvre essentielle s’opère dans le même but. Nous en savons la nécessité. Or ce but est atteint de plusieurs manières.
Il arrive souvent que l’individu qui a senti sa transpiration cutanée se supprimer, cherche à la rappeler au moyen du repos, de la chaleur et de boissons chaudes diaphoréliques. Chacun connaît et pratique instinctivement cette médecine domestique , et on sait combien elle est efficace et prévient de maladies. Un autre s’oppose à ce que la sueur dont son corps ruisselle ne se refroidisse et n’agisse ainsi comme un répercussif. Il s’essuie, se couvre d’un vêtement de flanelle bien sec , etc. Tout cela ne constitue jusqu’ici que de la prophylaxie. Mais supposons qu’aucune de ces précautions n’ait été prise , ou que leur but n’ait pas été rempli; la fonction pathologique, la fièvre essentielle, peut être de plusieurs modes.
Ainsi l’on voit très-souvent, après un refroidissement de la surface du corps en sueur, un individu être pris de malaise et d’inquiétude générale , puis bientôt et subitement d’un frisson violent avec claquement des dents et tremblement convulsif de tous les membres ; on le place dans un lit très-chaud; on l’accable pour ainsi dire sous le poids des couvertures ; on combat la violence du frisson en appliquant à ses pieds des corps chauds ; il prend abondamment des boissons théiformes à une haute température. La réaction s’établit. Toute la peau s’injecte; une céphalalgie horrible , un brisement douloureux des membres, un accablement profond et une chaleur brûlante s’emparent de tout le corps , etc.; puis , tout à coup , la peau s’humecte et toute la surface est bientôt baignée d’une sueur abondante et chaude qui mel fin à la fièvre essentielle éphémère et consomme la fonction pathologique par le rétablissement extraordinaire de l’évacuation supprimée.
Mais tous ne sont pas aussi heureux. Il en est qui , sous l’influence de la même cause, ne sont pas immédiatement, comme le précédent, saisis d’un frisson avec tremblement, d’une fièvre éphémère et d’une sueur critique. II se passe un temps plus long entre le moment de la suppression de transpiration et celui de la fonction pathologique. L’individu y prélude par une période
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d’incubation ou d’opportunité plus longue. Les lassitudes spontanées, la faiblesse, le malaise intime et indéfinissable , s’établissent plus lentement. Il y a des frissonnements vagues , un état vicieux et anomal du tact général qui n’existe nulle part en particulier , mais partout à la fois, et ne peut résulter que d’une lésion portant sur l’appareil organique le plus général, le plus disséminé, et on sait que c’est le tissu cellulaire. La sérosité du sang est le stimulus propre de cet appareil ; c’est par lui qu’elle est assimilée; elle lui fournit les matériaux de son développement et de sa conservation ; le tissu cellulaire enfin est l’appareil qui s’assimile la partie séreuse, la partie lymphatique du sang; il y puise son aliment , comme la substance propre des muscles puise le sien dans les globules fibrineux et cruoriques du même liquide, etc. Nous trouverions , si c’était ici la place d’une pareille digression , toutes les preuves de cette assertion dans l’anatomie comparée des liquides organiques.
Lorsque celte sérosité est altérée , comme nous venons de constater qu’elle l’est par l’obstacle que le froid met à sa dépuration incessante par i’émonctoire cutané , c’est l’appareil dont elle est le stimulus propre qui doit en être le premier lésé. Or cet appareil est le système cellulaire général qui existe partout sous diverses formes. Au lieu de recevoir un stimulus normal, il reçoit un stimulus anomal qui , pendant la période d’incubation, s’est multiplié, s’est suranimalisé comme toutes les matières excrémentilielles retenues intempestivement dans le sang. Cette matière morbifique a stimulé anomalement l’appareil cellulaire , et il en est résulté cette lésion du tact général , ce malaise profond et diffus comme 'l’appareil dans lequel il réside, et qui lèse tous les instincts , tous les appétits organiques. Le mode de la calorification intime a été altéré, et cette lésion fonctionnelle s’annonce d’abord par une dépression de la chaleur végétative, un frisson qui, pathologiquement, a les caractères du frisson physiologique que nous avons constaté appartenir à une modification de la force de calorification végétative dans nos recherches sur ce phénomène ( voir à la page 115 ).
Bientôt cet appareil commun à toute l’économie réagit , et dès lors commence la fièvre essentielle, la fonction pathologique. Une chaleur végétative autre et plus intense se développe avec tous ses caractères; les fonctions assimilatrices générales ont un but d’activité morbide, parce qu’elles ont à élaborer un stimulus ou une
matière morbifique. Ce stimulus morbifique, c est la sérosité du sang devenue plus animalisée , plus plastique et plus organisable à la suite de la suractivité morbide de l’appareil dont elle est le stimulus propre et qui par son travail insolite lui a imprimé cette crase particulière, cette concrescibilité plus grande et cette qualité fibrineuse qui constituent ce qu’on appelle la couenne phlogistique du sang. Celte matière a plusieurs degrés , depuis la viscosité accrue de la sérosité jusqu’au fluide plastique et organisable qui forme les concrétions albumino-fibrineuses qu’exhalent les toiles séreuses enflammées , et donne lieu aux fausses membranes et aux tissus de cicatrice. La fièvre inflammatoire générale peut former et réaliser les premiers degrés de ces produits. L’inflammation seule a la puissance de former les derniers.
Ainsi donc, le stimulus de l’apareil général des fonctions vitales communes, la partie blanche et séreuse du sang, est modifiée , anomale. L’appareil entre conséquemment en fonction pathologique , en fièvre essentielle , et de cette réaction universelle qui constitue le début de la fièvre inflammatoire résulte celte concrescibilité plus grande de la sérosité du sang qui , lorsqu’on laisse reposer une partie de ce liquide tiré de la veine, donne lieu à la couenne dite phlogistique.
Maintenant souvenons-nous de notre loi de génération des phénomènes et des fonctions, tant dans l’ordre pathologique que dans l’ordre physiologique : un appareil quelconque ne puise jamais son aptitude fonctionnelle et n’a jamais sa raison d’activité dans un appareil qui lui est postérieur dans l’évolution embryogénique et dans l’échelle zoologique : au contraire, il puise toujours l’une et l’autre dans l’appareil qui l’a immédiatement précédé, etc.
Dans l’état physiologique , le cœur et le système artériel ont leur raison d’activité dans les vaisseaux capillaires , ceux-ci dans les exhalants et les sécréteurs, ceux-ci enfin dans l’appareil des fonctions vitales communes. L’aptitude fonctionnelle du système de la grande circulation lui vient de tous ces appareils antérieurs à lui en existence. C’est pour eux , c’est pour leur fournir les stimulus qu’ils ont à assimiler que le cœur entre en action. Tant que leurs fonctions sont normales , c’est-à-dire s’exercent sur un stimulus physiologique, l’activité du centre circulatoire n’a aucune cause capable de modifier sa fonction et ses
a une raison d’activité , puisque la condition d’un stimulus est présente. L’absence ou l’existence de cette dernière condition jette un abîme entre la nature , le pronostic et le traitement de ces deux ordres de fièvres ; et nous croirons avoir rendu à la science et ù l’art de guérir un service important , si nous sommes parvenus à inculquer celte distinction dans les esprits. Un pareil résultat serait tout autrement signalé et utile que le diagnostic différentiel de deux bruits cardiaques dont, l’un annoncerait une lésion de l’orifice auriculo-ventriculaire gauche, et l’autre une lésion de l’orifice aortique ; et que mille autres subtilités du diagnostic anatomique, etc., etc. Car, en définitive , où est le bienfait pratique, où est la valeur thérapeutique de toutes ces puérilités scientifiques qui absorbent l’esprit des fauteurs de la médecine exacte ? Aussi leurs méthodes curatives reposent-elles entièrement sur l’empirisme et sur le numérisme, deux vices qu’on trouve toujours réunis parce qu’ils découlent de la même source.
Dans notre division des fièvres ou des maladies , nous avons établi d’abord deux grandes classes ( voir la page 277 ) comprenant , l’une les maladies synergiques, idiopathiques , essentielles ou avec matière ; l’autre les maladies non synergiques, nerveuses ou sans matière; puis nous avons subdivisé cette seconde classe en deux genres , le premier pour les maladies ou les fièvres symptomatiques ou sympathiques ; le second pour les affections ou fièvres spontanées. Nous avons fait connaître, autant et peut-être
(1) A la page 278 , nous avons dit que les maladies nerveuses ou sans matière étaient spontanées , sympathiques et par éréthisme. Le lecteur pourrait donc croire qu’en ne traitant pas spécialement des affections sans matière par éréthisme, nous commettons un oubli réel, ou qu’il y a une lacune dans notre systématisation. Il n’en est rien pourtant. Les affections nerveuses par éréthisme forment une dépendance, une espèce particulière des affections sympathiques. Toutes deux sont engendrées par le même mécanisme et suivant le même mode. Seulement chez les sujets affectés de cette impressionnabilité plus grande à l’action des stimulus qu’on nomme éréthisme, susceptibilité morbide qui , le plus souvent , naît de la soustraction intempestive et trop prolongée d'un appareil à scs stimulus propres , les sympathies sont trèspromptes à s’émouvoir , et tout cela est le résultat d’une disposition faible et trop excitable de la sensibilité, qui, impressionnée d’une manière disproportionnée avec l'action des stimulus , même normaux ,
plus longuement qu’un ouvrage comme celui-ci ne le comporte, la nature et les caractères généraux des maladies ou des fièvres de la première classe. Ensuite, abordant celles que renferme la seconde classe , nous avons défini et exposé ce qu’il faut entendre par maladies ou fièvres symptomatiques ou sympathiques. Pour achever I ce qui complète cette dernière classe , il nous ! reste donc à établir la notion générale des affee- i lions spontanées et à indiquer leurs caractères fondamentaux , leur mode d’étiologie et leur loi de génération. C’est ce que nous allons faire i aussi succinctement que possible (1).
La physiologie nous a présenté à observer, dans tout appareil organique comme dans l’or- j ganisme entier , trois ordres de phénomènes j capitaux : 1° des phénomènes synergiques ; j 2° des phénomènes de consensus, d’association, j de sympathie; 3° des phénomènes de spontanéité I vitale. L’appareil digestif , dans la succession et j l’accomplissement de ses opérations, nous ai résumé et montré ces trois ordres de faits, lll nous a offert les premiers , lorsqu’un stimulus normal , un aliment lui étant donné, l’opération synergique de la chymification a été le résultat de l’exercice de la sensibilité, de la contractilité et de la caloricité de l’estomac sur ce stimulus ; les seconds, lorsque la suractivité fonctionnelle de l’estomac a eu , par le moyen du système nerveux et des associations sympathiques, excité plus ou moins tous les autres appareils organiques , mais d’une manière toute dynamique et en l’absence de leurs stimulus propres , c’est-à-dir<j I
propage les impressions avec une facilité funeste, eî provoque ainsi des troubles exagérés de la contractil lité et de la caloricité, des douleurs, des spasmes ej des vapeurs. Chez ces personnes, les fièvres sympa thiques sont déterminées par les influences les plu naturelles et les plus insignifiantes; mais en défini tive , on voit que les affections nerveuses par ért : thisme ne sont que des affections sympathiques pre duites par des causes qui, en raison de la susceplibilil plus grande de la sensibilité des sujets , suscitent d( anomalies nerveuses et des retentissements de phe nomènes spasmodiques, lesquels ne sont pas en rappoi avec l’intensité des influences qui ont agi sur l’ind vidu. Nous pourrions ajouter beaucoup de chos< nouvelles à ce que nous avons dit de cette espèce c I maladies sympathiques dans notre 2e part. , à l'artic 1 de la médication tonique; pourtant si on veut se r i porter à ce travail , on y trouvera tout ce qui est m j ccssaire à l'intelligence de la chose.
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en n’excitant que leur sensibilité , leur contractilité et leur caloricité, mais non leur force plastique ou assimilatrice ; les troisièmes enfin , lorsque l’organisme étant dans le besoin de nouveaux matériaux d’assimilation et de réparation , l’appareil digestif, l’estomac surtout, sensorium commune du sens vital , et centre chargé de résumer et de faire connaître en quelque sorte par des sensations sut generis l’état de besoin ou de saturation des appareils de la nutrition, lorsque l’estomac, disons-nous, entre alors spontanément en action et exécute des actes de sensibilité , de contractilité , etc. , en l’absence et de tout stimulus alimentaire, et de toute provocation sympathique.
La pathologie doit nous représenter ces trois types de phénomènes ; et en effet, cette division appliquée à la science des maladies nous a fourni le cadre nosologique le plus pratique et le plus complet.
Les maladies synergiques et avec matière, les fièvres essentielles, les fonctions pathologiques que nous avons étudiées, sont de même ordre que les synergies physiologiques , que les fonctions normales composées d'un appareil complet, savoir, d’un principe, d’un moyen et d’une fin. La différence du stimulus ou principe, normal et assimilable dans un cas, morbifique et inassimilable dans l’autre, constitue toute la distance qui sépare ces deux ordres de phénomènes vitaux, c’est-à-dire la santé de la maladie.
La notion des maladies sympathiques, comme on a pus’en convaincre, repose sur le même ordre de faits , sur le même mode de génération que les phénomènes d’association et de consensus physiologique. Seulement , dans la pathologie, les retentissements sont morbides et constituent des lésions de la sensibilité , de la contractilité et de la caloricité, ou des douleurs , des spasmes et des fièvres nerveuses locales ou générales j tandis que, dans la j»hysiologie , ces retentissements sont naturels et ne font qu’attester l’unité et l’indivisibilité nécessaires de la force vitale. Celte différence a pour seule cause, dans le premier cas, une sensation anomale ou pathologique sympathiquement propagée ; dans le second, une sensation normale ou physiologique ressentie par consensus dans une autre partie.
Il faut donc encore que nous retrouvions dans la pathologie un ordre de faits qui réponde au troisième type de phénomènes que nous a offerts la physiologie, savoir , un ordre de manifesta-
is
lions d’activité morbide ou de phénomènes pathologiques spontanés. Il faut que , de même que la santé présente au physiologiste des actes vitaux synergiques, sympathiques et spontanés, la maladie présente au pathologiste des actes vitaux synergiques, sympathiques et spontanés.
Il est nécessaire, pour bien comprendre l’exposé très-abrégé que nous allons faire , de se reporter à ce que nous avons dit de la spontanéité vitale dans l’ordre irhysiologique , aux pages , 125 , 124 de cette partie ; car nous avouons que la notion de la spontanéité vitale pathologique , quelque réelle et quelque importante qu’elle soit, est difficile à transmettre, à rendre lucide, à faire accepter, surtout à une époque où le scepticisme, c’est-à-dire la négation de la science, a produit ses. fruits ordinaires, savoir, l’empirisme ou le numérisme.
Les maladies comprises dans la classe sur laquelle nous allons jeter un rapide coup d’œil sont celles dont , jusqu’ici , la formule ou la loi de génération est la moins connue , la moins entrevue. Seulement, dans les ouvrages des grands maîtres , on trouve , non pas formulée cette loi de génération, mais des idées pratiques, des faits bien observés , des filiations de phénomènes saisies avec pénétration et simplicité , d’admirables instincts thérapeutiques, des méthodes curatives ou prophylactiques supérieurement conçues ; puis, les résultats cliniques de ces méthodes si frappants et si lumineux, le sentiment des vérités qui en découlent , des idées pathologiques qui en sortent , si fortement perçu et fécond en principes thérapeutiques , qu’il devient évident que ces artistes illustres interprétaient de même que nous allons le faire les phénomènes morbides en question , et se conduisaient à leur égard dans la pratique, comme si la formule générale ou la loi de ces phénomènes leur eût été clairement et philosophiquement révélée. Cette loi était pour ainsi dire en germe et en puissance dans leur esprit et les guidait avec sûreté dans l’exercice de leur art , en sorte que celui qui serait venu leur en apporter la formule ne leur aurait rien appris , et qu’ils auraient pu lui dire avec vérité : « Il y a longtemps que nous savons cela , car nous le pratiquons. » Cette science non formulée des grands praticiens est ce qu’on appelle le tact médical. Il meurt avec l’artiste , et son seul défaut est d’être trop personnel. La formule scientifique le définit, le fixe, le transmet, le perpétue, généralise ce qui était individuel , rend didactique ce qui n’était que
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a une raison d’activité , puisque la condition d’un stimulus est présente. L’absence ou l’existence de cette dernière condition jette un abîme entre la nature , le pronostic et le traitement de ces deux ordres de fièvres ; et nous croirons avoir rendu à la science et ù l’art de guérir un service important , si nous sommes parvenus à inculquer cette distinction dans les esprits. Un pareil résultat serait tout autrement signalé et utile que le diagnostic différentiel de deux bruits cardiaques dont, l’un annoncerait une lésion de l’orifice auriculo-ventriculaire gauche , et l’autre une lésion de l’orifice aortique ; et que mille autres subtilités du diagnostic anatomique, etc., etc. Car, en définitive , où est le bienfait pratique, où est la valeur thérapeutique de toutes ces pué- ' rilités scientifiques qui absorbent l’esprit des fauteurs de la médecine exacte? Aussi leurs méthodes curatives reposent-elles entièrement sur l’empirisme et sur le numérisme, deux vices qu’on trouve toujours réunis parce qu’ils découlent de la même source.
Dans notre division des fièvres ou des maladies , nous avons établi d’abord deux grandes classes ( voir la page 277 ) comprenant , l’une les maladies synergiques, idiopathiques , essentielles ou avec matière ; l’autre les maladies non synergiques, nerveuses ou sans matière; puis nous avons subdivisé cette seconde classe en deux genres , le premier pour les maladies ou les fièvres symptomatiques ou sympathiques; le second pour les affections ou fièvres spontanées. Nous avons fait connaître, autant et peut-être
(1) A la page 278 , nous avons dit que les maladies nerveuses ou sans matière étaient spontanées , sympathiques et par éréthisme. Le lecteur pourrait donc croire qu’en ne traitant pas spécialement des affections sans matière par éréthisme, nous commettons un oubli réel, ou qu’il y a une lacune dans notre systématisation. Il n’en est rien pourtant. Les affections nerveuses par éréthisme forment une dépendance , une espèce particulière des affections sympathiques. Toutes deux sont engendrées par le même mécanisme et suivant le même mode. Seulement chez les sujets affectés de cette impressionnabilité plus grande à l’ac tion des stimulus qu’on nomme éréthisme , susceptibilité morbide qui , le plus souvent , naît de la soustraction intempestive et trop prolongée d’un appareil à scs stimulus propres , les sympathies sont trèspromptes à s’émouvoir , et tout cela est le résultat d’une disposition faible et trop excitable de la sensibilité, qui, impressionnée d’une manière disproportionnée avec l’action des stimulus , même normaux ,
plus longuement qu’un ouvrage comme celui-ci ne le comporte, la Mâture et les caractères gêné- : raux des maladies ou des fièvres de la première j classe. Ensuite, abordant celles que renferme I la seconde classe , nous avons défini et exposé ( ce qu’il faut entendre par maladies ou fièvres symptomatiques ou sympathiques. Pour achever \ ce qui complète cette dernière classe , il nous j reste donc à établir la notion générale des aff'ec- j lions spontanées et ù indiquer leurs caractères j fondamentaux , leur mode d’étiologie et leur loi? de génération. C’est ce que nous allons faire i aussi succinctement que possible (1).
La physiologie nous a présenté à observer,! dans tout appareil organique comme dans l’or-l ganisme entier, trois ordres de phénomènes} capitaux : 1° des phénomènes synergiques ;} 2° des phénomènes de consensus, d’association,} de sympathie; 3° des phénomènes de spontanéité! vitale. L’appareil digestif , dans la succession et} l’accomplissement de ses opérations, nous a? résumé et montré ces trois ordres de faits. Il nous a offert les premiers , lorsqu’un stimulusf normal , un aliment lui étant donné, l’opération; synergique de la chymification a été le résultat da l’exercice de la sensibilité, de la contractilité et de la caloricité de l’estomac sur ce stimulus ; les seconds, lorsque la suractivité fonctionnelle dt l’estomac a eu , par le moyen du système ner veux et des associations sympathiques , excil* plus ou moins tous les autres appareils organil ques , mais d’une manière toute dynamique et ei» l’absence de leurs stimulus propres , c’est-à-dir*
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en n’excitant que leur sensibilité, leur contractilité et leur caloricité, mais non leur force plastique ou assimilatrice ; les troisièmes enfin , lorsque l'organisme étant dans le besoin de nouveaux matériaux d’assimilation et de réparation , l’appareil digestif, l’estomac surtout, scnso fiant commune du sens vital , et centre chargé de résumer et de faire connaître en quelque sorte par des sensations sut generis l’état de besoin ou de saturation des appareils de la nutrition, lorsque l’estomac, disons-nous, entre alors spontanément en action et exécute des actes de sensibilité , de contractilité , etc. , en l’absence et de tout stimulus alimentaire, et de toute provocation sympathique.
La pathologie doit nous représenter ces trois types de phénomènes ; et en effet, cette division appliquée à la science des maladies nous a fourni le cadre nosologique le plus pratique et le plus complet.
Les maladies synergiques et avec matière, les fièvres essentielles, les fonctions pathologiques que nous avons étudiées, sont de même ordre que les synergies physiologiques , que les fonctions normales composées d’un appareil complet , savoir, d’un principe , d’un moyen et d’une fin. La différence du stimulus ou principe, normal et assimilable dans un cas, morbifique et inassimilable dans l’autre, constitue toute la distance qui sépare ces deux ordres de phénomènes vitaux, c’est-à-dire la santé de la maladie.
La notion des maladies sympathiques, comme on a pus’en convaincre, repose sur le même ordre de faits , sur le même mode de génération que les phénomènes d’association et de consensus physiologique. Seulement , dans la pathologie, les retentissements sont morbides et constituent des lésions de la sensibilité , de la contractilité et de la caloricité, ou des douleurs , des spasmes et des fièvres nerveuses locales ou générales ; tandis que, dans la physiologie , ces retentissements sont naturels et ne font qu’attester l’unité et l’indivisibilité nécessaires de la force vitale. Celte différence a pour seule cause, dans le premier cas, une sensation anomale ou pathologique sympathiquement propagée ; dans le second, une sensation normale ou physiologique ressentie par consensus dans une autre partie.
II faut donc encore que nous retrouvions dans la pathologie un ordre de faits qui réponde au troisième type de phénomènes que nous a offerts la physiologie, savoir , un ordre de manifesta-
is
lions d’activité morbide ou de phénomènes pathologiques spontanés. Il faut que , de même que la santé présente au physiologiste des actes vitaux synergiques, sympathiques et spontanés, la maladie présente au pathologiste des actes vitaux synergiques, sympathiques et spontanés.
11 est nécessaire, pour bien comprendre l’exposé très-abrégé que nous allons faire , de se reporter à ce que nous avons dit de la spontanéité vitale dans l’ordre physiologique , aux pages , 125 , 124 de cette partie ; car nous avouons que la notion de la spontanéité vitale pathologique , quelque réelle et quelque importante qu’elle soit, est difficile à transmettre, à rendre lucide, à faire accepter, surtout à une époque où le scepticisme, c’est-à-dire la négation de la science , a produit ses.fruits ordinaires, savoir, l’empirisme ou le numérisme.
Les maladies comprises dans la classe sur laquelle nous allons jeter un rapide coup d’œil sont celles dont , jusqu’ici , la formule ou la loi de génération est la moins connue , la moins entrevue. Seulement, dans les ouvrages des grands maîtres , on trouve , non pas formulée cette loi de génération, mais des idées pratiques, des faits bien observés , des filiations de phénomènes saisies avec pénétration et simplicité, d’admirables instincts thérapeutiques, des méthodes curatives ou prophylactiques supérieurement conçues ; puis, les résultats cliniques de ces méthodes si frappants et si lumineux, le sentiment des vérités qui en découlent , des idées pathologiques qui en sortent , si fortement perçu et fécond en principes thérapeutiques , qu’il devient évident que ces artistes illustres interprétaient de même que nous allons le faire les phénomènes morbides en question , et se conduisaient à leur égard dans la pratique, comme si la formule générale ou la loi de ces phénomènes leur eût été clairement et philosophiquement révélée. Cette loi était pour ainsi dire en germe et en puissance dans leur esprit et les guidait avec sûreté dans l’exercice de leur art , en sorte que celui qui serait venu leur en apporter la formule ne leur aurait rien appris, et qu’ils auraient pu lui dire avec vérité : « Il y a longtemps que nous savons cela , car nous le pratiquons. » Cette science non formulée des grands praticiens est ce qu’on appelle le tact médical. Il meurt avec l’artiste, et son seul défaut est d’être trop personnel. La formule scientifique le définit, le fixe, le transmet, le perpétue, généralise ce qui était individuel , rend didactique ce qui n’était que
1UG
MÉDICATION ANTIPIILOGI ST I Q U E .
pratique , el fait survivre les grands préceptes aux grands ex(‘in|)les.
Dans l’ordre physiologique , les actes de spontanéité vitale naissent toujours , comme nous l’avons vu ( voir les passages plus haut cités), d’un besoin à satisfaire , révèlent toujours une opportunité physiologique et un stimulus non pas présent et soumis à la force assimilatrice d’un appareil ou de l’organisme entier, mais un stimulus en puissance el devant être assimilé. Ainsi, dans l’exemple que nous avons choisi , on voit l’estomac manifester des actes de sensibilité et de contractilité, etc., que nous nommons spontanés , parce qu’ils se sont développés soit en l’absence de toute action immédiate de la part de son stimulus normal , l’aliment, soit en l’absence «le toute influence médiale ou sympathique. Nous aurions pu prendre des exemples de cet ordre de phénomènes dans tous les autres appareils organiques, et les montrer tous susceptibles de pareilles manifestations vitales spontanées trahissant l’inanition et le besoin de leurs stimulus propres, etc. Comment la palhologie pourrat-elle nous offrir un genre de phénomènes dont la loi de génération soit la même?
Si dans l’ordre physiologique on voit l’exercice des fonctions ( et on sait que toutes ont pour but d’activité l’assimilation et la désassimilation d’un stimulus alibile) être précédé d’une sorte de période d'opportunité caractérisée par certaines manifestations vitales physiologiques spontanées exprimant le besoin qu’éprouve l’appareil de la fonction pour son stimulus propre, pour le sujet de son travail assimilateur ou désassimilatcur , ne serait-il pas possible qu’on vît l’exercice des fonctions de l’ordre pathologique (car nous avons prouvé qu’il en existe et qu’elles ont toutes pour but d’activité l’élaboration et l’élimination de stimulus ou de matières non alibiles et morbifiques) être précédé d’une période d’opportunité caractérisée par certaines manifestalions vitales pathologiques spontanées , exprimant le besoin qu’éprouve l’organisme ou quelqu'une de ses parties pour le stimulus morbifique qui doit être élaboré et éliminé par lui? Telle est la question que nous nous adressons et à laquelle nous répondons affirmativement. Cette question , à cotise de la manière analogique dont elle est posée, présente une forme paradoxale et contradictoire; mais on va voir que la forme seule constitue le paradoxe, et que le fond ou la chose sont rigoureusement justes et déduits d’une bonne observation clinique. « Un paradoxe , a
dit Pascal , est une proposition extraordinaire , mais vraie. « Nous pensons que tel est le cas de celle que nous venons d’émettre.
Dans tout ce que nous avons dit précédemment sur les maladies synergiques ou avec matière, nous n’avons eu en vue que les maladies aigues; mais les affections chroniques ont aussi leurs maladies synergiques et avec matière. La principale différence qui sépare les unes et les autres vient de ce que les premières ne se prolongent guère au delà de quelques semaines , et qu’il n’y a aucune interruption dans l’enchaînement des périodes que nous leur connaissons ; tandis que les secondes ont souvent une durée égale à celle de la moitié de la vie , et que presque toujours il y a entre leurs diverses périodes des interruptions de plusieurs années , surtout avant que la maladie soit devenue organique et que la matière morbifique se soit déposée quelque part avec ou sans inflammation , avec ou sans désorganisation. Ella raison de ces remarquables différences vient sans doute de ce que les maladies aiguës sont produites par des causes extérieures qui lèsent immédiatement notre corps ou qui , absorbées, introduites et combinées avec nos humeurs, déterminent ainsi médialement des réactions fébriles ou inflammatoires , des fonctions pathologiques dont le résultat est promptement et énergiquement atteint, ce qui constitue l’acuité. Les maladies chroniques avec matière, au contraire, sont presque toujours le produit très-éloigné de matières morbifiques formées et amassées lentement au dedans de nous , ou apportées en naissant et se développant, se réalisant graduellement à mesure que la vie s’avance , etc.
Cette double étiologie des maladies aigues et chroniques a été sentie et formulée par Sydenham dans cette sentence sublime et admirable de vérité, de portée pratique et de profondeur philosophique : Acutos ( morbos ) dico , qui ut plurimùm Deum habent authorem , sicut chronici ipsos nos. 11 y a dans celle simple phrase un traité dogmatique et pratique des maladies chroniques!
C’est principalement et presque uniquement dans cette classe de maladies chroniques que s’observent les affections spontanées. Or , nous avons dit que ces maladies ne diffèrent des aiguës que sous le rapport de la durée de leurs périodes , des intervalles souvent très-longs qui les séparent, et nous devons ajouter encore cet autre caractère différentiel très-important, sous le rapport de la variabilité de leurs formes , la
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nature de l’affection restant la même , sous le rapport de leur facilité à se larver, ù revêtir les aspects, les manifestations symptomatiques les plus dissemblables , nonobstant leur identité fondamentale avec elles-mêmes , etc., tandis que les maladies aiguës, lorsqu’elles sont de même nature et de même cause , ne changent guère que »le siège et peu de formes, sont peu susceptibles de se larver, etc. Si tout cela est vrai, c’est-ù-dire s’il est constant que la plupart des maladies chroniques avec matière offrent en définitive (lorsqu’elles ont le temps de parcourir toutes leurs phases, et que la mort, ce qui arrive si souvent, ne vient pas les interrompre dans leur cours) toutes les périodes des maladies aiguës ou des fièvres essentielles , nous devons retrouver dans celles-ci des phénomènes qui nous aident à concevoir la loi de génération des affections spontanées. C’est en effet ce qui a lieu.
Il devra paraître étonnant que nous mélangions et confondions ainsi ensemble deux ordres de faits si distincts, savoir, les maladies synergiques ou avec matière, et les maladies non synergiques ou sans matière, car nous venons de dire deux choses qui semblent impliquer cette contradiction , savoir , que c’est dans la classe des maladies chroniques avec matière que s’observent surtout les affections spontanées ; ensuite , que s’il est vrai que ces affections se composent de toutes les phases ou périodes qui constituent la totalité d’une maladie aiguë avec matière ou d’une fièvre essentielle ; on doit observer dans celles-ci des phénomènes de spontanéité pathologique. C’est dans cette apparente contradiction, dans la compatibilité ou plutôt l'existence successive de ces deux ordres de faits dans la même maladie avec matière, soit aiguë, soit chronique , que gît toute la question, c’eslü-dire la notion de l’étiologie des affections spontanées.
La période d’opportunité des maladies aiguës ou des fièvres essentielles est ordinairement trèscourte. Le plus souvent elle est d’un , de deux ou de trois jours. Dans d’autres cas , elle ne s’étend pas au delà dequelques heures. On l’observe quelquefois , surtout dans un certain genre de maladies aiguës, pendant une semaine et plus, c’est ce qui arrive de temps en temps dans les fièvres typhoïdes et les maladies contractées par contagion ou par infection. Comme elle se lie à l’invasion de la maladie et que toutes les périodes de la fièvre essentielle sont unies entre elles , s’enchaînent immédiatement et ne forment qu’une
courte série de phénomènes se succédant rapidement, elle ne se produit pas comme une maladie à part , et on voit trop bien sa liaison intime avec les autres actes de la fièvre , pour la considérer indépendamment des périodes qui la suivent.
Mais il n’en est pas ainsi dans les maladies chroniques. Leur période d’opportunité se prolonge très-souvent pendant plusieurs années avec des intervalles de santé d’abord plus considérables que ceux pendant lesquels durent les manifestations spontanées , puis devenant de plus en plus courts , se suspendant , apparaissant de nouveau, soit sous la même forme et dans le même lieu, soit sous d’autres formes et dans d’autres sièges. Ensuite certaines circonstances, soit naturelles, soit artificielles, comme des changements de climat, d’habitudes, les progrès de l’âge , les influences hygiéniques et thérapeutiques en un mot, bornent la maladie à cette période et préviennent le développement des périodes consécutives. D’autres fois, par un défaut de soumission du malade à toutes ces influences ou malgré elles , la maladie suit son cours, mais mille circonstances empêchent l’observateur peu attentif de saisir les rapports «les périodes consécutives avec la période d’opportunité , de la rattacher philosophiquement aux manifestations morbides ultérieures , etc. , et ainsi on fait de cette période une maladie toute différente des périodes d’irritation, d’inflammation, de formation de produits vivants ou non vivants , d’évacuation ou de désorganisation lentes qui constituent la période organique des maladies chroniques. Il arrive bien souvent encore que le malade succombe dans la période d’opportunité, que celle-ci se prolonge durant toute la vie ou qu’elle s’use par les progrès de l’âge. Les affections spontanées coiisistent donc dans la période d’opportunité des maladies chroniques. Tout cela va devenir clair et positif dans u.i instant.
Nous avons vu dans l’état de santé l’estomac révéler à l’individu le besoin , l’inanition de tout l’organisme par des manifestations vitales spontanées , consistant en des modifications de sa sensibilité et de sa contractilité, puis, si le besoin n’est pas bientôt satisfait, nous avons vu celte névrose, d’abord locale, susceptible de se généraliser plus ou moins et de donner lieu dans une foule d'organes ou d’appareils à deslésions spontanées de la sensibilité, de la contractilité et de la caloricité, etc., ù des malaises ou
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«les douleurs, puis des spasmes, des vapeurs, des fièvres nerveuses, etc.
L’appareil respiratoire dans l’inanition de son stimulus normal, l’air atmosphérique, nous présenterait à observer des phénomènes spontanés analogues : une sensation pénible d’oppression , de besoin d’air , d’étouffement , d’anxiété des bâillements répétés, des pandiculations , en un mot des lésions diverses et spontanées de la sensibilité et de la contractilité de cet appareil, manifestées en l’absence de son stimulus naturel , et révélant le besoin de ce stimulus.
Maintenant , pour quitter la physiologie et passer à l’état pathologique, nous avons à nous demander si quelquefois il arriverait , si quelquefois il pourrait arriver que l’organisme révélât par des manifestations vitales morbides , un besoin pour des stimulus anomaux, des agents morbifiques placés au dehors de lui?...
Prétendre cela serait une grossière absurdité, un non-sens ridicule et trop choquant ; mais ce qui ne serait ni l’un ni l’autre de ces sophismes, ce qui est une vérité d’observation aussi incontestable qu’importante et pratique, c’est qu’il y a très-souvent dans V organisme des stimulus anomaux, des agents morbifiques en puissance et à l’état latent. Expliquons-nous par quelques exemples , et prenons d’abord ces exemples dans des cas de maladies aiguës produites par des agents venus du dehors.
Un individu bien portant et qui n’a jamais eu la variole se trouve accidentellement exposé à un foyer d’infection de cette maladie. Il entre dans un hôpital où quelques varioleux sont couchés ; il en sort bientôt, mais emportant avec lui et recélant en lui une émanation, un miasme, un virus, un principe impondérable morbifique, comme vous voudrez l’appeler. La fonction pathologique qu’on nomme variole, ou fièvre essentielle varioleuse, ne se développe pas de suite. Entre le moment de l’absortion de la cause morbifique et celui de l’invasion fébrile, il existe un intervalle désigné sous le nom de période d’incubation et d 'opportunité. Pendant cette période, le virus variolique absorbé en si minime quantité qu’il en est invisible, intangible, insaisissable, ce virus, celte sorte de levain morbifique se multiplie, se reproduit, s’assimile pour ainsi dire toute la masse du sang, la pénètre intimement et uniformément de ses qualités spécifiques et varioleuses , au point que chaque molécule de ce fluide en est imprégnée et va devenir aple à propager elle-mômc dans
un autre organisme cette cause maintenant réalisée et qui tout à l’heure n’était que latente et virtuelle. Quand le levain morbifique a ainsi infecté toute la masse du sang, la fonction pathologique.; la fièvre est commencée. Nous savons le reste.
Mais revenons à la période d’ opportunité ; examinons ce qui se passe chez quelques sujets depuis le moment de l’infecliqn jusqu’à celui de l’invasion du frisson fébrile. Disons, avant tout, que cette période n’est souvent signalée par aucun dérangement de la santé et qu’alors le malade est immédiatement pris du frisson, de la courbature, de la rachialgie, etc. C’est pourtant là le plus petit nombre. Chez la plupart, l’invasion proprement dite est précédée pendant plus ou moins de jours de ces malaises précurseurs que nous avons vus exister avant le début d’un grand nombre de fièvres essentielles. Cet état anomal de l’organisme consiste en des lésions diverses de la sensibilité d’abord, puis quelquefois ensuite d’autres lésions dans la contractilité et la caloricité. Mais remarquons bien que la fonction pathologique n’est pas commencée, que les lésions ressenties par le malade, les manifestations pathologiques observées par le médecin, ne sont pas synergiques, qu’il n’y a pas encore là une matière morbifique réalisée et déterminant de la part des appareils assimilateurs de l’économie des symptômes opératifs, un travail des forces altérantes ayant pour but immédiat d’activité l’élaboration et l’élimination d’un stimulus morbifique. En un mot, ces malaises, ces inquiétudes, cette céphalalgie, ces douleurs erratiques , celle inappétence ou cette dyspepsie, cette insomnie, ces vertiges, ces bourdonnements d’oreilles, etc., n’ont pas encore de raison d’activité, n’ont pas encore pur but immédiat l’élaboration et l’éli- ! mination de la cause nuisible , ne font pas partie de la fonction pathologique, ne sont par conséquent pas nécessaires ; car ils n’existent pas chez ! tous les malades.
Voilà ce que nous appelons des phénomènes i morbides spontanés , non pas qu'ils existent sans cause , pas plus que les manifestations vitales physiologiques d’un estomac affamé ne sont des phénomènes sans cause, bien que nous les ayons qualifiées de spontanées ; mais parce que ; les uns et les autres sont dans leur genre respectif des expressions instinctives par lesquelles la spontanéité vitale manifeste ici un besoin physiologique , là un besoin pathologique. L’appa- <
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reil de ces phénomènes n’est pas complet , lorsqu’on les considère indépendamment de ce qui précède et de ce qui va suivre , lorsqu’on les isole du reste de la fonction pathologique. En effet, dans cet appareil de phénomènes, la condition d’un stimulus immédiat est absente ainsi, par conséquent , que celle d’un but d’activité immédiat et de l’aptitude fonctionnelle à l’aide de laquelle la fonction , soit physiologique, soit pathologique , doit être remplie; aussi les opérations de cette fonction ne sont-elles pas encore commencées.
Ce qu’il y a , c’est un but d’activité médiat et éloigné , répondant à un stimulus ou à une cause déterminante médiate et éloignée. Ainsi , dans les phénomènes gastriques de l’appétit ou de la faim, il y a un stimulus ou une cause déterminante médiate et éloignée et non immédiate ou matériellement agissant sur l’estomac, c’est-àdire qu’il y a un aliment en puissance , un stimulus matériel devant être assimilé. Lorsque ce stimulus, cet aliment, de médiat et éloigné, deviendra immédiat et présent, la fonction assimilatrice commencera, les instincts physiologiques spontanés et la période d’opportunité digestive cesseront. De même, dans les phénomènes spontanés qui caractérisent la période d’opportunité d’une fièvre essentielle, d’une fonction pathologique, il y a dans l’organisme une cause déterminante médiate et éloignée, mais non immédiate ou matériellement agissant sur les appareils de l’assimilation générale , c’est-à-dire qu’il y a un stimulus morbifique en puissance, un agent matériel devant être assimilé. Lorsque ce stimulus, de médiat ou éloigné, deviendra immédiat et présent , la fonction d’élaboration pathologique commencera, les instincts morbides spontanés et la période d’opportunité fébrile cesseront.
Le mot opportunité est très-exact et fort vrai, pour désigner ces modifications physiologiques de la sensibilité qui précèdent l’exercice d’une fonction normale dont elles expriment et révèlent en effet à l’organisme le besoin et V opportunité; de même qu’il a été primitivement et non moins exactement appliqué à la désignation de ces modifications pathologiques de la sensibilité qui précèdent l’exercice d’une fonction anomale ou d’une maladie essentielle, dont elles expriment et révèlent en effet à l’organisme le besoin et V opportunité.
11 est donc bien entendu que dans les deux cas ces phénomènes vitaux en question sont dits
spontanés, parce qu’ils n’ont ni stimulus ni but d’activité immédiats, mais seulement un stimulus et un but d’activité médiats ou éloignés.
Or , règle générale , dans l’ordre physiologique comme dans l’ordre pathologique, tous les .stimulus qui agissent sur l’organisme d’une manière médiate agissent dynamiquement ou à la manière de ce qu’on appelle les agents impondérables, et réciproquement ceux-ci agissent sur l’organisme d’une manière médiate. Au contraire, tous les stimulus qui agissent sur l’organisme d’une manière immédiate agissent matériellement , et réciproquement ceux qui agissent matériellement agissent d’une manière immédiate .
Maintenant , il faut savoir que nous pouvons absorber du dehors , ou qu’il peut se former immédiatement en nous des principes morbifiques, des matières nuisibles en quantité si minime, si infinitésimale , pour nous servir de l’expression homœopathique , qu’ils n’agissent pas par des propriétés matérielles et comme des corps ou des substances , mais dynamiquement et à la manière des agents dits impondérables. Tant qu’ils n’agissent qu’ainsi , ils ne peuvent déterminer de réaction synergique ou de fonction morbide, puisque toute fonction physiologique ou pathologique ayant , comme nous le savons , pour but d’activité une assimilation ou une désassimilation , ne peut avoir pour stimulus ou cause déterminante qu’un agent assimilable ou désassimilable , et partant , matériel.
Mais parmi ces agents venus du dehors , par exemple parmi ces émanations qui sont si ténues qu’elles ne peuvent tomber sous les sens et qu’elles agissent dynamiquement à la manière des agents impondérables , il en est qui une fois dans l’organisme sont susceptibles de s’y reproduire, de s’y multiplier et de s’assimiler, à la manière des levains et des ferments, toute la masse des liquides auxquels ils sont combinés; d’autres au contraire n’ont pas cette propriété si caractéristique. Or, tant qu'ils ne se sont pas assimilé le sang et ne se sont pas ainsi matérialisés, tant qu’ils restent par conséquent dans l’organisme à l’état miasmatique ou à la dose en quelque sorte homœopathique ou infinitésimale, ils ne déterminent que des manifestations vitales spontanées , c’est-à-dire qu’ils ne donnent lieu qu’à des lésions vitales sans matière qu’à des altérations primitives des aptitudes fonctionnelles ou des instincts vitaux, ou autrement à des affections spontanées.
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Les miasmes générateurs île la variole , de la scarlatine, etc., etc., sont de ces principes morbifiques insaisissables, introduits dans le sang à dose pour ainsi dire infinitésimale. Qui a vu, qui a touché ces principes? La gouttelette de pus ou de sang qui les transmet par l’inoculation ; la vapeur qui s’échappe de la poitrine ou de la peau d’un varioleux et que vous absorbe/par votre peau ou vos poumons, ce pus, cette vapeur, ne sont pas le principe morbifique; ils n’en sont que le support et le véhicule; car ils ressemblent en tout au pus, à la transpiration cutanée ou pulmonaire d’un autre malade affecté d’une phlegmasie non spécifique et non transmissible. Ces principes sont donc impondérables ou au moins si divisés , qu’ils échappent aux sens , au microscope , au réactif chimique , de même que les médicaments homœopalhiques , tout réels qu’ils sont, sont dans un tel état de division et d’atténuation , qu’ils échappent aux sens , au microscope , à l’analyse chimique, etc....
Mais il n’en est pas des quantités infinitésimales du principe varioleux ou de tout autre virus contagieux , comme des doses infinitésimales de la médecine homœopathique. Celles-ci ne sont pas des levains morbifiques, n’ont pas la propriété de se multiplier dans l’organisme, de s’assimiler toute la masse du sang et de se matérialiser ainsi , tandis que les virus en question possèdent cette propriété , et au bout de quelques jours , se sont en quelque sorte matérialisés , ont imprégné toute la masse du sang de leurs qualités.
Or , si longtemps qu’ils sont restés combinés au sang, en puissance et dans cet état latent , c’est-à-dire pendant la période d’opportunité , ils ont pu agir dynamiquement sur l’organisme, modifier les instincts fonctionnels , les appétits organiques , altérer la sensibilité générale ou spéciale de quelques appareils ; mais toutes ces lésions synergiques de la sensibilité , de la contractilité et de la caloricité constituent des affections spontanées , lesquelles deviendront synergiques et formeront un appareil fonctionnel morbide , dès l’instant où le levain morbifique se sera assimilé le sang et l’aura converti en un stimulus matériel , en une matière agissant immédiatement et provoquant , de la part des appareils généraux de l’assimilation , des opérations synergiques ayant un principe immédiat, un moyen et une fin.
Etces affections sont spontanées , parce qu’el-
les ne sont pas réactives, puisque l’organisme entier ou un de ses appareils ne peuvent réagir que contre un agent matériel. Lorsqu’un homme a des nausées et vomit à l'aspect ou au simple souvenir d’un objet dégoûtant , on ne peut pas dire que son estomac a réagi. Contre quoi aurait-il réagi? Aussi, un tel vomissement est-il un phénomène vital spontané , au même titre que le sentiment particulier perçu dans l’estomac à la vue d’un mets délicieux , sentiment qu’on nomme appétit , est un phénomène vital spontané ; au même titre encore que le sentiment de la faim en l’absence de tout aliment , est aussi un phénomène vital spontané.
Si le vomissement éprouvé à la vue ou au simple souvenir d’un ohjetestun phénomène vital spontané, les mêmes nausées, les mêmes vomissements seront encore de cette nature, lorsqu’ils auront lieu à la suite d’un lavage émétisé injecté dans les veines. Et cela est vrai ; car dans ce dernier cas, l’estomac ne réagit pas puisqu’il est vide , et que l’estomac ne peut pas réagir contre rien , qu’il ne peut réagir que contre un corps hétérogène , une substance étrangère. Mais vous avez respiré l’atmosphère où fébricitent des pestiférés. Vous avez absorbé des miasmes pestilentiels ; le virus typhique a pénétré dans votre sang à une dose infinitésimale , qu’on nous passe cette expression qui rend bien notre pensée ; puis, quelques heures après , vous éprouvez des vertiges, des nausées , des vomissements , une sorte de migraine complète. Voilà des phénomènes morbides spontanés. Le virus n’a encore agi que dynamiquement. La quantité infinitésimale d’émétique en solution que contenait tout à l’heure le sang, et qui avait produit des vomissements sans agir matériellement et immédiatement sur l’estomac , ce principe morbifique artificiellement introduit dans le sang, n’était pas un levain , une matière capable de s’assimiler la masse des humeurs , de se multiplier et de réaliser ainsi une matière morbifique ; aussi , après quelques vomissements , l’action de cette cause s’est-elle usée, et nulle fonction pathologique ne s’en est suivie , à moins que le tartre stibié n’ait été en telle quantité dans la solution qu’il ait pu agir ainsi immédiatement comme stimulus matériel, et produire, comme il le fait dans ce dernier cas , une fièvre inflammatoire avec des phlegmasies disséminées, surtout dans le poumon.
Le virus pestilentiel , au contraire , est un levain morbifique. Absorbé en quantité infini-
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tésimale, n’agissant d’abord que comme un impondérable et dynamiquement, ne donnant lieu ainsi en premier lieu qu’à des affections spontanées , ou , si on aime mieux , qu’à des phénomènes d 'opportunité morbide attestant un stimulus en puissanceet devant être assimilé, révélant en un mot le besoin d’une fonction pathologique , ce principe virtuel , ce levain , devient bieftlôt effectif, réel et matériel , parce qu’il a la propriété de s’assimiler toute la masse du sang. Ce liquide une fois imprégné des qualités pestilentielles , la fonction pathologique, le typhus commencent , et les phénomènes morbides, de spontanés , deviennent synergiques parce que l’appareil phénoménal est complet , puisqu’il réunit la condition qui lui manquait , savoir, un stimulus immédiat et matériel, susceptible, d’être pathologiquement élaboré, celte condition étant celle de toute fonction , soit physiologique , soit pathologique , c’est-à-dire de toute activité ayant un but.
Ce qui nous importe , c’est de prouver que , dans tous ces phénomènes de spontanéité appartenant à l’état sain ou à l’état morbide , et constituant dans le premier cas les périodes d'opportunité de l’exercice des fonctions physiologiques, et dans le second cas les périodes d’opportunité de l’exercice des fonctions pathologiques, les instincts vitaux, les aptitudes fonctionnelles ont été lésés avant qu’il y eût dans l’organisme un stimulus assimilable, une matière morbifique. Or que conclut à cet égard notre formule de génération des phénomènes dans les corps organisés ?
Celte loi enseigne qu’un appareil quelconque puise toujours sa raison d’activité et son aptitude fonctionnelle dans les appareils qui lui ont préexisté dans l’évolution embryogénique et l’échelle zoologique; par conséquent elle enseigne que la fin ou le but d’activité sont toujours antérieurs au moyen et au principe, ce qui est d’une évidence grossière et presque triviale {voir p. 120 et 121). Mais comme c’est de son but d’activité ou de sa fin qu’un appareil quelconque tire toujours son aptitude fonctionnelle, il n’est pas moins évident que l’aptitude fonctionnelle de cet appareil organiqueesl antérieure à son moyen et à son stimulus.
fin effet , en physiologie, l’aptitude fonctionnelle ou Yopportunitè digestive préexiste à la digestion et à l’action immédiate de l’aliment; l’aptitude fonctionnelle ou l’opportunité respiratoire préexiste à la respiration et à l’action immédiate de l’air atmosphérique. Puis, en patho-
logie, nous voyons de même l’aptitude fonctionnelle morbide ou l’opportunité fébrile préexister à la fonction morbide ou à la fièvre essentielle et à l’action immédiate delà matière morbifique. De celte manière , la question est formellement et définitivement jugée, car on voit que non-seulement les aptitudes fonctionnelles ou les opportunités physiologiques ou pathologiques se développent en l’absence des stimulus de ces deux ordres de fonctions et lorsque ces stimulus ne sont encore qu’en puissance, mais, de plus, qu’il doit nécessairement en être ainsi, ou, ce qui revient au même, que le but, et par conséquent l’aptitude fonctionnelle , doivent préexister à la fonction.
Tels sont donc les phénomènes vitaux spontanés, savoir, dans l’ordre physiologique ainsi que dans l’ordre pathologique des manifestations vitales primitives et instinctives exprimant un besoin à satisfaire, signalant une fin ou un but à atteindre , et supposant un stimulus matériel en puissance ou devant être assimilé. En physiologie, ces manifestations vitales primitives et spontanées s’appellent des appétits; en pathologie, des opportunités lorsqu’elles précèdent le développement d’une fonction pathologique on d’une maladie essentielle aiguë ; et des affections lorsqu’elles précèdent le développement d’une fonction pathologique ou d’une maladie essentielle chronique. On sait que par essentielle nous entendons une maladie synergique et avec matière.
Le lecteur cessera de s’étonner du soin que nous avons pris à établir la notion des affections spontanées, quand il saura que c’est de celte notion que découlent l’intelligence et la connaissance philosophique d’une classe entière de maladies. Et les maladies de celte classe sont les plus obscures, les plus rebelles, celles où le praticien est le plus exposé à commettre de funestes erreurs thérapeutiques et à croire qu’il a été utile alors qu’il a malheureusement pallié où blanchi des expressions symptomatiques spontanées, etc.
Nous pensons effectivement, et en cela nous ne faisons que formuler la pensée qui a présidé à l’art admirable et à la pratique de tous les grands médecins passés et présents , si célèbres et si habiles dans le diagnostic et le traitement des maladies chroniques , nous pensons que toutes les maladies chroniques sans matière, à l’exception de celles produites sympathiquement ou par ce mode d'éréthisme que nous avons dé-
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fini plus haut dans une note ainsi que dans notre médication tonique (voir 2° partie) , que toutes les lésions primitives de la sensibilité et de la contractilité qui composent cette classe immense des névroses, des névralgies si rebelles, si interminables , si sujettes à récidive, etc., ne sont que des affections spontanées , c’est ù-dire des opportunités morbides, des manifestations pathologiques annonçant un but d’activité insolite dans l’organisme , et faisant supposer dans cet organisme un stimulus , une cause morbifique en puissance et latente ou devant être assimilée.
Cette proposition appliquée en physiologie aux manifestations vitales qui spontanément s’élèvent d’un appareil et révèlent l’aptitude fonctionnelle l’opportunité, ou l’appétit de cet appareil pour son stimulus en puissance et devant être assimilé , cette proposition , disonsnous, ne trouvera pas de contradicteurs. La même formule sera même facilement acceptée dans son application à l’étude des manifestations vitales primitives et spontanées qui, s’élevant de l’organisme lorsqu’une cause ou un levain morbifique y a pénétré , annoncent une aptitude fonctionnelle pathologique et révèlent une opportunité fébrile , l’existence d’un but d’activité nouveau et insolite, ainsi qu’un stimulus nuisible en puissance et devant être assimilé et éliminé. Pourquoi donc refuserait-on de l’admettre pour comprendre le mode ou la loi de génération de ces affections chroniques sans matière , de ces névroses que nous appelons des affections spontanées ?
Sans doute parce que l’observateur peu attentif ne saisit pas le rapport qu’il y a entre cette sorte de période d’opportunité des maladies chroniques dans laquelle nous classons les affections sans matière dont il est question, et la période organique ou synergique de ces maladies , tandis qu’il saisit très-bien ce rapport dans une maladie aiguë à cause de la brièveté, de la succession rapide et de la non-interruption des périodes qui s’accomplissent et s’enchaînent sans solution de continuité , et comme disaient les anciens , uno tenore.
Il voit dans ce dernier cas un miasme absorbé, une période d’opportunité manifestée par des troubles insolites de la sensibilité, par des phénomènes nerveux spontanés auxquels il reconnaît qu’un but nouveau d’activité existe pour l’organisme , et qu’une fièvre essentielle ou une fonction pathologique se prépare pour atteindre ce but, car ces phénomènes spontanés de l’op-
pot lu ni te fébrile, il les voit disparaître lorsque la fonction pathologique est commencée , comme il avait vu disparaître les manifestation» spontanées ou les appétits physiologiques de l’estomac, lorsque la fonction digestive commençait à s’accomplir par la présence matérielle de l’aliment dans ce viscère.
Pourquoi , dans l’observation des maladies chroniques , n’apporterait-il pas le même esprit, les mêmes lumières physiologiques, la même connaissance des lois de la vie, que dans l’étude des maladies aiguës? De part et d’autre, le sujet de l’étude est le même. C’est toujours un organisme animé par la même force , toujours la même aptitude fonctionnelle , toujours les mêmes instruments ayant toujours pour but d’activité médiat et éloigné la conservation de l’être. Il n’y a de changé que les stimulus qui ici sont autres que dans les maladies aiguës, se forment, s’amassent lentement et naissent plutôt graduellement en nous-mêmes qu’ils ne viennent directement du dehors. Morbos acutos qui Deum habent authorem , sicut chronici ipsos nos.
Un homme éprouve , pendant plusieurs années , et à des intervalles plus ou moins rapprochés et réguliers , une maladie sans matière quelconque, une migraine , par exemple. Chez un autre ce sera une névralgie sciatique. Ces deux individus sont , je suppose , pendant deux ou trois ans horriblement tourmentés par ces affections que nous appelons spontanées , et que nous supposons n’avoir été produites par aucune cause extérieure. Au bout de ces deux ou trois ans, plus ou moins , le premier de ces individus a des hémorroïdes , l’autre une dartre , un eczema chronique ou toute autre dermatose ; et dès ce moment, il n’y a plus de migraines chez le premier , plus d’attaques de névralgie sciatique chez le second.
Nous disons que la migraine et la névralgie sciatique ont constitué chez ces deux malades la j période d’opportunité des hémorroïdes et de l’éruption dartreuse.
Nous pourrions varier les exemples à l’infini et arriver constamment au même fait général. L’auteur de ce travail , depuis qu’il s’est placé à ce point de vue pour observer les maladies i chroniques , pourrait citer plus de trente cas justificatifs. Il a vu dix à douze femmes affec- j tées à leur époque critique de cancers de l’utérus I ou du sein, avoir éprouvé pendant tout le cours I de leur période menstruelle et à chaque mois j
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ce qu’elles appelaient leur migraine, tant cet accident était chez elles constitutionnel. Toutes ont vu cesser complètement ou presque complètement cette migraine au moment où la lésion carcinomateuse a commencé à se manifester. Ce fait est spécialement connu de tous les observateurs. La goutte, cette maladie générique à laquelle peuvent être ramenées une foule d’affections qu’on croit en être indépendantes parce qu’elles n’éclatent pas dans les articulations (comme si la goutte avait un siège plus fixe et plus unique que le rhumatisme , la syphilis, etc. ! ) , la goutte présente surtout ce remarquable caractère d’être précédée dans ses attaques par toutes sortes d’incommodités , de spasmes, de douleurs, de névroses, de maladies sans matière , sans causes extérieures, non sympathiques, etc., spontanées par conséquent, et cela souvent pendant plusieurs années. Puis on voit toutes les anomalies nerveuses qui, chez les goutteux en question , ont très-fréquemment les formes de l’hypoehondrie , on voit cette période d’opportunité qui, dans la plupart des cas, s’est accomplie en plusieurs actes séparés par des intervalles plus ou moins considérables , cesser enfin quelques jours avant l’attaque ou dès que celle-ci est déclarée.
Si nous voulions étudier sous ce rapport les maladies sans matière de l’estomac et des intestins , les gastralgies et les entéralgies , les névralgies faciales, les palpitations nerveuses,
1 asthme spasmodique , certaines formes de 1 amaurose et de la surdité, la dyspepsie, la toux férine, les mille et une variétés de l’hypocondrie, l’angine de poitrine , etc., etc., en un mot toutes ces névroses ou névralgies, ces affections qui sont survenues sans cause appréciable et que nous appelons spontanées ou non synergiques , non critiques , capricieuses , incalculables dans leur marche , ne lésant ni localement ni généralement les fonctions nutritives, n attestant qu’une atteinte primitive poi tee aux apliiudes fonctionnelles, se manifestant sous la forme .des lésions les plus variées , les plus opiniâtres et souvent les plus cruelles de la sensibilité, de la contractilité et de la caloricité, etc., etc. , nous verrions qu’après s’èlre plusieurs fois transformées les unes dans les autres, s’être apaisées puis être apparues de nouveau , etc. , elles aboutissent presque toujours ou à une lésion organique grave et incurable , ou à une dermatose , ù une entérite chronique , à des flueurs blanches , â
quelque hémorragie supplémentaire ou constitutionnelle , à un catarrhe pulmonaire ou vésical, à une fluxion goutteuse, à une apoplexie, à une lésion organique du cœur , à un ulcère aux jambes, à des varices, etc., en un mot à quelque maladie chronique avec, matière, soit grave et incurable , soit compatible avec la vie, mais très-réfractaire, et qu’elles cessent dès que la lésion matérielle, l’évacuation chronique sont établies, pour reparaître sous un autre aspect ou avec une gravité plus inquiétante , si la dartre, les hémorroïdes, le catarrhe, etc., sont brusquement , intempestivement et imprudemment supprimés.
Les affections spontanées qui constituent la période d’opportunité des maladies chroniques essentielles ou avec matière ont quelques caractères qu’il est bon de noter. Les trois plus importants sont ceux-ci : 1° la forme intermittente, lorsqu’on les considère dans toute la durée de leur existence , avec des intervalles dont la longueur et la régularité n’ont rien de bien fixe ; puis la rémittence plus ou moins prononcée des accidents lorsqu’ils sont déclarés ; 2° la circonstance très-remarquable de se larver , c’est-à-dire d’être susceptibles de revêtir successivement plusieurs formes , de se traduire, en restant essentiellement les mêmes dans leur nature, par des manifestations phénoménales très-différentes sous le double rapport des symptômes et du siège ; 5° cet autre caractère fort important, qui est celui que ces affections ont de s’user, comme on le dit fort bien , et de ne pas être nécessairement suivies de la période organique ou synergique des maladies chroniques. On peut ajouter que la durée des affections spontanées , que leurs transformations les unes dans les autres , que la fréquence plus ou moins grande de leurs accès, etc., sont en raison directe de la faiblesse de constitution des malades , et que , chez les personnes robustes, la période d’opportunité des maladies chroniques , qui constitue pour nous les affections spontanées , est moins longue ; que, chez ces personnes, la localisation morbide curn materià tarde moins à se faire que chez les autres. Et si nous voulions nous servir de ce fait pour remonter analogiquement aux périodes d’opportunité des fonctions morbides aiguës, des fièvres essentielles, nous verrions ces périodes exister en général d’autant moins fréquemment, et être d’autant moins sensibles que l’individu est plus robuste, et aussi que la
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maladie doit être plus grave. Passant de là dans l'ordre des phénomènes physiologiques , nous pourrions remarquer aussi que les opportunités fonctionnelles normales , les appétits ou les aversions instinctives divers ne sont jamais plus prononcés que chez les personnes faibles , les femmes, etc.
La question que nous traitons en ce moment est, du point de vue du dogme et de la science, une des plus ardues et des plus neuves de la médecine. Si nous voulions la développer autant qu’elle le comporte , il faudrait une étendue immense à cause de la nécessité de démontrer la vérité de chacun des arguments particuliers que nous invoquons pour prouver la thèse générale. Nous prions le lecteur de croire que ces démonstrations sont en notre pouvoir, et que si nous nous sommes souvent bornés dans cette question à énoncer les faits sans y joindre les éclaircissements et les pièces à l’appui que nous regardons nous -mêmes comme si indispensables , il n’a rien moins fallu pour nous imposer cette réserve que des considérations péremptoires et impérieuses comme est celle, par exemple, de ne pas abuser au delà de toute mesure du droit que nous nous sommes arrogé d’introduire dans ce volume de si longues considérations de physiologie et de pathologie générales.
Mais au moins, ce qui nous excuse déjà à nos propres yeux, et ce sur quoi tout lecteur sérieux saura, nous l’espérons nous, rendre justice, c’est que tout ce que nous avons dit de si en dehors , en apparence, de la thérapeutique , y conclut pourtant de la manière la plus directe. Oui, nous affirmons avec confiance que tout , dans ce qui a été dit jusqu’ici depuis notre théorie de la calorification jusqu’à la notion des affections spontanées, renferme les applications pratiques les plus précieuses , les plus éternellement justes , celles qui sont le plus sûrement à l’abri de l’usure du temps ou de la torche incendiaire des systèmes. A nos yeux, ce qui n’est pas pratique n’est pas vrai , et tout ce qui est vrai est pratique. Une vérité non pratique répugne. C’est une contradiction dans les termes, une impossibilité, une monstruosité logique , une erreur. Soutenir la compatibilité de ces deux choses est une immoralité révoltante, une ironie contre l’ordre providentiel, une odieuse insulte à Dieu.
Du point de vue clinique, nous osons dire que notre théorie des affections spontanées est une source d’admirable pratique dans les maladies
chroniques. C est à l’usage instinctif qu’ils en ont fait (pie tous ces grands médecins dont le nom a traversé glorieusement plusieurs siècles, et qu’aujourd’hui encore nous plaçons au premier rang, ont dû une si juste célébrité et de si éclatants succès dans le traitement et la prophylaxie des maladies chroniques. Et c’est parce que les médecins de notre époque ont abandonné ces grands et féconds errements, que de nos jours la connaissance et le traitement de ces maladies sont , nous ne craignons pas de le dire, mesquins, bornés et stériles , quand de plus ils ne sont pas funestes. Le diagnostic du fait accompli a arrêté tout progrès réel dans l’étude et la thérapeutique des maladies chroniques. En effet, lorsque la lésion organique est formée et reconnaissable par les signes physiques, elle est en général incurable ou pu moins réfractaire ; elle l’est d’autant plus que le diagnostic auquel on se borne n’emporle avec lui, comme nous l’avons déjà dit plus haut, aucune indication thérapeutique, et qu’il n’est autre chose qu’une autopsie anticipée. Galien le reprochait déjà aux empiriques de son temps en termes très-énergiques : Atque , ipsa pars quant nosti, estne actionis ipsius causa ? Nùm quid demùrn ejus nosti? Sitnm videlicet et mâgnitudinem et contextum et figurant? Al nihil horum actionis est causa; nec curationis indicationeni ex apparentibus symptomatis accipis, etc.
Il est inutile d’ajouter que , du point de vue des affections spontanées considérées comme constituant les périodes d’opportunité des maladies chroniques, la thérapeutique reçoit aussitôt des privilèges d’intervention puissante , de modification légitime et efficace par mille moyens dont ce n’est pas ici le lieu de nous occuper; et qu’au lieu d’assister tristement (et au grand préjudice de la considération et delà confiance dues à son art) à la dégradation lente d’un organe et de l’organisme, le médecin peut agir , être merveilleusement utile en prévenant ou transformant un mal dont plus tard il ne sera plus que le spectateur étonné.
Nous aurions à dresser un parallèle des maladies aiguës avec les maladies chroniques sous le rapport de leurs modes d’étiologie respectifs , et en prenant pour épigraphe de cette comparaison ! la profonde sentence de Sydenham rapportée plus haut. Nous montrerions les raisons de la brièveté de la période d’opportunité des maladies aiguës et de l’indisconlinuilé de celle période
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avec celle d’invasion cl d'irritation de ces maladies; puis, en regard de cela, les raisons des caractères opposés des affections spontanées qui forment la période d’opportunité des maladies chroniques. Nous rechercherions aussi plusieurs autres lois de ces maladies , et donnerions l’intelligence des trois caractères principaux que nous leur avons reconnus , savoir , le caractère intermittent, le caractère protéiforme et le caractère de leur cessation par usure; mais celte tâche nous entraînerait trop loin. Il faut pourtant que nous disions que la chlorose et tous les accidents nerveux, les maladies sans matière qui précèdent et accompagnent la puberté des jeunes filles , ne nous semblent pouvoir être compris (pie du point de vue de la spontanéité morbide telle que nous l’avons conçue ; qu’il en est de même des attaques hystériques et des nombreuses formes ou nuances do cette affection type, ainsi que de tous les accidents sans matière ou nerveux qui tourmentent toutes les femmes aménorrhéiques , etc., etc.
Pour cela , nous devrions prouver , ce qui ne serait pas très-difficile, qu’il y a des hémorragies qui, comme les inflammations, exigent, pour être produites, une matière morbifique évacuée avec le sang au lieu de déterminer une phlegmasie , par exemple ; ce qui n’empêche pas qu’il n’y ait d’autres hémorragies qui méritent le nom de spasmodiques ou non synergiques , et dont l’appareil se passe par conséquent de la condition d’un stimulus.
Mais ce que nous regrettons de ne pouvoir qu’énoncer, c’est la nécessité de classer les fièvres intermittentes dans les affections spontanées ou plutôt de les considérer comme des maladies chroniques offrant successivement les caractères des maladies synergiques et des affections spontanées , suivant qu’elles sont légitimes, anomales ou pernicieuses, etc., etc. Toutefois , pour le complément de notre plan nosologique, nous n’avons pu nous dispenser de leur assigner leur place et de dire que c’est ici plutôt que dans les deux autres catégories que nous croyons devoir les classer. Nous engager au milieu d’une question si difficile serait promettre plus que nous ne pouvons tenir dans cet ouvrage.
II n’est pas en effet un des points abordés dans ce chapitre qui ne demande une monographie entière pour être traité et discuté convenablement; aussi n’avons-nous pas eu par ce travail la prétention de consommer la preuve et
d’épuiser le moins du monde des sujets seulement posés et offerts à la méditation des esprits consciencieux , observateurs et méditatifs. Mais nous prenons l’engagement d’y "revenir dans des publications particulières , afin de compléter le dogme et de le sanctionner par la clinique dont il procède. Certes , ce ne serait pas trop de la plus longue vie pour accomplir celte grande lâche. Nous ne nous flattons ni d’en être dignes ni d’en être capables ; et pourtant , la loi du devoir nous commande de le tenter ou tout au moins de désigner la voie.
Avant de déduire de tout ce chapitre les conclusions les plus sommaires et les plus larges qu’il contient relativement à la médication antiphlogistique, nous regardons comme indispensable de placer sous les yeux du lecteur une récapitulation très-substantielle et très-rapprochée de tout ce qui a été dit.
Les digressions auxquelles nous nous sommes crus plusieurs fois obligés ont pu distraire l’esprit et l’empêcher de saisir l’ensemble de notre doctrine physiologique et pathologique. Nous sommes trop jaloux d’en revendiquer l’unité et d’en assurer l’harmonie , pour négliger de montrer en quelques alinéas comment tout y est coordonné du point de vue de certaines définitions cardinales qui reposent sur le but d’activité des choses définies , en un mot sur l’hippocratisme, lequel n’est que la philosophie des causes finales appliquée à la physiologie et ù la médecine.
Nous l’avons déjà dit : il y a dans la nature trois forces. A chacune d’elles répond un ordre bien déterminé de phénomènes. Ces forces et les phénomènes qu’elles produisent sont opposés entre eux et dans une lutte continuelle. Leur synergie ou leur action simultanée forme pourtant un tout plein d’ensemble et dont le but d’activité est essentiellement un. Ces trois forces générales sont: 1° la force newtonienne; 2° la force vitale ; o° la force psychologique.
Nous pourrions appliquer à l’appareil universel ou au grand tout formé par la synergie de ces trois forces, notre formule du principe, du moyen et de la fin , ainsi que celle de la loi suivant laquelle s’engendrent ces trois conditions ; et nous aurions ainsi un plan encyclopédique qui faciliterait l’intelligence du passé, serait au niveau de l’état actuel des connaissances dont il coordonnerait philosophiquement toutes les parties , et s'ouvrirait, immuable dans ses bases, à tous les progrès futurs. Mais tel n’est pas
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noire objet. Chacune de ces forces a pour caractère essentiel V unité.
Chez l’homme , ces trois forces se trouvent réunies et dans une opposition constante.
Les êtres organisés (végétaux et animaux) ne présentent à observer que deux de ces forces. Les corps inorganiques ne manifestent qu’un seul ordre de phénomènes , et n’obéissent par conséquent qu’à une seule force.
Chaque force isolément étudiée doit être comme l’ensemble formé par leur synergie. , envisagée sous le triple rapport de son principe ou stimulus , de son moyen ou support , de son but d’activité ou de son aptitude fonctionnelle ; et dans le domaine de chacune d’elles , ces trois termes s’engendrent selon la loi que nous avons énoncée tant de fois dans le cours de notre travail , pour produire ici une fonction de l’ordre newtonien , là une fonction de l’ordre vital , plus loin enfin , une fonction de l’ordre psychologique.
Bien qu’il soit pratiquement impossible de faire dans l’homme abstraction de la force psychologique , il nous est néanmoins permis de ne le considérer ici que sous le point de vue purement physiologique et en tant qu’être vivant individuellement, susceptible de maladie, etc., sans que nous nous dissimulions pour cela que l’état social, dont le rend capable sa puissance psychlogique , ne modifie puissamment en lui la direction et l’absolutisme des actes vitaux , et ne soit ainsi la source d’une foule de maladies, etc.
La force vitale ne peut se manifester qu’au moyen d’une matière qu’elle organise. Elle suppose par conséquent la préexistence de la force newtonienne et s’entretient dans les corps qu’elle a organisés par l’assimilation et la désassimilation continuelles des matériaux de l’intussusceplion alimentaire et gazeuse.
La force vitale est une, quelle que soit, dans l’échelle zoologique, l’élévation de l’être quelle anime. C’est-à-dire que , soit qu’on la considère dans le zoophyte , soit qu’on la considère dans le plus parfait des mammifères , son but d’activité, les moyens qu’elle emploie pour atteindre ce but , les stimulus qui font entrer ces moyens en fonction , sont essentiellement les mêmes, et que de plus, quel que soit chez l’homme physiologique et individuel l’appareil organique qu’on étudie, on le voit fonctionner dans le même but que ceux auxquels il ressemble en apparence le moins , atteindre ce but par des moyens et des stimulus essentiellement sem-
blables. ( onsensus unus , consp i vatxo utia consentientia omnia (Hipp.). Voilà ce qu’il faut entendre par ces deux mots : unité vitalé , qui renferment vraiment en eux toutes les sciences physiologiques et médicales.
Si la force est une , le but est un.
Le but immédiat, c’est le développement et la conservation de l’être ; l’instrument ou le moyen de ce but immédiat, c’est un organisme assimilateur; les principes ou stimulus , ce sont des matériaux assimilables.
Le but médiat et éloigné, c’est la formation définitive d’un organisme qui puisse servir de moyen de manifestation à la puissance psychologique ; l’instrument ou moyen de ce but , ce sont les échelles végétale et animale; les principes ou stimulus de cet instrument , c’est la nature inorganique tout entière.
Le but médiat est atteint au moyen du but immédiat.
La force vitale a trois modes de manifestation : la sensibilité ( ou plutôt l’impressionnabilité), la contractilité, facultés de l’exercice desquelles est inséparable la caloricité et qui, lorsqu’elles s’appliquent synergiquement à un stimulus assimilable, produisent la plasticité.
La plasticité, c’est le but ; la contractilité et la caloricité sont les moyens ; la sensibilité répond au stimulus.
Trois formes de matière animale correspondent à ces trois facultés de la force vitale : la gélatine, la fibrine, l’albumine. La gélatine, dont sont formés les parenchymes assimilateurs, la trame vitale, le tissu cellulaire, etc., est l’instrument de la plasticité; la fibrine, dont sont formées les fibres musculaires , est l’instrument de la contractilité ; l’albumine , dont sont formés les cordons et les centres nerveux , est l’instrument de la sensibilité.
Dans les animaux les plus inférieurs de l’échelle zoologique, chez les amorphozoaires, ces trois formes de la matière organisée sont confondues et comme intimement incorporées les unes aux autres pour ne former qu’une masse homogène, partout uniformément douée de sensibilité , de contractilité et de plasticité. Le parenchyme celluleux est très-impressionnable , contractile à un haut degré et jouit d’une faculté plastique très-énergique, comme on le voit dans les animaux cellulaires du bas de l’échelle, ainsi que dans les tissus accidentels des mammifères , le tissu modulaire , par exemple , qui possède une grande puissance rétractile.
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A mesure qu’on s’élève dans la série , on voit deux de ces formes de la matière animale , la fibrine et l’albumine , se spécialiser , se centraliser de plus en plus ; la gélatine , au contraire , reste diffuse, générale et comme la gangue ou le canevas des autres substances animales. De celle manière , la sensibilité et la contractilité s’amassent, pour ainsi dire, dans des foyers , sont propagées par des conducteurs, s’étalent en membranes de rapport pour des fonctions spéciales, tandis que la plasticité, qui est le but de toutes ces fonctions spéciales , étend son appareil partout où il y a vie et nutrition. La raison d’activité de la série zoologique est atteinte lorsque la centralisation de l’albumine et de la fibrine est arrivée au point de constituer des appareils de relation propres à servir d’instrument à la puissance psychologique.
La chaleur animale produite dans chaque acte vital a des caractères de manifestation différents suivant le mode de son dégagement. Lorsqu’elle est produite dans l’exercice des fonctions vitales communes ou végétatives, on la reconnaît aux caractères propres à ce genre d’actions vitales dont elle prend le nom. Si , au contraire, elle se lie à l’exercice des fonctions les plus spéciales , elle emprunte de même les manières d’être et les caractères particuliers à cette sorte de fonctions, et elle est dite alors nerveuse ou par influx. On peut en dire autant de la sensibilité et de la contractilité.
Le plus haut degré de la caloricité par influx est lié au plus haut degré de spécialisation et de centralisation de la matière nerveuse et de la matière musculaire ; et cette dernière condition, qui entraîne la première , est en raison directe de l’hétérogénéité des stimulus à assimiler par l’animal. En d’autres termes, les appareils organiques ont besoin de foyers nerveux ou sensibles, et de faisceaux musculaires ou contractiles d’autant plus considérables , que les stimulus qu’ils ont à assimiler leur sont plus extérieurs , plus étrangers , sont enfin plus éloignés de faire partie de la substance propre de l’animal.
Le plus haut degré de la caloricité végétative est lié au plus haut degré de fusion et de dissémination de la matière nerveuse et de la matière musculaire; et cette dernière condition, qui entraîne la première, est en raison directe de l’homogénéité des stimulus à assimiler par l’animal. En d’autres termes , les appareils organiques sont d’autant moins pourvus de foyers nerveux ou sensibles, et de faisceaux musculaires
ou contractiles , que les stimulus qu’ils ont à assimiler sont plus intimes, ont pénétré plus profondément dans l’organisme, sont enfin plus près de s’identifier avec la sublance propre de l’animal.
La caloricité par influx fait surtout partie des opérations de la mécanique vivante ; la caloricité végétative accompagne surtout les opérations de la chimie vivante. On peut en dire autant de la sensibilité et de la contractilité.
Les modes et l’intensité de la calorification organique sont donc un moyen , une sorte de mesure métrique de l’intensité et du mode des opérations vitales. Yoilà pourquoi cette manifestation est de la plus haute importance dans le diagnostic des divers états plus ou moins anomaux de l’organisme qui constituent les maladies , et pourquoi l’appréciation de son mode et de son intensité est une source si capitale d’indications , lorsqu’il s’agit de modifier ces états morbides par les moyens dont l’art peut disposer. Calor naturalis , etc... ad artem viedicam coarctatus primus, indicatus ità primus. Per quem omnes medici reguntur ad operationes rectè administrandas... Ideo à virtute calidi innati, prima indicatio desumitur quœ cœterarum indicationurn est regina.
Un appareil organique quelconque ne reçoit jamais ni sa raison d’activité ni son aptitude fonctionnelle d’un appareil postérieur à lui dans l’évolution embryogénique et dans l’échelle zoologique. Un appareil organique quelconque puise toujours sa raison d’activité et son aptitude fonctionnelle dans l’appareil qui l’a immédiatement précédé dans l’évolution embryogénique et l’échelle zoologique.
Un appareil organique quelconque reçoit toujours son stimulus de l’appareil qui l’a suivi dans l’évolution embryogénique et dans l’échelle zoologique.
Ces propositions démontrent mieuxque tout ce qu’on a dit jusqu’ici, que non-seulement l’homme, dans son évolution embryogénique , passe par tous les degrés de l’échelle zoologique, mais, de plus, que son développement intrà-utérin ne saurait s’accomplir autrement , c’est-à-dire suivant une hiérarchie différente.
Il résulte de la première de ces lois , que la fin et l’aptitude fonctionnelle ou la force préexistent toujours au moyen ou à l’instrument, et à l’action de cet instrument sur le stimulus , c’esta-diie à la fonction , car la fonction étant une
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activité ayant un but , ce but doit lui préexister ainsi (pie la force à l’aide de laquelle elle doit l’atteindre.
D’où il résulte qu’il faut, sous peine de ne rien comprendre à la physiologie, concevoir la force vitale indépendamment de son support ou moyen de manifestation, l’organisme.
D’où il suit encore que la vie ne doit pas être regardée comme le résultat de l’organisation ; mais, au contraire, que l’organisation doit être considérée comme le résultat de la vie.
On peut appliquer les lois précédentes au triple mode de toute manifestation vitale : sensibilité, contractilité-caloricité, plasticité, ainsi qu’à la triple forme de matière animale : albumine , fibrine, gélatine. L’anatomie et la physiologie générales découlent d’elles-mêmes de celte loi de génération appliquée aux trois formes de matière animale et aux trois modes de manifestation phénoménale que nous venons d’établir ; comme l’organogénésie et la physiologie spéciales sont renfermées tout entières dans la même loi de génération appliquée à l’ensemble des organes et appareils qui constituent l’homme.
Toutes les fois qu’un appareil organique agit immédiatement sur son stimulus propre au moyen de sa sensibilité, de sa contractilité et de sa caloricité , il y a plasticité ou fonction physiologique , c’est-à-dire que l’appareil est complet par le concours de la triple condition du principe, du moyen et de la fin engendrée suivant la loi énoncée plus haut. C’est une synergie. Rappelons ici que toute fonction ayant pour but une assimilation ou une désassimilation, tout stimulus est une matière assimilable ou désassimilable.
Toutes les fois qu’un appareil organique entre en action à l’occasion d’un travail synergique qui se passe dans un autre appareil, etc., c’està-dire chaque fois qu’un appareil entre en action sans la présence immédiate de son stimulus et au moyen de l’unité , de l’indivisibilité et de la continuité de la force vitale, on n’observe que des manifestations isolées ou réunies de la sensibilité, de la contractilité et de la caloricité, mais jamais de la plasticité : il n’y a pas fonction , ou , ce qui revient au même, l’appareil est incomplet par l’absence d’une de ses conditions, savoir, par l’absence d’un stimulus immédial. Par conséquent, il n’y a point non plus de but immédiat d’activité. C’est une sympathie. En effet, toute fonction, c’est-à-dire toute activité Vitale ayant un but, étant une assimilation ou
une désassimilation, ne peut se passer pour s’accomplir d’un stimulus matériel.
Toutes les fois qu’un appareil organique entre en action sans la présence immédiate de son stimulus, et en l’absence de toute stimulation immédiate portée sur un autre appareil , on n’observe (pie des manifestations isolées ou réunies de la sensibilité, de la contractilité et de la caloricité, mais jamais de la plasticité. Ces phénomènes, ainsi développés sans stimulation directe de l’appareil qui les produit et sans sympathie , révèlent et expriment un besoin de cet appareil pour son stimulus normal seulement en puissance et devant être assimilé. Il y a alors instinct, appétit, opportunité physiologique. C’est une spontanéité.
II y a donc, dans l’ordre physiologique : 1° des phénomènes synergiques; 2° des phénomènes sympathiques ; 3° des phénomènes spontanés. Nous n’en voyons pas d’autres. Passons à la pathologie.
Le père de la médecine a dit : Quœ faciunt in homine sano actiones sanas, eadem in œgro morbosas, c’est-à-dire la puissance et les instruments ( continentia et enormonta) qui accomplissent des actes pathologiques chez l’homme malade, sont les mêmes que la puissance et les instruments qui accomplissent chez l’homme en santé des actes physiologiques.
La force et les supports ou organes [continentia et enormonta) restant essentiellement les mêmes, il n’y a donc de changé dans l’ordre pathologique que les stimulus [contenta).
Si c’est bien, comme on n’en peut douter, la même force, c’est-à-dire la force vitale qui préside aux phénomènes physiologiques et aux phénomènes pathologiques, ces deux ordres de phénomènes n’ont pas un but d’activité essentiellement différent; car, en thèse générale ainsi que dans ce cas particulier, une seule et même force ne saurait avoir deux buts d’activité. Or le but immédiat d’activité de la force vitale, c’est le développement et la conservation de l’organisme, pour atteindre en définitive le but médiat et éloigné que nous avons assigné plus haut. Donc le but d’activité des phénomènes de l’ordre pathologique est, comme celui des phénomènes de l’ordre physiologique, la conservation de l’organisme.
Nous pourrions retourner l’argument et dire : Le but d’activité étant essentiellement le même dans ces deux ordres de phénomènes, la force à l’aide de laquelle ce but est rempli ne saurait
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Mre différente, car le meme but à atteindre suppose nécessairement la même force en activité.
Les causes primitives des maladies viennent donc toujours d’une altération, soit dans les stimulus , soit dans les conditions préexistantes. Or nous savons que les stimulus sont invariablement des matières assimilables , et que les conditions préexistantes sont les différentes manifestations d’activité de la force newtonienne. Par conséquent, les causes des maladies seront toujours, soit une altération des stimulus, savoir 1 action de matières non alibiles et inassimilables, soit un défaut de rapport entre l’organisme et l’action de la force préexistante dont les différents modes de manifestation sont la lumière, l’électricité (ou le mouvement) et le calorique.
Lorsqu’un appareil organique reçoit un stimulus anomal, vicié, etc., le but* immédiat d’activité de la fonction est changé, et au lieu d une élaboration assimilatrice et désassimilatrice physiologique, l’appareil exécute un travail d’élimination pathologique qui a une période d’irritation, de maturation ou de coction, de crise ou d’évacuation. C’est une fonction ou’une synergie morbide. On l’appelle fièvre essentielle . Le but médiat ou éloigné de celte opération est en définitive le même que celui d’une synergie physiologique, savoir, la conservation de l’organisme, etc. Les stimulus morbifiques viennent ou directement du dehors, ou du séjour intempestif dans l’organisme d’une matière excrémentitielle; ou enfin d’une altération lente survenue dans les matériaux de composition , soit que le germe de cette altération ait été reçu héréditairement, soit qu’elle se soit primitivement produite dans l’individu lui-même par le fait d’un grand nombre de circonstances que ce n’est pas ici le lieu de détailler.
Chaque appareil est ainsi susceptible de fonction et de synergie pathologique ou de fièvre essentielle, depuis le plus spécial jusqu’au plus général , ce qui produit des fièvres essentielles locales , comme par exemple une fièvre gastrique, et des fièvres essentielles générales, comme une fièvre inflammatoire quelconque. L’appareil des fonctions vitales communes ou le tissu cellulaire est aussi susceptible de sa fièvre essentielle.
0 esf l'inflammation ou l’irritation qui n’est qu’un le ses degrés, mais qui peut pourtant rester à -'et état, si le stimulus morbifique n’a pas été «ssez puisant pour attaquer et désorganiser la rame vitale. Dans ce cas, il n’y a qu’irrilalion mlogosc ou inflammation érythémateuse. La
fonction pathologique n’a qu’un but, l’élimination de la cause pathogénique, et qu’une seule période , la période d’irritation et d’élimination. Mais dans le cas où le stimulus morbifique a été assez puissant pour attaquer et désorganiser une portion de tissus vivants , le but de la fonction pathologique est double, et elle se compose alors de deux périodes, la période d’irritation et d’élimination, la période de régénération ou de cicatrisation par la production d’un tissu nouveau.
Ainsi toujours la connaissance du but engendre et peut seule engendrer la connaissance et la loi de filiation des phénomènes.
Les fièvres essentielles ou les synergies pathologiques offrent le type intermittent, rémittent ou continu, suivant que les fonctions naturelles des appareils par qui elles sont accomplies exécutent leurs opérations normales selon l’un ou l’autre de ces types. Elles sont d’autant plus intermittentes qu’elles sont accomplies par des appareils de la vie de relation ou de l’assimilation extérieure, et d’autant plus continues qu’elles sont accomplies par des appareils de l’assimilation intime ou nutritive. L’inflammation offre par conséquent ce dernier type au plus haut degré.
Toute fièvre essentielle ou toute fonction pathologique exigeant, pour s’accomplir, un stimulus inassimilable et par conséquent matériel, un instrument ou moyen, une fin ou but d’activité, ne saurait être produite sympathiquement, puisque les sympathies s’exerçant par l’intermédiaire du système nerveux, on ne peut concevoir celui-ci comme véhicule d’agents matériels. L’inflammation est d’autant plus dans ce cas, que 1 appareil au moyen duquel elle est accomplie préexiste dans l’échelle zoologique et embryonnaire au système nerveux, et que, selon notre loi générale, un appareil quelconque ne peut recevoir sa raison d’activité ainsi que son aptitude fonctionnelle d’un appareil qui lui est postérieur dans l’évolution embryonnaire et zoologique.
La force vitale est conservatrice dans l’état de santé. Elle est médicatrice dans l’état de maladie. Le résultat éloigné de son action est donc, en définitive, et ne peut être que le même.
Toutes les fois qu’un ou plusieurs appareils entrent en action pathologique à l’occasion d’un travail morbide qui se passe dans un autre ap- )areil, c’est-à-dire chaque fois qu’un autre appareil entre en action pathologique sans la présence immédiate d’un stimulus morbifique et au
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moyen de l’unité, de l’indivisibilité et de la continuité de la force vitale, on n’observe que des manifestations anomales isolées ou réunies de la sensibilité, de la contractilité et de la caloricité, mais jamais de la plasticité. Il n’y a pas fonction pathologique ou fièvre essentielle ; ou , ce qui revient au même, l’appareil fébrile est incomplet par l’absence d’une de ces conditions , savoir , par l’absence d’un stimulus morbifique immédiat ou matériel. Par conséquent, il n’y a pas non plus de but immédiat d’activité morbide. C’est une fièvre sympathique ou symptomatique. En effet, toute fonction pathologique étant une élimination, ne peut se passer, pour s’accomplir, d’un stimulus non assimilable , et partant, matériel.
Si les deux propositions qui précèdent ne sont pas erronées , la doctrine dite physiologique est fausse radicalement et dans toutes ses applications.
Toutes les fois qu’un ou plusieurs appareils organiques entrent en action pathologique sans la présence immédiate d’un stimulus morbifique et en l’absence de toute stimulation pathologique immédiate portée sur un autre appareil, on n’observe que des manifestations morbides isolées ou réunies de la sensibilité , de la contractilité et de la caloricité , mais jamais de la plasticité. Ces phénomènes morbides ainsi développés sans stimulation anomale directe de l’appareil qui les produit et sans sympathie, révèlent et annoncent dans l’organisme un stimulus morbifique en puissance, virtuel et devant être éliminé. Il y a alors opportunité morbide. C’est une affection ou une fièvre spontanée.
Le but ici est éloigné ; mais ces phénomènes spontanés n’ont pas de but immédiat d’activité , par conséquent ils sont sans coordination , sans régularité, surtout lorsqu’ils révèlent dans l’organisme la présence d’un stimulus se formant avec lenteur, ne s’assimilant que très-graduellement la masse du sang, ne se réalisant et ne devenant, d’agent virtuel et en puissance, agent effectif et immédiat ou matériel , qu’aprês une incubation très-prolongée. C’est là ce qui constitue les névroses , les maladies sans matière qui se larvent sous tant de formes, troublent l’organisme avec tant d’opiniâtreté, et finissent ou bien par s’user elles-mêmes, ou bien par détruire la vie en lésant directement des aptitudes fonctionnelles importantes au maintien de l’harmonie organique; ou bien, le plus souvent, par la réalisation de la matière morbifique et la pro-
duction d’une maladie synergique quelconque, mais surtout d’une maladie chronique avec matière.
La loi de génération des affections spontanées nous est invinciblement donnée par notre critérium général tiré de l’anatomie comparée, et duquel il résulte que le but d’activité et l’aptitude fonctionnelle préexistenl toujours à la fonction, c’est-à-dire à l’action immédiate du stimulus sur l’organe ou l’instrument qui exécute cette fonction. Cela explique pourquoi, lorsqu’il y a dans l’organisme un modificateur en puissance, un but d’activité nouveau devant être atteint , les aptitudes fonctionnelles éprouvent , avant l’invasion de la synergie pathologique , ces lésions qui révèlent un besoin insolite de l’économie. Du moment, en effet, qu’il y a un but nouveau et autre , les aptitudes fonctionnelles doivent être autres et préexister comme le but à l’action des moyens propres à remplir ce but. Telles sont les affections spontanées.
Il y a donc dans l’ordre pathologique : 1° des phénomènes synergiques ou essentiels; 2° des phénomènes sympathiques ou symptomatiques; 5° des phénomènes ou des affections spontanés. Nous n’en voyons pas d’autres.
Nous aurions maintenant à dire comment la force préexistante ou la force newtonienne, à la condition de laquelle la vie s’entretient, et dont les manifestations d’activité sont, comme nous l’avons dit, la lumière, l’électricité et le calorique, intervient dans la production des maladies. Mais il aurait fallu pour cela dire auparavant comment cette force intervient dans le maintien de la vie, et ce n’est pas notre objet.
Notre intention, en effet, n’a pas été dans ce travail, non plus que dans cette récapitulation très-sommaire, de publier des inslilutes de médecine, mais de montrer que la science médicale est une comme son objet; qu’on ne peut soulever un de ses points sans être capable de les soulever tous ; que , comme nous l’avons fait voir, l’étude d’une seule fonction suppose la connaissance de toutes les autres ; qu’essayer une théorie de la calorification , c’est entreprendre ur traité de physiologie, de même que s’engager î dire un mot sur la fièvre, c’est tenter un plai complet de pathologie générale ; enfin et c’es là le but, que pour se mêler de traiter un furon cle , un érythème , un accès de fièvre éphé mère, etc., il faut posséder toute la science e avoir étudié l’homme sous toutes ses faces. Cetl étude complète de l’homme , cette observatio;
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nue pt les intestins, et y produit tics fièvres
des phénomènes du point de vue de leur but d’activité, de leurs instruments et de leurs principes ou stimulus, n’est autre chose que Y hippocratisme.
De même, la considération exclusive d’un seul coté de l’homme sain ou malade engendre les conceptions étroites et éphémères qu’on a flétries du nom de systèmes, lesquels ont pour caractère de conclure toujours à des méthodes curatives exclusives, tandis que l’hippocralisme se sert dans l’occasion, et suivant les indications, de toutes les méthodes, et n’en répudie aucune à priori. Mais il veut qu’on connaisse les lois des phénomènes vitaux avant d’intervenir pour les modifier, il veut qu’on retourne la phrase de Baglivi , et que le médecin, naturœ minister et interpres, soit V interprète de cette nature avant d’en être le ministre.
Sous le rapport des indications et des contreindications qu’elles présentent pour la médication antiphlogistique, les maladies doivent encore être divisées en synergiques ou essentielles, sympathiques et spontanées.
Les maladies ou les fièvres essentielles étant toujours produites par une altération primitive des stimulus ou des matières à assimiler, les moyens curatifs les plus naturels de ces fièvres sont ceux qui ont le pouvoir d’éloigner, d’évacuer ces matières nuisibles, ces hétérogènes fébrifiques, comme on disait autrefois. En effet, comme l’art ne possède guère d’agents capables d’altérer et de neutraliser ces stimulus morbifiques, on a dû tout naturellement songer à provoquer leur évacuation et à empêcher ainsi d’emblée le travail nécessaire à leur élaboration, travail qui constitue les fièvres essentielles et qui met très-souvent l’organisme dans le plus grand danger. La nature elle-même devait suggérer ce genre de moyens par les évacuations qu’elle produit quelquefois par sa propre force, et à la suite desquelles la santé se rétablit.
Mais il n’est pas possible à l’art d’atteindre ce but dans toutes les fièvres essentielles. Cela lui est bien donné dans celles de ces fièvres qui se passent dans des appareils où la matière morbifique n’est pas encore contenue dans les secondes voies, n’est pas encore mélangée au sang , et n’a pas encore porté sa stimulation fébrile sur les instruments de l’assimilation générale; en un mot, cette évacuation directe et immédiate lui est possible quand la matière morbifique est contenue dans les premières voies, dans les appareils de l’assimilation digestive, dans l’eslo-
saburrales , soit bilieuses , soit muqueuses, soit alimentaires, etc. , telles que les fièvres gastriques, etc. Les vomitifs et les purgatifs sont alors d’un merveilleux et prompt secours.
Si, au contraire, le stimulus morbifique est passé des premières dans les secondes voies, ou bien si le sang a été primitivement lésé soit par la rétention , ou , comme on dit , la répercussion de liquides excrémentitiels , soit par une (altération lente et spontanée survenue dans sa crase, etc., tout moyen d’évacuer immédiatement et radicalement la cause pathogénique est interdit à l’art; car pour évacuer totalement cette cause matérielle , il faudrait faire une chose impossible , il faudrait évacuer tout le sang... La nature , quoi qu’on puisse faire, et, à moins qu’on n’ait à sa disposition un agent capable de se combiner au sang et de neutraliser la matière morbifique , la nature doit rester chargée de l’élaboration et de l’élimination de la cause.
Mais si l’art manque de moyens propres à évacuer intégralement et radicalement des secondes voies la matière morbifique, stimulus des fièvres essentielles générales, il n’est pas dépourvu de toutes ressources pour évacuer une partie du liquide altéré par ce stimulus , rendre celui-ci moins actif et moins dangereux , enfin pour aider la nature dans ses opérations médicatrices et résolutives.
Les émissions sanguines, l’introduction dans le sang de boissons délayantes et tempérantes , et l’emploi de l’ensemble des moyens énumérés en tête de ce chapitre et désignés sous le nom d’ antiphlogistiques , sont destinés à remplir les deux premières de ces indications. Les stimulants sont appropriés à la troisième : nous en avons traité dans notre lr0 et dans notre 2e partie.
Dans le traitement des fièvres essentielles qui s’accomplissent par les appareils de l’assimilation générale et des secondes voies , les émissions sanguines ne sont donc jamais curatives immédiatement et par elles-mêmes , mais constituent seulement des moyens adjuvants , de puissants , d’admirables procédés thérapeutiques pour enlever à l’organisme une partie plus ou moins considérable des éléments morbifiques , simplifier et rendre moins laborieuses, moins pénibles, moins longues, et par conséquent moins périlleuses la synergie pathologique, les opérations élaboralrices et éliininalrices de l’économie.
MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE
Les émissions sanguines , en diminuant la masse du sang et surtout la partie de ce liquide la plus aniinalisée et celle qui se reproduit le plus lentement, savoir, la fibrine, s’opposent à la multiplication indéfinie des levains morbifiques, à l’altération ou à l’assimilation progressive et considérable du sang par ces levains , et par conséquent apaisent l’intensité delà synergie fébrile et préviennent ainsi le nombre et la gravité îles phlegmasies qui en résultent.
De ce qui précède , on peut donc déjà tirer les conclusions générales suivantes :
Les émissions sanguines et la médication antiphlogistique sont généralement contre-indiquées dans les fièvres essentielles des appareils de la première assimilation ou dans les fièvres saburrales, parce que le stimulus morbifique est encore susceptible d’être évacué d’emblée et totalement par les agents thérapeutiques dont nous avons traité au commencement de cette partie, savoir , les évacuants des premières voies , les vomitifs et les purgatifs. Employer les émissions sanguines dans ces fièvres , c’est en général nuire, puisque l’évacuation du sang ne peut rien directement sur la cause de ces fièvres , et qu’au contraire elle peut favoriser le passage des matières dans les secondes voies en activant l’absorption de la membrane muqueuse gastrointestinale , et qu’en outre elle affaiblit l’organisme non-seulement en pure perte, mais en diminuant les forces dont il a besoin pour l’élaboration et l’éliminai ion du foyer morbifique contenu dans le tube digestif.
Les émissions sanguines et la médication antiphlogistique sont généralement indiquées dans les fièvres essentielles générales dont le stimulus est mélangé au sang et qui ont pour appareils les organes des dernières assimilations.
D’où il suit, pour prendre nos sujets d’indications dans le mode et l’intensité de la lésion de calorification , qu’on peut dire :
Les moyens antiphlogisüques sont, en général , d’autant plus indiqués que la chaleur fébrile est plus végétative. Ils le sont en général d’autant moins que la chaleur fébrile a plus les caractères de la chaleur nerveuse ou par influx. Dans l’appréciation de la mesure avec laquelle doivent être pratiquées les émissions sanguines, ce caractère différentiel peut être aussi d une très-grande valeur.
Les moyens antiphlogistiques sont par conséquent d'autant plus indiqués que la fièvre essentielle s’accomplit dans des appareils plus voisins
de ceux des fonctions vitales communes. Ils sont d’autant moins indiqués, que la fièvre s’accomplit par des appareils plus voisins de ceux de l’assimilation extérieure ou de la vie de relation.
Nous ne parlons pas et nous ne voulons pas parler des indications et contre-indications tirées de l’état de la constitution médicale régnante ; de l’âge et de la constitution des individus , des maladies antérieures , de la nature des stimulus morbifiques , de l’époque de la maladie , des complications, etc., etc. Ceci appartient à la clinique , et nous nous en occuperons dans un autre travail étranger à cet ouvrage, et qui le suivra de près. Nous pouvons dire seulement ce qui suit relativement à ces derniers points.
Les évacuations sanguines sont d’autant plus indiquées dans les fièvres essentielles générales et les phlegmasies, que le stimulus morbifique est moins hétérogène au sang et plus analogue à la nature de ce liquide , qu’il est moins animalisé , moins spécifique et moins susceptible de se multiplier indéfiniment. Elles sont d’autant moins indiquées que le stimulus morbifique possède à un plus haut degré les qualités précédentes , c’est-à-dire qu’il est plus hétérogène au sang , plus différent de la nature de ce liquide ; qu’il est plus animalisé, plus septique, plus spécifique et plus susceptible de se multiplier indéfiniment.
Les évacuations sanguines sont d’autant plus indiquées que la fièvre essentielle ou la phlegmasie sont plus près de leur invasion ( abstraction faite de la période d’opportunité dans laquelle on ne doit jamais saigner), et d’autant moins qu’on est plus éloigné de la période d’irritation et d’augment et plus près de la période de maturation et d’élimination.
Les émissions sanguines sont un moyen héroïque pour soulager ou pour nuire. Leur emploi est rarement indifférent. Il y a et il y a toujours eu deux méthodes ou deux manières générales de les mettre en usage dans les maladies dont il est maintenant question. La première de ces méthodes est, comme on dit , rationnelle , c’est-à-dire qu elle découle de la connaissance de la maladie et des lois de l’organisme. Elle est dirigée par la science des indications. C’est la méthode hippocratique. Partant de l’idée que la fièvre essentielle , quelle qu’elle soit , est une fonction de l’ordre pathologique ; qu’elle a un principe , un moyen et une fin ; que ce but c’est le rétablissement de la santé ; que ce moyen , c’est la fièvre ; que ce principe ou sti-
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mulus , c’est une matière ù éliminer, etc.; elle ne voit dans les émissions sanguines qu’un moyen de soulager la nature , de faciliter ses opérations, de lui épargner, qu’on nous permette cette locution , une partie de son travail , d’empêcher la multiplication indéfinie du levain fébrile, de la matière morbifique , etc., tout en lui laissant ses prérogatives et le soin des actions qu’elle seule peut accomplir. Elle part de la considération du but, pour comprendre ce que doivent être les moyens. Elle fait ce que la nature ne saurait faire sans danger; mais elle s’abstient toutes les fois que, par l’observation et l’interprétation des phénomènes morbides , elle a appris que la nature fait mieux qu’elle. C’est la méthode suivie par tous les grands médecins sans exception. Ceux qui s’en sont éloignés sont ou des systématiques ou des empiriques.
La méthode de ceux-ci consiste à vouloir tout faire. Ils nient la force vitale et son but , parce qu’ils ignorent complètement les lois de la vie dans la santé et dans la maladie. Parmi eux , vous ne rencontrerez jamais un observateur ni un de ces grands praticiens dont le nom survit ù toutes les révolutions médicales. Ils évacuent les secondes voies comme il est permis d’évacuer les premières dans les cas de fièvre gastrique ou saburrale. Ce sont les jugulateurs de fièvres, les partisans des saignées coup sur coup. A chaque siècle on en a vu un ou deux attaquer avec fougue tout ce qui est science et observation sérieuse et complète de l’homme malade , niant le passé , prétendant tout soumettre à leur petit et inflexible niveau , faisant plus d’éclat et de fumée avec leurs succès , leurs relevés cliniques d’où la mortalité est bannie , que Baillou , Sydenham et Stoll , avec ces histoires d’épidémies dans lesquelles ils n’ont pas eu la puérile intention de prouver qu’ils guérissaient plus souvent ou plus vite que tel ou tel de leurs confrères, mais qu’ils guérissaient bien et avec la conscience de ce qu’ils faisaient. Et si chaque siècle en a vu un ou deux s’agitant ainsi sur le chemin de la médecine hippocratique en l’insultant et la dénigrant sans connaissance de cause, comme pour l’arrêter dans sa marche , le même siècle a fait justice de leurs prétentions , de leurs vues bornées de leur superbe dédain pour ce qu’ils ne savaient pas et qui est presque tout, comme de leur orgueil pour ce qu’ils savaient et qui n’est presque rien ; il a fait justice surtout de leur empirisme aveugle et de leurs succès
spécieux. Il ne les aurait absous qu’à cause de leur bonne foi , s’il n’eût pas été utile de montrer aux siècles suivants que l’erreur est d’autant plus funeste qu’elle est sincère , parce qu’alors elle s’appelle fanatisme. Voilà ce que l’histoire nous apprend.
Notre époque a aussi des partisans de celle méthode empirique. Leur grand argument aujourd’hui, c’est le numérisme, c’est-à-dire le scepticisme et la négation de la science. Ces médecins ( ils le disent eux-mêmes) ne tiennent pas aux doctrines, aux idées, mais au succès. Sophisme misérable et dangereux qui pourrait bien impliquer ceci : je traite et je guéris sans savoir ce que je fais ! Comment compter sur des succès ainsi obtenus?
Est-ce à dire pour cela que nous voulions nier la puissance des émissions sanguines coup sur coup ? Nous nous en gardons bien. Celle méthode a de tout temps été mise en usage par les médecins hippocratistes , mais d’après des indications et non pas comme méthode exacte et exclusive, c’est-à-dire sceptique et empirique. Voilà où est le mal.
Si nous nous permettons ces reproches contre la méthode des saignées coup sur coup , ce n’est ni par passion ni sans réflexion. Nous avons vu, et c’est le résultat de nos observations rapproché de tout ce que nous avons observé ailleurs , de tout ce que l’histoire nous apprend, de toutes nos études physiologiques et pathologiques qui nous commande de nous élever contre l’abus d’une semblable thérapeutique.
Ailleurs , nous traiterons spécialement cette question du point de vue clinique , et nous entrerons alors 1° dans l’étude de la méthode numérique , c’est-à-dire empirique, appliquée à l'appréciation de la valeur des saignées coup sur coup dans le traitement des maladies aiguës ; 2° dans l’examen des maladies elles-mêmes , des malades eux-mêmes traités par celte méthode , et nous prouverons dans ces travaux que nous avons mis tout à la fois de la conscience et de la science dans nos griefs généraux contre la méthode empirique des saignées coup sur coup.
Nous finirons en citant les deux passages suivants d’un petit livre admirable dû au talent inimitable et profond de M. le professeur Lordal.
« Galien , ayant à traiter une fièvre synoque simple , s’avisa de la supprimer par une saignée excessivement abondante. Ses confrères le félicitèrent d’avoir ainsi jugulé une fièvre : jugu-
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lasti febreni. Depuis celle époque , la saignée abondante , dans toute fièvre, a été la routine banale de beaucoup de médecins. Dotal , Patin , Sylva, Bosquillon, en ont fait la base de leurs traitements. Vous savez bien que leur thérapeutique n’a pas été donnée comme un modèle par ceux qui s’y entendent.
» La saignée jusqu’au blanc est le knout de la thérapeutique. Elle met ceux qu’elle n’a pas tués dans l’impossibilité de présenter des symptômes pendant quelque temps; mais tout comme les Russes ainsi fustigés retombent souvent dans la faute qui leur avait mérité cette punition , de même l’affection qui avait donné lieu à la saignée reproduit les mêmes symptômes dès que le système a assez de force pour les former. Ne vous semble-t-il pas que ces correcteurs et ces thérapeutistes sont à peu près de la même force? »
Les maladies ou les fièvres sympathiques n’indiquent les émissions sanguines et les moyens antiphlogistiques que pour calmer la phlegmasie ou le travail local dont le retentissement sur le reste du système a pu déterminer cette fièvre. Mais celle-ci, par elle-même, les contre-indique en général toujours. Les émissions sanguines ne peuvent rien directement contre cette affection, car le sang n’est en rien altéré , ne contient aucun principe dont il faille diminuer la quantité ou atténuer l’activité. Au contraire , les émissions sanguines, dans ces cas, ne font qu’accroître la susceptibilité aux sympathies en produisant l’éréthisme. La confusion des fièvres essentielles avec les fièvres sympathiques, confusion due à la doctrine dite physiologique , a bouleversé bien fâcheusement toute la thérapeutique des maladies aiguës. C’est à indiquer les causes et les dangers de cette confusion que doivent tendre tous les efforts des observateurs.
C’est surtout aux émissions sanguines locales qu’il faut avoir recours pour faire cesser les fièvres symptomatiques ou sympathiques produites pardes irritations locales ou des phlegma- 4 sies. Les émissions sanguines générales ne doivent guère être mises en usage que dans les cas où la fièvre générale devient essentielle , et dans ceux où , chez un sujet très-vigoureux , la phlegmasie menace d’être considérable et profondément désorganisatrice. Presque toujours
alors ces cas sont traumatiques, et jamais les émissions sanguines locales ne sont plus indiquées. Lorsque des phlegmasies de celte intensité ne sont pas traumatiques, elles sont toujours accompagnées d’une fièvre essentielle qui peut motiver alors les saignées générales.
Les affections spontanées n’indiquent que trèsrarement les émissions sanguines, et encore quand elles peuvent les indiquer , ce n’est pas par elles-mêmes , mais pour des complications spéciales. Ce n’est pas que dans ces affections les évacuants soient contre-indiqués, mais on les emploie d’une manière qui n’a aucun rapport avec les intentions qu’on se propose dans les maladies aiguës. C’est surtout à litre de traitement préventif qu’elles sont admises avec les autres genres de spoliation humorale. On sent , d’après les idées exposées dans ce travail, la raison de toutes ces distinctions entre la valeur des émissions sanguines dans les maladies ou fièvres synergiques, sympathiques et spontanées.
Telles sont les conclusions principales les plus générales qu’on peut tirer de notre travail pour l’emploi de la médication antiphlogistique. Mais cela serait bien peu de chose, si on ne descendait pas dans les spécialités de la clinique. Après avoir fait de la physiologie, de la pathologie et de la thérapeutique générales, il faut aborder les individualités. Notre lâche est remplie aujourd’hui. La seconde partie du travail, la partie spéciale et clinique nous reste à traiter, et nous ne reculerons pas devant cette tâche. Nous n’aurons pour la remplir qu’à analyser les faits et produire les observations dont ce travail est la synthèse. Nous rendrons à l’observation clinique ce qu’elle nous a donné.
Les médecins hippocratistes apprécient les détails comme les généralités. Ils savent que le progrès consiste à enrichir la médecine de vingtdeux siècles de tous les faits , de toutes les connaissances d’acquisition moderne ; et qu’afin d’utiliser les beaux travaux de l’école de Paris, il faut les arracher du terrain stérile qui les a produits et où ils restent inféconds, pour les transplanter dans un champ plus fertile et leur voir porter des fruits que n’avaient pas même soupçonnés ceux qui s’obstinent à les cultiver sur le sable aride où ils s’étiolent et se dessèchent.
SÉDATIFS ET CON TRO-STIMULANTS
SÉDATIFS HT CONTRO-STIMULANTS