‹ Traité de thérapeutique et de matière médciale [sic]Chapitre 225 sur 242 · Partie thérapeutique · texte numérisé non relu

Partie thérapeutique

Il est peu de médicaments qui aient excité autant de controverses que l’antimoine. Longtemps proscrit par des arrêts solennels émanés ou des grands corps politiques de l’État ou des facultés de médecine, il a été vanté avec une exagération que la persécution pouvait seule justifier; il a été déprécié avec un acharnement que ne justifiaient pas toujours les accidents causés par l’imprudence ou l’impéritie.

De toutes les préparations d’antimoine dont fourmillaient les anciennes pharmacopées, deux seulement avaient survécu : l’émétique et le kermès ; et si quelques médecins se hasardaient encore à prescrire l’antimoine diaphorétique, ce n’était que dans des circonstances fort rares. De nos jours, en France, on a même presque complètement abandonné le kermès ; et le tartre stibié est resté seul en possession d’une réputation qui lui a été vivement contestée.

Nous aurons à examiner , dans le cours de ce travail, si l’on n’a pas trop dédaigné des préparations antimoniales utiles , et si l’usage presque exclusif du tartre stibié n’a pas été la seule cause des préventions que l’on a conçues contre l’antimoine.

Nous avons, pendant huit ans, expérimenté avec le plus grand soin, dans notre hôpital, l’action comparative des diverses combinaisons de l’antimoine, et nous sommes parvenus à quelques résultats nouveaux qui ne nous paraissent point indignes d’être relatés ici.

Toutes les préparations antimoniales , quelles qu’elles soient, possèdent une propriété irritante, d’autant plus active qu’elles sont plus solubles, îinsi, l’émétique appliqué sur la peau, sur la membrane muqueuse de l’œil, du nez, de la bouche, des parties génitales, détermine une

PARTfE.

inflammation de nature spéciale , et d’une grande gravité. Porté dans le canal alimentaire, il y cause toujours une inflammation plus ou moins vive, et subordonnée à l’étal antér ieur du tube digestif, et à quelques autres circonstances organiques qu’il est difficile et souvent impossible d’apprécier.

Un effet à peu près constant de l’ingestion des antimoniaux , c’est le vomissement. Mais les doses qui peuvent le provoquer varient singulièrement ; car le tartre stibié , par exemple , peut faire vomir à la dose de moins d’un quart de grain , et l’acide anlimonique doit être porté jusqu’à un gros et davantage pour produire un effet vomitif analogue. Injectés dans le rectum, dans les veines , ou. soumis à l’absorption dans quelque point que ce soit , les antimoniaux provoquent le vomissement plus sûrement encore que lorsqu’ils sont mis en contact avec la membrane muqueuse de l’estoinac : ce qui prouve que le vomissement est, dans ce cas, plutôt l’effet d'une modification spéciale du système nerveux que de l’irritation locale déterminée par l’application du médicament.

Dans l’acte du vomissement , les malades éprouvent un sentiment d’horripilation , suivi bientôt d’un commencement de lipothymie qui s’accompagne le plus ordinairement d’une sueur abondante. Ces phénomènes ne sont pas particuliers aux vomissements produits par l’antimoine, mais ils appartiennent aussi à ceux qui sont causés par tout autre agent thérapeutique, et la diaphorèse ne doit pas plutôt être attribuée aux antimoniaux qu’à toute autre substance vomitive. La chose est si vraie , que , sur plus de cent malades que nous avons soigneusement interrogés pour savoir si les préparations antimoniales et l’antimoine diaphorétique principalement provoquaient une sueur plus abondante , deux seulement nous ont paru avoir sué un peu plus que d’habitude , et encore nous a-t-il été impossible d’apprécier si la diaphorèse avait été, dans ce cas, une circonstance naturelle de la maladie , ou si elle avait été déterminée par la médication. C’est pourquoi nous n'hésitons pas à déclarer que , très-certainement, les antimoniaux ne sont sudorifiques que dans l’acte même du vomissement, et qu’à ce litre ils ne l’emportent sur aucune autre substance vomitive. Que si, dans le cours d’une pneumonie aiguë, la peau est sèche et chaude , et qu’a près l’administration de l’antimoine, elle devienne fraîche et humide , il n’en faudra pas

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conclure à l’action diaphonique du médica- 1 ment, car le même effet eût été produit par toute autre médication qui eût modifié la fluxion de poitrine de la même manière. Une autre cause a peut-êtr», de nos jours, accrédité parmi les médecins l’opinion que nous venons de combattre. On a vu que, dans le rhumatisme articulaire aigu traité par le tartre stibié, les malades ruisselaient de sueur , et l’on a attribué celle sécrétion à l’émétique, d’autant plus volontiers qu’une opinion populaire , partagée malheureusement par beaucoup de médecins, considère la sueur comme le signe prognostique le plus favorable dans la maladie qui nous occupe ici. De là cette pratique pernicieuse d’ordonner aux rhumatisants des bains de vapeur ou des bains chauds ordinaires , ce que l’on eût évité si l’on eût pris la peine d’observer que , de toutes les maladies aiguës sporadiques , le rhumatisme articulaire est peut-être celle qui s’accompagne le plus ordinairement de sueurs abondantes. Cette simple notion clinique suffit pour faire apprécier à sa juste valeur la prétendue vertu diaphorétique du tartre stibié, administré autrement que comme vomitif.

Arrivons maintenant à l’élude des propriétés spéciales des antimoniaux , propriétés tellement importantes que l’on doit s’étonner tous les jours , moins de l’enthousiasme exagéré qui a accueilli cette substance , lorsque la matière médicale en a fait la conquête , que du discrédit dans lequel elle est tombée aujourd’hui. Nous croyons qu’il existe, en thérapeutique, peu d’agents antiphlogistiques aussi puissants lorsqu’on l’administre d’une manière et dans des cirsconstances convenables Nous ne croyons pas non plus qu’il y ait de médicament dont l’innocuité soit plus constante , pourvu que l’on sache choisir la préparation antimoniale , et qu’on la donne avec les précautions sur lesquelles nous insisterons dans le cours de cet article.

Le travail que nous avons publié , en 1835 , sur l’antimoine , dans le Dictionnaire de Médecine en 25 volumes , a été l’objet d’attaques tellement violentes, et nous a valu de si fortes injures, qu’il est essentiel de revenir sur les faits que nous avons observés et sur les conséquences que nous en avons tirées.

Avant tout, il est essentiel de discuter une loi de thérapeutique générale, qui semble de nos jours totalement oubliée, à savoir : que les constitutions médicales ont une influence immense sur le mode d’action des médicaments.

On peut légitimement considérer les substances médicamenteuses , quand elles sont appliquées au corps de l’homme , comme des agents morbifiques , assimilables à ceux qui nous assiègent communément. Or on se demande tout d’abord si les agents morbifiques ordinaires ont toujours le même mode d’action. C’est à l’expérience de répondre.

Un homme, dans une certaine constitution épidémique, est exposé à l’intempérie de l’air; il contracte une pneumonie , plus lard un rhumatisme articulaire, ailleurs une pleurésie, dans d’autres cas une dyssenterie. La même cause ici a déterminé une fluxion inflammatoire sur des organes différents. Ce fait s’offre si souvent à l’observateur qu’il ne peut être controversé par personne. Ainsi, pendant l’épidémie du choléra, la cause en apparence la moins propre à troubler les fonctions digestives causait de la diarrhée et quelquefois le choléra d’emblée. Deux ans plus tard , pendant le règne de la grippe, celte même cause déterminante , à laquelle naguère nous avions rapporté le choléra , donnait lieu maintenant à une forme particulière de catarrhe.

Or rien n’avait changé dans la cause; elle était identique à elle-même ; comment ne produisaitelle pas les mêmes effets?

C’est que dans l’action d’une cause il y a deux choses également importantes à considérer. D’abord la nature de la cause qui reste toujours semblable à elle-même, et le support de la cause, savoir , l’économie à laquelle elle s’applique , qui varie à l’infini , et qui réagit en vertu de l’idiosyncrasie d’abord, et aussi en vertu d’une i disposition accidentelle qui , à elle toute seule, exerce une immense influence. C’est cette dispo-a sition accidentelle qui, départie à un grand. s nombre d’individus dans un même temps , dansiij un même pays, prend le nom de constitution épidémique , qui est à la masse ce que Vidio- i syncrasie ou la constitution particulière est à l’individu.

Quand donc tous ou presque tous les hommesi ti ont une constitution accidentelle commune , que j’appelle constitution médicale ou épidémique , la même cause qui , en dehors de cette: constitution , produisait des effets donnés , produira des effets tout différents, parce que préci-< sèment le support de la cause , savoir, l’économie, se trouvera dans une disposition différente, ? en vertu de laquelle elle réagira différemment. P

Or le médicament appliqué à l’homme trouve:*!

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le malade non-seulement avec l’infirmité spéciale contre laquelle il est administré , mais encore avec la constitution commune ou épidémique qui , nécessairement, va modifier ses effets. Pour prendre un exemple, supposons dans un pays une constitution cholérique. Si le mercure est employé en frictions dans la péritonite puerpérale ou le rhumatisme articulaire , il surviendra presque immédiatement des accidents du côté du tube digestif dont la gravité pourra être extrême ; de sorte que, dans ce cas, le mercure, distrait de son action naturelle , a été influencer l’intestin avant d’avoir manifesté les effets qu’il produit ordinairement.

Ici l’exemple est grossièrement évident; mais, pour n’être pas aussi nettement manifeste , l’influence de la constitution médicale n’en est pas moins constante dans une multitude d’autres circonstances.

Est-il vrai que, telle année , tous les érésipèles cèdent avec une facilité merveilleuse à deux ou trois émissions sanguines; que, l’année suivante, une saignée sera suffisante ; que , plus lard , l’émétique rendra de plus grands services que les pertes de sang; que, dans d’autres circonstances, une médication purement expectante réussira mieux ? Voilà donc les émissions sanguines, l’émétique, les simples émollients éprouvant des succès divers dans la même maladie, en raison de modifications spéciales éprouvées par l’organisme.

Au même rang se placent beaucoup de médications et de substances médicamenteuses, et il est bien facile de recueillir à ce sujet les témoignages de tous les médecins qui onl écrit avant notre siècle d’expérimentation inintelligente.

Aujourd’hui un médecin se met en tête une idée thérapeutique , ou plutôt une idée d’expérimentation , ce qui ri’est pas la même chose. Il va soumettre sans acception d’âge , de sexe , de tempérament, de constitution médicale, tousses malades à un traitement identique, pendant une longue période d’années , et il enregistrera gravement le nombre des décès et des guérisons , mois par mois, an par an , et tirera de là des lois thérapeutiques qu’il regardera comme irréfragables. Peu lui importe que telle année il ail à déplorer une mortalité effroyable, que telle autre il ait à se réjouir d’un grand nombre de guérisons ; pour lui , c’est une question de chiffes; il veut ses additions, et le résultat est ce lu’il appelle une loi.

Mais si vous lui demandez pourquoi , en 1850,

il a perdu 1 malade sur 3, et pourquoi, en 1840, il en perd 1 sur 10, il ne s’en inquiète guère, et il conclut avec aplomb que la maladie était moins grave en 1840 qu’en 1850. Sa conclusion serait légitime s’il avait abandonné ses ma!ades aux seuls efforts de la nature ; mais il compte pour rien son traitement , et il ne comprend pas que l’année dans laquelle il a perdu le plus de malades serait celle peut-être où il en serait mort le moins, si le traitement eût été autre.

Quand on lit avec attention les belles pages de Sydenham et de Sloll sur les modifications thérapeutiques que nécessitaient les constitutions épidémiques qu’ils observaient avec tant de soin, on reste convaincu, d’une part, de l’étroitesse de vue des médecins qui restent toujours dans la même voie , malgré le changement de constitution; d’autre part de l’influence extrême que le changement de constitution exerce sur le mode d’action des mêmes médicaments dans une maladie dont la manifestation locale est la même. Revenons à l’antimoine.

Pour bien faire comprendre la différence immense qui sépare le mode d’action des antimoniaux observé en 1831 et 1832, et celui des mêmes médicaments administré en 1838 , qu’il nous suffise de jeter un coup d’œil sur les effets immédiats de ces agents , et l’on jugera par là quelle doit en être l’influence secondaire. Or le lecteur admettra aisément que , s’il est possible de mal juger les résultats secondaires d’une médication, au moins est-il toujours impossible de se tromper sur son action immédiate.

En 1831, à l’Hôtel-Dieu et dans notre pratique particulière, nous ne pouvions dépasser, pour l’adulte, la dose de 1 gramme (18 grains) d’oxyde blanc d’antimoine , pour un jour , sans donner lieu à des vomissements et à de la diarrhée. Nous ne pouvions prescrire le kermès à plus de 3 à 5 décigrammes ( 6 à 10 grains), et encore étions-nous obligés de le mêler à une assez grande quantité d’opium pour le faire tolérer. Quant à l’émétique, il provoquait si constamment de graves accidents, et il était si difficile de le faire supporter aux malades, que nous avions été forcé d’y renoncer.

Ce que nous observions à l'Hôlel -Dieu de Paris, d’autres praticiens le remarquaient également dans d’autres hôpitaux et dans leur' clientèle. Aujourd’hui, dès le premier jour, on peut donner à un adulte 16 grammes (1/2 once) d’antimoine diaphorélique lavé sans qu’il éprouve même un soulèvement d’estomac. Nous portons

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d’emblée le kermès A la dose de 2 à 5 grammes (36 A 54 grains ) , et nous ne sommes pas obligés de lui associer le sirop diacode. Dans les pneumonies, dès le premier jour, nous n’hésitons pas à conseiller i gramme ( 18 grains) d’émétique, et c’est A peine si une dose ainsi élevée fait vomir une ou deux fois.

Ici , nous le répétons, il ne peut y avoir d’erreur, et pourtant ces résultats sont à ce point évidents qu'ils frappent tous les yeux, etque certains médecins , qui jadis s’élevaient contre nous avec violence parce (pie , disaient-ils , nous causions avec le kermès d’horribles gastro-entérites, disent aujourd hui dans leurs leçons publiques que ce médicament est A peu près aussi inerte que du sucre en poudre.

On est en droit maintenant de se demander si l’immense différence que l’on remarque aujourd’hui entre les effets immédiats des mêmes préparations antimoniales , comparés A ceux que l’on observait il y a huit ans, n’est pas un grand motif de supposer qu'il a dû en être de même pour les effets secondaires.

Il est pour nous incontestable que les antimoniaux donnés A une dose convenable sont un des plus héroïques moyens dans le traitement de la pneumonie ; mais les doses n’ont rien d’absolu , et elles doivent changer non-seulement suivant chaque individu , mais aussi suivant les constitutions médicales, et nous ne comprenons pas en vérité pourquoi il n’en serait pas de l’antimoine comme de la saignée.

Est-il au monde un médecin assez infatué d’une théorie qui n’admette que les émissions sanguines doivent être proportionnées A la force du sujet et à sa constitution individuelle? Est-il un médecin attentif qui , employant la saignée dans la pneumonie, n’ait remarqué que, certaines années, il obtenait la guérison A plus ou A moins de frais que l’année précédente , et cela indépendamment de la constitution individuelle? Cette manière d’être nouvelle se trouvait sous l'influence de la constitution épidémique. Est-il donc si surprenant que l’antimoine en tant qu’aient thérapeutique se trouve précisément dans le même cas que les émissions sanguines?

Si nous sommes entrés dans cette discussion , ce n’est, en aucune manière, pour réclamer une espèce debill d’indemnité, mais bien seulement pour justifier les différences que l’on trouvera entre ce chapitre et l’article que nous avons publié en 1833, dans le Dictionnaire de Médecine en 23 volumes.

Nous avons donné , depuis plusieurs années , des préparations antimoniales A un grand nombre de malades atteints d’affections non fébriles, telles que sciatiques , rhumatismes et catarrhes chroniques , douleurs nocturnes syphilitiques, etc. , etc. La grande circulation , la respiration, la sécrétion urinaire, ont éprouvé de très-importantes modifications.

1° La circulation. — Le pouls devenait plus faible, plus lent; les impulsions du cœur explorées avec le stéthoscope étaient en harmonie avec le pouls. Nous avons vu le nombre des pulsations descendre en trois jours de soixante-douze A quarante-quatre, et se soutenir longtemps A ce dernier nombre. Le plus ordinairement la force du pouls est diminuée d’une manière trèsnotable, mais le nombre des pulsations ne descend guère au-dessous d’un cinquième ou d’un quart. Nous avons, dans un certain nombre de cas , observé un phénomène singulier qui succède à l’administration de l’antimoine: le pouls; devient excessivement irrégulier , sans perdre; rien de sa fréquence; cette irrégularité persistes quelquefois pendant toute la durée de la médication; mais le plus souvent elle précède et annonce la diminution dans le nombre des pulsations artérielles. Quelques circonstances que nous indiquerons tout A l’heure empêchent que l’antimoine n’ail aucune action appréciable suu le système de la grande circulation.

2° La respiration. — Nous avons vu le nombre des mouvements respiratoires diminuer telle ment, que des malades, soumis A l’expérience, ni respiraient plus que six fois par minute, lorsque! auparavant ils respiraient seize, vingt et vingt!! quatre fois ; et l’on n’eût pu s’empêcher de con -, cevoir de grandes inquiétudes, si l’on n'avait ét'è rassuré en même temps par la bonpe contenant' du malade , et par l’assurance qu’il nous donnaii ( de son bien-être. Il est, en effet, bien remarsj quable qu’un médicament qui exerce une actio jj si puissante sur les mouvements du cœur et smp ceux des muscles inspirateurs, ne débilite pas II système musculaire de la vie de relation, et qin les malades conservent leurs forces , rinlégritfj de leurs facultés intellectuelles , et celles (Il I toutes les fondions organiques , en même lemp i que deux fonctions générales aussi essentiels éprouvent une immense perturbation. Il fai : dire que les malades, lorsqu’ils respirent avril cette extrême lenteur , n’éprouvent aucune gên J dans la respiration, et qu’ils sont en quelqu® sorte assimilés aux grands animaux dont ldi

mouvements thorachiq

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inétique ou de kermès. Aussi n’hésitons-nous jamais à administrer les antimoniaux , lorsque , dans le cours d’une pneumonie aiguë, des vomissements et de la diarrhée se sont montrés avec quelque violence. Si donc les signes d’une phlegmasie gastro-intestinale aigue (si tant est que la diarrhée et les vomissements indiquent toujours une inflammation de la membrane muqueuse du tube digestif) ne doivent pas empêcher de donner l’antimoine dans le cas de pneumonie; d’un autre côté, nous devons reconnaître qu’il n’en est point de même quand la diarrhée et les vomissements existent depuis longtemps.

Que si , lorsque des accidents inflammatoires de l’intestin sont un épiphénomène de la pneumonie aiguë , nous recourons sans hésiter aux antimoniaux pour combattre la maladie principale, nous ne suivons pas la même conduite thérapeutique quand la pneumonie devient au contraire un accident de la maladie principale , comme cela- s’observe si communément dans la dolhinentérie. Dans ce cas, on augmente les accidents locaux de l’affection intestinale : nous avons vu souvent Laënnec lui-même causer par cette méthode une funeste aggravation de symptômes, et il a fallu tout l’aveuglement de la prévention pour que cet illustre médecin persistât dans une pratique dont il était si facile de constater le danger.

C. Durée de la médication. — Lorsque l’on administre des préparations solubles d’antimoine à dose un peu élevée, le premier effet est de provoquer des vomissements et de la diarrhée. Après un temps plus ou moins long, mais qui varie entre douze heures et trois jours, la tolérance s’établit, c’est-à-dire que le médicament est supporté sans déterminer d’accidents locaux appréciables. Cette tolérance est quelquefois immédiatement obtenue , d’autres fois elle ne peut jamais survenir, et ce phénomène s’observe surloutchez les personnes dont le canal alimentaire est malade depuis longtemps.

Quand, au contraire, on n’a donné que des préparations insolubles d’antimoine , il est assez rare que l’on observe de la diarrhée ou des vomissements; en d’autres termes, la tolérance s’établit presque toujours d’emblée.

La durée de la tolérance est variable, et il est important d’insister ici sur quelques préceptes thérapeutiques dont l’oubli peut être suivi d’accidents bien graves. En général , lorsque la tolérance s’est établie difficilement, elle dure

peu , et l’on voit reparaître les accidents au bout d’un ou de deux jours ; dans le cas contraire on la voit durer quatre, huit et jusqu’à quinze jours , lorsqu'on a usé d’une préparation soluble, et presque indéfiniment, lorsque l’on use d’un composé insoluble.

Quelle qu’ait été la durée de la tolérance, une fois qu’elle a cessé, il faut ne plus donner d’antimoine , car on voit rapidement survenir des accidents gastriques dont on a peine quelquefois à se rendre maître. Il est même fort remarquable que , lors même que l’on a cessé l’usage du remède avant que les vomissements ou la diarrhée nous en aient fait une nécessité, les malades éprouvent pendant quelque temps une grande propension au dévoiement.

A vrai dire, nous ne douions pas, comme nous l’ont démontré plusieurs autopsies , que le contact prolongé de l’antimoine ne détermine dans la membrane muqueuse gastro-intestinale des phlegmasies locales analogues à celles que l’on voit survenir sur la peau lorsqu’on a fait usage de frictions ou de lotions siibiées; et quoique ces gastro-entérites par cause externe n’aient rien de grave en général, toujours est-il qu’il faut éviter de les porter au delà de certaines bornes.

Nous avons dit plus haut que les effets généraux de l'antimoine n’étaient point obtenus lorsque le médicament causait de la diarrhée et des vomissements : la raison en est bien simple; c’est qu’il n’en est presque pas absorbé; aussi doit-on, par tous les moyens, chercher à obtenir la tolérance. C’est en associant l’opium à l’émétique que Laënnec parvenait plus certainement à faire supporter le remède ; l’addition de quelques substances aromatiques , telles que l’eau distillée de fleurs d'oranger, lui semblait propre à diminuer les nausées. Ces moyens sont rarement utiles lorsque l’on fait usage d’antimoniaux insolubles, et ils ne doivent être employés qu’au début lorsque l’on se sert de l’émétique; car, dune part, l’opium nuit singulièrement aux effets sédatifs de l’antimoine, comme Rasori l’avait déjà dit, et d’autre part, par l’association de l’opium , on risque de masquer pendant quelque temps des accidents intestinaux qui éclatent ensuite avec une violence beaucoup plus grande.

Il nous reste à parler d’un phénomène que quelques personnes ont désigné sous le nom de saturation antimoniale . En général , lorsque l’on a soulenu pendant plusieurs jours la médication par le tartre stibié, le malade éprouve

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dans toute la gorge, dans la bouche, et sur la langue, un sentiment de tension qui s’accompagne de quelque douleur et d’un goût métallique bien prononcé. Ce goût a été comparé à celui que l’on éprouve lorsque l’on fait usage de mercuriaux. Nous nous étonnons que l’on ait cherché à assimiler complètement l’action de l’émétique sur la membrane muqueuse buccale à celle du mercure sur les mêmes parties. Il y a en effet cette grande différence , que le mercure n’agit qu’indirectement sur la bouche , tandis que l'antimoine exerce une action purement locale exactement semblable à celle des lotions stibiées sur la peau. En effet , le passage répété d’une solution de tartre émétique sur la langue et sur les amygdales détermine une inflammation aphlheuse qui cause de vives douleurs et ne se guérit qu’après plusieurs jours. Ce phénomène ne doit donc pas être attribué à une véritable saturation , et il ne faut pas l’attendre pour cesser l’administration de l’antimoine, car il ne se développe que très-rarement lorsqu’on a fait prendre des préparations stibiées insolubles. Mais lorsque la membrane muqueuse buccale s’enflamme , il faut au plus tôt renoncer au tartre slibié , car on voit immédiatement se développer , du côté des organes abdominaux , des accidents qui peuvent être mortels.

D. Régime du malade. — Nous ne croyons pas que personne ait apprécié convenablement l’immense influence que le régime exerce sur les effets thérapeutiques de l’antimoine. Nous avons dit plus haut que nous avions administré des antimoniaux à des hommes atteints de sciatique , de rhumatismes chroniques , de catarrhes non fébriles , et qui , à cela près, jouissaient de l’intégrité de leur santé. Tant que nous les tenions à la diète, c’est-à-dire qu’ils ne mangeaient que trois soupes par jour ou le quart de portion , nous observions les phénomènes généraux dont nous avons déjà parlé ; mais lorsque nous accordions un peu plus d’aliments et que les malades mangeaient la demie ou les trois quarts, le pouls et la respiration reprenaient leur fréquence normale , et la sécrétion urinaire n’était pas augmentée d’une manière aussi notable. Pourtant chez quelquesuns d’entre eux, les effets de l’antimoine ont persisté malgré l’alimentation; chez d’autres, il ne restait que de l’irrégularité dans le pouls, irrégularité qui continuait encore pendant quelques jours après qu’on avait cessé tout traitement.

On peut établir en thèse générale que l’action générale de l’antimoine sur l’économie animale est d’autant plus puissante que la diète est plus sévère, et , au contraire, l’action irritante locale est d’autant plus vive que la quantité des aliments est plus considérable. En effet , nos expériences nous ont prouvé que la même dose d’antimoine qui , la veille, n’avait causé ni vomissement ni coliques, lorsque le malade était à la diète absolue, déterminait le lendemain de légers troubles des fonctions digestives , troubles qui augmentaient en proportion de l’augmentation des aliments : d’oil suit naturellement ce précepte thérapeutique que la dose des préparations antimoniales doit être diminuée à mesure que l’on se relâche de la sévérité de la diète imposée au malade.

Certains aliments , certaines substances médicamenteuses modifient l’action des antimoniaux , et il est d’autant plus important de le savoir, que, bien souvent, on ne sait à quoi attribuer des accidents qu’on peut aisément éviter lorsque l’on a été averti. Le vin , les fruits acides, tels que les oranges, les limons, les citrons, les groseilles, les cerises, etc., et même les confitures de groseille, le raisiné, etc. , les boissons faites avec les sucs des fruits acerbes ou acides, augmentent singulièrement la propriété vomitive et purgative des antimoniaux ; et, le fait une fois constaté, nous avons pu l’expliquer aisément par la présence de l’acide tartrique ou citrique dans les aliments ou les tisanes , acides qui forment avec l’antimoine des sels solubles et violemment émétiques.

E. Age et sexe. — Pour ce qui regarde l’âge et le sexe , on peut établir que les vomissements et la diarrhée sont beaucoup (dus faciles chez les enfants et chez les femmes que chez les adultes du sexe masculin. La tolérance dure peu de temps aussi chez les enfants, et il faut y faire une sévère attention; car l’antimoine, si puissamment utile pour combattre , dans le premier âge, les pneumonies et certaines affections cérébrales , peut devenir une arme très-dangereuse si son emploi est continué au delà des bornes convenables.

Quelque prudence que l’on ait mise dans l’administration oes antimoniaux, il peut arriver que, chez certains malades, de graves désordres des fonctions digestives nécessitent de prompts secours. 11 arrive souvent que la diarrhée persiste pendant trop longtemps et entrave la marche de la convalescence. Quand il sur-

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vient de violents vomissements et des superpurgations le premier jour de l’administration des antimoniaux , on ne doit pas concevoir d’inquiétudes, car, en persistant dans la médication, la tolérance s’établit le plus souvent le second ou le troisième jour du traitement. Les vomissements et la diarrhée ne sont réellement à redouter que lorsqu’ils reparaissent après la période de tolérance La première chose à faire alors c’est de cesser immédiatement l’antimoine; car, nous ne saurions trop le répéter, la tolérance perdue ne se rétablit que très-difficilement. La diète, les boissons féculentes, les lavements d’amidon , devront être conseillés tout de suite ; en même temps on fera prendre au malade un gros (4 grammes) d’électuaire diascordium , dans les vingt-quatre heures , ou mieux une mixture dans laquelle on fera entrer un scrupule (12 décigrammes) de diascordium, douze grains (6 décigrammes) de gomme kino, et un ou deux grains (5 centigrammes à 1 décigramme) de sulfate ou d’hydrochlorate de morphine. Que si les vomissements ne permettaient pas de supporter cette potion , on administrerait en lavement ces mêmes remèdes , et s’ils ne calmaient pas la violence des coliques et des vomissements, on pratiquerait sur l’épigastre et sur le trajet des deux colons droit et gauche un vésicatoire extemporané qui permettrait de recouvrir le derme dénudé de sulfate ou d’hydrochlorate de morphine.

II est rare que de pareils moyens ne calment pas , en vingt quatre heures , ou deux jours au plus, la violence des accidents; dès que ce but est atteint, on a recours au sous-nitrate de bismuth , que l’on donne chez les adultes à la dose de dix grains (5 décigrammes) , trois , quatre ou cinq fois par jour, et que l’on continue pendant quelque temps , même après que la diarrhée et les vomissements ont complètement cessé; c’est aussi à cette dernière médication que nous avons presque toujours recours lorsque, aprèsl’administration longtemps continuée de l’antimoine, il reste quelques troubles fonc tionnels du canal alimentaire.

Quant à l’inflammation aphtheuse qui survient quelquefois sur la membrane muqueuse du pharynx et de la bouche, on la modère aisément par des gargarismes ainsi composés : eau commune , 575 grammes (douze onces) ; alun , 8 grammes (deux gros); sirop de mûres, G4 grammes (deux onces); ou bien : eau distillée, 575 grammes (douze onces) ; nitrate d’argent ,

G décigrammes (douze grains) : sirop de Heurs d’oranger, 64 grammes (deux onces); ou bien encore par le collutoire suivant : acide hydrochlorique , 8 grammes (deux gros); miel rosat , 64 grammes (deux onces).

Action thérapeutique de Vantirnoine. — Déjà dans notre ouvrage , partie, page 297 , et 5° partie , page 15 , nous nous sommes occupés d’une des principales préparations antimoniales ; c’est-à-dire du tartre stibié , comme irritant topique et comme évacuant : ici nous étudierons d’une manière toute particulière l’action des antimoniaux en général sur les maladies fébriles, nous réservant de traiter un peu plus loin de quelques autres applications thérapeutiques un peu moins importantes.

Depuis que les antimoniaux étaient devenus du domaine de la thérapeutique, on avait souvent , par leur moyen , obtenu la guérison de maladies fort graves. Mais l’action vomitive , purgative et diaphorélique du médicament avait seule frappé les médecins, et ils n'avaient pas formulé les résultats qu’ils n’avaient pas compris. Cependant le kermès élail prescrit assez souvent à haute dose comme béchique et comme altérant; et l’antimoine diaphorélique lavé (antimoniate de potasse) était donné à la dose d'une demi-once par jour (16 grammes) dans quatre onces ( 125 grammes ) d’infusion de bourrache , dans le cas spécial de pleurésie et de péripneumonie , comme on peut s’en assurer en lisant le formulaire des hôpitaux de Paris pour l’année 1764. Mais cette médication éLail tombée en oubli, lorsque Rasori , professeur de clinique à Milan, publia , sur l’action thérapeutique de l’émétique à haute dose , des travaux qui eurent un grand retentissement dans le monde savant. Il reconnut que . dans certaines maladies , l’émétique à haute dose amenait une prompte cessation des accidents inflammatoires. Peschier de Genève, Laënnec et plusieurs autres praticiens constatèrent ces importants résultats, et maintenant il n’est personne qui révoque en doute la puissance du tartre stibié à haute dose dans le traitement de certaines pneumonies. Les opinions sont beaucoup moins unanimes sur l’efficacité de ce même agent thérapeutique contre le rhumatisme articulaire , la phlébite , la péritonite, la pleurésie, la méningite, l’angine, etc. Nous discuterons avec impartialité les opinions des auteurs en les comparant aux faits nombreux que nous avons nous-mêmes observés , et nous indiquerons avec la même bonne foi et les cas

ANTIMOINE

où nous avons vu les antimoniaux suivis d’un plein succès, et ceux dans lesquels ils n’ont donné aucun résultat avantageux.

De l’emploi de l’ antimoine dans la pneumonie aiguë. — Depuis la publication de nos travaux sur l’action thérapeutique des antimoniaux, en 1832, il s’est élevé à ce sujet une controverse des plus vives. Attaqué avec une violence souvent peu équitable, vanté par d’autres avec une exagération passionnée, l’antimoine est pourtant demeuré dans le domaine de la thérapeutique , et aujourd’hui que les questions personnelles sont un peu oubliées, il est moins difficile déjuger celte grave et importante question. Et d’abord l’émétique a fini par convaincre les plus incrédules, et depuis que M. Louis, cet observateur si grave et si probe , est venu hautement proclamer l’évidente efficacité du tartre stibié dans la pneumonie aigué, personne n’a plus douté et aujourd’hui c’est chose jugée. Il n’en a pas été de même des autres préparations antimoniales. Le kermès n’a pu prendre droit de cité, non qu’il ait, à coup sûr , une efficacité moindre, mais parce que, presque seul, à Paris, nous avons persisté dans son emploi , et que le nouvel hôpital dans lequel nous poursuivons nos expériences n'est plus au centre de la capitale , comme l’Hôtel-Dieu, et que de nombreux élèves ne peuvent plus, comme jadis, être témoins des expériences nombreuses dont ils constataient chaque jour les heureux résultats. Or, de toute évidence, le kermès, dans le traitement delà pneumonie, ne le cède en rien à l’émétique; il a même sur lui cet avantage qu’il est beaucoup moins irritant, et qu’il cause bien plus rarement ces phlegmasies de la bouche et de la gorge , et ces inflammations gastro-intestinales qui ne permettent pas toujours de continuer 1’emploi de l’émétique aussi longtemps qu’il serait convenable de le faire pour amener à bien une pneumonie et surtout pour s’opposer à toute récidive. L’antimoine métallique , l’antimoine diaphorétique non lavé, en un mot, les préparations antimoniales les plus irritantes, ne diffèrent réellement de l’émétique que par la dose ; quant à leurs effets généraux , ils sont toujours les mêmes. Les préparations insolubles , telles que l’antimoine diaphonique lavé, et les divers oxydes d’antimoine , ont été vantées par nous en 1832 et en 1833 , à une époque où , comme nous l’avons dit plus haut, elles produisaient la diarrhée et les vomissements avec autant de facilité que le kermès les produit aujourd’hui.

Alors , et nous ne saurions proclamer trop haut ce fait important , l’émétique, le kermès et l antimoine métallique irritèrent souvent de telle manière que nous ne pouvions les employer , et les préparations insolubles au contraire , douées de propriétés irritantes beaucoup moindres , trouvaient une application heureuse et facile. Aujourd’hui, c’est-à-dire en 1838, nous excluons du traitement de la pneumonie les antimoniaux insolubles à l’exception du kermès et du régule , parce qu’ils ne nous rendent plus les mêmes services que jadis. Dans quelques années probablement, il y faudra revenir, dès que la constitution médicale aura changé, et que l’économie ne pourra sans dommage supporter l’action de l’émétique , du kermès et du régule.

Toutefois des médecins pleins de probité et de talent d’observation, MM. Baudelocque et Bouneau , ont , à l’hôpital des enfants, constaté, tout nouvellement encore , l’heureuse influence de l’oxyde blanc d’antimoine dans la pneumonie des enfants , et des faits nombreux publiés, sous leurs auspices , dans les divers recueils périodiques, ne laissent aucun doute sur ce fait thérapeutique; mais ou est forcé de porter à des doses énormes l’oxyde blanc d’antimoine , et le kermès peut , à coup sûr , à de moindre doses, produire le même résultat.

Revenons à l’analyse des effets produits par les antimoniaux dans la pneumonie.

Si nous voulons juger de l’influence des antimoniaux dans le traitement de la pneumonie , comparée à celle des autres traitements , nous sommes arrêtés tout d’abord par une impossibilité flagrante. Les relevés des différents auteurs, vrais sans doute, sont cependant tellement contradictoires que l’esprit reste en suspens, et que l’on se voit forcé de rentrer en soi-même , d’interroger sa propre expérience , et de mesurer les observations des autres à celles que l’on a recueillies soi-même. Celte manière déjuger n’est pas , à coup sûr , exempte de reproches; mais en vérité, tant que les auteurs qui nous donnent des statistiques ne tiendront aucun compte des constitutions médicales et de ces influences extérieures auxquelles les médecins de l’antiquité attachaient, avec raison, une importance immense, il demeurera tout à fait impossible de se servir de ces relevés statistiques, auxquels nous ne voulons, pour ce moment, faire un autre procès.

11 est au moins un fait sur lequel s’accordent la plupart des antagonistes de l’antimoine, c’est

SÉDATIFS ET CQNTRO-STIMULANTS

flue ce médicament peut rendre de grands services dans des circonstances extrêmes. Cet aveu, bien singulier, serait bien propre à démontrer que si l’antimoine est évidemment utile dans des cas où plus rien no peut l’être désormais, il aurait probablement une utilité bien moins contestable encore s’il était administré alors que l’économie a encore assez de ressort pour seconder l’action curative du remède.

Presque tous les auteurs, ceux mêmes qui ont préconisé l’antimoine avec le plus de vivacité, sont aujourd’hui d’avis que dans le début de la pneumonie, c’est-à-dire dans les quatre ou cinq premiers jours , les émissions sanguines doivent être employées , si ce n’est dans quelques constitutions médicales qui ne se représentent que bien rarement, et chez certains malades donl la constitution individuelle ne permet réellement pas les émissions sanguines.

Il ne s’ensuit pas que l’antimoine doive être donné seulement le quatrième ou le cinquième jour de la pneumonie et alors seulement que le système sanguin a été vidé, il doit être administré concurremment à la saignée, et c’est seulement de cette manière qu’il pourra , par ses propriétés antiphlogistiques , modifier l’état général de telle sorte que les nouvelles émissions sanguines soient superflues.

Dans quelques épidémies , et nous en avons observé une de ce genre , les antimoniaux exercent une influence qui étonne , et , quand on a constaté ces prodigieux résultats , on est affligé de voir les mêmes agents ne plus avoir qu’une action secondaire.

Dans l’épidémie que nous observions à Paris en 1831 et au commencement de 1852, les pneumonies les plus intenses , chez les individus les plus jeunes et les plus vigoureux, guérissaient en peu de jours sans émissions sanguines , et même nous remarquions que les malades qui avaient été saignés chez eux restaient malades beaucoup plus longtemps que ceux qui ne l’avaient pas été. Les accidents fébriles, l’expectoration rouillée cédaient dans l’espace de quarante-huit ou de soixante-douze heures, tandis que, depuis 1854, et aujourd’hui encore, les antimoniaux , dont l’utilité est incontestable pourtant , ne peuvent seuls mener à bien les pneumonies, du moins celles que nous observons dans notre hôpital et dans notre pratique particulière , et que les pertes de sang sont d’une nécessité évidente.

Il serait important d’avoir un critérium qui

permît de juger d’une manière précise les formes épidémiques, les conslilutions générales qui réclament plus particulièrement l’emploi des antimoniaux , mais nous avouons qu’après une attention soutenue , et après l’examen le plus scrupuleux des phénomènes morbides généraux et locaux, il nous a été tout à fait impossible d’arriver à celte notion thérapeutique. Il est triste de le dire, mais c’est un fait expérimental bien vrai , l’issüe du traitement fait connaître la nature des maladies : Naturam rnorborum ostendunt curationes. Quand on compare l’épidémie de 1831 et 1832 avec celle de 1837 el 1838 , il nous a semblé que ce qui dominait, c’est que, en 1832 et 1851 , il y avail une incroyable propension aux accidents gastriques. Ainsi , la plupart des malades avaient eu chez eux des vomissements et des diarrhées, et avaient une telle susceptibilité d’entrailles que les moindres doses d’antimoine , fût-ce les préparations insolubles , déterminaient le premier jour une révolte de l’estomac et des intestins , qui ne se calmait que difficilement avec l’opium; tandis que, dans l’épidémie de 1837 et actuellement, nous donnons, dès le premier jour , sans addition d’opium , une dose énorme de kermès , 4 grammes (1 gros) , par exemple, sans émouvoir à peine l’estomac , et en même temps nous observons que les accidents gastriques éprouvés par ces malades antérieurement à leur entrée dans l’hôpital sont moins violents et surtout moins fréquents.

Ce n’est pas à dire pour cela que les antimoniaux soient d’autant plus utiles qu’ils sont plus difficilement tolérés, ou , en d’autres termes , qu’ils font vomir et qu’ils purgent davantage ; nous verrons plus bas ce qu’il faut penser de cette idée ; nous prétendons seulement que , s’il en faut juger par deux formes épidémiques bien différentes, l’antimoine était plus utile dans celle où, précisément, l’estomac et les intestins étaient le plus irritables.

Sans nous arrêter plus longtemps à ces formes différentes de pneumonies , indiquons rapidement de quelle manière les antimoniaux doivent être administrés dans la fluxion de poitrine, telle qu’on l’observe le plus communément.

Dès que la pneumonie est constatée et que l’on a pratiqué une saignée , on prescrit une potion slibiée dont la dose varie en raison de l’âge du malade , du composé antimonial et de la constitution médicale. L’émétique est donné dissous dans de l’eau distillée et sucrée à la dose de

ANTIMOINE

Sdécigrammes à 1 gramme (4 à 18 grains) pointe première journée; l’antimoine métallique à 1a dose de 5 décigrammes à 2 grammes ( 10 à 36 grains); le kermès à celle de 1 à 5 grammes (18 ù 54 grains); l’oxyde d’antimoine ù la dose de 1 ù 10 grammes (18 grains à 2 gros et demi). Toutes ces préparations insolubles doivent être données dans un looch blanc, ou dans un mucilage de gomme adragant suffisamment étendu et édulcoré. Pour les enfants, on peut les donner en poudre mêlées à du sucre ou à du miel , et les déposer ainsi sur la langue.

On en donne d’abord une cuillerée à bouche , ou même moins encore s’il s’agit d’un enfant. Quand il ne survient pas de vomissements trop violents et de trop vives coliques, on répète cette dose toutes les heures. Dans le cas, au contraire, où les accidents gastriques sont trop graves, on éloigne les doses du médicament jusqu’à ce que la tolérance se soit établie; et alors on l’augmente en raison même de l’intensité de la fièvre et des accidents généraux.

Dès que la fièvre est calmée , il convient de diminuer la dose de médicament, et de la réduire graduellement à mesure que le malade avance dans la convalescence.

La cessation de la fièvre et même de la plupart des accidents locaux ne doit pas être pour le médecin un motif de renoncer immédiatement et tout d’un coup aux antimoniaux. Tout au contraire, il faut insister; mais en réduisant graduellement les doses, c’est le moyen de tenir en bride la phlegmasie, s’il nous est permis de nous exprimer ainsi, et d’empêcher les recrudescences et les rechutes : car c’est en cela surtout que le traitement par les antimoniaux seuls ou par les antimoniaux unis à la saignée l’emporte sur la méthode des émissions sanguines exclusives. Les saignées en efFet ont des bornes. Si elles n’ont pas jugulé la maladie , pour me servir d’une expression aujourd’hui consacrée , le médecin qui n’a que celte arme reste impuissant ; tandis que les antimoniaux, qui peuvent être continués même pendant la convalescence, laissent constamment le malade sous l’influence de la médication énergique qui a arrêté les progrès de la phlegmasie.

Action antiphlogistique de l’antimoine dans les autres maladies. — Ce n’est pas seulement dans le traitement de la pneumonie que l’efficacité de l'antimoine a été constatée; on a dit encore qu’elle n’était pas moindre pour combattre le rhumatisme articulaire , la phlébite ,

le catarrhe suffocant, etc. Nous avons pu faire à cet égard de nombreuses expériences , et nous indiquerons les résultats auxquels nous avons été conduits.

L’hémorragie parenchymateuse du poumon est ^ après la péripneumonie, la maladie qui cède le mieux à l’action de l’antimoine. Une jeune femme de trente ans avait depuis dix mois une hémorragie pulmonaire (hémoptysie parenchymateuse) pour laquelle elle avait été saignée vingt-neuf fois. Diverses médications furent vainement essayées. M. Récamier prescrivit l’entimoniate de potasse à haute dose, et la guérison fut rapide et durable.

Un homme de quarante ans fut amené àl’Hôlel-Dieu , au septième jour d’une hémoptysie extrêmement grave qui avait augmenté après deux saignées et une application de sangsues ; sept heures après l'administration de l’antimoine, le crachement de sang avait disparu. Enfin nous avons eu à nous louer également de celle médication chez une femme de soixante-cinq ans qui éprouvait souvent de graves apoplexies pulmonaires symptomatiques d’une lésion organique du cœur. Néanmoins nous avons tout récemment échoué complètement dans le traitement d’un jeune homme atteint d’une hémorragie parenchymateuse du poumon fort grave.

Dans l’hémorragie bronchique, l’antimoine ne nous a pas réussi.

Catarrhe suffocant . — Les antimoniaux nous ont rendu service dans le traitement du catarrhe suffocant des vieillards et dans le catarrhe pulmonaire profond des adultes. Cette maladie, infiniment plus grave que la pneumonie, demande à êlre attaquée par des doses beaucoup plus fortes.

Dans le catarrhe aigu simple nous n’avons rien obtenu de l’antimoine comme contro-stimulant, à moins qu’il n’y eût beaucoup de fièvre.

Pleurésie. — Nous avons plus de dix fois donné les préparations d'antimoine dans les pleurésies aiguës, et pas une fois nous n’avons pu calmer l’orgasme inflammatoire, ainsi que le prétendait Laënnec.

Maladies du cœur. — Nous avons vu se calmer la fréquence du pouls et la dyspnée chez les patients atteints d’une maladie organique du cœur, sous l’influence de hautes doses de tartre slibié, de kermès et d’oxyde blanc d’antimoine ; mais au bout de peu de temps, lorsque la tolérance cessait , les accidents reparaissaient avec autant de violence qu’auparavant. 11 est pourtant

SEDATIFS ET CONTRO-STIMU i, ANTS .

un rapprochement que nous ne pouvons passer sous silence: en parlant de la péripneumonie, nous avons dit (pie, sous l'influence de l’antimoine , la circulation subissait des modifications beaucoup plus marquées que la respiration ; le contraire a lieu dans les maladies du cœur.

Phlébite. — L'action de l’antimoine dans la phlébite n’est guère moins constante que dans la pneumonie. Une jeune fille fut saignée pour modérer une congestion utérine; à quelques jours de là , les veines du bras s’enflamment , on applique des sangsues et des cataplasmes. Le lendemain malin, gonflement du bras , symptômes typhoïdes, suffusion iclérique de la face. Un gros et demi d’oxyde blanc d’antimoine est prescrit par M. Récamier : le lendemain matin la fièvre avait cédé , le bras était assoupli, les symptômes typhoïdes avaient disparu , et quarante-huit heures après le début du traitement , notre malade entrait en convalescence. M. Sanson aîné s’applaudit beaucoup d’avoir employé le tartre stibié à hautes doses et l’oxyde d’antimoine dans les phlébites qui suivent les graves opérations chirurgicales.

Deux fois nous avons vu réussir les antimoniaux dans une métro-péritonite puerpérale.

Nous croyons avoir fait avorter, par le même moyen, un double phlegmon des amygdales.

Rhumatisme articulaire. — Il est peu de médecins qui , ayant convenablement essayé les antimoniaux dans la pneumonie , n’aient reconnu leur utilité , mais il n’en est pas de même pour le rhumatisme articulaire aigu. Quelques praticiens, Laënnec, MM. Vyau Lagarde, Ribes, Delourmel , etc., regardent le tartre stibié à haute dose comme l’un des meilleurs moyens pour guérir le rhumatisme articulaire. M. Chomel et surtout Dance citent des faits nombreux qui semblent indiquer que ce médicament n’a pas, dans ce cas, une action spéciale bien incontestable , et qu’il faut attribuer l’amélioration que l’on observe à l’action vomitive et purgative du remède plutôt qu’à ses propriétés contro-stimulantes. Nous avons traité par les antimoniaux plus de trente malades atteints de rhumatisme articulaire aigu , et les résultats ont tellement varié qu’il nous a été impossible d’indiquer, à l’égard de cette maladie, des résultats thérapeutiques à peu près constants, comme nous l’avons fait dans la pneumonie. Les préparations antimoniales ont eu un succès rapide chez quatre de nos malades ; la moitié ont éprouvé un soulagement notable et

une guérison complète en moins de vingt jours. L’autre moitié n’a pas éprouvé la moindre amélioration Chez trois malades , les accidents se sont considérablement aggravés. Chez les rhumatisants nous n’observions pas le ralentissement de la circulation et des mouvements respiratoires dont nous avons parlé plus haut; la chaleur fébrile ne diminuait qu’à mesure de la disparition des phénomènes locaux, et même nous avons vu plusieurs fois une fièvre violente persister, bien que toutes les articulations parussent libres d’inflammation, et que rien ne pût faire présumer que quelque organe interne, à l’exception du cœur, fût le siège d’une phlegmasie. La disparition du rhumatisme n’a jamais été si rapide que lorsque l’antimoine déterminait des vomissements et surtout des superpurgations; une tolérance de quinze jours n’amenait aucune autre modification que celle que l’on pouvait raisonnablement attribuer au laps de temps qui s’était écoulé. Plusieurs fois nous avons vu le rhumatisme persévérer avec une affreuse opiniâtreté pendant tout le temps que durait la tolérance , et céder presque complètement en vingt-quatre heures, le jour que le médicament n’était plus supporté et qu’il déterminait des accidents du côté des viscères gastriques. Nous ajouterons que le tartre stibié en lavage , ou bien encore l’huile de croton liglium ou tout autre purgatif un peu énergique, produisaient en général d’aussi bons effets que les antimoniaux à haute dose.

Toutefois nous ferons observer que si , par une médication quelconque , l’application des sels de morphine sur le derme dénudé , la saignée , les purgatifs drastiques , les émétocalhartiques , nous avions modéré le rhumatisme articulaire, et dissipé la fièvre violente qui l’accompagne presque toujours, nous lirions alors un utile parti de l’administration longtemps continuée de doses médiocrement élevées d’oxyde blanc d’antimoine ou de kermès. Par là nous évitions les recrudescences si fréquentes avec toute autre médication.

11 résulte de tout ce que nous venons de dire que le mode d’action des antimoniaux dans le rhumatisme articulaire, est tout autre que dans la péripneumonie. Ceci nous mène naturellement à discuter le mode d’action de ce médicament.

Rasori , sans trop expliquer ce qu’il entend par stimulus et par contro-stimulus, pense que, dans le traitement des péripneumonies, il faut,

ANTIMOINE

pour vaincre rapidement le mal , porter sur les organes digestifs toute l’action conlro-stimulante qu’ils peuvent recevoir, et soustraire au système vasculaire une portion de la matière stimulante dont il est rempli. Il satisfait à la première indication par le tartre stibié , et à la seconde par la saignée : la saignée et l’émétique agissent donc , selon lui, exactement de la même manière.

Or. si l’on mesure la conlro-stinuilalion par les effets des conlro-slimulants , on ne pourra admettre l’opinion de Rasori ; car l’expérience démontre que , dans quelques épidémies de pneumonie, le tartre stibié ou les autres antimoniaux employés à l’exclusion de tout autre moyen amènent plus vite la cessation des phénomènes fébriles, que lorsque l’on saigne le malade préalablement ou concurremment. Ce seul fait permettrait donc de conclure que l’antimoine n’agit pas comme la saignée.

Suivant Rasori, l'émétique à haute dose n’est supporté que dans certaines conditions de l’organisme, c’est-à-dire quand la maladie est sthénique, ou pour nous servir de sa propre expression , quand il existe une diathèse de stimulus. Tout en confessant que le tartre stibié et les antimoniaux , en général , ne sont jamais si bien supportés , ni si utiles dans la pneumonie, que lorsque les symptômes sthéniques dominent le plus fortement , nous ne soutiendrons pas moins que la tolérance s’établit à merveille chez les individus profondément débilités , et qui, certes , n’ont guère besoin de l’antimoine pour perdre encore des forces. D’un autre côté , nous voyons les individus les mieux portants , à cela près d’une tumeur du genou , par exemple, qui n’amène aucune réaction , supporter les antimoniaux avec la même facilité que ceux qui sont atteints de péripneumonie. Rasori a professé, et d’autres après lui ont accrédité une grave erreur : savoir , qu’il fallait être malade, et malade d’une certaine manière , pour supporter de hautes doses de préparations antimoniales. On peut dire , au contraire , qu’à moins d’une phlegmasie gaslro -intestinale , presque tous les hommes peuvent supporter des doses considérables d’antimoine. Rasori et ceux qui partagent son opinion n’ont pas vu que si des gens bien portants ne supportent pas les antimoniaux , c’est que des gens bien portants ne se mettent pas à la diète : or nous avons vu que la diète était une des principales conditions de tolérance.

Rasori blâme, avec une sorte de dédain, ceux qui s’attachent aux phénomènes locaux des maladies , et qui ne semblent pas tenir compte de la diathèse de stimulus ou de contro-stimulus. Or, pour être conséquent avec lui-même, il faut qu’il admette que peu de maladies se montrent plus fréquemment que le rhumatisme articulaire et la pleurésie avec les symptômes qui annoncent au plus haut degré la diathèse de stimulus,* cependant les antimoniaux échouent presque toujours dans ces deux maladies, et d’autant plus sûrement que les symptômes inflammatoires sont plus violents ; d’un autre côté , dans une pneumonie latente, l’antimoine réussit presque aussi bien que dans la fluxion de poitrine qui s’accompagne des signes les plus évidents de diathèse de stimulus.

Dance et M. Chomel n’expliquent pas comme Rasori le mode d’action de l’antimoine. Suivant eux, cet agent thérapeutique n’a aucune propriété spéciale ; quand il purge et qu’il fait vomir, il n’agit pas autrement que les purgatifs et les vomitifs; il n’a, au contraire, aucune action lorsqu’il est parfaitement toléré.

L’opinion de Broussais se rapproche beaucoup de celle de ces médecins : cet illustre nosologiste regarde en effet les antimoniaux comme des révulsifs plus puissants encore que les vésicatoires et les sinapismes que l’on applique sur la peau, attendu qu’ils agissent sur une plus grande surface , et que de plus ils provoquent souvent une abondante sécrétion de la surface gastro-intestinale.

L’explication de Dance et de M. Chomel s’appuie sur des faits ; ils ont vu, et nos propres observations sont en cela' parfaitement d’accord avec les leurs , que , dans le rhumatisme articulaire, par exemple, l’amélioration ne survenait, le plus souvent, que lorsquelesanlimoniaux causaient des vomissements et de la diarrhée, et que l’on obtenait les mêmes résultats par l’ipécacuana et les purgatifs drastiques. Partant de là, ils ont conclu qu’il en devait être de même pour la pneumonie : paralogisme évident , car ici ils n’ont plus les faits pour appuyer leur opinion. Si, dans le rhumatisme, l’amendement dans les symptômes est la conséquence la plus ordinaire de l’action éméto-calhartique du médicament, au contraire, dans la pneumonie, l’amélioration ne devient évidente qu’alors que l’antimoine est supporté, et elle n’a plus lieu dès que des vomissements ou de la diarrhée surviennent ou persévèrent. L’erreur de ces deux

SÉDATIFS ET CONTRO-STIMULANTS

praticiens vient donc de ce qu’ils ont appliqué à une maladie ce qui n’était vrai que pour une autre.

Dance, dans un travail , d’ailleurs si remarquable, où il soumet à une critique sévère et consciencieuse tous les travaux qui ont été publiés jusqu’ici sur l’action du tartre stibié dans la pneumonie, arrive à cette conclusion, que si cet agent thérapeutique n’a pas nui, au moins son utilité ne peut-elle être mise en lumière par les faits qu’il analyse, et que, dans ces circonstances, la saignée faite concurremment avait probablement conduit à bien les pneumonies qui avaient été traitées par le tartre stibié.

11 nous semble que l’opinion de Broussais, relative au mode d’action de l’antimoine, dans la pneumonie particulièrement, ne peut pas soutenir la discussion, et qu’elle est renversée de fond en comble par l’argument que nous faisions valoir tout à l’heure, savoir , que dans la pneumonie les accidents inflammatoires ne sont jamais si sûrement et si rapidement enlevés que lorsque les antimoniaux ne causent aucun accident du côté des viscères gastriques.

Et pourtant il ne faut pas se dissimuler que la fameuse méthode de Rivière, dans le traitement de la pneumonie, prête un grand appui aux opinions que nous venons de combattre. On sait que , dans la pneumonie , Rivière faisait vomir tous les jours avec l’émétique , et quelquefois deux fois par jour , jusqu’à ce que les accidents fébriles fussent calmés, et il n’est pas permis de révoquer en doute les faits qu’il a observés.

A vrai dire, il est plus que probable que Rivière avait été entraîné à préconiser exclusivement celte méthode par les succès qu’il avait obtenus dans une période d’années où la constitution médicale le requérait. Toujours est-il que nous avons voulu savoir à quoi nous en tenir sur l'influence de celle médication. En 1838, à l’hôpital Saint-Antoine, nous avons soumis plusieurs péripneumoniques à la méthode de Rivière en même temps que nous leur faisions une ou deux saignées; ils prenaient malin et soir, les deux premiers jours de leur séjour à l’hôpital, et les jours suivants le matin seulement, 1 décigramme (2 grains de tartre stibié), et 1 gramme (18 grains ) de poudre d’ipécacuana. Ce vomitif était administré en deux doses, en laissant un quart d’heure d’intervalle entre chaque prise. 11 s’ensuivait toujours des vomissements plus ou moins copieux, et chez quelques-uns un sentiment de faiblesse qui allait

presque jusqu’à la syncope. Pendant qu’ils étaient dans cet état étrange, le pouls était petit , la peau perdait sa chaleur fébrile.

Le fait est que cette méthode nous a été utile; mais nous ne l’avons pas encore assez longtemps et assez souvent expérimentée pour la juger et surtout pour la comparer aux autres.

Mais de ce que la méthode vomitive de Rivière est utile, il ne s’ensuit pas le moins du monde que les antimoniaux agissent en tant que vomitifs. Nous admettons que les vomitifs sont bons; nous admettons encore que les antimoniaux, lorsqu’ils font vomir, sont bons encore; et même nous voulons bien qu’ils aient une action analogue à celle des antimoniaux qui sont tolérés; mais il n’en reste pas moins le fait sur lequel nous avons tant insisté déjà , et sur lequel nous revenons encore, c’est que les préparations stibiées, données à dose contre-stimulante, ont leur summum d’activité thérapeutique quand elles sont le mieux tolérées.

En général nous attachons bien peu d’importance aux explications que l’on peut donner du mode d’action des médicaments. Nous ne voyons en thérapeutique que deux choses, le médicament appliqué à l’organisme, et le résultat éloigné de cette application. Quant aux phénomènes intermédiaires , ils nous échappent et nous échapperont propablement toujours. Si donc , à notre tour , nous hasardons une explication , nous déclarons à l’avance que nous la sacrifierons sans peine à toute autre qui nous semblera plus conforme à l’observation des faits; cette explication, d’ailleurs, que nous avons déjà donnée depuis longtemps dans nos cours de thérapeutique et dans les hôpitaux où nos expériences ont été faites , ne diffère que bien peu de celles que vient de publier récemment M. le docteur Téallier dans un ouvrage sur le tartre stibié.

Beaucoup de sublances médicamenteuses ont une action spéciale sur certains appareils. La belladone et la slramoine calment les mouvements de la respiration , et tous les praticiens savent ce que l’on peut obtenir de merveilleux résultats en faisant fumer des feuilles de ces plantes à des malades atteints de certaines affections des organes respiratoires. La digitale ralentit les mouvements de la circulation; l’opium les accélère. La plupart des substances végétales toxiques ont une action spéciale, action tellement spéciale, que l’on peut aisément reconnaître, d’après les symptômes, quel est le poison

ANTIMOINE

qui a été appliqué à l’organisme vivant ; il en est de même des poisons animaux et des poisons minéraux. Entre le venin de l’abeille et celui du scorpion , entre l’action toxique de l’arsenic et celle du mercure, il y a un immense intervalle. Pourquoi donc ne pas admettre que l’antimoine agit comme toxique, et que son influence se fait sentir spécialement sur le cœur et sur les organes respiratoires, que cette action d’ailleurs s’exerce directement ou par l’intermédiaire du système nerveux? En quoi, nous le demandons, cette explication , si conforme aux résultats cliniques, est-elle en dissonance avec les considérations dans lesquelles nous entrions tout à l’heure, relativement à l’influence des différents poisons? Si donc nos expériences prouvent que l’antimoine, indépendamment de toute action irritante locale, produit le ralentissement et l’affaiblissement du pouls , en même temps que le ralentissement des phénomènes de la respiration, avec quelle facilité ne comprendrons-nous pas comment il amène si facilement la guérison de la péripneumonie ! En effet , supposons un péripneumonique dont le pouls balte cent vingt fois par minute, avec une force que nous représenterons par dix , et qui respire quarante fois par minute, avec des efforts que nous représenterons par quatre ; supposons maintenant que , par l’administration des antimoniaux, le pouls ne batte plus que soixante fois par minute et avec une force moitié moindre ; il en résulte que, d’une part, le ventricule droit et les artères bronchiques se déchargent moitié moins souvent dans le poumon , et que , d’autre part, l’impulsion du cœur étant moins forte, la masse de sang envoyée dans l’espace d’une minute est diminuée d’autant. Le poumon enflammé reçoit donc, d’abord, beaucoup moins de sang par les artères bronchiques, en tant qu’organe parenchymateux ; ensuite , en tant qu’instruraent d’hématose, il a bien moins de sang à élaborer.

Si maintenant nous supposons que le malade ne respire plus que vingt-cinq fois par minute , et qu’il le fasse sans efforts, on comprendra aisément que le thérapeutiste, en administrant l’antimoine, a placé le poumon justement dans les conditions où le chirurgien place un membre fracturé; c’est-à-dire que , après avoir, par un traitement convenable, modifié l’inflammation , il lient le membre dans le repos. Or, dans le cas qui nous occupe , le poumon est relativement dans le repos.

On comprend donc comment les maladies aiguës du parenchyme pulmonaire et celles des vaisseaux sont si heureusement combattues par les antimoniaux, comment les phlegmasies de parenchymes, en général, céderont plus aisément à celte médication que celles des membranes séreuses ou synoviales. On voit aussi pourquoi l’antimoine fait cesser la chaleur fébrile , qui presque toujours est en rapport avec la force et la fréquence du pouls.

Maintenant il s’élève une objection très-grave. Si l’antimoine a sur la circulation et sur la respiration l’influence que vous lui avez reconnue dans vos expériences , pourquoi , nous dira-t-on , perd-il cette influence quand on le donne dans le traitement du rhumatisme articulaire, dans celui de la pleurésie , etc.? A cela nous répondons par une autre question : si l’opium endort, si l’extrait de datura stramonium calme les douleurs , pourquoi l’opium n’endort-il pas toujours? pourquoi l’extrait de stramoine ne calme-t-il pas toujours les douleurs? C’est que probablement la modification nerveuse , en vertu de laquelle le malade est tenu éveillé , et celle qui excite la sensation douloureuse , sont telles que l’influence de l’opium et du datura n’est pas assez puissante pour les vaincre. Ce que Peyrilhe rendait par celte expression énergique et si capitale en thérapeutique : « Si, quand nous donnons l’opium comme quatre, le malade ne s’endort pas, c’est qu'il est éveillé , au moins , comme cinq. »

Appliquons maintenant à l’antimoine ce que nous venons de dire , et croyons que si la fièvre si véhémente des rhumatisants n’est pas calmée par les antimoniaux , c’est que le rhumatisme exerce sur l’organe central de la circulation une stimulation sympathique ou directe tellement énergique , que l’action sédative et antiphlogistique de l’antimoine ne peut en triompher.

Il est une façon de comprendre le mojle d’action des antimoniaux dans le traitement de la pneumonie et de diverses autres inflammations. On ne peut se refuser à admettre que les antimoniaux les plus irritants , le tartre slibié, le régule et le kermès, sont en même temps les plus utiles; que le plus puissant des trois que nous venons de citer est évidemment le tartre slibié, si toutefois il est toléré ; et certes il serait du devoir du médecin de conseiller toujours l’émétique comme contre-stimulant, si souvent ce dernier ne donnait lieu à des accidents locaux qui font préférer le kermès. Or oli se demande si le6 antimoniaux n’agissent pas ici par une

SEDATIFS ET

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