FROID
De même que nous avons placé le calorique en tète des stimulants, nous devons placer le froid en tète des sédatifs.
Ce n’est pas que ces deux influences, qui nous font éprouver des sensations si contraires et dont les effets sont si opposés, constituent deux principes , deux agents distincts, etc., car il ne faut pas reconnaître dans les impressions si inconciliables et si radicalement opposées que le chaud et le froid produisent sur nous, autre chose que deux états opposés de la vie perçus par l’âme et déterminés par l’accumulation ou la soustraction excessives d’un seul et même agent, le calorique. Voilà pourquoi, si un certain degré dans l’action de ce principe sur les corps organisés consitue le radical des stimulants, la privation de cette même influence constitue le radical des sédatifs. Le chaud, c’esl-ù-dire l’action sur l’organisme d’une température supérieure à la sienne, est une influence positive ; le froid , c’est-à-dire l’action sur l’organisme d’une température inférieure à la sienne, est une influence négative.
Nous avons prouvé dans nos recherches sur l’inflammation, etc. (page 178), que Broussais avait commis une erreur très-grave en disant que la vie de l’animal ne s’entretient que pur les stimulants extérieurs, etc.., et par conséquent par le calorique, que cet auteur range parmi le premier et le plus indispensable des stimulants. L’action du calorique est une condition sans l’antériorité ou la préexistence de laquelle la vie ne saurait ni se développer ni s’entretenir dans les corps organisés; mais ce n’est pas par lui que s’entretient cette vie une fois développée; ce n’rsl pas le calorique qui lui fournit son sti-
mulus ou son aliment ; seulement il la met dans le cas d’exécuter les actes nécessaires pour se développer et s’entretenir par l’assimilation de ses stimulus. Il n’est pas le stimulus des organismes, mais une de leurs conditions d’existence. Un certain degré dans son action forme la condition principale à laquelle la vie se maintient. Lorsque ce degré dépasse une certaine limite, la vie cesse par excès d’action , et s’éteint en passant par tous les degrés de la faiblesse que Brown appelle indirecte, que d’autres, comme Galien et Barthez, ont appelée relative ou par oppression. Lorsqu’au contraire ce degré s’abaisse trop au-dessous d’une certaine limite , la vie cesse par défaut d’action et s’éteint en passant par tous les degrés de la faiblesse que Brown appelle directe et que Barthez nomme absolue ou radicale.
On voit donc comment le calorique soustrait ou le froid est le plus absolu, le plus franc et le plus radical des sédatifs. Il s’oppose aux manifestations de l’activité vitale, enchaîne et déprime les phénomènes de réaction de la manière la plus simple et la plus directe , c’est-à-dire d’une manière spécifique et sans atteindre ce résultat par des opérations intermédiaires.; et on le conçoit , puisqu’il n’est autre chose que la suppression plus ou moins considérable de la condition à laquelle la vie se maintient.
Il agit d’abord sur la manifestation initiale de fout acte vital, la sensibilité, qu’il rend moins impressionnable à l’action des stimulus, et qu’il finit par émousser et éteindre complètement. Par elle, il agit sur la contractilité, dont il plonge les instruments dans la torpeur et l’inertie. Nécessairement, alors, il affaiblit et empêche la caloricité et suspend les phénomènes de l’affinité
SÉDATIFS ET CONTRO-STIMULANTS
vitale ou de la plasticité par la congélation, comme l’accumulation excessive du calorique les avait suspendus par la combustion.
Le médecin a si souvent besoin dans les maladies d’apaiser l’activité extraordinaire de certaines manifestations de la sensibilité, de la contractilité , de la caloricité et de la plasticité, que le calorique soustrait ou le froid lui est d’un puissant secours. Mais cette médication, par cela même qu’elle est puissante, ne doit être employée que sur bonnes indications, et peut être nuisible au même degré qu’utile.
Nous avons dit que l’action immédiate du froid à un certain degré était la sédation; mais cette action immédiate et spécifique est suivie d’une action opposée qu’on appelle à tort réaction, puisque toute réaction dans l’organisme suppose une chose , un stimulus contre lequel cette réaction s’exerce. Or ici il n’y en a pas. Ce retour abondant de vie, qui succède, dans une partie soumise au froid , à la sédation produite par celui-ci, n’est autre chose qu’une excitation spontanée de cette partie; de même que rabaissement de température et la sorte d’asthénie qu’on observe dans une partie soumise à une température très-élevée ne sont autre chose qu’une sédation spontanée . Ce qui a été dit dans le chapitre précédent sur le phénomène de la spontanéité vitale nous dispense d’entrer ici dans de plus longs détails. C’est dans l’étude de ce fait de la spontanéité, si peu exploré par les physiologistes , que ceux-ci auraient trouvé pourtant la solution de difficultés que leurs théories insuffisantes de la chaleur animale ne leur ont pas permis de surmonter, difficultés qu’ils ont néanmoins cru vaincre, tandis qu’en vérité elles n’étaient pas même touchées par ces deux opinions , donl l’une attribue ù une absorption plus considérable d’oxygène par les poumons la résistance plus considérable que les animaux opposent au froid de l’hiver, et dont l’autre attribue à une évaporation cutanée plus abondante la résistance plus considérable que les animaux opposent à l’extrême chaleur pendant l’été. Pour expliquer ces deux faits si importants et si inexpliqués par les deux hypothèses précédentes , comme nous l’avons démontré à la page 69 et aux pages suivantes, il faut de toute nécessité invoquer la spontanéité vitale, et se rappeler les lois que nous lui avons reconnues dans les recherches pour servir à la médication antiphlogistique. On comprendra alors comment, en vertu des lois immuables de l’in-
stinct vital conservateur, l’organisme oppose toujours à la chaleur extérieure une sédation spontanée , et au froid extérieur une excitation spontanée. Cette observation nous montre un des procédés les plus éclatants et les plus puissants de ce qu’on appelle la force conservatrice et médicatrice de la nature.
On peut donc à l’aide du froid obtenir une médication tout opposée à la médication sédative, et, ainsi considéré, le froid est un des agents les plus efficaces de la médication tonique. Nous en avons traité sous ce point de vue dans notre seconde partie. Il faut ici ne l’envisager que dans les effets thérapeutiques qu’on peut retirer de son action immédiate ou sédative. Alors , il est encore susceptible d’un autre mode d’action qui se joint à l’action sédative et s’obtient par elle ou plutôt par l’impression brusque que cause sur la peau l’application soudaine du froid; nous voulons parler de la médication perturbatrice.
L’eau froide et la glace sont les moyens les plus ordinaires que la thérapeutique mette en usage pour produire les effets de la médication sédative. Le plus souvent, c’est sur la peau qu’on agit, soit localement, soit généralement. D’autres fois, c’est par des boissons fraîches ou glacées, par l’ingestion de fragments de glace , par des lavements froids , des injections froides, etc... Les indications principales qui peuvent être remplies par cette médication dans les affections locales ont été exposées dans notre seconde partie aux articles Plomb , Alun, et dans les généralités de la médication tonique, où nous avons discuté l’opportunité et le danger de l’emploi des astringents dans un grand nombre de maladies. Tout ce que nous avons dit alors de ces substances s’applique rigoureusement au froid. C’est surtout dans le traitement des phlegmasies traumatiques que cet agent doit être employé, de même qu'il faut le bannir du traitement des phlegmasies qui reconnaissent des causes internes, des épines métaphysiques. Telle est la règle la plus générale et la plus importante qu’on puisse donner sur l’usage du froid dans les irritations et les phlegmasies. Ce principe est aussi vrai et aussi capital , appliqué au traitement des hémorragies par le froid, à moins toutefois qu’une hémorragie, quelle que soit sa cause, ne mette, par son abondance, les jours du malade en danger.
Ce n’est donc pas dans les fonctions pathologiques, dans les maladies avec matière, dans les