CONTRO-STIMULANTS
action révulsive exactement à la manière de ces immenses ventouses dont tout récemment la thérapeutique s’est enrichie. Nous savons en effet qu’à t’aide de ces ventouses qui embrassent tout un membre , on distrait immédiatement une telle quantité de sang que la syncope survient presque toujours. On comprend à merveille que si ce moyen est admirablement héroïque dans le traitement des congestions , il est moins utile dans les phlegmasies, et cela seulement parce qu’il n’a pas une action continue. Or les antimoniaux peuvent, par leur contact avec la membrane muqueuse gastro-intestinale, développer vers le tégument interne une congestion permanente, et la réplétion de tout le système de la veine porte pendant plusieurs jours peut agir à la manière de cette large ventouse dont nous parlions tout à l’heure, si ce n'est toutefois que la ventouse a une action essentiellement temporaire, et que la congestion déterminée par la préparation stibiée durerait aussi longtemps que serait continuée la médication.
Des effets thérapeutiques divers attribués par les auteurs aux antimoniaux . — Il suffit de lire ce qu’a dit Gmelin des antimoniaux ( Apparalus medicaminum , t. I, pag. 171 elsuiv.), pour être bien convaincu que toutes les préparations antimoniales ont des propriétés communes, et qu’elles n’ont de spécial que des vertus vomitives ou purgatives plus ou moins énergiques.
Le nombre prodigieux d’auteurs dont Gmelin cite les ouvrages et analyse les opinions reconnaissent à tous les composés antimoniaux une action évidente dans les maladies aigues et chroniques de la poitrine, dans les affections cérébrales, dans les maladies goutteuses et rhumatismales; presque tous ces écrivains leur reconnaissent la propriété de faciliter l’expectoration, de calmer la dyspnée, de modérer la fièvre, de réveiller les fonctions digestives, de favoriser la sueur et surtout la diurèse, d’aider singulièrement à la résolution de la plupart des maladies chroniques, telles que les hydropisies, les squirrhes et les engorgements glanduleux , la syphilis constitutionnelle, les affections syphilitiques de la peau, et surtout les dermatoses squammeuses et eczémateuses.
Il est fort difficile , et souvent impossible d’apprécier à leur juste valeur les assertions de ces praticiens qui, pour la plupart, écrivaient à une époque où le diagnostic différentiel des maladies était loir» d’être précis; de sorte qu’au
milieu de celte masse d’assertions, on ne peut constater vraiment que les effets les plus ordinaires du médicament, indépendamment en quelque sorte de la maladie pour laquelle on l’administrait. Encore est-on incertain le plus souvent sur la dose et l’espèce de composé antimonial administrées dans ces cas divers ; car on sait que sous les mêmes noms on employait des préparations antimoniales fort différentes.
INous ne pouvons toutefois laisser passer sans discussion quelques applications thérapeutiques toules spéciales du tartre slibié.
Et d’abord nous parlerons de l’action de l’émétique dans le traitement des fièvres intermittentes. Le fameux bol de la Charité contre la fièvre quarte (bolus ad quarlenam) témoigne assez haut de la confiance qu’on attribuait à ce sel vomitif. La composition de ce bol était la suivante : Une once de quinquina en poudre, 1 gros de carbonate de potasse, 16 grgins de tartre slibié; quantité suffisante de sirop de sucre; pour 60 bols à prendre entre deux accès. Et d’abord nous ferons observer que, dans ce mélange , l’émétique était décomposé par le tannin et par le sous- carbonate de potasse , et qu'en outre l’once de quinquina que le malade prenait en même temps que l’émétique, entre deux accès de fièvre, pouvait à bon droit revendiquer la plus grande part dans l’honneur de la guérison.
On ne peut toutefois se dissimuler que, dans les fièvres intermittentes rebelles et atypiques, une grande perturbation peut dans quelques cas rompre le cours des accès, et le tartre slibié est mieux qu’un autre médicament propre à produire celle perturbation. Il agit au même titre qu’une grave indigestion , qu'une grande frayeur, que la douleur , qui souvent ont suffi pour mettre fin à une fièvre intermittente rebelle. La fameuse potion stibio-opiacée du docteur Peysson , tant préconisée dans le traitement des fièvres intermittentes rebelles , n’a peut-être d’utilité que par la perturbation qu’ellç provoque.
Quant à l’efficacité du tartre slibié dans un typhus grave , nous ne nous croyons pas en droit de la révoquer en doute; pourtant l’autorité de Rasori ne me semble pas suffisante. Eu effet, rien ne démontre que sa fameuse médication ait eu de si beaux résultats dans la fièvre pétéchiale de Gênes. Toutefois je ne suis pas éloigné de penser que dans certaines épidémies de grippe caractérisées par la prostration des forces, et en même temps par des phlegmasies locales pulmonaires , l'émétique , comme la plupart des
ANTIMOINE
autres antimoniaux , ne trouve une heureuse application.
Le bien-être qui , chez les enfants atteints de coqueluche, suit l’administration d’un vomitif, ne présage rien en faveur de l’antimoine. En effet , on obtient le même résultat par l’ipécacuana , de sorte qu’il faut ici croire à l’utilité du vomitif, en tant que vomitif , et non à l’action spéciale du sel antimonial.
Nous avons vu bien souvent aussi conseiller, et souvent nous avons conseillé nous-mêmes l’émétique dans le cas d’inflammation aigue de la membrane muqueuse du larynx chez les enfants. Cette inflammation qui simule le croup le plus intense, et qui peut quelquefois le causer, cède facilement à l’usage du tartre stibié donné à dose vomitive, et à l’usage du kermès continué pendant plusieurs heures; mais quand le croup tient à l’extension des fausses membranes de la gorge dans le larynx, les vomitifs , et l’émétique entre autres , n’ont plus d’autre action que de faire contracter convulsivement les muscles expirateurs , et de multiplier par conséquent les efforts par lesquels l’enfant expulsera les fausses membranes qui obstruent le conduit aérien. L’émétique, le plus énergique et le plus prompt des vomitifs, sera donc utile dans ce cas, et, en provoquant l’expulsion d’une fausse membrane , fera cesser l’asphyxie qui était imminente , et mettra l’enfant dans des conditions plus favorables pour guérir.
L’emploi des antimoniaux comme médicaments externes est tout à fait tombéen désuétude. Cependant le tartre stibié {voyez ce mot) a encore desusages thérapeutiques fort importants. Autrefois on se servait fréquemment, pour modifier les plaies et guérir certaines maladies ulcéreuses de la peau , de pommades dans lesjuelles on faisait entrer les oxydes d’antimoine , >e sulfure , l’hydrosulfale , et même l’antimoine métallique. Il est fâcheux que l’usage de ces "emèdes soit aujourd’hui entièrement abandonné »ux maréchaux, qui en tirent un grand parti lans le traitement des maladies des animaux.
Nous allons maintenant passer rapidement en •evue les propriétés spéciales des diverses prévalions d’antimoine.
A. Antimoine métallique. — Nous l’avons dminislré avec avantage dans la pneumonie, e rhumatisme articulaire, le catarrhe capilaire. Les doses varient depuis huit grains jusu’à un gros (de 4 décigrammes à 4 grammes). >n l’administre en pilules, en poudre, mêlé à 3« TARTIE.
de la magnésie ou à du carbonate de chaux, ou bien encore suspendu dans un looch , ou dans une potion mucilagineuse. En triturant avec une partie d’axonge deux parties d’antimoine porphyrisé, on fait une pommade qui peut remplir le même but que la pommade émétisée. Cette pommade peut s’employer aussi en frictions sur certaines dartres.
B. L’oxyde d’ antimoine , l’acide antimonieux , l’acide antimonique , sont de toutes les préparations stibiées celles qui agissent avec le moins de violence. On les prescrit suspendus dans un looch blanc , en poudre ou en pilules : cette dernière forme est préférable chez les malades qui peuvent avaler des bols. La dose varie depuis 5 décigrammes (dix grains) chez les enfants à la mamelle, jusqu’à deux gros et une demi-once ( 8 à IG grammes) chez les adultes, dans les vingt-quatre heures. Dans les catarrhes non fébriles il convient de ne pas dépasser la dose d’un gros (4 grammes).
C. Antimoine diaphorétique lavé et non lavé. — Ce médicament, presque toujours infidèle , est celui qui s’administre le plus souvent ; il devrait être banni de la matière médicale , et l’on devrait toujours lui substituer l’un des oxydes. Il s’emploie plus communément toutefois que les oxydes purs , parce qu’il se trouve dans toutes les officines. C’est d’ailleurs celui qui est connu dans le Codex sous le nom impropre d 'oxyde blanc d’antimoine. Il se donne exactement dans les mêmes cas et de la même manière que l’oxyde et les acides d’antimoine.
D. Le chlorure d’antimoine , ou beurre d’antimoine ; l’oxychlorure d’antimoine, ou poudre d’Algaroth , et Viodure d’ antimoine , ne sont pas employés aujourd’hui dans la thérapeutique interne. La poudre d’Algaroth ne se distingue des antimoniaux que nous venons de passer en revue par aucune propriété spéciale. On l’a accusée pourtant de provoquer la salivation. Nous ne pouvons rien dire à cet égard : nos expériences sur ce sujet ne sont pas assez nombreuses.
E. Le sulfure d’antimoine , le soufre doré d’antimoine, et surtout Y hydrosulfate d’antimoine (kermès minéral), sontd’un usage beaucoup plus fréquent. Us s’emploient avec un grand avantage comme conlro-stimulants. Mais on les a vantés dans les catarrhes aigus et chroniques, dans les coqueluches : on les donne, dans ces cas , à petites doses de un à quatre grains par jour, dans un julep , en poudre,
SÉDATIFS ET CONTRO -STIMULANTS
mêlés avec du sucre , en pilules , et combinés avec la gomme ammoniaque , le savon , la térébenthine , le baume de Tolu , etc. Comme conlro-stimulants , il convient de les donner à dose moilié moindre que les oxydes : ils s’administrent d’ailleurs de la même manière.