BISMUTH
Le Bismuth [Wismuthum, Bisniuthum, Marcasità) est un métal découvert seulement , ou du moins étudié seulement au commencement du siècle dernier. Le sous-nitrate de bismuth (ou magistère de bismuth, blanc d’Espagne, blanc de Candie, blanc de perles) n’était d’abord employé que comme fard; c’est à peine si quelques médecins l’avaient conseillé dans l’usage médical avant Odier de Genève , qui , en 1786 , publia son premier travail sur la matière.
Le bismuth ne fut d’abord employé que comme fard , ainsi que nous venons de le dire , et il resta presque exclusivement dans le domaine des parfumeurs , qui , pour le mettre en crédit, vantèrent son extrême efficacité dans la couperose et dans diverses affections cutanées du visage. Le fait est que , de tous les cosmétiques employés par les femmes pour donner à la peau une teinte blanche , le sous-nitrate de bismuth est le plus innocent, et, nous ajouterons, le plus propre peut-être à modifier heureusement certaines affections de la peau du visage, telles que la couperose , par exemple , et les eczémas chroniques.
L’usage interne du bismuth date de la fin du dernier siècle; Odier de Genève est le premier qui l’ait conseillé. Déjà en 1759 on lisait, dans les observations de Pott, l’histoire d’un homme qui avait éprouvé de graves accidents gastriques à la suite de l’ingestion du bismuth. Un fait du même genre emprunté au tome V des Annales cliniques de Heidelberg, et inséré dans le vingt-troisième volume des Archives de médecine( page 454), prouve que le sous-nitrate de bismuth a pu, une fois, à la dose de huilgr ammes (deux gros), causer des accidents toxiques d’une gravité extrême et la mort.
Il nous est impossible d’admettre sans réflexion les faits que nous venons de citer. Nous ne les nierons pas , parce que cette manière est trop commode dans la science , mais nous les expliquerons.
Le bismuth, comme on sait, contient presque toujours une grande proportion d’arsenic, et,
dans la préparation du sous-nitrate , il faut prendre quelque précaution, autrement lesousnitrate pourrait contenir un peu d’arsenic. Si, en effet , le bismuth n’a pu être préalablement purgé de tout l’arsenic qu’il contient , et que , dans la préparation du métal , on ne le traite pas assez longtemps avec la potasse pour que l’arsenic soit entièrement converti en arséniale, et si l’on n’évapore pas assez pour chasser une grande partie de l’excès d’acide , une partie de l’arséniale de bismuth reste dans la dissolution et est entraînée en partie lorsque l’on précipite par l’eau le sous-nitrate de bismuth.
D’après cela, il est facile de comprendre que ce médicament mal préparé puisse causer les accidents que nous avons signalés plus haut.
Mais lorsque le sous-nitrate de bismuth a été préparé avec du métal parfaitement pur , précipité et bien lavé , il peut être donné, en une seule fois , à la dose de 1 , 2, 5 et même 4 grammes (de 18 à 72 grains) , sans faire éprouver le plus léger malaise ; et nous pouvons le proclamer d’autant plus hautement, que, dans notre hôpital, dans notre pratique particulière , nous conseillons ce médicament tous les jours sans que jamais nous ayons vu le plus léger accident nous faire concevoir la moindre appréhension.
Il faut que les praticiens ne gardent pas cette singulière crainte qu’ils avaient du sous-nitrate de bismuth, et qu’ils osent le donner à la dose de 1 à 2 grammes par jour (18 à 56 grains) sans crainte de voir survenir des vomissements ou de la diarrhée.
Odier de Genève, dans le mémoire qu’il avait publié en 1786 dans le Journal de médecine, avait indiqué toutes les propriétés importantes du sous-nitrate de bismuth , et il est inconcevable vraiment que ce médicament ait été aussitôt oublié que vanté , bien qu’il jouisse d’une incontestable efficacité. C’est à Bretonneau de Tours que l’on doit, en France du moins, la réhabilitation du bismuth , et, par nos travaux publiés dans divers journaux, nous avons peutêtre contribué nous-mêmes à lui rendre le rang qu’il devait occuper en thérapeutique.
Odier le conseillait dans les maladies de l’estomac qui dépendaient de la trop grande irritabilité de la membrane musculaire de ce viscère , dans l’hystérie , dans la colique , dans la diarrhée, dans les troubles de la menstruation accompagnés de palpitations de coeur et de dou leurs de tête, dans la gastrite. Carmmati ,^dans ses Opuscules thérapeutiques (Pans, 1/88),